PARIS

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France : carte administrative

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Les ponts de Paris

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Notre-Dame de Paris

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Paris, les anciennes enceintes

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Un certain nombre de villes du monde ont donné naissance à des mythes ; quelques-uns ont acquis une portée universelle, en se détachant des caractères fondamentaux du pays lui-même pour exalter la Ville en tant qu'individu. Il en est ainsi de Rome et de Paris. On a maintes fois signalé cette sorte de familiarité amoureuse, avec ses éclats de haine ou d'adoration, que Paris a toujours suscitée, dans le monde entier, chez les poètes ou les chansonniers notamment, familiarité manifestée par l'usage de « petits noms » : Paname, Pantruche. C'est là un phénomène probablement unique à ce degré et qui révèle tout d'abord un premier caractère de la ville, celui de métropole internationale, aux « spécialités » contradictoires : capitale du luxe et de la mode, foyer littéraire et artistique, Babylone de luxure et mère patrie des révolutions.

France : carte administrative

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Carte administrative de la France métropolitaine. 

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À l'échelon national, Paris exerce son rôle de capitale depuis treize siècles (si l'on fait abstraction de deux siècles carolingiens) ; c'est un rare privilège, c'est aussi une charge d'où proviennent les difficultés que Paris éprouve à s'adapter au monde moderne et à la poussée désordonnée de la civilisation urbaine.

Les ponts de Paris

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La Seine et ses nombreux ponts, à Paris. 

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On a souvent énuméré ses attributs de capitale nationale. Ils découlent des fonctions qui ont fait sa fortune et qui sont issues d'une position géographique et d'un site privilégiés. Le passage de la grande Seine alluviale du début du Quaternaire à travers les gués et les îlots, dans l'axe même des cols de la France du Nord vers celle du Midi, l'axe routier romain emprunté ensuite par le christianisme localisent peu à peu et animent les trois secteurs topographiques séparés par la rivière : l'île de la Cité, siège de l'autorité politique et religieuse ; la rive gauche, centre intellectuel ; la rive droite, vouée à l'activité économique. Telle est l'origine de ces fonctions : capitale politique et quasi religieuse, capitale intellectuelle et artistique, capitale économique. Paris est connu pour être en France le premier centre industriel, la première place de commerce, la première place bancaire et le premier centre de gestion des affaires, le cœur du réseau routier et ferroviaire, le premier port fluvial, la plaque tournante du réseau aérien ; autant de qualifications qui pèsent lourdement sur l'activité des départements français en établissant l'autorité, si souvent dénoncée, du « Parisien ».

Le site seul n'a pourtant pas créé la ville. C'est le choix des césars romains, Julien l'Apostat et Valentinien, puis celui de Clovis, enfin celui de Hugues Capet, qui a ainsi imposé à la France l'ancienne bourgade gauloise, choix heureux sur bien des points (relief, fleuve, approvisionnement) sauf sur un seul : l'ouverture vers la trop proche frontière de l'est, chemin millénaire des invasions. La ville est ainsi « fille de la Seine et du roi » ; dans son intimité avec le souverain, trop étroite pour qu'elle ne soit pas à la fois choyée et malmenée, elle cherchera son indépendance en constituant une force politique et intellectuelle qui brisera à maintes reprises ses liens de filiation avec la monarchie et avec l'État : 1358, 1382, 1588, 1648, 1789, 1830, 1848, 1870, en prenant finalement l'habitude d'écrire elle-même l'histoire de France.

Sur le plan topographique, la croissance urbaine s'est faite avec une certaine régularité, à partir de l'île mère. En commençant par les environs immédiats des grands axes (rues Saint-Denis et Saint-Martin, Saint-Jacques, Saint-Honoré et Saint-Antoine), la ville s'est étendue peu à peu, comblant les vides et englobant les anciens « bourgs » fixés généralement autour des abbayes. Cette croissance radiante est matérialisée par les anneaux concentriques des enceintes successives. Favorisée par sa forme en croissant et ses ports naturels, la rive droite l'emporte cependant en extension dès le Moyen Âge ; elle connaîtra, du milieu du xive au milieu du xvie siècle, deux cents ans de développement vers l'est, suivis d'une extension rapide vers l'ouest, dont les effets sont toujours perceptibles, tels l'essor du secteur de bureaux de « la Défense » à Puteaux et la difficulté corollaire d'implanter administrations et sièges sociaux à l'est.

