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Espagne : carte administrative

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Funérailles de Franco, 1975

Funérailles de Franco, 1975
Crédits : Hulton Getty

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Aqueduc des Ferreras

Aqueduc des Ferreras
Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Prieuré de Serrabone

Prieuré de Serrabone
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Région historique de l'Espagne, ancienne province romaine appelée ensuite Gothalonia par les Wisigoths qui en firent la conquête, la Communauté autonome de Catalogne (Catalunya en catalan, Cataluña en castillan) comprend les quatre provinces de Gérone (Gerona), Tarragone (Tarragona), Lérida (Lleida) et de la capitale Barcelone. Située au nord-est de la péninsule Ibérique, elle s'étend sur quelque 32 000 km2 (6,3 p. 100 de l'Espagne) et compte près de 6,5 millions d'habitants en 2005 (14,5 p. 100 de la population totale). Vivante, dynamique, cette région de transition entre la péninsule et l'Europe (l'Espagne adhère à la Communauté économique européenne [C.E.E.] en 1986) est la plus riche des provinces d'Espagne et affiche, au cours des deux dernières décennies du xxe siècle, une croissance annuelle moyenne de 3,5 p. 100. Sur cette vieille terre de manufactures et d'industries s'est confirmée la révolution des services et le choix d'une civilisation des loisirs. Les tenants d'une géographie justificatrice traquent les potentialités régionales, trait d'union, charnière, carrefour, point de passage obligé. La Catalogne fonctionne simplement comme un couloir de transit entre pays du Rhône et pays de l'Èbre, en façade de la Méditerranée, entre deux deltas, en piémont de la montagne pyrénéenne. La géographie renforce les liens que les hommes ont tissés tout au long de l'histoire.

Espagne : carte administrative

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Carte administrative de l'Espagne. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les Pyrénées et la Méditerranée contribuent à son identité, l'Èbre lui sert de limite géographique. Mais l'aire culturelle et linguistique catalane franchit ces frontières, au nord jusqu'au pas de Salses dans les Pyrénées orientales, au sud jusqu'à Alicante. En Méditerranée, elle recouvre également les îles Baléares. On parle aussi le catalan en Andorre, dans les franges orientales de l'Aragon et jusqu'en Sardaigne, dans la région de l'Alghero. Barcelone, « cap i casal de Catalunya », à la fois tête et foyer, rayonne sur l'ensemble régional au point de vue politique et économique, et surtout culturel. Plus que la mer ou la montagne, la plaine littorale ou les deltas, c'est l'histoire qui a forgé les identités et justifie le particularisme catalan. Aujourd'hui, les relations fonctionnelles entre le pays et la région et au sein de celle-ci reposent sur le statut d'autonomie octroyé en 1979, et revisité depuis.

Histoire

Cette contrée a toujours été une région de contacts et d'échanges. Grottes et abris témoignent d'une occupation fort ancienne, au moins au Paléolithique moyen. À l'aube de l'époque historique, elle est habitée par un peuple aux origines incertaines, les Ibères, mêlant les liens avec l'Afrique et les courants celtes venus de l'Europe du Nord. Dès le vie siècle avant notre ère, les Grecs y fondent plusieurs comptoirs d'échanges. Occupée par les Romains en 218, pacifiée en 194 avant J.-C., la Catalogne est romanisée avant le reste de l'Espagne. Conquise par les Wisigoths qui prennent Barcelone en 531, elle forme déjà un ensemble original avant les invasions arabes (Barcelone tombe en 717). Reprise par les Francs, elle devient une marche sous les Carolingiens, un bastion avancé de la chrétienté contre la poussée de l'islam.

Des comtes l'administrent qui s'affranchissent peu à peu de la tutelle carolingienne jusqu'à s'affirmer indépendants avant de sceller par mariages des conquêtes lointaines. Raimond Bérenger III exerce ainsi autorité en Provence dès 1113 et Raimond Bérenger IV, comte de Barcelone, épouse la fille du roi d'Aragon (1137), union des deux puissances qui change le destin de la Catalogne. Celle-ci joue un rôle important dans la Reconquista (viiie-xiiie siècles) et plus encore dans l'expansion espagnole en Méditerranée : conquête des Baléares (1229), du royaume de Valence (1238), expansion en Sicile (1282), domination de la Sardaigne (1322-1324), intervention en Corse ; la Catalogne devient l'une des premières puissances de la Méditerranée.

Liée à l'Aragon, elle occupe néanmoins une place particulière dans le royaume car le roi d'Aragon, d'origine catalane, attache plus d'importance à la riche région maritime de son domaine qu'au modeste territoire de l'intérieur. Les décisions des Corts (assemblées représentatives de la Catalogne) dictent la politique financière royale et, entre les sessions, les Corts sont représentées auprès du souverain par une commission permanente de six membres. Malgré la création par les Corts en 1359 d'une Generalitat disposant d'un pouvoir politique et judiciaire, la Catalogne, fortement peuplée, enrichie par son commerce maritime qui favorise la naissance d'une bourgeoisie barcelonaise et un important développement urbain, supporte impatiemment la tutelle aragonaise. En 1410 meurt le dernier représentant de la dynastie catalano-aragonaise. Le compromis de Caspe confie, deux ans plus tard, la couronne d'Aragon à un souverain castillan, Ferdinand d'Antequera. La collaboration entre la monarchie et la bourgeoisie catalane est compromise. Si Alphonse V le Magnanime (1416-1458) se laisse entraîner dans la conquête de la Sardaigne, puis du royaume de Naples, fermant les yeux sur le particularisme catalan, l'avènement de Jean II en 1458 entraîne un changement de politique. Le nouveau souverain entend mettre fin à l'indépendance de la Catalogne. Il y parvient en 1472 après avoir pris Barcelone au terme d'un long siège. La Catalogne s'efface désormais au profit de la Castille dans l'histoire de l'Espagne, l'Atlantique va supplanter la Méditerranée.

Mais la Catalogne ne veut pas se soumettre. Des insurrections éclatent sous Philippe II (1527-1598) face aux tentatives de centralisation du roi, et de nouvelles révoltes se succèdent de 1700 à 1714 jusqu'à ce que la dynastie des Bourbons réduise les ambitions catalanes. Il faudra attendre le milieu du xviiie siècle pour que la création de la Junta de Comercio facilite l'essor économique de la région. La Catalogne, épargnée par l'émigration, la hausse des prix, la bureaucratie excessive qui provoquent la décadence de l'Espagne intérieure retrouve son ancienne importance grâce à la prospérité rurale, au nouvel essor du commerce maritime et à la reprise démographique. Renaissance qui pose un problème au royaume d'Espagne : comment concilier le regain d'activité catalane avec la volonté de direction et de contrôle de Madrid ?

L'invasion de la péninsule par Napoléon en 1808 brise l'essor catalan, encore que l'Empereur des Français, dans son désir d'anéantir toute résistance espagnole, tente de ressusciter le particularisme catalan en lui donnant une administration spéciale dirigée par un préfet et en créant des journaux de langue catalane. Mais la guerre civile renforce l'unité de l'Espagne : comme les autres provinces, la Catalogne refuse la domination française, mais cultive son particularisme, qui va renaître à la faveur de la crise politique espagnole du xixe siècle : attentats à Barcelone entre 1830 et 1840, renouveau littéraire de la langue catalane (Renaixança) de Bonaventura Carles Aribau et de Joaquim Rubió i Ors dont les œuvres débordent le cercle intellectuel et touchent le peuple, action d'une bourgeoisie catalane dont la mentalité est radicalement différente de celle du paysan ou de l'hidalgo des provinces centrales.

Ainsi, à diverses périodes de l'histoire espagnole, la faiblesse de l'État central encourage le mouvement particulariste. De là le rôle de la Catalogne dans la guerre civile : le soulèvement de 1934 contre la République espagnole (l'État catalan est proclamé par Lluís Companys), puis la résistance au pronunciamiento du général Franco de 1936. Dans les luttes qui ensanglantent l'Espagne, la Catalogne est le dernier bastion des républicains. Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe ; Franco a gagné. Est-ce à dire qu'une nouvelle fois le particularisme catalan a été vaincu ? À plusieurs reprises au cours des années 1950-1970, des grèves d'une ampleur surprenante éclatent, et les incidents se multiplient notamment à l'université de Barcelone. Avec la fin du franquisme en 1975, le nationalisme catalan s'exprime sous d'autres formes et un statut d'autonomie régionale est adopté par référendum en 1979.

Évolution politique

La Constitution de 1978 définissant la transition démocratique du postfranquisme donne corps au statut d'autonomie et à la Generalitat de Catalunya que Franco avait supprimés. La santé, l'éducation, la police, la culture et une partie de la fiscalité, notamment, relèvent désormais de la compétence de cette institution. Le président de la Generalitat dirige et coordonne les actions du gouvernement catalan, composé d'un Conseil exécutif organisé en quinze départements et disposant de pouvoirs administratifs. À ses côtés, le Parlement catalan, qui représente le peuple, légifère, contrôle l'action du Conseil, approuve le budget et élit le président de la Generalitat. En décembre 2003, Pascual Maragall, ancien maire de Barcelone et leader du Parti socialiste catalan (P.S.C.), a succédé à Jordi Pujol Soley, président depuis 1980.

Le statut d'autonomie a toujours fait l'objet de débats quant à sa nature, son étendue et son application (une conclusion jamais définitive dans le rapport à Madrid, notamment à propos de la question identitaire et de la nature des liens entre le pays et la région, économiquement la plus dynamique, culturellement la plus marquée). Le dernier débat eut lieu lors du référendum du 18 juin 2006, relatif à un nouveau statut pour une plus large autonomie (Estatut, projet de réforme voté par le Parlement catalan le 30 septembre 2005) et à la gestion territoriale de la province.

Barcelone, siège du pouvoir de la Generalitat et d'autres institutions publiques ou privées (structures communautaires, chambre de commerce, organismes professionnels...), a joué un rôle primordial dans les luttes pour la conquête de l'autonomie régionale. Dans le contentieux avec l'État central persiste le sentiment d'être moins bien traité, sous prétexte de solidarité à l'égard d'une Espagne aux provinces périphériques moins bien pourvues. Les Catalans considèrent cette situation comme un handicap pour leur région. Au début des années 2000, la Catalogne, qui réalise près de 20 p. 100 du P.I.B. national, n'a reçu que 12 p. 100 des investissements d'État, marquant ainsi un déséquilibre grandissant entre cette région et celles de Madrid, du Pays basque et de la Navarre, qui ont largement bénéficié des redistributions publiques. Pour cela, les Catalans souhaitent élargir leurs compétences régionales sur les grandes infrastructures économiques (ports, aéroports...) et récupérer les recettes fiscales (impôts, T.V.A...), collectées jusque-là par Madrid. Au sein du débat, ils ne manquent pas de comparer la richesse de leur région, son dynamisme, sa reconnaissance internationale, les manifestations de prestige qui s'y tiennent, ni d'affirmer le rôle moteur de la Catalogne en Europe. De nombreux discours, qui s'appuient sur de nouveaux concepts comme celui de « nation catalane », posent de manière sous-jacente la question de la rupture, celle de l'indépendance, d'une région autonome ou d'une nation. La position géographique de la Catalogne en « front d'Europe » pour l'Espagne et sa puissance économique lui permettent de jouer un rôle majeur, tant dans la dynamique de l'eurorégion constituée avec les régions voisines (Aragon, îles Baléares, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon), que dans celle du club des « Quatre moteurs pour l'Europe » où, depuis 1998, elle est associée à la Lombardie (Italie), à Rhône-Alpes (France) et au Bade-Wurtemberg (Allemagne).

Le nouveau texte statutaire adopté par le gouvernement catalan a été édulcoré par Madrid. Le mot « nation » n'est finalement mentionné que dans le préambule, afin que le texte ne s'oppose pas à la Constitution de 1978, qui affirme « l'unité indissoluble de la nation espagnole ». L'élargissement des compétences fiscales et administratives n'a été accepté qu'en partie, notamment en ce qui concerne l'impôt sur le revenu et la T.V.A. (seulement la moitié des recettes sera récupérée), ce qui correspondrait tout de même à cinq milliards d'euros par an de revenus supplémentaires. Le référendum de juin 2006 a été approuvé à 73,9 p. 100 de oui, mais il n'a suscité qu'une participation de 48 p. 100 du corps électoral, malgré le soutien des socialistes au pouvoir à Madrid (Parti socialiste ouvrier espagnol, P.S.O.E.) et à Barcelone (P.S.C.), des nationalistes du centre droit, des écologistes de gauche et de tous les milieux d'affaires de Catalogne. Le Parti populaire (P.P.), conservateur, a largement contesté la procédure et le contenu des propositions, dénonçant le caractère anticonstitutionnel et illégitime de l'idée de nation catalane, ainsi que le risque de désintégration administrative et politique du pays face au repli sur des identités régionales très marquées. On a même agité le spectre de la guerre civile des années 1930.

Les élections anticipées au Parlement catalan du 1er novembre 2006 (135 sièges) ont été marquées par une forte abstention (43 p. 100) et une perte d'influence relative du P.S.C. (de 42 à 37 sièges), alors que le leader Pascual Maragall ne se représentait pas. En revanche, la gauche indépendantiste du Parti Esquerra republicana de Catalunya (E.R.C.) et la gauche progressiste et écologiste de Initiative pour une Catalogne verte (I.C.V.), progressent en sièges (de 32 à 36). Si le centre droit de Convergència i Unió (C.I.U.) – coalition de Jordi Pujol – est arrivé en tête du scrutin en nombre de sièges (48), il n'a pu réussir son pari électoral d'empêcher la gauche, au pouvoir depuis 2003, de rester majoritaire. La coalition tripartite (P.S.C.-E.R.C.-I.C.V.) forme le nouveau gouvernement, sous la conduite de José Montilla, ancien ministre de l'Industrie, élu président de la Generalitat. À terme, le « jeu politique » en Catalogne et les rapports de force qui s'établiront ne seront pas sans conséquence sur l'exercice du pouvoir à Madrid et dans les autres régions de la péninsule. Les débats ont porté sur les capacités d'autogestion des communautés autonomes qui sortent renforcées, alors que rien ne paraît définitif en ce qui concerne les identités, régionales et nationale.

Funérailles de Franco, 1975

Funérailles de Franco, 1975

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Les funérailles du général Franco (1892-1975), à Madrid, le 23 novembre 1975. 

Crédits : Hulton Getty

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Vie économique

Les milieux naturels de la Catalogne sont divers, le relief est fragmenté et troué de quelques bassins où les hommes se concentrent dans les villes, la montagne est souvent qualifiée de traditionnelle par les urbains, et le littoral jugé artificiel, notamment par ceux qui défendent les valeurs écologiques et patrimoniales. Ces ensembles jouent sur des complémentarités valorisées par la gestion politique et l'organisation économique de la région. On parle alors « des Catalognes », afin de souligner les éléments qui solidarisent et unifient. Tout d'abord, la montagne répond à des tonalités vertes, plus européennes qu'ibériques. Parcs naturels et stations d'altitude ont conquis aujourd'hui ses versants et ses sommets, et son économie est largement dépendante des flux saisonniers métropolitains et européens. Ensuite, le littoral catalan a permis à l'Espagne, avant l'aménagement du Sud, de s'ouvrir au tourisme. Dès 1950, plus d'un million de touristes séjournent sur la Costa Brava, submergeant ainsi les premières installations d'infrastructures et de résidences mises en place par la bourgeoisie catalane des années 1920. Toutefois, en termes de fréquentation touristique, la Catalogne a perdu sa première place : en 2005, elle enregistre environ 25 millions de nuitées contre plus de 30 millions en Andalousie. Enfin, les villes catalanes ont bénéficié des implantations industrielles du xixe siècle, et confortent leur position parmi les villes d'Espagne grâce aux retombées – sous forme de résidence et de pôles d'activités tertiaires – de la métropole barcelonaise. Par ailleurs, la répartition de la population traduit les partitions géographiques de la région. Le littoral, et plus particulièrement la conurbation de Barcelone, sont parmi les espaces régionaux les plus denses de l'Union européenne. L'intérieur des terres, en revanche, fait partie des zones les moins peuplées. Entre 1990 et 2005, la Catalogne a gagné quelque 730 000 habitants (+ 12 p. 100), surtout dans l'aire métropolitaine de Barcelone, contre près de 900 000 (+ 18 p. 100) pour la Communauté de Madrid, et plus d'un million (+ 13 p. 100) pour l'Espagne méridionale, longtemps pays d'émigration.

