ROUMANIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
Nom officielRoumanie (RO)
Chef de l'ÉtatKlaus Iohannis (depuis le 21 décembre 2014)
Chef du gouvernementLudovic Orban (depuis le 4 novembre 2019)
CapitaleBucarest
Langue officielleroumain
Unité monétairenouveau leu roumain (RON)
Population19 165 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)238 397

Histoire

La Roumanie daco-romaine

Les premiers habitants du territoire actuel de la Roumanie à l'époque historique furent les Daces, peuple indo-européen apparenté aux Thraces. Agriculteurs, éleveurs de chevaux, sachant travailler les métaux, ils empruntèrent leur première civilisation aux Celtes, aux Scythes et aux colonies grecques de la mer Noire (comme Tomis, l'ancien nom de Constanţa). Les archéologues ont mis au jour les vestiges de leurs forteresses aux murailles massives, de leurs ateliers métallurgiques et de leurs sanctuaires. Une ébauche d'État dace se forme au ier siècle avant J.-C. sous Burebista : d'abord fragile fédération de tribus, elle deviendra au siècle suivant assez puissante pour que Rome, maîtresse de la péninsule jusqu'au Danube, en prenne ombrage.

Raisons stratégiques et visées purement économiques (conquête du sel, du fer et surtout de l'or de la Dacie) sont à l'origine des campagnes de Trajan (101, puis 106 apr. J.-C.). Leur récit se déroule sur la longue bande sculptée de la colonne Trajane, du franchissement du Danube à la prise de la capitale, Sarmizegetusa, et au suicide du roi dace, Décébale. La Dacie conquise (dont le territoire correspondait à l'Olténie et à la Transylvanie actuelles) jouit dès lors des bienfaits de la « paix romaine » ; construction de routes, de villes (Ulpia Trajana), de monuments (pont de Turnu-Severin, trophée de Trajan en Dobrogea [Dobroudja]) à l'abri d'un limes discontinu de tours et de camps fortifiés. Mais c'est dans le peuplement que se marque surtout le « sceau de Rome » (N. Iorga) : soldats des légions qui gardent la frontière, colons installés par l'administration impériale ou spontanément immigrés font souche, se mêlent à la population dace, constituent avec elle le peuple daco-romain, dont le ciment est la langue latine, qui s'établit ici pour toujours.

Cependant, ce peuple semble disparaître de l'histoire. En 271 après J.-C., pour raccourcir la frontière de l'Empire menacé, Aurélien prend la décision de retirer ses légions au sud du Danube et d'évacuer la Dacie. S'ouvre alors pour celle-ci une période longue de dix siècles, qui est restée obscure et a suscité des hypothèses contradictoires. Selon certains historiens, le retrait de 271 aurait été total, le tourbillon des invasions (Goths, Huns, Avars) aurait achevé d'effacer toute trace de l'œuvre romaine, et les descendants de l'ancienne population romanisée, réfugiés quelque part au sud du Danube, ne seraient revenus en Transylvanie que vers le xiie siècle. On se rallie généralement aujourd'hui à la thèse défendue par l'historiographie roumaine, selon laquelle il n'existe aucune discontinuité entre le peuple roumain et ses ancêtres daco-romains. L'évacuation de 271, décidée au cours d'une longue période de paix, n'a certainement pas été générale. Le passage des invasions a pu effacer les vestiges de civilisation urbaine et obliger les habitants à se réfugier dans les massifs boisés et à pratiquer la vie pastorale, mais sans affecter profondément la nature du peuplement. Les recherches archéologiques et toponymiques ont d'ailleurs confirmé cette permanence.

