MARTINIQUE

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Martinique [France] : carte administrative

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Éruption de la montagne Pelée

Éruption de la montagne Pelée
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Martinique : production de sucre de canne

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Martinique : évolution de la population

Martinique : évolution de la population
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carte : Martinique [France] : carte administrative

Martinique [France] : carte administrative

Carte administrative de la Martinique [France]. 

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La Martinique est située au centre de l’archipel des Petites Antilles. Sur un territoire restreint (1 128 km2), l’île présente des paysages très variés, qui en font tout l’attrait. L’histoire de la Martinique est étroitement liée à celle de la France depuis la colonisation, au xviie siècle. Son peuplement, après l’extinction des premiers habitants, les Karib (Caraïbes), a eu deux origines principales : les Français et les Africains déportés dans le cadre de la traite et de l’esclavage. Au cours du xxe siècle, la colonie, devenue département d’outre-mer, a connu de graves difficultés socio-économiques et des mouvements sociaux importants. Les préoccupations culturelles et environnementales imprègnent les débats politiques dans les premières décennies du xxie siècle.

Une île volcanique des Petites Antilles

photographie : Éruption de la montagne Pelée

Éruption de la montagne Pelée

Le 8 mai 1902, l'éruption de la montagne Pelée, à la Martinique, anéantit la ville de Saint-Pierre, alors capitale de l'île. Vingt-huit mille personnes périssent lors de cette catastrophe. Après la destruction de Saint-Pierre, c'est Fort-de-France qui devient la capitale de la Martinique. 

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D’une extrémité à l’autre de l’île, orientée sud-est –nord-ouest, la distance n’est que de 64 kilomètres et aucun point n’est situé à plus de 12 kilomètres du rivage. Le relief est particulièrement accidenté. Au nord se profile la montagne Pelée avec son cône bien dessiné, qui culmine à 1 397 mètres, un volcan de terrible réputation, puisque les éruptions de mai 1902 détruisirent en totalité la ville de Saint-Pierre et ses environs (28 000 victimes). Des stations sismiques situées aux abords enregistrent en permanence son activité ; elles sont reliées à l’Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique qui dispose de locaux fonctionnels, inaugurés en 2019, sur la commune de Saint-Pierre en contrebas du volcan.

Les pitons du Carbet – avec plusieurs sommets abrupts, dont le plus haut, le piton Lacroix, s’élève à 1 196 mètres – se situent plus au sud et dominent l’agglomération de Fort-de-France. Dans cette partie nord de l’île, les plaines sont fort exiguës. Les forêts humides constituent un espace relique intéressant avec de grands arbres (gommier blanc, acajou), des fougères arborescentes et des plantes épiphytes (orchidées et broméliacées) ; un parc naturel régional a été créé en 1976 pour protéger les espèces et favoriser un tourisme écologique.

Au centre de l’île, la plaine du Lamentin, drainée par la rivière Lézarde, permet une communication aisée entre la façade atlantique bordée d’îlets et le littoral caraïbe, échancré par la vaste baie de Fort-de-France. La Lézarde apporte une importante charge sédimentaire (argiles).

Le sud de l’île est constitué de mornes (monts) érodés correspondant à un volcanisme plus ancien. La montagne du Vauclin atteint seulement 504 mètres et le morne Larcher 477 mètres, mais leurs pentes sont fortes. Les côtes présentent une succession d’anses et de caps rocheux. La baie la plus profonde est le Cul-de-Sac Marin, au sud de l’île. Des bancs de récifs coralliens forment un ourlet le long des rivages méridionaux. À l’est, la Martinique est prolongée par une plate-forme sous-marine de faible profondeur qui s’étend jusqu’à 30 kilomètres de la côte.

Les progrès de la recherche dans cette partie des Antilles ainsi que la multiplication des observations réalisées par des navires océanographiques ont permis de préciser l’histoire géologique de la Martinique et les dynamiques en cours. Le mouvement de la plaque tectonique caraïbe vers l’est, estimé à 2 centimètres par an, et la subduction des plaques américaines qui en résulte entraînent des déformations de l’île et une forte sismicité : la Martinique est placée en zone 5 selon le zonage sismique national, qui distingue cinq niveaux.