Cette compétition de l'orient et de l'occident parisiens se situe encore partiellement à l'intérieur du Paris des vingt arrondissements (limites administratives fixées par la loi de 1859) dont la population tend à diminuer, mais elle affecte surtout la très vaste agglomération parisienne. Elle est une des toutes premières agglomérations du monde, d'une importance disproportionnée par rapport à la surface et à la population de la France, puisqu'un Français sur six se trouve ainsi catalogué comme « Parisien ». Dans ces conditions, les problèmes de l'urbanisation se posent d'une façon aiguë : immigration, construction de logements et d'équipements sociaux, trajets de la population entre les « cités dortoirs » et le lieu de travail, équilibre humain entre bureaux et logements, quartiers populaires et résidentiels, habitat ancien et moderne, régulation d'une circulation automobile et d'un stationnement sans cesse plus pléthoriques, approvisionnement en eau et vivres, espaces verts, sauvegarde du patrimoine architectural et de son environnement, statut politique et rapports avec l'État. Une opération chirurgicale comme le transfert et le remplacement des Halles centrales, que l'on a mis si longtemps à reconnaître comme indispensable après l'erreur de Napoléon III et d'Haussmann, a révélé l'étroite imbrication de tous ces problèmes, aucun d'entre eux ne pouvant être résolu d'une façon indépendante. Cette complexité est inhérente à l'essence même de la ville.

—  Jean-Pierre BABELON

Naissance d'une capitale

Le site de Paris, hémicycle de plaine alluviale formé dès le Pléistocène, a été définitivement modelé, depuis le Paléolithique jusqu'au Néolithique inclus, par le déplacement du cours de la Seine, du pied des collines du nord et de l'ouest à son emplacement actuel. L'île principale, formant un réduit défensif naturel, était en même temps un point de passage favorable du fleuve séparant les deux moitiés de la Gaule : au promontoire de la montagne Sainte-Geneviève, au sud, correspondaient, sur la rive gauche, des buttes insubmersibles qui conduisaient, au nord, au « col » de la Chapelle. La Seine et ses affluents constituaient des voies de communication incomparables. Enfin, le sol fournissait en abondance les matériaux de construction.

De la préhistoire à la conquête romaine

Ces conditions favorables ont été anciennement mises à profit par l'homme. L'habitat est attesté dès le Paléolithique inférieur et moyen, puis, après une interruption, au Néolithique où le site apparaît comme un lieu d'échanges. À la fin de cette époque s'implante la culture chalcolithique de Seine-Oise-Marne, caractérisée par les allées couvertes d'Argenteuil, de Meudon, de Conflans-Sainte-Honorine. L'âge du bronze a livré, outre des cachettes de fondeur (dont celle de Thiais, très remarquable), quantité de pièces trouvées dans des dragages, qui témoignent d'« une fréquentation durable et probablement ininterrompue » (P.-M. Duval) du site parisien, souvent dans des lieux habités dès le Néolithique, et des influences étrangères souvent lointaines. On possède peu de documents du premier âge du fer, sans doute en raison d'une modification du climat. Le deuxième âge du fer marque une rupture qui doit être attribuée à l'irruption de masses celtes venues d'outre-Rhin. Les Parisii (le nom se retrouve en Grande-Bretagne chez un autre peuple qui a sans doute une origine commune) semblent s'être fixés au milieu du iiie siècle avant J.-C. Leur nom est d'origine celte, alors que celui de Lutèce (Lucoticia) peut avoir préexisté à leur venue. La prospérité des Parisii et leur autonomie à l'égard de leurs puissants voisins, les Sénons, avec lesquels ils furent un instant unis à la fin du iie siècle ou au début du ier siècle, sont attestées par un monnayage d'or d'une qualité et d'une originalité exceptionnelles.

