INNOVATION

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John Kenneth Galbraith

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La notion d'innovation renvoie intuitivement à l'idée de nouveauté, de changement et de progrès. Dans une acception large, l'innovation peut être assimilée à tout changement introduit dans l'économie par un agent quelconque et qui se traduit par une utilisation plus efficace des ressources. En réalité, l'innovation constitue un phénomène économique multiforme, spécifique et complexe. Un phénomène multiforme car, comme l'a montré l'économiste autrichien Joseph Schumpeter dès 1912, dans Théorie de l'évolution économique, l'innovation recouvre cinq grands types de changements (de « combinaisons nouvelles ») de nature très différente : la fabrication d'un bien nouveau, l'introduction d'une méthode de production nouvelle ou de nouveaux moyens de transport, la réalisation d'une nouvelle organisation, l'ouverture d'un débouché nouveau, la conquête d'une nouvelle source de matières premières. D’autres sources importantes de combinaisons nouvelles ont depuis lors été mises en évidence, notamment dans les domaines financier et social.

L'innovation est aussi un phénomène spécifique et complexe. D'une part, parce que toute nouveauté ne représente pas nécessairement une innovation. D'autre part, parce que l’innovation peut être destructrice de valeur (déclin ou disparition d’activités devenues obsolètes) en même temps qu’elle crée des sources de richesse nouvelle. C’est ce phénomène que Joseph Schumpeter a qualifié de processus de « destruction créatrice ». Enfin, parce que l'origine et l'impact potentiel des innovations soulèvent des questions cruciales pour lesquelles ni la théorie économique ni la pratique industrielle n'ont réussi à fournir jusqu'à présent des réponses claires et tranchées. L'innovation découle-t-elle nécessairement d'inventions ou d'activités volontaires et formalisées de recherche-développement (R&D) ou peut-elle, également, apparaître de manière plus ou moins spontanée ? Quels sont les agents clés de l'innovation et de sa diffusion, et quels en sont les mécanismes et les processus fondamentaux ? Le « progrès technique » et sa contribution à la croissance économique sont-ils les seules implications importantes de l'innovation, ou doit-on aussi en considérer les effets en termes de développement économique et social ? Comment expliquer les différences significatives persistantes entre nations et entre régions en matière d'initiation et de valorisation de l'innovation ? Les politiques publiques jouent-elles un rôle important à ce niveau, et si oui, à quelles conditions et grâce à quels mécanismes ?

L'innovation : manifestations et implications

Du point de vue économique, le concept d'innovation a une signification analytique précise qui le distingue d'autres phénomènes voisins ou liés faisant également référence à la notion de nouveauté. Cela étant, l'innovation recouvre un vaste champ de manifestations et de supports d'application variés qui dépasse très largement le strict domaine de l'industrie et de la technologie. Parallèlement, les innovations se distinguent par leur portée et leurs implications différenciées aux niveaux économique et social.

Un phénomène économique spécifique

L'innovation entretient des rapports étroits à la fois avec les phénomènes de découverte scientifique et technique (c'est-à-dire de production de connaissances nouvelles, fondamentales ou appliquées) et d'invention (idée technique susceptible d'applications potentiellement utiles), et avec les activités de recherche-développement (R&D). Mais ces liens ne sont ni systématiques, ni exclusifs.

D'une part, en effet, beaucoup de découvertes et d'inventions ne se transforment pas en innovations, et restent ainsi à l'état d'idées ou de potentialités a priori exploitables mais non concrétisées au plan économique (cas très fréquent dans le domaine pharmaceutique, par exemple). D'autre part, si les investissements en R&D et la production de nouvelles connaissances constituent bien une clé de l'innovation technologique au sein du capitalisme contemporain, leurs résultats restent généralement incertains et ne sont pas toujours clairement imputables aux efforts consentis dans le secteur bénéficiaire. C'est le cas notamment des applications dérivées d'une innovation existante : nouveaux matériaux allégés ou composites passés de l'aéronautique à l'automobile, technologies de guidage par satellite passées du domaine militaire au transport maritime, etc.

Enfin, de nombreuses innovations importantes ne relèvent pas du domaine de la technologie ou de processus de R&D formalisés. Il s'agit en particulier des innovations organisationnelles, commerciales et de services, ou encore, de manière plus large, d’innovations sociales, voire sociétales (notamment dans les domaines de l’éducation, de la culture, des services liés au grand âge et à la dépendance, de l’aménagement urbain, de la protection de l’environnement, etc.). Et même lorsque c'est le cas, les innovations ne correspondent pas systématiquement au résultat de découvertes issues de recherches finalisées ou d'inventions préalables. Cela transparaît notamment au travers des phénomènes dits de serendipity (ou « découverte heureuse »), comme l'illustrent les exemples de la pénicilline dans la pharmacie ou encore du déviateur de jet dans l'aéronautique.

Dans tous les cas, pour pouvoir être considérée comme innovation, la nouveauté doit être porteuse d'une valeur économique ou sociale reconnue et exploitée de manière viable (capacité de satisfaire un besoin individuel ou collectif, de créer de la richesse ou encore d’économiser des ressources).

Formes et champs de manifestation de l'innovation

Plus préoccupés de progrès technique et de technologie que de l'ensemble des sources de la croissance et du développement, les économistes contemporains n'ont pas, en général, repris dans son intégralité la conception féconde de l'innovation proposée par Schumpeter. La signification de la notion d'innovation a été ainsi réduite, pour l'essentiel, au diptyque désormais classique opposant innovations de produits (principalement des biens) et innovations de procédés. Pourtant, une observation attentive des « nouveautés » qui, par leur valorisation et leur diffusion, affectent le champ et l'organisation des activités économiques et sociales permet d'identifier des formes et des domaines de manifestation de l'innovation extrêmement variés.

