BARCELONE

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Espagne : carte administrative

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Grande salle de concert du palais de la Musique à Barcelone, L. Domènech i Montaner

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Sagrada Familia à Barcelone

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Pavillon du parc Güell

Pavillon du parc Güell
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Deuxième ville d’Espagne après Madrid, Barcelone (Barcelona) compte à peine plus de 1,62 million d'habitants en 2009, mais son aire métropolitaine approche 5 millions d'habitants. Sa trajectoire économique depuis le début du xxe siècle souligne son dynamisme et ses capacités d'adaptation au monde moderne. Capitale industrielle en Catalogne et en Espagne, ses relations avec Madrid ont régulièrement été placées sous le signe du conflit d'intérêt et de la prédominance. Capitale artistique et culturelle reconnue, elle est, depuis le plan de l'urbaniste Ildefonso Cerdá en 1859, une référence en matière d'architecture et d'urbanisme. Barcelone est la porte d'entrée de la péninsule Ibérique, une ville de foires et de salons internationaux, une métropole européenne à fort rayonnement international, classée juste après Londres et Paris. Son port et son aéroport jouent un rôle important en Méditerranée. L'identité de la ville, capitale d'une Catalogne autonome, est triple. Elle est à la fois ibérique, européenne et surtout catalane à travers ses héritages historiques, sa langue officielle et ses choix économiques. Plus que par son cadre géographique ou son histoire, c'est aujourd'hui par son urbanisme (le modèle barcelonais) que la capitale rayonne et s'impose.

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Carte administrative de l'Espagne. 

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Géographie et histoire d'une capitale

Fondations

La Ville des prodiges, le titre de l'ouvrage d'Eduardo Mendoza sied bien à Barcelone qui a su valoriser des atouts relevant, d'une part, d'une dynamique propre depuis le Moyen Âge, et, d'autre part, de la géographie d'un espace régional au carrefour de mondes multiples. Par les percées des fleuves Besòs et Llobregat, l'industrie, d'abord installée dans les colonias, petits centres de la plaine littorale, remonte à partir du xixe siècle vers l'intérieur montagnard. Le cordon autoroutier ouvre la voie vers le sud ; la ligne ferroviaire du vieux Talgo en cours de modernisation permettra des liaisons rapides avec Madrid et l'Europe du Nord via le Languedoc-Roussillon. L'aéroport est, entre autres, la porte d'accès à l'Amérique latine. Enfin, les « invisibles » flux financiers et bancaires qui drainent épargne et profits sont symbolisés par la Caixa, la vieille caisse d'épargne catalane. La proximité de la frontière avec la France, le rôle attractif des plages et la position de relais vers les îles Baléares sont autant d'éléments qui s'ajoutent aux attraits de Barcelone.

Le site a bénéficié d'un môle rocheux directement sur la mer, Montjuic, et d'un marais d'où émerge une île, le Taber, sur laquelle se fixera Barcino, fondé sous le règne d'Auguste, au ier siècle avant J.-C. À l'arrière-plan, la montagne de Collserola culmine au Tibidabo, et, au-delà, court la dépression du Vallès. Le Pla, plaine littorale, prolongé par les deux deltas du Llobregat et du Besòs, est favorable aux implantations économiques : Drassanes, arsenaux de la thalassocratie médiévale (qui abritent aujourd'hui le Musée maritime), établissements industriels, là où, dès le xviiie siècle, blanchissaient sur pré les toiles imprimées appelées « indiennes » car destinées à l'exportation vers les Indes, aujourd'hui terrains à bâtir des banlieues modernes. Cerdá y appliqua sa théorie sur l'urbanisation, développant, au côté du noyau historique, la trame de son plan en damier, aux rues régulières tracées à angle droit, aux îlots quadrangulaires, englobant les anciens villages voisins (Sants) et la ville de Gràcia. Ainsi se dessine l'Ensanche, Eixample en catalan, de la Barcelone industrielle et bourgeoise. Les deltas, longtemps terres agricoles riches, ne sont plus si éloignés de la ville. Cette dernière a même franchi les ultimes obstacles, passant dans le Vallès, et s'étalant dans le Maresme.