Les ressources en matières premières (charbon, minerais...) étant relativement rares, la Catalogne a fondé son développement industriel sur le savoir-faire et l'usage de techniques avant-gardistes. La bourgeoisie investit dès le xixe siècle dans l'industrie et s'accommode fort bien des contrôles exercés sur le monde ouvrier et politique par le franquisme, même si elle a dû renoncer alors à l'expression politique du catalanisme. Le retour à la démocratie modifie en profondeur les structures économiques locales, au profit de la petite entreprise, d'une part, et de l'ouverture au capital international, d'autre part. Les firmes étrangères, surtout japonaises, firent de la Catalogne leur point de départ pour la conquête des marchés européens, bénéficiant, notamment, de coûts salariaux plus faibles.

L'industrie textile, issue du travail de la laine au Moyen Âge, des indiennes de coton au xviiie et, par la suite, des textiles artificiels et du prêt-à-porter à Barcelone, Sabadell et Mataró, constitue une activité traditionnelle de première importance. Malgré de régulières reconversions, cette industrie a perdu, depuis le début des années 1980, les deux tiers de la quinzaine de milliers d'entreprises et des 120 000 emplois, dont plus de la moitié seulement entre 1995 et 2005. Mais la Catalogne représente encore 48 p. 100 en moyenne de l'industrie textile espagnole sur le plan des emplois et de la production. En outre, la pétrochimie à Tarragone, la chimie (150 000 emplois, 50 p. 100 de la production nationale en valeur) et la métallurgie, les constructions électriques, électrotechniques et mécaniques (construction automobile SEAT-Volkswagen, 32 p. 100 de la production nationale), implantées dans la ceinture de Barcelone, sont les éléments majeurs de la concentration et de la diversification de la production qui font de la Catalogne le premier pôle industriel national. On y trouve 25 p. 100 des emplois industriels nationaux, contre 17 p. 100 en moyenne dans les autres secteurs économiques, et moins de 7 p. 100 pour l'agriculture. Au total, en 2005, les quelque 755 000 actifs de l'industrie représentent 24 p. 100 des actifs de la région, contre 18 p. 100 en Espagne. En revanche, le secteur des services et les emplois du secteur public sont moins bien représentés, la Catalogne ayant connu, au cours des années 1990, un moindre développement des fonctions tertiaires, qui assurent, toutefois, les deux tiers du produit régional brut en 2005, grâce au tourisme notamment. Cette situation explique la croissance limitée de la région, au cours des années 1995-2005, en comparaison avec le Pays basque et la région de Madrid, ou encore la Navarre et l'Andalousie.

L'économie catalane souffre d'une productivité relativement faible, freinée par la faiblesse des réseaux de transport et des outils de production trop peu modernisés. Les secteurs les plus forts de l'industrie locale, comme le textile, subissent la concurrence des pays à faible niveau de rémunération, alors que les activités innovantes à forte valeur ajoutée (dans l'informatique et les communications) sont encore peu liées aux capitaux locaux, souvent d'origine familiale. L'économie de la Catalogne, stimulée par les investissements étrangers qui ont implanté leurs filiales de production, se trouve aujourd'hui largement dépendante des grands groupes internationaux en termes de recherche-développement. Les crises répétées du secteur industriel génèrent un taux de chômage plus élevé que dans la Communauté de Madrid par exemple (9,7 p. 100 contre 6,7 p. 100 en 2004), surtout parmi la population active jeune. L'emploi stagne au point que l'attractivité, qui avait fait la force de la région, ne peut plus se renouveler. De ce fait, les perspectives démographiques pour 2020 prévoient une perte nette de plus de 107 000 personnes pour la Catalogne, alors que la région de Madrid en gagnerait 205 000 et l'Andalousie 833 000.

La vitalité de l'économie catalane repose en grande partie sur les exportations (notamment produits agricoles et alimentaires, biens de consommation, biens intermédiaires de la chimie, de la mécanique...) sur le port de Barcelone, premier d'Espagne et l'un des plus importants du golfe du Lion, ainsi que sur la diversité du tissu productif. Mais la dynamique est moins rapide que dans d'autres régions de la péninsule qui bénéficient davantage des aides nationales et européennes. Depuis le début des années 2000, la croissance annuelle du P.I.B. par habitant est ralentie (Catalogne + 2,8 p. 100 en moyenne depuis 1999, Espagne + 3 p. 100, Andalousie + 4,2 p. 100). Cependant, la Catalogne reste au deuxième rang en Espagne, après la Communauté de Madrid, et dans les dix premières grandes régions d'Europe. Au milieu des années 2000, l'industrie génère 35,5 p. 100 de la valeur ajoutée régionale, les services 62,8 p. 100, et l'agriculture seulement 3,7 p. 100. Cette dernière présente les traits de l'agriculture méditerranéenne sèche ou irriguée : olivier, vigne, blé, huertas pour les primeurs, vergers, légumes de plein champ et riziculture des deltas. S'y ajoute l'élevage des bovins en montagne, surtout pour le lait, et celui des porcins grâce auquel la Catalogne se place au quatrième rang national pour l'élevage.

À l'image des espaces les plus urbanisés, les services constituent le secteur économique dominant, le plus significatif en termes d'emplois et de richesse, le plus porteur de développement. La Catalogne est un espace marchand, le commerce de gros, fortement stimulé par le port de Barcelone et la frontière française représente 20 p. 100 de l'emploi et des établissements nationaux. Les services aux entreprises constituent un secteur essentiel du développement local, équivalent à ceux de l'aire madrilène en nombre d'établissements, bien que ceux de Catalogne, plus petits, génèrent deux fois moins d'emplois. Le secteur de l'informatique et de la bureautique, d'une part, et celui de la recherche-développement, d'autre part, placent la région au deuxième rang national après Madrid en ce qui concerne l'économie de la connaissance et de l'innovation, même si la dynamique actuelle s'établit nettement au profit de la capitale et des villes du Sud (Séville, Valence). Les activités bancaires, illustrées par la Caixa, Caisse d'épargne de Barcelone, banque d'affaires gérant plus de 11 milliards d'euros de participations économiques, aujourd'hui internationalisée, sont un secteur prospère qui bénéficie à la fois de l'image métropolitaine et des relations internationales de Barcelone, du port et du tourisme sur le littoral.

Ainsi, l'économie de la Catalogne, malgré ses belles réussites, repose sur un système de production fragilisé dont la productivité est remise en cause au niveau international. La dynamique de Madrid a également provoqué un ralentissement relatif de sa croissance, par suite d'une réorientation des grands investissements vers la capitale. Mais elle conserve un potentiel élevé et des capacités de développement moderne. Son ouverture maritime et sa position stratégique le long du grand axe européen Espagne-vallée du Rhône (ligne à grande vitesse en construction) ne peuvent que les valoriser.

—  Robert FERRAS, Jean-Paul VOLLE

L'art catalan

Jusqu'à l'époque romane

À l'école de la Grèce et de Rome

Sur le magnifique golfe de Rosas, où le ciel et la mer évoquent déjà la Grèce, deux cités phocéennes se succèdent. De la plus ancienne, la Palia Polis, resserrée dans l'îlot de Sant Martí d'Empúries, nous ne savons pratiquement rien. Mais on peut contempler les ruines de la Nea Polis, qui s'étalait largement sur la terre ferme. De là proviennent d'importantes sculptures et de beaux objets qui sont pour la plupart présentés dans les musées archéologiques de Gérone et de Barcelone.

Par l'intermédiaire des Grecs, les Ibères acquirent certains éléments de la civilisation antique. Ces apports favorisèrent l'art de la céramique et, à un degré moindre, le travail du bronze, la joaillerie et l'orfèvrerie.

Bien plus importante se révèle l'influence de Rome. Dès le iie siècle avant notre ère, elle incorpora la péninsule Ibérique à son empire et nulle part sa présence ne fut plus manifeste que sur ces rivages méditerranéens où plusieurs cités, modelées à son image, diffusèrent sa langue, sa manière de vivre, sa religion et son art.

Tarragone, qui fut capitale de province, conserve encore la topographie heurtée de la ville antique, cependant que plusieurs monuments, plus ou moins bien conservés, parlent de sa splendeur à l'époque de la paix romaine. À l'intérieur d'une enceinte aux assises inférieures cyclopéennes, on trouve, à des niveaux successifs, les ruines d'un cirque, les restes d'un édifice imposant baptisé palais d'Auguste et l'emplacement des temples de Jupiter Ammon et d'Auguste. D'autres monuments annoncent de loin la présence de la cité : un aqueduc majestueux, l'arc de triomphe dénommé Arco de Barà et le tombeau dit « des Scipions ».

Aqueduc des Ferreras

Aqueduc des Ferreras

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L'aqueduc des Ferreras, Tarragone (Espagne). 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Barcelone occupait le second rang. Sur le mons Taber se dressait un temple dédié à Auguste, dont trois colonnes restent en place. Vers la fin du iiie siècle, à la suite de la première invasion barbare, la ville se resserra à l'intérieur d'une enceinte réduite. Cette muraille subsiste, avec plusieurs tours, sur une partie importante de son tracé.

D'autres monuments, des ponts, des tombeaux, des villas, un temple à Vich – l'antique Ausona – sans compter de nombreux objets d'art révèlent sur tout le territoire de la Catalogne l'empreinte tenace de cette civilisation romaine qui fut universaliste. Dans quelques cas très rares, et notamment en ce qui concerne certaines sculptures trouvées à Barcelone, une expression originale perce sous ce vêtement d'emprunt, témoignant du maintien de l'individualité locale.

Cette personnalité s'affirmera au fur et à mesure que s'accélère le déclin de Rome. L'Empire chrétien vit s'élever aux environs de Tarragone, à un kilomètre du village de Constantí, l'important mausolée de Centcelles, qui comprenait essentiellement deux corps, l'un de plan circulaire et l'autre quadrilobé. Celui de l'est a conservé une coupole ornée de mosaïques. À Tarragone même, la grande nécropole des bords du Francolí possédait une basilique funéraire apparentée, par le plan de son chevet, aux basiliques paléochrétiennes de Syrie, d'Afrique et des Baléares.

Le développement du christianisme au ive siècle est également attesté à Barcelone par la construction d'une cathédrale dont une partie importante a été dégagée à proximité du monument gothique actuel. On la visite en même temps que les ruines de la cité du Bas-Empire.

On ne connaît guère la sculpture de l'époque que par les sarcophages. Ceux-ci présentent parfois des types communs à l'ensemble du bassin occidental de la Méditerranée. Cependant on note aussi à Tarragone l'existence d'un atelier original. Il traite la figure humaine, lorsqu'elle apparaît en très faible relief et lui impose un ensemble de déformations qui iront s'amplifiant durant toute la période préromane.

Des Wisigoths aux Carolingiens

L'activité artistique de la région demeura grande jusqu'au début de l'époque wisigothique, sans qu'apparaissent des modifications fondamentales par rapport à la période antérieure.

Peut-être doit-on dater du vie siècle l'intéressant groupe épiscopal d'Egara, sur le territoire de la ville de Tarrasa. Ce groupe de trois sanctuaires, consacrés à la Vierge, à saint Pierre et à l'archange saint Michel, évoque la brève existence d'un ancien siège épiscopal issu d'un démembrement du diocèse de Barcelone aux environs de 450 et emporté dans la tourmente de l'invasion arabe du viiie siècle. On retiendra la variété et la richesse des plans. Le chevet de Sainte-Marie, rectangulaire extérieurement, dessine à l'intérieur un arc outrepassé ; celui de Saint-Pierre a la forme d'un trèfle. Quant à Saint-Michel, il inscrit une croix grecque dans un carré. Le petit appareil mural, communément employé dans les parties les plus anciennes de ces monuments, est celui de la Gaule romaine et préromane.

L'invasion musulmane provoqua une véritable paralysie de la vie artistique, qui dura plusieurs générations. Un renouveau ne put se produire que grâce à la reconquête carolingienne.

Il s'agit ici d'un phénomène d'une importance primordiale pour l'histoire de la Catalogne, qui eut pour effet d'incorporer ce pays à l'Occident, alors que la majeure partie de la péninsule Ibérique demeurait sous la domination musulmane. Les Francs étendirent à la Marche d'Espagne leurs cadres politiques et sociaux ; ils retirèrent au siège de Tolède sa prépondérance, pour instituer à travers la métropole de Narbonne une communion étroite des évêques avec le pape ; aidés des moines bénédictins, ils substituèrent le rite romain à la liturgie wisigothique.

Les influences franques, transmises principalement par l'intermédiaire des monastères, s'unirent aux traditions locales d'époque wisigothique pour donner naissance à un art préroman très particulier, qui diffère autant de celui de la Gaule contemporaine que de l'art mozarabe d'Espagne.

De ce préroman, on connaît surtout d'humbles chapelles à nef unique, terminées par une abside de forme carrée. Les plus importantes de ces constructions adoptèrent cependant le plan basilical, mais en lui faisant subir des transformations caractéristiques. C'est ainsi qu'à Sant Quirze de Pedret, non loin de Berga, les trois nefs sont couronnées par un chevet comprenant une abside trapézoïdale flanquée de deux absidioles outre-passées.

À la tête de toute cette production préromane on doit mettre un édifice situé en territoire français : l'abbatiale de Saint-Michel-de-Cuxa, dans les Pyrénées-Orientales, qui fut consacrée en 975. En même temps que réapparaît le transept, l'ensemble des arcs intérieurs adopte ici la forme outrepassée. Plutôt qu'une influence de l'Espagne musulmane, il convient de voir dans le choix de ce tracé le retour à une pratique ibérique attestée dans la Péninsule dès avant la conquête romaine.

On ne saurait cependant nier une intervention directe de l'Espagne califale dans le domaine artistique. Celle-ci accompagna une pression politique, ainsi qu'un rayonnement scientifique du califat de Cordoue durant le xe siècle. Un certain nombre de chapiteaux de l'abbaye de Ripoll et de la cathédrale de Vich présentent des parentés si grandes avec des œuvres un peu antérieures de la grande mosquée omeyyade que leur présence ne peut guère s'expliquer autrement que par l'intervention d'artistes andalous. Ces sculpteurs étrangers formèrent des élèves indigènes dont l'activité paraît attestée jusqu'au début du xie siècle.

L'art roman

La chute du califat de Cordoue, peu après l'an mille, détermina un changement complet dans le sens des influences artistiques. Celles de l'Occident chrétien, et notamment de l'Italie, deviendront pour longtemps prépondérantes. C'est dans cette conjoncture nouvelle que naît l'art roman.

Le premier art roman méridional

L'architecture romane apparaît d'abord sous la forme d'un style né dans l'Italie septentrionale et qui se caractérise en premier lieu par un appareil rustique de petits moellons noyés dans le mortier. Il retient également l'attention par un décor de minces pilastres réunis à leur partie supérieure par de petits arcs juxtaposés en nombre variable. Cette légère dentelure, d'abord apparue aux absides, s'enhardit parfois jusqu'à parcourir les façades et à souligner les rampants des pignons. Elle peut s'accompagner de dents d'engrenage et de niches ouvertes aux jeux de l'ombre et de la lumière.

Cependant, le premier art roman ne se définit pas seulement par son sévère décor mural : il modifia également de manière profonde le plan des édifices religieux. À l'abside fermée des édifices antérieurs, il substitua un sanctuaire largement ouvert sur la nef. La nouvelle orientation religieuse, caractérisée par le progrès du culte des reliques, accrut aussi l'importance des cryptes. Celles-ci devinrent de véritables églises souterraines voûtées, dont la construction fut une source de rapides progrès techniques, notamment dans la couverture voûtée. Celle-ci s'étendit rapidement à l'ensemble des édifices et détermina une modification appropriée des supports, qui devinrent cruciformes et parfois cantonnés de colonnes engagées.

Le plan basilical, utilisé pour les églises importantes, allait s'enrichir de deux éléments nouveaux : le transept et la coupole. Leur combinaison réalisa des chevets de grande allure qui s'accompagnent parfois de sveltes clochers ajourés, semblables aux campaniles italiens contemporains.

On connaît des centaines d'édifices appartenant à ce style. Leur groupement est particulièrement dense dans la zone pyrénéenne et davantage encore dans la partie centrale de la Catalogne, qui bénéficia de la paix revenue aux frontières. On peut citer parmi ces monuments l'ancienne abbatiale de Saint-Martin-du-Canigou et le chevet du monastère de Ripoll, le prieuré bénédictin de Sant Jaume de Frontanyà ou l'abbaye de Sant Pere de Casserres ; le chef-d'œuvre est sans contexte la collégiale Sant Vicens du château de Cardona. Commencée un peu avant 1029 et consacrée en 1040, elle organise autour d'une coupole un édifice splendide, apothéose du premier art roman catalan.

