ENLUMINURE

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Enluminure et liturgie

La présence d'images dans les livres liturgiques apparaît en Occident au viie siècle, au moment de la codification des différents textes. Selon le genre de livre, ces illustrations évoquent la vie du Christ, représentent des figures de saints, des portraits des évangélistes ou bien encore des scènes liturgiques. Ces images ont plusieurs fonctions ; en particulier elles répondent au souci de rendre hommage à Dieu par leur beauté ainsi qu'à la volonté d'exprimer des enjeux d'ordre liturgique, politique ou social, voire théologique. En revanche, nous ignorons encore largement leur fonction rituelle lors du déroulement des cérémonies religieuses. Qu'elles aient ou non rempli un rôle d'instantané visuel au moment de la liturgie, on ne sait si les illustrations des livres liturgiques jouaient un rôle dans le rituel. Signalons enfin qu'au Moyen Âge, la décoration du livre liturgique ne se limite pas au texte. La somptuosité de certaines reliures, ornées de plaques d'ivoire ou d'orfèvrerie, souligne également le désir de célébrer la liturgie avec de beaux objets pour rendre gloire à Dieu.

Les livres liturgiques se répartissent en quatre catégories : les livres de lecture (Évangiles, évangéliaires, passionnaires, etc.), les livres de prière (sacramentaires, psautiers, livres d'heures, missels, bréviaires, etc.), les livres de chant (antiphonaire ou graduel, tropaire, etc.) et les livres décrivant les rituels (pontifical, ordinaire, bénédictionnaire, etc.).

Dieu le Père et le globe terrestre, enluminure

Photographie : Dieu le Père et le globe terrestre, enluminure

Dieu le Père et le globe terrestre, vers 1260. Enluminure tirée d'un psautier. British Library, Londres. L'art gothique innove dans la représentation du divin : les psautiers en particulier, dont le XIIIe siècle est la grande époque, présentent le « beau Dieu » qui exprime douceur,... 

Crédits : British Library/ AKG

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Le pontifical et son illustration

Le pontifical, livre de l'évêque, est le mieux étudié des livres liturgiques. Créé à la fin du xe siècle, il commence à être illustré au xie siècle, le point culminant de cette production peinte se situant au xiiie siècle. Depuis la réforme ottonienne jusqu'au concile de Trente, le pontifical apparaît, en compagnie du missel et du bréviaire, en tête de la hiérarchie des livres liturgiques. La réforme liturgique menée par Innocent III au début du xiiie siècle donne à l'évêque une place éminente dans la société ainsi qu'à son livre officiel dont la version exportée par les Ottoniens avait été remaniée par les liturgistes de la curie. Promotion de l'évêque, promotion de son livre liturgique, auxquelles vient s'ajouter la promotion d'une iconographie strictement épiscopale. La représentation figurée de l'évêque contribue en effet, au même titre que les textes liturgiques et législatifs, à l'affirmation de la place de celui-ci dans la société médiévale. Ainsi, la codification et l'officialisation de la liturgie épiscopale par l'écrit s'enrichissent du pouvoir extraordinaire des images. Le xiiie siècle marque un tournant dans l'histoire de l'illustration du pontifical. Le cycle iconographique a été mis au point par la curie à Rome, vraisemblablement dans la seconde moitié du xiiie siècle à la suite de la seconde recension du pontifical de la curie élaborée sous le pontificat d'Innocent IV à partir de la première version due à Innocent III. Il semble que cette iconographie ait vu le jour en liaison plus ou moins directe avec la création sous Grégoire X de l'ordinaire de la curie autour de 1273-1274. Parmi les thèmes représentés, les actes essentiels de l'évêque, et surtout ceux du pape sont les plus fréquents : les ordinations (avec l'élection et la consécration épiscopale), la dédicace de l'église et des autels, les bénédictions des personnes (abbés, abbesses...), le sacre des rois, la tenue du concile, la bénédiction d'objets divers. D'abord élaboré pour faire connaître la liturgie du pape, cette iconographie a été transposée aux évêques des églises de l'Occident. Étant donné le rôle de codification officielle de la liturgie joué par le pontifical de la curie, on comprend que la décision fût prise d'enrichir ce livre d'un cycle peint qui proposait, par l'image, une autre forme d'expression de la codification rituelle. Que ce cycle ait été élaboré au sein même de la curie répond à l'objectif d'accréditer auprès des contemporains l'idée selon laquelle la liturgie de la curie, ou de la chapelle papale, était un modèle pour l'ensemble de l'Église. Tel était également l'objectif recherché par la diffusion du pontifical. Dans ce contexte, on comprend l'importance des images mettant en valeur les figures du pape et des évêques à travers les rites d'ordination, de sacre et de couronnement, ainsi que de la dédicace de l'église. Les illustrations des pontificaux ne venaient pas seulement éclairer le texte liturgique, elles étaient le « miroir » de l'évêque ou du pape, reflétant leur autorité liturgique. D'une certaine manière, leur fonction est liée à l'auto-proclamation de l'autorité liturgique du pape et des évêques. Il n'est pas nécessaire de développer ici les raisons historiques qui ont permis de créer une équivalence entre l'Ecclesia Romana et l'Église universelle, du moins dans le domaine de la liturgie. Nous rappellerons simplement le rôle crucial joué par la réforme grégorienne puis par la réforme entreprise au xiiie siècle par Innocent III et poursuivie par ses successeurs, dans la mise en place d'une ecclésiologie où la monarchiepontificale occuperait la première place. Largement relayée par les canonistes, les théologiens et surtout par les ordres mendiants, cette ecclésiologie nouvelle s'affirme tout au long du xiiie siècle. La primauté romaine, la souveraineté du pape et sa domination sur le pouvoir des rois et de l'Empereur s'imposèrent progressivement aux yeux des contemporains. Les liturgistes aussi contribuèrent à la diffusion de ces idées grâce à des instruments de codification du rituel de la curie, principalement le pontifical et l'ordinaire, destinés à accréditer l'idée d'une équivalence entre le liturgie de la chapelle papale et la liturgie universelle. Dans ce processus d'une grande complexité, on perçoit mieux le rôle tenu par les illustrations du livre liturgique épiscopal, considérées au même titre que les décrets de droit canon ou que les traités théologiques.

Les autres livres liturgiques

L'absence de rapports directs entre le texte et les images caractérise les manuscrits liturgiques qui ne contiennent pas la description des rites : sacramentaires, psautiers, bréviaires, rouleaux d'exultet... En réalité les scènes liturgiques peintes dans ces livres montrent principalement des moments de la célébration, correspondant de façon plus ou moins précise au détai [...]

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Enluminure byzantine

Enluminure byzantine
Crédits : Bridgeman Images

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Évangiles d’Echternach, v. 700

Évangiles d’Echternach, v. 700
Crédits : BnF, cote cliché RC-B-12227

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Codex Amiatinus

Codex Amiatinus
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Bible d'Alcuin

Bible d'Alcuin
Crédits : Zentralbibliothek, Zurich

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  • : conservateur au département des Objets d'art du musée du Louvre
  • : directeur du Centre d'études supérieures de civilisation médiévale à l'université de Poitiers

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Pour citer l’article

Danielle GABORIT-CHOPIN, Eric PALAZZO, « ENLUMINURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enluminure/