Le port, dont la légende se nourrit de Jupiter, d'Hercule, des Phocéens qui sont à son origine, d'Hamilcar Barca, père d'Hannibal, succède en fait à quelques villages ibères restés anonymes. Barcelone émergera petit à petit comme étape sur la voie romaine de la Tarraconaise, entre Ampurias et Tarragone, cette dernière choisie par Rome comme capitale de l'Espagne romaine. Ses murailles successives ont connu des destinées diverses, sur les marges des royaumes wisigoth puis carolingien, et face à la pression arabe. Une grande partie de la ville antique (rues, remparts) est conservée, et, depuis le musée d'Histoire de la ville, on visite le site archéologique souterrain de la cité romaine. Mais c'est la ville médiévale qui est présente partout, dans les petites églises romanes, ou à Santa Maria del Mar, bijou gothique du xive siècle dans l'ancien quartier des pêcheurs, et même dans la cathédrale (xive-xve siècle), achevée au xixe siècle.

Après l'occupation par les Wisigoths au ve siècle, par les Musulmans au viiie siècle, les terres de Catalogne deviennent marche de l'empire carolingien. À partir du xe siècle, les comtes de Barcelone vont progressivement unifier leur territoire, l'ouvrir au commerce maritime et étendre, par des alliances, leur influence en Aragon (1137, union du comté de Barcelone et du royaume d'Aragon par mariage de Pétronille d'Aragon et de Raymond-Béranger IV de Barcelone) et en Languedoc (1204, acquisition par mariage de la seigneurie de Montpellier). Tout au long du xiiie siècle, conquérants en Méditerranée, par mariages, batailles ou alliances, ils laissent leur nom dans l'histoire (Jaume Ier le Conquérant, Pierre III le Grand, Jacques II le Juste...) avant de connaître un long déclin. La lignée directe des rois d'Aragon comtes de Barcelone s'arrête au début du xve siècle. Le début du xviiie siècle verra l'effondrement de Barcelone et de ses institutions catalanes (1714, siège de Barcelone par le roi d'Espagne Philippe V).

Renaissance(s)

Moins de cinquante ans plus tard, la renaissance barcelonaise repose sur l'afflux des ruraux, main-d'œuvre pour les manufactures puis pour les industries qui se développèrent sous l'impulsion des élites capitalistes, jusqu'à faire de la région, en un siècle, le premier pôle industriel de l'Espagne. Cette renaissance sera également celle du catalanisme, d'abord littéraire puis politique, qui participera à l'émergence de l'Art nouveau, le modernisme des années 1900 dont les architectes Lluis Domènech i Montaner et Josep Puig i Cadafalch, animateurs de la revue La Renaixença, furent d'ardents représentants.

Grande salle de concert du palais de la Musique à Barcelone, L. Domènech i Montaner

Grande salle de concert du palais de la Musique à Barcelone, L. Domènech i Montaner

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Intérieur de la grande salle de concert du palais de la Musique à Barcelone, 1905-1908, par Lluís Domènech i Montaner. 

Crédits : Hilbich/ AKG

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Trois dates scandent l'histoire de la ville au xxe siècle et symbolisent le particularisme barcelonais. Tout d'abord, la proclamation de la République en 1931, qui s'accompagne, l'année suivante, de la reconnaissance du premier statut d'autonomie régionale ; ensuite, le 26 janvier 1939, la ville, dernier bastion républicain, tombe face aux franquistes (la Retirada perpétue le souvenir douloureux de l'exil des républicains vers les camps de réfugiés du Languedoc-Roussillon) et perd son statut d'autonomie ; et enfin, en 1979, le nouveau statut d'autonomie régionale est mis en place après un référendum.

Les années 2000 ouvrent une nouvelle page dans l'histoire de l'autonomie catalane avec le vote, en juin 2006, au niveau national, d'un statut renouvelé d'autonomie élargie. L'histoire de Barcelone a varié entre effets de mode et progrès, récessions et renaissances successives qui s'expriment toujours sur les plans économique et politique, intellectuel et culturel.