Ils ne jouent de rôle dans la guerre des Gaules qu'à partir de 53 avant J.-C., année où César tint une assemblée à Lutèce. En 52, ils se soulèvent à l'appel de Vercingétorix, brûlent leur ville et leurs ponts à l'approche de Labienus qui écrase leur chef Camulogène – ce qui atteste l'importance stratégique du site.

Le Haut-Empire

Les conquérants donneront à l'extension de la ville une orientation qui la marquera pendant près d'un millénaire. Pour des raisons de commodité (la rive droite est, en partie, inondable, en particulier là où coulait l'ancien bras du fleuve) et conformément à leurs habitudes, ils bâtissent une ville à la romaine sur la rive sud (gauche) et l'étendent progressivement vers le fleuve en descendant la colline.

Un vaste forum s'élève sur la hauteur (comprenant un temple, une place et une basilique), reconstruit au début du iie siècle sur un forum plus ancien. Près de lui, au sud-ouest, de petits thermes (ier s. et déb. du iie s.) et, à l'ouest, à l'emplacement du Luxembourg, le « beau quartier » de Lutèce. Beaucoup plus bas sont édifiés les grands thermes du nord (ceux de Cluny, datant de la fin du iie siècle ou du début du iiie siècle de notre ère, subsistent encore en partie), ceux de l'est (un peu antérieurs) et, à l'ouest, le petit théâtre (iiie s. ?). Cet alignement est-ouest marque l'extension maximale de la ville gallo-romaine vers le fleuve. Un aqueduc long de 15 kilomètres (dit d'Arcueil) alimentait ces édifices d'une eau venue du sud. L'amphithéâtre (arènes de Lutèce, ier s.) y était tout à fait excentrique. L'existence d'un cirque (emplacement de l'ancienne Halle aux vins) reste tout à fait hypothétique. Le cimetière (vers le Val-de-Grâce) marquait la limite méridionale de la ville ; il était placé en bordure du grand axe de la ville, le cardo, venant de la direction d'Orléans et suivant le trajet de la rue Saint-Jacques, traversant l'île et conduisant vers le nord (actuelle rue Saint-Martin) à travers la plaine de la rive droite jusqu'au col de la Chapelle. Des decumani lui étaient perpendiculaires sur la rive gauche. Sur la rive droite, une voie s'en allait vers Melun, à l'est. L'existence à l'époque gallo-romaine d'une voie parallèle, à l'ouest, au cardo (rue Saint-Denis) n'est pas assurée.

De l'état de l'île, on ne sait rien d'absolument certain. On peut conjecturer vraisemblablement que le siège de l'administration devait se trouver dans la Cité, là où fut le premier palais royal. L'existence d'un lieu de culte dans l'île est aussi vraisemblable, mais aucune découverte ne l'a confirmée. La rive droite, marécageuse, ne paraît pas avoir été habitée, quoique le port ait dû se trouver vers l'ancienne place de Grève (actuelle place de l'Hôtel-de-Ville) ou à l'École (extrémité nord du Pont-Neuf). Tout au loin, hors de la ville, sur le mons Mercurii (Montmartre), s'élevaient un sanctuaire et des édifices, près d'une petite nécropole.

Bien reliée par un réseau de routes conduisant au nord à Senlis, puis à Soissons et à Reims, à l'ouest à Rouen par Pontoise, à Dreux et à Chartres, au sud à Orléans, au sud-est à Melun et à Sens, Lutèce reste toutefois une ville secondaire dont la population ne semble pas avoir dépassé 8 000 habitants et qui tirait sa prospérité du trafic fluvial, celui des nautes du Parisis (nautae parisiaci). Le Pilier des nautes (musée de Cluny) atteste, par les reliefs qu'il porte, la fusion des panthéons romain et gaulois et la persistance des traditions celtiques à Lutèce.

