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Roumanie : carte physique

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Roumanie : drapeau

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Monts  Făgăraș, Roumanie

Monts  Făgăraș, Roumanie
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Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)

Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)
Crédits : Gavriel Jecan/ The Image Bank/ Getty Images

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Nom officielRoumanie (RO)
Chef de l'ÉtatKlaus Iohannis (depuis le 21 décembre 2014)
Chef du gouvernementViorica Dăncilă (depuis le 29 janvier 2018)
CapitaleBucarest
Langue officielleroumain
Unité monétairenouveau leu roumain (RON)
Population19 596 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)238 391

Pour qui cherche à définir la personnalité de la Roumanie, le premier caractère qui retient l'attention est sa diversité. La Roumanie est un carrefour culturel. L'histoire l'associe au monde balkanique, puisqu'elle a subi comme lui l'influence religieuse et artistique de Byzance et le joug ottoman. Mais elle n'atteste pas moins sa vocation carpato-danubienne, que la géographie impose, c'est-à-dire l'ouverture vers le monde germanique et hongrois, et par-delà, vers la civilisation occidentale, c'est-à-dire le catholicisme, la Réforme, le mouvement des Lumières et le romantisme.

Roumanie : carte physique

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Carte physique de la Roumanie. 

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Roumanie : drapeau

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Roumanie (1848 ; modif. 1866 et 1989). La révolution de 1848 avait donné au drapeau roumain ses trois couleurs, réplique des couleurs héraldiques de la Moldavie et de la Valachie sous la férule ottomane ; la disposition de ces couleurs à la verticale date de 1866. L'avènement de Nicolae... 

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L'essentiel reste pourtant le principe d'unité, qui s'oppose aux forces centrifuges qu'aurait pu produire cette diversité : la latinité que Trajan lui a imprimée et qui ne s'est jamais effacée. C'est ce qui lui a permis de résister, démographiquement et linguistiquement, au déferlement des Slaves au Moyen Âge et, intellectuellement plus tard, au prestige de l'hellénisme. Et c'est aussi la conscience de sa latinité, ravivée aux moments décisifs de son histoire (1848, 1856-1859, 1916-1918) par un attrait privilégié pour la France, qui a cimenté l'unité nationale de la Roumanie et rendu possible le rassemblement des principautés de Transylvanie et de Moldo-Valachie, si longtemps séparées par des destins différents.

—  Robert PHILIPPOT

Occupée par l'Armée rouge en 1944, la Roumanie s'est vu imposer un régime de type soviétique alors qu'elle n'avait même pas eu le temps de s'accoutumer, dans l'entre-deux-guerres, à la démocratie. Dans les années 1960 et 1970, le pouvoir a semblé faire preuve d'une certaine volonté d'indépendance. Cependant, la crise mondiale, combinée aux insuffisances d'une politique dirigiste à l'extrême, les errements d'un régime qui s'avéra de plus en plus despotique placèrent la Roumanie dans l'orbite soviétique. Mais l'exaspération de tout un peuple maintenu dans le sous-développement aboutit à la révolution de décembre 1989. Le pays peine à s'adapter à l'économie de marché, mais entreprend un rapprochement avec l'Ouest, qui se concrétise par l'entrée dans l'O.T.A.N. en 2004 et dans l'Union européenne en 2007.

—  Valentin VIVIER

Géographie et économie

Le cadre naturel

Avec une superficie de 237 000 kilomètres carrés, la Roumanie est un pays de taille moyenne. L'architectonique s'organise autour des Carpates, chaîne de montagnes d'orogenèse tertiaire et d'altitude peu élevée (2 543 m au mont Moldoveanu), faiblement marquée par l'empreinte glaciaire. Le pays comprend environ un tiers de montagnes, un tiers de collines, un tiers de plaines. Il se constitue d'un plateau central, la Transylvanie, enserré par la chaîne des Carpates, de l'arc des collines péricarpatiques, et de plaines qui s'évasent vers les frontières. Le Danube et la Dobroudja (Dobrogea) échappent à cet ensemble. L'architecture du relief et l'histoire géologique expliquent la localisation des ressources naturelles et celle du peuplement.

Monts  Făgăraș, Roumanie

Monts  Făgăraș, Roumanie

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Dans les Carpates méridionales, la Transylvanie est dominée par un important massif montagneux, le plus haut du pays (2 544 mètres d'altitude), les monts Făgăraș. 

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Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)

Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)

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Meules de foin dans la région de Brasov (Roumanie). Au fond, la chaîne des Carpates méridionales. 

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La longue orogenèse des Carpates a donné lieu à des effondrements produisant d'importantes dépressions qui ont attiré les premiers habitants du Paléolithique à la période des grandes invasions. Elles servirent alors de refuge. Dans les Carpates orientales, fragmentées par les dépressions de Maramureş, Dorna, Bîrsa, d'importants centres urbains se sont développés, le plus important étant celui de Braşov, ville industrielle et centre touristique. Les Carpates méridionales sont plus massives. La partie supérieure est dénudée, couverte de pâturages où transhument, l'été, les ovins venus des dépressions peu nombreuses, mais capitales pour l'économie du pays : celle de Haţeg, reliée par des couloirs aux bassins des rivières Mureş, Timiş et Jiu. Des centres métallurgiques s'y sont installés. C'est vers le sud, dans la dépression de Petroşani – dont les dépôts tertiaires contiennent des couches de charbon – que sont implantées les villes minières, Petroşani, Uricani. Les Carpates occidentales, montagnes du Banat et monts Apuseni, présentent un relief non homogène. Le sous-sol est riche en minerai métallifère non ferreux et en houille. Les combinats métallurgiques du pays, Reşiţa et Hunedoara, se sont localisés dans les dépressions internes et marginales. Le plateau transylvain occupe une position centrale. Des strates de lignite et de schistes bitumineux s'intercalent dans les couches paléogènes. Les villes ceinturent le plateau, en avant des passages transcarpatiques ; Cluj et Sibiu, centres culturels, industriels et commerciaux, sont les plus remarquables de ces cités. La partie orientale du pays, entre les Subcarpates, la vallée du Prut et le cours inférieur du Siret, est occupée par le plateau moldave. Le sous-sol contient de minces lentilles de lignite. Riche en noyaux urbains et administratifs, la Moldavie, avec les anciennes capitales de Jassy (Iaşi) et Suceava, a longtemps mal supporté l'hégémonie de Bucarest. L'ensemble valaque, grenier à blé de la Roumanie, le long de l'axe Ploiesţi-Bucarest-Olteniţa, est plus divers : sa largeur varie de 20 kilomètres dans l'ouest de l'Olténie à 140 ou 159 kilomètres dans la partie centrale. Cette plaine est le site des grandes villes : Craiova, Bucarest, Brăila, Galaţi. La région de la plaine du Bărăgan et de la Dobroudja du Sud évoque les steppes d'Asie Mineure. Elle a souvent frappé les imaginations des voyageurs et des romanciers, tel Panaït Istrati. Au sud et à l'est, la Plaine roumaine s'étend vers le lit majeur du Danube sur une distance de 700 kilomètres. La zone est très active sur le plan économique. Ses villes-ports sont liées par voie ferrée à la ceinture des chemins de fer péricarpatiques. Ici, le contrôle du régime de l'eau est particulièrement important.

Avec les massifs aux formes karstiques des Carpates orientales, les forêts de hêtres des montagnes méridionales, les collines de vignobles de Moldavie et les steppes de la Dobroudja du Sud et du Bărăgan, la Roumanie offre des paysages extrêmement divers. Elle présente cependant une certaine unité climatique : pays continental avec des isothermes de — 5 0C à 0 0C pour janvier et de 20 0-25 0C pour juillet. Certaines régions, le Bărăgan, avec 44 0C de maximum l'été, les plaines orientales, avec des minimums de — 30 0C l'hiver à Bucarest, connaissent des amplitudes plus creusées. Les précipitations sont peu abondantes (plus du tiers du territoire ne reçoit pas 600 millimètres de pluie par an) et se répartissent sur un petit nombre de jours. La brièveté et l'irrégularité des saisons intermédiaires limite le nombre des jours des travaux agricoles. Le bilan hydrique et la médiocre alimentation en eau pèse sur l'ensemble de l'économie. Le potentiel hydroélectrique est modeste et les déboisements excessifs ont aggravé la torrentialité dans les montagnes. Ces désordres hydrogéologiques menacent la Transylvanie, les Carpates méridionales et les basses vallées. Les ressources naturelles ont alimenté les rêves d'industrialisation qui devaient accompagner l'indépendance nationale dans le dernier tiers du xixe siècle : le démarrage se fit, à l'aide des capitaux étrangers, à partir des pétroles, localisés au pied de la montagne, ou dans la zone subcarpatique. La production de la Roumanie crût de 275 tonnes en 1857 à 247 487 tonnes en 1900 pour dépasser le million de tonnes en 1907 et atteindre 8,7 millions en 1936. La part de l'agriculture représente 76 p. 100 du revenu national en 1930.

La nature et ses contrastes ont fait de la Roumanie, à l'aube du xxe siècle, un pays exotique pour les capitalistes étrangers qui rêvaient d'un eldorado européen. Le tourisme y a été systématiquement mis en valeur à partir de la fin des années 1950, avec le développement des stations du littoral telles que Mamaia ou Mangalia ou des centres de sports d'hiver.

—  Catherine DURANDIN

Une industrialisation volontariste

Au long de son histoire, la Roumanie a gardé un visage rural important. Les réformes agraires du xixe siècle et de la première moitié du xxe siècle n'ont guère fait que morceler les grands domaines en faveur de petits paysans ayant « faim de terre » pour survivre. Le peu de rapport des grands domaines n'a permis que difficilement aux propriétaires terriens d'investir dans une industrie restée très en retard. Dans les domaines du pétrole et des chemins de fer, les capitaux en provenance du IIIe Reich, pendant l'entre-deux-guerres, expliquent pour une part le glissement du pays dans l'alliance allemande.

Après la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste entreprend de moderniser les structures économiques du pays. La pression de l'Union soviétique sur la Roumanie fut importante, notamment pour faire payer à cette dernière une dette de guerre de 300 millions de dollars. À cause de son énormité, la dette fut réduite en 1948, mais resta à la charge directe du pays jusqu'en 1954, sous forme de très grandes quantités de pétrole, de bois et de produits agricoles (légumes et céréales). Des sociétés mixtes soviéto-roumaines, dites Sovrom, contrôlèrent l'économie jusqu'à cette date.

Dans les années 1970, après un effort énorme d'investissement et de production de deux décennies, l'industrie dépasse l'agriculture comme principal apport du revenu national. Le secteur public atteint alors 94 p. 100 de la population active. En totalisant 17 p. 100 de la production nationale, Bucarest est le premier centre industriel du pays.

Une telle politique d'investissement, si elle a créé près d'un million et demi d'emplois dans l'industrie, a grandement comprimé le niveau de vie de la population, l'un des plus bas de l'Europe orientale, et négligé les services et le logement.

Les défis extérieurs

Le décollage des années 1960-1970 pousse la Roumanie à jouer le jeu de l'autonomie dans le camp socialiste, avec l'objectif de devenir une économie « multilatéralement développée », de préférence au modèle de spécialisation économique des républiques de l'Union soviétique entre elles. La Roumanie se déclare à la fois pays socialiste et pays en voie de développement ; elle adhère au F.M.I. en 1973 et passe des contrats avec des pays du Tiers-Monde (Inde, Brésil, Chine) et des pays occidentaux (R.F.A., Royaume-Uni, Autriche, France), au point que le succès du plan de 1971-1975 a dépendu en grande partie de ses relations économiques avec l'Ouest.

La hausse du prix des matières premières et de l'énergie, l'endettement, les difficultés internes, les infrastructures de transport obsolètes et la mauvaise maîtrise des technologies nouvelles pèsent pourtant de plus en plus, malgré une croissance annuelle qui dépasse les 10 p. 100, sur les choix économiques de la Roumanie. Le gouvernement entreprend de développer de nouvelles sources d'énergie (charbon, hydroélectricité), de recourir de façon croissante à des carburants et à des matériaux de moindre qualité, et de restreindre la consommation.

Or la population, dont le niveau de vie est très bas, manifeste depuis 1977 des signes d'impatience ; en outre, le déficit du commerce avec l'Ouest commence à se creuser, au point de menacer l'approvisionnement du pays et de révéler les problèmes alimentaires occasionnés par la faillite de la politique agricole.

Collectivisée, la terre est partagée entre les fermes d'État, entreprises pilotes, et les coopératives agricoles de production, qui assurent les récoltes de masse. L'irrigation fait l'objet de grands travaux, encore insuffisants, et la modernisation est lente. Malgré le recours massif aux engrais chimiques, la production ne parvient pas à répondre aux objectifs du plan de 1976-1980. Les céréales et l'élevage sont les productions les plus touchées. En 1981, le gouvernement impose d'augmenter encore la production et exige des paysans qu'ils livrent les excédents à l'État, à des prix fixés par lui arbitrairement bas.

Un bilan catastrophique

Le désir de Ceauşescu de rembourser la dette extérieure, alors que la production et la croissance sont partout en baisse, a pour conséquence de priver la population des produits de première nécessité, y compris alimentaires, et d'imposer des économies d'énergie draconiennes qui plongent le pays dans le froid et l'obscurité. Le commerce avec l'Ouest baisse d'autant, au profit d'une coopération renforcée avec l'Union soviétique (programme de coopération du 16 mai 1986), cachée à l'opinion publique. La Roumanie, qui souffre de la faim, exporte en U.R.S.S. des produits agricoles et investit même dans des complexes métallurgiques et miniers en Ukraine et dans la région de Koursk.

Pour essayer de faire accepter la pénurie et face à la tentation de la perestroïka, Ceauşescu appelle à dépasser l'insuffisante mobilisation des travailleurs, accentuant ainsi la pression idéologique sur le pays. Une forte grève éclate cependant à Braşov en 1987, consécutive à une visite de Mikhaïl Gorbatchev en Roumanie. La grève est certes réprimée, mais c'est le signe qu'une révolte est possible, annonciateur des événements de décembre 1989.

Une transition en dents de scie dans un pays vieillissant

La transition vers l'économie de marché qui suit le renversement de Ceauşescu est portée par une équipe de communistes réformistes qui avaient été écartés des affaires dix ans plus tôt, quand le réformisme pouvait encore être tenté, comme dans l'U.R.S.S. de Gorbatchev, en Hongrie, voire en Pologne. C'est ce qui explique que la privatisation a été tardive, freinée même dans le cas des grandes industries, et que l'autorisation des capitaux étrangers n'a été donnée que tardivement et sous la contrainte des nécessités.

Cela, et la satisfaction des besoins de consommation longtemps refoulés de la population, a contribué à creuser la dette extérieure et le déficit budgétaire, et a conduit à une inflation importante. Des tensions s'en sont suivies avec le F.M.I. et la Banque mondiale qui ont poussé à de profondes réformes structurelles.

L'alternance politique, en 1996, a conduit à mettre en place une politique d'austérité et de lutte contre les privilèges et contre la corruption de la nomenklatura sortante, avant le retour de celle-ci au pouvoir en 2000. L'opposition triomphe à nouveau en 2004, et met en œuvre une politique libérale d'autant plus radicale qu'elle doit s'adapter aux critères de l'Union européenne, qui ouvre finalement ses portes à la Roumanie le 1er janvier 2007.

La population roumaine atteint 21,5 millions d'habitants en 2009. Ce chiffre est en décroissance régulière du fait de l'émigration de nombreux Roumains en âge de travailler (vers l'Espagne, l'Italie et, dans une moindre mesure, la France) et du fait d'un taux de natalité (environ 10 p. 1000), inférieur au taux de mortalité (environ 12 p. 1000). Ce dernier taux s'explique par les mauvaises conditions sanitaires et la pauvreté des personnes âgées retraitées. Le taux de fécondité n'est que de 1,3 enfant par femme et la population vieillit (16 p. 100 de la population – pourcentage en diminution – a moins de 15 ans et 15 p. 100 – taux en augmentation – a plus de 65 ans). L'espérance de vie est de 69 ans pour les hommes et de 76 ans pour les femmes.

Le pourcentage de la population urbaine par rapport à la population rurale a été en nette croissance jusqu'en 1990, pour atteindre 57 p. 100. Ce chiffre n'augmente plus depuis lors que très légèrement et ne devrait dépasser 60 p. 100 qu’au milieu des années 2020.

—  Philippe LOUBIÈRE

Histoire

La Roumanie daco-romaine

Les premiers habitants du territoire actuel de la Roumanie à l'époque historique furent les Daces, peuple indo-européen apparenté aux Thraces. Agriculteurs, éleveurs de chevaux, sachant travailler les métaux, ils empruntèrent leur première civilisation aux Celtes, aux Scythes et aux colonies grecques de la mer Noire (comme Tomis, l'ancien nom de Constanţa). Les archéologues ont mis au jour les vestiges de leurs forteresses aux murailles massives, de leurs ateliers métallurgiques et de leurs sanctuaires. Une ébauche d'État dace se forme au ier siècle avant J.-C. sous Burebista : d'abord fragile fédération de tribus, elle deviendra au siècle suivant assez puissante pour que Rome, maîtresse de la péninsule jusqu'au Danube, en prenne ombrage.

Raisons stratégiques et visées purement économiques (conquête du sel, du fer et surtout de l'or de la Dacie) sont à l'origine des campagnes de Trajan (101, puis 106 apr. J.-C.). Leur récit se déroule sur la longue bande sculptée de la colonne Trajane, du franchissement du Danube à la prise de la capitale, Sarmizegetusa, et au suicide du roi dace, Décébale. La Dacie conquise (dont le territoire correspondait à l'Olténie et à la Transylvanie actuelles) jouit dès lors des bienfaits de la « paix romaine » ; construction de routes, de villes (Ulpia Trajana), de monuments (pont de Turnu-Severin, trophée de Trajan en Dobrogea [Dobroudja]) à l'abri d'un limes discontinu de tours et de camps fortifiés. Mais c'est dans le peuplement que se marque surtout le « sceau de Rome » (N. Iorga) : soldats des légions qui gardent la frontière, colons installés par l'administration impériale ou spontanément immigrés font souche, se mêlent à la population dace, constituent avec elle le peuple daco-romain, dont le ciment est la langue latine, qui s'établit ici pour toujours.

Cependant, ce peuple semble disparaître de l'histoire. En 271 après J.-C., pour raccourcir la frontière de l'Empire menacé, Aurélien prend la décision de retirer ses légions au sud du Danube et d'évacuer la Dacie. S'ouvre alors pour celle-ci une période longue de dix siècles, qui est restée obscure et a suscité des hypothèses contradictoires. Selon certains historiens, le retrait de 271 aurait été total, le tourbillon des invasions (Goths, Huns, Avars) aurait achevé d'effacer toute trace de l'œuvre romaine, et les descendants de l'ancienne population romanisée, réfugiés quelque part au sud du Danube, ne seraient revenus en Transylvanie que vers le xiie siècle. On se rallie généralement aujourd'hui à la thèse défendue par l'historiographie roumaine, selon laquelle il n'existe aucune discontinuité entre le peuple roumain et ses ancêtres daco-romains. L'évacuation de 271, décidée au cours d'une longue période de paix, n'a certainement pas été générale. Le passage des invasions a pu effacer les vestiges de civilisation urbaine et obliger les habitants à se réfugier dans les massifs boisés et à pratiquer la vie pastorale, mais sans affecter profondément la nature du peuplement. Les recherches archéologiques et toponymiques ont d'ailleurs confirmé cette permanence.

Les invasions slaves, à partir du vie siècle, eurent un effet bien plus durable et finalement bénéfique. La longue période de symbiose entre Slaves et Daco-Romains, au cours de laquelle achève de se former le peuple roumain, introduit dans la langue roumaine un abondant vocabulaire slave, mais sans en modifier la structure. Intégrée dans le puissant empire bulgare du tsar Siméon, l'ancienne Dacie entre à son tour dans l'aire culturelle de Byzance. Le christianisme s'y répand à partir de la fin du ixe siècle et, rattachée aux évêchés bulgares, l'Église roumaine adopte la liturgie slavonne. Le christianisme va de pair avec un certain perfectionnement de l'organisation sociale, un début de féodalisation de la société au profit de l'Église et d'une aristocratie de boyards.

Mais le progrès culturel et l'émergence politique du peuple roumain sont contrariés par de nouvelles invasions (Petchenègues, Coumans, Tatars) qui, du xe au xiiie siècle, empruntent le couloir danubien et isolent à nouveau le refuge transylvain. Or celui-ci est menacé à l'ouest, depuis la fin du xe siècle, par les Hongrois, qui, sous le règne d'Étienne Ier, commencent au xie siècle la conquête de la Transylvanie. Les autochtones doivent accepter le voisinage des nouveaux venus, les Székely (ou Sicules), colons turcomagyars établis en poste avancé au sud-est de l'arc carpatique pour la défense de la frontière, des colons germaniques, dits Saxons, appelés par les rois de Hongrie pour l'exploitation des richesses minières des Alpes transylvaines, les chevaliers teutoniques des Sept Châteaux (Siebenbürgen) enfin, qui donnent à la Transylvanie son nom germanique. La conquête hongroise y apporte l'influence de l'Occident – conséquence du baptême catholique du royaume de Saint-Étienne – qui se perçoit dans le décor urbain des villes renaissantes, avec leurs cathédrales gothiques (Alba Iúlia, xiiie siècle, par exemple), mais aussi dans l'introduction d'un régime féodal très rigoureux au profit de la noblesse magyare ou magyarisée qui asservit peu à peu la paysannerie roumaine.

L'essor des principautés roumaines

Au xiiie siècle, la pression hongroise se fait si forte en Transylvanie que les derniers voïvodes roumains ont de plus en plus de mal à défendre leur autonomie. Or, à la même époque, le reflux des hordes tatares rétablit enfin la sécurité dans les plaines danubiennes. Ce double fait explique la redescente d'une partie de la population roumaine de Transylvanie vers le Danube et la mer Noire. Sous l'autorité de voïvodes, devenus plus ou moins légendaires, se forment les principautés de Valachie (avec Radu Negru, puis Basarab) et de Moldavie (avec Dragoş, Bogdan). D'abord fiefs hongrois, celles-ci réussissent à se déclarer indépendantes vers la fin du xive siècle et commencent à s'organiser autour de leurs princes (domn) et de leurs assemblées d'État (composées des boyards, du clergé et parfois de paysans libres, ainsi que des marchands, avec le développement de la vie urbaine).

Malheureusement, au moment où se dessinent les premières formes de l'État, l'invasion ottomane compromet l'avenir des principautés roumaines. De la fin du xive au début du xvie siècle, leur histoire se résume à la résistance courageuse de leurs princes, le Valaque Mircea le Vieux (1386-1418), l'un des vaincus de Nicopolis, et le Moldave Étienne le Grand (1457-1504). La Valachie doit se soumettre aux Turcs dès 1411, la Moldavie un siècle plus tard. Cependant le joug turc est loin d'avoir été aussi pesant pour les pays roumains que pour les divers peuples balkaniques. Il n'y a entraîné ni bouleversements démographiques ni islamisation forcée. Moyennant paiement du tribut, les principautés conservent sous leurs princes nationaux une certaine autonomie et la possibilité de poursuivre librement leur développement culturel. De ce point de vue, ces siècles de vassalité ont été pour la Moldavie et la Valachie une période brillante, en particulier les xvie et xviie siècles. Les princes se fixent dans leurs capitales, Iaşi (Iassy ou Jassy) et Bucureşti (Bucarest), s'entourent d'une vie de cour luxueuse, fondent en grand nombre églises et monastères : monastères de Putna (Moldavie) et de Dealu (Valachie) au xve siècle, cathédrale de Curtea-de-Argeş, en 1517, église des Trois-Hiérarques à Iaşi en 1639. Ces monuments enrichissent l'art byzantin d'un apport très original, avec leurs salles funéraires, leurs coupoles reposant sur des arcs en encorbellement et l'extraordinaire polychromie de leurs façades.

Les progrès de la vie religieuse et intellectuelle sont également remarquables. L'Église roumaine commence à affirmer son autonomie. En 1359, le Patriarcat a créé un siège métropolitain à Curtea-de-Argeş. Et, si la liturgie est toujours slave, on commence, à partir du xvie siècle, à traduire les textes sacrés du slavon en roumain. Au xviie siècle, les princes Matei Basarab en Valachie et Vasile Lupu (Basile le Loup) en Moldavie favorisent le développement de l'instruction, ouvrent des écoles, créent les premières imprimeries à Iaşi (1646) et Bucarest (1652). Les liens culturels sont alors très étroits avec les provinces ukrainiennes du royaume de Pologne, où, pour résister à l'expansion du catholicisme, l'orthodoxie a entrepris un grand effort de rénovation. C'est avec le concours de l'Ukrainien Petru Movilă (dont la famille est d'origine moldave), fondateur de l'Académie gréco-slavo-latine de Kiev, que Basile le Loup fonde sa propre académie en 1640. En 1694, Bucarest aura la sienne : l'Académie Saint-Sava. Le xviie siècle voit aussi la réduction des premières grandes Chroniques en langue roumaine, dues à Grigore Ureche, Miron Costin, auxquelles il faut ajouter les œuvres historiques majeures, écrites en latin, de Dimitrie Cantemir.

Depuis le milieu du xve siècle, la Transylvanie connaît un essor analogue, bien que l'union des « trois nations » – Magyars, Sicules et Saxons – tienne à l'écart l'élément roumain, coupable d'avoir participé à une révolte paysanne en écho aux guerres hussites. C'est le voévode de Transylvanie, János Hunyadi (Hunedoara), d'ascendance roumaine, qui est l'âme de la résistance aux Turcs, de 1440 à 1456. Après l'effondrement hongrois à Mohács en 1526, la Transylvanie, séparée de la Hongrie, devient à son tour une principauté vassale du sultan. Ce qui n'empêche pas, là non plus, sous des princes énergiques et cultivés (János [Jean] Zápolya, Étienne Ier Báthory, Gábor [Gabriel] Bethlen, et György Ier Rákóczi [Georges Ier]), un épanouissement culturel, avec cette différence toutefois que la vie intellectuelle transylvaine est plutôt tournée vers l'Occident. La Réforme, calviniste, luthérienne ou antitrinitarienne, rencontre en Transylvanie un très vif succès, en particulier auprès des éléments saxons et sicules. Mais les liens avec les autres pays roumains ne sont jamais coupés. Des imprimeries, fondées dès le milieu du xvie siècle à Sibiu, Braşov, Cluj, publient entre autres des livres en roumain. L'union prend même une forme très concrète et qui demeurera dans la mémoire des Roumains, lorsque le prince de Valachie, Mihail Viteazul (Michel le Brave, 1593-1601) réussit à unifier pour quelques années les trois principautés.

Le xviiie siècle est moins heureux pour les principautés. La tentative des princes Brâncoveanu (Valachie) et Cantemir (Moldavie) pour se libérer du joug ottoman avec l'appui de Pierre le Grand aboutit à un désastre en 1711. Les Turcs occupent les principautés, substituent aux princes indigènes des hospodars, nommés pour trois ans par le sultan et qui, privés de toute souveraineté externe, sont en revanche investis d'une autorité presque absolue sur leurs sujets. Ces hospodars sont choisis parmi les grandes familles byzantines du quartier du Phanar à Constantinople, d'où l'expression « régime phanariote », traditionnellement employée pour désigner cette période de l'histoire des principautés de Moldavie et de Valachie. Les hospodars, qui se ruinent en présents pour obtenir leur investiture, considèrent leurs brèves et précaires fonctions comme un moyen de rétablir leur fortune et mettent le pays en coupe réglée. Sur le plan culturel, on constate une certaine dénationalisation des élites par le triomphe de l'hellénisme dans la vie intellectuelle et dans la vie religieuse. Sur le plan social, les bonnes intentions de Constantin Mavrocordato, hospodar éclairé qui affranchit les serfs en 1746, n'améliorent pas le sort des paysans. Devenus hommes libres, mais restés tenanciers héréditaires, ils sont astreints à des corvées, qui deviennent de plus en plus lourdes à mesure que le progrès économique, l'extension des marchés agricoles poussent les boyards à accroître leurs exigences.

