SLAVES

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Les peuples slaves, dont le nom n'est mentionné pour la première fois qu'en 500 après J.-C., ont constitué au cours du Moyen Âge de puissants États tels la principauté de Grande-Moravie, la Russie kiévienne, le royaume de Pologne, le grand-duché de Lituanie, le royaume de Serbie.

Membres de la grande famille indoeuropéenne, ils sont apparus tardivement sur la scène de l'histoire et tout en eux est obscur : leur origine primitive, leur premier habitat et jusqu'à leur nom, en dépit des multiples hypothèses échafaudées par les ethnologues, les historiens et les philologues. Il faut voir la cause de cette relative ignorance dans la nature des informations dont nous disposons : le petit nombre des sources anciennes, grecques et latines, en regard d'une documentation postérieure (à partir du vie siècle et surtout des xe et xie siècles) plus abondante ; la prédominance des données archéologiques sur les sources écrites pour la période antérieure au ixe siècle.

Slaves, VIe-Xe siècle

Dessin : Slaves, VIe-Xe siècle

L'implantation initiale des peuples slaves et l'expansion entre le VIe et le Xe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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On peut cependant admettre comme vraisemblable que les Slaves existaient antérieurement au vie siècle, mais sous d'autres noms, et qu'ils se sont trouvés englobés dans les grandes confédérations de peuples à caractère militaire qui se sont formées déjà dans l'Antiquité et durant le haut Moyen Âge, dans le sud-est et le centre de l'Europe. Pour de nombreux historiens, les Slaves auraient été plus ou moins enrôlés par les Scythes et les Sarmates d'origine iranienne entre le ve siècle avant J.-C. et le ier siècle après J.-C., par les Huns et les Alains du ive siècle au milieu du ve siècle, par les Goths dans la seconde moitié du ve siècle et par les Avars aux vie et viie siècles.

Tantôt entraînés par les migrations de ces peuples, mêlés à eux de bon ou de mauvais gré, tantôt pénétrant à leur suite dans les territoires qu'ils abandonnaient, les Slaves se sont ainsi avancés vers l'ouest jusqu'à l'Elbe, qu'ils traversèrent, et au sud en direction du Danube, qu'ils commencèrent à franchir aux vie et viie siècles. Après une période d'incursions et d'attaques dans les Balkans, les Slaves, à l'exception des tribus méridionales mêlées aux Bulgares et des Russes, sans doute encadrés par les Varègues, ne semblent pas avoir tenté d'anéantir Byzance ; ils réclamèrent plutôt l'autorisation de pénétrer pacifiquement à l'intérieur de l'Empire et de s'y installer, formant dans les Balkans dévastés et dépeuplés par les précédentes invasions de nombreuses et importantes colonies ou « sclavenies ».

Si les causes profondes de ces déplacements ne sont point connues, on tente du moins de trouver une explication à ce mouvement général des peuples se propageant de proche en proche avec de longues périodes de répit. Dans ce mouvement que l'on attribuait autrefois à la pression lointaine des Mongols, on voit maintenant soit la conséquence de quelque grand cataclysme physique (ennoyage des rivages de la Baltique, assèchement des steppes d'Asie centrale transformant de vastes pâtures en déserts), soit plus simplement le résultat d'un accroissement démographique notable, les peuples étant dans l'un et l'autre cas contraints de rechercher des lieux de subsistance.

Les Slaves, généralement pacifiques, formaient de multiples petites tribus réparties sur un territoire allant de l'Elbe à la Volga, de la Baltique à la Méditerranée, à la mer Noire et au Caucase. Au ixe siècle, si certains d'entre eux se trouvaient encore sous la domination de peuples non slaves – Khazars, Bulgares, Francs – d'autres commençaient à se regrouper pour s'organiser en État ; enfin des scissions s'étaient déjà produites au sein du monde slave entre tribus occidentales, méridionales et orientales, consécutives à l'écartèlement géographique et surtout à la poussée d'autres peuples, même si ces scissions ne faisaient qu'accentuer les caractères particuliers et originaux des tribus.

Au xe siècle, le domaine slave avait atteint son extension maximale ; il se trouvait pourtant menacé, au nord et à l'ouest par les Germains, au sud-est par les hordes nomades d'Asie.

Les Francs avaient, en effet, d'abord arrêté les Slaves sur l'Elbe ; quelques décennies plus tard, les Saxons commencèrent à les refouler, amorçant cette lutte plusieurs fois séculaire des Slaves et des Germains, qui atteignit l'un de ses points culminants avec l'intervention des ordres militaires allemands, chevaliers Teutoniques et Porte-Glaives, aux xiie et xiiie siècles. Au sud-est, suivant le chemin des Huns, des Avars, des Bulgares, les Magyars pénétraient jusqu'à la Tisza (fin du ixe siècle apr. J.-C.) et lançaient des raids vers les Balkans, l'Italie, l'Allemagne, séparant définitivement Slaves de l'Est, Slaves de l'Ouest et Slaves du Sud ; puis surgirent les Petchenègues (xe siècle), les Torques et Polovtses (xie siècle), qui ne pénétrèrent guère au-delà du Dniestr (Dnestr) et, au xiiie siècle, les Tatares dont une coalition de Slaves occidentaux, de Hongrois (les ex-Magyars) et d'Allemands arrêta la progression vers l'ouest.

Entre-temps, l'évangélisation des Slaves avait commencé à l'ouest, au sud et probablement à l'est dès la première moitié du ixe siècle, peut-être avant, en même temps que se formaient les premiers États remplaçant les communautés tribales. Leur conversion au christianisme, achevée pratiquement à la fin du xe siècle, sauf pour quelques tribus slaves de la Baltique et d'entre Elbe et Saale, devait accentuer leurs divisions internes, les Slaves de l'Ouest reconnaissant la primauté de Rome, ceux de l'Est et la majorité de ceux du Sud (à l'exception des Croates, des Slovènes et des Dalmates) s'en référant au contraire à Byzance. Ainsi la dispersion géographique, la diversité des influences subies, les regroupements politiques sous tel ou tel chef, la différence religieuse s'ajoutant aux particularités originelles des communautés, contribuèrent, avec le temps, à la formation des principaux États slaves, préfiguration des États modernes ayant chacun sa personnalité propre s'affirmant sur un fonds commun.

S'il est difficile de détecter l'apport exact des Slaves à la civilisation de l'Europe, il faut d'abord se rappeler qu'ils ont surtout servi de bouclier préservant l'Europe des incursions nomades venues d'Asie et de la conquête : que ce soient les Russes des Rurikides de Kiev ou les Daniloviči moscovites brisant l'élan, puis arrêtant et r [...]

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Slaves, VIe-Xe siècle

Slaves, VIe-Xe siècle
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Biskupin (Posnanie) en 700-400 av. J.-C;

Biskupin (Posnanie) en 700-400 av. J.-C;
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Langue polonaise : les phonèmes consonantiques

Langue polonaise : les phonèmes consonantiques
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Systèmes consonantiques du russe et du slovène

Systèmes consonantiques du russe et du slovène
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  • : maître assistant à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
  • : professeur de langue et littérature slaves à l'université de Provence
  • : chargé de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Denise EECKAUTE, Paul GARDE, Michel KAZANSKI, « SLAVES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/slaves/