SCANDINAVIE

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Art pré-viking

Si, bien après l'époque romaine, la Scandinavie reste encore pour beaucoup une île lointaine perdue dans les brumes du Nord, au-delà des limites du monde connu, les peuples germaniques qui y vivent, et que l'on peut qualifier de nordiques, entretiennent depuis longtemps de fructueuses relations commerciales avec l'Empire romain, auquel ils semblent avoir servi de mercenaires. L'archéologie, seule source de cette époque protohistorique (les premiers textes scandinaves datent du xe s.), révèle leur richesse en métal précieux, au service d'un art décoratif original et en constante évolution. Bien avant que les Vikings ne fassent sur la scène européenne une entrée remarquée se développe en Scandinavie un style décoratif étroitement lié à ceux d'une Europe germanique encore très romanisée : l'art animalier. Son apogée coïncide avec le développement d'une brillante civilisation nordique, tout particulièrement en Suède orientale, autour d'Uppsala en Uppland, berceau des rois de Svea qui devaient à la fin du viie siècle unifier la plupart des peuples de Suède.

À la fin de l'« Âge romain du fer », selon la terminologie scandinave (vers 400 apr. J.-C.), en effet, le domaine nordique n'est pas encore individualisé. Les peuples du Danemark, de Norvège et de Suède parlent sensiblement la même langue (nordique ancien), se regroupent sur une base ethnique ou géographique en unités plus ou moins nombreuses, sous l'autorité de chefs dotés de pouvoirs religieux, sans doute élus par les hommes libres et portant parfois le titre de roi. Ils vivent la même vie, se livrant à l'agriculture, à la guerre et au commerce. Les Vikings ne feront pas autre chose et, dès le ve siècle, l'élément naval joue un rôle important dans une région où l'eau fait partie intégrante du paysage et de la vie.

La période qui s'étend de 400 à 800 après J.-C. et que les Scandinaves divisent traditionnellement en « Âge des migrations » (400-600) et « Âge de Vendel » (600-800) est essentielle pour la compréhension de l'« Âge viking » qui lui fait suite. C'est en effet l'époque de la mise en place de structures sociales et politiques qui persisteront et l'apparition de techniques nouvelles dans l'art comme dans la navigation. Et elle semble être caractérisée surtout par la multiplicité des influences et des courants qui s'exercent sur une région pourtant lointaine. Nous savons bien peu de choses de ces hommes du Nord : les textes légendaires et poétiques, d'ailleurs largement postérieurs, les récits des historiens du vie siècle, Jordanès ou Procope, insistent sur leur caractère énergique et cruel, leur haute stature et leur valeur guerrière ; heureusement, les objets portent témoignage et les vestiges archéologiques sont innombrables. Les trouvailles sont souvent fortuites ou isolées (trésors, sépultures, etc.), surtout en Norvège où le peuplement semble avoir été plus discontinu. Cependant, les dépôts votifs des marécages (moors) dans le Sud, les grandes sépultures de bateaux-tombes, souvent royales, les sites fortifiés de l'île d'Öland et du Jutland, les innombrables habitats de Gotland et le centre commercial et artisanal d'Helgö, sur le lac Mälar, ont livré un matériel considérable, précieux même s'il ne représente qu'une faible partie de ce qui a été enfoui dans le sol.

À partir du vie siècle, la richesse semble se concentrer autour des lieux d'élection des Svea en Uppland (civilisation de Vendel), des Danes dans l'île de Seeland et sur la côte orientale du Jutland et, à moindre degré, dans le Vestfold et dans l'Ostfold norvégien, ce qui peut être mis en relation avec le regroupement des peuples nordiques, plus tardif en Norvège. Malgré ces découvertes, notre connaissance de l'art scandinave des hautes époques reste incomplète : si l'architecture et la plus grande partie de l'art monumental (à l'exception des stèles), la sculpture et la peinture, nous échappent, comme souvent chez les peuples germaniques de l'Âge des migrations, les arts appliqués, en revanche, arts d'ornement des équipements guerriers, bijoux et parures, nous permettent d'apprécier le degré de raffinement atteint par les artistes de l'époque.