En Transylvanie, la situation n'est pas meilleure. La politique aventureuse de György II Rákóczi (Georges II), allié de Louis XIV contre l'Autriche, a abouti à l'annexion de la Transylvanie par les Habsbourg en 1691, annexion qui devient définitive en 1711, après l'écrasement d'une dernière révolte. La Transylvanie, dont le prince est désormais l'empereur, est rattachée directement à Vienne, et pourvue d'une vague autonomie interne dont ne profitent toujours que les « trois nations ». De même l'Église orthodoxe de Transylvanie, bien que la majorité de ses évêques se soit prononcée en 1700, au Synode d'Alba Iúlia, pour le rattachement à Rome (avec maintien du rite oriental) ne figure pas parmi les quatre confessions religieuses reconnues : catholique, luthérienne, calviniste, antitrinitarienne. Enfin, malgré l'abolition du servage par Joseph II, la paysannerie roumaine reste opprimée et misérable. Son désespoir éclate dans la grande jacquerie de 1784, dirigée par Horea.

De graves menaces extérieures pèsent sur les pays roumains, depuis la fin du xviiie siècle. Si l'Empire ottoman décline, les appétits de l'Autriche et surtout de la Russie grandissent. En 1775, l'Autriche annexe la Bucovine. En 1774, par la paix de Kutchuk-Kaïnardji, la Russie avance jusqu'au Boug. Une seconde guerre ne réussit pas à créer une Dacie indépendante (sous un grand-duc russe) mais porte la frontière au Dniestr (1791). En 1812 enfin, l'Empire russe annexe la Bessarabie, arrachée à la principauté de Moldavie.

L'éveil de la conscience nationale et la formation de l'unité roumaine

En dépit ou à cause de tous ces côtés sombres, les dernières décennies du xviiie siècle et le début du xixe tiennent une place décisive dans la formation de la conscience nationale roumaine. L'hellénisation des cours princières et des couches dirigeantes en Moldo-Valachie a ses aspects positifs : elle met les élites roumaines en contact, non seulement avec la haute culture néo-byzantine du Phanar, mais aussi avec les idées occidentales qu'apportent les Grecs de la diaspora. Par eux, les Lumières rayonnent jusqu'aux extrémités du Sud-Est européen et réveillent l'intérêt pour la langue et l'histoire nationales. Les Roumains n'ont pas, comme les Grecs, les Bulgares ou les Serbes, le souvenir exaltant d'un grand État médiéval. Mais ils découvrent leur originalité la plus profonde et la plus irréductible dans la conscience de leur romanité, de l'héritage daco-romain totalement assumé. Cette notion d'une communauté à la fois territoriale, économique, linguistique et culturelle existe d'ailleurs de part et d'autre des Carpates. Les académies princières de Iaşi et de Bucarest, aussi bien que les académies d'Oradea, de Sibiu, de Cluj, la multitude d'écoles, de bibliothèques, de sociétés culturelles, créées dans les trois principautés, s'emploient à la répandre dans des milieux de plus en plus larges. Elle trouve son expression dans de nombreux travaux philologiques ou historiques (Chroniques de Ion Neculce, de G. şincai, œuvres de S. Micu, P. Maior, par exemple). En Transylvanie, l'idée nationale trouve même une expression politique avec l'évêque uniate, Inocenţiu Micu, qui réclame en vain l'égalité des droits pour la « nation valaque » et l'Église uniate, et, à la fin du siècle, dans le célèbre Supplex Libellus Valachorum, rédigé par deux évêques roumains, où sont énoncés pour la première fois les droits historiques des autochtones roumains de Transylvanie.

Mais c'est en Valachie que se produit la première tentative de libération nationale, associée au nom de Tudor Vladimirescu. Au début du xixe siècle l'Empire ottoman paraît très affaibli. La révolte serbe peut devenir le signal d'une insurrection générale des peuples balkaniques. Une société secrète, l'Hétairie, dont Alexandre Ypsilanti, fils d'un hospodar passé au service du tsar, devient le chef en 1820, en prépare les plans. Des partisans, armés en Russie, doivent pénétrer en Moldavie, appuyés par un soulèvement local que déclencherait en Olténie Vladimirescu, ancien officier de pandours rallié à l'Hétairie. Mais le malentendu éclate aussitôt : si l'Hétairie caresse un rêve balkanique, teinté d'hégémonie grecque, la révolte de Vladimirescu est purement sociale et nationale. Son armée de paysans, entrée triomphalement à Bucarest, s'en prend moins aux Turcs qu'au régime phanariote, aux boyards et à l'Église hellénisés. Et devant l'échec prévisible du plan de l'Hétairie, Vladimirescu semble vouloir jouer son propre jeu, prêt, s'il le faut, comme les Serbes, à négocier l'indépendance directement auprès des Turcs. Considéré comme traître, il est exécuté sur l'ordre de Ypsilanti en mai 1821.

Cependant l'échec n'est pas total. Le développement de l'insurrection grecque et l'intervention russe aboutissent au traité d'Andrinople en 1829, aux termes duquel la Russie) est autorisée à occuper les principautés et à leur donner un nouveau statut politique. Le « Règlement organique » du général Kisselev abolit le régime phanariote, accorde aux principautés leur autonomie interne sous l'autorité d'une assemblée de boyards et d'un prince nommé à vie, en commun par le tsar et le sultan. Les droits des grands propriétaires fonciers sont rétablis et confirmés.

Sous leurs nouveaux princes indigènes, Alexandre Ghica puis Gheorghe Bibescu en Valachie, Mihail Sturdza en Moldavie, les principautés connaissent certes un renouveau de prospérité économique, grâce à la suppression du monopole turc de l'exportation, à l'abolition des barrières douanières. L'essor intellectuel se poursuit, comme en témoigne la fondation de l'Académie Mihaileana où enseigne le brillant historien M. Kogălniceanu. Mais l'acuité des problèmes agraires, le double protectorat turc et russe entretiennent le mécontentement. On assiste à une floraison de sociétés secrètes dans les principautés (« Fraternité », autour de N. Bălcescu, autre historien de la grandeur nationale, préoccupé en outre par la condition paysanne), ou bien à Paris, parmi les jeunes étudiants roumains, liés aux milieux progressistes (le poète C. Rosetti, les frères Dimitrie et Ion Brătianu). Le terrain est donc tout préparé pour que les événements européens de 1848 trouvent immédiatement une résonance profonde dans les pays roumains. Alors qu'en Moldavie l'attitude conciliante de Sturdza évite les heurts graves, en Valachie les libéraux tiennent à Islaz en Olténie une assemblée séditieuse qui exige l'égalité civile et l'indépendance de la Valachie. Le prince Bibescu est obligé de former un gouvernement provisoire, présidé par Ion Eliade, connu par ses efforts pour la romanisation de la langue et la création d'un théâtre national. Mais au sein de ce gouvernement s'opposent une tendance conservatrice (Eliade) et une tendance socialisante (Bălcescu) et cette désunion des révolutionnaires permet aux Turcs de rétablir l'ordre par la manière forte. En Transylvanie, au contraire, les facteurs nationaux et sociaux s'additionnent. Les intellectuels issus des facultés de droit (S. Bărnuţiu, Avram Iancu) s'appuient sur le mouvement paysan. La grande assemblée populaire de Blaj réclame à la fois l'autonomie religieuse et nationale et le droit à la terre. Mais ici l'échec vient du désaccord entre patriotes hongrois et patriotes roumains qui ne poursuivent pas le même but, les premiers demandant le rattachement de la Transylvanie au royaume de Hongrie, les seconds se satisfaisant d'une autonomie au sein de l'Empire.

Après l'échec des révolutions de 1848, la réalisation des aspirations roumaines paraît bien lointaine. Les principautés sont soumises à une occupation militaire, les libéraux valaques sont proscrits. Pourtant, grâce à l'intervention de Napoléon III, la première étape de l'unité roumaine est proche. Mais, si celui-ci a agi pour des motifs qui lui étaient propres, il ne faut pas sous-estimer le rôle de ces proscrits roumains – Rosetti, Eliade, Brătianu, Bălcescu – très liés avec la coterie libérale du prince Jérôme Bonaparte et qui ont su se faire un bon moment les avocats de la Roumanie. À l'issue de la guerre de Crimée, l'Autriche, pour prix de sa neutralité, réussit à se substituer à la Russie dans l'occupation militaire des principautés ; le traité de Paris de 1856 écarte l'un et l'autre prétendants en plaçant ces principautés sous la protection collective des puissances, en attendant que soit précisé leur futur statut d'autonomie.

La conférence internationale de 1858 décide que les principautés seront autonomes, mais non indépendantes, c'est-à-dire qu'elles continueront à payer tribut et que les hospodars resteront soumis à l'investiture du sultan. Elles seront séparées, chacune ayant son prince et son assemblée élue par les propriétaires fonciers. Cette dernière clause consterne les partisans de l'union des principautés. Une fois de plus, Napoléon III leur vient en aide, intervenant en faveur de la liberté des élections lors de la mise en place des assemblées, puis, en 1859, lorsque les deux assemblées, moldave et valaque, eurent élu le même prince, Alexandru Ion Cuza, faisant accepter par l'Europe le fait accompli de l'unité de la nouvelle principauté moldo-valaque, ébauche de la future Roumanie.

La Roumanie de 1859 à 1918

De l'autonomie à l'indépendance

De graves difficultés attendaient la jeune Roumanie : État inachevé, dépourvu de souveraineté externe, construction fragile, réduite, ne reposant que sur l'union personnelle, immense retard économique et administratif à combler. Le prince Cuza (1859-1866), moyen propriétaire foncier, d'éducation française, dont la carrière s'était partagée entre les armes et l'administration, s'attache à consolider l'union des principautés : fusion des deux assemblées en une seule, unification financière et judiciaire. Puis il cherche à renforcer le pouvoir princier en promulguant en 1864 une Constitution autoritaire et plébiscitaire imitée du modèle napoléonien. Une loi sur l'instruction publique, plus ambitieuse que réaliste, tente d'instituer l'enseignement primaire obligatoire et de démocratiser l'enseignement secondaire. Les académies de Iaşi et de Bucarest deviennent des universités. Les biens ecclésiastiques, placés sous le patronage des grands couvents grecs de Constantinople, de Jérusalem et du mont Athos, sont sécularisés, pour restituer au fisc roumain d'énormes revenus qui lui échappaient. Une loi agraire, inspirée du statut d'affranchissement des serfs russes de 1861, sépare les terres des boyards et des paysans, jusque-là imbriquées, libère ces derniers des redevances et corvées dues aux propriétaires. Les boyards sont indemnisés par l'État, que les paysans remboursent en quinze annuités. Mais Cuza réussit à s'aliéner aussi bien les conservateurs, irrités par la réforme agraire, que les libéraux, mécontents de son autoritarisme et d'une certaine vénalité du régime. Une coalition l'oblige à abandonner le pouvoir en 1866.

Ion Brătianu se charge de découvrir un nouveau prince et, avec un sens très habile de la conjoncture, choisit Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, homme appliqué, honnête, mais d'une certaine raideur, qui devient le prince Carol de Roumanie.

La vie politique, de 1866 à 1881, n'est guère modifiée par le changement dynastique. La nouvelle Constitution de 1866, imitée cette fois de celle de la Prusse, garantit les libertés civiques, tout en maintenant un pouvoir princier prépondérant et en favorisant les gros contribuables pour l'élection de la Chambre basse. L'administration pèse sur les élections et le prince gouverne avec l'équipe de son choix, ses préférences le portant vers les conservateurs, alors que la reconnaissance le lie à Brătianu.

Comme celui-ci l'avait prévu, la vassalité humiliante de la principauté moldo-valaque était devenue un anachronisme, depuis qu'elle était gouvernée par un membre d'une des grandes familles régnantes. La question de l'indépendance roumaine est à l'ordre du jour, et l'occasion est donnée par la guerre russo-turque de 1877-1878. Conseillé par Brătianu, le prince Carol décide de participer à la guerre et aux fruits de la victoire. Celle-ci est un peu décevante, car la Roumanie est tenue à l'écart des négociations de San Stefano et de Berlin (1878). La Russie reprend la Bessarabie méridionale, que le traité de Paris avait restituée à la Moldavie, et offre à la Roumanie une douteuse compensation, la Dobrogea (Dobroudja) du Nord. Mais l'essentiel, c'est-à-dire la proclamation de l'indépendance totale de la Roumanie unifiée, est définitivement acquis en 1881 et le prince Carol devient le roi Carol Ier.

Le règne de Carol Ier et la formation de la Grande Roumanie

L'avènement de la monarchie ne modifie pas la vie politique roumaine. Elle connaît la même alternance au pouvoir des conservateurs et des libéraux qui représentent les classes dirigeantes, boyards d'un côté, bourgeois et intellectuels de l'autre, le peuple continuant à être absent du jeu politique. L'action la plus vigoureuse est celle du Parti national-libéral, dirigé de façon quasi dictatoriale par Ion Brătianu jusqu'en 1888 et où commence à s'imposer son fils Ionel à partir de 1895. Son programme tient en deux formules : développement économique et nationalisme.

La mise en place de l'infrastructure ferroviaire et portuaire (pont de Cernavoda, équipement du port de Constanţa) se poursuit avec une énergie accrue. Mais, faute de capitaux, l'industrialisation ne fait guère de progrès, si l'on excepte l'extraction du pétrole, commencée vers 1870 sans grands moyens, reprise en main à partir de 1895 par de puissantes sociétés étrangères, belges, hollandaises, allemandes et anglaises, auxquelles s'adjoindra la Standard Oil soutenue par les conservateurs.

Le mouvement ouvrier n'a pas encore une grande ampleur. Toutefois, on voit naître à Bucarest, Ploieşti, Galaţi, des clubs ouvriers. Des intellectuels créent des cercles d'études (cf. Gherea : Le Rôle des couches instruites dans les transformations sociales, par exemple). En 1893 apparaît le Parti social-démocrate des travailleurs de Roumanie, qui prendra bientôt une orientation réformiste.

Le problème le plus brûlant est le problème agraire. Sans doute la production agricole s'est-elle développée. Les superficies cultivées ont doublé depuis 1860 grâce au défrichement des steppes entrepris par les boyards. L'agriculture (blé, maïs, vigne, arbres fruitiers) assure 80 p. 100 des exportations. Mais la négligence entrave l'exploitation des latifundia. En raison de l'absentéisme des propriétaires, la terre est abandonnée à des spéculateurs souvent étrangers ou à de petits métayers, à des conditions très dures. La petite propriété issue des réformes de Cuza est privée de pacages, pourvue de moyens de production archaïques, et vit dans un endettement permanent, qui, faute de véritable crédit rural, l'oblige à recourir aux usuriers. Les mesures prises par le gouvernement pour transférer de nouvelles terres à la paysannerie sont restées sans effet. D'où, en 1907, sous l'influence sans doute de la révolution russe de 1905, une violente insurrection paysanne en Moldavie qui provoque la panique parmi les possédants, conservateurs et libéraux réconciliés. Une répression féroce rétablit l'ordre, mais ne résout pas le problème.

Mutins du cuirassé Potemkine

Mutins du cuirassé Potemkine

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Le 22 juillet 1905, l'équipage du cuirassé Potemkine regagne le port après la reddition dans le port roumain de Constanta. 

Crédits : Hulton Getty

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L'indépendance acquise, parachevée en 1885 par l'autocéphalie religieuse, il restait à la Roumanie à trouver sa place dans le concert international. Les préférences du roi et les préoccupations économiques des libéraux leur font choisir en 1883 l'adhésion à la Triplice (qui d'ailleurs reste secrète). Mais cette politique de rapprochement avec l'Autriche-Hongrie ne s'accorde guère avec l'espoir de recouvrer la Transylvanie irrédente. Or la situation se tend dans cette province depuis le compromis de 1867 qui l'a rattachée à la Hongrie. Un Parti national roumain a été fondé en 1881 et, en 1892, la rédaction d'un Memorandum, synthèse des revendications nationales roumaines, aboutit au grand procès de Cluj. D'autre part, l'expansion de la Bulgarie, dont l'histoire depuis 1878 – réunification, indépendance – répète celle de la Roumanie, est un nouveau sujet d'inquiétude pour celle-ci. Lorsque les ambitions de la Bulgarie en Macédoine dressent contre elle, à l'issue de la première guerre balkanique de 1912, Grecs, Serbes et Turcs, la tentation est forte pour la Roumanie de s'associer à la curée. Le traité de Bucarest lui accorde le quadrilatère de la Dobrogea méridionale. Le déclenchement du premier conflit mondial contraint la Roumanie à un choix difficile que doit faire, après la mort du roi Carol Ier, à la fin de 1914, son neveu et successeur Ferdinand Ier. Pour prix de son intervention, les puissances centrales lui offrent la Bessarabie, les Alliés, la Transylvanie. Les ministres favorables aux Alliés (Ionel Brătianu, Take Ionescu) l'emportent en août 1916. Mais l'intervention roumaine, que ni les Russes ni les forces de Salonique ne peuvent soutenir, tourne au désastre. Les Allemands entrent à Bucarest. L'effondrement russe ruine les possibilités de résistance des troupes roumaines en Moldavie. La Roumanie, par le traité de Bucarest de mai 1918, devient un simple protectorat économique allemand et doit abandonner la Dobrogea. En compensation elle conserve la Bessarabie, occupée en janvier 1918 à la requête d'un conseil national moldave.

Soldats en retraite

Soldats en retraite

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La retraite des soldats roumains après la prise de Bucarest par les Allemands (vers 1916). 

Crédits : Hulton Getty

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Mais l'offensive du général Franchet d'Esperey, la défection bulgare, la capitulation autrichienne changent le désastre en triomphe. Exaspérés par la politique de magyarisation menée au cours de la guerre par les gouvernements István Tisza et Apponyi, les Roumains de Bucovine et de Transylvanie ont formé des conseils nationaux et proclamé le droit des minorités à disposer d'elles-mêmes. Tandis que les troupes roumaines entrent en Transylvanie, une assemblée enthousiaste réunie à Alba Iúlia le 1er décembre 1918 (avec Maniu et Vaïda) proclame le rattachement à la Roumanie de tous les territoires roumains de l'ancienne Autriche-Hongrie.

La formation de la Grande Roumanie est confirmée par les traités de paix. Par le traité de Neuilly, la Bulgarie abandonne à nouveau la Dobrogea tout entière, y compris le quadrilatère de Silistrie. L'Autriche cède la Bucovine (traité de Saint-Germain) et la Hongrie la Transylvanie et le Banat (traité de Trianon). Enfin, les Alliés confirment à leur tour l'annexion de la Bessarabie. Le résultat global est que le royaume de Roumanie double, et au-delà, son territoire et sa population.

Roumanie, XXe siècle

Roumanie, XXe siècle

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La formation de la Grande Roumanie, de la fin de la première guerre balkanique en 1913 aux traités de paix de 1920. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le royaume de Roumanie de 1919 à 1944

La Grande Roumanie de 1918-1920 connaît de graves difficultés, inhérentes à sa composition même, et d'abord un problème de minorités. Si l'ancien royaume était parfaitement homogène, on compte maintenant, à côté de 12 millions et demi de Roumains, près de 4 millions d'allogènes : 1 300 000 Hongrois (sur la bordure occidentale de la Transylvanie et dans l'ancien pays sicule), 700 000 Allemands (les Saxons de Braşov et de Sibiu, et les Souabes installés au Banat depuis le xviiie siècle), autant d'Ukrainiens ou de Russes (en Bessarabie méridionale, en Bucovine du Nord), 350 000 Bulgares (en Dobrogea), 700 000 à 800 000 Juifs (particulièrement nombreux en Moldavie et notamment dans les villes). La convention du 9 décembre 1919 leur garantit l'égalité civile, le respect des particularismes religieux, linguistiques, scolaires. Mais l'application risque d'en être difficile. De plus, on a promis aux combattants, aux moments difficiles de 1917, la réforme agraire et la liberté politique, et il importe de satisfaire les aspirations de la paysannerie transylvaine.

La faillite de la démocratie

L'histoire politique de la Grande Roumanie commence sous d'heureux auspices. Les lois agraires de 1918 et 1921 transfèrent à la paysannerie les biens de la couronne, ceux des propriétaires étrangers ou absents, limitent à 100 hectares la propriété des terres arables. Le suffrage universel est institué en 1919.

Mais les premières élections faites au suffrage universel balayent le gouvernement Brătianu et portent au pouvoir la Ligue du peuple du général Avarescu, coalition démagogique de mécontents. Revenus au pouvoir en 1922, les libéraux semblent avoir épuisé leur programme avec le vote de la Constitution de 1923. La loi électorale de 1926, qui accorde au parti majoritaire une représentation écrasante au Parlement, n'est qu'une manœuvre pour conserver le pouvoir. Ce sont leurs adversaires qui en profitent en fusionnant le Parti paysan (Partidul ţ ărănist) de Mihalache et le Parti national de Transylvanie de I. Maniu, lesquels s'usent aussi vite. Une certaine nonchalance désinvolte et le goût de l'argent facile semblent caractériser désormais une bonne part des milieux politiques roumains.

À cela s'ajoutent des problèmes dynastiques : le roi Ferdinand étant mort en 1927 (la même année que Ionel Brătianu), son fils Carol, intelligent mais discrédité, est écarté au profit d'un Conseil de régence ; il remonte pourtant sur le trône dès 1930 et parvient à décomposer totalement le système parlementaire en semant la discorde dans tous les partis.

La Grande Roumanie

La Grande Roumanie

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Carol II (1893-1953), roi de Roumanie de 1930 à 1940, visite les nouveaux territoires obtenus par les traités de paix, après la Première Guerre mondiale. Par ces annexions, la Roumanie double son territoire et sa population. 

Crédits : Hulton Getty

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Dans les années trente, les effets de la crise mondiale enlèvent à la démocratie ses dernières chances. La petite exploitation paysanne est restée fragile (les réformes agraires n'ont donné en moyenne que 2 ou 3 ha à chaque famille). Or, l'effondrement du prix des céréales touche directement la Roumanie, pays exportateur. Le paysan découragé se replie sur une économie de subsistance et la restriction du marché intérieur frappe l'industrie, déjà asphyxiée par la privation de capitaux extérieurs. Cette crise apporte avec elle les conséquences habituelles, chômage, bas salaires, conflits sociaux.

Ce contexte économique et social permet la montée rapide du fascisme, lié à la personne de Corneliu Codreanu et au mouvement qui devient en 1930, après divers avatars, la Garde de fer. Le programme de celui-ci est un mélange de christianisme de croisade, de nationalisme intransigeant et d'antisémitisme virulent. Il trouve de nombreux appuis sociaux : le clergé, certains milieux bourgeois – officiers nationalistes, intellectuels craignant la concurrence des Juifs instruits pour l'accès aux fonctions publiques et aux professions libérales, jeunesse des universités incertaine quant à son avenir, qui croit trouver dans le fascisme un certain idéal d'« énergie virile » –, mais aussi milieux populaires – paysans hostiles à l'usurier juif, et même ouvriers, que n'encadre pas un mouvement communiste toujours hors la loi.

La Garde de fer en Roumanie, 1940

La Garde de fer en Roumanie, 1940

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Les "chemises vertes", jeunes fascistes roumains de la Garde de fer, et des hommes en costume traditionnel, à Bucarest, en 1940. 

Crédits : Hulton Getty

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L'ascension politique de Codreanu, jalonnée d'assassinats politiques (par exemple, en 1933, le ministre libéral Ion Duca qui avait voulu dissoudre la Garde), bénéficie de puissantes et mystérieuses complicités. Après avoir paru se servir de Codreanu pour achever d'abattre les partis traditionnels, le roi Carol décide de se défaire de Codreanu, qui est arrêté et exécuté à la fin de 1938. Il promulgue une nouvelle Constitution d'inspiration mussolinienne, supprime les partis politiques (seuls protestent Iuliu Maniu et Dinu Brătianu, frère de Ionel). Mais croit-il qu'il suffit de singer les parades totalitaires pour amadouer Hitler ?

Constitution roumaine de 1938

Constitution roumaine de 1938

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On affiche la nouvelle Constitution roumaine sur les murs de Bucarest, en 1938. 

Crédits : Hulton Getty

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L'abandon aux puissances de l'Axe

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la politique extérieure de la Roumanie avait été entièrement orientée vers la France. Les objectifs étaient similaires : maintien d'un statu quo territorial avantageux et protection contre le bolchevisme, ce qui explique l'adhésion sans réserves de la Roumanie à la Petite-Entente de 1921 (avec la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie) et à l'entente balkanique de 1934, ainsi que la participation très active de la Roumanie aux travaux de la Société des Nations et à l'idéal de sécurité collective. Mais, dans les années trente, tout change. Il y a à cela des raisons idéologiques : la sympathie pour les régimes fascistes, qui déborde les milieux gardistes ; des raisons économiques : l'Allemagne, par la complémentarité de son économie, offre à la Roumanie de meilleures issues à la crise ; des raisons politiques enfin : la faillite, par la faute des démocraties occidentales, du système de sécurité collective, dont les accords de Munich sont l'acte de décès.

La Petite-Entente

La Petite-Entente

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Roumains membres de la Petite-Entente, à Belgrade, vers 1930. 

Crédits : Hulton Getty

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Comme toutes les puissances menacées par le nazisme, la Roumanie pratique la politique du sauve-qui-peut, donnant des gages à l'Allemagne – les accords de mars 1939 lui livrent le pétrole roumain –, tout en essayant de ne pas couper les ponts avec l'Occident ; ainsi le refus de participer au dépècement de la Tchécoslovaquie lui vaut une promesse de garantie franco-anglaise en avril 1939. Après l'anéantissement de la Pologne et l'effondrement de la France, la Roumanie ne peut que s'aligner sur l'Axe. Mais Hitler n'éprouve nul besoin de la ménager et, en quelques mois, la Grande Roumanie est démembrée : l'ultimatum soviétique (l'U.R.S.S. et l'Allemagne sont alors liées par leur pacte de 1939) du 26 juin 1940 exige la restitution de la Bessarabie et la cession de la Bucovine du Nord ; l'arbitrage de Vienne du 30 août 1940 partage la Transylvanie entre la Roumanie et la Hongrie, donnant à celle-ci plus d'un million de Roumains ; le traité de Craiova, enfin, stipule que la Bulgarie reprend la Dobrogea méridionale.

C'est une faillite totale que la Roumanie va tenter de réparer, mais elle ne fera que s'enfoncer plus avant dans le malheur. Le maréchal Ion Antonescu, homme intègre et populaire mais sans qualités réelles, appelé au gouvernement par le roi Carol, force ce dernier à abdiquer au profit de son fils Michel (sept. 1940). Le nouvel État, « national et légionnaire », est dominé en fait par Horia Sima, successeur de Codreanu, qui fait régner pendant quelques mois un régime de terreur (persécution antisémite, assassinat de l'historien N. Iorga). Lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique, la Roumanie se joint à elle pour recouvrer la Bessarabie, dépasse le Dniestr, annexe Odessa. Mais cette action implique la guerre avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Au début de 1943, les divisions roumaines sont enfoncées sur le front de Stalingrad.

Ion Antonescu, 1940

Ion Antonescu, 1940

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Le général roumain Ion Antonescu (1882-1946) prononce un discours, entouré de la Garde de fer de Horia Sima. Antonescu força le roi Carol II à abdiquer en faveur de son fils Michel, en septembre 1940, et établit un régime dictatorial allié des nazis. 