Le milieu marin bénéficie d’un intérêt nouveau, renforcé par les études géographiques des littoraux de l’île en cours et la préoccupation de conservation des écosystèmes et de protection des ressources. En 2017 a été créé le parc naturel marin (PNM) de Martinique, qui s’étend à la fois dans la mer des Caraïbes et dans l’océan Atlantique et dont la superficie correspond à la totalité de la zone économique exclusive (ZEE) française de la Martinique (47 340 km2). Les enjeux portent sur la pêche, les activités portuaires, les activités de loisirs et le tourisme (nautisme et navigation de croisière).

Le climat tropical à deux saisons, caractéristique des Antilles, est bien marqué : la saison sèche, appelée « carême », de janvier à mars-avril, alterne avec une saison des pluies, appelée « hivernage ». Les cyclones peuvent frapper de juin à novembre. Les températures sont remarquablement uniformes (moyenne annuelle de 26 0C) et l’humidité est forte en raison de la chaleur des eaux marines environnant l’île. Les sommets sont très arrosés (jusqu’à 8 m de précipitations annuelles). La station météorologique de l’aéroport du Lamentin enregistre en moyenne 2 085 millimètres par an, mais avec de grandes variations selon les années. Le Sud est plus sec, ce qui représente un avantage certain pour le tourisme balnéaire. La combinaison de fortes précipitations sur une topographie accidentée et de températures élevées entraîne une érosion importante et l’altération accélérée des roches.

Une colonisation intensive

Les fouilles archéologiques témoignent d’une présence continue de l’homme à partir du ier siècle de notre ère, des Arawak puis des Karib, rencontrés bien plus tard par les premiers Européens qui débarquèrent à la Martinique. Cependant, la densité d’occupation était modeste au regard des Grandes Antilles.

Les Espagnols ne colonisent pas l’île lorsqu’ils la découvrent au début du xvie siècle. Pendant près d’un siècle et demi, les Karib de Madinina (« île aux fleurs »), nom précocement francisé en « Martinique », font face aux incursions de pirates et de flibustiers et opposent une farouche résistance à toute tentative d’invasion. L’entreprise de colonisation française ne commence réellement qu’en 1635 avec l’arrivée, en provenance de Saint-Christophe, de Pierre Belain d’Esnambuc, alors gouverneur de cette dernière, accompagné d’une centaine d’hommes. L’économie coloniale repose au début sur le commerce du pétun (tabac), très apprécié des marins. À la mort de d’Esnambuc, en 1637, son neveu Jacques Dyel du Parquet devient lieutenant général de la Martinique. Les Karib sont systématiquement attaqués et leur dernier réduit de Capesterre tombe en 1658. Lors du recensement de 1660, les autochtones, regroupés dans la catégorie « sauvages », sont dénombrés aux côtés des Africains et des métis. En effet, le développement rapide de l’économie de plantation a conduit à importer massivement de la main-d’œuvre africaine esclave.

tableau : Martinique : production de sucre de canne

Martinique : production de sucre de canne

Production de sucre de canne à la Martinique (sources : N. Deerr, « The History of Sugar », Chapman & Hall, 1950, et I.N.S.E.E.). 

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Après une période de confusion liée à des rivalités entre différents chefs locaux, le pouvoir monarchique, sous l’action du ministre Colbert, prend en main l’administration directe de la colonie et impose une politique dite de « l’exclusif », qui consiste à limiter le commerce des îles aux seuls échanges avec la France – à travers la Compagnie des Indes occidentales (dissoute en 1674). La construction du Fort-Royal, à partir de 1679, marque symboliquement la prise de contrôle politique et militaire qui répond également à la nécessité de se défendre contre les ennemis hollandais et anglais. Dès lors, la Martinique devient, sur le plan économique et stratégique, l’île la plus importante des Antilles françaises, avant d’être supplantée par Saint-Domingue. Les habitations (plantations de canne à sucre) et les sucreries se multiplient. La population de couleur, esclave en grande majorité, passe de 9 500 individus en 1680 à 73 400 à l’approche de la Révolution ; elle dépasse largement la population blanche (10 600 personnes) ; à noter un nombre de « gens de couleur libres » en croissance rapide (5 200).

tableau : Martinique : évolution de la population

Martinique : évolution de la population

Évolution de la population martiniquaise depuis le XVIIe siècle. 