Premiers essais de sculpture monumentale

Cet art dépouillé, qui excluait l'emploi de la pierre taillée, ne paralysa pas entièrement l'essor de la sculpture amorcé dans la seconde moitié du xe siècle sous l'influence des artistes andalous. On voit se développer au contraire, après l'an mille, une sculpture religieuse aux origines complexes, encore proche par ses techniques des arts somptuaires des époques préromanes. Les œuvres les plus intéressantes ornent les façades des trois anciennes abbatiales roussillonnaises de la région des Albères : Saint-Genis-des-Fontaines, Saint-André-de-Sorède (vers 1020) et Arles-sur-Tech (vers 1040). Sur le linteau en marbre blanc de la première de ces églises, un maître authentique a inscrit, d'une écriture très ferme aux accents déjà romans, une belle composition où l'on voit le Christ en majesté trôner au centre du collège apostolique.

On a tendance à rattacher à l'activité de cet atelier le décor sculpté de la grande abbatiale de Sant Pere de Roda, édifiée semble-t-il vers 1020 sur les derniers contreforts des Albères, non loin du cap Creus. Le monument lui-même a toutes les rudesses des maçonneries du début du xie siècle, mais les supports de la voûte de la nef réalisent une sorte d'ordre monumental à l'aide de colonnes et de chapiteaux délicatement sculptés. Les uns paraissent se rattacher à l'œuvre des sculpteurs catalans de la génération antérieure, formés à l'école andalouse. Les autres comptent parmi les plus beaux des chapiteaux à entrelacs romans de Catalogne et du sud-ouest de la France.

Le second âge roman

Le passage du premier art roman méridional au second âge roman se manifeste surtout par le progrès de la stéréotomie et de la sculpture monumentale qui lui est liée.

C'est à l'abbatiale de Ripoll que la sculpture romane catalane paraît avoir conquis ses lettres de noblesse, vraisemblablement vers le milieu du xiie siècle, avec la décoration de la façade d'un édifice construit aux époques antérieures. Les thèmes, empruntés à l'Ancien et au Nouveau Testament, sont traités en registres superposés. On ne sait si l'on doit voir dans cette page magistrale, malheureusement dans un mauvais état de conservation, un écho des façades de l'ouest de la France ou une imitation de la profusion décorative lombarde.

La sculpture romane catalane est surtout connue par ses cloîtres. Ceux du Roussillon empruntaient un attrait particulier à leurs marbres roses et blancs. Mais bien peu sont demeurés intacts dans leur lieu d'origine : ils ont souvent été victimes de l'elginisme à la fin du xixe siècle. Une production fort homogène, caractérisée par le nombre restreint des modèles et l'uniformité du métier, révèle un travail d'artisans plutôt que l'intervention d'artistes créateurs. Une place particulière doit cependant être faite au maître de Serrabone, qui paraît avoir disposé de modèles orientaux pour la décoration d'un petit prieuré de chanoines augustins.

Prieuré de Serrabone

Prieuré de Serrabone

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Prieuré de Serrabone (Pyrénées-Orientales), tribune à décor sculpté, XIIe siècle. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Gérone est en mesure de concurrencer le Roussillon avec ses propres cloîtres, dont le style particulier apparaît vers 1150 au monastère de Sant Pere de Galligans. Le cloître de la cathédrale, plus tardif, est rythmé par la succession régulière des piliers couronnés de frises historiées entre des groupes de colonnes géminées. Au même groupe appartient le cloître de Sant Cugat del Vallés, l'un des plus grands de Catalogne et également l'un des plus séduisants. Le sculpteur Arnaud Catell, dont la présence est attestée entre 1205 et 1207, s'est représenté à l'œuvre sur un chapiteau de l'angle nord-est.

Une autre figure d'artiste tranche sur l'uniformité assez générale de l'art de la seconde moitié du xiie siècle. Il s'agit d'un sculpteur ambulant que l'on peut suivre par sa production de la Toscane en Navarre, en passant par le Languedoc, la Catalogne, le Roussillon et Toulouse. Probablement d'origine italienne, il s'impose par un style très personnel, nourri de souvenirs antiques et friand de déformations expressives. On le connaît sous le nom de Maître de Cabestany, juste hommage à son chef-d'œuvre, le tympan marial d'une petite église des environs de Perpignan.

Le xiie siècle vit aussi l'épanouissement de la peinture romane catalane, dont trois domaines retiennent l'attention : les fresques, qui ornaient à l'origine la plupart des églises, mais qui ne se sont relativement bien conservées que dans la région montagneuse ; les panneaux peints, parfois intimement liés aux fresques ; et enfin la miniature, à laquelle on ne saurait attribuer pourtant qu'une place secondaire.

Pour la plupart, les peintures murales catalanes ont été arrachées de leurs églises d'origine et transportées dans des musées, notamment à Barcelone. Leur étude s'en trouve facilitée.

Un des artistes les plus anciens, connu sous le nom de Maître de Pedret, apporta, dès la fin du xie siècle, un art très sûr, caractérisé par une connaissance du modelé antique que l'art byzantin lui avait sans doute révélé par l'intermédiaire de l'Italie.

Un autre jalon important de l'évolution est constitué par les décors de Saint-Clément et de Sainte-Marie-de-Tahull, deux églises construites simultanément et consacrées à un jour d'intervalle, les 10 et 11 décembre 1123. Le raffinement stylistique de ce groupe de peintures arrive à son point culminant dans la représentation du Pantocrator de Saint-Clément.

De riches collections de devants d'autel peints sur bois et conservés dans les musées de Barcelone, de Vich et de Solsona permettent de suivre la vie des ateliers locaux. Le goût paraît avoir évolué entre un esprit décoratif avide de couleur pure et un byzantinisme plus ou moins larvé qui s'affirmera dans la partie septentrionale du pays au début du xiiie siècle.

Les peintres collaborèrent également au travail des sculpteurs sur bois qui dotèrent les églises d'innombrables vierges romanes et de représentation de Jésus crucifié. Parmi ces dernières, on signalera un type iconographique rare, lié au Volto Santo de Lucques. Il prête à Jésus, encore vivant, une longue tunique avec manches et ceinture nouée. L'attitude majestueuse du Christ vainqueur de la mort a valu à ces œuvres le nom de Majestats.

Passage du roman au gothique

L'art roman devait produire au xiiie siècle de savoureux fruits d'arrière-saison dans la riche région de Tarragone et de Lérida, récemment libérée de la domination musulmane. Ces œuvres présentent des nouveautés techniques, comme la voûte d'ogives, introduite par des moines cisterciens, et des particularités stylistiques, souvent empruntées à l'art mauresque.

Si l'essaimage cistercien véhicula un certain nombre d'emprunts faits à la France, on ne saurait réduire à une simple imitation de modèles étrangers les splendides constructions de l'ordre de saint Bernard en Nouvelle-Catalogne : Poblet, Santes Creus et Vallbona de les Monges – cette dernière maison étant une abbaye de moniales. Chacun de ces ensembles offre des traits particuliers liés à une longue histoire.

D'une certaine manière, les deux cathédrales de Lérida et de Tarragone se trouvent liées à ces entreprises, mais elles s'en distinguent aussi par l'importance accordée dès l'origine au décor sculpté. Dans le cloître de Tarragone, la veine romane alimenta des œuvres d'une grande vigueur plastique. Au contraire, à Lérida, les portails de la cathédrale incorporent à une structure d'une sévère pureté la fantaisie filigranée des arabesques d'origine musulmane.

Le gothique catalan

À partir du xiiie siècle, la Catalogne orienta ses activités vers des entreprises maritimes de type colonial. Des transformations économiques et sociales de grande portée bouleversèrent le domaine artistique. Les centres vivants cessèrent d'être les grands monastères ruraux de l'âge féodal ; ce furent désormais les villes. L'élan créateur fut désormais donné par les ordres religieux créés pour répondre aux exigences spirituelles de la société nouvelle, et particulièrement par les ordres mendiants. L'élément bourgeois lui-même allait jouer un rôle de plus en plus important dans l'art, au point d'en transformer jusqu'à l'esprit.

L'architecture religieuse

Vers le milieu du xiiie siècle, apparut en Catalogne un type d'église à nef unique entièrement voûtée d'ogives, avec chapelles latérales entre les contreforts et abside polygonale. Cette formule architecturale répondait parfaitement à la mission de prédication spécifique des ordres mendiants. Il est probable qu'elle vint du Languedoc voisin, mais elle donna à Barcelone ses manifestations les plus caractéristiques, comme l'église des clarisses de Pedralbes.

Un autre modèle d'architecture monastique, simple variante de la précédente, substitua aux voûtes d'ogives sur les nefs une couverture en charpente. Cette dernière convenait encore davantage à l'idéal de pauvreté affiché par les ordres mendiants et elle fut adoptée de préférence par les couvents modestes. Déjà les cisterciens de Poblet et de Santes Creus en avaient fait un magnifique usage pour couvrir leurs grands dortoirs et nul doute que cet exemple n'ait contribué à assurer son succès.

Après la conquête de Majorque, qui mit une fois encore les Catalans en contact avec l'art musulman, on prit l'habitude d'orner ces charpentes de peintures dont les motifs furent empruntés à la grammaire décorative mauresque. Enrichie de couleurs éclatantes, la couverture de bois devint digne des plus nobles usages. Elle fut notamment retenue par le roi d'Aragon pour la chapelle de Sainte-Agathe au Palais royal majeur de Barcelone.

La nef unique, dont l'emploi s'étendit avec la construction de nombreuses églises paroissiales urbaines, ne supplanta pas totalement l'église à collatéraux. Au xive siècle, on considérait encore ce dernier parti comme seul digne d'une église épiscopale. Les cathédrales de Barcelone, Gérone et Tortosa, de même que la grande église paroissiale de Santa Maria del Mar à Barcelone, se caractérisent par un chevet à trois échelons correspondant respectivement aux chapelles rayonnantes, au déambulatoire et à l'abside. Peut-être doit-on voir dans cette répartition des volumes une influence lointaine de l'exemple de Bourges. Cependant la cathédrale de Gérone fut terminée au xve siècle par une nef unique plus large que toutes celles qui existent en Catalogne aussi bien qu'en Languedoc.

L'architecture civile

L'art gothique catalan se distingue également des autres écoles de la Péninsule par l'importance de l'architecture civile, qui témoigne de la vitalité des différentes catégories sociales du pays.

En ce qui concerne l'art de cour, les particularités de l'époque peuvent être étudiées soit à Barcelone, au Palais royal majeur, où la salle d'apparat du Tinell fut refaite par le maître Guillaume Carbonell entre 1359 et 1370, soit, mieux encore, à Perpignan. La dynastie majorquine, d'origine catalane, y fit édifier à la fin du xiiie et au début du xive siècle une demeure agréable et judicieusement distribuée en appartements privés et bâtiments officiels. Toutes les pièces donnaient sur des cours intérieures agrémentées de galeries à portiques. Dans un esprit identique, les mêmes monarques remanièrent à Palma de Majorque l'Almudaina, ancienne résidence des gouverneurs musulmans des Baléares, et ils construisirent, sur un belvédère dominant la baie de Palma, le délicat palais de Bellver. Par son plan circulaire, ce monument annonce déjà certains partis architecturaux de la Renaissance.

La primauté accordée au commerce maritime fit naître les « loges de mer », imitées de celles que l'on trouve dans les villes italiennes. Primitivement, la loge (lonja) était un simple lieu couvert où se réunissaient les marchands pour effectuer leurs transactions. Un édifice modeste comme la loge de Tortosa, construite entre 1368 et 1373, demeure proche de ces origines.

Mais ces halles se convertirent très vite en de magnifiques monuments. L'exemple fut donné par Barcelone, qui éleva sa Lonja (Bourse de commerce) au cours du xive siècle. Il en subsiste une grande salle, divisée en trois nefs par un système hardi d'arcades et de piles supportant la charpente. Bien différente, la Lonja de Palma se rattache aux grandes salles capitulaires à colonnes des couvents des ordres mendiants.

Autant qu'à son commerce, la prospérité catalane était liée à une autonomie interne du pays au sein de l'État aragonais. Cette autonomie s'exprimait par une sorte de régime constitutionnel qui accordait un pouvoir considérable aux Corts – sorte d'états généraux – et à leur délégation permanente, la Députation ou Généralité. L'autorité de cette dernière se manifeste par la richesse des bâtiments où elle se réunissait, la Casa de la Diputació, dotée d'une cour intérieure entourée de galeries à arcades et dont l'un des attraits principaux est la chapelle Saint-Georges, première manifestation du style flamboyant à Barcelone. L'hôtel de ville a été remanié au xixe siècle, mais on y trouve encore une salle gothique, le Saló de Cent, où siégeait le Conseil des cent jurés (Consell de cent jurats), véritable parlement municipal.

Par suite de l'essor du commerce maritime, la construction des navires devint une industrie essentielle de la Catalogne. Le souvenir de cette activité se maintient avec la conservation, vraiment miraculeuse, de l'arsenal gothique. Il comprend une série de nefs parallèles, couvertes de toits de tuiles à deux versants appuyés sur des arcades. C'est le schéma des nefs couvertes de charpentes sur arcs diaphragmes, qui a également été utilisé dans les bâtiments de l'hôpital général de Sainte-Croix, noble édifice où se trouve aujourd'hui installée la Bibliothèque centrale de Barcelone.

La sculpture et la peinture

Avec une originalité égale à celle de l'architecture, la sculpture et la peinture reflètent, dans leur évolution, l'influence des milieux créateurs qui orientèrent successivement l'histoire des arts du relief et de la couleur au cours des xive et xve siècles.

C'est avec un retard sensible que la Catalogne entreprit de s'initier à la sculpture gothique auprès d'artistes étrangers, et elle n'occupa longtemps dans ce domaine qu'une place secondaire. Dans la seconde moitié du xive siècle, Jacques Cascalls, originaire de Berga, opéra une synthèse entre une tradition française, surtout attentive au style, et un courant italien plus soucieux de monumentalité. Son atelier introduisit le retable de pierre dans les églises de la région de Lérida.

Peu à peu cependant, à la fin du xive et au début du xve siècle, le réalisme se développa dans la sculpture funéraire, conformément à l'évolution qui s'observait au même moment en France et dans les Flandres. Le tournant vers un art plus expressif, celui que symbolise puissamment Claus Sluter, fut pris par Pere Johan, le fils d'un esclave grec de Jacques Cascalls. Mais le tempérament méridional de cet artiste le prévint contre les outrances de l'art slutérien. Il parvint à se réaliser dans les formes poétiques et riches de spiritualité, qui caractérisent notamment le retable du maître-autel de la cathédrale de Tarragone (1426-1433).

De même que l'architecture civile, la peinture trouva dans la faveur de la classe bourgeoise, grands marchands et représentants des corporations, les moyens de son essor. Elle lui doit aussi nombre de ses caractères, le goût pour l'anecdote et le pittoresque, une certaine bonhomie, mais aussi un goût exagéré pour la rutilance des ors qui causera finalement sa perte. Cette large audience populaire permit néanmoins aux peintres catalans de constituer une véritable « école » gothique, la seule, en fait, de la péninsule Ibérique.

Pour ses premiers pas, elle réussit une œuvre exceptionnelle : l'importante décoration murale de la chapelle Saint-Michel attenante au cloître de Pedralbes. Son auteur, Ferrer Bassa, s'est parfaitement assimilé les formes de Lorenzetti, mais il conserve une expression libre et directe. À aucun moment il ne fait figure de plagiaire, car il traduit des thèmes proprement italiens avec une vigueur et une originalité un peu frustes qui sont la marque de son talent.

Ses successeurs ne le suivront pas dans cette voie. Ils seront tous résolument peintres de retables. Les frères Serra, qui dominent l'histoire de la peinture dans leur pays pendant la seconde moitié du xive siècle, exploitent la veine siennoise. Leurs retables ne sont souvent que des miniatures agrandies. Bien qu'enclins au maniérisme et à la répétition des formules d'atelier, ils savent cependant mettre de la sensibilité dans les visages et apporter de l'harmonie dans les compositions.

Le xve siècle débute en Catalogne, comme partout ailleurs en Europe occidentale, avec les richesses du style « international ». Lluís Borrassá en est le représentant le plus authentique. Il pousse très loin l'esprit d'observation avec un sens tout nouveau de l'individuel.

La génération suivante fut celle de Bernat Martorell, conteur exquis et artiste délicat. Ouvert aux problèmes posés par la représentation de l'espace, il communique aux volumes une réelle consistance et donne à ses compositions une allure monumentale.