Crédits : Hulton Getty

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—  Robert PHILIPPOT

La Roumanie de 1944 à nos jours

Le 23 août 1944, la Roumanie change de camp lorsque le jeune roi Michel Ier ose destituer et faire arrêter par un coup d'État le maréchal Ion Antonescu. L'opposition à Ion Antonescu existait de longue date chez les membres des partis national-libéral et national-paysan ; les communistes, très minoritaires, travaillaient de leur côté à s'unir aux forces antifascistes pour créer un front de gauche qui prendrait la relève du pouvoir d'Antonescu. L'avancée des troupes soviétiques sur les fronts sud-ukrainien et moldave précipite les événements. La Roumanie signe l'armistice avec l'U.R.S.S., le roi rétablit la Constitution démocratique de 1923 et forme un gouvernement dirigé par un militaire, le général Sănătescu.

Le coup d'État a prouvé que l'armée dans son ensemble est restée fidèle à la royauté ; mais une nouvelle confrontation est en train de naître entre, d'un côté, le roi et les démocrates et, de l'autre, les communistes et Moscou. Cette lutte pour le pouvoir dure trois ans. Lorsque le roi quitte le pays, poussé à l'exil par les communistes, la Roumanie entre dans la guerre froide comme satellite de l'U.R.S.S. Cette longue période ne prendra fin qu'avec l'effondrement de l'U.R.S.S. et la dissolution du pacte de Varsovie en 1991.

Le processus de soviétisation

L'entrée en scène des communistes

Le roi et les opposants à Antonescu veulent bâtir une Roumanie libérale et démocratique. Les communistes ont une urgence : accompagner l'Armée rouge dans sa progression et ses victoires vers l'ouest ; un projet : réaliser sous l'égide de Moscou une révolution politique, économique et sociale. Les premiers mois qui suivent le coup d'État sont difficiles. L'U.R.S.S. conclut l'armistice avec la Roumanie le 12 septembre 1944 : celle-ci doit 300 millions de dollars de réparations à 1'U.R.S.S. et prend en charge les troupes soviétiques stationnées sur son territoire. La frontière soviéto-roumaine est rétablie telle qu'elle avait été fixée en juin 1940. La Bessarabie et la Bucovine sont replacées sous la souveraineté soviétique et la Transylvanie septentrionale réintégrée dans les frontières roumaines. Le quadrilatère de la Dobroudja demeure bulgare. L'armée roumaine reprend le chemin de la guerre aux côtés de l'Armée rouge ; les campagnes de Hongrie et de Tchécoslovaquie font plus de 40 000 morts dans ses rangs.

Cette guerre et la mobilisation imposée par l'U.R.S.S. sur le mot d'ordre « tout pour le front » pèsent lourdement sur un pays dont certaines régions, telle la Moldavie, sont en ruine. C'est dans une ambiance de complète désorganisation que se réalise, suivant les étapes d'une prise en main rapide des rouages économiques et de la base syndicale du pays, l'investissement du pouvoir par le parti communiste. La première phase mise essentiellement sur la séduction de la base, assortie de menaces : très vite, l'armée est épurée. En revanche, les ouvriers sont appelés à rejoindre les rangs du parti. Les communistes créent, dès le 1er septembre 1944, une Commission d'organisation du mouvement syndical uni de Roumanie, sur le principe de la lutte de classes. Dans un climat d'inflation galopante, la pression des salariés est forte. Moscou intervient directement en imposant au roi Michel, en mars 1945, le procommuniste Petru Groza, dirigeant du Front des laboureurs, pour former le nouveau gouvernement. Des préfets communistes sont installés de force. Moscou reconnaît officiellement le gouvernement Groza le 20 août 1945 ; Londres et Washington se résigneront à la reconnaissance en février 1946, après avoir obtenu de Moscou l'assurance que des élections libres seraient organisées. Il est prévu une seule chambre, élue pour quatre ans au suffrage universel sur la base de la représentation proportionnelle. Les élections sont manipulées, le vote truqué. Les résultats du vote du 19 novembre 1946 donnent une victoire écrasante aux candidats de la gauche du Front national démocratique ; les libéraux, avec trois sièges, sont les grands perdants de la consultation. Le franchissement de cette étape ouvre la voie à un processus d'épuration des ministères. Il restera à évacuer le roi et à arrêter et condamner les grandes figures de l'opposition. Les premiers mois et l'été de 1947 sont décisifs, alors que du côté occidental s'organise la logique du containment annoncé par le président Truman au Congrès. Nombre de personnalités de la haute administration et de la vie politique roumaine prennent le chemin de l'exil, vers l'Europe occidentale et les États-Unis, d'où ils essaieront d'agir. Au début de novembre 1947, le gouvernement est remanié et c'est un activiste du parti, qui a séjourné et travaillé en U.R.S.S. de longues années, Emil Bodnăraş, qui prend en charge le ministère de la Défense nationale. Le 30 décembre, le roi Michel est sommé par Petru Groza d'abdiquer et de quitter le pays. Il part, accompagné de sa mère, la reine Hélène, le 3 janvier 1948.

Les acteurs communistes de cette conquête du pouvoir n'étaient pas nombreux en 1944, mais ils étaient entraînés à l'action, formés dans les luttes ouvrières et antifascistes des années 1930 ou directement par Moscou, où certains, tels Ana Pauker et Walter Roman, ont séjourné plusieurs années. Le parti élit à sa direction, lors de sa première conférence nationale qui se tient du 16 au 19 octobre 1945, un homme de terrain qui a connu la prison, Gheorghe Gheorghiu-Dej, choisi par Moscou sur les conseils d'Ana Pauker elle-même. Certains militants, comme le jeune Nicolae Ceauşescu, lié à Gheorghiu-Dej, viennent des milieux ouvriers pauvres ; d'autres, tel Lucreţiu Pătrăşcanu, ministre de la Justice en 1945, appartiennent à l'élite intellectuelle. Ana Pauker, qui sera ministre des Affaires étrangères en 1947, est chargée du recrutement. Elle a commencé par travailler en U.R.S.S. à l'endoctrinement des prisonniers de guerre roumains ; elle a ensuite été responsable, en coopération avec Walter Roman, de la formation de deux divisions de volontaires roumains (les divisions Tudor Vladimirescu et Horia Cloşca-Crişan) ; elle conduit une politique de recrutement très large (enrôlant même d'anciens légionnaires) qui amène jusqu'en 1948 de très nombreuses adhésions. Le parti passe d'un millier de membres environ à près de 800 000 en 1948. L'épuration et les contrôles ne s'opèrent qu'en 1948, une fois la soviétisation accomplie. La situation roumaine est stabilisée dans l'orbite de Moscou, le traité de paix est signé le 10 février 1947, la frontière avec la Hongrie retrouve le tracé du ler janvier 1938. La solidarité entre la Roumanie et l'U.R.S.S. est marquée par la signature du traité bilatéral de février 1948, construit sur le modèle des traités passés par Moscou avec les démocraties populaires. Le traité comprend des clauses de coopération économique, scientifique, technique et culturelle.

La Roumanie de Gheorghiu-Dej

L'alignement de Bucarest sur Moscou se manifeste dans la crise qui conduit les Soviétiques à faire condamner la Yougoslavie par le Kominform : l'accusation de titisme devient un des instruments de la politique de terreur conduite en Roumanie. Cette terreur s'exerce contre l'Église uniate, qui est interdite en 1948 – 600 popes uniates sont arrêtés en octobre 1948 –, contre les représentants des anciens partis historiques – Iuliu Maniu, chef du Parti national paysan, est arrêté en 1947 et condamné –, contre certains communistes éclairés de la première heure – Lucreţiu Pătrăşcanu est arrêté en 1948. L'univers de la répression, le fonctionnement des prisons, les listes de prisonniers politiques sont aujourd'hui connus. L'Association des anciens détenus, fondée après 1989, et 1'Association pour la fondation Mémorial de Sighet (un des lieux de déportation de la période stalinienne) s'emploient à éclairer la mémoire collective sur ces années où s'est mis en place le communisme.

Le pouvoir met sur pied un programme reposant sur les enseignements de Marx, Engels, Lénine et Staline. L'objectif est de faire de la Roumanie un pays « industriel et agraire » avancé dont le pilier serait la classe ouvrière. Celle-ci connaît des promotions, aidée par une formation politique active et par une sélection qui lui donne la priorité dans les écoles supérieures et les universités. La paysannerie pauvre entre dans la voie de la nouvelle société et est supposée s'engager dans la collectivisation des campagnes lancée lors du plénum du comité central des 3-5 mars 1949. La petite propriété représentait 92 p. 100 de l'ensemble des terres. La collectivisation a un double objectif, pédagogique et économique. Elle s'accompagne d'une pénétration des villages par les activistes du parti, et de répressions lorsqu'il y a résistance. Les paysans récalcitrants sont exécutés ou déportés vers les steppes du Bărăgan. La collectivisation est supposée améliorer la productivité et les techniques ; les résultats seront décevants. Le pourcentage des terres collectivisées atteint 7,2 p. 100 à la fin de 1952. En ces premières années de la décennie 1950, la soviétisation bat son plein dans un cadre russifié : le livre russe est largement diffusé, l'Institut d'études roumano-soviétiques est fondé en 1947, et l'Institut Maxime-Gorki en 1948. Près de 8 000 textes et ouvrages sont interdits en 1948. Des campagnes censurent les intellectuels cosmopolites, la norme est le réalisme socialiste. L'histoire célèbre les Soviétiques et les grandes victoires de l'Armée rouge, la linguistique gomme les racines latines de la langue roumaine et souligne les affinités slaves de la roumanité. Gheorghiu-Dej – qui proclame en 1949 : « La grande révolution socialiste d'Octobre a montré aux travailleurs du monde entier le chemin de la libération du joug capitaliste » – est un disciple sûr de Staline, puis de Khrouchtchev. Lors des événements de Hongrie de 1956, la Roumanie, membre du pacte de Varsovie depuis la création de ce dernier en 1955, s'aligne très clairement sur Moscou et condamne avec force le révisionnisme fasciste des insurgés hongrois. Bucarest est un allié solide que peuvent quitter les troupes soviétiques encore stationnées sur le territoire roumain en 1958 : les quelques étudiants roumains qui ont eu le courage d'exprimer leur solidarité avec les insurgés de Budapest sont arrêtés. Le pays est doté d'un projet et de nouvelles institutions : la Constitution de 1952, qui remplace celle de 1948, aligne la Roumanie sur le modèle institutionnel de l'U.R.S.S.

Célébration de la révolution russe à Bucarest

Célébration de la révolution russe à Bucarest

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La foule roumaine célèbre le trente-deuxième anniversaire de la révolution russe, à Bucarest, en 1949. 

Crédits : Hulton Getty

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Entre résignation et adhésion

Les dernières années de la décennie 1950 sont caractérisées par un début d'ouverture et une très légère détente intérieure, que concrétisera la libération des détenus politiques en 1963 et en 1964. Le mouvement des échanges avec l'Ouest démarre en 1959. Ce mouvement, voulu à la fois par les États-Unis depuis 1955 et par les Européens de l'Ouest, connaît certaines difficultés, mais il progresse : un bureau commercial américain ne sera ouvert à Bucarest qu'en 1964 tandis que la légation est érigée en ambassade. En décembre 1962, Français et Britanniques négocient une augmentation de leurs échanges avec la Roumanie. Cette évolution traduit, dans la conduite des échanges économiques, le pragmatisme d'un parti qui a accédé à la maturité et s'est assuré la direction de l'ensemble des rouages de l'État et de la société. La hiérarchie communiste est installée et commence à vouloir jouir des positions acquises et les conserver, dans le cadre de la nouvelle promotion sociale, pour ses héritiers. La fin de la terreur est l'expression d'une forme d'autopréservation du corps politique, qui redoute les arrestations et les liquidations arbitraires. Les camarades soupçonnés de titisme ont été éliminés en 1948, Gheorghiu-Dej a su éviter les écueils de la déstalinisation et accompagner la montée au pouvoir de Khrouchtchev, il a écarté l'aile juive internationaliste en 1952 en limogeant Ana Pauker de son poste de ministre des Affaires étrangères et en l'excluant du parti. Celle-ci fut détenue en prison sans procès, puis libérée. Deux autres personnalités, Vasile Luca, ministre des Finances, et Teohari Georgescu, ministre de l'Intérieur, sont également victimes d'une épuration spectaculaire. Les trois déviationnistes sont accusés d'être responsables de l'anarchie et de la confusion qui règnent dans la vie économique, de s'être opposés à la collectivisation de l'agriculture ainsi qu'au plan d'industrialisation lourde du pays. Ils sont tenus pour responsables d'activités fractionnelles au sein du parti. 20 p. 100 des membres du parti font l'objet une purge destinée à pourchasser les « opportunistes ». Cette campagne d'épuration touche tous les niveaux du parti. En 1954, Pătrăşcanu est exécuté. Gheorghiu-Dej attendra la réunion du plénum du comité central du parti en décembre 1961 pour revenir sur cette crise de 1952 et expliquer la liquidation de Pauker, de Luca et de Georgescu au nom d'une politique de déstalinisation : les accusés auraient répandu le culte de la personnalité de Staline et créé dans tout le pays une atmosphère de suspicion irrespirable.

Cette évolution du parti vers la maturité – il y a quinze ans que Gheorghiu-Dej et ses fidèles sont au pouvoir – explique les relatives audaces de Bucarest dans l'organisation et l'évolution de ses relations avec Moscou.

Le Parti ouvrier roumain suit le modèle stalinien des années 1930 et veut doter le pays d'une puissante industrie lourde. Il s'agit de remédier au retard de développement et de créer une classe ouvrière importante, base du système idéologique et politique, mais ce programme se heurte à celui de Moscou, qui prévoyait d'assigner à la Roumanie, dans le cadre du Comecon (fondé en 1949), une fonction essentiellement agricole. La crise qui s'annonce dès 1958 éclate en 1963. Bucarest tient tête. Un communiqué du comité central de mars 1963 énonce que les relations entre pays socialistes doivent être fondées sur le respect de l'indépendance nationale et de la souveraineté. Cette position roumaine est acceptée lors de la réunion du Comecon à Moscou en juillet 1963. Dans le même esprit, Bucarest publie, en avril 1964, un document majeur de l'histoire du communisme roumain concernant les principes de l'internationalisme et du mouvement ouvrier ; le droit de chaque parti à poursuivre son développement sans interférence extérieure est affirmé : « Aucun parti, précise le texte, n'occupe et ne peut occuper une place privilégiée, ne peut imposer à d'autres sa ligne et ses opinions. » Il est fort probable que la crise sino-soviétique incite Bucarest à se protéger. Mais, tout en affirmant devant Moscou son autorité et sa responsabilité, tout en signant un accord commercial avec la Chine au printemps de 1963, la Roumanie suit avec fidélité les lignes de la politique balkanique des Soviétiques. Cette conduite est directement inspirée des principes de la coexistence pacifique avancés par Khrouchtchev lors du XXe congrès. Bucarest prend à deux reprises, en septembre 1957 puis en juin 1959, l'initiative d'une proposition de détente pour les Balkans. Le pays soutient la politique de propagande pacifiste et anti-O.T.A.N. de Moscou à 1'égard de la Grèce. La continuité de la position roumaine dans les Balkans est remarquable : au début des années 1980, c'est un vaste projet de dénucléarisation des Balkans qui sera avancé par les Roumains.

L'ambiguïté résultant de déclarations mettant en avant l'intérêt national associées à une logique stalinienne dans la ligne moscovite est un des facteurs d'explication du ralliement au régime de larges fractions de la population. Les succès économiques et les promesses d'une poursuite de ces succès renforcent la légitimité du régime. Le règlement de la succession de Gheorghiu-Dej, qui meurt en 1965, se fait sans heurt.

Le temps de Ceauşescu, apogée et crise

La maîtrise d'une ascension

Le camarade Nicolae Ceauşescu est choisi lors de la séance plénière du comité central du 22 mars 1965. À l'époque, on sait peu de chose du personnage. L'histoire de Nicolae Ceauşescu sera peu à peu érigée en geste héroïque et recomposée selon un culte de la personnalité. L'homme est né à Scorniceşti, dans le département de l'Olt, en 1918, dans un milieu de paysans pauvres ; il quitte sa commune natale pour s'installer à Bucarest et est repéré par la police dès 1934 du fait de ses activités politiques. Ceauşescu est lié aux milieux du Comité national antifasciste. Le jeune activiste est arrêté à plusieurs reprises, en 1934 et en 1936. Il est jugé le 29 mai 1936 et condamné à une peine de deux ans de prison. Mais sa plus longue période d'incarcération est celle des années 1940, qui s'achève à la libération du pays, en août 1944. Au cours de sa détention, Ceauşescu a rencontré Gheorghiu-Dej, mais aussi Gheorghe Apostol et Stoïca Chivu, militants communistes clandestins qui feront carrière dans l'appareil d'État. L'ascension politique de Ceauşescu suit de près la prise du pouvoir par les communistes. Il fait ses vrais débuts en Olténie en 1946, épouse cette année-là Elena, dont il aura trois enfants (Valentin, Zoe et Nicu). En 1952, il est coopté comme membre du comité central, dont il est secrétaire en 1954 ; il entre au bureau politique en 1955. Ceauşescu connaît bien l'U.R.S.S. et les négociations avec Moscou. Il a aussi une expérience de la Chine, où il s'est rendu en 1964 avec Gheorghe Maurer, son conseiller. Deux personnalités du parti, Maurer et Bodnăraş, se disputent la responsabilité de la proposition et du soutien de la candidature de Ceauşescu au poste de premier secrétaire. Ceauşescu est élu en 1965 ; il est à la fois un produit du milieu populaire roumain et un candidat apprécié par les vieux routiers du lien avec Moscou tels que Bodnăraş et Leonte Răutu qui étaient déjà membres de l'équipe de Gheorghiu-Dej. Les secrétaires du comité central sont en 1965 Leonte Răutu, Paul Niculescu-Mizil et Ilie Verdet. Ceauşescu définit rapidement un style et un ton ambitieux lors de la présentation du programme du IXe congrès du parti, inaugurant une ère nouvelle. En cette même année 1965, une nouvelle Constitution est proposée : la République populaire roumaine devient la République socialiste roumaine et le Parti ouvrier roumain est érigé en Parti communiste roumain (P.C.R.). Les objectifs de 1965 reprennent la ligne des années de gestion de Gheorghiu-Dej : tout pour l'industrialisation. Le taux de croissance élevé est maintenu, l'industrie lourde bénéficie, de 1950 à 1969, de près de la moitié des investissements. Un nouveau bond est planifié pour les années 1971-1975 lorsque Maurer annonce que 60 p. 100 des investissements de l'État seront consacrés à l'industrie. Cette industrialisation est assortie d'un déplacement des populations des campagnes vers les villes. Le côté prométhéen des mutations économiques et sociales ne doit pas masquer la faiblesse du niveau de vie. Le secteur social est sous-développé, mais la population roumaine, majoritairement d'origine rurale, semble accepter cette pauvreté, se contentant encore des espoirs placés dans le futur et du prestige extérieur dont semble jouir le pays. Il n'est pas rare d'entendre parler de Ceauşescu comme de « notre Ceauşescu ».

Un Parti communiste au double langage

Le parti recrute de nombreux membres depuis le début des années 1960 ; en 1965, 64 p. 100 des adhérents ont moins de quarante ans. La base du recrutement est l'Union de la jeunesse communiste. Le parti est structuré et l'encadrement, par les écoles du parti, les stages, solide. L'essentiel de la promotion sociale passe par l'appartenance au parti : la proportion des ouvriers, qui est de 40 p. 100 en 1965, atteint 72 p. 100 en 1977. La logique d'un système jugé supportable à l'intérieur, parallèlement au retour d'une culture nationale patriotique qui favorise une forme de retrouvailles entre le pouvoir et la société, d'autant plus que le régime semble apprécié par les chancelleries occidentales, est sans doute à la base du ralliement des intellectuels au parti. Ceux-ci se sont beaucoup expliqués sur leur choix et leur carrière après la chute du régime, en 1989. Deux thèmes majeurs se dégagent : d'une part, le parti rend possible l'expression et l'épanouissement des compétences. S'intégrer dans le cadre du parti serait le signe d'un certain progressisme. D'autre part, le parti laisse subsister un espace de liberté, non censuré, qui offre aux intellectuels la possibilité de s'orienter vers des créations d'avant-garde ou de se replonger dans les délices d'un patriotisme qu'avaient interdit les années de soviétisation. La journaliste Despina Tomescu témoigne : « La russification globale de la culture prend fin. Les Roumains retrouvent leurs origines latines. Le russe, jusqu'alors obligatoire dans l'enseignement dès le stade primaire, devient à partir de 1967 une matière à option, à côté de l'anglais, de l'allemand et du francais. Le latin fait sa réapparition dans les programmes scolaires. Les frontières s'ouvrent aux conquêtes de l'esprit scientifique bourgeois, les traités et les manuels techniques, autrefois uniquement russes, cèdent la place aux revues occidentales. Mais rien n'égale ce qui se passe dans le secteur des arts. En l'espace de deux à trois ans, on ne parle plus ni de réalisme socialiste ni de réalisme critique, mais de réalisme tout court, à côté du classicisme, du romantisme, du surréalisme, du dadaïsme, de l'impressionnisme. Bref, tous les courants et toutes les doctrines esthétiques se trouvent librement évoqués. » Au début des années Ceauşescu se forme un groupe inspiré par Dumitru Tsepeneag, le groupe « oniriste ». Les années antérieures, comme l'explique Tsepeneag lui-même, furent des « années de tiroir », c'est-à-dire une époque où il était impossible de faire publier ses œuvres : « Nous avons commencé à publier à la fin de 1964. » Les écrivains du groupe oniriste, qui sont partis d'une sorte de dépassement du surréalisme, sont complètement indifférents aux normes d'une direction socialiste qui prétendrait mettre les œuvres au service de la propagande. La libéralisation est de courte durée puisque, très rapidement après 1968, le groupe se trouve harcelé par les autorités et de plus en plus souvent poursuivi par la censure. Certains universitaires protègent leur indépendance intellectuelle en se spécialisant dans le structuralisme.

La propagande est omniprésente, en particulier celle qui est destinée à l'étranger. Dans les années 1960, elle n'est pas clairement perçue. Elle sera dévoilée plus tard par les témoignages d'un agent de la Securitate, la police politique, passé à l'Ouest, Ion Mihai Pacepa, qui fait défection en 1978 et publie aux États-Unis en 1987, Red Horizons, Chronicles of a Communist Spy Chief, et par les déclarations de l'ambassadeur des États-Unis à Bucarest qui sont reproduites dans son ouvrage Pinstripes and Reds, an American Ambassador Caught between the State Department and the Romanian Communists 1981-1985 (Selous Foundation Press, Washington D.C., 1987). Dans l'ambiance des années de détente et d'ostpolitik qui suivent le règlement de la crise de Cuba de 1962 et s'affirme avec la politique continentale européenne de De Gaulle, Bucarest a su jouer la carte d'un nationalisme qui fut compris comme une véritable dissidence d'avec l'Union soviétique. La Roumanie devenait l'alliée rebelle de l'U.R.S.S. et, en ce sens, le bon interlocuteur de l'Ouest. En réalité, cette rébellion fut limitée à des discussions économiques et à des prises de position au sein du pacte de Varsovie qui allaient dans la ligne de la doctrine définie en 1964 ; l'engagement du P.C.R. pour la victoire de la cause socialiste est resté sans faille. En décembre 1989, le chef de l'État roumain, Ceauşescu, ira à la mort en chantant L'Internationale. En 1966, les relations avec la république fédérale d'Allemagne s'intensifient. Le vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères allemand Willy Brandt est à Bucarest en août 1967. Cette ouverture va dans le sens de l'application de la doctrine de la coexistence pacifique. Les visites du général de Gaulle en mai 1968 et du président Nixon en août 1969 sont soigneusement orchestrées à l'intérieur et à l'extérieur. La relation du voyage de De Gaulle dans la presse française est excellente et les résultats de cette visite, bénéfiques pour les intérêts politiques et économiques roumains. Le temps le plus fort de cette époque de patriotisme est marqué par la prise de position de Ceauşescu lors de la crise tchécoslovaque de l'été de 1968 et à la suite de la décision soviétique d'écraser militairement le Printemps de Prague. Les journées des 20, 21 et 22 août sont marquées par une forte mobilisation populaire antirusse autour du chef de l'État roumain, qui dénonce à deux reprises, devant le peuple et devant la Grande Assemblée nationale la décision soviétique. Cette dénonciation est faite au nom de la patrie socialiste roumaine et est fondée sur la fidélité à la ligne du parti depuis 1964. Elle fait naître des rumeurs concernant d'éventuels mouvements soviétiques vers la Roumanie et nombre de jeunes Roumains se persuadent qu'ils vont avoir à s'engager contre les Soviétiques. L'alerte sera de courte durée mais elle aura entraîné l'adhésion d'intellectuels jusqu'alors restés dans l'opposition au parti, tel Paul Goma.

Le régime semble très solide. L'encadrement de la population ne se relâche pas et, en 1966, l'avortement est interdit. En 1967, la famille est contrôlée par des mesures qui rendent difficile le divorce. Les horaires de travail sont très réglementés et la discipline dans les entreprises est renforcée. Le pouvoir se personnalise. Ceauşescu commence à placer sa famille aux postes clés. Elena Ceauşescu entre au comité central lors de la conférence du parti de juillet 1972. En 1980, elle devient vice-Premier ministre. Le fils, Nicu, sera ministre de la Jeunesse et premier secrétaire de l'Union des jeunesses communistes ; en 1987, il accédera au poste de premier secrétaire de la région de Sibiu. Le noyau dirigeant se resserre. En novembre 1974, le XIe congrès du parti entérine l'abolition du présidium et remplace ce dernier par un bureau permanent de cinq membres, issus du comité exécutif. Le cercle des conseillers se réduit. La fonction de président de la République est créée pour Ceauşescu. Le culte de la personnalité s'installe et se développe, Ceauşescu est qualifié de Conducator, de « fils le plus aimé de la nation » et de « resplendissant militant révolutionnaire ». Les louanges ne cesseront plus jusqu'en 1989, et Ceauşescu incarnera à la fois les grandes figures de l'histoire, telle celle de Michel le Brave, et la vigueur de la nature : il est appelé aussi « le Danube de la pensée ». Les enfants des écoles composent des poèmes à sa gloire et les artisans produisent des faïences de facture traditionnelle à l'effigie du couple Ceauşescu. Les hommages adressés au président à l'occasion de ses soixante ans sont une somme des manifestations de ce culte. Une révérence idéologique est associée à cette célébration. Les éditions d'État publient les textes d'histoire et de sciences humaines assortis des pensées du chef de l'État offertes en exergue. En fait, quelque chose se détraque dans le système ; le culte de la personnalité et la mobilisation idéologique masquent un piétinement puis une déroute dans la réalisation des objectifs de l'économie et des espoirs d'un mieux-être de la société.

Nicolae Ceausescu, 1979

Nicolae Ceausescu, 1979

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Le dictateur roumain Nicolae Ceausescu (1918-1989) ouvre une session du XIIe congrès du Parti communiste roumain. 

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Le dévoilement des faiblesses

La Roumanie s'est lancée dans l'industrialisation sans disposer des ressources énergétiques suffisantes et avec une faible productivité du travail. Elle subit de plein fouet les deux chocs pétroliers des années 1970. Le régime, qui s'obstine, pense trouver une parade dans la fuite en avant : les formes et les moyens de contrôle de la population sont renforcés, puis un revirement nationaliste allant au-delà de la défense de l'intégrité territoriale et de la ligne autonome du parti entend plonger le pays dans un isolement qui se prétend porteur de grandeur et d'exemplarité.

