GAULE

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La religion des Gaulois

Rites et dieux

L'art religieux gaulois du midi de la France comprend en particulier les statues et fragments de statues provenant d'Entremont, de Roquepertuse ; il s'agit surtout de figures masculines accroupies, dont certaines imposaient la main sur une tête de mort. Outre un grand linteau gravé représentant des têtes de chevaux, on a découvert des piliers creusés d'alvéoles contenant des crânes humains. Deux têtes humaines accolées semblent avoir été emportées par un gigantesque oiseau. Un autre oiseau, sorte de rapace stylisé provenant de Roquepertuse, figurait également parmi ces fragments. Entremont a livré des morceaux de groupes équestres et des bas-reliefs qui représentent des adorateurs offrant un lièvre. Il est encore trop tôt pour se prononcer sur la signification exacte de ces œuvres, qui se rapportent très probablement au culte des ancêtres héroïsés et des dieux. F. Benoit, qui en a donné l'interprétation la plus cohérente jusqu'à ce jour, pensait y voir l'expression de conceptions populaires communes au monde méditerranéen. Sans exclure les influences méditerranéennes, en particulier celle de la Grèce, on peut estimer que les idées exprimées sont propres aux Celtes. En tout état de cause, d'ailleurs, des éléments de sculpture et d'architecture tout à fait semblables à celles du midi de la Gaule ont été trouvés dans le reste du territoire et même en Rhénanie : statues accroupies, janus, piliers décorés.

À ces sculptures on peut associer les orfèvreries et le décor de la céramique, qui, à partir de l'époque hallstattienne, reflètent les idées religieuses et le rituel propres aux Celtes du continent. Les comparaisons que l'on peut établir entre les gravures des piliers et des linteaux de Mouriès, le décor des ceintures en bronze repoussé d'Allemagne du Sud, d'Autriche et de France de l'Est, le décor gravé au plastique des vases hallstatiens d'Autriche, de Bavière ou de Hongrie permettent d'entrevoir quelques figurations de caractère rituel ou mythique, dont la répétition est significative : figures de cavaliers ou de cavalières en relation avec le soleil, que l'on trouve aussi bien à Mouriès, sur des piliers gravés, qu'au Pègue, sur un fragment de céramique pseudo-ionienne, et à Haguenau, sur le décor au repoussé de ceintures de bronze ; chasse au cerf, immolation rituelle du cerf qu'on rencontre à Mouriès, sur des céramiques gravées de Bavière, de Styrie, de Hongrie, sur une situle décorée de Sesto Calende, et sur les gravures rupestres du Val Camonica. Ces comparaisons permettent également de percevoir l'importance d'une sorte de grande déesse-mère, figurée tantôt seule, tantôt accompagnée d'un dieu, tantôt associée à une ou deux autres déesses. Sur le chariot votif de Strettweg (Carinthie), cette divinité, représentée nue, porte sur la tête une sorte de coupe à libations et domine de toute sa taille un groupe de guerriers également nus, cavaliers et fantassins, amenant avec eux des cerfs et des béliers.

Sur un vase gravé d'Oedenburg sont représentés, au registre supérieur, deux déesses-mères encadrant un combat entre deux guerriers porteurs de boucliers et, au registre inférieur, une chasse au cerf. Sur un autre vase gravé d'Oedenburg figurent trois idoles de déesses-mères, les bras levés vers le ciel, tandis qu'un personnage debout est assisté de deux cavaliers, dont l'un, descendu de cheval, verse le liquide d'une bouteille dans un récipient. Le cavalier debout, s'approchant d'une sorte d'autel, tient dans la main droite un oiseau. Les oiseaux, les cavaliers, le troisième personnage sont associés, sur une situle en bronze de Sesto Calende, décorée au repoussé, à une scène d'immolation du cerf.

Un certain nombre de vases en bronze ou en terre cuite, tantôt décorés de figures de bovidés, tantôt eux-mêmes modelés en forme de bovidés, semblent être des récipients destinés à des rites de libations sanglantes.

On est en droit d'identifier dans ces figurations, d'une part, certains éléments d'un panthéon archaïque (déesses-mères, cavaliers solaires), d'autre part, certains actes religieux d'un rituel qui reste vivant à la période gauloise et aux temps gallo-romains : offrande du lièvre à la déesse-mère, sacrifice du cerf, sacrifice des taureaux, rassemblements armés en l'honneur de la déesse mère, duels de jeunes guerriers. Pour la période de La Tène, les fouilles de Champagne ont prouvé que le culte funéraire, associé à celui des dieux et dont l'origine remonte à l'âge du bronze, prend, dans les cimetières, au second âge du fer, des formes nouvelles : enclos funéraires carrés ou rectangulaires, entourant des sépultures appartenant à un même clan, tombes de héros, puits d'offrandes, édicules en bois édifiés pour le culte des morts et des divinités de l'au-delà. À Villeneuve-Renneville, A. Brisson a mis au jour, dans une fosse, un cerf domestique qui porte un mors et qui avait été inhumé à côté d'un guerrier gaulois. On retrouve ici le thème de l'immolation du cervidé qui paraît avoir eu, dans la religion gauloise, une valeur magique, garantissant en quelque sorte l'immortalité de l'âme.

Ce thème doit être comparé à un récit de Tite-Live sur la bataille de Sentinum, dont l'étude a permis à J. Bayet d'intéressantes réflexions sur la religion gauloise. Au début de la bataille, une biche poursuivie par un loup fit irruption entre les armées. La biche se dirigea vers les Gaulois, qui la percèrent de flèches, le loup s'enfuit et se réfugia dans les rangs des Romains. Ce présage semble avoir été interprété diversement par les Romains et par les Gaulois. Ceux-ci virent dans le sacrifice de la biche un signe d'immortalité et de victoire finale. Ceux-là assimilèrent le loup à Mars victorieux prenant le parti de Rome.

Les figurations décorant une série de chaudrons en bronze ou en argent, dont la plupart ont été découverts au Danemark, ont une origine gauloise. Le chaudron de Brå porte, entre deux têtes de taureaux, une représentation expressionniste de la tête d'une chouette, associée à un serpent stylisé. Nous pensons qu'il s'agit ici de la chouette et du serpent d'Athéna-Minerve, cette déesse ayant été assimilée à la déesse-mère des Gaulois. On observe qu'elle est associée aux têtes de taureaux, symboles des sacrifices qui avaient lieu en son honneur. Sur la parure de Reinheim figure une Athéna celtisée, qui peut être assimilée à la déesse-mère gauloise. Sur le chaudron de Rynkeby apparaît l'une des plus anciennes représentations que l'on connaisse de la triade gauloise, qui est invoquée par Lucain dans La Pharsale (I, 44) et qui semble être à la [...]

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  • : professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et à l'Institut universitaire de France
  • : archéologue, professeur à la faculté des lettres de Strasbourg

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Pour citer l’article

Jean-Paul DEMOULE, Jean-Jacques HATT, « GAULE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gaule/