JEUX OLYMPIQUESLa Dream Team, symbole des Jeux professionnels

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Le 16 juillet 1980, Juan Antonio Samaranch accédait à la présidence du C.I.O. Parmi les multiples réformes que le Catalan mit en œuvre, l'une des plus spectaculaires fut d'ouvrir les Jeux aux sportifs professionnels. Dès 1981, lors du congrès de Baden-Baden, il se prononce pour la suppression du mot « amateurisme » de la Charte olympique, proposition qui est adoptée par quatre-vingts voix contre deux. L'élitisme coubertinien, reposant sur le statut « amateur » des sportifs autorisés à participer aux Jeux, avait vécu. Certes, depuis longtemps déjà, la duperie ne trompait plus grand monde : les sportifs d'Europe de l'Est (fonctionnaires et militaires) comme des États-Unis (étudiants recrutés pour leurs qualités athlétiques et non pour leurs seules capacités intellectuelles), qui pouvaient s'entraîner à plein temps, faisaient de bien curieux « amateurs ». Néanmoins, l'entrée de champions officiellement « professionnels », c'est-à-dire rétribués pour leur seule activité sportive, constitue une révolution pour l'olympisme. Cependant, l'arrivée des professionnels aux Jeux se fait de manière progressive. En 1984, les footballeurs professionnels peuvent participer au tournoi olympique, mais avec une restriction de taille : ils ne doivent jamais avoir pris part à la Coupe du monde. En 1988, tennismen et tenniswomen disputent les tournois olympiques à Séoul ; néanmoins, très peu d'entre eux font des Jeux un objectif majeur de leur saison.

Tout change réellement en 1992, avec l'arrivée des basketteurs multimillionnaires de la National Basketball Association (N.B.A.) aux Jeux. Leur présence à Barcelone fut âprement négociée : la Fédération internationale de basket-ball, après un refus en 1986, accepta, en 1989, par cinquante-six voix contre treize (dont celle de la Fédération américaine « amateur »), que les professionnels de la N.B.A. participent aux Jeux. Dès lors, la N.B.A. met en œuvre une gigantesque entreprise de séduction. En effet, la N.B.A., après avoir surmonté une crise de popularité au début des années 1980, a connu par la suite un nouvel essor grâce au basket-spectacle proposé par une génération de champions hors norme, et elle se trouve en pleine expansion. Elle va dès lors parfaitement saisir cette occasion unique d'assurer sa promotion dans le monde entier, afin de conquérir de nouveaux marchés. L'opération s'avère néanmoins délicate, car il faut vaincre de multiples réticences, dont, paradoxalement, celles de certains dirigeants de la N.B.A. qui craignent que la concurrence olympique nuise aux retransmissions télévisées et à la quête facile de nouveaux sponsors. Chuck Daly, l'entraîneur des Detroit Pistons, est désigné coach de l'équipe ; intelligemment, parmi ses adjoints, on nomme Mike Krzyzewski, le célèbre entraîneur de l'université de Duke – jusque-là, l'équipe olympique américaine se composait uniquement de joueurs universitaires –, ce qui permet de préserver un lien ténu avec la tradition. Reste le plus dur : persuader les stars de la N.B.A., aux ego surdimensionnés et qui sont rivaux toute l'année, de participer à cette aventure inédite et de se fondre au sein d'une même équipe. Trois hommes tiennent un rôle clé dans l'opération : Michael Jordan, pourtant fatigué, accepte de rejoindre la sélection ; « Magic » Johnson, qui a appris sa séropositivité en octobre 1991 et a, de ce fait, mis un terme à sa carrière, décide de sortir de sa retraite sportive pour intégrer l'équipe américaine ; Larry Bird, triple champion N.B.A., en fin de carrière, se dit motivé par l'enjeu olympique. Dès lors, tout est en place : Charles Barkley, sorte de « bulldozer » au crâne rasé, Clyde Drexler, arrière au dunk redoutable, Patrick Ewing, qui réalise à merveille le bras roulé gauche, Karl Malone, ailier spécialiste des contre-attaques, le sobre et efficace Chris Mullin, Scottie Pippen, acolyte de Jordan aux Chicago Bulls, David Robinson, pivot de 2,15 mètres habile au dribble, John Stockton, incomparable meneur de jeu, et Christian Laettner, le seul joueur universitaire sélectionné, ne peuvent que rejoindre avec enthousiasme les trois icônes de la N.B.A. – d'autant que l'« honneur » du basket-ball américain se doit d'être lavé, car les États-Unis avaie [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - La Dream Team, symbole des Jeux professionnels », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-la-dream-team-symbole-des-jeux-professionnels/