Il revenait à Jaime Huguet d'adapter le naturalisme flamand à l'esprit de son ays. Malheureusement, les traditions artisanales locales pesèrent lourdement sur l'évolution de sa technique. L'époque était peu favorable aux innovations. Barcelone, sortie vaincue et ruinée d'une longue période de guerre civile, n'est plus, vers la fin du xve siècle, qu'une cité déclinante. Les élèves de Huguet ne surent pas assimiler, ni même comprendre, la leçon de maîtres de passage comme le grand Bartolomé Bermejo, qui peignit pour le chanoine Desplà la pathétique Pietà du Musée de la cathédrale de Barcelone. L'école gothique catalane, après avoir fait preuve durant deux siècles d'étonnantes possibilités de renouvellement, disparut sans gloire, prisonnière de recettes devenues sans intérêt.

L'échec de la Renaissance

À la fin du xve siècle, les Rois Catholiques substituèrent l'unité d'un État moderne à la pluralité des royaumes qui avaient constitué le cadre de la vie médiévale dans la péninsule Ibérique. La Catalogne y perdit son autonomie, qui avait été une des sources de sa puissance et de son expansion, sans bénéficier en contrepartie des importantes richesses que l'exploitation du Nouveau Monde procurait à la Castille. Par suite du déplacement des centres politiques et économiques, et du déclin de la Méditerranée, le pays sombra dans une véritable prostration dont les effets se firent sentir jusqu'au xviiie siècle.

Dans ces conditions, l'art de la Renaissance ne se manifesta en Catalogne que timidement et d'une manière sporadique. En architecture, il fallut attendre la fin du xvie siècle pour voir naître un mouvement conscient en faveur du style nouveau. Suscité par l'humaniste Jacques Amigo, il fut appuyé par l'archevêque de Tarragone et bénéficia des connaissances techniques de l'architecte Pierre Blay. La carrière de cet artiste, qui se déroula en grande partie dans la région de Tarragone, se termina à Barcelone avec la construction de la façade du palais de la Généralité, inspirée de Michel-Ange et de Palladio.

La sculpture, plus favorisée, profita de la venue d'artistes étrangers au pays, comme le Castillan Bartolomé Ordóñez, qui, avec son atelier, poursuivit la décoration du chœur de la cathédrale de Barcelone, ou le Valencien Damien Forment, auteur du retable du maître-autel de Poblet. À partir de 1527, le marché local fut en grande partie réservé à Martin Díez de Liatzasolo, artiste formé à Rome et dont le métier se caractérise par une froide perfection.

Après le brillant essor médiéval, la peinture accuse au xvie siècle la plus profonde décadence. Seuls quelques maîtres venus du dehors échappent à la médiocrité quasi générale.

Baroque et classicisme

L'atonie se prolongeant au cours du xviie siècle, le baroque ne fut guère représenté que par des retables sculptés, très nombreux, mais ne dépassant généralement pas un honnête niveau artisanal.

Une étape nouvelle s'ouvrit pour l'art catalan avec l'installation des Bourbons sur le trône d'Espagne. Les influences venues de France se développèrent d'abord dans une atmosphère pesante. Barcelone, qui avait misé sur l'archiduc Charles d'Autriche, avait été enlevée de vive force et traitée comme une ville peu sûre. Pour prévenir tout soulèvement, une grande forteresse fut construite par le gouverneur d'origine flamande, Prosper de Verboom. Elle était entièrement terminée en 1725. Les principaux bâtiments, le palais du gouverneur et la chapelle d'une part, la longue façade de l'arsenal d'autre part, édifices de forte et claire géométrie, donnaient sur une vaste place d'armes. Ces monuments ont heureusement été conservés lorsqu'on rasa la citadelle en 1866.

La décision prise par Philippe V, en 1717, de concentrer toutes les études universitaires de Catalogne à Cervera, qui n'avait d'autre mérite que son loyalisme à la dynastie des Bourbons, dota cette petite localité campagnarde d'un important monument de style français. En effet, si la disposition générale de la nouvelle université dérive du plan de l'Escorial, le traitement des volumes et des surfaces annonce l'élégance que l'architecture française connut au milieu du xviiie siècle.

À partir de la seconde moitié du xviiie siècle, le renouveau économique suscita un réveil des énergies ; la Catalogne reprit contact avec les grands courants artistiques de caractère international.

Le plus important de ces mouvements fut celui du néo-classicisme, qui tenta, sous le contrôle de l'Académie, d'adapter les formes et les thèmes de l'Antiquité à la pensée et à la sensibilité du temps. À Barcelone, le bâtiment de la douane – aujourd'hui résidence du gouverneur civil – que le comte Roncali, ministre des Finances de Charles IV, fit élever entre 1783 et 1792, est encore marqué du signe des influences les plus diverses. Mais la nouvelle Lonja, construite à partir de 1774 par l'architecte Juan Soler Faneca, engloba la salle médiévale des transactions dans une création inspirée de Palladio.

Ce retour au classicisme palladien facilita la diffusion d'éléments d'architecture proprement antiques, provenant quelquefois d'une connaissance directe des originaux, mais empruntés le plus souvent à des dessins d'archéologues. Une antiquomanie, semblable à celle qui régna en France durant la Révolution et l'Empire, retint des formes grecques et romaines ce qu'elles avaient de plus simple et de plus archaïque.

L'extrême dépouillement auquel conduisit l'épuration du style suscita une réaction en faveur du décor à partir de la troisième décennie du xixe siècle. Réapparaissent alors dans l'ornementation des façades des motifs variés qui continuent cependant le plus souvent à être empruntés à un répertoire antiquisant.

Parallèlement, un souci d'urbanisme préside au dessin des premières places modernes de Barcelone. Dans la vieille ville, la Plaza Real occupa l'emplacement de l'un des couvents détruits lors de la suppression des ordres religieux. L'ensemble des maisons à portiques dénommées els Porxos d'En Xifré (1836), du nom de leur propriétaire, acheva de donner un caractère monumental à une autre place que limitent d'autre part la Lonja et la Douane.

L'ère du « modernisme »

Le développement accéléré de la prospérité matérielle et les autres manifestations de la vitalité du peuple catalan aidèrent au réveil de sa conscience nationale. Sensible d'abord sur le plan littéraire avec la renaissance de la langue, le dynamisme créateur allait également être la source, à la fin du xixe siècle, d'une remarquable activité artistique qui plaça la Catalogne au premier rang des provinces ibériques.

L'architecture

Barcelone devint, vers 1900, une des capitales européennes du modern style, mouvement international en réaction contre les recherches éclectiques dans lesquelles s'épuisait l'art académique. À cette époque, la ville était un immense chantier et un creuset où se forgeaient les idées novatrices. Le nom d'Antonio Gaudí y Cornet symbolise ces recherches d'avant-garde.

Ses premières constructions s'inscrivent dans le courant des styles historiques alors à la mode, mais très vite, il débouche sur le « modernisme », forme catalane du modern style. L'occasion lui en fut donnée par l'édification du palais Güell – aujourd'hui musée du Théâtre – dans la calle Conde del Asalto, rue populeuse proche des Ramblas (1885-1889). L'intérêt réside ici dans l'accord du bâtiment et de ses fonctions, ainsi que dans certains aspects tout nouveaux de la décoration.

Grâce à la protection du comte Eusebio Güell, l'architecte peut poursuivre ses recherches. Le souci de modernisme est beaucoup plus net dans l'église de la Colonie Güell, petite cité industrielle de Santa Coloma de Cervelló, à l'ouest de Barcelone, dont seule la crypte a été construite. Le choix des divers éléments d'architecture fut précédé d'études mécaniques très poussées et c'est l'analyse des fonctions qui conduisit notamment à la généralisation des formes paraboliques déjà apparues à l'hôtel Güell.

Crypte de Santa Coloma de Cervelló

Crypte de Santa Coloma de Cervelló

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Crypte de Santa Coloma de Cervelló (environs de Barcelone), 1898-1915. Architecte : Antonio Gaudí. 

Crédits : Bridgeman Images

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Lorsqu'il commença en 1900 le parc Güell, près de Barcelone, Gaudí confirma sa position d'avant-garde en concevant l'ensemble comme une véritable cité-jardin. En outre, pour se libérer des styles du passé, il revint à la nature et s'inspira de la flore et de la faune.

Son génie se précise encore dans la modernisation de la Casa Batlló (1905-1907), où il abandonne totalement les lignes droites et les formes géométriques, en faveur des seules lignes courbes et des formes galbées. Dans la Casa Milá (1905-1910), située de l'autre côté du Paseo de Gracia, il arrive à communiquer son émotion par le seul jeu des rythmes plastiques. Il n'y a plus de référence à la nature ; mais, grâce à une technique des plus sûres, l'ensemble des volumes est modelé en un tout expressif.

Casa Batlló

Casa Batlló

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La Casa Batlló (1904-1906) de l'architecte catalan Antonio Gaudí (1852-1926), à Barcelone, Espagne. 

Crédits : David James/ Getty Images

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Cependant, à partir de 1910, Gaudí refuse toute commande pour se consacrer pleinement à une entreprise surhumaine et l'une des plus déconcertantes qu'on puisse voir en Europe, la construction de l'église de la Sagrada Familia, conçue comme une chapelle expiatoire et comme la cathédrale du pauvre. D'une certaine manière, elle se rattache au gothique, mais pour le dépasser. Toute chargée de passion religieuse, riche d'une imagination inépuisable, cette œuvre étrange, laissée inachevée à la mort du maître, est actuellement continuée par des disciples fervents.

Sagrada Familia à Barcelone

Sagrada Familia à Barcelone

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Cathédrale de la Sagrada Familia à Barcelone, commencée en 1884. Architectes: Franscesco Paula del Villar et Antonio Gaudí. 

Crédits : Ken Welsh, Bridgeman Images

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Aux côtés de cette figure exceptionnelle, plusieurs architectes ont contribué à faire de la Catalogne une patrie du modern style. L'attention est surtout retenue par Lluís Doménech i Montaner, l'auteur du palais de la Musique à Barcelone. Ce monument représente un remarquable effort pour intégrer dans la construction les matériaux les plus divers. Ainsi les arts mineurs s'incorporent à l'architecture pour produire un effet d'enchantement.

Le modernisme fut de courte durée et l'architecture espagnole ne tarda pas à retomber dans le conformisme. Barcelone tenta une nouvelle fois d'y échapper en introduisant dans la Péninsule l'architecture fonctionnelle. En 1930, le grand architecte Josep-Lluís Sert créa sous le sigle G.A.T.E.P.A.C., Grup d'Artistes i Tècnics Catalans per el Progrés de l'Arquitectura Contemporània, un mouvement d'avant-garde correspondant aux besoins de l'époque et confrontant les points de vue nationaux aux idées dominant à l'étranger. Il fut étendu à toute l'Espagne, grâce à l'appui du gouvernement républicain, mais son œuvre essentielle fut accomplie en Catalogne.

Non seulement le fonctionnalisme catalan se montra extrêmement fécond, mais il adopta un certain nombre de positions originales. Malgré le prestige énorme dont jouissait Le Corbusier dans le groupe, les architectes du G.A.T.E.P.A.C. surent se garder de toute imitation servile. La guerre civile devait mettre fin à l'activité du mouvement : Josep Torres Clavé, qui en était l'âme avec Josep-Lluís Sert, trouva la mort dans le conflit et la plupart des autres membres du groupe, Sert à leur tête, s'expatrièrent.

La sculpture et la peinture

Gaudí avait réservé dans son œuvre une place importante à la sculpture, qu'il tenta de libérer de la routine du réalisme en lui imprimant un aspect non figuratif. Mais il demeura un solitaire, et son action ne dépassa pas le cercle de ses collaborateurs. Vers 1910, une réaction ramena les sculpteurs vers la tradition méditerranéenne, c'est-à-dire vers la simplicité grecque. Ce fut surtout l'œuvre du Roussillonnais Aristide Maillol (1861-1944). À Barcelone, Josep Clarà(1878-1958), bien qu'influencé par Maillol et Bourdelle, conserva une originalité dont témoigne la belle Déesse (1929) de la place de Catalogne.

Jusqu'à la fin du xixe siècle, la peinture catalane avait tenu une place modeste. On avait cru déceler chez Marien Fortuny (1838-1874) un talent exceptionnel, mais l'auteur de La Vicaria (musée d'Art moderne de Barcelone) mourut avant d'avoir donné la plénitude de ses moyens.

Comme en architecture, les premiers symptômes d'une véritable renaissance ne se produisirent qu'après l'Exposition universelle de Barcelone de 1888. Raymond Casas, dont l'œuvre témoigne d'une sensibilité très vive et d'un grand talent de dessinateur, fonda en 1897, avec Santiago Russinyol, Pierre Romeu et Utrillo, Els Quatre Gats (Les Quatre Chats), à l'imitation du Chat-Noir de Paris. Là se réunissaient les artistes et les écrivains du modernisme. L'établissement fut éphémère, mais il exerça une action durable sur l'évolution de l'art. C'est aussi dans l'ambiance du modernisme que s'effectuèrent les débuts de Picasso. Bien vite, cette extraordinaire personnalité éprouva le besoin d'élargir ses horizons. En 1905, il abandonnait définitivement la capitale de la Catalogne.

À l'inverse, Josep-Maria Sert i Badía (1874-1945) élabora ses grandes compositions de la cathédrale de Vich, de l'hôtel de ville de Barcelone et du palais de la Société des Nations à Genève dans un isolement tourné vers le passé.

On pourrait enfin découvrir sans peine dans l'œuvre de Joan Miró et de Salvador Dalí des marques de l'atavisme catalan, de ce fonds vivace dont Antoni Tàpies montre aussi, à sa manière, l'inépuisable fécondité.

—  Marcel DURLIAT

La langue catalane

Aire et origines

Le catalan est une langue romane parlée par plus de sept millions de personnes, réparties en une aire qui comprend la Catalogne, la partie de l'Aragon (d'une largeur approximative de 14 km) qui la jouxte, le Roussillon, la province de Valence, les Baléares. Le catalan fut officiellement parlé dans cette aire jusqu'en 1716. Il fut à nouveau reconnu langue officielle de la Catalogne de 1931 à 1939. Il est encore utilisé dans la vie quotidienne par les habitants des villes comme par ceux des campagnes. En 1927, plus d'un dixième des livres édités en Espagne étaient en langue catalane ; en 1935, six quotidiens catalans étaient publiés à Barcelone.

Le catalan appartient à la même famille que le provençal et l'espagnol, dont il diffère cependant par certaines caractéristiques qui l'opposent principalement à l'espagnol : l'absence de diphtongues ascendantes (, bo = espagnol bien, bueno), l'abondance de diphtongues descendantes (peu, pau, bou = esp. pie, paz, buey), la chute des voyelles finales (llop = lobo ; dolç = dulce), la présence des palatales sonores j, z, tj, tz et de la palatale sourde x (= sh) ; les infinitifs et participes sont accentués sur les syllabes radicales (vendre, pres = esp. vender, prendido) ; enfin, il utilise le passé composé (vaig cantar) là où l'espagnol utilise le passé simple (canté ). Il se distingue du provençal par les sons u = provençal ü, et o = prov. au ; par les diphtongaisons mig = prov. mieg, cull = cuelh, Déu = Dieu ou creure = creire. Enfin, il a conservé l'accentuation sur l'antépénultième et les pronoms suivent les formes verbales ( per donar-me = per me dounà).

Stabilité

Le catalan a peu varié au cours des siècles : un texte de Raymond Lulle remontant au xiiie siècle est encore compris par les Catalans d'aujourd'hui. Ses dialectes, qui se regroupent en catalan occidental et en catalan oriental, ne présentent que des différences mineures qui apparaissent seulement dans la langue parlée (détails de prononciation, de conjugaison et de vocabulaire). Le catalan occidental comprend le catalan de l'Ouest (vallées de l'Èbre et de la Sègre), et le valencien. Le catalan oriental comprend le catalan de l'Est, les dialectes des Baléares et du Roussillon, les parlers d'Alghero et de Sardaigne où le catalan pénétra au xive siècle.

Le catalan est la continuation autochtone du latin en Roussillon et dans la majeure partie de la Catalogne. Une étude des noms de lieux indique qu'il n'y a eu aucun changement phonétique dans cette région après la chute de l'Empire romain. Cependant, l'ancienne toponymie de la vallée de l'Èbre, des Baléares et de la province de Valence révèle un type phonologique quelque peu différent parce que le catalan fut importé dans ces régions par la Reconquête au moment de l'expulsion des Maures aux xiie et xiiie siècles.

