ANGLAIS (ART ET CULTURE)Peinture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La peinture anglaise est souvent évoquée avec condescendance de ce côté-ci de la Manche – quand elle n'est pas complètement ignorée. On y discerne seulement, entre deux abîmes de médiocrité, un bref « âge d'or » allant de 1750 à 1850 et culminant avec Turner. Pour comprendre comment cette présentation caricaturale a pu longtemps être crédible, il faut aborder de front le reproche habituel fait à l'art de ce pays : il n'y aurait pas de peintre anglais avant Hogarth. Van Dyck, naturalisé en « sir Anthony », était flamand, et Holbein bâlois. Quant à la peinture médiévale, il n'y en a pas, puisqu'elle a été détruite par le zèle des réformateurs protestants. Toutes ces vérités, cependant, ne signifient pas que la peinture anglaise était inexistante avant le xviiie siècle, ou a été le fait d'artistes étrangers invités par des souverains soucieux de rivaliser avec leurs homologues du continent. Si la Réforme a bien tué la peinture religieuse, elle n'a pas affecté les autres genres, et notamment l'art du portrait qui a été, à toutes les époques, une des gloires de l'art britannique. D'autre part, l'apport de la Grande-Bretagne dans un genre majeur, celui du paysage, a fréquemment été sous-estimé : on oublie que ce sont les aquarellistes anglais des années 1780 qui ont « inventé » le paysage moderne, et que l'œuvre immense de Turner est née dans ce terreau fertile. Toutefois, il serait dangereux d'apprécier les peintres d'outre-Manche uniquement comme précurseurs. Robert Rosenblum, dans le catalogue de la rétrospective British Art in the 20th Century (Londres, 1987), a justement dénoncé ce type d'approche anachronique : « Si l'on écrivait l'histoire de la peinture britannique au xixe siècle du point de vue des avant-gardes parisiennes successives, des maîtres comme Turner et Constable apparaîtraient principalement comme des prophètes de l'impressionnisme, et beaucoup d'artistes inoubliables – visionnaires religieux comme Blake et Palmer, réalistes et réformateurs fanatiques comme les préraphaélites, illustrateurs fous comme Richard Dadd – seraient expédiés en quelques lignes. » Si le cadre de cet article nous oblige à de tels raccourcis, cela ne veut pas dire que l'amateur de peinture doive s'abstenir d'aller admirer outre-Manche les œuvres d'artistes peu connus en France et absents de nos musées. Loin d'être à la remorque de la peinture continentale, la créativité picturale anglaise présente des aspects originaux (certains diraient insulaires) qu'il convient de souligner d'entrée de jeu. En premier lieu, il faut souligner les contrastes quasi permanents dans le statut social des peintres anglais entre deux types d'artistes : d'une part, les « maîtres » reconnus, confortablement installés dans l'establishment artistique, et, d'autre part, les excentriques et les marginaux comme William Blake et Laurence S. Lowry, poursuivant une recherche solitaire à l'écart des modes. En second lieu, notons la permanence extraordinaire des genres picturaux traditionnels jusqu'à notre époque : le portrait, loin d'être moribond, a gardé son pouvoir attractif en Grande-Bretagne dans les couches supérieures de la société ; la peinture narrative, teintée de réalisme social, prospère depuis Hogarth et sans interruption jusqu'aux photo-montages de Gilbert et George. Enfin, il faut mentionner l'autofécondation de la peinture anglaise : à chaque génération, les modernes sont à l'écoute des anciens ; ainsi Constable ne jurait que par les paysages de Gainsborough, et Graham Sutherland est tombé sous le charme des dessins de Samuel Palmer. Est-ce à dire qu'il existe une « anglicité » de la peinture britannique, comme l'a soutenu Nikolaus Pevsner ? Rien n'est plus difficile à prouver – la prétendue « linéarité » de l'art anglais se retrouvant, par exemple, dans plus d'une civilisation. Elle est plus probablement à rechercher dans le goût des critiques et des collectionneurs britanniques, plutôt que dans l'extrême variété des choix esthétiques des grands peintres de ce pays.

Le «Téméraire» remorqué à son dernier mouillage, J. M. W. Turner

Diaporama : Le «Téméraire» remorqué à son dernier mouillage, J. M. W. Turner

Joseph Mallord William Turner (1775-1851), Le «Téméraire» remorqué à son dernier mouillage. 1838-1839. Huile sur toile. 91 cm X 122 cm. The National Gallery, Londres. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

La Marche sur Finchley, W. Hogarth

Photographie : La Marche sur Finchley, W. Hogarth

William HOGARTH, La Marche sur Finchley, huile sur toile. Coram Foundation, Londres 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

Le Bois de Cornard, T. Gainsborough

Photographie : Le Bois de Cornard, T. Gainsborough

Thomas GAINSBOROUGH (1727-1788), Le Bois de Cornard, huile sur toile, 1748. National Gallery, Londres. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