De fait, les trois autres cas d'innovation identifiés par Schumpeter apparaissent tout aussi cruciaux. En effet, l'ouverture d'un débouché nouveau représente structurellement une source substantielle d'occasions d'expansion économique, de profit et de compétitivité pour les firmes aussi bien que pour les nations. Ainsi en est-il de la conquête des marchés d'Europe centrale et de l'Est et de ceux des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.) depuis leur ouverture au commerce mondial dans les années 1990. Parallèlement, l'attraction de la clientèle de masse des particuliers vers des technologies et des services initialement conçus pour des clientèles privilégiées ou pointues constitue une source importante d'expansion des marchés, comme cela a été le cas avec l'accélération de la diffusion de la téléphonie mobile, d'Internet et des technologies numériques à partir du milieu des années 1990.

De même, l'importance prise par les services dans nos économies modernes (plus de 70 p. 100 de l'activité économique et de l'emploi dans la plupart des pays développés) est la source continue d'innovations de services multiformes, parfois très importantes. Qu'il s'agisse de services aux entreprises ou de services aux particuliers, on a assisté depuis le début des années 1970 à l'apparition et au développement de nombreux nouveaux domaines de services : conseil et études, services informatiques, nouveaux services financiers, commerce électronique, télécommunications mobiles, services spécifiques aux personnes, etc. Par ailleurs, de nombreux secteurs de services traditionnels ont évolué de manière très sensible sous l'impulsion d'innovations technologiques ou commerciales (transport aérien, tourisme, banque et assurances, médias, etc.). Tout particulièrement, les secteurs bancaire et financier ont été profondément transformés par l’effet conjugué de la diffusion des technologies numériques et de la globalisation des marchés. Ces secteurs sont aussi caractérisés par des flux continus d’innovations financières (marchés d’options, produits dérivés, systèmes de rachat de dettes, etc.) qui conditionnent largement la conduite des politiques économiques nationales et le fonctionnement du système économique mondial, devenu très interdépendant.

Les innovations organisationnelles représentent une autre source importante de développement des entreprises et des secteurs d'activités. On peut mentionner l'introduction des méthodes de production en « juste-à-temps » (ou en « flux tendus ») dans l'industrie automobile (puis dans la plupart des secteurs industriels ou de services), ou encore l'organisation des réseaux de transport aérien des grandes compagnies autour de grandes plates-formes aéroportuaires (hubs).

Enfin, la mise au point de nouveaux matériaux (fibres de carbone, plastiques hyper-résistants, fibres optiques, matériaux composites, bétons fibrés ultra-hautes performances,, etc.), de même que l'utilisation de nouvelles sources d'énergie (solaire thermique et photovoltaïque, éolien terrestre et offshore, pile à combustible, gaz de schiste, biomasse, énergie houlomotrice, géothermie, etc.) ou la mise au point de systèmes de gestion des problèmes environnementaux (limitation des pollutions, recyclage des déchets, etc.), constituent des domaines d'activités nouveaux en plein essor.

Nature et portée différenciées des innovations

Les innovations affectent les économies et les sociétés modernes de manière différenciée, en ce qui concerne notamment la nature et la portée de leurs effets. Certaines innovations ne concernent principalement que le domaine productif (innovations de procédés ou de processus, comme par exemple la robotique ou les systèmes de production flexible). Les innovations de produits affectent, quant à elles, essentiellement la sphère de la consommation finale. Enfin, de multiples innovations ont vocation à se diffuser dans l'ensemble de l'économie et de la société, en raison de leur « ubiquité fonctionnelle » (micro-électronique et micro-informatique, nanotechnologies, équipements et services de télécommunications, Internet et services en ligne, etc.). On parle alors d'innovations génériques. Dans la sphère productive, certaines de ces innovations irriguent de nombreux domaines d'activités et dépassent les frontières sectorielles (marquage des produits ou des flux par code barres, production en flux tendus, semi-conducteurs, etc.), alors que d'autres ont un ancrage sectoriel très prononcé (systèmes informatiques de réservation dans le transport aérien ou ferroviaire, par exemple).

Mais c'est surtout en termes d'intensité du changement introduit et d'impact économique et social que les innovations se distinguent fondamentalement. Par ordre décroissant de degrés de rupture par rapport à l'existant, on peut ainsi distinguer :

– les innovations qui introduisent une rupture paradigmatique historique sur le plan scientifique et technique (machine à vapeur, électricité, microprocesseur, biotechnologies, télécommunications mobiles, organisation en réseau, etc.) ;

– les innovations radicales, qui affectent les modes de production ou de consommation de manière significative et relativement durable (automobile, électroménager, transport aérien, cinéma, télévision, grande distribution, etc.) ;

– enfin, les innovations incrémentales, les plus nombreuses, qui portent uniquement sur des améliorations (plus ou moins marginales et continues) ou des recombinaisons de caractéristiques (innovations dites « architecturales ») de produits, services ou processus existants.

De même, les innovations sont porteuses d'effets d'importance et de durée plus ou moins significatives sur le plan économique et social. Historiquement, ce sont les innovations ayant à la fois introduit des ruptures technologiques, commerciales et organisationnelles majeures et dont la diffusion a été la plus large (souvent en « grappes » ou par « vagues ») qui ont initié les phases de croissance et de développement économique et social les plus marquantes. C'est dans ce cadre que sont généralement replacées les deux « révolutions industrielles » séculaires : celle de la machine à vapeur, de la métallurgie et du textile, puis des chemins de fer et de l'acier (de la fin du xviiie siècle aux années 1880) ; ensuite, celle de l'électricité, de la chimie, de l'automobile, de la production en grandes séries et des biens de consommation de masse (de la fin du xixe siècle aux années 1960-1970).

Depuis lors se déploie une « troisième révolution industrielle » grâce aux développements scientifiques et technologiques majeurs dans les domaines de la micro-électronique, de l'informatique et de l’ensemble des technologies numériques, ainsi que ceux des nanotechnologies, de la robotique et des sciences de la vie, avec comme manifestations emblématiques le microprocesseur et le micro-ordinateur, Internet et les télécommunications mobiles « intelligentes », ainsi que les avancées majeures de la génétique. D'autres innovations technologiques, mais aussi organisationnelles (organisation en réseau des entreprises et de leurs relations productives), commerciales (vente et prestations en ligne, production sur mesure) et de services (télécommunications mobiles, programmes de télévision par satellite, multimédia, réseaux sociaux, etc.) accompagnent ou amplifient ces développements.