—  John COROMINAS

La littérature catalane

La féodalité et ses formes d'expression

Les couches cultivées de la société féodale ont produit et consommé, en Catalogne comme partout ailleurs en Occident, une littérature en langue latine. Elles n'ont utilisé la langue quotidienne, la seule comprise par la grande masse de la population, que lorsqu'elles ont éprouvé le besoin de mettre à la portée de cette masse les idées et les lois qui devaient la gouverner. C'est ainsi que, dès le ixe siècle, il a dû exister une prédication en catalan primitif de l'époque, mais, à cause de son caractère utilitaire, elle n'a jamais été écrite ou, si elle l'a été, elle n'est pas parvenue jusqu'à nous. En fait, le premier texte de ce genre qui nous ait été conservé, les Homilies d'Organyà, est considérablement postérieur, de la fin du xiie siècle ou du début du xiiie. Il a dû y avoir également, depuis des temps très reculés, des traductions en langue vulgaire de certains textes juridiques. Le Forum judicum, par exemple, fut mis en un catalan assez bien construit vers la première moitié du xiie siècle ; les Usatici, un siècle plus tard. D'ailleurs, dès les origines de la langue, la population a dû chanter des chansons et conter des légendes sur des sujets divers, dans les circonstances les plus variées de la vie de tous les jours ; elle a dû écouter, sur les places et dans les rues, les narrations que composaient et récitaient les jongleurs. Cette littérature orale s'est perdue. Depuis le deuxième tiers du xie siècle toutefois, il existait déjà une littérature savante et profane dans une langue vulgaire qui n'était pas celle qu'on employait dans la vie courante, mais une autre qui jouissait déjà ou devait bientôt jouir d'un très grand prestige : le provençal des troubadours. On suppose que la Chansó de Santa Fe fut écrite par un anonyme catalan de Saint-Michel-de-Cuxa ou de Saint-Martin-du-Canigou, vers 1054-1076. Depuis le milieu du xiie siècle et jusqu'au milieu du xiiie, la production de toute une constellation de poètes catalans a constitué un apport original à la poésie des troubadours. Une grande partie de ces poètes, Guilhem de Berguedà et le roi Alphonse le Chaste par exemple, ont adopté les attitudes et les techniques du trobar leu ; d'autres, tels que Cerverí de Girona, les ont fait alterner avec celles, plus précieuses, du trobar ric. La poésie narrative des auteurs cultivés, celle de Ramón Vidal de Besalú ou celle du Jaufré anonyme, fut également écrite en provençal et selon les règles des troubadours et de l'amour courtois.

Chevaliers et bourgeois

Vers la seconde moitié du xiiie siècle, une nouvelle classe, la bourgeoisie, qui était née à la faveur de la crise de la féodalité et de l'expansion progressive de ce qu'on a appelé la révolution mercantile, acquit une influence qui se fit de plus en plus décisive sur la marche du pays. Elle a remis en question les formes culturelles et linguistiques en vigueur jusqu'alors. Le latin a commencé à perdre du terrain en tant que langue unique de culture dans les milieux dirigeants ; en même temps s'est produite une division que nous pourrions schématiser ainsi : la poésie lyrique, encore très liée à la noblesse, demeure fidèle à l'orthodoxie des troubadours ; la prose, adressée à un public plus vaste, élabore des formes d'expression qui lui sont propres. Ainsi, les théoriciens et les poètes de la fin du xiiie siècle et d'une bonne partie du xive ont écrit dans un provençal plus ou moins correct et ont insisté sur les attitudes et les techniques des troubadours classiques ou, tout au moins, de leurs épigones de l'école de Toulouse. Il faut signaler les vers moraux du curé de Bolquera, ramassés et dramatiques, et quelques recréations savantes sur des thèmes populaires contenues dans le Cançoneret de Ripoll. Les chroniqueurs et les réformateurs religieux qui essaient de trouver des solutions d'urgence aux problèmes posés par les grandes concentrations urbaines et par la nouvelle stratification sociale vivent plus en accord avec leur temps et travaillent avec des idées et des formes plus originales. La chronique de Jacques le Conquérant, par exemple, inspirée par le roi et rédigée par plusieurs subalternes, est une longue confession pleine de couleur ; celle de Bernat Desclot, plus sobre et plus nuancée, est un vrai témoignage sur le règne de Pierre le Grand ; celle de Ramón Muntaner, dynamique et passionnée, trouve parfois un vrai souffle épique ; celle de Pierre le Cérémonieux, dictée par lui et écrite par une équipe de fonctionnaires, constitue une vaste justification des ambitions politiques de ce roi.

Les réformateurs religieux ont mêlé le témoignage personnel et critique à la vision utopique. Arnau de Vilanova écrivait des traités apocalyptiques dans une prose aussi incisive que savoureuse et Ramón Llull (Raymond Lulle) mettait en jeu toutes les formes dont il disposait pour accomplir son grand dessein : reconstruire le monde tout entier, celui des chrétiens et celui des infidèles, à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Le Siècle d'or de la littérature catalane

Des vingt dernières années du xive siècle au début du xvie siècle, la littérature catalane vit une de ses époques les plus complexes et les plus brillantes. On passe, en effet, de conceptions féodales et théocratiques à un rationalisme bourgeois ; on quitte un monde encore tout rempli des influences et des échos de la chevalerie pour arriver aux prémices de la Renaissance ; un idiome encore primitif et, dans le cas des poètes, artificiel, fait place à une langue pleinement établie, élégante et pure.

Quelques auteurs, formés sous le règne de Pierre le Cérémonieux, assurent la survivance de l'idéologie médiévale et de toutes ses ressources expressives : tel est, par exemple, le cas de Francesc Eiximenis, qui écrit une vaste et vivante compilation de tout le savoir chrétien, ou celui de saint Vincent Ferrer, prédicateur passionné et habile.

Des esprits plus jeunes et plus libres, toutefois, remettent en question les traditions qui leur pèsent. Anselm Turmeda, personnage énigmatique, quitte l'habit franciscain, embrasse l'islam – sans peut-être s'y être authentiquement converti – et adopte finalement une attitude de scepticisme corrosif. Bernat Metge, rationaliste et sceptique lui aussi, réussit à donner une forme aux inquiétudes qui étaient déjà dans l'air et, sous l'influence des classiques latins et italiens, de Cicéron et de Pétrarque surtout, pose les assises de l'humanisme catalan. Son ouvrage, Lo Somni, est peut-être le plus significatif de ce mouvement tout entier, car la plupart des humanistes catalans (Antoni Canals, Ferran Valentí, Francesc Alegre, Joan Roís de Corella) se sont bornés à traduire, à recréer ou à imiter les classiques. Petit à petit, toutefois, les humanistes les plus doués ont commencé à délaisser la langue vulgaire pour la latine, plus parfaite et plus prestigieuse : Joan Margarit et Jeroni Pau, au xve siècle et, au xvie, Joan Lluís Vives et Pere Galès ont écrit presque toute leur œuvre en latin.

La poésie lyrique, tout en restant attachée aux procédés des troubadours, tend déjà à italianiser les attitudes et à catalaniser la langue. Andreu Febrer écrit la première traduction au monde de La Divine Comédie. Ausiàs March, dans des vers durs et profonds, nous donne une vision saisissante de l'homme torturé par le doute et l'idée de la mort, il crée une imagerie originale et vigoureuse et emploie un catalan exempt de provençalismes. Les poètes de la seconde moitié du xve siècle ont suivi tour à tour l'influence des troubadours et d'Ausiàs March, celle des Français et celle des Italiens (Bernat Hug de Rocabertí, Pere Torroella...), mais ils ont chanté aussi, avec passion, les grands événements de la politique de l'époque (Francesc Ferrer, Pere Martinez...) ou, avec réalisme et sens critique, les petites misères de la vie de tous les jours (Jaume Gassull, Bernat de Fenollar...). Joan Roís de Corella, le dernier grand poète classique, a mêlé une interprétation personnelle et réaliste de l'amour et des attitudes et des formes révélant déjà un lien avec la Renaissance. La poésie narrative des lettres a en général habilement repris les thèmes arthuriens ou les lieux communs de l'amour courtois (La Faula de Guillem de Torroella), tandis que la poésie populaire, plus libre et plus rationaliste, a produit une suite d'ouvrages satiriques fort intéressants (Disputació d'En Buc e son cavall ). L'Espill de Jaume Roig s'insère dans le courant misogyne de l'époque et constitue, en fait, un témoignage coloré sur la vie populaire. La prose narrative, variée mais manquant peut-être un peu de relief, donne, vers le milieu du xve siècle, deux grands romans de chevalerie : Curial e Güelfa, dont nous ne connaissons pas l'auteur, et Tirant lo Blanch de Johanot Martorell. Tous les deux traitent leur sujet d'une manière réaliste mais, tandis que le premier fait siennes certaines ambitions de la noblesse, incorpore des éléments du roman sentimental et prend quelque peu des allures de récit mythique, le second, davantage lié aux inquiétudes de la bourgeoisie, tend à bâtir une vision dynamique et positiviste du monde. Tirant est le premier roman réellement moderne, ainsi que le reconnut, parmi d'autres, Cervantès.

Au cours du xive et du xve siècle, apparaît un nouveau genre, le théâtre ; né de la liturgie chrétienne, il admet petit à petit une thématique profane. Mais nous n'avons sur lui que des documents rares et fragmentaires.

Renaissance et classicisme

Du début du xvie siècle au début du xixe, le développement de nombreux secteurs de la littérature catalane a été paralysé par une carence d'auteurs et de lecteurs due à une série d'événements qui se succèdent et s'enchevêtrent : l'union des terres catalanes et castillanes sous les Rois Catholiques ; le déplacement de la Cour au centre de la Péninsule ; l'émigration d'une bonne partie de la noblesse catalane et, ensuite, son ralliement au dessein impérial de Charles Quint et de Philippe II ; le glissement des intérêts économiques de la Méditerranée vers l'Atlantique ; l'esprit conservateur acquis par la bourgeoisie commerçante ; les guerres contre la Castille, les défaites de 1652 et de 1714 et les exils qui les ont suivies... Cette crise n'a affecté que la minorité dirigeante, mais c'était elle qui disposait des moyens de bâtir une culture ; tandis que cette minorité enregistrait avec une originalité plus ou moins grande et exprimait en latin, en castillan ou, moins souvent, en catalan, les grands mouvements modernes de l'opinion, le peuple continuait seulement à adapter et à élargir la tradition qui s'était constituée au cours des siècles.

En Catalogne, la Renaissance a tenté une synthèse entre des sources médiévales et les nouvelles influences culturelles italiennes. Joan Ferrandis d'Heredia et Pere Serafí, par exemple, ont fait alterner la recréation de thèmes populaires à un idéalisme amoureux inspiré de Pétrarque ou d'Ausiàs March ; Ferrandis a, en outre, composé des pièces de théâtre d'un réalisme très nuancé. L'Espill de la vida religiosa, un roman attribué à Miquel Comalada, combine l'influence de Raymond Lulle avec celle de la Réforme. Entre 1570 et 1580, Joan Pujol et Joan Timoneda ont défendu, sans grande originalité, les idées de la Contre-Réforme et, tout au long du xviie siècle et d'une bonne partie du xviiie, Francesc Vicenç Garcia, Francesc Fontanella, Guillem Roca i Seguí et d'autres ont constitué un mouvement baroque dont l'inspiration est nettement castillane. Vers le milieu du xviiie, un groupe formé par des traducteurs et quelques écrivains, notamment Joan Ramis, a ébauché un classicisme qui, à l'aube du siècle nouveau, grâce au comte d'Ayamans et à l'auteur inconnu de Lo Temple de la Glòria, a assimilé certains éléments romantiques.

À cette époque, les Mémoires du prolixe baron de Maldà donnent le départ à la littérature de mœurs qui devait avoir un tel succès au xixe siècle. Du xvie siècle aux premières années du xixe, les masses populaires ont créé une poésie et une littérature narrative assez rude, mais souvent très vivante et colorée. Les productions les plus intéressantes ne bénéficiaient que d'une diffusion orale et ne furent publiées qu'au xixe siècle ; les œuvres liées à l'actualité, en revanche, étaient imprimées et atteignaient des tirages assez considérables. Le peuple a créé, en outre, un théâtre qui, dans le domaine religieux, restait fidèle aux modèles médiévaux (danses de la mort, Misteri d'Elx, pièces sur la Nativité et sur la Passion, etc.), mais, dans le domaine profane, affermissait le genre du tableau de mœurs et devait, au xixe siècle, adapter aux besoins locaux le théâtre politique né de la Révolution française.

Le XIXe siècle

La révolution industrielle, au début du xixe siècle, a amené en Catalogne comme ailleurs une série de changements économiques et sociaux profonds. La bourgeoisie a d'abord imité les usages aristocratiques et emprunté tour à tour l'expression catalane et la castillane, mais elle a résolu bientôt cette ambiguïté et construit un mouvement de renaixença autochtone qui a touché les couches populaires. La classe ouvrière, en revanche, a maintenu l'unité ancestrale de son expression jusqu'au moment où l'immigration de travailleurs du sud de l'Espagne l'a contrainte à des hésitations constantes ; d'ailleurs, la classe ouvrière catalane n'a pas disposé des moyens nécessaires pour construire un mouvement culturel homogène et original.

Le poème La Pàtria de Bonaventura Carles Aribau a été le premier jalon de la renaixença et, en même temps, du romantisme. Entre 1833 et 1859, le romantisme a présenté en Catalogne, comme partout en Europe, deux versants, l'un conservateur et historique, l'autre libéral et révolutionnaire. Tomàs Aguiló, auteur de délicieuses ballades d'inspiration populaire et de sonnets qui rappellent Pétrarque, est un des poètes les plus purs de cette époque. Vers le milieu du siècle, on essaya cependant de renouveler les sujets et les formes. Marià Aguiló a, par exemple, introduit quelques formes populaires de provenance majorquine, et Josep-Lluís Pons i Gallarza a ravivé le souvenir de certains classiques latins et italiens. Jacint Verdaguer i Santaló produit des poèmes d'un mysticisme frémissant ou d'un ascétisme excessif, des Mémoires ou des livres de voyages écrits dans une prose imagée, deux poèmes épiques, L'Atlantida (L'Atlantide) et Canigo (Canigou), qui essaient de fondre le monde issu du christianisme avec le monde païen de la mythologie classique ou du folklore pyrénéen, et qui constituent le couronnement de son œuvre.

Le roman et le théâtre, les deux genres les plus typiques de la nouvelle société industrielle, admettent un plus grand réalisme. Le tableau de mœurs a donné de petits chefs-d'œuvre : Emili Vilanova laisse un témoignage élégiaque sur le Barcelone populaire, qui était en train de changer.

Dans le domaine dramatique, on a eu des pièces historiques, ou à thèse, ainsi que des comédies, des drames, des comédies de mœurs (Frederic Soler, Josep Feliu i Codina...). Angel Guimerà a produit une œuvre puissante et énergique ; débutant par des tragédies historiques, il a évolué ensuite vers le drame en prose d'une inspiration plus ou moins réaliste, pour aboutir finalement à des pièces quelque peu symbolistes.

Après 1870, le romantisme entre en crise et perd de son importance devant les nouveaux courants naturaliste et positiviste ; il finit par s'éteindre totalement. En fait, la poésie et le théâtre n'ont été affectés qu'à peine par ce renouvellement. Le roman, en revanche, est entré dans une de ses époques les plus brillantes ; elle s'est prolongée jusqu'à la première décennie du xxe siècle. Au départ, le roman naturaliste, qui faisait preuve d'une certaine modération, plaçait ses personnages dans un cadre urbain. C'est ainsi, par exemple, que Narcís Oller, l'écrivain le plus représentatif de cette période, a donné une vision morale de la société et du dynamisme d'une de ses classes, la bourgeoisie. Plus tard, avec Víctor Català (pseudonyme de Caterina Albert) notamment, le roman a pris un ton de plus en plus violent et dramatique et choisi un cadre rural. Au tournant du siècle, une série de faits, notamment la crise politique de l'État espagnol, la perte des dernières colonies, les luttes sociales, la découverte de nouvelles idées et de formes littéraires étrangères, a donné lieu à l'apparition fulgurante d'un mouvement, le « modernisme », qui a combiné l'exaltation nietzschéenne de la volonté et l'individualisme le plus anarchique avec les attitudes automnales et déliquescentes du décadentisme. Santiago Russinyol, parmi d'autres, nous fournit un bon exemple de ce mouvement. Les plus grands noms de l'époque, toutefois, n'ont qu'exceptionnellement pris part à ce mouvement. Joan Maragall, par exemple, a chanté, en adoptant des procédés proches de Goethe ou de Novalis, son expérience d'homme à la recherche d'une destinée personnelle dans un pays défini et contradictoire ; Joan Alcover a transcrit sa douleur d'homme en des vers dramatiques rappelant quelque peu Leopardi ; Miquel Costa i Llobera, plus retenu, a trouvé une forme poétique nettement définie en passant par l'imitation des classiques latins ; Joaquim Ruyra a montré, en des récits très parfaits, une vision idéalisée de la réalité ; Ignasi Iglesias, quant à lui, a écrit des drames sociaux où l'on retrouve l'influence d'Ibsen.