Le premier geste date de juillet 1971. Lorsque le chef de l'État annonce une reprise en main de la propagande par le parti et une mise au pas des intellectuels et de l'ensemble du monde de la création artistique, qui avaient « oublié » la finalité socialiste de leurs tâches, le choc dans le monde intellectuel est rude. Quelques personnalités prennent le chemin de l'exil, comprenant qu'elles n'ont pas à espérer une voie roumaine du socialisme : c'est le cas de l'historien Vlad Georgescu, qui part s'installer à Munich et travaille à Radio Free Europe. Le contrôle est complété par la mise au pas de la presse en 1974. L'Union des journalistes est réorganisée en 1976 et intégrée dans l'Union des travailleurs de la presse, qui compte 400 000 membres. Ce raidissement s'explique également par la crainte que deviennent influents en Roumanie les principes que l'Occident semble de nouveau vouloir énoncer et défendre. La grande mise en scène roumaine des années 1965-1969 avait été montée alors que les jeunesses de l'Ouest étaient en pleine crise et que les États-Unis étaient enlisés dans la guerre du Vietnam. Les années 1970 voient un retour aux valeurs des droits de l'homme, comme en témoigne l'élaboration des principes de la troisième « corbeille » d'Helsinki. Cette rencontre de l'idéologie occidentale et de la dissidence est-européenne est favorable à l'action des opposants qui, en Tchécoslovaquie et en Pologne, constituent de petits groupes minoritaires pour proposer des Déclarations de principes et de référencen telles que la Charte 77 à Prague : des intellectuels militent pour l'instauration d'une éthique qui se veut libérale et anticommuniste. En Roumanie, le silence de l'opposition, depuis que les détenus des années staliniennes ont été libérés, semble de plomb. Pourtant, en 1977, un romancier, Paul Goma, prend la plume et adresse une lettre aux auteurs de la Charte 77 à Prague et une autre au président Ceauşescu. Il demande au chef de l'État d'assurer le respect de la Charte 77. Goma est rejoint par un tout petit groupe de signataires. La Securitate l'arrête et le brutalise. Sa famille est menacée. Paul Goma, aidé par la Ligue des droits de l'homme, pourra s'installer en France quelques mois plus tard. Cette affaire est importante : elle signale le début d'un dialogue entre les quelques opposants roumains et l'Occident, et suscite un intérêt nouveau des Français pour les publications littéraires de la dissidence roumaine. Peu après l'initiative de Paul Goma est montée en Roumanie une opération de création de syndicats libres ; ils sont poursuivis par la Securitate, et l'opération échoue. Le régime perd de sa crédibilité dans certains milieux ouvriers : la base du système est fragilisée à la suite des grèves de mineurs qui se déroulent dans la vallée du Jiu. Ces derniers se mobilisent contre l'allongement de la journée de travail. Ils réclament – et obtiennent – la venue du chef de l'État, mais subiront une répression savamment conduite : trois mille mineurs seront déplacés après les événements. Parmi les slogans criés dans les mines, on retient : « À bas la bourgeoisie prolétarienne ! », qui traduit la rancœur des travailleurs contre le mensonge du régime devenu le défenseur des privilèges des apparatchiks. La grogne est d'autant plus forte que la misère, qui deviendra dramatique dans les dix dernières années du régime, s'installe.

L'autosatisfaction des discours de propagande et la dureté de la vie quotidienne conduisent petit à petit à une situation schizophrénique. Le régime n'a plus de projet d'avenir et choisit de se replier sur lui-même en décidant une politique de remboursement de la dette extérieure qui le libère tout en lui aliénant la population qui souffre du froid et manque des produits de première nécessité. Le parti soutient l'idéologie protochroniste et promeut les valeurs autochtones. Le protochronisme affirme l'antériorité de toute création et de toute production roumaines, évacuant ainsi le problème de la compétition avec l'extérieur. Une historienne américaine, Katherine Verdery, a analysé avec finesse ce montage d'un indigénisme passionné au service du régime et de son nationalisme dans National Ideology under Socialism. Identity and Cultural Politics in Ceauşescu's Romania. En dépit de cet effort idéologique et des contraintes renforcées qui pèsent sur le travail depuis la publication d'une série de décrets en 1983, la Roumanie est épuisée.

Bucarest sur la défensive

C'est dans ce contexte que survient l'onde de choc de la perestroïka. Alors que l'U.R.S.S. propose une réforme en profondeur, le régime roumain confirme la justesse de la ligne de son parti, lance des défis, s'isole. En février 1988, la Roumanie étonne en déclarant renoncer, dans ses échanges commerciaux, à la clause de la nation la plus favorisée : c'est une manière d'affirmer son indépendance. En revanche, personne ne parle du resserrement des liens entre l'U.R.S.S. et la Roumanie dans le domaine économique alors que leurs évolutions idéologiques divergent : c'est que la Roumanie dépend de l'U.R.S.S. dans le domaine énergétique.

Si les équipes, les clients et les fidèles de Ceauşescu refusent une perestroïka qui n'aurait pas lieu d'être en Roumanie, certains technocrates et certains scientifiques sont touchés par l'évolution du parti frère soviétique. Il y a de longue date une opposition feutrée à la gestion de Ceauşescu et une dénonciation de la faillite économique et sociale de sa politique ; le futur premier président de l'après-1989, Ion Iliescu, appartient à ces groupes critiques du parti. Il avance avec prudence en publiant en 1987 dans la revue Româniă literara (La Roumanie littéraire) un article sur le thème de la restructuration.

Il ne fait pas de doute que la grève des usines de camions de Braşov en novembre 1987 est soutenue par les cadres de l'entreprise. Parmi les mots d'ordre des manifestations, on peut remarquer des appels à Mikhaïl Gorbatchev. La répression se durcit. Elle touche non pas l'aile réformatrice du parti, qui demeure officiellement silencieuse, mais les personnalités démocrates et libérales qui osent prendre la parole en 1987-1989. Doina Cornea, professeur à Cluj-Napoca, devient la figure emblématique de la résistance. Elle est arrêtée le 19 novembre 1987 après avoir pris la parole à la télévision française contre le chef d'État roumain.

Le déferlement des critiques et des condamnations vient de l'extérieur. La popularité de Gorbatchev aux États-Unis accroît par contraste l'impopularité de Ceauşescu. Deux projets heurtent tout spécialement les opinions occidentales : la « systématisation » et la destruction du vieux Bucarest.

Le projet de systématisation est à la fois idéologique et économique. Il s'agit d'effacer toute différence entre villes et campagnes, conçue comme l'expression d'un mode de développement capitaliste, et de détruire le village, considéré comme résidu archaïque. En fait, la question de la systématisation est bien antérieure aux mesures des années 1980 et a été débattue dès 1967 lors de la conférence nationale du P.C.R. Les principes de base ont été formulés en 1972, l'idée dominante étant celle de l'égalité des citoyens et donc du droit de chacun de jouir de conditions de vie identiques. C'est en 1986 que Ceauşescu rappelle la volonté de « systématiser » tout le pays pour l'an 2000. Il annonce trois étapes qui doivent, entre 1990 et 2000, faire doubler le nombre des agrovilles. En 1989, sur les 558 nouvelles villes qui devaient être créées, 24 avaient vu le jour.

La destruction du vieux Bucarest répond à ce même besoin de créer une cité utopique dépouillée des vestiges anciens et du passé religieux. La mise en œuvre du projet débute en 1983. Ceauşescu fait procéder à la destruction de plusieurs églises, expulse 40 000 habitants de petits logements qui gênent les perspectives ou les nouveaux axes de circulation. La principale réalisation est l'aménagement d'un nouveau centre politico-administratif : une énorme Maison du peuple, ou Palais de Ceauşescu, domine un boulevard du Socialisme large de 120 mètres et bordé d'immeubles de luxe. La rivière Dîmboviţa, proche, est creusée et aménagée. Cette politique est dénoncée par des personnalités françaises du monde des arts et par I'U.N.E.S.C.O. La presse occidentale se fait très dure envers les réalisations mégalomanes du chef de l'État roumain, qui est soupçonné de folie. Quant au journal du parti, Scînteia, il célèbre sans retenue le couple Ceauşescu, dont la biographie militante est largement développée à l'occasion des fêtes du 1er mai 1989. Au printemps de 1989, l'alerte est donnée : le service international de la B.B.C. reçoit le 10 mars un document signé par six anciens dirigeants du parti qui désavouent la conduite politique et économique des affaires par Ceauşescu. La conclusion du document est menaçante : « La Roumanie est et demeure un pays européen et doit, en tant que tel, progresser dans le cadre établi à Helsinki. Vous avez commencé à transformer la géographie du pays, mais vous ne pourrez transporter la Roumanie en Afrique. » La gestion de Ceauşescu s'épuise sur ce constat de sous-développement, qui émane du parti lui-même. En dépit des déclarations fermes de Ceauşescu lors du dernier congrès du parti, à Bucarest en novembre 1989, et en dépit des ovations qui l'accompagnent, la chute est proche. Un nouvel hiver s'annonce, avec, pour les habitants, le froid, le manque de lumière pour cause d'économies d'énergie et les pénuries alimentaires. Mais, si la Roumanie semble se figer, tout comme la Bulgarie voisine, le mouvement de libération s'accélère en Hongrie, triomphe à Berlin avec la chute du Mur et de la direction communiste de la République démocratique allemande. Ceauşescu dénonce un complot, son frère Ilie réclame un renforcement du pacte de Varsovie.

L'élimination de Ceauşescu et les aventures du nouveau régime

La chute des Ceauşescu

Ceauşescu a perdu toute crédibilité à l'intérieur, et son épouse est haïe pour son usurpation du pouvoir ; le Conducator est condamné par les tribunes internationales et critiqué par la direction soviétique, qui s'est engagée dans la perestroïka. Il va suffire d'une semaine pour éliminer le couple et porter au pouvoir, dans la confusion d'un coup d'État accompagné d'une insurrection populaire, un groupe de communistes réformateurs dont les figures de proue sont le futur président Ion Iliescu et son chef de gouvernement Petre Roman. La chronologie des événements débute à Timişoara (à l'occasion d'une manifestation de soutien en faveur d'un pasteur hongrois, László Tökéş, déplacé d'office), où l'armée tire sur la foule, et rebondit les 20 et 21 décembre à Bucarest. Deux éléments restent à cerner de plus près : le degré de préparation du coup d'État par Iliescu et son entourage, dont on ne sait s'ils auraient agi seuls ou en liaison avec les Soviétiques, et le rôle de l'armée, qui, après avoir exercé une forte répression, prétend se démarquer des forces de la Securitate et déclare sa solidarité avec le peuple le 22 décembre. Quelles sont les responsabilités respectives de l'armée et de la Securitate ? Le rôle joué par les agences de presse de Yougoslavie et de Hongrie, qui ont fortement dramatisé le caractère sanglant des événements, est difficile à évaluer avec exactitude. Le chef de l'État roumain, qui a tenté de contrôler la situation en s'adressant directement à la foule le 21 décembre, est arrêté avec sa femme alors qu'ils tentent de prendre la fuite. La radio nationale passe entre les mains des insurgés de Bucarest ; un Front de salut national prend le pouvoir

Des figures nouvelles s'imposent : Corneliu Manescu, Silviu Brucan, Gelu Voican. Les visages des dissidents Doina Cornea, Ana Blandiana, Mircea Dinescu apparaissent sur les écrans à côté de ceux des communistes réformateurs. L'ambiance est à l'horreur lorsque est découvert à Timişoara un charnier qui contiendrait 4 360 corps. Le lundi 25 décembre, peu avant 21 heures, la télévision annonce la condamnation à mort par un tribunal extraordinaire de Ceauşescu et de sa femme, ainsi que leur exécution. On connaîtra plus tard la composition du tribunal et le rôle joué par le général Stanculescu dans l'organisation de ce procès expéditif et de l'exécution par balles qui le suit. Ces journées menées dans la confusion qui répondent à la fois à une volonté de changement d'équipes de la part des communistes réformateurs et de mutation radicale du régime de la part des démocrates qui crient « libertate » au cours des manifestations, vont peser lourd en ambiguïtés et en tensions sur les premières années de la transition.

Les ambiguïtés de l'époque Iliescu

Le processus de démocratisation s'est accompli en plusieurs étapes scandées par la mise en place d'une nouvelle Constitution en décembre 1991, par des élections présidentielles et législatives en mai 1990, en septembre et octobre 1992, puis en novembre 1996. L'équipe des communistes réformateurs, soudée durant plusieurs mois contre les manifestations de la foule qui, à Bucarest surtout, dénonce une usurpation de la révolution, se déchire bientôt dans un conflit qui oppose le président Ion Iliescu et ses fidèles au chef du premier gouvernement et à ses propres alliés. Cette guerre fratricide dépouille la direction réformatrice de ses éléments les plus dynamiques et les plus brillants tels qu'Adrian Severin ou Victor Babiuc. Le groupe de Petre Roman passe donc à l'opposition et son parti, l'Union sociale-démocrate, reçoit en 1996 l'aval de l'Internationale socialiste. Pour s'assurer des alliés, le président Ion Iliescu est amené à s'entendre avec l'extrême gauche, avec le Parti socialiste du travail (P.S.M.), avec 1'extrémisme nationaliste, avec le Parti de la Grande Roumanie et avec le Parti de l'union nationale roumaine (P.U.N.R.). Ces alliances nuisent à l'image de la Roumanie à l'extérieur et enveniment les relations roumano-hongroises. Cette tension, parfois inquiétante (l'Union démocratique des Magyars de Roumanie, qui représente 1 700 000 Hongrois de Roumanie fait monter les enchères et revendique une autonomie territoriale des départements où la population hongroise est majoritaire), va durer jusqu'à l'automne de 1996. En septembre de la même année est signé un traité de bon voisinage roumano-hongrois, aboutissement de quatre ans de difficiles négociations concernant la qualification de la frontière entre les deux pays – Bucarest exigeant une formule radicale de non-révision – et les droits des Magyars de Roumanie. La tension roumano-hongroise a perturbé la vie politique durant près de quatre ans et cristallisé un courant nationaliste xénophobe après que des événements sanglants eurent opposé des ressortissants des deux communautés à Tîrgu Mureş au printemps de 1990. Les pressions occidentales via le Conseil de l'Europe, les conseils de l'ambassade des États-Unis à Bucarest et la volonté de chacun des deux pays voisins de faire partie d'une première vague d'intégration dans 1'O.T.A.N. ont été efficaces. Le contentieux nationaliste a cédé devant l'urgence d'une politique d'intégration dans les structures de sécurité euro-atlantiques.

Ce n'est qu'en 1993 que la Roumanie s'est engagée dans la voie de l'intégration européenne et atlantique. Les premières années de l'après-1989 portaient la marque des origines et des fidélités communistes du chef de l'État et de ses alliés. C'est ainsi que Ion Iliescu chercha à passer un traité bilatéral avec l'Union soviétique en février 1991, avant que celle-ci ne s'effondre. On rappela à cette occasion que le président roumain reçut une formation en U.R.S.S. et que, au temps de sa jeunesse communiste, il y fit la connaissance de Gorbatchev. Cette ligne traditionnelle depuis le traité bilatéral soviéto-roumain de l948 est abandonnée en 1993 : le gouvernement roumain s'engage alors dans une voie d'ouverture vers l'Ouest et de demande d'intégration à l'Ouest. La Roumanie est admise à faire partie du Conseil de l'Europe à l'automne de 1993 et se trouve être le premier pays à signer en janvier 1994 le Partenariat pour la paix, dont elle s'emploie à appliquer le contrat avec soin au cours de manœuvres alliées. Cette évolution, qui s'explique par la volonté de ne pas être laissée dans une zone grise de la sécurité aux confins de l'Europe, s'est accompagnée d'un rapprochement roumano-américain. La politique extérieure tournée vers l'Ouest a des conséquences sur le plan intérieur : petit à petit, et en grande partie sous la pression des pays occidentaux, le président Iliescu accepte de se démarquer des extrémistes ; sans doute trop tard, car ces ruptures n'auront pas pour effet le retour vers Iliescu du groupe de Petre Roman. Ces réformateurs technocrates constituent l'un des éléments de l'opposition lors des campagnes de l'été et de l'automne de 1996 pour les législatives et la présidentielle, qui portent à la présidence le candidat de l'opposition, Emil Constantinescu, de la Convention démocratique de Roumanie, et à la Chambre les partis de l'opposition associés au parti magyar.

L'alternance démocratique

La victoire de l'opposition en novembre 1996 est le résultat d'un travail pédagogique qui a su utiliser la nouvelle liberté d'expression des médias. Elle est aussi le signe d'une grave crise économique et sociale. La transition s'est faite au profit d'apparatchiks qui ont joué de leurs relations antérieures avec l'étranger et de leurs réseaux d'information, qui ont également détourné une partie du capital de l'État et des aides étrangères. Leur enrichissement rapide scandalise une population qui rêve d'une prospérité à l'occidentale, conserve encore un sens de la justice sociale hérité du régime communiste et souffre d'une extrême paupérisation. Ces couches spoliées attendent de leur vote de l'automne 1996 des dirigeants possédant une compétence économique et une éthique ; en outre, elles comptent sur l'aide occidentale. La Roumanie est sur une voie étroite. Elle s'exprime politiquement comme si 1996 renouait les fils d'une révolution confisquée par les communistes réformateurs en 1989 ; elle cherche une identification nationale, qui souvent conduit à une réappréciation positive de la spiritualité et de l'Église orthodoxes et à des revendications de principe vis-à-vis des voisins avec qui des traités de sécurité n'ont pas été signés. Bucarest entend obtenir de l'Ukraine et de la Russie une condamnation du pacte Ribbentrop-Molotov. Alors que les rapports avec l'Ouest semblent stabilisés, les relations avec les proches voisins – russe, moldave et ukrainien – sont plus incertaines.

Le président Constantinescu, un universitaire soutenu par nombre d'intellectuels, dirige, au-delà du Parti national-paysan (parti chrétien-démocrate, fondé avant la guerre) dont il est issu, une coalition disparate réunissant des forces libérales, réformistes et de gauche modérée, ainsi que l'Union démocratique des Magyars de Roumanie. L'opinion, lasse de l'enrichissement facile des anciens cadres, attend de cette nouvelle équipe qu'elle use, pour améliorer sensiblement son niveau de vie, de compétences nouvelles et de ses relations avec l'Ouest. Celles-ci sont bonnes, tant au plan formel que symbolique (visite du pape Jean-Paul II, en 1999, à Bucarest), mais restent bien en deçà des attentes, ce qui accentue un certain ressentiment anti-occidental. Celui-ci se traduit dans les urnes, en 2000, par la présence d'un candidat extrémiste au second tour de l'élection présidentielle. Une politique nettement plus libérale n'en est pas moins conduite ; elle fait cependant toujours beaucoup de laissés-pour-compte (chômeurs, personnes âgées), d'autant que les partis de la coalition ne se montrent guère solidaires, ce qui entrave les réformes et les efforts du gouvernement.

—  Catherine DURANDIN

Le retour d'Iliescu et l'entrée dans l'O.T.A.N.

Les élections de décembre 2000 opposent, au second tour, Ion Iliescu et un candidat, Corneliu Vadim Tudor (Parti de la Grande Roumanie), qui tient à la fois de l'extrême droite et de l'extrême gauche, en ce qu'il rappelle le « national-communisme » de l'époque de Ceauşecu dont il fut un chantre. Iliescu est élu, comme un moindre mal, par une majorité d'intellectuels, de démocrates de droite et de gauche, et par les anciens gorbatchéviens. Le discours du nouveau gouvernement est d'un pragmatisme à la limite de l'opportunisme, au point même de mettre l'opinion devant le fait accompli à propos des choix fondamentaux du pays. Ceux-ci sont donnés comme non discutables puisque définis par des instances étrangères : les États-Unis pour les choix stratégiques, l'Union européenne (U.E.) et le Fonds monétaire international pour les choix économiques et sociaux. Le vote extrémiste de 2000 peut se comprendre comme un désir des électeurs de redevenir maîtres du discours politique, mais sans disposer d'un positionnement autre que protestataire.

Avec Iliescu revient sur le devant de la scène politique roumaine une équipe d'anciens communistes réformistes, acteurs de la « révolution » de décembre 1989, qui avaient des relations privilégiées avec Washington. La nomination comme ministre de l'Intérieur (2000-2004) de Mircea Paşcu, qui était résident aux États-Unis en 1988-1989, est à cet égard révélatrice d'un choix stratégique résolument pro-américain. Celui-ci se traduit par l'aboutissement des démarches d'intégration de la Roumanie dans l'O.T.A.N. et par la visite de George W. Bush à Bucarest pour la circonstance, en novembre 2002, ainsi que par la participation d'un contingent roumain à la guerre en Irak, au nom de la « lutte contre le terrorisme » consécutive aux attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Ce sont ces événements qui, en poussant la Maison-Blanche à se rapprocher de façon très médiatisée de Moscou, ont levé l'opposition russe à l'extension de l'O.T.A.N., ce dont la Roumanie, comme les États Baltes et la Bulgarie, a profité. L'entrée de la Roumanie dans l'Alliance atlantique (officiellement en 2004) a entraîné une importante restructuration militaire des personnels et des matériels. Les normes de l'O.T.A.N. ont en effet entraîné une réduction d'un tiers des effectifs, qu'il a fallu mettre à la retraite anticipée, et ont mis en évidence la vétusté des avions de chasse de type Mig de l'aviation roumaine. Les mesures d'accompagnement nécessaires ont demandé des efforts énormes, tant au plan social qu'au plan économique, au point que les autorités roumaines ont dû solliciter une aide partielle de la Banque mondiale.

Difficile chemin vers l'Europe et alternance politique

À la fois espérée et redoutée par ses conséquences prévisibles dans le secteur de l'agriculture, la perspective d'intégration dans l'U.E. exige, à la différence de l'entrée dans l'O.T.A.N., un rigoureux effort préalable d'adaptation de la part de la Roumanie. Comme un signe d'ouverture à l'esprit européen de parité, le gouvernement d'Adrian Năstase nomme une femme au ministère de l'Intégration européenne, Hildegard Carola Puwak, d'origine saxonne. Cette dernière représente, jusqu'en 2004, le gouvernement roumain à la Convention chargée de rédiger le traité établissant une Constitution pour l'Europe.

En Roumanie, comme en Bulgarie, candidate en même temps à l'intégration, le processus de négociation est grevé par trois dossiers difficiles : la corruption de l'administration et de la justice, le sort des enfants placés dans des institutions et le statut de la minorité tsigane. L'incertitude des Européens sur la capacité du pays à trouver des solutions à échéance raisonnable se renforce lorsque éclate, en 2003, un scandale impliquant directement Hildegard Puwak. Celle-ci est accusée de détournements, au profit de son mari et de son fils, trois semaines après son entrée en fonction, de fonds du programme européen Léonard-de-Vinci destinés à la formation professionnelle. Le gouvernement garde sa confiance à la ministre, qui n'est pas poursuivie par le procureur anticorruption, au motif qu'elle n'aurait enfreint aucune loi. Cependant, à la suite de l'inculpation de son mari, elle doit démissionner, en octobre 2003, avec deux autres ministres, pour être remplacée par Alexandru Fărcaş.

Cette affaire de corruption financière, qui n'est pas la première, embarrasse le gouvernement roumain, précisément très critiqué pour sa mauvaise gestion des fonds européens, au point qu'il est envisagé que la date de l'adhésion de la Roumanie, prévue en janvier 2007, puisse être reportée d'un an. En outre, le soutien militaire qu'apporte le gouvernement roumain à l'invasion de l'Irak par les forces américaines est en décalage par rapport aux pays de la « Vieille Europe » (France, Allemagne, Belgique, principalement) qui y sont opposés et dont le poids politique est important pour l'adhésion.

En politique intérieure, la rivalité des présidentiables du parti d'Iliescu, qui ne peut briguer constitutionnellement un troisième mandat, et la corruption patente des dirigeants permettent la nette victoire d'une coalition de droite à l'élection présidentielle de 2004.

D'indéniables progrès

Conformément à leurs accords électoraux, le nouveau président, lui aussi très pro-américain, Traian Băsescu, du Parti démocrate (celui de Petre Roman), prend Călin Popescu-Tăriceanu, du Parti national-libéral (P.N.L.), comme Premier ministre. Cette alliance est vite traversée par une profonde mésentente entre les deux dirigeants, mais sans empêcher la poursuite du processus d'intégration européenne. Les questions politiquement sensibles concernant la liberté de la presse, la protection de l'enfance et le respect du moratoire sur les adoptions internationales, l'indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, l'efficacité de la police des frontières et l'intégration des Tsiganes font l'objet d'avancées.

Le ministre de la Justice, Monica Macovei, mène une politique volontariste qui aboutit, à l'été de 2005, à l'adoption d'une nouvelle législation garantissant l'indépendance personnelle et institutionnelle des magistrats, y compris ceux du parquet, seuls chargés des poursuites pénales dans un système judiciaire qui ne connaît pas le juge d'instruction. La législation prévoit en outre la déclaration obligatoire de patrimoine des élus et la création d'un Département national anticorruption indépendant. L'effort budgétaire nécessaire à la rénovation et à l'équipement de la Justice, ainsi que le remplacement progressif des magistrats les plus anciens dont la probité est parfois mise en cause, est accompagné d'un prêt de 110 millions d'euros de la Banque mondiale. Les effets de cette réforme permettent à la justice d'enquêter, dès 2006, sur plusieurs ministres ou anciens ministres, dont le Premier ministre en place, Călin Popescu-Tăriceanu.

À partir de son adhésion, la Roumanie doit devenir pays frontière de l'Union européenne, et des moyens importants sont consacrés à la formation des personnels de police et de gendarmerie, et à la modernisation des équipements (accord signé en 2004 avec la société E.A.D.S. pour l'installation d'un système de communication de pointe). La Roumanie envisage alors de rejoindre l'espace Schengen en 2011 avec la Bulgarie. Un régime de visas est rétabli pour les Moldaves, qui vivent douloureusement cette nouvelle séparation avec leurs frères de langue.

Une nouvelle législation sur les droits de l'enfant, réservant toute adoption internationale aux seuls membres de la famille de l'enfant, est votée en janvier 2005. Dans l'année qui suit l'entrée en vigueur de la loi, les cas d'abandon d'enfant passent ainsi d'une moyenne de 4 500 à 5 000 par an à 1 141. Pour les orphelins avérés, l'adoption nationale est encouragée. En revanche, la situation dans les orphelinats, dans les institutions pour handicapés et dans les cliniques psychiatriques, reste difficile.

L'estimation du nombre de Tsiganes varie entre 500 000, d'après un recensement de 2002, et 3 000 000, selon l'Agence nationale pour l'intégration des Roms, créée en 2001 pour planifier, coordonner et contrôler les mesures afférentes à la stratégie d'intégration exigée et financée par l'U.E. Des progrès dans le domaine du logement, de l'emploi, de la santé et de la formation professionnelle sont constatés, mais demeurent très insuffisants. Les Roms sont représentés au Parlement par cinq députés, et l'État roumain n'hésite plus à recruter des policiers dans leur communauté.

L'entrée dans l'Union européenne

Persiste cependant un certain nombre de problèmes, plus administratifs que politiques, comme la question des marchés publics, le droit de propriété industrielle et la contrefaçon, la pollution industrielle et la modernisation de l'administration, notamment fiscale, ou économiques et sociaux, comme l'évolution du secteur agricole et la surveillance vétérinaire du cheptel roumain.

Quoique les mesures prises dans ces différents domaines soient reconnues par le Commissaire européen chargé de l'élargissement, le Finlandais Olli Rehn, des réticences à l'intégration de la Roumanie dès 2007 n'en subsistent pas moins. Grâce, en particulier, à l'appui de la France, et malgré des choix stratégiques roumains souvent plus proches de ceux des États-Unis, la Commission européenne, dans son rapport de septembre 2006, donne son accord pour l'entrée effective de la Roumanie dans l'Union le 1er janvier 2007. Une fois les préparatifs de l’intégration européenne achevés et l’euphorie de l’entrée dans l’Union européenne passée, la crise politique entre les deux têtes de l’exécutif roumain éclate au grand jour.