Aux sources de l'innovation

Du point de vue théorique comme au niveau de l'analyse empirique, la question essentielle concerne cependant moins l'identification de la nature et des formes de l'innovation que celle, plus complexe, de ses causes, des agents qui en sont à l'origine et des processus organisationnels, sociaux et concurrentiels qui en caractérisent le déploiement.

L'entrepreneur individuel et les occasions d'innover

On doit à Joseph Schumpeter d'avoir proposé, à trente années d'intervalle, les deux modèles principaux d'analyse de la nature des agents impliqués dans l'initiation et la réalisation d'activités innovantes. Le premier modèle apparaît en 1912 dans Théorie de l'évolution économique. Ce modèle met en avant le rôle central de l'entrepreneur individuel comme moteur de l'innovation et du progrès économique. Mû par la possibilité de pouvoir jouir d'un profit de monopole en cas de succès (au moins temporairement, avant d'être concurrencé par des « entrepreneurs-imitateurs »), l'entrepreneur-innovateur s'engouffre dans les occasions d'innover offertes par l'évolution de l'économie et des techniques. Son rôle « consiste à réformer ou à révolutionner la routine de production en exploitant une invention, ou plus généralement, une possibilité technique inédite ».

L'approche néo-autrichienne de l'entrepreneur (développée à partir des années 1930 et 1940) affine cette analyse en avançant l'idée qu'il existe toujours dans l'économie des opportunités à exploiter, à condition de savoir les identifier et d'avoir la volonté, l'audace et les capacités « entrepreneuriales » pour les transformer en innovations. Ces occasions d'innover proviennent soit de changements non anticipés dans les techniques, la demande ou la société, soit, plus fréquemment et plus systématiquement, des erreurs commises précédemment par d'autres entrepreneurs ou firmes.

Dans ce cadre, c'est d'abord parce qu'il y a du changement, des déséquilibres et des instabilités que l'innovation trouve « naturellement » un terrain favorable à son expression. Cela ne signifie pas pour autant que l'innovation soit quelque chose de purement fortuit ou « aveugle ». En effet, même si le rôle de la découverte, de la « surprise » et de la chance est clairement reconnu comme important, l'activité entrepreneuriale potentiellement innovante reste avant tout liée à la recherche finalisée par l'entrepreneur des opportunités d'innover. Elle dépend ainsi de manière essentielle de l'acuité et de la clairvoyance avec lesquelles l'entrepreneur détecte et envisage d'exploiter au bon moment ces occasions, notamment en tentant de vaincre les résistances économiques et sociales face à la nouveauté. L’activité entrepreneuriale comme levier essentiel de l’innovation dépend donc de la créativité et de l’ingéniosité de l’entrepreneur. C’est dans cette perspective qu’ont émergé des start-up, jeunes entreprises innovantes à la croissance souvent exponentielle (cf. chapitre 3).

L'« innovation en grand »

Cependant, cette vision, pour pertinente qu’elle soit dans certains secteurs (cf. supra) et dans certains contextes (institutionnels, économiques, sociaux, culturels) reste quelque peu « romantique ». L’innovation naissant dans un garage ou une chambre d’étudiant ne reflète pas les réalités industrielles observables au sein du capitalisme contemporain. En effet, depuis la fin du xixe siècle et tout au long du xxe siècle, la plupart des secteurs économiques (anciens comme nouveaux) sont marqués du sceau de la grande entreprise managériale et de marchés oligopolistiques dominés par quelques grandes firmes. Ce sont ces grandes firmes organisées de manière rationnelle, dirigées par des managers professionnels et disposant de moyens financiers et de pouvoirs de marché considérables qui ont été la source majeure des principales innovations techniques, organisationnelles et commerciales au sein du capitalisme industriel moderne.

Face à ces réalités devenues très perceptibles dans les années 1920-1930, Schumpeter développe en 1942, dans Capitalisme, socialisme et démocratie, une thèse radicalement opposée à celle qu'il avait proposée trente ans plus tôt. Ici, il n'est plus question de « capitalisme concurrentiel », constitué principalement d'entrepreneurs individuels, comme base de l'innovation et du processus d'évolution économique (Schumpeter parle même, sans doute de manière excessive, de « crépuscule de la fonction d'entrepreneur »). Il s'agit désormais de structures organisées de recherche-développement au sein des grandes firmes industrielles. Ces structures constituent, au sein du capitalisme moderne, la base fondamentale du développement organisé de nouvelles connaissances scientifiques et techniques et de la mise sur le marché d'innovations massives porteuses de progrès économique et social. Dans ce cadre, « l'innovation elle-même est en voie d'être ramenée à une routine. Le progrès technique devient toujours davantage l'affaire d'équipes de spécialistes entraînés qui travaillent sur commande et dont les méthodes leur permettent de prévoir les résultats pratiques de leurs recherches ». Schumpeter souligne, parallèlement, que ce nouveau modèle s'accompagne d'un fort développement de l'enseignement supérieur dans lequel l'État joue un rôle majeur.

Le modèle de la « big science »

Ces analyses seront systématisées plus tard par John Kenneth Galbraith dans Le Nouvel État industriel (1967), où il analyse les structures et l'évolution du capitalisme américain moderne. Pour lui, l'innovation « rationalisée » (de même que la gestion des grandes entreprises) relève désormais essentiellement de spécialistes formés et compétents (formant ce qu'il appelle la « technocratie ») qui échappent largement au contrôle des actionnaires. Cette technocratie industrielle fonctionne en étroite liaison avec des technocraties analogues dans les sphères politique, administrative et financière. Galbraith décrit ainsi comment l'État fédéral, en intervenant massivement (par des investissements, des subventions, des commandes publiques, etc.) dans de nombreux domaines industriels fortement générateurs de nouvelles connaissances scientifiques et techniques (notamment dans le secteur de la défense), est devenu depuis les années 1940 un acteur majeur de la R&D et de l'innovation au sein du « complexe militaro-industriel » américain.

John Kenneth Galbraith

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John Kenneth Galbraith. Économiste américain né au Canada, auteur d'un grand nombre d'ouvrages, dont «L'Ère de l'opulence» (1958), «Le Nouvel État industriel» (1967), «La Science économique et l'intérêt général» (1973), ou encore «Pour une société meilleure» (1997), «La Paix... 