Les invasions slaves, à partir du vie siècle, eurent un effet bien plus durable et finalement bénéfique. La longue période de symbiose entre Slaves et Daco-Romains, au cours de laquelle achève de se former le peuple roumain, introduit dans la langue roumaine un abondant vocabulaire slave, mais sans en modifier la structure. Intégrée dans le puissant empire bulgare du tsar Siméon, l'ancienne Dacie entre à son tour dans l'aire culturelle de Byzance. Le christianisme s'y répand à partir de la fin du ixe siècle et, rattachée aux évêchés bulgares, l'Église roumaine adopte la liturgie slavonne. Le christianisme va de pair avec un certain perfectionnement de l'organisation sociale, un début de féodalisation de la société au profit de l'Église et d'une aristocratie de boyards.

Mais le progrès culturel et l'émergence politique du peuple roumain sont contrariés par de nouvelles invasions (Petchenègues, Coumans, Tatars) qui, du xe au xiiie siècle, empruntent le couloir danubien et isolent à nouveau le refuge transylvain. Or celui-ci est menacé à l'ouest, depuis la fin du xe siècle, par les Hongrois, qui, sous le règne d'Étienne Ier, commencent au xie siècle la conquête de la Transylvanie. Les autochtones doivent accepter le voisinage des nouveaux venus, les Székely (ou Sicules), colons turcomagyars établis en poste avancé au sud-est de l'arc carpatique pour la défense de la frontière, des colons germaniques, dits Saxons, appelés par les rois de Hongrie pour l'exploitation des richesses minières des Alpes transylvaines, les chevaliers teutoniques des Sept Châteaux (Siebenbürgen) enfin, qui donnent à la Transylvanie son nom germanique. La conquête hongroise y apporte l'influence de l'Occident – conséquence du baptême catholique du royaume de Saint-Étienne – qui se perçoit dans le décor urbain des villes renaissantes, avec leurs cathédrales gothiques (Alba Iúlia, xiiie siècle, par exemple), mais aussi dans l'introduction d'un régime féodal très rigoureux au profit de la noblesse magyare ou magyarisée qui asservit peu à peu la paysannerie roumaine.

L'essor des principautés roumaines

Au xiiie siècle, la pression hongroise se fait si forte en Transylvanie que les derniers voïvodes roumains ont de plus en plus de mal à défendre leur autonomie. Or, à la même époque, le reflux des hordes tatares rétablit enfin la sécurité dans les plaines danubiennes. Ce double fait explique la redescente d'une partie de la population roumaine de Transylvanie vers le Danube et la mer Noire. Sous l'autorité de voïvodes, devenus plus ou moins légendaires, se forment les principautés de Valachie (avec Radu Negru, puis Basarab) et de Moldavie (avec Dragoş, Bogdan). D'abord fiefs hongrois, celles-ci réussissent à se déclarer indépendantes vers la fin du xive siècle et commencent à s'organiser autour de leurs princes (domn) et de leurs assemblées d'État (composées des boyards, du clergé et parfois de paysans libres, ainsi que des marchands, avec le développement de la vie urbaine).

Malheureusement, au moment où se dessinent les premières formes de l'État, l'invasion ottomane compromet l'avenir des principautés roumaines. De la fin du xive au début du xvie siècle, leur histoire se résume à la résistance courageuse de leurs princes, le Valaque Mircea le Vieux (1386-1418), l'un des vaincus de Nicopolis, et le Moldave Étienne le Grand (1457-15 [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 52 pages

Médias de l’article

Roumanie : carte physique

Roumanie : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Roumanie : drapeau

Roumanie : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Monts  Făgăraș, Roumanie

Monts  Făgăraș, Roumanie
Crédits : P. Stelian/ Shutterstock

photographie

Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)

Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)
Crédits : Gavriel Jecan/ The Image Bank/ Getty Images

photographie

Afficher les 16 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à l'université de Bucarest, directeur de l'Institut d'études est-européennes
  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'Institut national des langues et civilisations orientales et à l'université de Paris-Sorbonne
  • : professeur à l'université de Göttingen.
  • : chargée de cours à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII, analyste-rédactrice aux éditions de la Documentation française
  • : rédacteur en chef de Lettre(s), titulaire d'un D.E.A. de roumain, Institut national des langues et civilisations orientales, doctorant à l'université de Paris-III
  • : professeur à l'Institut national des langues orientales vivantes
  • : journaliste