—  Philippe LOUBIÈRE

Une coalition désunie

Le spectacle, depuis 2004, d’un exécutif déchiré entre le libéral Calin Popescu-Tăriceanu, Premier ministre, et le démocrate Traian Băsescu, chef de l’État, dont l’alliance n’a duré que le temps des élections de 2004, ajouté à celui de parlementaires (députés comme sénateurs) peu pressés, toutes tendances confondues, de légiférer sur les textes visant à moraliser la vie politique et à réorganiser le secteur judiciaire, provoque une désaffection des citoyens, comme en témoigne le faible taux de participation aux élections européennes de novembre 2007. Cette guerre au sommet culmine en avril-mai 2007, lorsque le Premier ministre éconduit cinq ministres du Parti démocrate, dont Monica Macovei qui, détentrice du portefeuille de la Justice, était aux yeux de Bruxelles un des garants de la réforme judiciaire ; puis quand, avec le soutien des parlementaires du Parti social-démocrate (P.S.D., ex-communiste), formation pourtant adverse, le P.N.L. tente d’obtenir la destitution du président au titre de dix-huit chefs d’inculpation visant à démontrer qu’il avait outrepassé ses fonctions présidentielles et qui ne sont pourtant pas considérés par la Cour constitutionnelle comme une violation de la Loi fondamentale. Le chef de l’État, sur de son bon droit mais surtout de son charisme, décide d’en appeler à un référendum, le 19 mai 2007, dont il sort conforté dans sa fonction au prix, néanmoins, d’un discrédit accru des institutions. Le résultat des élections législatives du 30 novembre 2008, où la participation a atteint à peine 40 p. 100, confirme les tendances qui s’étaient déjà dessinées lors des élections européennes de novembre 2007 et des élections locales de mai-juin 2008. Le Parti démocrate-libéral (P.D.L., nouveau nom du Parti démocrate depuis décembre 2007), dont le chef de l’État demeure de fait le leader, et le P.S.D. arrivent au coude a coude, loin devant la formation du Premier ministre sortant, le P.N.L. Non sans quelques difficultés, l’Union démocratique des Magyars de Roumanie franchit la barre de 5 p. 100 exigée pour bénéficier de représentants à la Chambre des députés et au Sénat, à l’inverse des deux formations extrémistes (Parti de la Grande Roumanie, xénophobe et nationaliste, et Parti de la nouvelle génération). Alors que se profilent les premiers nuages provoqués par la crise financière mondiale qui aura notamment pour effet de porter un coup au dynamisme des exportations vers l’U.E. – plusieurs grosses entreprises, notamment dans le secteur automobile, annonçant dès novembre 2008 des fermetures provisoires de certains de leurs sites –, il revient à Emil Boc, maire de Cluj depuis 2004 et président du P.D.L., nommé Premier ministre le 15 décembre, de mettre en œuvre les premières mesures anti-crise. La stabilité gouvernementale repose sur une alliance entre le P.D.L. et le P.S.D. qui, anciens frères ennemis (le premier n’étant qu’une scission du second), signent un « Partenariat pour la Roumanie ». Mais, le 13 octobre 2009, le gouvernement d’Emil Boc est renversé à la suite d’une motion de censure déposée par l’opposition, procédure qui a été décidée après le retrait du P.S.D. de la coalition gouvernementale, et dans le contexte de la crise économique mondiale qui touche de plein fouet le pays et de l’élection présidentielle imminente. Le président Băsescu ne parvient pas à nommer un nouveau Premier ministre. Cette instabilité remet en cause le versement, par le F.M.I., de la dernière tranche d’un prêt prévu pour la fin de l’année. À l’issue de l’élection présidentielle de novembre-décembre 2009, Traian Băsescu est réélu, obtenant un score à peine supérieur a celui du candidat social-démocrate, Mircea Geoana. Sa réélection est confirmée par la Cour constitutionnelle le 14 décembre 2009, après que le P.S.D. a tenté de la faire annuler pour fraude. Le président, ainsi que le Premier ministre Emil Boc qu’il reconduit à son poste, a pour objectif principal de régler la crise économique et d’instaurer un gouvernement stable susceptible de rétablir la confiance des bailleurs de fonds et des investisseurs. Au début de 2012, un mouvement de protestation contre la politique d'austérité entraîne la démission, en février, du Premier ministre Emil Boc. Le président Băsescu nomme le chef de l'opposition, Victor Ponta (leader du P.S.D.) à la tête du gouvernement. À la suite d'un différend institutionnel entre les deux dirigeants, un référendum est organisé en juillet 2012 pour la destitution du président, mais son résultat est invalidé, faute d'une participation suffisante. Traian Băsescu se maintient au pouvoir et continue de cohabiter avec l'opposition, qui a remporté les élections législatives de décembre 2012. Alors que l'Union attendait de Bucarest des progrès dans la réforme de la justice et dans la lutte contre la corruption pour l'entrée de la Roumanie dans l'espace Schengen, la crise politique de 2012 a entraîné un nouveau report de la décision.

(Voir également ROUMANIE, chronologie contemporaine)

—  Edith LHOMEL

Langue et littérature roumaines

La langue

Le roumain est la langue officielle de la république de Roumanie et, sous le nom de langue moldave, langue d'État en république de Moldavie. Du point de vue linguistique, cette langue, parlée aussi dans les régions limitrophes de la Serbie, de la Hongrie et de l'Ukraine, est appelée le daco-roumain. Il y a également lieu de mentionner d'autres langues, proches du roumain, issues du latin parlé dans la Romania orientale ; parmi celles-ci, au nombre de locuteurs de plus en plus réduit, la plus importante est le macédo-roumain, ou aroumain, parlé en république de Macédoine (dans l'ancienne Yougoslavie), dans certaines régions de la Grèce septentrionale et de l'Albanie, ainsi qu'en Roumanie. Le haut plateau à l'ouest du Vardar, à cheval sur la Grèce et la Macédoine, constitue la zone du mégléno-roumain. À proximité du Monte Maggio (Učka Gora) dans l'ancienne Istrie (Croatie), les habitants de certains villages parlent l'istro-roumain, de plus en plus mêlé de serbo-croate et en voie d'extinction.

Problèmes d'histoire

Le grec et le latin

Dans le Sud-Est européen, deux grandes langues de culture se rencontrent, le grec et le latin. Les quelque vingt-trois mille inscriptions latines des Balkans permettent de concevoir l'importance et l'extension de la langue de Rome sur la péninsule. La ligne de démarcation qu'il est ainsi possible de tracer quitte la côte adriatique au sud de Durazzo (Dyrachium) en direction de l'est pour aboutir au lac de Prespa ; longeant ensuite la montagne du Balkan, elle rejoint la mer Noire à Varna (Odessus). On ne peut parler cependant de frontière, mais plutôt d'une vaste zone où la diglossie, voire la polyglossie, n'étaient pas rares. Le roumain, par exemple, n'a conservé certains traits morphosyntaxiques du latin, comme la déclinaison, abandonnée par les autres langues romanes, que par le contact avec le grec, dont la déclinaison est restée vivante, avec la caractéristique, commune aux deux langues, de la confusion entre le génitif et le datif. Les populations alloglottes (Thraces, Illyriens ou Celtes) participaient de ce voisinage. La langue albanaise, très marquée dans son lexique par le contact avec le latin, offre pour cette raison un très bon terrain de comparatisme avec le roumain.

La romanisation

Dans le prolongement de la Mœsie et de la basse vallée du Danube, le latin pénètre en Dacie à l'occasion de la conquête de la province par les légions de Trajan en 107 après J.-C. Ses locuteurs sont aussi bien les vétérans romains qui y font souche que la population dace, également appelée gète par les Grecs et sans doute apparentée aux Thraces, qui offre la langue de substrat. Le poète Ovide, exilé et mort en Dacie, en a probablement appris les rudiments. Entre 270 et 275, l'empereur Aurélien, sous la pression de tribus germaniques (des Goths en particulier), retire les légions de Dacie pour les redisposer au sud du Danube.

Sur ces événements, la documentation historique est lacunaire et diversement interprétée. Les linguistes n'en considèrent pas moins le roumain comme une langue romane autochtone, à continuité territoriale ininterrompue au nord du Danube, et non comme la langue d'un peuple nomade.

Les langues slaves méridionales

L'arrivée des Slaves à partir du viie siècle dans les Balkans a pour conséquence importante de séparer définitivement les locuteurs du latin d'Orient tant de ceux d'Occident que de la référence à la culture latine écrite. Le schisme religieux de l'an mille, en plaçant la région dans la sphère orthodoxe de langue slavonne, lui donne une culture allophone et cantonne de ce fait le roumain à la seule expression orale. Le lexique et la phraéologie du roumain ont été profondément marqués par l'emprunt aux langues slaves de contact (bulgare, serbe, croate) à partir du xe siècle. À titre d'exemple, nous citerons des mots roumains courants comme bogat (« riche »), drag (« cher »), a iubi (« aimer »), muncă (« travail »), uliţă (« rue »). La structure syntaxique du roumain, quoique restée principalement romane, a, elle aussi, été marquée par l'environnement, au point de partager les principaux traits de la linguistique balkanique (déclinaison, article défini postposé, futur exprimé au moyen du subjonctif ou d'un auxiliaire volitif, infinitif remplacé par une construction au subjonctif, formation des noms de nombre, etc.).

Conditions particulières

Les premiers documents écrits en roumain datent du xvie siècle (Lettre du boyard Neacşu de Câmpulung), suivis des chroniques moldaves de Miron Costin, Grigore Ureche et Ion Neculce. On retiendra que l'alphabet en usage jusqu'au xixe siècle est cyrillique. La langue littéraire s'est formée dans le sud de la Transylvanie (imprimerie de Braşov), avec toutefois pour base le roumain de Valachie, avant de trouver son élaboration définitive au xixe siècle, sous l'influence déterminante du moldave Mihai Eminesco, à l'origine d'un langage poétique roumain original et fondateur. La conscience, d'ordre politique, de l'appartenance à la latinité, et le désir de modernité qu'elle représentait a poussé à une véritable relatinisation du roumain à partir du xixe siècle. L'influence du français, et dans une moindre mesure de l'italien, y a fortement contribué.

Quelques traits phonétiques caractéristiques

Parmi les phonèmes du roumain, il faut noter d'abord la présence d'une voyelle ã, intermédiaire entre a et e, d'origine latine, comme dans les mots : bărbat (« homme »), biserică (« église »). Ce phonème existe aussi en bulgare et, réduit à e muet, en albanais (noté ë). L'instabilité des nasales dans les langues romanes (cf. français an, portugais ã) est également à l'origine, en roumain, d'une voyelle vélaire fermée non labiale, notée â ou î. La règle actuelle est de réserver î à l'initiale des mots (a începe, « commencer ») et de le maintenir après un préfixe (a reîncepe, « recommencer »), ainsi qu'à la finale des verbes en -rî (a coborî, « descendre ») et à leurs dérivés (coborît, « descendu »). La forme â ne se trouve qu'à l'intérieur des mots (român, « roumain »). Pendant l'époque communiste, pour des raisons de normalisation orthographique, la graphie î était systématique. À cause de sa simplicité, certains auteurs et certaines publications, ainsi que de nombreux locuteurs, écrivent toujours ainsi.

L'union linguistique (Sprachbund)

Malgré des différences notables entre l'albanais, le bulgare, le grec, le roumain et le serbo-croate, on constate des faits remarquables d'intégration entre ces langues parlées dans le Sud-Est européen, qui accusent des traits grammaticaux communs appelés balkanismes. La formation du futur, par exemple, illustre cette particularité. Une possibilité est de conjuguer un auxiliaire signifiant « vouloir » (a voi) suivi du verbe à l'infinitif : ex. voi cânta, « je chanterai » ; une autre est d'employer soit l'auxiliaire avoir (a avea) conjugué, soit une forme invariable o (issue d'a voi), suivie de la particule et du verbe au subjonctif : ex. am sã cânt ou o sã cânt, « je vais chanter ». Notons que le grec emploie dans la même fonction la particule tha, issue du syntagme verbal thélo ina, « vouloir », suivi du subjonctif, l'albanais la particule invariable do suivi du subjonctif, le bulgare la particule invariable Ite, le serbo-croate l'auxiliaire conjugué hteti, « vouloir », suivi de l'infinitif dans la langue littéraire ou du subjonctif dans la langue courante. On voit avec ce simple exemple que les traits balkaniques du roumain se retrouvent dans des langues très différentes et non apparentées entre elles, mais qui ont fait l'objet d'une « convergence de zone », mieux décrite dans le cas d'espèce par une linguistique dite « aréale » que par une linguistique strictement étymologique, indispensable par ailleurs.

—  Gustav INEICHEN

La littérature

De Byzance à la latinité

Le texte qui, dans la littérature roumaine, correspond aux « serments de Strasbourg » est la lettre que le boyard Neacşu, de Cîmpulung, envoya en 1521 au maire de Braşov. Auparavant, c'est-à-dire du départ des Romains de la Dacie trajane en 271 en ce début du xvie siècle, aucune trace d'aucune sorte n'a été conservée de la langue, issue du latin, parlée dans les territoires (Transylvanie, Moldavie, Valachie) qui devaient s'unir pour former la Roumanie moderne.

C'est le destinataire de la lettre du boyard Neacşu, le maire Johannes Benkner de la ville de Braşov en Transylvanie, qui, justement, fut à l'origine du premier essor pris par les lettres roumaines : il fit venir de Tîrgovişte, au sud des Carpates, un typographe, le diacre Coresi, qui imprima, pour le compte des autorités transylvaines, des textes religieux (1560-1561). La Réforme et, avant elle, la propagande hussite avaient gagné ces régions. Les nouvelles doctrines, pour se répandre, durent s'appuyer sur la langue vulgaire, et c'est aussi en langue vulgaire que l'orthodoxie traditionnelle fut obligée de contrebattre ces hérésies. Coresi imprima des psautiers, des évangiles, des livres liturgiques pour les diverses familles religieuses de son pays, mais il les imprima dans une langue unifiée et panroumaine. Il joua, à son échelle, le même rôle que Luther dans l'histoire de la langue allemande.

Cette première littérature roumaine, de caractère essentiellement religieux, est traduite du slavon et provient de Byzance. Plus tard, au xviie siècle, les Roumains se passèrent de l'intermédiaire slavon et traduisirent directement du grec. L'influence grecque devint alors prédominante, et singulièrement au xviiie siècle, sous les règnes des princes phanariotes. Mais, par un curieux paradoxe, c'est au moment où la culture roumaine est la plus tributaire de la culture néo-grecque qu'elle s'occidentalise : les Roumains s'instruisent des littératures européennes (italienne, allemande et surtout française) dans des textes traduits en grec ou dans des versions faites en roumain à partir du grec.

Dans le même temps, la Transylvanie, intégrée à l'empire des Habsbourg à la faveur du repli des Turcs, est à nouveau le théâtre d'événements religieux dont les suites sont de la plus haute importance pour l'évolution de la culture roumaine tout entière : une très grande partie de l'Église orthodoxe rejoint l'Église romaine, dans les premières années du xviiie siècle. Dans l'esprit des catholiques romains, il fallait éviter que les populations orthodoxes roumaines subissent trop fortement la propagande protestante ; mais surtout il importait d'établir une frontière spirituelle capable de doubler la frontière politique entre les Roumains de la Transylvanie, d'une part, sujets de l'Empire, et leurs frères de langue et de religion, d'autre part, vassaux des Turcs, en Moldavie et en Valachie.

L'instauration de cette Église unie fut, pour le devenir de la langue et de la littérature roumaines, d'une importance capitale. Ces nouveaux catholiques, clercs ou écrivains, ne retrouvèrent pas seulement le chemin du Vatican mais celui de la Rome ancienne, et ils découvrirent, en contemplant les spirales de la colonne Trajane, que les paysans, leurs frères, étaient les descendants directs des paysans daces, vaincus puis colonisés par Trajan.

L'école latiniste transylvaine suscita chez les Roumains la fierté de leurs origines, l'orgueil même de descendre des Romains et le devoir de dégager leur langue et leur culture de l'Orient slave ou grec pour les rattacher à l'Occident roman, italien et français. Sans doute cette volonté latinisante mena-t-elle à bien des excès, mais il faut enregistrer les noms des Transylvains Petru Maior (1754-1821), Samuel Micu (1745-1806) et Gheorghe şincai (1754-1816) au titre de premiers modeleurs de ce que l'on pourrait appeler le « sentiment national et culturel roumain ».

Vers la même époque, de l'autre côté des Carpates, en Moldavie et en Valachie, des chroniqueurs relataient l'histoire des deux provinces en s'appuyant sur des annales anciennes. Ici, les noms à retenir sont ceux de Grigore Ureche (1590-1647), Miron Costin (1633-1691), Ion Neculce (1672-1745), puis celui de l'humaniste Dimitrie Cantemir (1673-1723), le prince moldave qui suivit Pierre le Grand dans sa retraite après sa guerre malheureuse contre les Turcs et qui fit souche en Russie. Son fils, Antioh Cantemir, ambassadeur à Paris et ami de Voltaire, fut un des premiers poètes de la littérature russe.

Écrivains religieux, latinistes transylvains, chroniqueurs, ce tableau des prémices de la littérature roumaine serait incomplet, si l'on n'y ajoutait la masse des créations anonymes surgies du terroir, où se mêlent des traditions chrétiennes et des apports orientaux. Le poème pastoral de Mioriţa (La Petite Brebis), qui chante la mort du berger et son mariage funèbre célébré dans la montagne, est un joyau de cette littérature populaire, de même que la légende de Meşterul Manole (Maître Manole), le bâtisseur de monastère qui emmure sa femme, par sacrifice, pour que sa construction s'élève et soit durable.

La fermentation du xixe siècle

La littérature roumaine moderne commence vers le premier tiers du xixe siècle. Comme elle n'a connu ni Renaissance ni classicisme et n'a pas participé non plus à la révolution romantique, elle accueille avec une égale faveur toutes les influences littéraires qui lui parviennent de l'Occident.

Mais des écrivains originaux surgissent, qu'inspirent la poésie des ruines, le passé national, la nature, l'amour et aussi – ce sera une constante de la lyrique roumaine – un certain pessimisme devant la mort et le goût du néant. Ces pionniers s'appellent Grigore Alexandrescu (1810-1885), chantre du prince glorieux Mircea l'Ancien et auteur de fables, Dimitrie Bolintineanu (1809-1872) qui pleure comme Chénier « une jeune fille morte » et exalte les Fleurs du Bosphore. D'autres auteurs situent leurs rêves romantiques dans le passé national tout en orientant leurs recherches historiques vers l'action sinon la révolution. M. Kogălniceanu (1817-1891), A. Russo (1819-1859), N. Bălcescu (1819-1852), libéraux patriotes, jouent un rôle considérable dans l'évolution des idées et l'ouverture sur le progrès.

La littérature s'inspire elle aussi du passé national, et Costache Negruzzi (1808-1868) donne ce chef-d'œuvre de la nouvelle historique qui s'appelle Alexandru Lăpuşneanu. En même temps, les poètes explorent la tradition orale à la faveur d'enquêtes sur le terrain, et Vasile Alecsandri publie vers le milieu du siècle des recueils de ballades, des romances, des chants héroïques ou des couplets d'amour improvisés lors des rondes et farandoles villageoises. La littérature roumaine est restée marquée par cette découverte collective qui a valeur d'héritage spirituel. Vasile Alecsandri (1819-1890) a d'autres titres de gloire que celui d'avoir mis en forme et publié Mioriţa ou Meşterul Manole. Homme de théâtre et homme d'action, ce Lamartine roumain est un grand lyrique. Pasteluri (Pastels), publié en 1868 et 1870, reste un chef-d'œuvre par la fermeté de l'écriture et la beauté des images.

Cependant, vers 1860, à Iaşi, métropole de la Moldavie, une société littéraire se crée, à l'initiative d'un groupe d'écrivains, Titu Maiorescu (1840-1917) à leur tête. Elle prend pour nom « Junimea » (« La Jeunesse ») et se donne la mission de susciter et d'encourager les talents, d'écarter les auteurs médiocres et d'orienter, d'une manière générale, les lettres roumaines vers le progrès. La Junimea se dote, en 1867, d'un instrument d'action considérable, une revue intitulée Convorbiri literare (Causeries littéraires). En 1885, la société s'installe à Bucarest. Son activité perd alors de son lustre et de son importance – d'autres mouvements sont nés et d'autres publications voient le jour –, mais on peut dire que, pendant plusieurs décennies, la Junimea et les Convorbiri literare ont régenté les lettres roumaines. Leur grand titre de gloire est assurément d'avoir patronné à ses débuts le poète Mihail Eminescu et permis au conteur Ion Creangă de publier ses œuvres, récits populaires et souvenirs d'enfance.

Eminescu et Creangă dominent de leur génie la seconde moitié du xixe siècle. Si Creangă, à cause de sa spontanéité même et de sa puissante verve, n'a pas suscité d'imitateurs, Eminescu, lui, a exercé sur son temps une influence telle que l'on peut affirmer sans risque d'erreur qu'il y eut une littérature roumaine avant Eminescu et une littérature romaine après Eminescu. Il ne serait pas difficile de déceler chez tous les poètes roumains qui ont écrit depuis la mort du grand lyrique le désir soit de l'imiter, soit de prendre quelque distance et d'être original, mais par rapport à lui.

Vers la fin du siècle, cependant, la prose roumaine, qui n'avait été illustrée que par d'intéressantes tentatives, comme celle de Nicolae Filimon (1819-1863), auteur de la fresque sociale Ciocoii vechi şi noi (1863, Les Anciens et les Nouveaux Parvenus) ou par les nouvelles de C. Negruzzi, connaît un brillant essor avec le styliste A. Odobescu (1834-1895), le narrateur transylvain Ion Slavici (1898-1922) et surtout le romancier Duiliu Zamfirescu (1858-1922) qui, sous le titre Istoria Comăneştilor (L'Histoire des Comăneşti), publie, à partir de 1894, une fresque cyclique en cinq volumes qui dépeint – et le thème sera souvent repris – la crise traversée par la classe sociale des propriétaires terriens. Un monde nouveau surgit qui menace les détenteurs de privilèges et du même coup porte atteinte à la civilisation traditionnelle.

À partir des dernières années du xixe siècle, la littérature roumaine est traversée par un vaste courant de préoccupations sociales. Deux thèmes majeurs retiennent l'attention des écrivains : la fin du monde patriarcal, la difficile accession du monde citadin à l'équilibre. C'est le second de ces deux thèmes que traite de préférence le dramaturge I. L. Caragiale (1852-1912), l'auteur de ce chef-d'œuvre du théâtre roumain, O scrisoare pierdută (1884, Une lettre perdue), peinture féroce des basses intrigues politiques qui agitent une petite ville de province en période électorale. De même, Brătescu-Voineşti (1868-1938) montre comment la vie moderne broie les humbles à la campagne comme dans la cité, et Barbu ştefănescu-Delavrancea (1858-1918) s'attache à peindre la déchéance des ruraux déracinés.

Sous le signe du socialisme

Retour au peuple

Il n'est pas étonnant qu'une méditation aussi constante et générale sur le devenir de la nouvelle société roumaine ait coïncidé avec l'essor des idées socialistes. Ion Dobrogeanu-Gherea (1855-1920) exposa ses idées dans des recueils de critique et voulut, d'une part, expliquer et, d'autre part, orienter la littérature roumaine selon les principes marxistes. Mais, si le socialisme roumain proprement politique échoua vers 1900, les tendances littéraires socialisantes s'épanouirent de curieuse manière après cet échec et se traduisirent par une sorte de connivence dans un groupe d'écrivains, réunis sous l'égide d'une revue, Sămănătorul (Le Semeur), dont le premier numéro parut le 2 décembre 1901, et qui voulurent prêcher le retour au peuple, au peuple des campagnes, fidèle détenteur des traditions nationales. La littérature devient patriotique et saine. Bientôt, la très forte personnalité de Nicolas Iorga (1871-1940) domine l'équipe des écrivains unis par l'idéal sămănătorist, où l'on trouve de fins lyriques, tels Gheorghe Coşbuc (1866-1918), le chantre des travaux et des jours au village, ştefan Iosif (1875-1913), le poète de la mélancolie, et Octavian Goga (1881-1938), le militant de l'irrédentisme transylvain.

Parallèlement au « samanatorisme » et à un socialisme plus affirmé se développe, à partir de 1906, date où paraît le premier numéro de la revue Viaţa românească (La Vie roumaine), un mouvement littéraire qui s'intitule poporanism (qu'on peut traduire par « populisme »). Le chef de file en est Constantin Stere (1865-1936), et ses amis écrivains sont préoccupés surtout de doctrine et de polémique, tel Garabet Ibrăileanu (1871-1936) qui a laissé au moins une étude importante Spirutul critic în cultura românească (1909, L'Esprit critique dans la culture roumaine).

Le « spécifique roumain »

Des poètes, néanmoins, se dégagent de cette ambiance nationaliste pastorale et agrarienne. Ils veulent rejoindre la littérature universelle, particulièrement les grands courants qui agitent à l'époque l'Occident latin, tels le Parnasse et le symbolisme. Un savant historien de la langue roumaine qui se double d'un poète, Ovid Densuşianu, et un fervent disciple du symbolisme français, A. Macedonski, créent un nouveau courant autour d'une revue dont le titre est à lui seul un programme, Viaţa nouă (La Vie nouvelle). Macedonski (1854-1920) est, en vérité, un écrivain aussi français que roumain : il s'installe à Paris en 1884 et publie, pendant cet exil volontaire, un roman, Calvaire de feu (1906), et des poèmes, notamment le recueil Bronzes (1897), également en français, où s'affirme un art poétique directement inspiré du Parnasse. Mais bientôt c'est René Ghil et son Traité du verbe que Macedonski choisit de suivre, imité lui-même par les autres symbolistes roumains, Dimitrie Anghel (1872-1914) ou ştefan Petică (1877-1904). Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce sont encore les représentants de cette école qui donnent à la poésie roumaine, avec I. Minulescu et I. Vinea, sa principale caractéristique qui est celle d'une recherche à tout prix d'originalité, par-delà les influences de l'Occident mais dans les perspectives de la tradition.

La génération de l'entre-deux-guerres s'attache à découvrir dans la tradition nationale ce que le jargon de l'époque appelle le « spécifique » roumain, c'est-à-dire les valeurs qui, nées sur le terroir moldave, valaque, transylvain, peuvent être offertes au reste du monde.

Il faut dire que l'époque favorise ce mouvement de prise de conscience et d'expansion spirituelle. Les traités de Trianon et de Saint-Germain réalisent la Grande Roumanie, et font plus que doubler le territoire national à la faveur d'une intégration des anciennes provinces, Transylvanie, Bucovine, Bessarabie. Tous les problèmes d'ordre social et politique qui se posaient avant la guerre prennent une acuité nouvelle. Plus aiguë aussi devient, chez les écrivains, la conscience d'avoir un rôle immense à jouer.

Des groupes se forment pour encadrer et orienter ces énergies. Chacun d'eux est mené par une personnalité forte et dispose d'un organe d'expression. C'est ainsi que Mihail Ralea prêche l'adhésion, dans Viaţa românească, à la civilisation « européenne » et veut asseoir la démocratie roumaine sur le rationalisme. Lui aussi est à la recherche de la « spécificité nationale » ; il publie en 1927 Fenomenul românesc (Le Phénomène roumain). C'est une démarche analogue, inspirée par une philosophie volontariste du travail, qui mène Rădulescu Motru à écrire un ouvrage dont le titre est représentatif des tendances de l'époque : Românismul, catechism al unei noi spiritualităţi (1936, Le Roumanisme, catéchisme d'une nouvelle spiritualité). Ce vocabulaire religieux conviendrait bien davantage à l'entreprise de Nae Ionescu, qui diffuse dans son quotidien Cuvîntul (Le Verbe) une doctrine de vie et d'action fondée sur le christianisme orthodoxe, ou encore à l'idéologie de Nichifor Crainic, qui est un mélange de traditionalisme et de foi religieuse. Adversaire de l'athéisme et du modernisme, Crainic essaie de repérer ce qu'il appelle assez curieusement des Points cardinaux dans le chaos et de grouper autour de la revue Gîndirea (La Pensée), fondée en 1921 mais reprise par lui en 1926, les écrivains désireux d'opérer une synthèse entre la tradition byzantine et la tradition roumaine. Un des plus grands titres de gloire du mouvement « Gîndirea » est peut-être d'avoir procuré au poète philosophe Lucian Blaga un public fervent et disposé à recevoir son haut enseignement. Pour Blaga aussi la terre roumaine et la spiritualité du peuple villageois qui l'habite depuis des siècles demeurent les guides de la pensée et de l'art. Parmi les nombreuses formules à l'emporte-pièce et parfois déconcertantes – telles que l'« Éon dogmatique » ou la « connaissance luciférienne » – que Blaga utilise, on retiendra celle-ci : l'« espace mioritique », c'est-à-dire l'espace à la fois géographique et mythique où se situent les faits célébrés par la ballade populaire dont le type achevé reste Mioriţa. Cet espace, c'est le plaiu, zone intermédiaire entre la steppe désespérante et la montagne vertigineuse, lieu où se crée le « style » roumain reconnaissable dans toutes les formes de l'art et de la pensée.

