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JEUX OLYMPIQUES Les athlètes sans couronne

Le 18 octobre 1964, un dimanche pluvieux sur le Japon, devait être le jour de gloire de Michel Jazy. Vice-champion olympique du 1 500 mètres en 1960 à Rome, champion d'Europe en 1962, toujours sur 1 500 mètres, le populaire athlète français a choisi de s'aligner dans le 5 000 mètres aux jeux Olympiques de T̄okȳo. Bien qu'il s'en défende, peut-être a-t-il pris cette option pour éviter d'affronter le Néo-Zélandais Peter Snell. Sans doute pense-t-il que le 5 000 mètres est plus propice à ses qualités : contrairement au recordman du monde de la distance, l'Australien Ron Clarke, il possède un bon finish ; or Clarke paraît le plus redoutable de ses rivaux. Durant la course, Ron Clarke applique la seule tactique qui puisse le conduire sur le podium, c'est-à-dire tenter de lâcher ses adversaires au train : il accélère donc à mi-course ; Michel Jazy se cale immédiatement dans sa foulée, mais il refuse de relayer l'Australien. En effet, Jazy a toujours construit ses victoires sur 5 000 mètres en attendant le dernier tour pour porter son attaque en s'appuyant sur sa pointe de vitesse ; à l'occasion de la course la plus importante de sa carrière, il ne voit donc aucune raison de déroger à une stratégie élaborée depuis de longs mois et qui a fait ses preuves. De fait, à 300 mètres du but, Jazy attaque et creuse rapidement l'écart ; à 150 mètres de la ligne, il semble avoir course gagnée, quand, soudainement, sa foulée aérienne se fait lourde, le champion magnifique se mue en coureur besogneux ; l'Américain « Bob » Schul le dépasse sur la droite : « sa » médaille d'or s'envole ; l'Allemand Harald Norpoth puis Bill Dellinger, lui aussi américain, le débordent. Jazy se classe quatrième de cette course de dupes. Michel Jazy fut sans doute le meilleur coureur de demi-fond français de l'après-guerre et l'un des plus brillants de son temps ; il a établi neuf records du monde et une vingtaine de records d'Europe, mais il ne fut jamais champion olympique...

Comme Jazy, de multiples athlètes ont marqué durablement leur discipline sans parvenir à décrocher le graal : l'or olympique. Défaillance le jour J, tract paralysant, méforme inexplicable, erreur stratégique, malchance, blessure, émergence d'un adversaire inconnu ou d'un dopé, absence pour cause de boycottage, parfois même partialité des juges : la cause s'avère à chaque fois différente. Néanmoins, les déçus des Jeux méritent qu'on s'intéresse à eux, car ils ont écrit à leur corps défendant quelques-unes des plus belles pages de l'olympisme. Cette évocation se limite à l'athlétisme, la discipline phare des Jeux, car les « glorieux vaincus » sont plus rares dans les autres sports, souvent en raison de la multiplicité des épreuves auxquelles un sportif ou une sportive peut prendre part (natation, gymnastique...).

Concernant le sprint masculin, le premier athlète malchanceux se nomme sans doute Howard Drew : cet Américain est, au début des années 1910, le premier sprinter noir de classe mondiale et il semble le favori pour le titre aux Jeux de Stockholm en 1912 ; or, blessé, il ne se présente pas au départ de la finale. Ce forfait fera l'objet de nombreuses supputations : il s'est dit que, dans le contexte racial de l'époque, certains dirigeants américains voyaient d'un mauvais œil la victoire d'un Noir aux jeux Olympiques et l'auraient contraint à déclarer forfait ; on sait désormais que ce n'est pas le cas et que Drew était réellement blessé. Plus tard, Ralph Metcalfe, américain lui aussi, joue de malchance : en 1932, aux Jeux de Los Angeles, il est classé deuxième du 100 mètres après l'examen de la photo-finish ; or les normes modernes d'analyse de ce document lui auraient valu la victoire[...]

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Écrit par

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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