La floraison de l'enluminure médiévale

La connaissance de la peinture médiévale anglaise reste très fragmentaire parce que la plupart des témoignages peints de l'art religieux ont été détruits par les ravages d [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

Médias de l’article

Le «Téméraire» remorqué à son dernier mouillage, J. M. W. Turner

Le «Téméraire» remorqué à son dernier mouillage, J. M. W. Turner
Crédits : Bridgeman Images

photographie

La Marche sur Finchley, W. Hogarth

La Marche sur Finchley, W. Hogarth
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Le Bois de Cornard, T. Gainsborough

Le Bois de Cornard, T. Gainsborough
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Marie II Stuart, P. Lely

Marie II Stuart, P. Lely
Crédits : Sotheby's/ AKG

photographie

Afficher les 12 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à l'université de Clermont-Ferrand-II-Blaise-Pascal
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  ANGLAIS ART ET CULTURE  » est également traité dans :

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 1 108 mots

Il est significatif que les deux ouvrages les plus importants consacrés au particularisme marqué de l'art anglais, à son caractère unique au sein de l'histoire de l'art occidental, et en tout cas les premiers à poser délibérément cette question et à en faire l'objet principal de leur réflexion, L'« Anglicité » de l'art anglais et Les Antécédents idéologiques de l […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Langue

  • Écrit par 
  • Guy Jean FORGUE, 
  • Hans KURATH
  •  • 6 441 mots
  •  • 2 médias

L'anglais est une langue germanique qui, par sa structure, appartient à la catégorie des langues indo-européennes. Il est étroitement apparenté au frison, au hollandais, au bas allemand qui, avec le haut allemand, constituent le groupe occidental des langues germaniques.Importé dans les îles Britanniques dès le ve siècle par les envahisseurs venus du […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Elisabeth ANGEL-PEREZ, 
  • Jacques DARRAS, 
  • Jean GATTÉGNO, 
  • Vanessa GUIGNERY, 
  • Christine JORDIS, 
  • Ann LECERCLE, 
  • Mario PRAZ
  •  • 28 339 mots
  •  • 28 médias

Toute histoire littéraire sous-entend une perspective et la perspective a rapport au temps présent, le passé étant vu en fonction de problèmes contemporains ; ainsi, maint écrivain dont le nom est consacré dans le panthéon des célébrités peut se trouver aujourd'hui ou demain dans la situation de la semence qui tombe sur le basalte. Si l'on conçoit l'histoire littéraire comme dynamique et non plus […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Aquarelle

  • Écrit par 
  • Jacques CARRÉ
  •  • 3 838 mots
  •  • 2 médias

Dupremier voyage de John Robert Cozens en Italie en 1776 à la mort de Turner en 1851, l'Angleterre a connu un âge d'or de l'aquarelle. Cette technique picturale, auparavant réservée au dessin topographique et architectural, a brusquement connu la faveur des artistes et de leurs clients au moment où les voyage […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Sculpture

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
  •  • 2 368 mots
  •  • 4 médias

La « sculpture anglaise » existe-t-elle vraiment ? Si l'on a évidemment pratiqué de tout temps la sculpture en Angleterre, l'expression ne prend corps qu'à l'âge contemporain avec l'invention de la sculpture moderne. Le xxe siècle est en effet marqué par une véritable effervescence de la création sculpturale en Angleterre, phénomène qui a été analysé […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Architecture

  • Écrit par 
  • Monique MOSSER
  •  • 7 822 mots
  •  • 29 médias

L'architecture anglaise reste étrangement méconnue en France. Or le développement de cet art au cours des quatre siècles qui vont de la Renaissance à l'orée des temps contemporains, de l'avènement d'Élisabeth à la mort de Victoria, prouve qu'à côté de l'Italie et de la France l'Angleterre fut une des terres les plus fécondes en grands praticiens et en mo […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Musique

  • Écrit par 
  • Jacques MICHON
  • , Universalis
  •  • 6 932 mots
  •  • 8 médias

Les arts sont les témoins des civilisations et sont, comme elles, largement façonnés par le contexte géographique et historique qui les voit naître et se développer. La musique anglaise n'échappe pas à cette loi.Protégée de l'influence immédiate de ses voisins les plus proches par l'existence entre elle et eux d'un bras de mer, c'est en son propre terroir qu […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Cinéma

  • Écrit par 
  • N.T. BINH
  •  • 3 487 mots
  •  • 4 médias

Depuis ses origines, le cinéma britannique s'épanouit dans la contradiction – un peu comme l'humour anglais, que l'on caractérise comme conformiste d'un côté, iconoclaste de l'autre. On le déclare périodiquement « fini » pour mieux parler de ses « renaissances » ; les généralisations sont tentantes, souvent réductrices, parfois abusives, car à bien des égards, cette cinématographie reste déroutant […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jacques CARRÉ, Barthélémy JOBERT, « ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anglais-art-et-culture-peinture/