Le Bas-Empire

Dès le milieu du iiie siècle, la moitié nord de la Gaule est ravagée par la migration des Barbares (253-258) qui dévaste finalement tout le pays en 275-276. Lutèce, ville ouverte, déjà sans doute victime des troubles de la fin du iie siècle, subit alors d'immenses dommages attestés par l'existence d'une couche d'incendie en presque tous les édifices de la rive gauche.

De nombreux dépôts monétaires permettent de fixer cette catastrophe à la dernière vague d'invasion. Des blocs sont alors arrachés aux grands édifices ruinés, aux monuments funéraires, pour construire, comme dans les autres villes de la Gaule, une enceinte, qui enserre la Cité et double la défense naturelle du fleuve. Toute l'île est rebâtie sur les débris des édifices précédents et forme une ville close abritant en permanence les édifices publics et accueillant la population à l'heure du danger.

Si un repli très considérable a dû affecter Lutèce après ces désastres, il paraît toutefois impossible que toute la ville ait pu longtemps être contenue dans ce minuscule territoire de neuf hectares. Elle a dû à nouveau, progressivement, s'étendre sur son ancien territoire, dont une pièce essentielle mais éloignée du fleuve, le forum, a été fortifiée.

Les bâtiments en partie ruinés ont dû être partiellement réparés, et l'on a des traces, sur la rive gauche, de constructions nouvelles. Enfin, un texte du ive siècle signale l'existence de faubourgs.

Sur la rive droite, on voit même, au Bas-Empire, sur l'éminence insubmersible de Saint-Gervais, apparaître un habitat nouveau. Cette reconquête de l'aire occupée par la ville de haute époque, l'amorce d'extension vers la rive nord, qui sera par excellence la ville médiévale, s'expliquent par le rôle stratégique considérable que jouera Paris (le nom de Parisius est attesté dès 305-310) au ive siècle, comme le montrent les séjours qu'y firent deux empereurs, Julien (en 357-358 et en 359-360) puis Valentinien (en 365 et 366). Ils y trouvaient des installations permanentes qui, certes, n'auraient pu tenir dans l'enceinte et qui faisaient de Paris une véritable ville militaire où devaient affluer les membres de l'entourage impérial.

À la même époque (360) se réunit à Paris un concile. Le christianisme, que révèle le martyre de saint Denis au milieu du iiie siècle, s'était sans doute développé à l'origine dans la ville même plutôt qu'au faubourg Saint-Marcel, où l'on a retrouvé un important cimetière chrétien.

Après cette renaissance de Paris au ive siècle dut survenir une grande régression au ve siècle, période obscure où le rôle joué par la ville nous échappe presque complètement. Partie du territoire que gouvernait Egidius depuis Soissons, Paris semble être tombé, à la fin du ve siècle, au pouvoir de Clovis.

La capitale mérovingienne

L'essor de la monarchie mérovingienne fit jouer à Paris, pendant nombre de décennies du vie et du viie siècle, un rôle de capitale. La ville recouvra alors une part notable de l'extension qu'elle avait avant les désastres de la fin du iiie siècle. Dès 508, Clovis, ayant accru notablement ses territoires vers le sud, fixe à Paris « le siège de son royaume ». Son fils Childebert Ier est « roi de Paris » pendant près d'un demi-siècle (511-558). Caribert n'y règne que sept ans (561-567) mais, à sa mort, ses frères jugent que la ville est de tant d'importance qu'ils la laissent hors du partage et s'interdisent mutuellement, par un pacte solennel, d'y pénétrer. Chilpéric s'en empare dès 575 et s'y maintient jusqu'à sa mort (584). Gontran lui succède et juge bon d'affirmer spécialement ses droits sur le Paris où, plus tard, Dagobert Ier s'installe, au lendemain de la mort de Clotaire II (629). La faveur de ces souverains se marque par des fondations importantes. Clovis élève la basilique des Saints-Apôtres et y fixe sa sépulture. Près de lui seront inhumés Clotilde, auprès de sainte Geneviève (l'église en prendra le nom), et d'autres membres de la famille royale. Childebert Ier fait bâtir Sainte-Croix-Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés) pour y reposer. D'autres princes l'y rejoignent, en particulier Chilpéric et Clotaire II. C'est presque certainement à Childebert Ier que l'on doit la construction de la cathédrale Saint-Étienne, la plus grande église de la Gaule mérovingienne avec ses 36 mètres de façade et ses cinq nefs. Chilpéric, lui, fait réparer les arènes gallo-romaines. Signe de la sécurité qui régnait alors, Saint-Étienne est élevée en partie sur le rempart, rasé pour lui faire place. Dans l'île de la Cité, les principaux édifices attestés avec certitude sont, à côté de Saint-Étienne, le baptistère (Saint-Jean-le-Rond) et l'édifice dédié à la Vierge, Notre-Dame. Le palais royal est à la place du palais gallo-romain, la prison près de la porte du Sud. De celle-ci à la porte du Nord, le tronçon de la voie romaine est bordé de boutiques de marchands.

