ANGLO-SAXON ART

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L'art anglo-saxon du haut Moyen Âge a été caractérisé, selon sir Thomas Kendrick, par « une série de conflits entre les principes fondamentalement irréconciliables des esthétiques barbare et classique », conflits qui, pour sir David Wilson, n'ont trouvé leur solution qu'au début du viiie siècle, puis aux xe-xie siècles. Les conditions particulières de la conquête anglo-saxonne justifient ce point de vue. En effet, l'arrivée des migrants germaniques provoqua l'élimination ou la fuite de la population autochtone et, par contrecoup, l'effondrement de la civilisation romaine. Ce fait, unique dans l'histoire des Grandes Invasions, explique que l'Angleterre anglo-saxonne, à la différence des royaumes barbares qui, sur le continent, s'étaient partagé l'Empire romain d'Occident, n'ait pu élaborer une culture « mixte » romano-germanique. Au contraire, les traits culturels germaniques importés du continent s'y développèrent en toute liberté, comme dans certains royaumes barbares continentaux qui s'étaient formés hors des frontières de l'Empire (tel celui des Thuringiens). Plus que les arts barbares continentaux, l'art anglo-saxon fut marqué par le refus du naturalisme, notamment en ce qui concerne les représentations anthropomorphes et zoomorphes. Il serait faux, cependant, de croire à un total isolement culturel de l'Angleterre anglo-saxonne et, selon les époques et les lieux, des influences celtiques, scandinaves, mérovingiennes et même méditerranéennes jouèrent.

Une situation historique complexe

On ne peut comprendre la genèse et l'évolution de l'art anglo-saxon du haut Moyen Âge (ve-ixe s.) sans un rapide survol de l'histoire de l'Angleterre romaine, puis barbare. Peuplée de Celtes, la Bretagne (dénomination de l'Angleterre par les Romains, alors qu'ils connaissaient la Bretagne actuelle sous le nom d'Armorique) fut, du fait de sa situation périphérique et insulaire, l'une des dernières provinces de l'Empire romain à être conquise. Ce pays ne pouvait cependant manquer d'attirer Rome par ses richesses minières abondantes et variées : or, plomb, argentifère, cuivre, étain et fer.

L'expédition de César, en 55-54 avant J.-C., ayant été sans lendemain, ce n'est que sous le règne de Claude, en 43 après J.-C., que la conquête de l'île eut lieu. Elle ne se fit pas sans mal et fut accompagnée de révoltes des populations soumises, en particulier celle de la reine bretonne Boudica, en 60. L'ouest de l'Angleterre fut progressivement occupé, mais les légions romaines marquèrent le pas en Écosse, région peuplée d'une population préceltique, les Pictes, conduisant Hadrien à isoler ces barbares par une ligne fortifiée tracée en 122 du golfe de Solway à la Tyne. En 139, l'empereur Antonin tenta de reporter ce limes à quelque 130 km plus au nord, entre les villes actuelles de Glasgow et d'Édimbourg. L'entreprise fut sans lendemain et le « mur d'Antonin », achevé vers 148-149, fut abandonné vers 163, tandis que le « mur d'Hadrien » était remis en service. Il devait marquer la frontière septentrionale de la Bretagne romaine jusqu'à sa conquête par les Anglo-Saxons.

Dès le iiie siècle, alors que la romanisation progressait, les Britanno-Romains durent faire face à diverses menaces extérieures. Au nord, les Pictes multiplièrent les raids contre le « mur d'Hadrien », à l'arrière duquel ils suscitèrent des troubles. À l'ouest, le littoral subit les incursions des Scots d'Irlande, d'origine celtique. Dès le ive siècle, un certain nombre d'entre eux s'établirent en Cornouailles et au pays de Galles, peut-être comme fédérés (c'est-à-dire en qualité d'alliés militaires de Rome). D'autres débarquèrent en Écosse, où ils fondèrent dans la seconde moitié du ve siècle le royaume de Dalriada au détriment des Pictes et donnèrent leur nom à cette région.

Dès les années 280, une troisième menace commença à planer sur la Bretagne romaine, quand des pirates germaniques venus du continent attaquèrent les côtes orientales de l'île, comme d'ailleurs celles du continent. Ce fut le fait de peuples établis sur les rives de la mer du Nord, entre le Jutland et l'embouchure du Rhin : Jutes, Angles, Saxons (ligu [...]

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400 à 500. Royaumes barbares

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Grande-Bretagne, Angleterre anglo-saxonne, Ve-VIIe siècles

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Évangiles d’Echternach, v. 700

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Codex Amiatinus

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  • : directeur du musée des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye

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LES ROYAUMES ANGLO-SAXONS (exposition)

  • Écrit par 
  • Christian HECK
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Pour citer l’article

Patrick PÉRIN, « ANGLO-SAXON ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-anglo-saxon/