Trois noms s'imposent dans l'histoire culturelle de la ville. L'architecte Antonio Gaudí (1852-1926), s'il n'achève pas la Sagrada Familia – toujours en chantier –, construit le parc Güell, une cité-jardin à l'architecture naturaliste, la Casa Milá dite « la Pedrera », et la Casa Batlló, entre autres. Le passage de Pablo Picasso, venu de Málaga en 1895, se perpétue à travers la collection unique du musée de la rue Montcada. Enfin, l'œuvre de Joan Miró est exposée dans la fondation qui porte son nom, sur les pentes de Montjuic. D'autres artistes ont participé à la renommée de Barcelone : les peintres Salvador Dalí, voisin de Cadaquès, et Antoni Tàpies, l'écrivain Juan Marsé, les architectes José Lluís Sert et Ricardo Bofill, entre autres.

Sagrada Familia à Barcelone

Sagrada Familia à Barcelone

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Cathédrale de la Sagrada Familia à Barcelone, commencée en 1884. Architectes: Franscesco Paula del Villar et Antonio Gaudí. 

Crédits : Ken Welsh, Bridgeman Images

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Pavillon du parc Güell

Pavillon du parc Güell

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Antonio Gaudí (1852-1926), façade extérieure du pavillon d'entrée nord. Parc Güell (1900-1914), à Barcelone. Revêtements en céramique vernissée. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Casa Milà i Camps, A. Gaudí

Casa Milà i Camps, A. Gaudí

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Vue intérieure de l'escalier de la Casa Milà i Camps, surnommée «La Pedrera» (la carrière), à Barcelone, 1905-1910, par Antonio Gaudí. 

Crédits : C. Schlegelmilc/ AKG

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Trois grandes époques et trois styles majeurs caractérisent le patrimoine barcelonais. Le Barrio Gotico (Barri Gòtic) de la vieille ville illustre le roman et le gothique entremêlés, l'Eixample et ses architectures bourgeoises le courant de la « Renaixença » et de l'Art nouveau (de 1850 à 1900), simplement prolongé par le Noucentismo des années 1911-1930. Les Ramblas restent la promenade traditionnelle, cœur de la ville qui descend vers le port, au pied de la statue de Christophe Colomb. Deux barrios (« quartiers ») forment le centre historique ; de part et d'autre de la Rambla, le Barrio Gotico avec ses palais, la Généralité de Catalogne (Diputacion) et, en face, la municipalité (Ajuntament), le salon du Tinell dans le Palais royal sur la Plaça del Rei, , la Lonja (Bourse de commerce)..., et le Barrio Chino, interlope, imprégné des souvenirs de Carco, Mac Orlan, Genet, du détective privé Pepe Carvalho, créé par Manuel Vásquez Montalbán, et de bien d'autres aventuriers de passage dans le port tout proche.

Identité(s) des Barcelonais

Être Barcelonais, c'est soulever la question de l'intégration dans une ville-creuset, cosmopolite, qui accueille les migrants, longtemps venus du sud de l'Espagne et des provinces pauvres, aujourd'hui relayés par les étrangers, notamment européens, et plus encore méditerranéens et africains. Le prolétaire et l'entrepreneur se sont souvent côtoyés dans Barcelone, le peón en faisant une ville andalouse, l'empresari (« entrepreneur »), une ville d'Europe du Nord. Le xarnego, Barcelonais récent fraîchement arrivé du sud, traditionnellement cantonné dans les travaux les moins valorisants, semble avoir menacé un temps les choix culturels de la cité, le franquisme prétendant l'utiliser pour diluer la culture catalane. Castillanophone avec l'accent andalou, le xarnego alimente le groupe des « autres Catalans », décrit par le romancier Francisco Candel, dans son essai sur l'immigration intérieure (Els Altres Catalans, 1964). De son côté, le Barcelonais de souche affirme volontiers qu'il n'est pas espagnol, ni par sa langue, ni par sa culture. Ainsi, au total, la ville a intégré plus de 3 millions de migrants entre la fin des années 1930 et les années 2000. L'immigration constitue tout à la fois un défi constant et une expérience valorisante pour la ville : Christophe Colomb ne venait-il pas de Gênes, Pablo Picasso de Málaga ?