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La prospérité que connaît l’île au xviiie siècle amène les colons à chercher de nouvelles terres plus au sud, dans l’archipel, à Sainte-Lucie, Grenade, Tobago et La Trinité. Cependant, la lutte est incessante entre les Français et les Anglais pour la possession de ces îles. La Martinique est occupée par les Anglais en 1762 et rendue à la France au traité de Paris (1763). Mais la position de cette dernière est désormais affaiblie. Les Anglais occupent l’île de nouveau de 1794 à 1802 et de 1809 à 1815, c’est-à-dire pendant la plus grande partie de la Révolution, du Consulat et de l’Empire. À la différence de la Guadeloupe et de Saint-Domingue–Haïti, le système de domination coloniale par une élite d’origine européenne a donc perduré à la Martinique, consolidé dans une certaine mesure lors de la présence anglaise.

Les tensions sociales et ethniques

Les troubles ethniques et politiques sont le trait marquant de l’histoire de la colonie durant le xixe siècle et la première moitié du xxe siècle. La caste des « Békés » (Blancs créoles), installés dans l’île depuis les débuts de la colonisation, conserve jalousement ses grandes propriétés rurales et son contrôle sur le commerce intérieur. Des révoltes menées par des esclaves secouent la colonie en 1823 et 1838. Elles sont durement écrasées. Après l’abolition de l’esclavage en mai 1848, un grand nombre d’anciens esclaves quittent les plantations et défrichent des petits lopins de terre pour y développer une agriculture vivrière. Ce mouvement entraîne la constitution d’un paysannat fragile. Pour compenser la perte de main-d’œuvre, l’administration et les planteurs organisent l’immigration de « travailleurs engagés » venus des Indes, à partir de 1853. Au total, environ 25 000 engagés transiteront par la Martinique. Une minorité demeure à la fin de leur contrat et s’insère dans la société créole par un métissage culturel. Par ailleurs, un syndicalisme ouvrier actif mène autour des sucreries et des distilleries de rhum des luttes souvent insurrectionnelles, avec des manifestations très sévèrement réprimées là encore. En septembre 1870, à la suite d’une altercation à caractère raciste, une révolte embrase le sud de l’île ; elle est rapidement et durement étouffée elle aussi. Sous la IIIe République, avec le suffrage universel, la participation électorale entre peu à peu dans les mœurs et les trois groupes principaux – Blancs, Mulâtres et Noirs – sont dans la nécessité de faire des alliances et de trouver des compromis politiques car ils partagent, paradoxalement, une même culture, marquée par la langue créole, l’attachement au catholicisme et à des traditions vivaces comme les festivités du carnaval.

L’expérience de la départementalisation

Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le commandement de l’amiral Georges Robert, nommé haut-commissaire en 1939, la situation de l’île devient critique. En effet, la Martinique constitue un enjeu stratégique dans le conflit, dans la mesure où une partie des forces navales françaises se sont réfugiées dans la baie de Fort-de-France et où les réserves d’or de la Banque de France ont été mises à l’abri dans la ville. Les autorités, ralliées à Vichy, sont surveillées de près par les Anglais et les Américains. La vie économique est pratiquement paralysée jusqu’en 1945 et la population souffre de graves pénuries. En juillet 1943, l’ambassadeur Henri Hoppenot vient réaffirmer – au nom du Comité français de libération nationale, basé à Alger – l’appartenance de l’île à la République. En mars 1946, la loi de départementalisation des anciennes colonies d’Amérique est votée à l’unanimité, à l’initiative des députés d’outre-mer, dont Aimé Césaire, écrivain et poète, originaire de la commune de Basse-Pointe. Malgré les privations et les difficultés de liaison, la Martinique marque clairement sa volonté de rester française.

photographie : Fort-de-France : la bibliothèque Schœlcher

Fort-de-France : la bibliothèque Schœlcher

Cette bibliothèque fut construite dès 1885 pour accueillir les collections d'ouvrages que Victor Schœlcher, qui fit voter le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848, avait léguées à la ville en 1884. L'originalité de cette construction, due à l'architecte... 

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La vie politique, pendant la IVe et le début de la Ve République, est dominée par la personnalité de Césaire, député de la Martinique jusqu’en 1993 et maire de Fort-de-France jusqu’en 2001. En 1956, Césaire se sépare du Parti communiste français (PCF) et, deux ans plus tard, fonde le Parti progressiste martiniquais (PPM) qui, s’appuyant sur la gestion municipale de Fort-de-France, obtient de beaux succès électoraux. Césaire rejette « l’assimilation », qui nie la spécificité antillaise, mais se tient soigneusement à l’écart des groupes minoritaires qui réclament, dès les années 1960, l’indépendance de l’île.

