JÉSUS ou JÉSUS-CHRIST

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Les représentations du Christ dans l'art

Le Christ est devenu au cours des siècles de christianisme la pierre angulaire de la représentation du divin ou de réalités spirituelles, voire métaphysiques. Dans les trois derniers siècles du Ier millénaire, la crise violente de l'iconoclasme a conduit les Églises à élaborer une théologie de l'image qui justifie la figuration du Dieu-Homme. La tradition iconographique, s'appuyant sur un consensus dogmatique ecclésial, s'est fixée dans l'Orient orthodoxe et s'y est perpétué jusqu'à aujourd'hui ; en revanche dans l'Occident catholique romain elle a été petit à petit transformée au profit des différents courants et individualités qui se sont manifestés selon les cultures et les époques.

Christ en Soleil de justice

Photographie : Christ en Soleil de justice

Enluminure anglaise représentant le Christ en «.Soleil de justice.», vers 1360-1380. Jacobus Anglicus, Omne Bonum, Manuscrit royal. British Library, Londres. 

Crédits : British Library/ AKG

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Après le concile de Trente, les deux traditions des figurations christologiques se sont définitivement établies : l'orientale fondée sur des canons et une technique très stricts, totalement distincte de la peinture « profane » ; l'occidentale où la peinture religieuse, qui n'est pas séparée de la peinture en général, a valeur d'édification.

À partir du xviiie siècle, sous la poussée de la sécularisation de plus en plus forte de la culture, le sujet du Christ aura tendance à être utilisé par les artistes tant chrétiens que non chrétiens comme un thème parmi d'autres. Dépouillé de ses éléments figuratifs multiséculaires, il reste comme métonymie de la souffrance humaine et de l'espérance, exemple d'idéal humain représenté dans chaque pays sous des traits anthropologiques nationaux.

De la possibilité de représenter le divin

La division entre Occident et Orient dans le monde chrétien s'est établie, pour une part importante, à partir de la question de l'image, en premier lieu de l'image du Fils de Dieu. Issu du judaïsme pour lequel toute image est interdite, parce que susceptible de provoquer l'idolâtrie, mais évoluant dans le monde gréco-romain où il y a une profusion de représentations de dieux et de demi-dieux, le christianisme, jusqu'au ve siècle, développera de façon diffuse et quelque peu anarchique un art avec des images représentant le Christ, Marie, les saints d'une manière « réaliste » ou symbolique (croix, agneau, cep). Les cultes des morts en Égypte, à Rome et en Syrie eurent une grande influence sur la formation de l'iconographie chrétienne de façon générale. Jusqu'au concile iconoclaste de Constantinople en 754, convoqué par Constantin V Copronyme, il n'y eut pas de doctrine ecclésiale concernant les images sacrées. On constate en effet que certains fidèles les rejettent, d'autres les acceptent. L'iconographie du Christ s'établit peu à peu. Avant le ive siècle, ce ne sont que des représentations didactiques, pourrait-on dire, des épisodes de la vie de Jésus ; puis après le Ier concile œcuménique de Nicée, en 325, au fur et à mesure que le christianisme se fait de plus en plus officiel, apparaissent les scènes de la Passion ou encore la figuration du Christ-Roi.

Au ive siècle, saint Basile le Grand peut affirmer que « l'honneur rendu à l'image se rapporte au prototype ». Les empereurs byzantins se servent des images sacrées, surtout de celle du Christ, pour exprimer et propager des idées religieuses et politiques. L'Église, elle, ne se prononça pas de façon universelle. On note, au ive siècle, des rejets de toute représentation du divin ou du sacré sur les murs des églises (synode local d'Elvire en Espagne, entre 305 et 312 ; lettre d'Eusèbe à Constantia, sœur de l'empereur Constantin ; textes de saint Épiphane de Chypre...). En revanche, le concile Quinisexte (in Trullo), tenu à Constantinople en 691, affirme dans le canon 82 qu'il faut représenter le Christ non sous la forme symbolique de l'agneau, telle qu'elle existait surtout en Occident, mais « selon son aspect humain ». Face à l'interdit de l'image divine et sacrée chez les juifs et les musulmans qui ne cessaient de polémiquer contre l'idolâtrie chrétienne, les Pères du Quinisexte opposent à ce qu'ils considèrent comme des religions de la Loi, une religion de la Grâce.

Mais l'empereur Léon III fait détruire en 726, sur la Grande Porte de bronze de son palais l'icône du Christ et la remplace par une croix avec une épigramme affirmant que « l'empereur ne peut admettre une figure (eïdos) du Christ sans voix et sans souffle » et que les Écritures s'opposent à toute image du Christ selon sa nature humaine. C'est le début de la guerre contre les icônes qui provoquèrent entre les « vénérateurs des images » (iconodoules) et les « briseurs des images » (iconoclastes) des querelles et des luttes sanglantes qui durèrent sous le règne de Léon III l'Isaurien (717-740) et celui de son fils Constantin V Copronyme (741-775). Le premier concile iconoclaste de 754, tenu à Constantinople dans le palais de Hiera, déclara hérétique la fabrication et la vénération des icônes en général. En 764, Constantin V Copronyme fit détruire dans le Milion la fresque des six conciles œcuméniques et la remplaça par une représentation des jeux de l'hippodrome et de son cocher préféré !

Face aux positions des iconoclastes, qui s'appuyaient sur des interprétations théologiques très subtiles, l'Église « orthodoxe » dut, à son tour, élaborer une théologie de l'icône où la représentation du Christ était rendue possible par son Incarnation. Saint Jean Damascène, au viie siècle, fut le premier grand théologien des images sacrées, qui justifie ainsi la possibilité de figurer le Dieu-Homme : « Lorsque Celui qui existe de toute éternité dans la forme de Dieu, s'est dépouillé en assumant la forme d'esclave, devenant ainsi limité dans la quantité et la qualité, ayant revêtu la marque (charakter) de la chair, alors figure-Le sur une planche et expose à la vue de tous Celui qui a voulu apparaître. »

Il y eut entre 780 et 815 une pause et un retour aux pratiques iconophiles. C'est alors que put se tenir, à Nicée, le VIIe concile œcuménique en 787 qui consacra dogmatiquement le culte des images : « Celui qui se prosterne devant l'icône se prosterne devant l'hypostase de celui qui est inscrit en elle. »

Mais l'empereur Léon V l'Arménien réunit en 815 un deuxième concile iconoclaste dans la cathédrale Sainte-Sophie, présidé par le patriarche Théodote. Ce n'est qu'en 843 que fut rétabli définitivement dans l'Église « le triomphe de l'orthodoxie », c'est-à-dire de la vénération des icônes. La justification théologique de la représentation du divin fut établie par le saint higoumène du monastère du Stoudion, Théodore, et surtout par le patriarche Nicéphore. Pou [...]

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Adoration des Mages, P. P. Rubens

Adoration des Mages, P. P. Rubens
Crédits : Musée des Beaux-Arts, Lyon

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-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

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Christ guérisseur, Bible latine

Christ guérisseur, Bible latine
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Écrit par :

  • : théologien, docteur en théologie, doyen de la faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)
  • : agrégé de l'université, docteur ès lettres, directeur de recherche émérite au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Joseph DORÉ, Pierre GEOLTRAIN, Jean-Claude MARCADÉ, « JÉSUS ou JÉSUS-CHRIST », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jesus-jesus-christ/