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Comme l'ont, depuis lors, confirmé de nombreuses études historiques et empiriques (pour une synthèse, voir par exemple l'ouvrage de Maryann Feldman, Albert Link et Donald Siegel, 2002), des connaissances fondamentales et appliquées décisives, de même que de nombreuses innovations majeures ont été initiées grâce au financement par le gouvernement fédéral américain de programmes de R&D dans l'aéronautique et l'espace, les télécommunications, l'électronique et l'informatique et dans les activités biomédicales. D'autres pays, notamment la France, la Grande-Bretagne et le Japon, ont également connu des évolutions similaires. C'est ce modèle, fondé sur la production organisée à grande échelle, avec le soutien des pouvoirs publics, de connaissances fondamentales et appliquées irriguant l'industrie et l'économie dans son ensemble, que Richard Nelson a qualifié en 1993 de modèle de la « big science ».

Ce modèle recouvre toujours une réalité plus ou moins marquée au sein de la plupart des pays développés, souvent évolutive et redéfinie dans ses modes d’organisation et de manifestation. Elle apparaît également très prégnante, là aussi selon des modalités variées, dans certains grands pays émergents, notamment la Chine (dans presque tous les secteurs de haute technologie), l’Inde (dans les technologies de l’information et la pharmacie) et le Brésil (dans l’aéronautique civile et les biocarburants).

Des processus complexes et dynamiques

Le développement des modèles de l'« innovation en grand » et de la « big science » ne signifie pas pour autant la disparition de logiques et de sources d'innovation plus « entrepreneuriales ». L'hypothèse la plus vraisemblable est que ces différents modèles non seulement ne s'excluent pas mutuellement, mais se complètent et, plus fondamentalement, s'inscrivent dans une nouvelle dynamique organisationnelle et stratégique de l'innovation sous forme d'arrangements plus « collectifs » ou multilatéraux d'acteurs très variés plus ou moins interdépendants, souvent complémentaires, et parfois concurrents. De fait, les logiques collaboratives tendent désormais à primer sur les modes traditionnels d’organisation, souvent cloisonnée, « individuelle », des activités de recherche, d’innovation et de valorisation.

Des modèles complémentaires et imbriqués

Les modèles d'organisation de l'innovation semblent coexister assez naturellement, voire s'interpénétrer. Plusieurs arguments vont clairement dans le sens de cette hypothèse. Premièrement, les études empiriques (Cohen et Levin, 1989) échouent à démontrer de manière concluante que la propension à s'engager dans des activités de R&D ou à innover soit clairement corrélée à la (grande) taille des firmes ou au degré de concentration des marchés.

Deuxièmement, les études tendent aussi à remettre en cause l'opposition classique depuis les années 1960 entre les modèles demand pull (innovation tirée par des consommateurs considérés comme « souverains ») et ceux technology push (innovation organisée à grande échelle et impulsée par la science). Le premier modèle, en phase avec l'approche entrepreneuriale de l'innovation, reste ambigu, voire indéterminé, au niveau empirique comme sur le plan théorique, vu notamment l'influence considérable que les grandes firmes exercent sur le comportement des consommateurs au travers des multiples canaux de promotion et de publicité ou de la création pure et simple de « nouveaux besoins ». Qu’on pense, par exemple, à la force de frappe marketing et commerciale à l’échelle mondiale des grandes marques américaines, japonaises ou encore sud-coréennes, dans les domaines d’Internet, du multimédia et des loisirs. Le second modèle semble mieux refléter les caractéristiques essentielles du capitalisme contemporain, notamment au niveau de la concentration et du pouvoir des firmes sur les marchés ; les exemples abondent : duopole mondial bien établi d’Airbus et de Boeing dans l’aéronautique civile, quasi monopole de Microsoft dans les systèmes d’exploitation et les principaux logiciels d’application, oligopole très puissant des grands laboratoires pharmaceutiques ou des géants de l’énergie, etc. Il reste cependant problématique car il ne permet pas d'expliquer pourquoi certaines innovations importantes (comme le microprocesseur, le micro-ordinateur, ou encore les multiples applications des télécommunications mobiles et d’Internet) ont été introduites, pour beaucoup d’entre elles, en dehors des structures de R&D des grandes firmes.

L'analyse fine de plusieurs secteurs importants (notamment ceux des technologies de l'information et de la communication et des sciences de la vie) montre que la dynamique d'innovation qui les caractérise depuis les années 1970 s'appuie de manière significative sur une multitude de jeunes entreprises (start-up) extrêmement pointues en matière de nouvelles connaissances et compétences. Ces jeunes sociétés, qui sont parfois devenues des leaders mondiaux en une décennie, s'avèrent très actives dans la mise au point de nouveaux procédés, produits et services, et davantage encore dans la transformation des structures des marchés traditionnels et la création de nouveaux marchés. Cela a été par exemple le cas dans les secteurs du commerce, des médias, de la banque et de la finance, du dépistage et du diagnostic biomédical, mais aussi de la micro-informatique, d’Internet et des réseaux et services en ligne (Apple, Microsoft, Google, Facebook, Twitter, Amazon, etc.). Ces start-up ont contribué à développer les écosystèmes d’innovation qui les ont vues naître, comme la Silicon Valley.

Troisièmement enfin, ces modèles tendent à s'interpénétrer au plan organisationnel. D'un côté, en effet, les équipes de R&D au sein des grandes firmes ne sont pas figées dans des structures bureaucratiques étroitement administrées et fonctionnant de manière routinière. Elles sont au contraire de plus en plus soumises à des logiques de compétition interne entre équipes de recherche (par exemple, sous forme d’incitation à l’« intrapreneuriat » ou à l’essaimage) et de valorisation individuelle par les chercheurs des résultats de leurs travaux. Ces mêmes logiques compétitives imprègnent d'ailleurs de manière croissante les sphères académique et publique de la recherche qui cherchent non seulement à mieux valoriser les activités et résultats des programmes menés dans leurs laboratoires (brevets, licences, partenariats, etc.), mais également à créer des effets de vitrine au travers de l’attraction et de la promotion de chercheurs vedettes (star scientists) mondialement reconnus et très médiatisés. De l'autre côté, les jeunes entreprises innovantes, lorsqu'elles connaissent le succès et croissent rapidement, tendent à adopter des formes d'organisation et des « modes de gouvernance » très semblables à ceux relativement routiniers des firmes matures des mêmes secteurs. Cet « isomorphisme organisationnel » est très fréquent, même si certaines jeunes entreprises à succès cherchent à maintenir souples, ouverts et, précisément, innovants, leurs structures, et les modes de motivation de leurs salariés.