Classification

Autres références

«  ROUMANIE  » est également traité dans :

ROUMANIE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite

ANTONESCU ION (1882-1946)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 261 mots
  •  • 1 média

Officier et homme politique roumain, Ion Antonescu est né à Pitesti en Transylvanie, qui appartenait alors au royaume de Hongrie. Il participe aux combats de la Première Guerre mondiale comme officier dans l'armée roumaine. Nommé attaché militaire à Londres, puis à Rome, il ne cache pas ses sympathies pour le régime fasciste. Il devient chef d'état-major général, puis ministre de la Guerre. Le dé […] Lire la suite

BANAT

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 476 mots

Région située au sud-est de la plaine hongroise, à proximité du défilé des Portes de Fer par où le Danube perce l'arc carpato-balkanique. Sa vocation de passage et de carrefour utilisée dès l'époque romaine lui a valu bien des vicissitudes au cours de l'histoire : dévastée par les Ottomans, au xvii e siècle, elle fut désertée ; l'Empire habsbourgeois la reconquit au cours du xviii e siècle, l'o […] Lire la suite

BRASOV

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 371 mots
  •  • 1 média

Fondée par les chevaliers Teutoniques au xiii e siècle sous le nom de Cronstadt, la ville roumaine de Braşov a été un foyer de colonisation saxonne en Transylvanie. Forteresse et centre commercial à proximité du passage des Carpates et sur le plus court chemin menant à Bucarest et à Constantinople, elle est riche d'une double tradition de commerce avec l'Orient et d'artisanat ; au Moyen Âge, ell […] Lire la suite

BRATIANU ION (1821-1891)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 196 mots

Homme d'État roumain, Ion Bratianu fait ses études à Paris ; de retour dans son pays, il prend part à la révolution de 1848 et il fait partie du gouvernement provisoire. Après l'échec de la révolution, il se réfugie à Paris, où il continue à lutter en faveur de l'autonomie des principautés danubiennes. En 1854, il a des démêlés avec la police française et regagne sa patrie en 1856. De 1859 à 1866, […] Lire la suite

BUCAREST

  • Écrit par 
  • Philippe LOUBIÈRE
  •  • 731 mots
  •  • 1 média

Capitale de la Roumanie , Bucarest est une agglomération de près de deux millions et demi d'habitants à la fin des années 2000, située à 200 kilomètres à l'ouest de la mer Noire et à mi-distance entre le Danube au sud et le piémont sud-est des Carpates au nord. Elle est arrosée par la Dâmboviţa, sous-affluent du Danube, et le climat y est continental. Son nom en roumain, Bucureşti , évoque la com […] Lire la suite

BUKOVINE ou BUCOVINE

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 253 mots
  •  • 1 média

Située sur le versant nord-est des Carpates, la province historique de Bucovine par sa position stratégique commandant le large passage qui sépare les Carpates moldaves des Carpates slovaques, fit longtemps l'enjeu des volontés expansionnistes autrichiennes et russes. Après maintes dominations successives, elle a été scindée en deux par le traité de Paris, le 10 février 1947, le Sud restant roumai […] Lire la suite

CAROL ou CHARLES Ier (1839-1914) prince (1866-1881) puis roi de Roumanie (1881-1914)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 386 mots

Prince (1866-1881) puis roi de Roumanie (1881-1914), né le 20 avril 1839, à Sigmaringen (Allemagne), mort le 10 octobre 1914 au château de Peles, Sinaia (Roumanie). Le prince allemand Charles de Hohenzollern-Sigmaringen reçoit son éducation à Dresde et à Bonn. En 1864, il est officier dans l'armée prussienne lors de la guerre des duchés contre le Danemark. Avec l'accord tacite de son cousin, l'emp […] Lire la suite