Perspectives du XXe siècle

Vers 1906, la bourgeoisie catalane, déjà remise de quelques-unes des crises de la fin du siècle et décidée à résoudre pour son propre compte le désarroi politique de l'État espagnol, a encouragé une action culturelle ambitieuse qui, en littérature, a promu un intellectualisme cosmopolite : le « noucentisme ». Eugeni d'Ors, qui en a posé les fondements théoriques, a composé des nouvelles pleines de symboles et de références culturelles ; le poète Josep Carner, à mi-chemin entre la confession et l'ironie, a transfiguré la réalité quotidienne moyennant une prodigieuse magie verbale ; Guerau de Liost (pseudonyme de Jaume Bofill) fait preuve d'un lyrisme presque désincarné. Avec ces « noucentistes », commence l'aventure de l'entre-deux-guerres ; aux inquiétudes postsymbolistes s'ajoutent les recherches de la poésie pure ou de l'avant-garde formaliste. Carles Riba et Joan Salvat-Papasseit illustrent chacune de ces deux voies dont J. V. Foix a essayé de faire la synthèse. Josep-Sebiastà Pons et Marià Manent ont finalement dépouillé le poème de toute fioriture, au point d'atteindre une simplicité qui, dans le cas de Manent, est voisine du silence.

Le roman et le théâtre, en revanche, sont restés plus fidèles aux formes du xixe siècle. Malgré la crise du roman naturaliste, Prudenci Bertrana et Joan Puig i Ferrater n'ont pas tout à fait abandonné ses techniques et, quelque peu modernistes au départ, se sont efforcés de les combiner avec des éléments psychologiques. La plupart des auteurs se sont limités au roman psychologique, mettant en scène des personnages bourgeois, avec, souvent, une certaine originalité et une certaine complexité. Llorenç Villalonga bâtit un mythe, plein de résonances rationalistes et élégiaques ; Mercè Rodoreda, plus lyrique et plus ingénue, évolue d'un ton presque épique à des formes qui ne sont pas loin d'atteindre la plus lumineuse fantaisie. Enfin, l'œuvre abondante, à la fois réaliste et moralisante, de Josep Pla, journaliste et narrateur, apporte un témoignage palpitant sur la Catalogne moderne.

La vie du théâtre a été assez vacillante. Joan Puig i Ferrater s'est engagé avec une certaine originalité dans les perspectives ouvertes par Ibsen, et Josep-Maria de Sagarra, important poète, dans celles ouvertes par les modernistes. Mais la plupart des auteurs se sont contentés d'écrire ce qu'on a appelé des comédies bourgeoises et qui n'étaient guère originales.

Vers la fin des années 1930, alors qu'une rupture avec le « noucentrisme » s'amorçait déjà, la défaite des républicains dans la guerre civile a réduit presque toute l'activité créatrice à l'exil ou l'a cantonnée dans la vie privée. Cette rupture fut donc retardée jusqu'après 1950 et ne connut même tout son éclat qu'après 1960. Avant et après la guerre, Joan Oliver, qui signe ses poèmes sous le pseudonyme de Pere Quart, a fait preuve d'un réalisme mordant et montré des intentions morales ; Agustí Bartra, au lyrisme brûlant, a l'ambition de créer des mythes collectifs. Salvador Espriu, la grande figure de l'après-guerre, bâtit une œuvre poétique, narrative et théâtrale qui, avec un style fouillé et chargé de symboles, combine la déformation caricaturale de la réalité avec l'approfondissement des problèmes métaphysiques de l'homme, notamment ceux de la liberté personnelle et collective. Les poètes plus jeunes, tel Gabriel Ferrater, proposent une vision de l'homme et de son conditionnement historique dans des poèmes narratifs. Le roman et le théâtre recherchent, eux aussi, une rupture avec la tradition psychologique précédente. Le roman se livre à toutes sortes de recherches formelles et construit de grandes allégories à portée historique (Manuel de Pedrolo) ou bien il apporte des témoignages objectifs sur la réalité quotidienne (Baltasar Porcel) ; la nouvelle, qui donne dans cette période de vrais chefs-d'œuvre, nuance les éléments réalistes en les combinant à d'autres, de nature poétique et même humoristique (Pere Calders, Jordi Sarsanedas). Le théâtre, finalement, essaie avec une originalité remarquable les expériences de l'absurde (Manuel de Pedrolo, Joan Brossa) et évolue ensuite, surtout grâce aux théoriciens et aux metteurs en scène, vers la pièce épique d'inspiration brechtienne.

—  Jean MOLAS

La littérature catalane contemporaine

Il est impossible de parler de la littérature catalane actuelle sans faire référence à l'histoire. En 1931, la République est proclamée en Espagne et la Catalogne obtient l'année suivante un statut d'autonomie qui va d'emblée privilégier les domaines de la culture et de l'éducation (sept grandes maisons d'édition catalanes, vingt-sept journaux en catalan, d'innombrables revues. Dans les écoles l'enseignement se fait aussi bien en catalan qu'en castillan). La littérature connaît un nouvel âge d'or. Certains des grands noms d'aujourd'hui commencent à publier dès cette époque, où la culture catalane connaît un climat de normalité. La fin de la guerre civile, en 1939, est pour les Catalans une des périodes les plus sombres de leur histoire. Le statut d'autonomie est abrogé par Franco avant même sa victoire. Au lendemain de l'entrée des troupes franquistes à Barcelone, une ordonnance bannit de la cité l'usage du catalan et lui assigne pour limites le cercle familial. La même ordonnance institue la réquisition de toutes les imprimeries, la confiscation de tout matériel imprimé et l'instauration d'une censure préalable, à quoi s'ajoutent la destruction systématique de tous les livres écrits en catalan et, ce qui est tout un symbole, la destruction des plombs du dictionnaire général de la langue catalane de Pompeu Fabra. Dans le même temps, de très nombreux intellectuels et professeurs, la quasi-totalité de l'intelligentsia catalane, prennent le chemin de l'exil. Ceux qui restent, sauf de très rares exceptions, connaissent l'« exil intérieur » et l'humiliation d'obscures tâches de subsistance. Aux yeux de Madrid, le catalan était promis au destin d'une langue morte. D'autant qu'une immigration massive des régions pauvres du Sud devait, dans son esprit, noyer dans la masse castillanophone ce qui restait de la langue catalane. Prévisions heureusement démenties par l'histoire.

Les années 1940 : la résistance culturelle

De la fin de la guerre à 1950, c'est, après le grand traumatisme, le début d'un long combat pour sauver la langue et la culture catalanes. En 1942, la fondation Bernat Metge, qui éditait, par souscription et à l'usage presque exclusif des universitaires, des traductions de classiques gréco-latins, obtient non sans mal l'autorisation de publier le tome IX des Vies parallèles de Plutarque, premier livre catalan autorisé après la victoire de Franco. L'année suivante, l'éditeur Josep Cruzet obtient la permission d'éditer les œuvres complètes du poète Jacint Verdaguer, à la condition expresse de conserver la graphie de l'époque : façon d'affirmer que le catalan est une langue fossile. Mais le succès fut tel que d'autres auteurs suivent. La victoire des Alliés oblige le régime à lever l'interdit sur le livre catalan, mais la censure veille à ne laisser publier que les auteurs morts avant la guerre et dont les œuvres n'ont rien de subversif, ou ceux, vivants, qui ont accepté le bilinguisme et collaborent aux journaux et revues castillans. En 1946, Cruzet fonde les éditions Selecta, qui ont publié jusqu'à présent plus de cinq cents titres. D'autres maisons d'édition voient le jour : la même année, la Biblioteca literària catalana ; en 1947, les éditions Aymà publient les rares romans contemporains que la censure laisse passer, et l'éditeur Millà reprend sa collection théâtrale, dont il agrandit le format pour ne pas dépasser les trente pages au-delà desquelles les œuvres échappent à la censure locale et doivent être présentées à la censure madrilène. Enfin, en 1949, Josep Pedreira crée les éditions Ossa Menor, consacrées à la poésie. 1947 voit aussi la création du premier prix littéraire, le Joanot Martorell. Mais c'est surtout clandestinement que la résistance culturelle s'organise, avec des revues de poésie qu'on se passe sous le manteau, au péril de sa liberté : Poesia (1944-1945), Ariel (1946-1951), Antologia (1947), Dau al set (1948), etc. Parmi les collaborateurs, on trouve des noms déjà célèbres : Carles Riba, J.-V. Foix, Josep Carner, Joan Oliver, et d'autres qui vont le devenir : Salvador Espriu, Joan Brossa...

La grande figure des lettres catalanes du moment, le guide et le maître à penser de la jeunesse – le « maître ès espérances », dira-t-on de lui – est sans conteste le poète Carles Riba (1893-1959). Déjà considéré avant la guerre comme un des meilleurs (Estances, 1930 ; Tres Suites, 1937), il rentre d'exil en 1943 avec ses Élégies de Bierville (publiées en 1951 par Ossa Menor), à la fois douloureuse prise de conscience de la guerre, de l'exil, et hymne à la liberté. Ce postsymboliste, dont les affinités avec Valéry, Rilke et Saint-John Perse sont évidentes – prédominance de la forme sur le sentiment, musicalité du vers, exaltation du rythme – influença jusqu'à sa mort nombre de jeunes poètes.

Salvador Espriu (1913-1985) publie clandestinement son premier recueil de poèmes, Cementiri de Sinera, tiré à cent exemplaires en 1946. Il avait publié avant la guerre des récits – Israel –, des romans – El Doctor Rip, Laia – et les textes Ariadna al laberint grotesc, Miratge a Citerea, Letizia i altres proses, qui révèlent déjà des dons extraordinaires chez un si jeune auteur. La guerre lui inspire, en 1939, sa pièce de théâtre Antígona, qui ne sera représentée que vingt ans plus tard. Dans Cementiri de Sinera apparaît pour la première fois Sinera (anagramme d'Arenys-de-Mar, berceau familial) qui atteint dans l'œuvre d'Espriu les dimensions du mythe : la « petite patrie », à travers le chant du poète, exprime un moment historique vécu par toute une communauté, et par là débouche sur l'universel. Les constantes de son œuvre s'en dégagent : obsession de la mort, de la fuite du temps, présence et absence de Dieu, destin individuel transcendé par le combat collectif. Une pièce de théâtre, Primera Història d'Esther – le plus grand succès du théâtre catalan de l'après-guerre – et un long poème, La Pell de brau (1960), confirment avec éclat ces choix thématiques à travers l'assimilation du destin juif sefarad et du sort catalan. Lyrisme, verve satirique et souffle épique, des Cançons d'Ariadna (1949) à Setmana Santa (1972), font de ce poète, plusieurs fois proposé pour le Nobel, « un monde enfermé dans un homme », selon la formule de Victor Hugo.

J.-V. Foix (1894-1987) publie en 1948 Les Irreals Omegues. Avant la guerre une des figures les plus marquantes de l'avant-guarda, attentif à tous les courants nouveaux d'Europe et d'Amérique, c'est un poète surréaliste avant la lettre : il l'est par l'exploration des possibilités oniriques, par la confusion entre rêve et réalité, mais jamais par l'automatisme. Il déteste le passéisme et se qualifie lui-même de « chercheur en poésie ». Dans Onze Nadals i un cap d'any (1960), Els Lloms transparents (1969), Darrer comunicat (1970), Mots i Maons i a cadascú el seu, le poète poursuit et approfondit sa quête où l'on perçoit aussi l'écho de l'époque douloureuse et un refus de la société actuelle. Poète non engagé, il développe une œuvre anticonformiste qui le fait pourtant participer à la lutte commune.

En 1948, le prix Joanot Martorell couronne le roman El cel no és transparent, de Maria Aurèlia Capmany (1918-1992), qui ne sera jamais publié : une chose est d'obtenir un prix, une autre d'obtenir le visa de la censure. Cela ne décourage pas, loin de là, la jeune romancière, qui a publié depuis une bonne douzaine de romans, de pièces de théâtre et d'essais. Sa prodigieuse culture lui permet de toujours situer ses personnages dans un cadre « vrai », en privilégiant autant que faire se peut les événements historiques. Maria Aurèlia Capmany s'en prend souvent à la bourgeoisie catalane, hypocrite, mesquine et bête. Le ton est détaché, froid, avec souvent une grande dose d'humour. Citons parmi ses meilleurs romans Un Lloc entre els morts (1968), Feliçment jo soc una dona (1969), Quim Quima (1971), Cartes impertinents (1980).

L'année 1949 voit l'édition de Poesia de Pere Quart. Ce pseudonyme est le nom de combat du poète Joan Oliver (né en 1899) qui, dès son premier livre, Les Decapitacions (1934), mêle le scepticisme et la satire intemporelles à l'histoire la plus récente : un des poèmes raille Hitler, « le salaud total », un autre, Mussolini « au poitrail gonflé ». Réfugié au Chili, il publie Saló de tardor (1947), au ton nostalgique, et, de retour en Catalogne, Terra de naufragis (1956) à l'humour corrosif et froid qui caractérise sa manière. Vacances pagades (1960) et Circumstàncies (1968) font de lui le plus important poète satirique de la Catalogne, un poète de la révolte lyrique, de la critique sociale, et, avec Espriu, un des plus populaires parmi la jeunesse catalane des années soixante.

Nous voyons donc que cette terrible décennie ne fut pas tout à fait le désert stérile dont certains parlent et que, de façon presque souterraine, le renouveau s'annonçait avec les anciens qui produisaient encore, mais aussi avec les nouveaux venus – nous n'avons évoqué que les plus marquants – pleins de promesses, qu'ils tiendront dans la décennie suivante.

Les années 1950 et 1960 : montée de sève

En 1951, le prix Martorell couronne El Carrer estret, roman de Josep Pla (1897-1981). Journaliste et chroniqueur prolifique – ses œuvres complètes publiées entre 1966 et 1980 comprennent trente-sept volumes –, bien que l'un des plus lus parmi les Catalans et assurément l'un des meilleurs prosateurs, par son scepticisme voltairien et son humour sarcastique à la Sterne, Pla est tout le contraire d'un écrivain engagé.

En 1952, le prix est donné à Xavier Benguerel (1905-1990) pour L'Home dins el mirall. Romancier fécond, l'un des meilleurs représentants du « roman psychologique » et auteur à succès, dépassant la chronique historique et pathétique de Els Vençuts (« Les Vaincus », 1969) et l'expérience amère de l'exil dans Llibre del retorn (1977), il donne en 1974 son chef-d'œuvre, Icària, Icària, un étonnant roman sur l'anarchisme catalan des années 1920 en relation avec la folle aventure des utopistes icariens.

En 1954, le prix va à Manuel de Pedrolo (1918-1990), un des romanciers les plus représentatifs de l'après-guerre. Joyce, Faulkner, Dashiell Hammet sont ses maîtres, et son œuvre, riche d'une cinquantaine de titres, va du roman noir, du roman policier au théâtre de l'absurde en passant par l'affabulation politico-fantastique : Totes les bèsties de càrrega (1967) d'atmosphère kafkaïenne, Temps obert (1968), S'han deixat les claus sota l'estora, de facture futuriste.

En 1957, Mercé Rodoreda (1909-1983) reçoit le prix Víctor Català pour son recueil de nouvelles Vint-i-dos contes. Romancière, elle donne en 1962 son chef-d'œuvre, Plaça del Diamant, puis El Carrer de les camèlies (1966) et Mirall trencat (1974), où s'affirme le thème majeur de son écriture : la difficulté d'être femme dans un monde qui privilégie les valeurs viriles. En 1979, les Éditions 62 publient l'ensemble de ses nouvelles dans la prestigieuse collection Les Millors Obres de la literatura catalana sous le titre : Tots els contes. Son art très subtil, son lyrisme retenu, son humour en font un des écrivains les plus attachants et les plus singuliers.

D'Agusti Bartrà (1908-1980), qui avait déjà publié pendant la guerre deux livres de poèmes, est publiée en 1954 à Barcelone une anthologie qui rassemble la plupart des poèmes écrits en exil au Mexique, d'où il ne revint qu'en 1971. Poète et romancier, il excelle à mythifier la réalité, avec un lyrisme exacerbé. Citons ses deux poèmes épiques, Màrsias et Màrsias i Adila (1957) dont le premier parut en édition bilingue français-catalan sous le titre Livre de Marsias (trad. Louis Bayle, 1968). En 1972, il publie Rapsòdia de Garí.