À Barcelone, les hommes du sud comptent moins aujourd'hui face aux immigrants venus d'Amérique latine, d'Afrique noire, du Maghreb et d'Europe de l'Est. Ces nouveaux arrivants apprennent le castillan, plus difficilement le catalan. À Barcelone, on peut d'abord se dire Andalou, Catalan au bout d'un certain temps, Espagnol toujours en dernier lieu. La langue des affaires reste l'anglais, le poids culturel passe par la pratique du français, l'identité de la nation s'appuie sur le catalan, celle de l'État sur le castillan, le tout au bénéfice d'une capitale européenne du Sud.

L'aire métropolitaine

Barcelone n'est pas une très grande ville intra muros, mais le Grand Barcelone s'appuie sur un réseau dense de villes actives : pôles textiles de Sabadell et Terrasa qui ont dépassé 200 000 habitants en 2009, banlieues hypertrophiées de l'Hospitalet de Llobregat (260 000 habitants), de Santa Coloma (119 000), de Badalona (220 000), stations touristiques du littoral de la Costa Brava (Arenys de Mar) et de la Costa Dorada (Sitges), capitales provinciales, Gérone (96 000 habitants), Lérida (135 000), Tarragone (140 000) et petites villes dynamiques entre la frontière française et l'Èbre, comme Reus, Figueras, Mataró première ville reliée à Barcelone par le rail dès 1848. L'aire métropolitaine barcelonaise s'étend sur trente-six communes et 636 kilomètres carrés, la région métropolitaine riche de 164 communes couvre 10 p. 100 de la Catalogne (3 235 km2) mais concentre 70 p. 100 de la population régionale (4,9 millions d'habitants en 2009).

Barcelone 2010 ? L'image héritée d'une capitale industrielle dans un pays rural s'est effacée au profit d'une métropole qui rayonne par ses activités tertiaires de niveau directionnel au centre, plus diffuses en périphérie, de la petite entreprise familiale de service à la grande firme étrangère intégrant de nombreux métiers. La banque, la finance, l'assurance ont pris le relais du textile, de la chimie, de la mécanique, de l'automobile. Les cadres et ingénieurs d'activités high-tech, l'université et la recherche, la Bourse mais aussi la presse, l'édition, les congrès, les salons et les festivals culturels mettent en balance Barcelone et Madrid dans l'économie nationale et hissent la capitale catalane au même rang en Europe que Bruxelles, Amsterdam, Francfort, Munich ou Milan, selon les spécialités. Les héritages et les joutes longtemps de rigueur avec la capitale nationale paraissent en partie résorbés, chacune exploitant au mieux ses propres capacités. Le paysage urbain de la nouvelle Barcelone témoigne de ses orientations économiques, urbanistiques et culturelles. Si le Plan général métropolitain établi en 1976 accordait la priorité au développement des infrastructures de transport et des zones industrielles, notamment au nord du Llobregat, dans le prolongement du port, les décennies 1980 et 1990 ont été celles de la reconversion industrielle, après la crise des industries traditionnelles de la « ceinture de Barcelone ». Les « aires de promotion industrielle » et les parcs technologiques de la ville sont orientés vers les industries de pointe et de haute technologie et, progressivement, vers des emplois tertiaires dominants. Les extensions de l'aéroport depuis le projet de la ville olympique et la création d'un bouclage autoroutier intégral entre le Besòs et le Llobregat par le littoral et le Vallès occidental accompagnent le développement d'une aire métropolitaine en forte croissance.