Art viking : pièce de harnais en bronze

Photographie : Art viking : pièce de harnais en bronze

Cette pièce de harnais en bronze retrouvée dans une sépulture à Broa, sur l'île de Gotland, est l'une des premières manifestations de l'art viking. On y voit la « bête agrippeuse », un thème récurrent de l'iconographie nordique. 850-900. Musée historique de Stockholm. 

Crédits : W. Forman/ AKG

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L'or romain : bractéates et colliers

On peut remarquer au début de l'Âge des migrations, dès le ive siècle et jusqu'au vie siècle, l'afflux d'or qui se produit en Scandinavie méridionale (et en particulier dans les îles d'Öland et de Gotland), afflux attesté par la découverte de trésors enfouis, ou par des trouvailles isolées comportant des solidi d'or. On sait que la fin de l'Âge romain du fer a été marquée par un développement important des relations commerciales entre les Germains du Nord et l'Empire romain. La monnaie d'argent y dominait. Mais aux ive et ve siècles, ces relations s'intensifient, alors qu'un certain nombre de Nordiques semblent servir dans les armées romaines, comme l'attestent les armes romaines découvertes dans les dépôts sacrificiels ou votifs des moors danois aux côtés d'armes germaniques. Les soldes versées par les empereurs seraient donc à l'origine de cet afflux de monnaies d'or qui semblent avoir été frappées principalement en Italie et près du Danube. De fait, les pillages qui ont accompagné l'effondrement de l'Empire ont provoqué une redistribution du métal précieux (les ve et vie siècles sont d'ailleurs en Scandinavie même une période troublée comme en témoignent les trésors enfouis et le développement des forteresses rurales à Öland). Néanmoins, les solidi d'or retrouvés dans les fouilles ne représentent qu'une faible partie de l'or qui envahit alors la Scandinavie du Sud. L'or fut avant tout un matériau précieux utilisé pour la réalisation de superbes parures et d'ornements : les bractéates d'abord, dont la décoration symbolique atteste le caractère sacré, voire prophylactique, mais aussi des colliers somptueux et de petites plaques estampées aux curieux décors.

Les différents types de bractéates

Les bractéates (du latin bractea, « feuille mince ») sont des pendentifs de forme circulaire faits d'une mince tôle d'or, décorés par estampage d'un motif central circulaire, figuratif ou abstrait, et bordés d'un filet en cordelière ou d'une série de frises en zigzag délicatement ouvragées, sur lesquelles se détache la figure centrale. Une attache est fixée sur le pourtour, souvent ouvragée elle aussi.

Extrêmement variées puisque l'on en connaît 467 matrices, elles apparaissent au ve siècle et disparaissent au début du viie siècle. On en a retrouvé à ce jour plus de 800. On s'accorde à penser qu'elles étaient utilisées à la fois comme ornement et comme amulettes, car elles portent de nombreux signes magiques (inscriptions runiques, svastikas, etc.) et représentent certainement des scènes religieuses, d'ailleurs difficiles à identifier, comp [...]

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La Scandinavie à l'époque viking

La Scandinavie à l'époque viking
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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  • : conservateur en chef du département médiéval du Musée historique de l'université d'Oslo
  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : directeur honoraire de l'Institut de géographie de l'université de Paris
  • : maître de conférences à l'université de Caen
  • : agrégée de l'Université, docteur en histoire, professeur d'histoire et géographie, chargée de cours à l'université de Rouen
  • : docteur ès sciences, maître de conférences

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Pour citer l’article

Martin Edvard BLINDHEIM, Régis BOYER, Georges CHABOT, Lucien MUSSET, Nicole PÉRIN, Jean-Michel QUENARDEL, « SCANDINAVIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/scandinavie/