Des interdépendances croissantes entre acteurs de l'innovation

Les processus d'innovation font intervenir des connaissances et des compétences de plus en plus diversifiées et pointues, mais étroitement complémentaires. D'où des interdépendances croissantes, internes et externes, entre des acteurs et des firmes positionnés sur des champs de connaissances et de compétences à la fois très spécifiques et étroitement complémentaires. Sur le plan interne, les différentes composantes de la fonction R&D (recherche fondamentale, recherche appliquée, design et développement industriel), de même que les relations entre cette fonction et d'autres fonctions clés (marketing, production, logistique, distribution et vente, notamment), ne s'articulent plus selon une séquence relativement linéaire, mais de manière dynamique, avec des rétroactions (feedbacks) complexes entre elles tout au long du processus d'innovation.

Les approches néo-schumpétériennes de la firme et du changement technique soulignent ainsi l'importance de la systématisation de ces rétroactions et leur impact sur les trajectoires d'évolution des firmes et leurs capacités en matière d'innovation (Paulré, 1997). Dans la téléphonie mobile et Internet, par exemple, les opérateurs historiques de télécommunications fixes et de réseaux ont abordé ce nouveau secteur en valorisant essentiellement leur expertise technique des réseaux et leur savoir-faire dans la gestion d'une base de clientèle importante. Les nouveaux opérateurs ont, quant à eux, mobilisé leurs compétences commerciales et des capacités d'innovation, soit acquises dans leurs secteurs d'origine, soit développées pour pénétrer ces nouveaux marchés.

La logique de spécialisation-complémentarité se manifeste de manière plus prégnante encore sur le « plan externe ». En effet, les entreprises, aussi importantes et puissantes soient-elles, tendent désormais à se spécialiser dans les activités et les domaines de connaissances et de compétences qu'elles maîtrisent le mieux. Ce centrage des entreprises sur leur « cœur de connaissances et de compétences » découle des coûts croissants de la R&D et de la montée et de la diversification des risques (notamment financiers) liés à l'innovation. Il s'explique aussi par la difficulté d'investir dans un grand nombre de domaines de plus en plus pointus. C'est le cas, par exemple, dans le secteur de la pharmacie et des biotechnologies appliquées à la santé, où la mise au point de nouvelles thérapeutiques conjugue étroitement un grand nombre de champs de connaissances et de compétences : génomique, protéomique, chimie combinatoire, bio-informatique, etc.

Ces interdépendances sont par ailleurs renforcées par le « brouillage » des frontières sectorielles entre domaines d'activités initialement distincts. Cela provient tout d'abord des phénomènes de convergence technologique, comme c'est le cas avec les technologies numériques et l'imbrication croissante des télécommunications, de l'informatique, de l'électronique grand public, de l'audiovisuel et des industries de loisirs autour d'Internet et du multimédia.

Un autre facteur clé de cette évolution réside dans la montée en puissance de la logique des « biens-systèmes » (biens ou services dont l'usage et l'utilité dépendent étroitement de leur association avec d'autres biens ou services). C'est notamment le cas dans le cadre du « paradigme hard-soft » (association de matériels, logiciels, contenu et services, par exemple dans l'informatique). Mais cette logique vaut également pour d'autres activités, financières notamment, avec par exemple l'interpénétration croissante de la banque, de l'assurance et des activités financières. Dans tous ces cas, les offres spécialisées des différentes entreprises prennent la forme de « solutions intégrées » ou de « packages » modulables en fonction des besoins et attentes spécifiques des clients.

Toutes ces évolutions se traduisent par des modes d’organisation des processus d’innovation qui accordent une place croissante aux logiques d’outsourcing technologique (sous-traitance de parties ou de modules d’un développement technologique à des entreprises spécialisées, souvent des P.M.E. très pointues), de spin out et spin off (création de nouvelles entreprises spécialisées par essaimage) et d’open innovation (innovation partenariale ou partagée).

L’émergence d’un nouveau modèle d'innovation

Le développement des interdépendances en matière d'innovation se manifeste également sur le plan institutionnel. En particulier, les frontières entre secteurs privé et public deviennent de plus en plus ténues. On assiste à une redéfinition de la « division du travail » de R&D entre ces secteurs (avec notamment une part croissante de la recherche appliquée réalisée par des laboratoires publics) et à l'instauration de liens très étroits en matière de financement, de conduite des projets (mobilité des chercheurs entre ces deux sphères), d'appropriation et de valorisation des résultats.

La conjonction de ces facteurs explique l'émergence d'un nouveau modèle d'organisation de l'innovation structuré autour d'arrangements collectifs d'acteurs complémentaires et fortement interdépendants. En effet, les combinaisons organisationnelles typiques en matière d'innovation prennent désormais la forme de partenariats, d'alliances et surtout de réseaux. Ces combinaisons collaboratives sont souvent territorialisées (mais à des échelles spatiales très variables) et s’organisent en systèmes territoriaux d’innovation (en particulier régionaux) : clusters, « grappes d’entreprises », hubs, et autres « pôles de compétitivité ». Elles rassemblent généralement des grandes firmes, des start-up, des laboratoires universitaires, des grands organismes de recherche (publics ou privés), des prestataires de services spécialisés, des financeurs et des institutions de soutien publiques (agences régionales de développement et de valorisation de la recherche, par exemple) ou consulaires (chambres de commerce et d’industrie, en particulier).

Innovation et dynamique concurrentielle

L'innovation soulève des questions cruciales quant à la nature des processus concurrentiels qui la sous-tendent ou qu'elle induit. Là aussi, plusieurs angles d'analyse peuvent être envisagés.