En marge de cette effervescence, des écrivains qui s'étaient déjà affirmés avant le conflit mondial continuent cependant leur carrière, tel T. Arghezi, au lyrisme virulent, tels aussi Ion Minulescu (1881-1944) ou G. Bacovia (1881-1957), symbolistes roumains, représentants attardés, pourrait-on dire, d'une école depuis longtemps sur le déclin dans les pays où elle a pris naissance (on observe souvent un décalage analogue dans la durée quand on étudie l'histoire des influences qu'a subies la Roumanie).

« Dada », lancé, il ne faut pas l'oublier, par le Roumain Tristan Tzara, fait, entre les deux guerres, école en Roumanie où l'on voit aussi se développer l'influence de Mallarmé : d'où une littérature volontairement hermétique et d'avant-garde, illustrée par Ion Urmuz dont les fantasmagories absurdes annoncent Ionesco, par Ion Barbu, le mathématicien poète, par Ion Vinea et par Matei Caragiale, fils du grand auteur comique à qui l'on doit un étrange roman, Craii de curtea veche (1929, Les Petits Rois du vieux château), peinture étonnante de boyards « fin de race » qui s'abandonnent à une décadence raffinée et lucide dans un Bucarest de lupanars.

Plus fidèles à un lyrisme traditionnel, Ion Pillat (1891-1945), auteur du recueil Pe Argeş in sus (1923, Sur l'Arge, vers l'amont), évocateur des riches joies de la vie de la terre, et V. Voiculescu, poète d'inspiration chrétienne, attestent les constantes de la poésie roumaine.

Dans le même temps, la prose roumaine prend son essor décisif avec Mihail Sadoveanu, parti à la recherche du temps perdu dans les villages de Moldavie, avec Ion Rebreanu, le vigoureux peintre des conflits paysans, ou avec César Petrescu (1892-1961) dont l'œuvre principale Intunecare (1927, L'Assombrissement) décrit la déchéance d'un ancien combattant, le jeune Comşa, qui essaie de lutter pour un monde meilleur et plus juste mais finit par se tuer, vaincu par la médiocrité du Bucarest de l'après-guerre. Camil Petrescu (1894-1957) donne lui aussi une œuvre forte, Patul lui Procust (1933, Le Lit de Procuste), roman habilement agencé qui est l'analyse d'un drame : une actrice médiocre lit avec son nouvel amant des lettres que lui a envoyées son précédent amant, un journaliste poète qui s'est suicidé. À signaler aussi, du même Petrescu, Ultima Noapte de dragoste, întîia noapte de război (1930, La Dernière Nuit d'amour, la première nuit de guerre), roman d'un homme trompé par sa femme et qui passe des tortures de la jalousie aux souffrances de la bataille.

Ce bouillonnement d'activité littéraire, très caractéristique des années d'entre les deux guerres, n'échappe pas au regard lucide ni à la vigilance des critiques roumains. Il importe de mentionner le plus profond d'entre eux, Eugène Lovinescu (1881-1943), dont le maître livre Istoria civilizaţiei române moderne (1926-1937, Histoire de la civilisation roumaine moderne) reste la clé indispensable à qui veut connaître la Roumanie d'hier comme aussi celle d'aujourd'hui.

—  Alain GUILLERMOU

Littérature et révolution

L'installation du régime communiste en Roumanie en 1944-1948 amène les écrivains à adhérer au modèle du réalisme socialiste qui se veut expression de l'épopée du travail transfiguré et sacralisé comme nouvelle valeur libératrice. La technique du roman repose sur un dualisme de confrontation entre le bien socialiste et le mal archaïque ou capitaliste. Ce courant répond au message de Jdanov, à une réalité de la guerre froide sans échappatoire. Quelques écrivains de la génération d'avant guerre prêtent leur plume à la révolution : le romancier Mihail Sadoveanu (1880-1961), qui avait produit une œuvre importante dans les années 1930 avec Hanu Ancutei, Zodia Cancerului, Baltagul..., réécrit après la guerre la grande œuvre de ses débuts, Soimii. Il sera nommé vice-président de la Grande Assemblée nationale en 1948. Le poète Mihai Beniuc (1907-1988), philosophe de formation et auteur de plusieurs recueils de vers publiés entre 1934 et 1943, siège comme président de l'Union des écrivains de 1949 à 1965. Beniuc s'était mobilisé durant la guerre contre le fascisme. Il se lance dans la production romanesque avec Pe muchie de cutit en 1959, traduit Pouchkine, Essenine et Apollinaire ; il poursuit son œuvre poétique (Poezii, 1952) en se défendant de tout lyrisme. Quelques auteurs vont croire à la mission du parti, puis s'en détacher : c'est le cas de Alexandru Jar qui publie en 1945 Sînge si vis dédié aux résistants et otages parisiens. D'autres, comme Lucian Blaga (1895-1961), achèvent dans le semi-silence de fonctions subalternes une existence qui fut marquée par une œuvre majeure. Les grands romans réalistes socialistes sortent au début de la décennie 1950. Leurs auteurs, Zaharia Stancu, Eugen Barbu, Geo Bogza, laissent des œuvres monumentales, prolifiques, à l'héroïsme schématique et conduisent de prestigieuses carrières tout en continuant à publier bien au-delà des années du stalinisme. Cette littérature est celle de l'Institution.

La génération montante des années 1960 entend, elle, retrouver les synchronies des grands courants culturels européens, d'où l'intérêt pour le structuralisme, le nouveau roman, le souci de se préserver du « tout politique » dans une quête esthétique d'avant-garde. Le romancier Dumitru Tsepeneag lance le groupe oniriste avec quelques amis, poètes talentueux : Dimov est auprès de Tsepeneag, Virgil Mazilescu, Vintila Ivanceanu, Florin Gabrea, Daniel Turcea, Sorin Titel. Le romancier Virgil Tanase rejoint le groupe. Ces années 1960 sont un temps de grande poésie : les recueils de Dimov, de Mazilescu, de Sorin Titel, ceux de Stefan Augustin Doinas, de Sorin Marculescu, en partie traduits en français, résistent au temps. Le roman se libère : des talents, tel que celui de Marin Preda (1922-1980) découvert avec son roman Morometii (1955), se confirment. Marin Preda se trouve au cœur d'un débat politico-littéraire consacré à l'époque Antonescu avec son roman Delirul. Il est l'auteur de Viata ca o prada (1979). D'autres auteurs se révèlent, tel Nicolae Breban, qui publie en 1966 In absenta stapânîlor et Animale bolnave en 1968. En 1984 paraît Drumul la zid. Nicolae Augustin Buzura publie De ce zboara vulturul en 1966, et un roman à grand succès, Refugii, en 1984.

Cette expérience d'une liberté créatrice est de courte durée : en 1971, le régime rappelle à l'ordre les écrivains. Les auteurs apprennent à ruser avec la censure. Une double réaction se dessine : l'exil et l'autocensure. L'exil est choisi, le plus souvent contraint : le romancier Paul Goma), arrêté pour avoir adhéré à la Charte 77 et tenté d'organiser un mouvement des Droits de l'homme en Roumanie, s'installe à Paris. Dumitru Tsepeneag, déchu de sa nationalité roumaine en 1975, trouve refuge en France. Gelu Ionescu, écrivain et critique, s'installe à Munich. L'écriture est alors une écriture de témoignage. Paul Goma publie successivement Gherla, le grand texte de la dissidence roumaine, puis Le Tremblement des hommes (1979), Les Chiens de mort (1983), qui disent l'univers des camps et des prisons roumaines. Il évoque son enfance bessarabienne dans Le Calidor (1987). Tsepeneag fuit l'histoire dans l'imaginaire, propose Exercices d'attente, Arpièges, Pigeon vole et passe à l'écriture en langue française. Le roman est une manière de jeu dans l'humour pour Virgil Tanase qui publie en 1984 Cette mort qui va, vient et revient et en 1990 La Vie mystérieuse et terrifiante d'un tueur anonyme. Ces écrivains, dans leur exil et dans leur travail sur la mémoire et le rapport à la langue, suivent les traces d'un Emil Cioran, d'un Mircea Eliade qui offrait au public français en 1955 La Forêt interdite. Ils devancent les émigrés des années 1980, le poète Dorin Tudoran aux États-Unis, le romancier Bujor Nedelcovici en France, dont le roman Le Second Messager paraît en 1986. Le débat et la critique littéraire, qui sont une tradition de la culture roumaine quelque peu écrasés par le poids du national-socialisme officiel, gagnent les revues de l'étranger : Agora, la Revue alternative de culture, les Cahiers de l'Est.

Les années soviétiques de la perestroïka sont un temps de reprise de l'écriture contestataire : les poètes sont au premier rang du mouvement de révolte contre le régime de Ceauşescu : citons notamment Mircea Dinescu et Ana Blandiana. Leur œuvre est médiatisée par les relais des publications étrangères, et leur nom va figurer parmi ceux des acteurs des journées de décembre 1989 à Bucarest. On aurait pu croire, après 1989, à une floraison de parutions d'œuvres dont la publication aurait été différée. En fait, dans un premier temps, le travail éditorial va porter essentiellement, dans le domaine littéraire, sur la publication de mémoires des temps du stalinisme, sur la traduction de littérature étrangère et la traduction ou l'édition des œuvres de l'exil jusque-là interdites. Eugène Ionesco est redécouvert par ses anciens compatriotes : son humour noir colle à un état d'esprit marqué par la dérision des époques de transition.

—  Catherine DURANDIN

Le milieu littéraire roumain après 1989

Le renversement du communisme et la chute de Ceauşescu, en décembre 1989, ont surpris une grande partie des intellectuels et gens de lettres roumains, avertis de façon confuse qu'il s'agissait d'événements de même nature que ceux qui se déroulaient dans les pays frères de l'ancien bloc socialiste, et également persuadés, à cause de la rigidité du régime, que celui-ci pouvait durer encore longtemps.

Pendant la période qui s'est achevée par la « révolution de Décembre 1989 », les Roumains sont restés, dans leur grande majorité, fidèles à la francophonie qui avait accompagné la naissance de l'État-nation roumain, tout autant qu'elle leur avait permis d'être de plain-pied avec le mouvement intellectuel, culturel et artistique de l'Europe de l'entre-deux-guerres. Cet accès privilégié à la langue française, quoique non exclusif (l'allemand et le russe étant couramment pratiqués), a constitué l'aliment intellectuel de premier choix qui a contribué tant au maintien d'un bon niveau de culture générale qu'à la résistance de l'esprit chez les élites au cours des années de dictature. Prêtés, les livres en français ont beaucoup circulé de main en main. Malgré la fermeture du pays, les revues et les mouvements d'idées qui animaient le monde occidental parvenaient en Roumanie et y nourrissaient les débats.

Le postmodernisme, en particulier, s'exprime pleinement dès les années 1960, en réaction à la fois à un modernisme daté et à un réalisme socialiste imposé. La littérature qui en est issue s'est d'abord développée de façon souterraine, jusqu'à la fin des années 1980. D'où, sa dénomination d'optzeciste (« relative aux années 1980 »), dans de nombreux cénacles. Parmi eux le « groupe onirique », autour des poètes Leonid Dimov et Dumitru Ţepeneag ; le « groupe de Braşov », autour de Gheorghe Crăciun et Simona Popescu ; le « cénacle du lundi », conduit par le critique littéraire Nicolae Manolescu, futur ambassadeur de Roumanie auprès de l'U.n.e.s.c.o. ; le « cénacle de l'université », dirigé par l'universitaire et critique Mircea Martin ; le « cercle Junimea », autour d'Ovid S. Crohmălniceanu ; le « cénacle Lettres », autour de Mircea Cărtărescu ; ou encore le « Club 8 », à Jassy. Presque tous les écrivains contemporains sont passés, plus ou moins informellement par leurs rangs. Parmi les prosateurs, on peut citer Ştefan Agopian, Vasile Andru, Ioan Lăcustă, Dan Lungu, Mircea Nedelciu ou Stelian Tănase ; parmi les poètes, Liviu Antonesei, Romulus Bucur, Magda Cârneci, alias Magdalena Ghica, Mariana Codruţ, Nichita Danilov, Marian Drăghici, Horia Gârbea, Florin Iaru, Mariana Marin, Ion Mureşan, Marta Petreu, Ioan Es. Pop, Liviu Ioan Stoiciu, Ion Stratan, Elena Ştefoi, Cristian Teodorescu ou Călin Vlasie ; de République de Moldavie, l'écrivain, poète et éditeur Emilian Galaicu-Păun, le poète Vasile Gârneţ, directeur de la revue Contrafort, ou le prosateur et dramaturge Dumitru Crudu. Parmi la nouvelle génération roumaine, citons également Letiţia Ilea, Florina Iliş, Doina Ioanid (poésie), Răzvăn Rădulescu, également metteur en scène et scénariste de cinéma de renom, Cecilia Ştefanescu, Bogdan Suceava ou Lucian Dan Teodorovici.

Longtemps bridé, l'engagement politique des intellectuels et des écrivains n'a pas tardé à se manifester au grand jour. Il se caractérise alors par une critique sans ménagement, non seulement du communisme, mais aussi des nombreuses séquelles qu'il a laissées et qui se manifestent dans les comportements, les compromissions, les réseaux et les hommes qui constituent le paysage politique de la révolution roumaine, puis celui de la transition qui s'est ensuivie et qui se prolonge jusqu'à nos jours.

Dès décembre 1989, la fondation du Groupe pour le dialogue social (G.D.S.) par des intellectuels et des écrivains engagés, comme la célèbre dissidente Doina Cornea, Gabriela Adameşteanu, Teodor Baconschi, Gabriel Liiceanu, Mircea Martin, Horia-Roman Patapievici, ou le moldave Vitalie Ciobanu, est une bonne illustration de ce nouveau militantisme, politique. Il se veut indépendant des partis et « se propose de défendre et de promouvoir les valeurs de la démocratie, les libertés et les droits de l'homme ». Ses statuts fondateurs précisent que le G.D.S. « refuse toute collaboration avec ceux qui ont soutenu l'ancien régime. Nous déclarons explicitement : nous ne voulons pas être un centre de pouvoir, mais un centre d'influence ». Le G.D.S. intervient principalement dans la vie politique et culturelle de la Roumanie par l'intermédiaire de la Revue 22 qu'il publie chaque semaine.

Une autre formation d'engagement comparable, L'Alliance civique, fondée, elle aussi, en 1990, s'est donnée pour objectif de favoriser le développement de la société civile et d'œuvrer à la démocratisation du pays. La femme de lettres Ana Blandiana en a été un temps la présidente, avant de diriger le Mémorial de Sighet, institut d'études des crimes du communisme, tout comme Emil Constantinescu, ancien recteur de l'université de Bucarest et le président de la Roumanie, de 1996 à 2000.

Du fait de la mémoire de la culture de l'entre-deux-guerres, marquée à droite, autant que de l'anticommunisme de l'après-89, voire d'un anti-russisme récurrent, et faute que le socialisme ait réussi à répandre en Roumanie une culture de gauche qui soit distincte de ses excès et de ses échecs, le milieu culturel et intellectuel roumain est généralement perçu comme penchant à droite.

C'est en vertu de cet engagement des intellectuels en politique que le philosophe de la culture Andrei Pleşu a été le premier ministre de la Culture de l'après Décembre-89, avant de devenir ministre des Affaires étrangères de 1997 à 1999. Pareillement, l'universitaire et éditeur Teodor Baconschi fut ambassadeur à Paris, de 2007 à 2009, puis ministre des Affaires étrangères, de 2009 à 2011 ; l'universitaire et éditeur Cristian Preda est conseiller à la présidence de la Roumanie depuis 2005. Ces deux personnalités sont membres du G.D.S.

Même si les engagements atlantistes puis européens des différents gouvernements issus de la révolution de 1989, ainsi que l'influence des milieux d'affaires, ont considérablement diminué l'usage du français dans la presse, dans les médias et dans la classe politique, et, partant, la conscience de son utilité dans l'opinion publique, la francophonie des élites intellectuelles, culturelles et universitaires roumaines reste notoire. Le système français de soutien à l'industrie culturelle demeure un modèle de choix.

L'importance du rôle de la culture n'a pas échappé aux autorités roumaines qui ont voulu faire en sorte que la culture nationale puisse avoir à l'étranger une visibilité qui accompagnerait et valoriserait l'ouverture au monde du pays. C'est ainsi qu'a été refondé, en 2003, l'Institut culturel roumain (I.C.R.), afin de soutenir financièrement la promotion de la culture roumaine contemporaine à l'étranger, et de jouer un peu le même rôle qu'ont en France le Centre national du livre et le réseau des instituts français. Placé sous l'autorité du chef de l'État, l'I.C.R. a été dirigé par l'écrivain Augustin Buzura de 2003 à 2005, puis par l'écrivain et essayiste Horia-Roman Patapievici de 2005 à 2012. Ce dernier, à la suite du changement de majorité issu des élections législatives de la même année, s'est trouvé pris en tenaille entre le président de la république, qui l'a nommé à cette fonction, et la nouvelle autorité de tutelle de l'I.C.R., le sénat, désormais dans l'opposition au président. Il s'est vu dès lors contraint à une démission considérée comme imméritée par la majorité des intellectuels, eu égard aux résultats obtenus.

En effet, grâce tant aux bonnes relations qui ont été tissées avec le milieu culturel et éditorial international, notoirement francophone et français, qu'à un programme de soutien à la traduction littéraire, sans oublier la vigueur de sa « nouvelle vague » cinématographique (Cristi Puiu, Cristian Mungiu, Călin Peter Netzer, Corneliu Porumboiu), la notoriété artistique de la Roumanie s'est accrue en France, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Italie ou aux Pays-Bas, principalement. En France, en particulier, la Roumanie a été invitée dans le cadre des « Belles étrangères », en 2005, avant d'être invitée d'honneur au Salon du livre de Paris en 2012.

—  Philippe LOUBIÈRE

Arts de la Roumanie

Antécédents et expériences (IVe-XIIIe s.)

L'« abandon » de la Dacie par l'empereur Aurélien (274) et les conditions nouvelles d'existence de cette province ont amené la disparition graduelle des formes de vie urbaine et la prédominance, pour de longs siècles, d'une civilisation rurale. C'est dans ces cadres ruraux, dominés du point de vue de l'organisation sociale par les communautés de village, que se forma – en relation avec la romanité sud-danubienne et avec l'assimilation, de nombreux éléments migrateurs, surtout slaves – le peuple roumain. Mais une partie du moins de l'ethnogenèse roumaine achevée aux ixe-xe siècles, se fit au contact des autorités roumaines puis des autorités byzantines de la Dobrogea, qui ne fut complètement perdue par l'Empire que dans la seconde moitié du viie siècle. Des têtes de pont de dimensions parfois assez étendues, sur la rive nord du Danube, se sont même ajoutées à la Dobrogea, à certaines périodes. Les fouilles archéologiques effectuées en Dobrogea ont mis au jour les vestiges de vingt-sept basiliques des ve et vie siècles, des chapiteaux sculptés, des objets de parure, de la céramique. Cette vie artistique assez intense des régions byzantines voisines ne manqua pas d'exercer une certaine influence, surtout par les objets d'art somptuaire et les céramiques, à l'intérieur même du territoire nord-danubien.

Il y a eu ainsi, dans l'aire où se formait le peuple roumain, une circulation d'éléments d'art byzantin, que l'effondrement de la frontière du Danube ne fit pas cesser et qui offrait aux artisans locaux des modèles ou des sujets d'inspiration. À côté des impulsions venues de Byzance, il faut noter l'apport, d'origine souvent très variée, des peuples migrateurs qui traversèrent le territoire roumain ou y séjournèrent. Enfin – fait fondamental pour l'art populaire roumain et qui marquera aussi l'art mis au service des classes cultivées –, on trouve, attestée par les fouilles, une transmission de formes, de techniques, de principes décoratifs qui proviennent du fonds ethnique primitif des Géto-Daces, et aussi de l'époque de la domination romaine. Cette influence a dû être beaucoup plus étendue que ne permettent de le constater les objets découverts jusqu'à présent – surtout de la poterie – car elle est encore décelable dans les productions de l'art populaire d'une époque plus récente. Ainsi, Nicolae Iorga a souvent insisté sur l'origine thrace de la vision géométrisante si caractéristique de l'art paysan roumain.

Vers le viiie siècle, se constitue une culture matérielle locale, possédant de modestes aspects artistiques, et qui, en s'enrichissant d'éléments nouveaux, persiste jusqu'au xiie siècle, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de genèse de ce que l'on peut appeler l'« art médiéval roumain ». S'étendant sur presque tout le territoire de la Roumanie actuelle, mais encore, dans des formes très proches, au sud du Danube, elle a été nommée soit « civilisation de Dridu », du nom d'une station archéologique roumaine, soit « civilisation balkano-danubienne », et peut-être plus proprement, « civilisation balkano-carpatique ». Ses éléments prépondérants sont de tradition locale, romaine provinciale ou d'origine plus lointaine encore.

Le retour de Byzance sur le Danube, au xe siècle, créa des conditions nouvelles à la pénétration de la civilisation byzantine. De la période qui s'étend du xe au xiie siècle, époque de transformation structurelle de la société du bas Danube, marquée par la constitution d'une classe de maîtres de la terre et par l'organisation des premières formations politiques dans les milieux roumains et slavo-roumains, il reste d'assez nombreux témoignages d'ordre artistique, mais qui sont loin de constituer des séries cohérentes. Les chapelles rupestres de Basarabi xe s., Dobrogea), au tracé mal assuré et qui présentent des fragments de décor peint ou incisé aussi naïfs qu'hétéroclites, intéressent pourtant par le mélange de traits archaïques et de souvenirs de régions éloignées (Grèce, Cappadoce). À Păcuiul lui Soare, sur le Danube, on élevait (fin xe s.-début xie s.), une puissante forteresse d'après les meilleurs principes de l'art de la construction des Byzantins. Les petites églises, dont les vestiges ont été découverts à Dinogetia-Gărvan (xie-xiie s.) et à Niculiţel (xiie s.), dans la zone du Danube, retiennent l'attention. Le parement en couches alternées de pierre brute et de brique apparente de la première et le plan trilobé de la seconde sont devenus caractéristiques de l'époque ultérieure, sans que l'on puisse toutefois établir des relations entre ces derniers et ces premiers exemplaires. Des objets de parure, des fragments de tissus précieux indiquent un certain raffinement du goût. La céramique émaillée connut une importante diffusion ; ses procédés furent empruntés par les potiers roumains et eurent une longue et brillante transmission.

L'évolution artistique de la Transylvanie fut marquée par son entrée, à la suite d'une lente progression achevée au début du xiiie siècle, au nombre des possessions de la couronne de saint Étienne. Les formations politiques indépendantes des Roumains – illustrées par quelques forteresses en terre et en bois (Moreşti, Dăbîca, etc.) – disparurent, tandis que les nouvelles conditions faites à la religion orthodoxe et, en général, à la population autochtone empêchèrent l'art roumain de connaître un développement semblable à celui des autres provinces et le contraignirent à se manifester surtout – mais cette fois-ci de manière remarquable – au niveau des arts populaires. La domination magyare hâta le développement des structures féodales, en voie de formation, au moment de la conquête, sur tout le territoire roumain, et favorisa les relations artistiques avec l'Europe centrale et occidentale. Les grands courants de l'art européen trouvèrent un milieu accueillant dans la société magyare de Transylvanie et dans celle des Saxons installés dans certaines de ses régions, et influencèrent aussi l'art des Roumains ; la Transylvanie constitua une voie importante de pénétration des influences occidentales au-delà des Carpates, où elles participèrent d'une manière notable, surtout en Moldavie, à l'élaboration des synthèses régionales.

Si les plus anciennes traces du roman transylvain datent du début du xiie siècle (première basilique d'Alba Iúlia), c'est surtout dans la seconde moitié du xiiie siècle, après la grande invasion mongole, qui fut extrêmement destructrice, que sont élevées de nombreuses constructions en pierre et en brique, qu'il s'agisse de l'architecture militaire (forteresses de Feldioara, Codlea, Hunedoara ; donjons nobiliaires de Cheresig, Cîlnic) ou de l'architecture religieuse. S'inscrivant dans l'évolution du style roman en Europe centrale, les églises sont principalement des basiliques à trois nefs, couvertes, dans une première phase, de charpentes en bois (Cisnădioara, Herina) et ensuite, pour les collatéraux, de voûtes en croix (Cisnădie). Un autre type plus simple, à nef unique, se répand dans la seconde moitié du xiiie siècle, mais il est probablement d'origine plus ancienne. On l'a mis en relation, surtout dans une de ses variantes où la nef rectangulaire est accompagnée d'un sanctuaire carré, avec l'architecture en bois de la population autochtone (V. Vătăsianu). Des constructions de même type se rencontrent à cette époque aussi dans les villages roumains (Sîntă Mărie-Orlea, Strei, toutes les deux avec une tour sur la façade ouest) ; elles y voisinent avec de curieux monuments qui reflètent des traditions dérivées de l'architecture byzantine (Densuş, Gurasada).

Le principal monument de l'architecture romane en Transylvanie est l'église épiscopale d'Alba Iúlia (basilique à triple nef, transept, chœur et deux tours sur la façade ouest ; 1246-1291), dans laquelle apparaissent pourtant des éléments gothiques (voûtes sur croisées d'ogives). Dans le passage vers le gothique, l'église du monastère cistercien de Cîrţa, construction achevée au plus tard au début du xive siècle, a eu un rôle déterminant.

La sculpture romane de Transylvanie manifeste aussi ses relations avec l'art de l'Europe centrale. Les œuvres les plus importantes décorent la cathédrale d'Alba Iúlia, mais on y perçoit déjà une certaine influence du gothique.

Le plus ancien ensemble de peinture orthodoxe conservé en Roumanie date du début du xive siècle (1311). Il orne la nef de l'église de Sintă Mărie-Orlea et démontre l'existence de relations iconographiques et stylistiques avec l'art byzantino-serbe, ainsi qu'une certaine influence italienne.

En Valachie, c'est au xiiie siècle et au début du xive qu'appartiennent les premiers monuments religieux en pierre et en brique. Ils ont, pour la plupart, leurs correspondants en Bulgarie. Le plus ancien (deuxième quart du xiiie s.) semble être celui dont on a découvert les vestiges sous l'église Saint-Nicolas de Curtea-de-Argeş ; il aurait servi de chapelle au voévode Seneslau, mentionné dans un acte de 1247. Les ruines d'un second édifice se trouvent dans la même ville, future capitale de la Valachie, tandis que les vestiges de deux autres ont été découverts à Turnu-Severin, sur le Danube. À Cîmpulung, qui a abrité une importante colonie saxonne, on a retrouvé, sous une église actuelle, les fondations d'un édifice roman adapté plus tard au culte orthodoxe. Une église de Turnu-Severin (début du xive s.) se rattachait aussi au courant occidental.