À la fin du xxe siècle, le débat politique est transposé sur le plan culturel avec la revendication forte de « créolité martiniquaise ». Un nouveau parti, qui reprend cette rhétorique identitaire, émerge en 1978 : le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) est fondé par Alfred Marie-Jeanne, maire de la commune de Rivière-Pilote. À la tête du conseil régional de 1998 à 2010, Marie-Jeanne accompagne l’évolution statutaire des institutions dans l’île dans le sens de la décentralisation. En février-mars 2009, la Martinique est affectée par un puissant mouvement social, démarré en Guadeloupe, et marqué par des revendications syndicales et des grèves qui paralysent toute l’activité.

À la suite de deux référendums tenus en janvier 2010, les Martiniquais approuvent la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 de la Constitution. Le nouveau statut de la collectivité territoriale de Martinique (CTM), promulgué le 27 juillet 2011, permet le regroupement des compétences exercées par les anciens conseils (conseil général et conseil régional) et offre une meilleure reconnaissance de la part de la métropole française, de l’Union européenne – vis-à-vis de laquelle la Martinique bénéficie du statut de région ultrapériphérique (RUP) – et des autres territoires de la Caraïbe. Ainsi, la Martinique est membre associé de l’Association des États de la Caraïbe (AEC) et de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECS en anglais). À côté de l’Assemblée de Martinique qui délibère et d’un conseil économique et social consultatif, le conseil exécutif dirige l’action de la collectivité pendant un mandat de six ans. Mais la légitimité des institutions est affaiblie, tant aux élections nationales que locales, par une abstention habituellement très forte.

Un modèle de développement remis en cause

Malgré les progrès considérables accomplis pour résorber la misère sociale qui régnait au milieu du xxe siècle, le modèle de développement que connaît la Martinique soulève des questions. Depuis le début des années 2010, la collectivité perd en moyenne 0,9 p. 100 de ses habitants chaque année, essentiellement en raison de départs vers la métropole (INSEE, 2018). La pyramide des âges montre une population vieillissante et le recul est manifeste dans l’agglomération de Fort-de-France et dans le Sud. Le PIB par habitant estimé à 24 400 euros en 2018 est élevé pour la zone caraïbe, mais nettement inférieur à la moyenne française. Si la Martinique possède un taux d'équipement automobile des ménages (74 p. 100) comparable à celui de la métropole (81 p. 100, chiffres INSEE, 2017), les inégalités sociales et les écarts de revenus et de patrimoine sont très marqués. Une personne sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté local – fixé à 60 p. 100 du niveau de vie médian du territoire, soit 820 euros mensuels (INSEE, 2020). Les non-diplômés et les familles monoparentales souffrent par exemple particulièrement de la pénurie d’emploi et de la précarité.

Les bases de l’économie sont en effet bien étroites. Dans le secteur agroalimentaire traditionnel demeurent une seule usine de sucre à La Trinité (1 000 t/an), une dizaine de distilleries réparties sur les domaines (rhums agricoles et rhums vieux de qualité pour un volume de 90 000 hl/an) et des bananeraies sur 5 000 hectares (environ 160 000 tonnes de fruits pour une année normale), qui disposent d’un débouché assuré en métropole grâce à une bonne organisation de la commercialisation. La Société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA), implantée au Lamentin, traite 800 000 tonnes de pétrole brut et produit des carburants, distribués en Martinique même, en Guadeloupe et en Guyane. Au total, la dépendance vis-à-vis de la métropole pour les biens alimentaires et industriels est très nette (2,6 milliards d’euros de biens importés contre 0,4 milliard d’euros exportés en 2019) et les échanges avec la zone caraïbe sont très limités.

L’évolution du secteur du tourisme, considéré comme une planche de salut pour l’île à partir des années 1970, est suivie de près par les responsables économiques : le palier d’un million de visiteurs a été atteint en 2017-2018, mais la dynamique s’essouffle. La crise sanitaire de 2020 laisse planer de grandes incertitudes sur cette activité. La tertiarisation de l’économie (hypertrophie de l’administration, du commerce, de l’emploi informel ou irrégulier…) alimente plus la consommation que l’investissement. La fragilité du modèle s’explique en grande partie par l’importance des transferts financiers depuis la métropole et l’Union européenne, et par une organisation de la distribution commerciale qui profite à quelques groupes ou oligopoles.