L'innovation comme déterminant de la concurrence

L'approche théorique la plus courante consiste à faire de l'innovation un déterminant de la concurrence. C'est en particulier le cas de la vision néo-classique traditionnelle, dans laquelle l'innovation est assimilée à l'apparition (exogène) d'une technologie qui définit les nouvelles conditions efficientes de la production s'imposant aux firmes et détermine la structure du marché en fonction de la nature des rendements d'échelle qu'elle induit.

D'autres approches, se fondant sur les mécanismes sélectifs du marché, font de l'innovation un phénomène multiforme et un déterminant en partie endogène d'une concurrence dynamique entre firmes (installées ou entrantes) face à un environnement évolutif et incertain. Les approches d'inspiration néo-schumpétérienne soulignent ainsi le fait que la compétition entre firmes sur les marchés s'appuie sur leurs performances organisationnelles, en particulier sur la qualité des « routines » qu'elles auront su développer pour s'adapter et innover. Dans une perspective néo-autrichienne étendue, les économistes de l'école de Chicago assimilent la concurrence à un processus de « sélection naturelle » (de type darwinien) des firmes les mieux adaptées.

Dans un dernier ensemble d'approches, l'innovation apparaît à la fois comme un aiguillon et un produit de la dynamique concurrentielle. Dans son ouvrage The Free Market Innovation Machine (2002), William Baumol soutient ainsi que l'innovation découle de la concurrence que se livrent les firmes pour développer des technologies leur procurant de nouvelles sources de revenus. Selon lui, c'est l'innovation (et non les prix) qui constitue le fondement de la rivalité entre firmes. D'où sa thèse selon laquelle le capitalisme a constitué une formidable « machine à innover », et a été, de ce fait, à la source du « miracle de la croissance » depuis plus de deux siècles.

La concurrence par l'innovation

Sans remettre en cause le rôle des pressions concurrentielles exercées sur les firmes par l'innovation, d'autres approches insistent plutôt sur son rôle en tant que support de la concurrence. En se fondant principalement sur les outils de la théorie des jeux non coopératifs, les modèles de « course » mettent ainsi en avant l'idée que les firmes rivales s'engagent dans des activités de R&D en espérant chacune être la première à pouvoir déposer un brevet, pour pouvoir ensuite bénéficier d'un monopole sur le marché grâce à une innovation de produit ou de procédé. L'innovation constitue ici un outil rationnel de domination préemptive sur le marché. Cependant, sur la durée, un rattrapage, voire un dépassement de la firme dominante par des concurrents (on parle ici de leapfrogging, littéralement « saut de grenouille ») reste possible, précisément au moyen d'efforts cumulatifs d'innovation. C'est typiquement ce qui s'est passé pour Airbus face à Boeing, à partir du milieu des années 1970, ou encore pour l'industrie automobile japonaise face aux constructeurs américains et européens au cours de la même période.

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À l'issue de la compétition opposant le «blu-ray disc» soutenu par Sony (présenté ici au Consumer Electronics Show à Las Vegas en janvier 2008) au HD DVD préféré par Toshiba, s'imposera comme nouveau standard de DVD haute définition non pas forcément la meilleure des deux technologies,... 

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Pour leur part, les modèles de « compétition technologique » montrent comment des technologies alternatives sont « sélectionnées » par le marché (selon un processus stochastique). Cette sélection s'opère, non pas en fonction des performances initiales intrinsèques des technologies en compétition, mais de la vitesse de leurs diffusions respectives au gré des adoptions successives opérées par les utilisateurs. Dans ce contexte, il se peut très bien qu'une technologie « inférieure » s'impose in fine sur le marché et mène à un « verrouillage technologique » sous-optimal. Les processus de diffusion reposent ici sur des phénomènes de « rendements croissants d'adoption » et d'« externalités positives de réseau » : la probabilité de nouvelles adoptions et la valeur économique d'une technologie donnée reposent de manière cumulative sur la base de clientèle déjà acquise. Ces situations ont été particulièrement bien illustrées par les standards de claviers (des machines à écrire, puis des ordinateurs personnels), les technologies nucléaires civiles, les systèmes d'exploitation des micro-ordinateurs, les normes d'équipements grand public (télévision couleur et haute définition, vidéo, supports numériques d'enregistrement, etc.). C'est le cas également dans les secteurs de services liés aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (télécommunications mobiles, services en ligne, commerce électronique, etc.).

Se concurrencer pour pouvoir innover

En réalité, les frontières entre ces différentes conceptions des liens entre innovation et concurrence sont, pour l'essentiel, purement théoriques, voire artificielles. Cela transparaît de plus en plus clairement dans le cadre des formes d'organisation coopérative et multilatérale de l'innovation qu'induit la spécialisation des firmes autour d'un « cœur de connaissances et de compétences » resserré. Ici, l'innovation dépend bien entendu des compétences, ressources et processus d'apprentissage intra-organisationnel de chaque acteur. Mais elle repose aussi, de manière cruciale, sur les processus de collaboration et d'apprentissage inter-organisationnel que chaque acteur est en mesure de construire et d'exploiter avec différents types de partenaires. Il s'agit en particulier, d'une part, des phénomènes d'apprentissage localisé au niveau des utilisateurs et de leurs relations avec les offreurs de nouvelles technologies (learning by using), d'autre part, des processus d'apprentissage dans les collaborations et interactions entre acteurs de l'innovation, fussent-ils rivaux sur les marchés (learning by interacting).

Or, comme le nombre de partenaires complémentaires les plus « stratégiques » pour innover est généralement très limité, les acteurs de l’innovation sont souvent engagés dans une logique de course à l'attraction préemptive de ces partenaires stratégiques.

Depuis le milieu des années 1990, cette dynamique s'exprime de façon claire dans les sciences de la vie, les technologies de l'information et de la communication (et les services liés), l'aérospatial et les industries de défense, les énergies renouvelables, les médias, la banque et l’assurance ou encore le transport aérien et les industries de loisirs. Dans tous ces cas, l'innovation apparaît bien comme le fondement essentiel de la dynamique concurrentielle, simultanément en tant que déterminant, enjeu, support et produit de cette dynamique.