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame de Paris

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Notre-Dame de Paris, construite entre 1155 et 1235. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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L'existence d'une ville étendue est corroborée par celle de fondations religieuses extra-muros. À la fin du vie siècle, on en compte au moins six, et, à la fin de l'époque mérovingienne, quinze. À ce moment, leur répartition – onze au sud, quatre seulement au nord – marque bien que le territoire de l'ancienne ville gallo-romaine a été largement réutilisé et aussi que se poursuit lentement le mouvement d'extension vers la rive droite, amorcé au Bas-Empire. Ces monuments ne sont pas les seuls témoignages de la vitalité de l'art mérovingien à Paris : l'orfèvrerie y connaît un remarquable essor. Autour de la ville – comme d'ailleurs dans les autres villes du royaume, car la monarchie est itinérante – sont répandues des villas où séjournent souvent les rois. Paris est donc une résidence privilégiée, non une capitale au sens moderne du mot.

L'époque carolingienne

Alors que l'extension du royaume de Clovis vers le sud avait fait tenir à Paris un rang éminent au vie siècle, et sans doute encore au viie siècle, le partage de fait de l'État mérovingien en trois royaumes, puis l'accession et le triomphe de la dynastie carolingienne, tournée vers l'est, enfin l'immense extension de l'Empire dans cette direction font que la ville tombe dans une position excentrique et s'efface, tout en semblant être restée prospère jusqu'au début du ixe siècle. C'est alors que les invasions normandes la ravagent, car le vieux rempart de la fin du iiie siècle, sans doute mal entretenu, peut d'autant moins la défendre efficacement qu'elle est délaissée par le pouvoir impérial.

À partir de 845, en une série de raids, les pirates occupent, pillent et incendient la ville et les environs. En 885-886 enfin, Paris subit un siège interminable. L'évêque Gozlin a fait relever les remparts et hâter la construction de tours au bout des deux ponts. Avec le comte de Paris, Eudes (grand-oncle d'Hugues Capet), il défend vaillamment la ville, et les Normands finissent par se retirer.

L'empereur Charles le Gros arrive trop tard. Le grand siège de 885-886 marque un tournant décisif dans l'histoire de Paris. Il consacre et l'impuissance de l'empereur et le rôle essentiel de l'évêque et du comte. Enfin et surtout, il provoque la destruction complète des faubourgs.

Les tourmentes des invasions de la fin du iiie siècle, la période troublée du ve siècle n'avaient pas aboli la ville artificiellement implantée par les Romains, loin du fleuve, sur la hauteur du sud. À deux reprises, les restes du riche capital monumental de Lutèce avaient pu être réutilisés et la rive gauche reconquise. Mais, après le désastre de la fin du ixe siècle, il n'y a plus de faubourgs. Paris est réduit à la petite île de la Cité. Il reprend alors son assiette naturelle, près du fleuve. Aux périodes suivantes, il se développera avant tout au nord, sur la rive droite, qui restera longtemps la Ville par excellence.