Des préoccupations sanitaires et environnementales

Un climat d’inquiétude s’est développé dans cette île, naguère considérée comme un milieu « paradisiaque » et loué par les guides de voyage. En plus des risques naturels liés au volcanisme, à l’activité sismique et aux cyclones, qui exigent des politiques de prévention rigoureuse, l’attention s’est portée plus récemment sur le domaine marin en raison de l’échouage d’algues sargasses (Sargassum) à partir du début des années 2010. L’arrivée intermittente de ces algues de couleur jaune à brunâtre qui dérivent en plaques ou radeaux filamenteux à partir des mers équatoriales (Venezuela, Guyanes, Brésil), a des conséquences néfastes à tous points de vue – sanitaires, esthétiques… – pour les littoraux concernés. Des recherches ont en effet montré que leur utilisation comme engrais pour l’épandage sur les terres agricoles ne comporte aucun intérêt. Leur ramassage obligatoire sur les côtes et leur élimination par divers procédés entraînent des coûts élevés pour les collectivités. Par ailleurs, le blanchiment des coraux (en raison de la hausse de la température des eaux côtières), la diminution des prises de poissons, la perte de biodiversité marine – due en partie à l’apparition récente d’une espèce invasive, le « poisson-lion » (ou rascasse volante, Pterois volitans), aux épines venimeuses, sans prédateur connu – constituent d’autres motifs d’inquiétude pour les populations vivant dans les zones littorales.

En plus de l’infection par le virus du sida (VIH), pour lequel le taux de séropositivité reste élevé, la Martinique a dû faire face, en 2013, à une crise sanitaire, due au chikungunya – maladie causée par un alphavirus d’origine asiatique et transmis par le moustique tigre –, qui a touché toutes les couches de la société.

Par ailleurs, le chlordécone, pesticide utilisé dans les plantations de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier, est à l’origine d’une pollution des sols, des rivières et des eaux souterraines. La dangerosité de cette molécule, particulièrement persistante, a été établie par des études scientifiques et reconnue dès les années 1970 puisque son usage a été interdit aux États-Unis et que l’usine de production en Virginie a été fermée. Le chlordécone est considéré comme une substance neurotoxique, possiblement cancérigène et est classé dans la catégorie des perturbateurs endocriniens. Un scandale a secoué les Antilles car l’administration a donné aux planteurs des autorisations successives d’utilisation de ce pesticide, en arguant de la difficulté de trouver une méthode de lutte alternative contre le charançon. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) est chargé d’établir une cartographie précise des zones agricoles contaminées. De plus, cette institution assure un suivi des eaux souterraines dans le bassin versant de la rivière du Galion, une zone occupée par de nombreuses bananeraies.

—  Christian GIRAULT

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Bibliographie

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Le 10, la Martinique est soumise à un confinement total, en raison de l’augmentation rapide des contaminations dans l’île. Les touristes sont invités à quitter le territoire. Le 11 se tient un conseil de défense sanitaire. Le président Emmanuel Macron indique que « nous allons vivre pour encore plusieurs mois avec ce virus ». Il demande au gouvernement « de tenir au moins la cible de cinquante millions » de personnes vaccinées « fin août ». […] Lire la suite

9-31 juillet 2021 France. Obligation vaccinale pour certains personnels.

Le 13, l’état d’urgence sanitaire est décrété et le couvre-feu rétabli en Martinique et à La Réunion. Le 17, les manifestations contre les nouvelles restrictions sanitaires regroupent cent quatorze mille personnes à travers le pays, selon le ministère de l’Intérieur. Les manifestants dénoncent la « dictature » et l’« apartheid » auxquels conduiraient ces mesures. […] Lire la suite

20-27 juin 2021 France. Élections régionales et départementales.

Les autonomistes l’emportent en Corse, LRM en Guadeloupe et la gauche à La Réunion, en Martinique et en Guyane. Le RN échoue à s’imposer en PACA et ne conquiert par ailleurs aucun département. Aux départementales, la droite, principalement LR, l’emporte dans soixante-cinq des quatre-vingt-quinze circonscriptions, enlevant à la gauche les Alpes-de-Haute-Provence, l’Ardèche, le Finistère, le Puy-de-Dôme et le Val-de-Marne, dernier département contrôlé par le Parti communiste. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Christian GIRAULT, « MARTINIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/martinique/