Innovation, mondialisation et compétitivité

Si l'innovation a des fondements micro-économiques essentiels, on s'accorde également pour reconnaître le rôle crucial du contexte macroéconomique, spatial et institutionnel dans lequel s’inscrivent les différents systèmes (nationaux et régionaux) d'innovation à l’échelle internationale. Dans un contexte de compétition mondiale aiguisée, ces différences se traduisent par des écarts de croissance et de compétitivité relativement durables entre pays (ou régions), et par des capacités différenciées des territoires en termes d’adaptation et de « résilience ».

Systèmes d'innovation et compétitivité technologique

De nombreux travaux ont établi de manière très convaincante l'importance des spécificités nationales et régionales dans l'explication des performances technologiques des systèmes d’innovation Ces spécificités concernent tout d'abord l'importance et la qualité des infrastructures de la connaissance : système éducatif général, importance des universités et des organisations de recherche, poids respectifs des grandes firmes et des jeunes entreprises en matière de R&D, etc. Elles portent ensuite sur la permissivité institutionnelle caractérisant chaque pays ou région : culture entrepreneuriale, attitude de la société face à l'innovation, réglementations sur la propriété intellectuelle et la création d'entreprise, etc. Enfin, des différences significatives apparaissent au niveau des politiques publiques (nationales et régionales) en faveur du développement industriel et de l'innovation, notamment aux plans du financement, de l'impulsion et de la coordination de programmes de recherche inscrits dans la durée.

À la fin du xixe siècle, l'économiste britannique Alfred Marshall avait expliqué la supériorité technologique naissante des États-Unis et de l'Allemagne sur l'Angleterre (notamment dans la chimie et la mécanique) par la qualité de leur système éducatif, leur goût pour la découverte et l'innovation, et par des réglementations industrielles et des impulsions publiques plus appropriées.

Ces intuitions ont été largement confirmées par des travaux historiques comparatifs portant sur le xxe siècle, puis au tournant du xxie siècle. Il montrent comment le leadership technologique américain à l'heure actuelle s'est construit grâce au rôle décisif des organismes fédéraux pour la science et la technologie depuis les années 1930, à l'importance des programmes de défense nationale, à la place centrale des grands centres universitaires, à une « culture entrepreneuriale » dynamique et à des mécanismes (publics et privés) de financement de l'innovation particulièrement favorables. De même, le succès de l'industrie nipponne dans de nombreux secteurs depuis les années 1950 peut-il être expliqué conjointement par les performances du système éducatif et de recherche japonais et par le rôle crucial de l’État en matière de financement et de coordination de l'effort d'innovation. Le même chemin a été emprunté à partir des années 1960-1970 par la Corée du Sud, Singapour, Taïwan et d’autres « dragons » asiatiques, et, plus encore, par la Chine depuis les années 1980.

Innovation, croissance et développement

Le retard accumulé par l'Europe (à l’exception des pays d’Europe du Nord) par rapport aux États-Unis et à la plupart des grands pays asiatiques dans les technologies à l'origine d'une partie significative de la croissance économique depuis le milieu des années 1990 peut être expliqué, au moins en partie, par des rigidités institutionnelles et surtout par le manque de volontarisme des politiques publiques en matière d'enseignement supérieur et de soutien à la recherche et à l'innovation. Ainsi, en pourcentage du P.I.B. en 2010, l'effort total (public et privé) de R&D était de 1,94 p. 100 dans l'Union européenne, contre 2,83 p. 100 aux États-Unis, 3,26 p. 100 au Japon, et 3,74 p. 100 en Corée du Sud. La Chine consacre, quant à elle, 1,76 p. 100 de son P.I.B. à la R&D (soit plus d’un doublement en à peine dix ans), avec un objectif de 2,5 p. 100 à l’horizon de 2020. Les données fournies par les organisations internationales (O.C.D.E., Nations unies, Banque mondiale, Commission européenne, etc.) portant sur les dépenses totales d'éducation (et d’enseignement supérieur, en particulier), sur le nombre relatif d’ingénieurs et de chercheurs dans la population, sur le nombre de publications scientifiques internationales, sur le nombre de dépôts de brevets, sur la part des exportations de haute technologie, montrent des différences et une hiérarchie similaires entre nations. Ces écarts sont, par ailleurs, cumulatifs et requièrent une ou deux décennies d'efforts redoublés pour pouvoir être au moins partiellement comblés.

Plus généralement, ainsi que l'ont montré les théories dites de la « croissance endogène », les investissements dans la R&D, l'éducation et la formation (à la base du développement du « capital humain »), de même que la disponibilité d'infrastructures collectives de qualité (en matière de transport, de santé, de télécommunications, d’énergie, etc.) constituent, de par leur contribution à l'élévation de la productivité globale des facteurs, des déterminants essentiels d'une croissance auto-entretenue et du développement et de la compétitivité économiques des nations et des régions. Certains nouveaux pays industriels comme la Chine, l'Inde et le Brésil, qui investissent massivement depuis le début des années 1990 dans l'éducation, la recherche et les infrastructures collectives, semblent avoir bien compris ces enjeux.

Cependant, dans le cadre d'une concurrence mondiale aiguisée, de règles du commerce international encore très « imparfaites » et de déséquilibres massifs dans l'orientation des flux financiers internationaux, la diffusion du progrès technique et l'accès du plus grand nombre aux infrastructures essentielles sont loin d'être assurés. De nombreux pays en développement se trouvent ainsi dans l'incapacité d'investir dans de telles infrastructures et s'enlisent, pour beaucoup, dans un sous-développement endogène. L’accès aux conditions de production et d’utilisation des innovations reste très inégal d’un pays à l’autre. Sur un autre plan, celui de l'environnement, les problèmes sont tout aussi aigus. Ainsi, non seulement les ressources dédiées à des projets de R&D orientés vers la diminution des pollutions, les économies d'énergie ou la préservation de la biodiversité sont encore très insuffisantes, mais la plupart des gouvernements (du Nord comme du Sud) continuent souvent de privilégier des activités éminemment nuisibles plutôt que celles qui seraient favorables à une logique de « développement durable ». Certes, cette logique est aujourd’hui mieux comprise et intégrée par certains gouvernements dans certaines de leurs politiques (réduction des déchets et amélioration de leur traitement, gestion de l’eau, développement des transports collectifs, etc.), mais ces efforts restent très partiels, dispersés et fragiles. Cela est tout particulièrement vrai dans le domaine énergétique et la lutte contre le changement climatique. Ainsi, le recours aux énergies fossiles est encore très largement prédominant (et va se pérenniser probablement pendant plusieurs décennies encore avec l’exploitation massive des gisements de charbon et de gaz de schiste), alors que des énergies renouvelables (comme le solaire et l’éolien) existent et pourraient être rapidement compétitives, moyennant des efforts tout à fait raisonnables de R&D et d'équipement des territoires, des ménages et des entreprises. Plus encore, les efforts en matière d’économies d’énergie, d’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et des logements, de limitation des activités énergivores et fortement émettrices de gaz à effet de serre, de réduction de l’usage des transports polluants, apparaissent encore, dans la plupart des politiques engagées, à la fois limités dans les faits et secondaires dans la hiérarchie des priorités affichées.