En 1957, le prix Martorell est remporté par Joan Sales avec un roman, Incerta glòria, où la guerre est vécue du côté républicain par de jeunes officiers. La censure, opposée à sa publication, dut céder devant le nihil obstat des autorités religieuses catalanes, mais exigea des coupures considérables.

Cette décennie, qui voit s'affirmer de nouveaux talents, est aussi celle où paraît, en 1959, la première revue catalane de l'après-guerre, Serra d'Or, publiée par les moines de l'abbaye de Montserrat et échappant de ce fait à la censure civile. Elle fournit aux intellectuels de tous bords une tribune durable. L'association Omnium cultural pour la promotion de la culture catalane, entièrement financée par des souscriptions et des dons, poursuit efficacement le combat catalan pour la récupération de sa langue et de sa culture.

En 1961 est publiée une œuvre majeure de cette littérature, le roman Bearn du Majorquin Llorenç Villalonga (1898-1980), portrait attachant d'un noble majorquin ruiné, érudit, hédoniste et voltairien qui, après avoir connu les fastes parisiens du second Empire, vit retiré dans son île, un peu à la manière du Guépard de Lampedusa (qui lui est strictement contemporain) et qui est, comme lui, la peinture nostalgique d'un monde disparu.

1961 voit aussi la naissance de la nova cançó catalane avec la constitution du groupe Els Setze Jutges, et surtout l'apparition de Raimon qui chante pour la première fois à Barcelone en 1962. C'est un véritable raz de marée qui déferle sur tout le pays catalan (Raimon est valencien) ; les chanteurs se multiplient et les grands noms de la littérature leur apportent leurs textes : Espriu, Pere Quart, Maria Aurèlia Capmany... Cette chanson contestataire sensibilise le public catalan à ses propres problèmes, au point que le pouvoir central s'en inquiète et fait tout pour étouffer ces voix : la radio et la télévision leur restent fermées et les journaux n'en parlent jamais. Les disques ne reçoivent pas le visa de la censure, et les interdictions de chanter se multiplient. Cette répression tenace, qui durera au-delà de 1970, ne fait qu'affermir l'adhésion du public à la cançó de protesta, qui a constitué un des facteurs les plus déterminants de l'éveil civique de la Catalogne.

En 1963, le prix Sant Jordi – financé par l'Omnium cultural et qui remplace le prix Martorell – est remporté par Pere Calders (1912-1994) avec L'Ombra de l'atzavara, qui décrit la vie des Catalans émigrés au Mexique après la guerre civile, c'est-à-dire sa propre expérience. Mais Calders est avant tout un auteur de nouvelles où l'humour se mêle à la poésie et au surréalisme. Il avait commencé à publier des recueils de contes et de nouvelles dès 1936 : El Primer Arlequí. Tous ses récits furent réunis en un seul volume sous le titre : Tots els contes de Pere Calders, paru en 1968.

En 1964 est autorisée la traduction en catalan d'œuvres étrangères. Bien des auteurs pénètrent ainsi pour la première fois en Espagne. Kafka, Camus, Brecht, Sartre, Freud, Gramsci, Lukács... connaissent un énorme succès et influencent les modes de pensée et les façons d'écrire.

La même année paraît un livre très important, Els Altres Catalans, de Francisco Candel (né en 1925), essai sociologique sur ce problème majeur de la Catalogne qu'est l'immigration intérieure. Cette étude fait prendre conscience aux Catalans des problèmes des communautés castillanophones dont ils ne se souciaient pas jusqu'alors et contribuera puissamment à briser la barrière d'incompréhension qui les séparait.

Jordi Sarsanedas (né en 1924) s'était fait connaître comme poète dès 1948 avec A Trenc de sorra. Sa parfaite connaissance de la littérature française – il est licencié ès lettres de l'université de Toulouse – influence son œuvre. Sa nouvelle Contra la nit d'Oboixangó (1952), à l'atmosphère fantastique, attira l'attention de la critique et, l'année suivante, il obtint le prix Víctor Català pour son recueil Mites. En 1969, il publie encore des nouvelles sous le titre : El Balcó.

Toujours dans les années 1960, Baltasar Porcel, un jeune Majorquin né en 1937, se fait connaître aussi bien comme journaliste que comme romancier. Son œuvre romanesque est surtout centrée sur son île natale ; les personnages hauts en couleur de ce microcosme, où l'insularité exacerbe les passions que la guerre civile portera à son maximum d'intensité, composent une fresque que l'innocent touriste est bien loin d'imaginer : hommes de la mer, contrebandiers, paysans cupides, nobles dégénérés, commerçants xuetes (descendants de Juifs) que la société tient encore à l'écart aujourd'hui... Depuis Solnegre, qui obtint le prix Ciutat Palma de Mallorca en 1960, jusqu'à Cavalls cap a la fosca, prix Prudenci Beltrana 1975, en passant par La Lluna i el cala Llamp (1963), Els Escorpins (1965), Els Argonautes (1968), prix de la critique, Difunts sota els ametllers en flor (1970), prix Josep Pla, Porcel crée un monde dont la violence et le lyrisme sont tempérés par l'humour.

Au cours de cette décennie, le nombre d'œuvres publiées en catalan ne cesse d'augmenter, passant de 196 titres en 1960 à 520 en 1966. Il faut noter, en particulier, puisqu'il n'y a toujours pas d'enseignement officiel du catalan, le succès considérable de tous les outils d'apprentissage de la langue : manuels, vocabulaires, dictionnaires.

—  Mathilde BENSOUSSAN

La littérature après la mort de Franco

Avec la mort de Franco, en 1975, que suivent la transition (1975-1977), le statut d'autonomie (1979), le rétablissement du Parlement et la Generalitat (1980), l'avènement de la démocratie suscite une explosion sans précédent parmi les lettres catalanes du xxe siècle. Les maisons d'éditions se multiplient : La Magrana (1976), Eumo (1979), Quaderns Crema (1979), Empúries (1983), Columna (1985), La Campana (1985), Bromera (1986). Dès lors, les livres publiés en catalan voient leur nombre croître d'année en année. On passe ainsi de 672 titres en 1975 à 5 806 en 1993.

La prose

À partir de 1978, de nombreux romans écrits au cours des dernières années du franquisme et après se caractérisent par leur perspective historique. C'est le cas notamment de Galceran, l'heroi de la guerra negra (1978), de Jaume Cabré, ou de Cercamon (1982), de Lluís Racionero. Confirmation, continuité et renouvellement de talents sont les maîtres-mots qui vont singulariser le processus littéraire de la décennie 1980-1990. Après les décès de Llorenç Villalonga, en 1980, et de Mercè Rodoreda, en 1983, deux noms s'imposent : Pere Calders et Joan Perucho. Le premier se fait remarquer par sa production prolifique (Tot s'aprofita, 1983 ; Gaeli i l'home déu, 1986). De son côté, Joan Perucho (1920-2003) intervient dans le roman avec Les Aventures del cavaller Kosmos (1981), et La Guerra de Cotxinxina (1986). Notons aussi l'affirmation de narrateurs dont l'éclosion a été tardive. Dans Camí de sirga (1983) Jesús Moncada (1941-2005) a créé un monde fictionnel à partir de l'engloutissement de sa ville natale, Mequinensa. Maria Barbal (née en 1949) a puisé son inspiration dans le monde rural des Pyrénées tout au long du xxe siècle. Sa trilogie a été bien reçue par la critique et les lecteurs : Pedra de tartera (1985), Mel i metzines (1990) et Càmfora (1992). Ramon Solsona (né en 1950) s'est imposé grâce à une prose agile et mûrie dans ses trois romans, Figures de calidoscopi (1989), Les Hores detingudes (1993), D.G. (1998).

D'autres écrivains, apparus au cours des années 1970, confirment leur talent et leur popularité. Quim Monzó publie en 1982 Olivetti, Chaffoteaux et Maury, et, en 1989, La Magnitud de la tragèdia. Baltasar Porcel affiche une pleine maturité littéraire avec Els Dies immortals (1984), Jaume Cabré remporte deux prix prestigieux avec La Teranyina (1984), prix Sant Jordi 1983, et Fra Junoy o l'Agonia dels sons (1984), prix Prudenci Bertrana 1984, sans doute un des romans les plus réussis de cette période. Margarida Aritzeta (née en 1953) remporte le prix Víctor Català 1980 avec Quan la pedra es torna fang a les mans (1981) et le prix Sant Joan 1982 avec Un pebrer a la pell (1983). Isidre Grau, de son côté, est lauréat du prix Ciutat de Palma 1983 avec Vent de memòria et du prix Sant Jordi 1985 avec Els Colors de l'aigua (1986). Pere Gimferrer obtient le prix Ramon Llull 1983 avec Fortuny (1983). Montserrat Roig (1946-1992) publie L'Hora violeta (1980), L'Òpera quotidiana (1985) et El Cant de la joventut (1989). Ferran Torrent se fait connaître avec deux romans à succès : No empenyeu el comissari ! (1984) et Penja els guants (1985). La production d'Olga Xirinacs est constamment couronnée avec Interior amb difunts (1983), prix Josep Pla 1982, Al meu cap una llosa (1985), prix Sant Jordi 1984, et Zona marítima, prix Ramon Llull 1986. Lluís Racionero (né en 1940), qui a remporté le prix Prudenci Bertrana 1981 avec Cercamon, publie La Forja de l'exili (1985). Parmi les valeurs sûres, il faut également mentionner Jordi Coca (Sota la pols, 2001) ; Jaume Cabré (Les Veus del Pamano, 2004) ; Emili Teixidor (Pa negre, 2004) ; Pep Coll (El Segle de la llum, 1997 ; El Salvatge dels Pirineus, 2005) ; Julià de Jodar qui publie une trilogie, L'Atzar i les ombres (1997-2006). Baltasar Porcel ne cesse de publier (Lola i els peixos morts, 1994 ; Ulisses a alta mar, 1997), tout comme Ferran Torrent (Societat limitada, 2002 ; Judici final, 2006). Quim Monzó, après avoir publié Guadalajara (1996), réunit ses contes dans Vuitanta-sis contes (1999). Joan Francesc Mira entreprend sa trilogie de Valence (ville dont il est originaire) avec Els treballs perduts (1989) et Purgatori (2003), prix Sant Jordi 2002. Robert Saladrigas publie en 1992 El sol de la tarda, couronné par le prix Sant Jordi. Miquel de Palol (né en 1953) produit ses chefs-d'œuvre, Ígur Nebli (1994) et El Troicord (2001).

Les femmes ne sont pas en reste. Maria Mercè Marçal (1952-1998) publie La Passió segons Renée Vivien (1994), Maria Antònia Oliver (née en 1946) propose Amor de cans (1995), tandis que Carme Riera nous offre Cap al cel obert (2000), Margarida Aritzeta, El Llegat dels filisteus (2005) et Maria Barbal avec Escrivia cartes al cel (1996), Carrer Bolivia (1999), Bella edat (2003), País íntim (2005), des livres très bien écrits, dont les thèmes traités sont différents : séquestration dans une école, émigration, beauté et anorexie, relation mère-fille et injustice.

Parmi les jeunes auteurs qui viennent grossir le contingent des valeurs sûres, citons : Josep N. Santaeulàlia (né en 1955) ; Vicenç Villatoro (né en 1957) ; Lluís-Anton Baulenas (né en 1958) ; Imma Monsó (née en 1959).

Màrius Serra (né en 1963) est une des valeurs sûres les plus solides et encourageantes de cette génération, avec notamment deux romans qui ont fait l'objet de critiques fort élogieuses (Mon Oncle, 1996 ; Farsa, prix Ramon Llull 2006). Vicenç Pagès (né en 1963) est l'un des écrivains dont l'avenir semble très prometteur. On lui doit des contes (Cercles d'infinites combinacions, 1990) et des romans (El Món d'Horaci, 1995, et La felicitat no és completa, 2003). Joan Lluís Lluís (né en 1963) occupe une place de choix dans les lettres nord-catalanes (Els Ulls de sorra, 1993, El Dia de l'ós, 2004), de même que Joan Daniel Beszonoff (Les Rambles de Saïgon, 1996, Les Amnèsies de Déu, 2005). Maria de la Pau Janer (Palma, 1966) a été primée avec Màrmara (1993 et 1994) et Lola (1999). Jordi Puntí (né en 1967) a vu son œuvre reconnue aussi bien par la critique que par le public (Pell d'armadillo, 1998 ; Animals tristos, 2002). Francesc Serés (né en 1972) est l'auteur d'une trilogie, De fems i de marbres (2000-2002).

Parmi les noms à retenir pour le futur, il faut encore citer Lolita Bosch (née en 1970), Borja Bagunyà (né en 1972), Pere Guixà (1973), et enfin le Majorquin Melcior Comes (né en 1980).

La poésie

Avec l'avènement de la démocratie, la poésie va abandonner son rôle de dénonciation et le côté engagé qui était le sien face aux injustices vécues par la société sous la dictature franquiste. Depuis 1975, la vision qu'ont les poètes de la Catalogne est différente. Joan Vinyoli (1914-1984) publie beaucoup durant cette période, en cultivant le réalisme lyrique (Vent d'aram, 1976 ; Passeig d'aniversari, 1984). Salvador Espriu (1913-1985) clôt sa carrière poétique avec un recueil, Per a la bona gent (1984), qui illustre son combat pour une langue poétique moderne sans emphase. Joan Teixidor (1913-1992) publie vingt-six poèmes autobiographiques au ton élégiaque (Fluvià, 1989).

L'avant-gardisme est représenté par Josep Palau i Fabre (1917-2008) et surtout Joan Brossa (1919-1998), auteur d'une œuvre remarquable (Càntic de càntics, 1972 ; Poesia escènica, 1973-1983 ; Sumari astral, 1999).

Le réalisme lyrique est cultivé par Miquel Martí i Pol (1929-2003), le Valencien Andrés Estellés (1924-1993) et Joan Ferraté (1924-2003). Martí i Pol est le poète contemporain le plus lu. C'est à partir de 1975 que son cheminement poétique se modifie et que son lyrisme acquiert plus de maturité. Estimada Marta (1978) et L'Àmbit de tots els àmbits (1981) mettent en relief l'érotisme, la foi en l'avenir et une réflexion civique. La sérénité, née de l'expérience, de l'observation du monde environnant, de la connaissance de sa propre personnalité, apparaît dans Primer Llibre de Bloomsbury (1982) et est confirmée dans Els Bells camins (1987). Dans les années 1990, le poète nous offre des recueils empreints de désarroi et de résignation (Un hivern plàcid, 1994 ; Llibre de les solituds, 1997). À partir des années 1970, Vicent Andrés Estellés, peut-être le poète valencien le plus important du xxe siècle, et considéré comme le rénovateur de la lyrique valencienne contemporaine, publie avec beaucoup plus de fréquence (Manual de conformitats, 1977 ; Vaixell de vidre, 1984 ; Sonata d'Isabel, 1990). Joan Ferraté publie Llibre de Daniel en 1976 et Catàleg general 1952-1981 (1987).

D'autres poètes se sont distingués par une évidente liberté artistique. Ainsi de Felícia Fuster (née en 1921), dont la voix originale et mûre s'affirme en 1984 avec Una cançó per a ningú i trenta diàlegs ; son langage poétique se caractérise par la méditation, le thème de l'absence, du vide, l'introspection, l'approche de l'histoire contemporaine dans Sorra de temps absent (1998). Dans Postals no escrites (2001), elle utilise la forme du haikú japonais. Jordi Sarsanedas (1924-2006) a beaucoup publié vers la fin de sa vie : L'Enlluernament, al cap del carrer (2001), et Silenci, respostes, variacions (2005), notamment, dans lesquels il admire, d'un regard serein et optimiste, le monde environnant, l'œuvre des hommes et exprime sa joie face à la nature. Le Majorquin Blai Bonet (1926-1998) a cultivé le thème de la solitude et du péché dans El Jove (1987, prix national de la Critique) et celui de la ville dans Nova York (1991, prix Ciutat de Barcelona). Chez Màrius Sempere (né en 1928), le lyrisme prend naissance dans le quotidien pour évoluer vers des réflexions teintées d'ironie (Samsara, 1982 ; Subllum, 2000). On doit à Segimon Serrallonga (1930-2002), entre autres publications, Tornem-hi : no ho direm tot (1980) et Poesia antiga (1981). Gerard Vergés (né en 1931) est l'auteur d'une œuvre lyrique fort intéressante (L'Ombra rogenca de la lloba, 1981 ; La Insostenible Lleugeresa del vers, 2002). Le Majorquin Bartomeu Fiol (né en 1933) a beaucoup publié. Son œuvre se caractérise par une conception très personnelle de la poésie, toujours à la recherche de la vérité. Les recueils publiés à partir de 1995 mettent en relief son obsession de la mort et de la destruction (La Comunió dels sants o els Morts ho callam tot, 1997 ; Catàleg de matèries, 1998).

