SCANDINAVIE

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La civilisation ancienne

Les structures sociales

L'oligarchie paysanne

Sauf sur les fronts pionniers au peuplement très lâche (Lappland norvégien, Norrland suédois), l'ancienne société scandinave peut être définie comme une oligarchie de paysans riches. Même si la littérature vante plus volontiers le guerrier ou le Viking, le paysan propriétaire (bóndi, pluriel bændr) est l'assise de l'ordre social. Les Scandinaves, même s'ils participent à la vie politique, à l'activité maritime ou au commerce, sont d'abord des paysans.

Mais le sol et le climat n'autorisent souvent que certaines formes de vie agricole. Au Danemark et dans le sud de la Suède, la production céréalière domine et la forme de peuplement la plus courante est le village groupé ; au moins à partir du xie siècle, les contraintes collectives, notamment en matière d'assolement, y sont souvent très lourdes et rapidement aggravées par les exigences de la fiscalité royale ; presque partout existe une unité type d'exploitation agricole, le bol, qui rappelle le manse de l'Occident carolingien. En Norvège et dans la majeure partie de la Suède, le peuplement se disperse en hameaux ; les contraintes sont beaucoup moins sensibles et les activités principales sont, selon les lieux, la culture sur brûlis ou l'élevage, souvent transhumant ; fréquemment, la richesse d'une ferme s'évalue par sa production en beurre. En Islande dominent les fermes isolées et l'élevage ovin et laitier. Le long des côtes, la pêche est partout active ; la chasse constitue dans l'intérieur un appoint sensible.

Les terres les plus utiles et les plus anciennement exploitées sont détenues par les bændr selon un régime de pleine propriété héréditaire et à peu près inaliénable, l'ódhal, auquel ils sont très attachés. Les autres sont concédées, souvent en fermage, à de petits paysans. Pâtures et bois forment généralement des propriétés collectives du village ou du canton. Jusqu'au xiie siècle, une partie appréciable du travail peut être accomplie par des esclaves, la plupart capturés à la guerre ; assez bien traités, ceux-ci sont aisément affranchis. Leur rôle dans le peuplement de l'Islande fut considérable.

Les bændr ne possèdent pas seulement la richesse foncière qu'ils cherchent à accroître par le butin des expéditions de Vikings et dont ils se vantent sur les inscriptions runiques ; ils sont aussi les ministres des cultes païens locaux, dans des sanctuaires rudimentaires ou à la maison. Avec leurs pairs, ils rendent la justice et administrent le canton au sein d'une assemblée d'hommes libres siégeant en plein air, le thing, qui est l'institution politique fondamentale des Scandinaves. Ils convoquent et commandent, à l'appel du roi, les combattants sur terre et sur mer. Une clientèle les entoure, constituée surtout de jeunes gens dont ils assurent la formation et l'entretien. S'y ajoute une « famille » au sens le plus étendu : femme, concubines, enfants et petits-enfants, affranchis, esclaves domestiques, qui se réunissent pour des banquets dans la grande salle construite en bois, le principal édifice de chaque résidence. Un sentiment de classe vigoureux, qui est parfois un orgueil de nouveaux riches, les anime à l'âge des Vikings.

Ces paysans propriétaires, toujours armés, très protégés par la loi (leur meurtre peut se payer jusqu'à 96 vaches !), jouissent d'une extrême liberté d'action. Quinconque veut sauvegarder ombrageusement sa totale indépendance a la loi avec lui. Certains en profitent pour développer une vie d'asociaux frénétiques : ce sont les berserker, à vrai dire mieux représentés dans la littérature que dans les faits. Mais le sentiment des solidarités est aussi très fort ; les condamnés mis hors la loi ont grand peine à survivre. Malgré la brutalité des mœurs, les femmes libres jouissent d'une profonde considération et d'une certaine indépendance domestique et juridique.

Au-dessus des bændr s'élèvent des chefs locaux, qu'on connaît surtout dans le monde norvégien : les herses qui commandent un canton, les jarls à la tête d'une région. Leur autorité, souvent héréditaire, est battue en brèche, à partir du xe siècle, par l'essor du pouvoir royal. Ce n'est qu'à partir du xiiie siècle qu'ils se muent en une noblesse à l'occidentale.

La royauté

Les conceptions païennes accordaient au roi une place considérable dans l'ordre surnaturel : il est l'intermédiaire des hommes et des dieux [...]

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La Scandinavie à l'époque viking

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Écrit par :

  • : conservateur en chef du département médiéval du Musée historique de l'université d'Oslo
  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : directeur honoraire de l'Institut de géographie de l'université de Paris
  • : maître de conférences à l'université de Caen
  • : agrégée de l'Université, docteur en histoire, professeur d'histoire et géographie, chargée de cours à l'université de Rouen
  • : docteur ès sciences, maître de conférences

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Pour citer l’article

Martin Edvard BLINDHEIM, Régis BOYER, Georges CHABOT, Lucien MUSSET, Nicole PÉRIN, Jean-Michel QUENARDEL, « SCANDINAVIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/scandinavie/