Enfin, au sein même des pays dits « riches », l'innovation et le progrès technique sont loin de profiter à toute la société, comme en témoigne la multiplication des situations de chômage durable, d'exclusion sociale, de fragmentation urbaine, etc. Certes, il semble vain de vouloir contrer le « choc du progrès technique ». On pourrait, en revanche, mieux en répartir les retombées positives et mieux en maîtriser les externalités négatives, sur les plans économique, environnemental et humain. C’est à ce niveau que les dynamiques d’innovation sociale ou sociétale, plus collectives et participatives et accordant davantage d’attention à la satisfaction des besoins fondamentaux du plus grand nombre prennent tout leur sens. Dans cette perspective, l’inventivité, le progrès et l’amélioration des conditions de vie donnent à l’innovation cet attribut éminemment « social » que lui reconnaissait Joseph Schumpeter.

—  Abdelillah HAMDOUCH

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Écrit par :

  • : professeur des Universités, directeur adjoint du département Aménagement de l'École polytechnique de l'université de Tours

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  •  • 11 826 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Pourquoi la primauté de l'Europe ? »  : […] e siècle, et la Hollande publie dès 1620 des versions anglaises et françaises de ses périodiques. Mais bien plus tôt encore, l'Europe médiévale était déjà « l'une des sociétés les plus inventives de l'histoire », selon David Landes, qui lui fait crédit d'avoir « inventé l'invention » – autrement dit, la recherche systématique de l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/revolution-industrielle/#i_2038

SCHUMPETER JOSEPH ALOYS (1883-1950)

  • Écrit par 
  • Claude JESSUA
  •  • 1 713 mots

Dans le chapitre « L'entrepreneur capitaliste et l'innovation »  : […] que se dégage ce surplus qu'est le profit. Cette modification consiste précisément en l'innovation et, dès lors, tout s'enchaîne : pour financer l'innovation, l'entrepreneur emprunte, suscitant de la part des banques une création monétaire ; ainsi du capital se forme, qui doit être rémunéré par l'intérêt ; ce dernier sera payé grâce aux profits […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-aloys-schumpeter/#i_2038

SERVICES ÉCONOMIE DE

  • Écrit par 
  • Jean-Charles ASSELAIN
  •  • 12 731 mots

Dans le chapitre « Le soutien de l'activité par les services : une croissance tertiaire ? »  : […] Mais les perspectives sont appelées à se modifier radicalement dès lors que l'économie de services devient à son tour un des principaux foyers d'innovations, que plusieurs branches du tertiaire s'engagent dans une modernisation accélérée, que leur efficacité apparaît de plus en plus comme un facteur non négligeable de compétitivité internationale […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-de-services/#i_2038

SPORT (Histoire et société) - Sociologie

  • Écrit par 
  • Christian POCIELLO
  • , Universalis
  •  • 9 877 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre «  Technologies du sport »  : […] et solidité maximales dans l'usage intensif que l'on fait d'eux. Ce processus permanent d'innovation entretient des relations complexes avec, d'une part, les intérêts des inventeurs qui les ont introduites dans le domaine sportif, et, d'autre part, avec les cultures, valeurs, éthiques des divers groupes de pratiquants qui sont appelés à les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sport-histoire-et-societe-sociologie/#i_2038

SUISSE

  • Écrit par 
  • Bernard DEBARBIEUX, 
  • Frédéric ESPOSITO, 
  • Bertil GALLAND, 
  • Paul GUICHONNET, 
  • Adrien PASQUALI, 
  • Dusan SIDJANSKI
  • , Universalis
  •  • 24 365 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Ouverture et innovation : les moteurs économiques de la Suisse »  : […] Force de l'économie suisse, les PME sont particulièrement innovantes et compétitives, à l'instar de leurs homologues allemandes et suédoises. Certaines d'entre elles se distinguent tout particulièrement par leur capacité à occuper des niches sur le marché mondial, grâce à des produits à haute valeur ajoutée, tant sur le plan technologique que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/suisse/#i_2038

THÉORIE DE L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE, Joseph Aloys Schumpeter - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Annie L. COT
  •  • 830 mots

Dans le chapitre « Circuit et évolution »  : […] une économie sans crédit ni profit. L'évolution naît d'une rupture endogène des routines du circuit, que Schumpeter nomme « innovation », et qu'il définit comme une « combinaison nouvelle » des facteurs d'offre : un nouveau produit, une nouvelle méthode de production, un nouveau débouché, de nouvelles […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/theorie-de-l-evolution-economique/#i_2038

TRAVAIL

  • Écrit par 
  • Denis CLERC
  •  • 1 619 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Gains de productivité et chômage »  : […] des emplois et, avant lui, Joseph Schumpeter parlait de « destruction créatrice » : des innovations déclassent certaines activités, mais en suscitent d'autres. Pour que le neuf puisse apparaître, il faut que le vieux disparaisse, ce qui ne va pas sans conséquences, parfois dramatiques socialement, mais économiquement bénéfiques. Dans tous les cas […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/travail/#i_2038

Voir aussi

Pour citer l’article

Abdelillah HAMDOUCH, « INNOVATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/innovation/