Mentionnons à présent des poètes comme Feliu Formosa (1934), dont l'œuvre alliant sobriété et recherche a été fortement influencée par Gabriel Ferrater et Joan Vinyoli (Llibre de viatge, 1978, prix Carles Riba ; Per Puck, 1992 ; Les Nits del llamp, 1996) ; Joan Margarit (né en 1938), dont Llum de pluja (1987) témoigne d'une poésie sobre et sans concession ; Miquel Bauçà (né en 1940), poète innovant et audacieux (Cants jubilosos, 1978 ; Les Mirsiles : colònia de vacances, 1983) ; Narcís Comadira (né en 1942), poète-traducteur qui s'est affirmé comme une des voix lyriques les plus en vue, car ses recueils font preuve d'indéniables qualités (La Llibertat i el terror, 1981 ; Usdefruit, 1995), son réalisme verse chaque fois vers le métaphysique. Francesc Parcerisas (né en 1944) se singularise par son humanité, sa sensualité et son émotion dans L'Edat d'or (1983) et Triomf del present (1991). Pere Gimferrer (1945) nous offre une poésie kaléidoscopique, travaillant sur une suite de fragments de lectures, d'images de films, de vues réelles plus ou moins transformées, qui se rapprochent du collage (L'Espai desert, 1977 ; Mascarada, 1996).

Citons à présent, par ordre chronologique de naissance, les poètes notables nés entre 1950 et 1972 : Francesc Prat (1950), dont les recueils ont été couronnés (El Soldat rosa, 1983 ; Larari, 1987). Enric Casassas (1951), qui s'est affirmé tardivement, et dont l'œuvre va de la poésie médiévale au surréalisme (La Cosa aquella, 1982 ; Calç, 1996, prix Carles Riba ; Que dormim, 2002). La féministe Maria-Mercè Marçal (1952-1998) se fait connaître en 1977 avec le recueil Cau de llunes (prix Carles Riba 1977). La Germana, l'estrangera (1985) traite ouvertement de l'amour entre femmes, thème absent jusqu'alors de la poésie catalane. En 1989, elle réunit toute son œuvre poétique dans Llengua abolida (1973-1988) et y inclut Desglaç. Son lyrisme s'articule autour de l'identité féminine : amour, solitude, manque de communication, passion, maternité, rébellion. Le Minorquin Ponç Ponç (né en 1956) est considéré comme un des poètes les plus importants des Baléares (Al Marge, 1983 ; El Salobre, 1997, prix Carles Riba). Àlex Susanna (né en 1957), auteur de plus de douze recueils poétiques, dont Quadern valencià, prix Josep Pla 1988 et Les Anelles dels anys, prix Carles Riba 1990. Le Valencien Enric Sòria (né en 1958) s'est distingué avec Compàs d'espera (1993, prix Josep Maria Llompart) et L'Instant etern (1999, prix Carles Riba). Le Majorquin Andreu Vidal (1959-1998) s'est fait connaître avec Xicraini : nit de portes cremades (1977), auquel succéderont Necròpsia (1984, prix Ciutat de Palma), L'Animal que no existeix (1993, prix Carles Riba) et Ad vinum (1999). Carles Duarte (né en 1959), dont la poésie a comme thèmes centraux la tendresse, le rêve et l'oubli : Llavis de terra (1993), El Silenci (2001). Xavier Lloveras (1960) met en vers un monde souvent amer dans El Test de Rorsbach (1992). David Castillo (né en 1961) a publié entre autres La Muntanya russa (1993), Game over (1998) et Seguint l'huracà (2000). Jordi Cornudella (né en 1962) s'est imposé avec El Germà de Catul i més coses (1997, qui a reçu le prix de la Critique). Jaume Subirana (né en 1963), après avoir remporté le prix Carles Riba en 1988 avec Final de festa (1989), nous a offert En altres coses (2002). Carles Torner (né en 1963) est un poète talentueux. Son œuvre a été couronnée en 1984 (Als Límits de la sal, prix Carles Riba 1984 ; Viure després, prix de la Critique 1998). Vicenç Llorca (né en 1965) a publié de nombreux recueils : de La Pèrdua (1987) à Paraula del món : antologia 1983-2003, ( 2004). La Majorquine Margalida Pons (née en 1966) nous a offert Sis Bronzes d'alba (1986, prix Salvador Espriu), suivi de Les Aus (1988, prix Ciutat de Palma). Un autre Majorquin, Sebastià Alzamora (né en 1972) s'est fait connaître avec Rafel (1994, prix Salvador Espriu), où le thème de la mort est abondamment développé et que prolongent Mula morta (2001), El Benestar (2003, prix des Jeux Floraux, Barcelone), où il dénonce le déclin de notre société.

Le théâtre

À partir de 1975, et durant une dizaine d'années, en Catalogne, comme ailleurs, le théâtre indépendant se professionnalise ; des compagnies disparaissent, d'autres voient le jour (Teatre lliure, 1976). Pour le théâtre de texte, la période 1975-1985 marque une véritable traversée du désert. De 1986 à 1998, de nouveaux auteurs font leur apparition. Des textes de Benet i Jornet (né en 1940), Ramon Gomis (né en 1946), Guillem-Jordi Graells (né en 1950) sont joués. Des œuvres de jeunes auteurs (Francesc Pereira, né en 1961 ; Sergi Belbel, né en 1963) sont représentées. On promeut en 1989-1990 trois œuvres de ce dernier jeune universitaire plein de talent : En companyia d'abisme, Elsa Schneider et Òpera. Josep M. Benet i Jornet publie régulièrement. Son œuvre a su s'adapter aux nouvelles formes d'écriture et est devenue le point de référence local pour les jeunes acteurs dramatiques. Parmi ses dernières œuvres, citons Salamandra (2002), La Ventafocs (2004).

Citons aussi les Valenciens Rodolf et Josep Lluís Sirera qui ont écrit ensemble une trilogie, La Desviació de la paràbola (1975-1980) et Cavalls de mar (1988). On doit à Rodolf Sirera Indian Summer (1989) et Maror (1995), notamment.

Parmi les auteurs nés entre 1950 et 1960, citons Joan Casas (né en 1950) qui a produit Nus, L'últim dia de la creació, Toni Cabré (né en 1957) auteur de L'Efecte 2000, Teoria de catàstrofes, le Majorquin Josep Pere Peyró (né en 1959), qui évoque la fragilité des relations humaines (La Pluja irlandesa), et Albert Mestres (né en 1960) [La Bufa, Homenatge a Sarajevo].

Chez les auteurs plus jeunes, mentionnons Lluïsa Cunillé (née en 1961), auteur de pièces intimes, ambiguës et énigmatiques, avec un dénouement brutal et sans concession (Barcelona, mapa d'ombres ; Apocalipsi) ; Sergi Belbel, qui, après avoir été influencé au début par Beckett, a su trouver sa voie en reproduisant de façon plus réaliste la société dans ses faits et gestes quotidiens (Tàlem, Morir, Mòbil, 2006) ; Jordi Galceran (né en 1964) [Dakota, Paraules encadenades, El mètode de Grönholm], Enric Nolla (né en 1966) [Tractat de blanques, A pas de gel en el desert].

Les nouveaux auteurs mettent en évidence la violence qui habite chacun d'entre nous ; leurs pièces s'appuient notamment sur une certaine américanisation des images et mettent en évidence la marginalité des êtres. Citons Àngels Aymar (La Indiana), Marta Buchaca (née en 1979) [L'Olor sota la pell], Ignaci Garcia (Camí de Tombuctú, Influències, L'Altre extrem de l'oceà), Carles Mallol (né en 1981) [Finestra a Manhattan], Pau Miró (né en 1974) [Una habitació a l'Antàrtida, Bales i ombres, Somriure d'elefant], David Plana (né en 1969) [Mala sang, La Dona incompleta], Jordi Prat (né en 1975) [Obra vista], Gemma Rodríguez (né en 1973) [T'estimaré Infinittt], Mercè Sàrries (né en 1966) [En defensa dels mosquits albins] et Jordi Silva (né en 1973) [Ja en tinc trenta, La Millor Nit de la teva vida].

On peut espérer que la création d'un star-system télévisé (avec des pièces comme Poble nou, Secrets de família, Estació d'enllaç ou Nissaga de poder) incite le public à fréquenter davantage le théâtre et donne du travail à de nombreux auteurs dramatiques pour l'écriture des scénarios. Benet et Belbel sont joués à l'étranger, notamment en France, où leurs œuvres sont traduites.

—  Christian CAMPS

Bibliographie

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Écrit par :

  • : professeur agrégé des Universités, professeur à l'université de Montpellier-III-Paul-Valéry
  • : professeur des Universités, professeur à l'université de Montpellier-III-Paul-Valéry, directeur du Centre Du Guesclin à Béziers
  • : professeur à l'université de Chicago
  • : professeur honoraire à l'université de Rennes-II-Haute-Bretagne
  • : docteur ès lettres, professeur aux Estudis universitaris catalans
  • : professeur émérite d'histoire de l'art à l'université de Toulouse-Le-Mirail
  • : agrégé de géographie, docteur ès lettres, professeur des Universités

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Autres références

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BARCELONE

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  •  • 14 270 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « La IIe République »  : […] En 1931, les perspectives ne paraissaient pas aussi sombres, et c'est dans une atmosphère d'enthousiasme et dans le calme que s'effectua le changement de régime. Un gouvernement provisoire se forma sous la présidence d'un ancien ministre de la monarchie, Alcalá Zamora. Il réunissait des opinions très diverses : républicains conservateurs (Miguel Maura), radicaux (Alejandro Lerroux), radicaux-socia […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-de-l-unite-politique-a-la-guerre-civile/#i_95019

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - L'ère franquiste

  • Écrit par 
  • Guy HERMET
  •  • 7 214 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Les effets du retard économique »  : […] Pour Lénine, la politique n'est que « de l'économie concentrée ». L'idée est fausse sous cette forme tranchée. Relativisée, elle introduit l'une des dimensions de la singularité politique de l'Espagne. Dans l'Europe du Nord et de l'Ouest, la naissance des régimes parlementaires qui préfigurent les gouvernements démocratiques reflète l'émergence d'une nouvelle élite économique puis politique – la f […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-l-ere-franquiste/#i_95019

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Le retour à la démocratie

  • Écrit par 
  • Guy HERMET, 
  • Mercedes YUSTA RODRIGO
  •  • 10 705 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Le tournant socialiste »  : […] Le nouveau président du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero semble à bien des égards le contraire de son prédécesseur avec son air discret et « normal ». Zapatero, considéré comme « mou » par ses opposants politiques et même par certains membres de son propre parti, est pourtant un politicien chevronné : quand il arrive au pouvoir, à quarante-trois ans, il a presque vingt ans d'expérience p […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-le-retour-a-la-democratie/#i_95019

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Économie

  • Écrit par 
  • Nacima BARON, 
  • Sabine LE BAYON
  •  • 8 405 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « De la crise budgétaire au bras de fer politique interne  »  : […] Cependant, une autre catastrophe se prépare sur le front des finances publiques. La situation financière des communautés autonomes devient intenable. D'un côté, l'organisation constitutionnelle de 1978 confère aux gouvernements régionaux des compétences (couverture sociale, éducation, santé) telles que les dépenses s'accroissent tendanciellement en période de récession. De l'autre, l'atonie de l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-economie/#i_95019

FRANCE (Histoire et institutions) - Formation territoriale

  • Écrit par 
  • Yves DURAND
  •  • 12 872 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Les réticences »  : […] Les Lorrains furent sans doute les plus attachés à leurs princes. La Lorraine était pratiquement indépendante, même si les ducs étaient princes du Saint Empire, et vassaux du roi pour certains de leurs fiefs. La guerre de Trente Ans y fut particulièrement cruelle et les troupes françaises s'y comportèrent de telle manière que la fidélité au duc Charles IV s'en trouva renforcée. Charles V, dont l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/france-histoire-et-institutions-formation-territoriale/#i_95019

IBÉRIQUE PÉNINSULE

  • Écrit par 
  • Michel DURAND-DELGA
  •  • 4 154 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Cordillère catalane »  : […] La cordillère catalane, sud-ouest - nord-est, se situe, en complète oblique, entre les Pyrénées et la chaîne Ibérique, au rameau nord de laquelle elle se raccorde au sud-ouest de Tarragone. Le matériel hercynien (Paléozoïque et granites), plissé en direction nord-ouest - sud-est, y joue un grand rôle ; il chevauche en bloc vers le nord-ouest le Paléogène de la marge sud-est des Pyrénées. Le Mésoz […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/peninsule-iberique/#i_95019

OLIVARES GASPAR DE GUZMÁN comte-duc d' (1587-1645)

  • Écrit par 
  • Marie-France SCHMIDT
  •  • 1 218 mots

Appartenant à une noble famille andalouse Gaspar de Guzmán, comte-duc d'Olivares était le troisième fils d'Henri, deuxième comte du même nom, qui assumait des fonctions diplomatiques au service du roi d'Espagne Philippe II, et de María de Pimentel de Fonseca ; son père était ambassadeur à Rome au moment de sa naissance et Gaspar ne voit l'Espagne pour la première fois qu'en 1600, lorsque sa famill […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gaspar-de-olivares/#i_95019

PHILIPPE IV (1605-1665) roi d'Espagne (1621-1665)

  • Écrit par 
  • Marie-France SCHMIDT
  •  • 1 090 mots

Fils de Philippe III et de Marguerite d'Autriche, Philippe IV n'a pas hérité de l'indolence paternelle. Esprit vif, intelligent et cultivé, il manque cependant de caractère et laisse, durant la première partie de son règne, le pouvoir à son favori Gaspar de Guzmán, comte-duc d'Olivares. À l'intérieur, ce dernier, homme énergique, tente en 1623 d'appliquer des réformes à contenu économique et moral […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-iv/#i_95019

ROUSSILLON

  • Écrit par 
  • Jean SAGNES, 
  • Jean-Paul VOLLE
  •  • 1 507 mots
  •  • 2 médias

Les pays catalans qui, aujourd'hui, font partie intégrante de l'ensemble français formaient, du Moyen Âge au milieu du xvii e  siècle, les comtés de Roussillon, de Cerdagne, de Conflent et de Vallespir. En 1659, ces comtés sont annexés à la France par le traité des Pyrénées. Restructurés, ils reçoivent alors l'appellation globale de province de Ro […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/roussillon/#i_95019

SAN PEDRO DE RODA ABBATIALE DE

  • Écrit par 
  • Alain ERLANDE-BRANDENBURG
  •  • 252 mots

Dressée sur les contreforts des Albères, à proximité du cap Creus, en Catalogne, l'église abbatiale de San Pedro de Roda (Saint-Pierre de Rodes) est un des plus importants monuments de l'architecture et de la sculpture romanes de la région. On sait qu'il existait dès 880 à cet emplacement un prieuré qui devint une abbaye très florissante. En 1022, l'église monastique était consacrée par l'archevêq […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abbatiale-de-san-pedro-de-roda/#i_95019

SERT JOSÉ LUÍS (1902-1983)

  • Écrit par 
  • François LAISNEY
  •  • 1 202 mots

Né en 1902 à Barcelone, José Luís Sert appartient à une famille dont un des membres fut protecteur de Gaudí. Son oncle José María Sert y Badía était un fresquiste réputé qui décora la cathédrale de Vich en Catalogne (1904-1926), le hall du Rockefeller Center (1933) et la salle du conseil de la Société des Nations à Genève. Sert est de cette génération d'architectes qui purent entrer sans transitio […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jose-luis-sert/#i_95019

TARRAGONE

  • Écrit par 
  • Antonio BONET-CORREA
  •  • 1 253 mots
  •  • 2 médias

La ville de Tarragone, en Catalogne, est traversée par la voie de communication la plus ancienne et la plus fréquentée qui relie l'Espagne à l'Europe. Elle est située à l'intersection de trois réseaux commerciaux essentiels pour la vie du pays : la ligne de communication entre la Catalogne et le Levant, celle de la côte avec l'intérieur catalo-aragonais et celle de la Catalogne avec la Meseta inté […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tarragone/#i_95019

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Pour citer l’article

Jean-Paul VOLLE, Christian CAMPS, John COROMINAS, Mathilde BENSOUSSAN, Jean MOLAS, Marcel DURLIAT, Robert FERRAS, « CATALOGNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/catalogne/