CAROL ou CHARLES II (1893-1953) roi de Roumanie (1930-1940)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 352 mots

Roi de Roumanie (1930-1940), né le 15 octobre 1893 au château de Peles, Sinaia (Roumanie), mort le 4 avril 1953, à Estoril (Portugal). Fils aîné du roi Ferdinand I er , Carol devient l'héritier du trône roumain à la mort de son grand-oncle Charles I er , en octobre 1914. Sa vie privée est une source continuelle de scandales : après un mariage morganatique avec la fille d'un officier, Zizi Lambrino […] Lire la suite

CARPATES

  • Écrit par 
  • André BLANC, 
  • Pierre CARRIÈRE, 
  • Mircea SANDULESCU
  • , Universalis
  •  • 4 837 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre «  Unités géologiques »  : […] L'orogène carpatique comprend, d'une part, la chaîne de montagnes à double courbure qui s'étend de Bratislava, en Slovaquie, jusqu'à la rivière Timok, en Serbie orientale, d'autre part, des reliefs plus ou moins isolés, situés à l'intérieur de l'arc, tels les monts Apuseni en Roumanie, Bakony, Mecsek et Villányi en Hongrie. Cet ensemble montagneux s'est formé durant l'orogenèse alpine (c'est-à- […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

6-22 décembre 2020 Roumanie. Élections législatives.

Roumanie-Parti de la liberté, de l’unité et de la solidarité (USR-PLUS) de Dan Barna progresse également avec 15,4 p. 100 des suffrages et 55 députés. L’Alliance pour l’unité des Roumains de George Simion fait son entrée au Parlement avec 9,1 p. 100 des voix et 33 sièges. L’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) obtient 5,7 p. 100 de suffrages  […] Lire la suite

3-22 juin 2020 Suisse. Fin de l'état de situation extraordinaire lié à la Covid-19.

Roumanie, de Chypre et du Royaume-Uni, ces pays ne faisant pas partie de l’espace Schengen. Le 19, le Conseil fédéral met fin à l’état de situation extraordinaire et assouplit le régime du déconfinement, autorisant notamment, à compter du 22, les rassemblements jusqu’à mille personnes – contre trois cents depuis le 6. […] Lire la suite

5 février 2020 Roumanie. Renversement du gouvernement de Ludovic Orban.

Le Parlement adopte une motion de défiance à l’encontre du gouvernement minoritaire de Ludovic Orban, chef du Parti national libéral (PNL). Celle-ci est votée par le Parti social-démocrate (PSD) dont le gouvernement avait été renversé en octobre 2019. Le PSD voulait éviter l’adoption d’une réforme électorale en vue des municipales de juin, qui l’ […] Lire la suite

10-24 novembre 2019 Roumanie. Réélection du président Klaus Iohannis.

Le 10, le président Klaus Iohannis, candidat du Parti national libéral (centre droit), arrive en tête au premier tour de l’élection présidentielle avec 37,8 p. 100 des suffrages, devant l’ancienne Première ministre sociale-démocrate Viorica Dăncilă, renversée par le Parlement en octobre, qui recueille 22,3 p. 100 des voix. Dan Barna, candidat du  […] Lire la suite

10 octobre - 4 novembre 2019 Roumanie. Chute du gouvernement de Viorica Dăncilă.

Roumanie avaient quitté le gouvernement. Le 15, le président libéral Klaus Iohannis nomme le président du Parti national libéral (PNL) Ludovic Orban au poste de Premier ministre. Le 4 novembre, le Parlement investit le gouvernement minoritaire de Ludovic Orban.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Mihai BERZA, Catherine DURANDIN, Alain GUILLERMOU, Gustav INEICHEN, Edith LHOMEL, Philippe LOUBIÈRE, Robert PHILIPPOT, Valentin VIVIER, « ROUMANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roumanie/