Développement des arts au XIVe siècle et dans la première moitié du XVe

L'unification territoriale, qui aboutit dans les premières décennies du xive siècle à la constitution de la principauté de Valachie (ţara Românească) et quelques dizaines d'années plus tard à celle de la principauté moldave, ouvrit dans un climat d'affirmation politique et de progrès économique et culturel, des perspectives nouvelles au développement des arts. L'érection, dans les deux principautés, de sièges métropolitains sous la dépendance du patriarcat de Constantinople renforça les liens de celles-ci avec le monde orthodoxe byzantino-balkanique. Au moment de l'avance ottomane, les principautés roumaines prirent une part active à l'œuvre de défense commune et furent une terre de refuge où se poursuivit le développement de nouvelles formes de la culture byzantino-slave.

D'importants monuments marquèrent dès ses débuts l'existence des nouveaux États. En Valachie, l'architecture religieuse est représentée principalement par l'église princière Saint-Nicolas de Curtea-de-Argeş et par l'église du monastère de Cozia, sur l'Olt. La première (env. 1352-env. 1377) est un édifice dont le plan est en croix grecque inscrite, avec des façades en couches alternées de pierres et de briques. Avec ses formes très pures et l'équilibre remarquable de ses volumes, ce monument byzantin à caractère « métropolitain » n'est évidemment pas dû à une longue évolution antérieure en territoire roumain, mais il exprime une volonté d'affirmation de la part du nouveau pouvoir princier et montre que le développement matériel et spirituel de cette société était très avancé. Cela vaut aussi pour sa décoration peinte, qui, contrairement à ce que l'on affirme souvent, est conservée dans son état originaire, ou très légèrement retouchée, pour plus de la moitié. Le style et l'iconographie intègrent cette peinture dans l'art de l'époque des Paléologues à l'âge de sa maturité, des correspondances ayant pu être établies aussi bien avec la peinture serbe qu'avec l'ensemble de la Chora de Constantinople et, plus récemment, avec certaines peintures murales de Thessalonique et de Verria.

Par son architecture – nef en triconque couronnée d'une coupole sur haut tambour et narthex carré, voûté en berceau – et par la décoration sculptée en méplat de son extérieur, la belle église de Cozia (env. 1387-1391) s'apparente étroitement aux églises serbes de la Morava. Sa décoration peinte, d'un graphisme assez sec, conservée dans le narthex, témoigne d'une spiritualité de nature ascétique.

Des deux monuments, le premier – dont le type de plan a été rarement repris – a conservé une valeur de référence à cause de sa peinture, tandis que le second marqua de son influence l'évolution ultérieure de l'architecture valaque.

À la fin du xive siècle et au début du siècle suivant, l'activité architecturale a été très intense, mais si l'on excepte quelques monuments relativement bien conservés, il s'agit d'édifices disparus, profondément transformés ou qui ont survécu sous forme de ruines.

La situation est sensiblement la même dans le domaine de l'architecture civile et militaire, aussi bien en Valachie qu'en Moldavie. Les deux pays ont été dotés d'un système de défense constitué par une série de forteresses dans la région des frontières. Le noyau primitif, intégrant des méthodes occidentales venues par la Transylvanie ou par la Pologne, est plus aisément reconnaissable dans les constructions moldaves. Quelques résidences princières de l'époque, parfois fortifiées, ont été aussi mises au jour (Curtea-de-Argeş, Tîgovişte, Suceava).

L'architecture urbaine, comme l'architecture rurale, restera encore pour longtemps une architecture principalement en bois.

Comme en Valachie, deux monuments ont une place spéciale aux origines de l'architecture religieuse moldave. L'église Saint-Nicolas de Rădăuţi, attribuée au fondateur de l'État, Bogdan Ier (1359-1365), est une basilique romane à trois nefs adaptée au culte orthodoxe ; son plan a été repris dans des monuments ultérieurs avec des transformations substantielles, jusqu'au début du xvie siècle. Avec la petite église de la Trinité à Siret (dernier quart du xive s.), le triconque, inspiré de Serbie, est introduit en Moldavie, mais avec des modifications importantes dans la structure des voûtes. La décoration extérieure en céramique émaillée est un autre élément caractéristique, qui se transmit largement. Des nombreuses fondations monastiques des premiers princes ne subsistent que quelques ruines (premières églises de Moldoviţa, Humor, Pobrata).

Du premier siècle d'existence de l'État moldave, aucun ensemble de peinture murale ne s'est conservé. Attestée par des fragments trouvés dans les ruines ou par des sources documentaires, sa valeur ne peut qu'être suggérée par les miniatures dues au moine Gavril du monastère de Neamţu, qui enluminent l'Evangéliaire d'Oxford (1429). C'est au même artiste que l'on doit une série de manuscrits à décoration ornementale, d'inspiration byzantine mais de réalisation originale. Outre la beauté des caractères, les motifs géométriques, développés de la manière la plus variée, ont donné leurs caractères spécifiques à l'art moldave du manuscrit. Le type d'ornement moldave fut repris dans les autres provinces roumaines et adopté au xvie siècle par l'imprimerie.

La broderie religieuse, dont les pièces les plus expressives sont deux épitaphioi, l'un de Valachie (Cozia, 1394, apporté peut-être de Serbie), l'autre de Moldavie (Neamţu, 1437), relève de la tradition byzantine.

La Transylvanie conserve au xive siècle et pendant la première moitié du xve des relations étroites avec l'art occidental ; les diverses phases du gothique y sont représentées. Le remarquable développement des villes donne une place prépondérante aux chantiers urbains. On utilise encore le plan basilical à transept (Sainte-Marie de Sibiu), mais on construit de grands édifices du type « Hallenkirche » (Cluj, Sighişoara, Braşov), parfois des églises à deux nefs (Baia-Mare, détruite). Au xve siècle s'affirme un intérêt très vif pour l'église à nef unique (Turda-Veche, Tîrgu-Mureş). La plus belle manifestation du gothique transylvain est le chœur de l'église de Sebeş, qui possède en outre, avec Saint-Michel de Cluj et l'Église-Noire de Braşov, la plus riche décoration sculptée. Des frères Martin et Georges, fils du peintre Nicolas de Cluj, il ne reste plus que la statue équestre en bronze de saint Georges, à Prague, œuvre dont l'importance dépasse la plan local. De même que l'architecture et la sculpture, la peinture dénote les mêmes contacts avec divers centres de l'Europe centrale (ceux d'Autriche et de Bohême surtout), et on y trouve aussi des échos venant de l'Italie. Les premières influences de la Renaissance commencent à pénétrer au xve siècle.

Dans les villages orthodoxes des Roumains, caractérisés surtout par l'architecture en bois, on élève encore, du moins dans certaines régions privilégiées, des monuments en pierre. On reprend l'ancien type avec tour-clocher à l'ouest, mais on assiste au double phénomène d'intégration d'éléments gothiques et de pénétration d'influences venues de la Valachie voisine. Pleine d'intérêt est la peinture murale qui s'est conservée, du moins fragmentairement, dans un certain nombre de ces églises, ou bien qu'on a appliquée à des édifices construits à l'époque antérieure (Ostrovul-Mare, Strei, Lesnic, Criscior, Strei Sîngeorgiu, Ribiţa, Densuş). Liée aux peintures valaque et balkanique, elle présente aussi des traits stylistiques empruntés à l'art romano-gothique. L'originalité de cette peinture est due à la présence des portraits de fondateurs et à la représentation d'éléments de la vie locale.

Les témoignages de l'activité constructive dans l'architecture civile et militaire sont nombreux, bien qu'ils aient été souvent remaniés, ou intégrés dans des constructions ultérieures. Le château fort de Bran date de la fin du xive siècle ; la partie du château de Hunedoara édifiée au temps de Jean Hunyadi est la plus remarquable. Les populations paysannes se construisent à leur tour des lieux de refuge contre les invasions ottomanes (Rîşnov, Saschid), ou commencent à transformer en forteresses les enceintes des églises (Sîmpetru, Codlea), phénomène caractéristique pour une zone importante à l'époque ultérieure. On fortifie aussi les villes, ou bien l'on construit de nouvelles enceintes (Cluj, Sighişoara, Sibiu). Dans l'architecture des villes, généralement en bois, commence à se répandre l'usage de la pierre et de la brique, dans les maisons communales et dans quelques rares habitations privées.

Les synthèses (seconde moitié du XVe s.-XVIe s.)

La création la plus originale de l'art roumain du Moyen Âge est, sans conteste, la synthèse moldave de la fin du xve siècle dont les éléments continuent à se développer au xvie siècle. Un ensemble de circonstances favorables, qui ne se retrouve que beaucoup plus tard dans l'histoire agitée des Roumains, a permis ce succès : État puissant et disposant d'une production matérielle en pleine ascension ; indépendance politique, fortement menacée mais défendue avec d'autant plus de vigueur ; longs règnes (Étienne le Grand, 1457-1504) qui intègrent les activités artistiques et culturelles à une pensée unitaire de l'État et de la société ; classe seigneuriale riche et active et paysannerie libre encore nombreuse ; milieux urbains en plein essor, qui permettent le développement des métiers et des techniques. C'est dans cette atmosphère de vie intense que se réalise, sous le patronage du prince qui est le plus grand bâtisseur, la synthèse moldave. Cette synthèse est l'aboutissement, en un certain sens, d'une évolution qui s'est poursuivie durant un siècle (nous connaissons mal à cause de la perte des monuments le rôle important d'Alexandre le Bon, 1400-1432) ; elle présente, dans une forte et harmonieuse unité, un fonds de tradition byzantino-balkanique, auquel sont organiquement intégrés de nombreux éléments occidentaux, provenant du gothique transylvain et polonais, probablement par l'intermédiaire des monuments catholiques élevés dans les villes de la Moldavie. L'ensemble a été repensé dans une vision artistique originale, qui porte souvent l'empreinte, dans l'équilibre des formes ou dans la vivacité chaude du coloris, de l'esthétique du paysan roumain. Au-delà des expressions propres à chaque domaine de l'art, une unité de style anime l'ensemble de la création artistique, retrouvée, dans chaque monument, en parfait accord avec l'environnement : unité entre l'architecture d'un édifice, sa décoration murale et sa parure d'objet d'art.

L'architecture religieuse se développe à partir des deux types de plans fondamentaux, le triconque, qui jouit de la plus grande faveur, et le rectangulaire (avec des emprunts de l'un à l'autre). Si ce dernier permet des solutions variées, dans la construction des voûtes en particulier, c'est le premier qui permet les innovations les plus caractéristiques. Il s'agit tout d'abord de la tour élancée élevée sur la nef, à l'aide de deux groupes superposés de pendentifs – les « voûtes moldaves » – et qui à l'extérieur, repose sur une double base étoilée (premiers exemplaires à Pătrăuţi et Miliş ăuţi, 1487). La coiffe pointue de la tour et les toits hauts qui couvrent séparément chaque partie de l'église accentuent encore la tendance à la verticalité de l'édifice. La distribution intérieure comporte parfois l'adjonction en enfilade de nouvelles pièces : l'exonarthex et une chambre réservée aux tombeaux (Neamţu, 1498). La plastique décorative des façades est obtenue par un double jeu de plans et de couleurs : longues niches à arceaux sur les absides et rangées superposées de petites niches à la partie supérieure : parement de pierre et de brique émaillée et frise de disques en céramique sous la corniche. Des encadrements de portes et de fenêtres en pierre, de facture gothique, complètent la décoration.

Sur les mêmes plans et avec les mêmes principes décoratifs, le xvie siècle réalise une riche série d'œuvres architectoniques qui ont chacune leur physionomie propre. L'architecture militaire, qui enregistre de remarquables progrès, est mieux connue que l'architecture civile et monastique.

Le répertoire iconographique de la peinture murale, d'origine byzantino-balkanique, est constitué pour l'essentiel dès la fin du xve siècle. Au-delà de la variété de tempérament et de capacité des artistes, cette peinture se distingue par sa parfaite adaptation à l'architecture. La distribution sobre des personnages, la noblesse des attitudes, la fermeté du dessin et la qualité de la couleur confèrent à cette peinture une certaine monumentalité. Les ensembles de Voroneţ et de Saint-Ilie (tous deux de 1488) et surtout celui de Bălineşti (1493) constituent ses meilleures réussites. Au xvie siècle, un goût du pittoresque, du brillant, du gracieux se fait jour, puis, vers la fin du même siècle se développe une tendance vers le narratif, stimulée par la diffusion de l'iconographie du Ménologe.

Le Jugement dernier, monastère de Voronet

Le Jugement dernier, monastère de Voronet

photographie

Le Jugement dernier, fresque, monastère de Voronet, Roumanie. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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La grande originalité de l'art moldave du xvie siècle consiste en l'extension de la peinture aux façades qu'elle recouvre – fait sans précédent – sur toute leur surface. L'iconographie de ces ensembles de peinture extérieure (Humor, 1535 ; Moldoviţa, 1537 ; Arbore, 1541, etc.) où se détachent les grandes scènes illustrant l'hymne acathiste avec le siège de Constantinople, l'arbre de Jessé, le Jugement dernier, tandis que sur les absides se déploie une immense Déisis, a été interprétée (P. Henry et S. Ulea) comme une vaste prière pour la défense de la Moldavie contre l'expansion ottamane. Plus que les qualités de composition ou d'expression de chaque scène de cette peinture si animée, l'agencement de l'ensemble, le sens décoratif qui met en mouvement tout ce monde, les tons francs, joyeux ou suaves de la couleur qui l'éclaire et l'apparente au paysage, sont remarquables. C'est pour la dernière fois que cette féerie est mise en scène, avec beaucoup d'éclat, mais déjà un esprit quelque peu différent, à Suceviţa (1601 ?), « testament de l'art moldave du xvie siècle » (P. Henry).

Christ bénissant, monastère de Sucevita

Christ bénissant, monastère de Sucevita

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Christ bénissant, 1582-1584, fresque du monastère de Sucevita, Roumanie. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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La synthèse valaque se réalise avec plus de difficulté et n'arrive pas à une cohérence aussi forte qu'en Moldavie, car les circonstances ne sont pas favorables. La Valachie tombe sous l'emprise ottomane plus tôt que la Moldavie et sa situation intérieure, toujours troublée, ne connaît pas le long répit d'un règne autoritaire et constructeur comme celui d'Étienne le Grand. Plus profondément liée à la tradition byzantino-balkanique, elle prend difficilement ses distances, pour exprimer librement sa propre réalité spirituelle. L'art valaque esquisse une série de synthèses successives, non sans liaison entre elles, et réussit à créer des expressions nouvelles alors qu'en Moldavie les sources de l'art médiéval étaient déjà taries.

En architecture, si la seconde moitié du xve siècle est très mal connue, le xvie siècle s'avère riche en expériences variées. Elles se font à partir des plans devenus traditionnels, le rectangulaire et surtout le triconque ; le plan en croix grecque, qui produit un bel édifice à Tîgovisţe (1583), reparaît parfois. Ces plans jouent sur la forme des narthex, sur le nombre des tours secondaires, sur le système de voûtes et sur la plastique des façades. La série est ouverte par deux monuments, dont le type fut longuement repris, sans jamais arriver à la somptuosité des modèles : les églises des monastères de Dealu (1500) et de Curtea-de-Argeş, (1517), édifices d'amples proportions, richement décorés de sculptures ornementales sur pierre, qui, à Argeş, tendent à enserrer le monument dans leur réseau et lui donnent, avec les rangées de stalactites formant corniche et les petites tours torses, un certain air d'Orient fabuleux. À côté des grandes constructions qu'on élève encore pendant un certain temps, les fondations plus modestes, équilibrées et pittoresques, se multiplient (Căluiu, église de l'hospice de Cozia, Cobia, Mihai-Vodă de Bucarest). Ces édifices transposent dans la brique, avec un remarquable succès, la plastique des façades en pierre, avec les deux registres d'arcatures formées de boudins et la ceinture qui les sépare. Même le souvenir de l'alternance byzantine de la brique et de la pierre se conserve, rendue ici par des rangées de briques apparentes et des surfaces enduites de mortier. L'effet décoratif en est parfois surprenant.

La peinture murale évolue en liaison avec l'art balkanique. Son iconographie se retrouve presque au complet dans l'ensemble de la petite église de Cozia (1542-1543), qui est le mieux conservé, et elle se transmet jusqu'au début du xviiie siècle. Possédant parfois un sens réel du solennel et du décoratif (fragments d'Argeş), ascétique ailleurs (église de l'hospice de Bristriţa, 1523-1529), ou, au contraire, d'un charme pénétrant et d'un chaud coloris (Tismana, 1563), cette peinture développe, au cours du siècle, des tendances vers le graphisme et vers le narratif. Elle s'imprègne aussi de réalité vivante, surtout dans les portraits de fondateurs, qu'on retrouve d'ailleurs, comme un élément caractéristique, dans des icônes et dans des pièces de broderie.

En Transylvanie, le gothique se survit assez tard. Le groupe le plus intéressant est celui des nombreuses forteresses paysannes, élevées généralement pour assurer la défense des villages saxons (Prejmer, Apold, Cisnădie). Construites autour de l'église, elles transformèrent souvent cette dernière en réduit.

Parallèlement aux dernières phases du gothique apparaissent les formes de la Renaissance, apportées souvent par des constructeurs italiens, mais venues aussi de Hongrie, de Slovaquie et de Pologne. Le premier monument conservé est la chapelle Lazö d'Alba Iulia (1512). La Réforme, qui se répandit en Transylvanie tant sous son interprétation luthérienne (chez les Saxons) que calviniste (dans les milieux magyars) interrompit la construction de grands édifices de culte.

Par contre, l'architecture urbaine et seigneuriale connut un nouvel essor. Les plus importants châteaux de la Renaissance transylvaine au xvie siècle sont ceux de Vinţul de Jos, de Criş et de Mănăstirea.

Les conditions de vie de la population roumaine comme celles de la paysannerie magyare ne firent que s'aggraver au cours du xvie siècle. C'est ce qui explique le peu d'envergure de ses manifestations artistiques – sauf dans le domaine traditionnel des arts populaires –, qui, toujours plus rares, sont loin de s'intégrer dans une synthèse originale.

Les dernières étapes (XVIIe-XVIIIe s.)

C'est en Valachie que l'art roumain du long Moyen Âge oriental présente le plus de vitalité et réussit même à s'assimiler organiquement des formes venues d'un autre horizon artistique.

Deux périodes sont remarquables par la richesse de leurs manifestations. La première correspond d'une manière générale au long règne de prestige, favorable au développement culturel, de Matei Basarab (1632-1654). Les constructions sont nombreuses ; elles reprennent, enrichissent et diffusent des types arrêtés au xvie siècle et créent une image d'ensemble unitaire et harmonieuse, dont l'élément primordial est l'exonarthex ouvert, sur piliers, si caractéristique de l'architecture valaque, mais d'origine plus ancienne. Parfois des formes de la Renaissance apparaissent aussi dans l'architecture civile (résidence seigneuriale de Herăşti), qui commence à être mieux connue. Dans la peinture murale, où les relations avec le mont Athos sont sensibles, les éléments d'une vision originale ne manquent pas.

La seconde période, plus importante, se situe dans les dernières décennies du xviie siècle et dans les premières du siècle suivant, lorsque s'épanouit ce qu'on appelle communément le style « Brâncoveanu » (du nom du prince qui a largement accordé son patronage à la culture). L'art valaque exerce alors son influence dans les autres provinces roumaines, surtout en Transylvanie.

L'architecture religieuse se renouvelle, en particulier par l'emploi de la pierre sculptée, dans des formes empruntées au baroque (notamment églises de Colţea, de Văcăreşti, de Stavropoleos de Bucarest). Avec plus de richesse encore, cette sculpture nouvelle orne les palais, qui introduisent avec succès des éléments occidentaux (loggia, par exemple) et même orientaux dans leurs plans dérivés du développement de données traditionnelles. Deux palais de Brâncoveanu, à Potlogi et à Mogoşoaía, sont tout à fait représentatifs de cette période.

La peinture, qui est parvenue elle aussi à une très grande unité et dont l'ensemble le plus important couvre les murs de la grande fondation de Hurezu (1694-1704), se distingue moins par la qualité de la couleur ou du dessin, que par le plaisir de raconter et surtout par le désir de surprendre la réalité environnante. Les ensembles de portraits de la famille du fondateur, les portraits des chefs de travaux ou les autoportraits des peintres – outre les éléments de vie locale introduits dans la peinture religieuse – marquent cette attitude d'ouverture vers la vie contemporaine. L'ornement, surtout floral, traité dans une vision plus réaliste, est très répandu dans le décor architectural : il envahit la peinture, ainsi que la broderie et la sculpture sur bois, contribuant à l'unité des manifestations artistiques. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, l'art de tradition médiévale se rajeunit dans les nombreuses fondations paysannes ou celles de la petite bourgeoisie des villes, mais cet art est dépouillé de toute gravité métaphysique et empreint de folklore.

La Moldavie voit s'ériger encore au xviie siècle quelques monuments prestigieux, sans que ceux-ci aient l'originalité des constructions des siècles précédents. Des éléments de l'architecture valaque y pénètrent dès la fin du xvie siècle – seconde tour sur le narthex et principes de décoration des façades –, et d'autres influences apparaissent ensuite, comme par exemple une influence orientale dans les encadrements de portes et de fenêtres. La décoration en pierre sculptée, déjà présente à Dragomirna (1609), et qui recouvre les façades d'un édifice remarquable par ses proportions, l'église des Trois-Hiérarques de Iaşi (1639), est en partie orientale. Peut-être faut-il y voir aussi, avec André Grabar, « un transfert de la facture du bois ciselé » et des motifs apparentés, ou identiques à ceux de la décoration des manuscrits. Postérieures d'une décennie, les façades de l'église monumentale du monastère de Golia offrent une ordonnance de pilastres à chapiteaux néo-corinthiens, et d'autres détails qui rappellent l'Italie au moment du passage vers le baroque. Des éléments d'origine baroque sont présents dans l'architecture moldave du xviiie siècle. La broderie, qui donne encore dans la première moitié du xviie siècle quelques pièces remarquables, perd son harmonie sous la poussée d'un style décoratif, où prédomine l'élément végétal naturel ; de même que dans la sculpture sur bois, le souffle du baroque se fait toujours davantage sentir. Mais, après une longue période de déclin au cours de laquelle l'architecture civile, seule, offre quelque intérêt, l'horizon artistique de la Moldavie est complètement bouleversé, vers la fin du xviiie siècle, par son option pour le néo-classicisme.

En Transylvanie l'art demeure, au xviie siècle, sous le signe de la Renaissance. Les constructions les plus importantes sont les châteaux dont les types varient (Făgăraş, Medieşul Aurit, Iernuţ), mais qui conservent des aspects de citadelle.

L'entrée de la principauté sous la dépendance de la maison de Habsbourg à la fin du xviie siècle est marquée par le retour du catholicisme. Les constructions militaires du nouveau régime autrichien et les constructions religieuses des Jésuites ouvrirent la voie, au début du xviiie siècle, à la pénétration du baroque. Marquant d'abord des châteaux, nouvellement construits ou réaménagés (Bonţida), le baroque exerça ensuite son action sur l'architecture urbaine des palais (palais épiscopal d'Oradea, palais Brukenthal de Sibiu, palais Bánffy de Cluj).

Dans les milieux orthodoxes, aux xviie et xviiie siècles, le nombre des églises en maçonnerie augmente. Elles sont édifiées selon des modèles traditionnels ou portent des reflets de la Renaissance puis du baroque. Les influences les plus importantes viennent de la Valachie.

Pour l'histoire de l'art roumain de Transylvanie, l'importance de cette période réside dans le fait qu'elle permet l'étude, sur des monuments datables, de l'art populaire, de l'art paysan en particulier. Cela vaut, d'ailleurs, pour toutes les provinces roumaines, dont l'art populaire est très unifié, malgré la diversité des aspects régionaux, et parfaitement original, malgré ses rapports souvent étroits avec l'art des peuples voisins. La documentation est beaucoup plus riche pour le xixe siècle mais déjà ce que l'on connaît de l'époque précédente – directement ou par l'intermédiaire des estampes et des aquarelles – permet de définir un large éventail de préoccupations artistiques (architecture, décoration en bois d'éléments architecturaux, ou ustensiles, tissus et broderies, céramique) ; la richesse et la finesse des productions sont remarquables et on y distingue la présence d'une vision artistique dont les origines sont fort lointaines. L'art du paysan roumain a toujours été ouvert aux échanges. Les magnifiques églises en bois du Maramureş, avec leurs hauts clochers surmontés de flèches qui se dressent dans le ciel, ne sont certainement pas étrangères à l'art gothique. Dans le costume traditionnel d'Argeş et de Muscel, on a pu voir, à juste titre, des survivances du costume des cours voévodales. Mais, dans les formes empruntées, adaptées ou élaborées par les artistes, on discerne toujours la marque, durant le voyage au long de l'art roumain du Moyen Âge, de ce compagnon qui se tait : l'art paysan.

—  Mihai BERZA

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Roumanie. Églises peintes de Moldavie, préf. A. Grabar, introd. G. Oprescu, Paris, 1962

W. Sas-Zaloziecki Die byzantinische Baukunst in den Balkanländern, Munich, 1955

I. D. Stefanescu, L'Évolution de la peinture religieuse en Bucovine et en Moldavie depuis les origines jusqu'au XIXe siècle, texte et album, Paris, 1928 ; La Peinture religieuse en Valachie et en Transylvanie depuis les origines jusqu'au XIXe siècle, Paris, 1932

R. Theodorescu, « Sur les débuts de l'art populaire médiéval roumain », in Rev. roum. Hist. Art., t. VII, 1970

Treasures from Rumania, Londres, 1971

S. Ulea, « L'Origine et la signification idéologique de la peinture extérieure moldave », in Rev. roum. Hist., t. I, 1963

V. Vatîsianu, Istoria artei feudale in tările române, t. I, Bucarest, 1959 ; « L'Art roumain du Moyen Âge », in Actes Ier Congr. int. Et. Balkan. sud-est europ., t. II, Sofia, 1969.

