ROME

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La Ville éternelle : depuis le ier siècle de notre ère, la ville sise au milieu de la péninsule italienne sur le Tibre à une trentaine de kilomètres de la mer tyrrhénienne bénéficie d'une image de puissance intemporelle. Ancien foyer de l'Empire romain, l'actuelle capitale de l'Italie et de la catholicité occupe une place symbolique importante en Europe, voire dans le monde, dont témoigne son attractivité touristique. L'organisation, le rayonnement et l'image de la ville fondée, selon la légende, par Romulus et Rémus en 753 avant J.-C. sont marquées jusqu'à nos jours par l'héritage de l'Antiquité, dans lequel les pouvoirs successifs puisent les conditions d'une légitimation et d'un renouveau. Le nom même de Rome peut désigner à la fois la ville et l'Empire. Le tissu urbain de Rome, ville par excellence du réemploi, juxtapose et imbrique des vestiges d'époques différentes. Dans Malaise dans la civilisation, Freud pointait déjà le « mode de conservation du passé propre à ce genre de villes historiques auquel Rome appartient ».

Italie : carte administrative

Carte : Italie : carte administrative

Carte administrative de l'Italie. 

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La pérennité urbaine découle des métamorphoses de l'influence romaine et de l'adaptation aux changements géopolitiques. La figure des trois Rome (la Rome des empereurs, la Rome des papes et la Rome italienne), fréquemment utilisée dans la seconde moitié du xixe siècle et dans la première moitié du xxe, en témoigne. La trajectoire exceptionnelle de cette ville cosmopolite, ponctuée par une alternance de crises et de rénovations, s'identifie au cours du Moyen Âge et de l'époque moderne à la papauté dont elle est le siège. Elle interfère avec l'histoire de la chrétienté puis de la catholicité, avec l'histoire des États pontificaux puis, non sans difficultés, avec l'histoire de l'Italie unifiée. Rome structure le temps européen, par la diffusion de deux calendriers (julien sous Jules César et Auguste puis grégorien à la fin du xvie siècle) comme par son rôle dans notre conception de l'histoire (la transition entre Antiquité et Moyen Âge correspond traditionnellement à la chute de l'Empire romain d'Occident), et participe précocement à la construction du système-monde.

Cependant, à l'échelle nationale, Rome n'est que la capitale politique d'une Italie bicéphale. Agglomération de 2,74 millions d'habitants en 2007 située à la charnière entre le nord et le sud du pays, elle en partage avec Milan les fonctions directionnelles.

Histoire

La Rome médiévale : l'ombre de l'antique et l'affirmation du pouvoir pontifical

« Rome après Rome » (A. Giardina et A. Vauchez) : tel pourrait être le résumé de l'histoire de la Rome médiévale. Rome perd son pouvoir politique en plusieurs étapes. Le Bas-Empire est marqué par l'itinérance de la capitale. En 330, Constantin fait de Byzance, rebaptisée Constantinople, la nouvelle capitale impériale. En août 410, le sac de Rome par les Wisigoths d'Alaric marque, avant même la déposition du dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule en 476, la fin de l'ancienne Rome et le début d'une période d'instabilité politique. La décomposition de l'Empire romain d'Occident fait chuter la population romaine, évaluée à environ un million d'habitants au Ier siècle après J.-C., à 450 000 au ve siècle, et à moins de 30 000 au viiie siècle. Rome ne retrouve son maximum démographique impérial, exceptionnel avant l'industrialisation, qu'au xixe siècle. Ce déclin démographique entraîne une rétraction du tissu urbain vers l'anse du Tibre et le champ de Mars. Entre le ve et le viie siècle, les espaces publics antiques sont désertés. Le tissu urbain évolue en réutilisant des matériaux et des bâtiments de l'Antiquité tout au long du Moyen Âge. Le cirque du Colisée est occupé par des habitations, des temples antiques sont transformés en églises, tel le Panthéon d'Agrippa rebaptisé Sainte-Marie aux Martyrs.

L'autonomisation de Rome sous égide pontificale

Devenue chef-lieu d'une province périphérique de l'Empire byzantin, Rome est soumise à l'envoyé de Constantinople (l'exarque de Ravenne nomme un magister militum puis un duc), tandis que se maintiennent les magistratures antiques de la préfecture urbaine et du Sénat et que s'affirme le pouvoir politique du pape. L'évêque de Rome valorise son statut de successeur d'un apôtre pour asseoir progressivement sa prééminence religieuse. Grégoire Ier dit le Grand (590-604) fait de Rome le centre des missions en direction de l'Europe occidentale et centrale et remplace les quatorze régions augustéennes composant la ville par sept régions ecclésiastiques. Dans les années 760, la donation de Constantin, faux diplôme impérial selon lequel Constantin aurait donné au pape Silvestre la possession de vastes territoires italiens, à commencer par Rome, est élaborée dans l'entourage de Paul Ier. Cependant, dès le viiie siècle apparaissent des tensions fiscales et religieuses entre Rome et l'Empire byzantin, qui aboutissent en 1054 au schisme des Églises chrétiennes d'Orient et d'Occident.

Rome s'autonomise à la faveur des conflits récurrents entre Byzantins et Lombards en Italie centrale. L'alliance entre la papauté et la monarchie française débouche au viiie siècle sur les donations carolingiennes. Pépin le Bref et Charlemagne, couronné empereur à Rome par Léon III en 800, organisent des expéditions contre les Lombards et reconnaissent la souveraineté pontificale sur l'Italie centrale.

Rome capitale des États pontificaux et de la Chrétienté latine

Du xe au xiiie siècle, Rome et l'Italie centrale deviennent le théâtre et l'enjeu des conflits (querelle des Investitures de 1059 à 1122, lutte du Sacerdoce et de l'Empire à partir de 1157) entre les guelfes partisans de la papauté et les gibelins partisans de l'empereur germanique. Les luttes de factions aristocratiques se manifestent par la multiplication des fortifications urbaines.

Le vide impérial qui se produit à la mort d'Henri VI (1197) crée une conjoncture favorable à l'expansionnisme romain. Par la diplomatie et par la guerre, Innocent III (1198-1216) constitue les États pontificaux, organisés en provinces dirigées par des recteurs. Ces États présentent des frontières mouvantes au cours du Moyen Âge. Pour maintenir son pouvoir, la papauté s'allie à la monarchie angevine qui règne à partir de 1266 au sud de l'Italie.

Innocent III centralise également la Chrétienté latine, dont Rome s'affirme la capitale au xiiie siècle. Des artistes prestigieux, [...]

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Italie : carte administrative

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La Trinité-des-Monts, Rome

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Rome: auditorium du Parc de la musique

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Écrit par :

  • : agrégée de géographie, ancienne élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, docteur en géographie, maître de conférences en géographie
  • : conservateur des Musées nationaux, attachée de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Géraldine DJAMENT, Sylvia PRESSOUYRE, « ROME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome/