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AVANT-GARDE

L'origine du terme renvoie clairement au domaine militaire. Le déplacement métaphorique et la généralisation de cette terminologie dans d'autres champs (notamment intellectuel, politico-révolutionnaire et artistique) furent progressifs. Cependant, l'inspiration militaire, ou du moins guerrière, a continué d'imprégner l'usage du terme. Fermement opposée à tout statisme, la notion d'avant-garde se veut dynamique et de combat, presque ontologiquement vouée à son propre dépérissement.

Le développement du terme, dans le champ artistique, est contemporain de l'époque romantique. Mais c'est sans conteste au xxe siècle qu'il prend véritablement son essor et son importance. Initialement, lié à des expériences radicales (le futurisme italien « théorisé » par F. T. Marinetti, notamment), il caractérise alors des propositions variées souvent inconciliables, dont la discontinuité historique rend ardue toute généralisation. Ainsi, entre la radicalité dadaïste, en guerre contre l'« aliénation artistique » (M. Perniola), et des attitudes ou postures faisant une large place à l'œuvre individuelle, le spectre est immense.

Littérature

Marinetti - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Marinetti

Acte de refus intransigeant à l'égard de la société, de ses normes artistiques et politiques, les avant-gardes se caractérisent, entre autres, par leur mode d'apparition publique. Ne dédaignant pas les scandales, les manifestes et actions émanant de ces groupes sont polémiques, satiriques, provocateurs, parfois violemment agressifs. Ces actions d'éclat, plus ou moins motivées politiquement, peuvent n'avoir pour but qu'une « publicité » donnée aux « thèses » du mouvement : les futuristes italiens emmenés par Marinetti excelleront dans la mise en scène, par voies d'affiches ou de conférences, de leurs propos. L'une des constantes des mouvements d'avant-garde a toujours été, au sens fort de l'expression, de « faire événement », en brisant toute frontière traditionnelle entre « sphère esthétique » et existence.

Quelle révolution pour l'avant-garde ?

Le terme avant-garde ne peut être dissocié de la question politique. À ce titre, l'apport léniniste à la notion d'avant-garde tel qu'il s'exprime dans Que faire ? (1902) est déterminant. De fait, la question politique demeurera centrale (et problématique) pour nombre d'avant-gardes artistiques. Futuristes et constructivistes russes appartiennent résolument au « front gauche de l'art ». De son côté, le surréalisme ne renoncera jamais à la double volonté de « transformer la vie et de changer le monde », ce qui, après un bref passage contrarié au Parti communiste, amènera certains de ses membres (Benjamin Perret notamment) à se ranger au côté du trotskisme, tandis que d'autres rejoindront les rangs de l'anarchisme. Le renouveau de l'avant-garde auquel on assiste dans les années 1960 en France avec, entre autres, le groupe Tel Quel, s'inscrit dans une même perspective émancipatoire, après avoir été proche du Parti communiste. Car le refus radical de tout statisme conduit inévitablement à une attirance pour les processus révolutionnaires. Ces groupes postulent dès lors un lien insécable entre la « révolutionnarisation » des formes d'expression et celle des rapports sociaux. Reste qu'en soi le terme d'avant-garde ne dit rien sur la validité des options politiques défendues. Le soutien de F. T. Marinetti à Mussolini en est la preuve : obsédé par le mouvement, la célébration de la technique, de la violence et de la guerre, le futurisme italien a fini par rencontrer le fascisme.

En parallèle à de tels mouvements, un autre pan de l'avant-garde se distingue au contraire par son refus de toute implication politique. Dans le sillage de l'art pour l'art, initié par Théophile Gautier,[...]

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Écrit par

  • : conservateur en chef, chargée de mission pour l'art contemporain au musée du Louvre
  • : agrégée de lettres modernes, maître de conférences à l'université de Paris-I
  • : ancien critique à Sud-Ouest et à Contact Variété, professeur d'improvisation et d'histoire de la musique
  • : professeur en esthétique à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, critique d'art
  • : maître de conférences en arts du spectacle à l'université de Strasbourg-II-Marc-Bloch

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Marinetti - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Marinetti

Vladimir Maïakovski - crédits : Ullstein Bild/ AKG-images

Vladimir Maïakovski

Bertolt Brecht - crédits :  Fred Stein Archive/ Archive Photos/ Getty Images

Bertolt Brecht

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Voir aussi