Écrit par :

  • : journaliste
  • : rédacteur en chef de Lettre(s), titulaire d'un D.E.A. de roumain, Institut national des langues et civilisations orientales, doctorant à l'université de Paris-III
  • : chargée de cours à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII, analyste-rédactrice aux éditions de la Documentation française
  • : professeur à l'université de Göttingen.
  • : professeur à l'université de Bucarest, directeur de l'Institut d'études est-européennes
  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'Institut national des langues et civilisations orientales et à l'université de Paris-Sorbonne
  • : professeur à l'Institut national des langues orientales vivantes

Classification


Autres références

«  ROUMANIE  » est également traité dans :

ROUMANIE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/chronologie/roumanie/#i_23263

ANTONESCU ION (1882-1946)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 261 mots
  •  • 1 média

Officier et homme politique roumain, Ion Antonescu est né à Pitesti en Transylvanie, qui appartenait alors au royaume de Hongrie. Il participe aux combats de la Première Guerre mondiale comme officier dans l'armée roumaine. Nommé attaché militaire à Londres, puis à Rome, il ne cache pas ses sympathies pour le régime fasciste. Il devient chef d'état […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ion-antonescu/#i_23263

BANAT

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 492 mots

Région située au sud-est de la plaine hongroise, à proximité du défilé des Portes de Fer par où le Danube perce l'arc carpato-balkanique. Sa vocation de passage et de carrefour utilisée dès l'époque romaine lui a valu bien des vicissitudes au cours de l'histoire : dévastée par les Ottomans, au xvii e siècle, elle fut désertée ; l'Empire habsbourg […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/banat/#i_23263

BRASOV

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 371 mots
  •  • 1 média

Fondée par les chevaliers Teutoniques au xiii e siècle sous le nom de Cronstadt, la ville roumaine de Braşov a été un foyer de colonisation saxonne en Transylvanie. Forteresse et centre commercial à proximité du passage des Carpates et sur le plus court chemin menant à Bucarest et à Constantinople, elle est riche d'une double tradition de commerc […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/brasov/#i_23263

BRATIANU ION (1821-1891)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 196 mots

Homme d'État roumain, Ion Bratianu fait ses études à Paris ; de retour dans son pays, il prend part à la révolution de 1848 et il fait partie du gouvernement provisoire. Après l'échec de la révolution, il se réfugie à Paris, où il continue à lutter en faveur de l'autonomie des principautés danubiennes. En 1854, il a des démêlés avec la police franç […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ion-bratianu/#i_23263

BUCAREST

  • Écrit par 
  • Philippe LOUBIÈRE
  •  • 730 mots
  •  • 1 média

Capitale de la Roumanie , Bucarest est une agglomération de près de deux millions et demi d'habitants à la fin des années 2000, située à 200 kilomètres à l'ouest de la mer Noire et à mi-distance entre le Danube au sud et le piémont sud-est des Carpates au nord. Elle est arrosée par la Dâmboviţa, sous-affluent du Danube, et le climat y est continen […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bucarest/#i_23263

BUKOVINE ou BUCOVINE

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 252 mots
  •  • 1 média

Située sur le versant nord-est des Carpates, la province historique de Bucovine par sa position stratégique commandant le large passage qui sépare les Carpates moldaves des Carpates slovaques, fit longtemps l'enjeu des volontés expansionnistes autrichiennes et russes. Après maintes dominations successives, elle a été scindée en deux par le traité d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bukovine-bucovine/#i_23263

CAROL ou CHARLES Ier (1839-1914) prince (1866-1881) puis roi de Roumanie (1881-1914)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 386 mots

Prince (1866-1881) puis roi de Roumanie (1881-1914), né le 20 avril 1839, à Sigmaringen (Allemagne), mort le 10 octobre 1914 au château de Peles, Sinaia (Roumanie). Le prince allemand Charles de Hohenzollern-Sigmaringen reçoit son éducation à Dresde et à Bonn. En 1864, il est officier dans l'armée prussienne lors de la guerre des duchés contre le D […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/carol-charles-ier/#i_23263

CAROL ou CHARLES II (1893-1953) roi de Roumanie (1930-1940)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 352 mots

Roi de Roumanie (1930-1940), né le 15 octobre 1893 au château de Peles, Sinaia (Roumanie), mort le 4 avril 1953, à Estoril (Portugal). Fils aîné du roi Ferdinand I er , Carol devient l'héritier du trône roumain à la mort de son grand-oncle Charles I er , en octobre 1914. Sa vie privée est une source continuelle de scandales : après un mariage morga […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/carol-charles-ii/#i_23263

CARPATES

  • Écrit par 
  • André BLANC, 
  • Pierre CARRIÈRE, 
  • Mircea SANDULESCU
  • , Universalis
  •  • 4 836 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre «  Unités géologiques »  : […] L'orogène carpatique comprend, d'une part, la chaîne de montagnes à double courbure qui s'étend de Bratislava, en Slovaquie, jusqu'à la rivière Timok, en Serbie orientale, d'autre part, des reliefs plus ou moins isolés, situés à l'intérieur de l'arc, tels les monts Apuseni en Roumanie, Bakony, Mecsek et Villányi en Hongrie. Cet ensemble montagne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/carpates/#i_23263

CEAUṢESCU NICOLAE (1918-1989)

  • Écrit par 
  • Bernard FÉRON
  •  • 650 mots
  •  • 1 média

Né à Scornicesti (département de l'Olt) dans une famille de paysans, Nicolae Ceauşescu devient apprenti cordonnier à Bucarest et milite bientôt dans un comité antifasciste. En 1933, il est arrêté pour avoir incité à la grève. Cette même année, il adhère à l'Union de la jeunesse communiste et devient secrétaire des comités régionaux de ce mouvement […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nicolae-ceausescu/#i_23263

CELAN PAUL (1920-1970)

  • Écrit par 
  • Jean BOLLACK
  •  • 2 821 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « « La mort est un maître d'Allemagne » : de l'anéantissement au refus de l'oubli »  : […] Celan a grandi à Czernowitz, la capitale de la Bucovine, attribuée à la Roumanie en 1919 par le traité de Saint-Germain juste avant la naissance de l'écrivain. La ville avait été, avant la guerre de 1914, la plus orientale de l'Empire austro-hongrois, proche et éloignée de Vienne, aux limites de la Russie. Sa bourgeoisie avait la particularité, san […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-celan/#i_23263

CLUJ-NAPOCA

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 327 mots

La ville de Cluj-Napoca est le chef-lieu du district ( judet ) de Cluj, dans le nord-ouest de la Roumanie. Capitale historique de la Transylvanie, située à environ 320 kilomètres au nord-ouest de Bucarest, dans la vallée du Some ul Mic (« petit Some »), elle occupe le site de l'ancienne cité dace de Napoca, qui devint ultérieurement municipe roma […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cluj-napoca/#i_23263

CODREANU CORNELIU (1899-1938)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 280 mots
  •  • 1 média

Agitateur roumain, chef de la Garde de fer . Fils d'un Polonais et d'une Allemande, Corneliu Codreanu est capitaine dans l'armée roumaine lorsqu'il rejoint le mouvement nationaliste du professeur Couza, la Ligue chrétienne, mais s'en sépare bientôt. C'est un exalté, qui assassine en 1923 le préfet de Iassy. Sous la pression de l'opinion, il est bie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/corneliu-codreanu/#i_23263

COMANECI NADIA (1961- )

  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
  •  • 1 368 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La petite fée de Montréal »  : […] Nadia Comaneci naît le 12 novembre 1961, à Onesti, dans la partie moldave de la Roumanie, d'un père mécanicien et d'une mère qui fut danseuse étoile – ses parents divorceront rapidement. À six ans, sa mère la conduit au gymnase, pour canaliser son énergie débordante. Là, l'entraîneur Béla Károlyi décèle les exceptionnelles qualités de cette fillett […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nadia-comaneci/#i_23263

COMMUNISME - Histoire économique des pays communistes

  • Écrit par 
  • Marie LAVIGNE
  •  • 10 451 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « U.R.S.S. et Europe de l'Est »  : […] Jusque vers 1965, l'exécution du plan était imposée aux entreprises sous forme d'ordres directs (ou « indices », quelquefois aussi appelés « indicateurs ») relatifs aux objectifs à atteindre (production) et aux moyens à mettre en œuvre (utilisation de ressources matérielles et humaines). Un ensemble de réformes, commencées en 1963 en R.D.A. et ach […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/communisme-histoire-economique-des-pays-communistes/#i_23263

COMMUNISME - Mouvement communiste et question nationale

  • Écrit par 
  • Roland LOMME
  •  • 21 016 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Intangibilité des frontières et État-nation »  : […] Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le tracé des frontières en Europe centrale et orientale ne fut nullement établi dans la perspective du règlement de la question nationale. Les frontières nationales recouvrent aujourd'hui davantage qu'avant guerre les frontières ethniques essentiellement en raison de l'extermination de la plupart des qua […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/communisme-mouvement-communiste-et-question-nationale/#i_23263

CONSTANTA

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre VIGNEAU
  •  • 201 mots
  •  • 1 média

Ancienne colonie grecque (Tomis), puis emporium romain et comptoir génois, Constanţa a connu, après une longue éclipse, un renouveau de son activité maritime : rattachée à la Roumanie (fin xix e  s.), elle devint le principal port du pays. Les aménagements entrepris alors se sont poursuivis et la progression du trafic est soutenue. Les importations […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/constanta/#i_23263

DACES

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 576 mots
  •  • 1 média

Peuple d'origine thrace appelé Dakoi par les Grecs et Daci par les Romains, les Daces étaient très proches des Gètes. Ils avaient atteint un degré élevé de civilisation. Ils croyaient à l'immortalité de l'âme, la mort n'étant qu'un changement de pays. La société dace était divisée en deux classes : les aristocrates, ou pilleati (qui avaient droit […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/daces/#i_23263

DANUBE

  • Écrit par 
  • Laurent TOUCHART
  •  • 2 505 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le Danube, frontière des Balkans »  : […] La Save et le Danube matérialisent traditionnellement la limite nord de la péninsule balkanique et c'est à ce confluent que se trouve la capitale de la Serbie, Belgrade (1 274 000 habitants en 2002). En aval, le fleuve se transforme en un lac de 150 kilomètres de longueur, depuis l'érection du double barrage des Portes de fer, construit de 1964 à 1 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/danube/#i_23263

DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE

  • Écrit par 
  • Pierre LETAMENDIA
  • , Universalis
  •  • 6 251 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'Europe d'après guerre »  : […] Le retour de la démocratie en Autriche, en Allemagne et en Italie, la libération du reste de l'Europe et l'action de nombreux chrétiens contre le nazisme vont donner de nouvelles perspectives au catholicisme politique, qui dans de nombreux pays est de surcroît conforté par l'introduction du suffrage féminin. Les tendances catholiques autoritaires s […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/democratie-chretienne/#i_23263

DÉMOCRATIES POPULAIRES

  • Écrit par 
  • Michel LESAGE, 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 8 416 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Roumanie »  : […] Nicolae Ceauşescu, secrétaire général du Parti communiste roumain depuis 1965 et président de la République depuis 1974, favorablement considéré à l'Ouest pour son opposition à la politique étrangère soviétique depuis 1968, perdait ce capital de sympathie à cause de sa mégalomanie. Il fut réélu à l'unanimité à la tête du parti à la fin de novembre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/democraties-populaires/#i_23263

DOBROUDJA

  • Écrit par 
  • Pierre-Yves PÉCHOUX, 
  • Jean-Pierre VIGNEAU
  •  • 948 mots

Région de plateaux et de plaines dominant le cours inférieur du Danube en aval de Ruse et s'abaissant vers la mer Noire, de la baie de Varna aux bouches du Danube, la Dobroudja est traversée par une frontière dont le tracé, depuis le port danubien de Silistra jusqu'à la côte, fut une source d'âpres conflits entre la Bulgarie et la Roumanie. Lieu de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dobroudja/#i_23263

GALATI, Roumanie

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 368 mots

La ville de Galaţi (en allemand Galatz) est le chef-lieu du district ( judeţ ) du même nom, dans le sud-est de la Roumanie. Port fluvial situé à quelque 190 kilomètres au nord-est de Bucarest, elle se dresse sur une hauteur de la rive sud-occidentale du lac Brateş surplombant une zone marécageuse au confluent du Danube et du Siret. L'existence d'u […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/galati-roumanie/#i_23263

GARDE DE FER

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 330 mots
  •  • 2 médias

Nom pris par le parti fasciste roumain qui s'appuie sur un antisémitisme combatif et, après 1933, sur la propagande national-socialiste. La Garde de fer est fondée par un jeune capitaine, Codreanu, qui se sépare bientôt du mouvement nationaliste et conservateur du vieux professeur Couza, la Ligue chrétienne. Il prétend rendre à la vie politique un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/garde-de-fer/#i_23263

GERMAINS ORIENTAUX, archéologie et art

  • Écrit par 
  • Michel KAZANSKI
  •  • 4 229 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « L'époque romaine (Ier-IVe s.) »  : […] Pline et Tacite ont décrit la Germania , vaste territoire compris entre la Rhénanie à l'ouest et le bassin de la Vistule et les Carpates à l'est. Ils distinguaient trois principaux groupes de Germains : en Rhénanie, ceux qu'ils appellent « les fils du dieu Mannus », dans la région de l'Elbe, les Suèves et, enfin, à l'est, les Vandilii. Selon l' arc […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/germains-orientaux-archeologie-et-art/#i_23263

GHEORGHIU-DEJ GHEORGHE (1901-1965)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 422 mots

Homme d'État roumain, né le 8 novembre 1901 à Bârlad (Moldavie), mort le 19 mars 1965 à Bucarest (Roumanie). Rallié à la cause révolutionnaire aux lendemains de la Première Guerre mondiale, Gheorghe Gheorghiu-Dej adhère en 1930 au Parti communiste roumain, alors dans la clandestinité. Cheminot, il est condamné à une peine de douze années de trav […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gheorghe-gheorghiu-dej/#i_23263

GUERRE MONDIALE (PREMIÈRE)

  • Écrit par 
  • Marc FERRO
  •  • 12 422 mots
  •  • 49 médias

Dans le chapitre « Buts de guerre. La « guerre dans la guerre » »  : […] Les dirigeants français ne revendiquent ouvertement que le « retour de l'Alsace-Lorraine » ; en réalité, ils pensent à des « garanties » sur la rive gauche du Rhin, en Sarre ; ils rêvent aussi de démanteler l'empire allemand. En outre, Français, Anglais et Italiens envisagent de se partager l'empire turc (pacte de Londres et accords Sykes-Picot de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-mondiale-premiere/#i_23263

HONGRIE

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER, 
  • Lorant CZIGANY, 
  • Albert GYERGYAI, 
  • Pierre KENDE, 
  • Edith LHOMEL, 
  • Marie-Claude MAUREL, 
  • Fridrun RINNER
  • , Universalis
  •  • 32 150 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « D'une diplomatie de bon voisinage... »  : […] Les Hongrois se sont employés à faire la preuve que des tensions bilatérales, une fois inscrites dans une problématique plus large (régionale et/ou européenne), peuvent être sinon résolues, du moins désamorcées. Pays de petite taille, la Hongrie a tenu à s'imposer au sein de différents regroupements régionaux. Dès 1992, s'appuyant pour cela sur le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hongrie/#i_23263

IASI ou JASSY

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 334 mots
  •  • 1 média

Deuxième ville de Roumanie (320 800 hab. au recensement de 2002), Iasi est située dans le nord-est du pays, à 13 kilomètres du Prut qui délimite la frontière avec la Moldavie. . Un peuplement est attesté sur le site au vii e  siècle. La ville reçoit son nom allemand, Jassy, à la fin du xiv e -début du xv e  siècle, au moment où elle devient un post […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/iasi-jassy/#i_23263

ILIESCU ION (1930- )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 366 mots

Homme politique roumain, président de la République de 1990 à 1996, puis de 2000 à 2004. Ion Iliescu, né le 3 mars 1930 à Olteniţa (au sud de Bucarest), est titulaire d'un diplôme de commerce de l'Institut polytechnique de Bucarest, puis suit des études d'ingénieur à Moscou. En 1953, il entre au Parti communiste où il occupe des fonctions de plus e […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ion-iliescu/#i_23263

JEUX OLYMPIQUES - Les dissensions au sein du bloc de l'Est et les Jeux

  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
  •  • 1 790 mots
  •  • 1 média

Quand débutent les compétitions olympiques à Melbourne, la Hongrie est à feu et à sang. Le pays souhaite se libérer du joug stalinien, un vaste mouvement populaire prend forme en octobre 1956, de grandes manifestations s'organisent, les travailleurs créent des conseils ouvriers et prennent la direction des usines. Imre Nagy, entraîné par ce mouvem […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-les-dissensions-au-sein-du-bloc-de-l-est-et-les-jeux/#i_23263

MANIU IULIU (1873-1953)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 222 mots

Homme d'État roumain. Né en Transylvanie, catholique, Maniu fait ses études de droit à Cluj, à Budapest et à Vienne ; élu député en 1906, il siège au Parlement de Budapest jusqu'en 1910. Lors de l'effondrement de la monarchie des Habsbourg, il est élu chef du gouvernement provisoire transylvain à Alba-Julia. De 1919 à 1938, il siège à la Chambre de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/iuliu-maniu/#i_23263

MAUROCORDATO LES

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 248 mots

Famille de Grecs phanariotes dont les membres exercèrent d'importantes fonctions politiques à Constantinople, en Roumanie, puis en Grèce. Le fondateur de la famille Maurocordato est un marchand de Chios, Alexandre Maurocordato (1640 env.-1709). Celui-ci devient drogman en 1673 et négocie la paix de Karlowitz avec l'empereur et la Sainte Ligue (1699 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-maurocordato/#i_23263

MICHEL LE BRAVE (1557 env.-1601) prince de Valachie (1593-1601)

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER
  •  • 237 mots

Héros national roumain, il tenta le premier d'unifier les terres peuplées de Roumains (Moldavie, Valachie et Transylvanie). En 1593, le nouveau prince valaque, Michel, fait alliance avec Sigismond Bathory, prince de Transylvanie, afin de résister aux exigences financières du sultan, qui veut lui faire payer les dettes laissées par son prédécesseur. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-le-brave/#i_23263

MOLDAVIE

  • Écrit par 
  • Barbara BUCKMASTER, 
  • Keith Arnold HITCHINS, 
  • Philippe LOUBIÈRE, 
  • Yann RICHARD
  • , Universalis
  •  • 8 539 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Une indépendance par défaut »  : […] La Moldavie indépendante a été immédiatement reconnue par la Roumanie, ce qui était une façon de ne pas poser, du moins dans l'immédiat, la question de leur réunification. La République de Moldavie a donc dû trouver ses marques identitaires, non seulement vis-à-vis de la Russie, mais aussi par rapport à l'ancienne mère patrie. L'enthousiasme de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/moldavie/#i_23263

MOUVEMENT DES NATIONALITÉS DANS L'EUROPE BALKANIQUE ET DANUBIENNE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Vincent GOURDON
  •  • 486 mots

1774 Le traité de Kutchuk-Kaïnardji, qui met fin à la guerre russo-turque (1768-1774), donne aux Russes un droit de protection sur les chrétiens des Balkans. 1821 Déclenchement de la révolte anti-ottomane à partir des provinces danubiennes, à l'initiative des sociétés secrètes helléniques. 1822 Proclamation de l'indépendance de la Grèce par une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mouvement-des-nationalites-dans-l-europe-balkanique-et-danubienne-reperes-chronologiques/#i_23263

NOIRE MER

  • Écrit par 
  • Luch Mikhaylovich FOMIN, 
  • Yves GAUTIER, 
  • Vladimir Petrovich GONCHAROV, 
  • Aleksï Nilovitch KOSAREV
  •  • 3 579 mots
  •  • 2 médias

Vaste mer continentale située entre le sud-est de l'Europe et l'Asie Mineure, la mer Noire est délimitée par l'Ukraine au nord, la Russie au nord-est, la Géorgie à l'est, la Turquie au sud et la Bulgarie et la Roumanie à l'ouest. La mer Noire occupe un large bassin qui jouit d'une position stratégique à l'extrême sud-est de l'Europe (cf. carte ). E […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mer-noire/#i_23263

OLTÉNIE

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 294 mots

Partie occidentale de la Valachie roumaine, située à l'ouest de l'Olt et centrée sur le bassin hydrographique du Jiu. Cette région pauvre a vu partir bon nombre de ses habitants vers Bucarest et la Munténie voisine qu'ils ont contribué à développer. Cela explique en partie que l'Olténie demeure une région surtout rurale. La zone des collines de pi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/oltenie/#i_23263

ORIENT QUESTION D'

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 6 468 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Le traité de Paris : règlement de la Question d'Orient (1856-1862) »  : […] Les Russes ayant remporté quelques succès en Anatolie orientale et le nouveau tsar Alexandre II se montrant plus conciliant, un accord est dès lors possible : il aboutit à la signature du traité de Paris (30 mars 1856). Ce traité revêt une importance particulière dans la Question d'Orient : on a même pu croire qu'il en apportait la solution. Il com […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/question-d-orient/#i_23263

OTTOMAN EMPIRE

  • Écrit par 
  • François GEORGEON, 
  • Robert MANTRAN
  •  • 9 910 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Vers le démembrement de l'Empire  »  : […] Après une période de paix d'une dizaine d'années au cours desquelles les réformes de 1839 sont mises en application, les difficultés surgissent à propos des Lieux saints, dont la protection, alors détenue par les Russes, est réclamée par les Français au nom des capitulations. Le différend dégénère en conflit en raison des exigences russes : le sièg […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/empire-ottoman/#i_23263

OURS BRUN EN EUROPE

  • Écrit par 
  • Farid BENHAMMOU, 
  • Jean-Pierre RAFFIN
  •  • 4 567 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Des situations de conservation contrastées  »  : […] Dans les territoires où les ours ont toujours été présents, les situations sont aussi contrastées. La population d'ours espagnols située dans les monts Cantabriques, au nord du pays, donne des signes encourageants après avoir longtemps inquiété les spécialistes. En 2009, ces derniers alertaient sur la scission définitive de cette population en deu […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ours-brun-en-europe/#i_23263

PEṢTERA CU OASE SITE PRÉHISTORIQUE DE, Roumanie

  • Écrit par 
  • Oana MOLDOVAN, 
  • Hélène ROUGIER, 
  • Erik TRINKAUS
  •  • 304 mots

En 2002, la découverte d'une mandibule humaine adulte dans la grotte Peştera cu Oase (« grotte avec des os »), dans le sud-ouest de la Roumanie, a fourni des données exceptionnelles sur le peuplement de l'ouest de l'Eurasie. En effet, la morphologie clairement moderne du spécimen et sa datation au carbone 14, qui le situe entre 34 000 et 36 000 an […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/site-prehistorique-de-pestera-cu-oase-roumanie/#i_23263

PHANARIOTES

  • Écrit par 
  • Spyros ASDRACHAS
  •  • 696 mots

Couche sociale grecque qui participe, dès le xvii e  siècle, au système administratif de l'Empire ottoman. Les Phanariotes (du quartier de Constantinople Phanari) acquièrent une conscience de classe et une idéologie qui reflètent l'équilibre possible entre un despotisme éclairé et la soumission à un État de type oriental. Des familles enrichies dan […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/phanariotes/#i_23263

PLOESTI ou PLOIESTI

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 238 mots
  •  • 2 médias

Neuvième ville de Roumanie, avec 250 000 habitants en 2006 (estim.), et grand centre de la première région pétrolière du pays, située en Munténie, sur le piémont méridional de l'arc des Carpates, Ploesti fut d'abord une ville de contact entre la montagne et la plaine danubienne, jouissant d'une position privilégiée sur l'axe Brasov-Bucarest où fut […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ploesti-ploiesti/#i_23263

RAKOVSKI KHRISTIAN GUEORGUIEVITCH (1873-? 1941)

  • Écrit par 
  • Claudie WEILL
  •  • 536 mots

Bulgare de naissance, roumain de nationalité, français d'éducation, russe par ses sympathies et sa culture, Rakovski, qui s'illustra à la tête du gouvernement soviétique d'Ukraine et dans la diplomatie soviétique, était, dès avant 1914, l'une des personnalités connues du mouvement ouvrier international. C'est en tant que militant révolutionnaire bu […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/khristian-gueorguievitch-rakovski/#i_23263

ROM

  • Écrit par 
  • Marcel COURTHIADE
  •  • 6 984 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Apparition et expansion en Europe »  : […] Historiquement, une première migration de Rom couvre l'Europe dès le Moyen Âge à partir des Balkans et les migrants se fixent dès qu'ils le peuvent un peu partout, sauf en France et dans les îles Britanniques, où ils restent largement nomades. Les chroniques locales ont consigné assez fidèlement les premières apparitions de Rom en Europe et la stup […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rom/#i_23263

ROMANIE BYZANTINE

  • Écrit par 
  • Freddy THIRIET
  •  • 226 mots

Le terme de Romanie n'exprime pas une réalité géographique bien définie et se retrouve en Romagne (ancien exarchat byzantin de Ravenne), en Roumélie bulgare et, bien entendu, en Roumanie. Il est partout étroitement lié au souvenir d'une présence romaine, vivace surtout dans les couches populaires. À la fin de l'Empire, au iv e  siècle, les habitant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/romanie-byzantine/#i_23263

SARAKATSAN

  • Écrit par 
  • Emmanuel ZAKHOS-PAPAZAKHARIOU
  •  • 771 mots

Terme qui désigne les pasteurs transhumants d'origine ethnique commune de la péninsule balkanique tout entière ; il est employé de préférence aux noms de Vlakh, Valaque, ou Koutso-Valaque (semi-Valaque), qui ont introduit une confusion entre ces pasteurs transhumants et les habitants de l'ancienne principauté de Valachie. Le terme Sarakatsan (Karak […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sarakatsan/#i_23263

SOCIALISME - Histoire des mouvements socialistes (1870-1914)

  • Écrit par 
  • Daniel LIGOU
  •  • 8 056 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Balkans »  : […] Dans les Balkans, le socialisme est apparu dès 1870, en relation avec le populisme russe. Le Parti social-démocrate bulgare se constitue en 1891, le parti serbe en 1903. Animé par G. Rakovski (bien qu'il fût bulgare d'origine), le parti roumain a connu une certaine vitalité entre 1890 et 1900 ; il devint clandestin pendant quelques années et reprit […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-des-mouvements-socialistes-socialisme/#i_23263

SOCIALISTES ART DANS LES PAYS

  • Écrit par 
  • Robert ABIRACHED, 
  • Louis MARCORELLES, 
  • Jean-Jacques NATTIEZ
  •  • 12 580 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Données numériques »  : […] S'il existait une constante qu'on pût relever dans tous les pays socialistes européens sans exception, c'était bien un développement quantitatif du théâtre considérable, qu'il s'agît du nombre des salles et des troupes ou de la fréquentation du public. Quelques chiffres permettent de saisir l'importance de cette expansion. En U.R.S.S., d'abord, il […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/art-dans-les-pays-socialistes/#i_23263

TIMIṢOARA

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 487 mots

Ville de l'ouest de la Roumanie, située sur le canal de la Bega, Timişoara (en hongrois Temesvár) est le chef-lieu du district ( judet ) du Timiş, dans la région du Banat. Les vestiges archéologiques découverts dans les alentours témoignent des origines néolithiques du site, ainsi que d'une présence romaine. Attestée pour la première fois en 1212 s […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/timisoara/#i_23263

TRANSYLVANIE

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 619 mots

Occupant le centre du pays, à l'intérieur de l'arc carpatique, la Transylvanie (63 000 km 2 ) fut pourtant la région la plus tardivement rattachée au royaume de Roumanie (1918) ; très marquée par les influences occidentales, elle conserve un profil socio-économique plus complexe que celui des autres régions roumaines. Vaste cuvette d'effondrement t […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/transylvanie/#i_23263

UNION EUROPÉENNE : ÉLARGISSEMENT VERS L'EST - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Edith LHOMEL
  •  • 696 mots

11-12 décembre 1992 Le Conseil européen d'Édimbourg annonce que des décisions vont être prises « afin de préparer les pays associés à l'adhésion à l'Union ». 22-23 juin 1993 Le Conseil européen de Copenhague précise que les pays associés devront remplir trois critères s'ils désirent devenir membres de l'UE : présenter les caractéristiques d'une éco […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/union-europeenne-reperes-chronologiques/#i_23263

VALACHIE

  • Écrit par 
  • Violette REY
  •  • 495 mots

Région très étendue située au pied des Alpes de Transylvanie, la Valachie (75 000 km 2 ) constituait historiquement l'une des deux principautés roumaines, l'autre étant la Moldavie. Foyer de peuplement purement roumain, elle reste soumise à l'autorité turque jusqu'au milieu du xix e  siècle ; en 1869, sa capitale Bucarest passant au rang de capital […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/valachie/#i_23263

VARSOVIE (PACTE DE)

  • Écrit par 
  • Mario BETTATI, 
  • Universalis
  •  • 5 953 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Intégration militaire de l'Europe de l'Est »  : […] Le pacte de Varsovie groupait à l'origine huit démocraties populaires : l'U.R.S.S., la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la République démocratique allemande et l'Albanie. Cette composition est moins large que celle du Conseil de l'aide économique mutuelle (C.A.E.M., ou Comecon) auquel participent également la M […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/varsovie-pacte-de/#i_23263

MICHEL Ier (1921-2017) roi de Roumanie (1927-1930 et 1940-1947)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 315 mots

Roi de Roumanie (1927-1930 et 1940-1947). Né le 25 octobre 1921 à Sinaia (Roumanie), dans le château royal, Michel est le fils du prince héritier de Roumanie Carol et de la princesse Hélène de Grèce. En janvier 1926, son père, le futur roi Carol II, est formellement exclu de la succession royale et Michel I er est proclamé roi de Roumanie, sous l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-ier/#i_23263

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Pour citer l’article

Valentin VIVIER, Philippe LOUBIÈRE, Edith LHOMEL, Gustav INEICHEN, Mihai BERZA, Catherine DURANDIN, Alain GUILLERMOU, Robert PHILIPPOT, « ROUMANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/roumanie/