Le modèle urbain barcelonais

L'urbanisme témoigne d'une reconfiguration de la ville qui prend appui sur les acquis de l'histoire et sur une politique de grands projets liés à des événements majeurs, à des célébrations internationales. À partir de la Ciutat Vella (la vieille ville), du damier de l'Eixample, du port et du cordon littoral, Barcelone a exploité, à son avantage, les Expositions universelles de 1888 et de 1929, et surtout les jeux Olympiques de 1992, pour remodeler ses paysages urbains et moderniser son image internationale. Les premières élections municipales libres de 1979 ouvrent la voie aux grands projets de reconquête de l'espace public urbain sous la conduite d'Oriol Bohigas, délégué au service d'urbanisme de la ville, qui sera l'architecte de cette renaissance barcelonaise après le franquisme. Barcelone doit tout à la fois s'ouvrir au monde et accueillir les firmes internationales, répondre aux sollicitations de l'économie moderne fondée sur les innovations technologiques et le tertiaire de commandement, corriger les imperfections de ses structures résidentielles et les insuffisances de ses infrastructures et équipements publics. La formule est belle : « assainir le centre, monumentaliser la périphérie », disent les spécialistes.

Palais de Montjuich

Palais de Montjuich

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Le palais de Montjuich à Barcelone, élevé à l'occasion de l'Exposition universelle de 1929. 

Crédits : John Lamb, Tony Stone Images/ Getty

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La Barcelone olympique servira de catalyseur à l'urbanisme contemporain, tant le projet sportif et le projet urbain sont indissociables. Quatre grandes orientations stratégiques transforment et modernisent la cité, la tour des télécommunications ponctuant le quadrillage des avenues et des rues, entre mer et montagne. Sur la colline de Montjuic, aménagée lors de l'Exposition universelle de 1929, le stade réhabilité est entouré de nouveaux bâtiments : palais omnisport, université des sports conçue par Ricardo Bofill, qui donnent sur des espaces verts. Le village olympique va servir de guide à la rénovation du littoral ouvert à la plaisance, aux logements, aux tours de bureaux, aux équipements publics, parcs, hôtels et centres commerciaux, là où se trouvaient des friches industrielles et des populations ouvrières, ainsi que des emprises ferroviaires obsolètes. Le Vall de Hebron au nord de la ville, desservi par la voie rapide Ronda de Dalt, se partage entre habitat résidentiel et équipements sportifs. Enfin, l'extrémité orientale de la Diagonal qui traverse Barcelone d'est en ouest évolue vers un nouveau quartier résidentiel, rénové, proche de la plage et du Nou Camp et de ses équipements sportifs (terrains et palais des sports du club de football du Barça). La reconquête de plus de 400 hectares permet d'affirmer un savoir-faire urbanistique et un faire-savoir médiatique : Barcelone se transforme, distille ses propres images, ses slogans, ses logos, s'affirme et s'affiche comme une grande ville pour laquelle on précise « longitude Paris, latitude New York ».

L'image de la métropole passe également par la reconquête du centre historique rénové, réhabilité, restauré. Le Barrio Chino avec ses taudis et ses activités marginales fait l'objet d'une profonde transformation. Des bâtiments anciens sont reconvertis en lieux de culture ou de loisirs, comme le musée Picasso dans de vieux hôtels réaménagés (ouvert en 1963), le Centre de culture contemporaine inauguré en 1994 dans l'ancienne Casat de Caritat, ou encore le grand théâtre du Liceu, temple de l'art lyrique rénové en 1999. Le musée d'Art contemporain, construit par l'Américain Richard Meier en 1995, impose ses lignes droites et courbes, la blancheur de ses façades et ses jeux de lumière.

La reconquête du Port Vell (le vieux port), face au monument de Colomb, acquiert une valeur symbolique, tout comme l'achèvement de la Diagonal vers l'embouchure du Besòs à l'est, pour desservir le complexe résidentiel et tertiaire du Distrito 22 ainsi que la place du Forum des cultures 2004, la zone de loisirs de Glòries et la gare A.V.E. (Alta Velocidad Española, la ligne à grande vitesse) de Sagrera. La tour Agbar édifiée par le Français Jean Nouvel, troisième gratte-ciel de Barcelone, se dresse comme un obus égaré au milieu d'un carrefour et domine le paysage de ses 142 mètres de hauteur. La Diagonal, sur une dizaine de kilomètres, relie plusieurs quartiers d'affaires et illustre aujourd'hui la version Nouveau Monde de Barcelone.

