JEUX OLYMPIQUES

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Le CIO, une organisation à l'échelle mondiale

Bien peu, lors de la prise de fonctions de l'Espagnol Juan Antonio Samaranch, qui succédait en juillet 1980 en tant que président du CIO à l'Irlandais Michael Killanin, titulaire du poste depuis 1972, pensaient que les jeux Olympiques avaient encore un avenir. D'autant que le premier choc de Moscou, en 1980, fut suivi d'un second cataclysme avec l'absence d'une grande partie des pays de l'Est aux Jeux de Los Angeles en 1984. Une sorte de réponse du berger à la bergère. Pourtant, ce sont ces Jeux qui marquèrent le renouveau du CIO en métamorphosant son image de petit club fermé en celle d'une organisation de dimension internationale. Lorsque le Belge Jacques Rogge succède à Juan Antonio Samaranch, le 16 juillet 2001, le CIO est devenu une entreprise gérée comme une multinationale et un pôle d'influence diplomatique et financier incontournable, ce qui est toujours vrai lorsque l’Allemand Thomas Bach prend la suite de Jacques Rogge, le 17 septembre 2013.

Naguère encore, le Comité international olympique s'appuyait sur quelques bonnes volontés. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ayant quitté les hauteurs de Lausanne pour les bords du lac et le château de Vidy, avec une extension en 1986, le CIO est passé par deux phases qui stimulèrent son développement. La première fut marquée par la Française Monique Berlioux, ancienne championne de natation, qui donna à l'institution des structures mieux adaptées. Cette femme énergique, entrée au service du CIO en 1967, a réorganisé complètement le travail d'un effectif permanent, de manière à répondre à l'évolution constante du phénomène olympique. C'est en 1985, lors de la quatre-vingt-dixième session, à Berlin-Est, que Monique Berlioux, en désaccord avec Juan Antonio Samaranch, passa la main au profit d'un Suisse, Me François Carrard. En 2003, son compatriote Urs Lacotte lui succéda en tant que directeur général du CIO. L'administration du CIO est placée sous la responsabilité de ce dernier, qui, sous l'autorité du président Rogge, en assure le fonctionnement avec l'assistance d'un secrétaire général. Elle repose sur un personnel réparti entre le siège, les bureaux de la solidarité olympique – qui aide les deux cent cinq comités olympiques nationaux reconnus –, et le musée Olympique, inauguré à Lausanne le 23 juin 1993.

Un second événement est venu modifier de fond en comble la situation matérielle du CIO. À partir des Jeux de Rome (1960), les droits de retransmission télévisée ont pris une importance considérable, qui a encore augmenté avec les Jeux de Munich (1972). La seule exclusivité américaine avait coûté à la chaîne ABC 14 millions de dollars. Les chiffres se sont ensuite envolés, à partir des années 1980 (88 millions de dollars pour les Jeux de Moscou en 1980, 287 millions de dollars pour les Jeux de Los Angeles en 1984). En 2000, à Sydney, le montant des droits de retransmission télévisée a dépassé le milliard de dollars (1,332 milliard), et il a atteint 2,24 milliards de dollars pour les Jeux d'été de Londres en 2012. Les Jeux d’hiver ne sont pas en reste : alors que les droits se montaient à 21 millions de dollars pour les Jeux de Lake Placid en 1980, ils dépassaient 1 milliard de dollars pour les Jeux de Sotchi en 2014. Néanmoins, cette manne financière ne va pas sans poser problème : ainsi, pour les Jeux de Pékin, la chaîne américaine NBC a fait pression pour que les finales des compétitions de natation se déroulent le matin afin que, avec le décalage horaire, les Américains puissent les suivre le soir en prime time. Au mépris de toute considération sportive, les organisateurs ont répondu favorablement à cette exigence.

Le « marketing » olympique a fait le reste. Il englobe les droits de télévision, le parrainage, les monnaies, les licences et les revenus provenant de la vente des billets, produisant un montant de 8,046 milliards de dollars pour la période 2009-2012.

Le CIO, en tant que « propriétaire » des jeux Olympiques, est responsable de la direction et de la gestion générale des programmes de marketing olympique. Des revenus obtenus, il ne retient qu'une fraction limitée à 8 p. 100 du total. Le solde est distribué aux comités d'organisations des jeux Olympiques (COJO), aux comités nationaux olympiques (CNO), dont une partie destinée à la solidarité olympique, et aux fédérations internationales des sports représentés aux Jeux et à diverses organisations dont le Comité international paralympique et l'Agence mondiale antidopage.

En outre, malgré sa bonne santé financière, le CIO a décidé de redonner de l'importance aux Jeux d'hiver et d'été qui étaient organisés tous les quatre ans la même année : les Jeux d'hiver ont été décalés. Barcelone et Albertville, en 1992, auront été les derniers jeux Olympiques à se dérouler la même année. Désormais, les Jeux sont tous les deux ans sous les feux de l'actualité. Lillehammer (1994), avec son rendez-vous hivernal, a ouvert le bal, Atlanta (1996) et les Jeux d'été ont pris la relève.

La richesse du CIO a changé son image en lui permettant de retrouver une indépendance financière qu'il était sur le point de perdre au début des années 1980. L'attentat contre les athlètes israéliens à Munich en 1972, le déficit record de Montréal en 1976, les problèmes politiques de 1980 et de 1984 avaient presque eu raison de son existence. Tout changea le 17 septembre 1981 lorsque, par arrêté du Conseil fédéral suisse, le CIO fut reconnu organisation internationale non gouvernementale à but non lucratif, dotée de la personnalité juridique.

Cette richesse a rendu le CIO plus professionnel. Dès lors, il devenait impossible de maintenir plus longtemps l'article 26 de la Charte olympique ouvrant les Jeux aux amateurs purs et durs. Plus question de confrontations entre les « amateurs » d'État de l'Est et les universitaires de l'Ouest. Aujourd'hui, le terme « amateur » a disparu des textes du CIO, et les meilleurs s'affrontent pour remporter les médailles. Certains footballeurs professionnels firent leur apparition en 1984, les tennismen officiellement en 1988, les basketteurs de la NBA en 1992, les cyclistes du Tour de France en 1996 à Atlanta, et les hockeyeurs de la NHL à Nagano en 1998.

La politique a également changé la face du sport et du CIO en général. La détente Est-Ouest, le retour de la Chine dans le giron olympique en 1979, la disparition de la RDA autrefois triomphante, la naissance des nouvelles républiques d'Europe de l'Est, la réintégration en 1992 de l'Afrique du Sud, exclue pendant des lustres en raison de sa politique d'apartheid, ont redonné aux Jeux une dimension planétaire. Presque tout le monde a aujourd'hui compris que le boycottage ne punissait que les athlètes des pays qui voulaient se mettre en marge.

La télévision a amplifié le spectacle et souligné l'importance sans cesse grandissante du sport dans la vie des [...]

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Jeux Olympiques : drapeau

Jeux Olympiques : drapeau
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Rio de Janeiro élue ville olympique 2016

Rio de Janeiro élue ville olympique 2016
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Stade Panathénaïque, Athènes

Stade Panathénaïque, Athènes
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Jean Boiteux

Jean Boiteux
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  • : écrivain, directeur du Musée du sport français, membre de l'Académie internationale olympique
  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs
  • : responsable de la banque de données du journal L'Équipe et des relations avec le Comité international olympique

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Pour citer l’article

Jean DURRY, Pierre LAGRUE, Alain LUNZENFICHTER, « JEUX OLYMPIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques/