AFFICHE

L'affiche devient un média privilégié à partir de la seconde moitié du xixe siècle, dans les sociétés qui connaissent la révolution industrielle. Depuis son apparition en tant qu'imprimé, quatre cents ans auparavant, elle a peu évolué, ne bénéficiant pratiquement pas de recherches esthétiques autres que celles concernant l'emploi des caractères typographiques, ou les enluminures et ornements qui éventuellement l'encadrent.

Cet étonnant écart historique n'est pas uniquement à mettre au compte des techniques d'impression, dans la mesure où celles-ci ont progressé durant cette longue période – la gravure sur métal, notamment, a acquis ses lettres de noblesse aux xviie et xviiie siècles, mais sans conduire à une quelconque production destinée à la rue. L'usage très codifié qui est fait de l'affiche sous l'Ancien Régime tient à son statut de simple placard typographique, voué à transmettre les messages divers des autorités.

Mais l'instauration des libertés civiles et l'avènement de nouvelles techniques d'impression (dont la lithographie), à la fois moins onéreuses et susceptibles d'associer étroitement la lettre à l'image, permettent l'essor de l'affiche, dont la diffusion généralisée est impulsée par la réclame et par la propagande politique. C'est alors que s'élabore un langage propre à son usage, et qu'elle prend forme selon des critères esthétiques. Aussi un authentique art de l'affiche se constitue-t-il à la fin du xixe siècle. Elle est exposée dans les galeries, dans le cadre de salons ou lors des expositions universelles, et des périodiques comme L'Estampe et l'AfficheParis, de 1897 à 1899) ou The Poster (à Londres, de 1898 à 1901) lui sont consacrés. Grâce aux apports des très vivaces avant-gardes, cet art se renouvellera durant l'entre-deux-guerres, et permettra aux chroniqueurs du temps de qualifier l'affiche de « reine de la rue ».

À partir des années 1960, la diversification des canaux d'information et la prééminence de la télévision la relèguent pourtant au second plan, les techniques publicitaires rabaissant la dimension artistique de l'affiche commerciale. La création se réfugie alors aux marges, sans toutefois péricliter, le patrimoine culturel que représente désormais l'affiche étant largement reconnu, ainsi qu'en témoignent les nombreux festivals créés dans le monde – de la biennale de Varsovie au festival de l'affiche de Chaumont –, et la perpétuation d'un marché de la collection vigoureux et salutaire.

Du placard à l'affiche

Des siècles durant, information et savoir sont véhiculés en latin et destinés à une élite. Les protestants, les premiers, font un large usage de l'imprimé en langue vulgaire. Les thèses affichées par Luther, en 1517, ou les placards antipapistes apposés en octobre 1534, dans Paris, en province, et jusque sur la porte du roi François Ier, révèlent la force d'une adresse directe à l'opinion publique.

L'affichage d'une parole divergente lui confère une puissance inconnue jusque-là et le pouvoir royal réagit par une sévère réglementation. Seuls ont droit de cité les édits royaux et les décrets religieux. La coexistence d'une production d'imprimés officiels et d'une production interdite, satirique ou séditieuse, se perpétue, mais dans un contexte de contrôle et de répression, les placards, d'où qu'ils viennent, demeurent presque uniquement textuels.

À la fin du xviie siècle, une liberté surveillée est accordée à l'affichage privé. Des avis de mise en vente, des réclames commerciales ou des annonces de représentations théâtrales sont alors imprimés, souvent sertis dans un cadre ornemental (d'ailleurs réutilisé), et parfois illustrés d'une gravure sur[...]

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Écrit par

  • Michel WLASSIKOFF : historien du graphisme et de la typographie, diplômé en histoire de l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

Classification

Pour citer cet article

Michel WLASSIKOFF, « AFFICHE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Média

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Autres références

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    • 915 mots
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