À la fin du xxe siècle, la renaissance de Barcelone, qui a pris une place à part dans l'urbanisme européen, tient en grande partie aux plans stratégiques engagés par les pouvoirs municipaux et métropolitains depuis le début des années 1990 et à l'implication d'architectes de renom. Le premier plan avait pour objectif de redonner une place à Barcelone en Europe par le biais des jeux Olympiques. Le deuxième reposait sur la croissance économique dans le cadre de la mondialisation : Barcelone devient terre d'accueil des firmes internationales. Le troisième assoit la ville au rang des technopoles à travers ses universités, ses activités de recherche et consolide sa place dans le réseau des métropoles européennes. Le dernier plan, lancé en 2002, consacre la dimension métropolitaine et pose la question du « développement durable » de la cité à partir des tissus urbains existants. De la régénération urbaine de la ville-centre à l'intégration des périphéries à forts caractères identitaires, surgit un modèle barcelonais souvent pris en exemple. Il est loin le temps où Barcelone, foyer méditerranéen de l'industrie, surtout textile, était qualifiée par certains de « Manchester catalan ».

Démonstration d'initiatives et de puissance, la course à la distinction montre que restructurations urbaines et capacités des entreprises vont de pair dans la recomposition de l'espace métropolitain. La bourgeoisie « éclairée » du xixe siècle, dont Güell était l'un des représentants éminents, joue encore un rôle, mais le capital financier international se manifeste dans les réalisations d'aujourd'hui. Le modèle urbain barcelonais accorde également une place déterminante aux collectivités politiques, aux institutions publiques et aux associations de citoyens dans la gestion d'un territoire dont l'échelle pertinente n'est plus ni la ville, ni l'agglomération ou l'aire urbaine, mais l'aire métropolitaine.

—  Robert FERRAS, Jean-Paul VOLLE

Bibliographie

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Barcelona Contemporanea, 1856-1999, Centre de culture contemporaine de Barcelone, Barcelone, 1996

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O. Bohigas dir., La villa olimpica Barcelona 92, Editorial Gustavo Gili, Barcelone, 1991

R. Ferras, Barcelone, croissance d'une métropole, Anthropos, Paris, 1977

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G. Henry, Barcelone, dix années d'urbanisme. La renaissance d'une ville, éd. du Moniteur, Paris, 1992

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M. Vazquez-Montalban, Barcelones, Seuil, 2002.

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  • : agrégé de géographie, docteur ès lettres, professeur des Universités
  • : professeur agrégé des Universités, professeur à l'université de Montpellier-III-Paul-Valéry

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  •  • 1 119 mots

En définitive, après la victoire électorale du Frente popular en Espagne en février 1936, Barcelone, berceau de la modernité et des luttes sociales, est choisie pour accueillir ces olympiades populaires. Le 2 mai 1936, le Comité pour l'organisation d'une olympiade populaire (C.O.O.P.) est créé ; Lluis Companys, président de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/olympiades-populaires/#i_14961

URBANISME - Théories et réalisations

  • Écrit par 
  • Françoise CHOAY
  •  • 9 916 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Cerdá »  : […] du décollage industriel de la Catalogne, la ville médiévale de Barcelone, tout juste libérée de ses remparts (1884), était un anachronisme. Après avoir reçu l'ordre d'en relever la topographie dans son ensemble (1858), Cerdá fut celui qui accomplit finalement cette métamorphose. On ne peut cependant mettre en parallèle l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/urbanisme-theories-et-realisations/#i_14961

Voir aussi

Pour citer l’article

Robert FERRAS, Jean-Paul VOLLE, « BARCELONE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/barcelone/