TERRE ÂGE DE LA

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Que la Terre et même l’Univers aient un âge est de nos jours une évidence. Le fait que ces âges se comptent par milliards d’années est lui-même couramment connu : 4,55 pour la Terre et sans doute environ trois fois plus pour l’Univers, comme l’ont respectivement établi les géochimistes au milieu du xxe siècle et les cosmologistes dans les décennies suivantes. Or ces résultats furent l’aboutissement d’une très longue quête qui débuta dès l’Antiquité gréco-romaine et peut être découpée en quatre grandes périodes se recoupant partiellement. La première débuta vers le ve siècle avant notre ère avec les premiers philosophes grecs ; elle fut philosophique, en ayant eu pour trait saillant que, malgré leurs présupposés divergents, toutes les écoles antiques s’accordèrent sur l’idée que le monde – Terre incluse – n’avait pas été créé ex nihilo. Du début de notre ère jusqu’au xviiie siècle, la deuxième période fut théologique ; elle s’inscrivit en effet dans le cadre d’une création temporelle du monde telle qu’elle avait été révélée par le récit biblique de la Genèse, à partir duquel des âges de la Terre et du monde de quelques milliers d’années seulement furent déduits. Du début du xviiie siècle à la fin du xixe, la troisième période fut naturaliste ; elle se trouva marquée par de nouvelles manières d’observer la nature qui mirent peu à peu en cause ces très courtes échelles de temps, en n’ayant toutefois pu établir de chronologies que relatives. De véritables datations durent donc attendre le début de la dernière période, physique, pour voir le jour à la fin du xviiie siècle ; l’âge de la Terre passa alors de dizaines de milliers à des centaines de millions d’années avec la physique classique, et enfin à des milliards d’années au début du xxe siècle, quand la physique nucléaire vit le jour. En toile de fond de l’histoire de l’âge de la Terre se trouve ainsi une histoire générale des sciences, elle-même mâtinée de considérations philosophiques et théologiques puisque la question était bien sûr intimement liée au problème clé qui s’est toujours posé à l’homme, celui de l’origine du monde.

La force du raisonnement philosophique

Tout comme le jour et la nuit, les saisons, les années et les générations semblent se répéter inlassablement. D'un bout à l'autre de la Terre, il en résulta une conception du temps qu’on a qualifié de cyclique. Comme l’a résumé Mircea Eliade dans son classique Mythe de l’éternel retour (1949), « tout recommence à son début à chaque instant. Le passé n’est que la préfiguration du futur. Aucun événement n’est irréversible et aucune transformation n’est définitive. Dans un certain sens, on peut même dire qu’il ne se produit rien de neuf dans le monde, car tout n’est que la répétition des mêmes archétypes primordiaux ».

Un tel cadre se trouva conservé quand les grandes écoles philosophiques grecques furent fondées en un siècle et demi seulement par Démocrite (~460-~370), Platon (~428-347), Aristote (~385-~322), Épicure (~341-~270) ou Zénon de Cittium (~335-~264), le premier stoïcien. La question la plus importante, celle de l’origine du monde, ne fut bien sûr pas laissée de côté. Dans la grandiose cosmologie de son dialogue le Timée, Platon affirma que le monde avait connu un début : il lui attribua comme auteur un démiurge ayant ordonné la khôra, un « réceptacle » qui fut peu après considéré comme une matière informe. En dépit de leurs désaccords fondamentaux, les atomistes et les stoïciens partagèrent l’idée que le monde passait continuellement par des cycles de formation et de destruction, ces destructions résultant respectivement du hasard des collisions atomiques et de conflagrations générales d’origine divine.

Postulats des philosophes de l’Antiquité

Tableau : Postulats des philosophes de l’Antiquité

Ce tableau illustre le contraste entre les principaux postulats des atomistes et de ceux des écoles platonicienne, péripatéticienne, stoïcienne et néoplatonicienne (d'après Furley, 1966). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Sur le long terme, les idées qui exercèrent l’influence la plus longue et la plus forte furent cependant celles d’Aristote. En décrivant un petit univers centré sur la Terre et borné par la sphère des étoiles fixes, ce dernier s’attacha à démontrer aussi bien philosophiquement que physiquement pourquoi le monde était nécessairement éternel. Si on supposait, par exemple, que le temps avait connu un début, on devait alors admettre une absence de temps auparavant, ce qui était absurde puisque la notion d’« auparavant » présupposait l’existence du temps. De même, un mouvement ne pouvait pas se produire spontanément : soit il existait de toute éternité, soit il résultait de l’action d’un autre mouvement qui était lui-même soit éternel, soit le produit d’encore un autre mouvement, et ainsi de suite. Quant à l’existence d’un monde céleste de toute évidence immuable, elle témoignait aussi de l’éternité du temps puisque l’incorruptibilité était par définition absolue. Dans son traité Du Ciel, Aristote conclut ainsi que « le ciel tout entier n’a pas été engendré et ne peut donc plus périr, comme certains le disent de lui, mais qu’il est un et éternel, n’ayant ni commencement ni fin à sa durée tout entière, et qu’il tient et contient en lui-même le temps infini, voilà ce dont on peut être convaincu ».

Tout comme le monde, le temps était incréé en se trouvant indissolublement lié au mouvement des astres. Dans un monde éternel, la Terre n’était pas pour autant localement immuable. Elle restait simplement soumise aux mêmes types de transformation qui pouvaient l’affecter. « Puisque le temps ne s’épuise pas et que l’Univers est éternel », Aristote affirma dans les Météorologiques que « les fleuves naissent et meurent et que ce ne sont pas toujours les mêmes lieux de la Terre qui sont immergés ». L’important était cependant que, « sur toute la Terre ce ne sont pas toujours les mêmes régions qui sont les unes une mer, les autres un continent, mais que toutes changent avec le temps ». Certes, tout changeait avec le temps, mais la Terre restait globalement inchangée de sorte qu’il n’était le siège d’aucune irréversibilité et qu’aucune évolution ne s’y produisait jamais. Une nature où tout était gouverné par les cycles éternels d’astres eux-mêmes immuables ignorait par définition toute histoire. L’idée de reconstituer son passé était proprement inimaginable.

Indépendamment du fait qu’elles divergeaient sur l’éternité du monde, sa création temporelle, ses formations et destruction [...]

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Postulats des philosophes de l’Antiquité

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La mort thermique de l’ Univers

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Profils de température à l’intérieur de la Terre

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Âge de la Terre calculé selon les compositions en isotopes du plomb

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Pascal RICHET, « TERRE ÂGE DE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/age-de-la-terre/