—  Michel FLEURY

Paris jusqu'en 1870

La ville médiévale

La cité des premiers Capétiens

À la fin du ixe siècle, tandis que l'île de la Cité constitue encore un réduit fortifié, asile des populations suburbaines, la rive gauche, héritière de la ville gallo-romaine, a subi des dévastations dont elle ne se relèvera pas de sitôt et qui pèseront sur son développement pendant des siècles ; ses églises dresseront longtemps leurs ruines au milieu des cultures. La rive droite, bien que très touchée aussi, va renaître au contraire de ses cendres parce qu'elle est favorisée par le site fluvial. Ses ports naturels implantés sur la berge basse de la Seine la prédisposent en effet à une intense activité marchande. Une fois brisé l'attrait de la ville gallo-romaine, les premières agglomérations de la rive nord fixées autour de lieux de culte mérovingiens ou carolingiens recueillent la majeure partie du trafic en conjuguant le commerce des « marchands de l'eau » avec l'activité d'un marché situé entre Saint-Laurent et Saint-Martin-des-Champs, en liaison avec les routes du nord et la foire du Lendit à Saint-Denis.

Paris, les anciennes enceintes

Paris, les anciennes enceintes

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Les enceintes successives de Paris, traces de l'essor urbain (d'après les travaux de A. Grimault et M. Fleury). 

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Paris : accroissement de l'étendue de la ville

Paris : accroissement de l'étendue de la ville

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Accroissement de l'étendue de la ville. 

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Au xie siècle, le peuplement de cette rive est assez important pour justifier la construction d'une première enceinte, dont l'existence est attestée par la toponymie. Elle enfermait quelques buttes hors d'atteinte des crues de la Seine, le monceau Saint-Gervais, les paroisses Saint-Merri (ou Saint-Merry) et Saint-Jacques-la-Boucherie ; la paroisse voisine, Saint-Germain-l'Auxerrois, avait sans doute son enceinte particulière. Située dans ce périmètre, l'anse de la Grève, le meilleur port naturel sur le fleuve, où Louis VII s'engage vis-à-vis des bourgeois à ne rien construire, donne naissance à un nouveau marché, tandis que l'île de la Cité, construite et peuplée d'une façon très dense (quatorze paroisses), reste le lieu royal et épiscopal, ainsi qu'un centre commerçant (parvis Notre-Dame, marché Palu) ; mais son port, très étroit (port Saint-Landry), ne peut rivaliser avec la Grève.

L'extension sur la rive droite des quartiers de « l'Outre-Grand-Pont » se poursuit au xiie siècle hors des portes de la première enceinte avec les nouvelles paroisses de Saint-Paul, de Saint-Nicolas-des-Champs et des Saints-Innocents, au voisinage des trois grandes voies : celle de Melun (rue Saint-Antoine), celle de Senlis (rue Saint-Martin) et celle de Rouen (rue Saint-Denis). Vers 1137, Louis VI transfère le grand marché de Paris au lieu dit « les Champeaux », région privilégiée parce que située au carrefour des arrivages par le fleuve, de la jonction avec la Cité par le Grand-Pont et le Châtelet et des arrivages par la route (drap du nord par la rue Saint-Denis, blé par la rue de la Ferronnerie, poisson de la Manche et de la mer du Nord par la rue des Poissonniers). L'anneau de marais, laissé par l'ancien lit de la Seine, est drainé et mis en culture (marais Sainte-Opportune à l'est, couture l'Évêque à l'ouest) ; on y produit d'abord des légumes, puis des céréales. Des ponts franchissent l'égout de drainage pour assurer une meilleure liaison avec les villages voisins, dont les cultures approvisionnent la ville.

L'œuvre de Philippe Auguste

La densité de construction hors de la première enceinte nécessite bientôt l'édification d'une seconde enceinte, pour mettre la ville à l'abri des armées du roi d'Angleterre. Philippe Auguste charge les bourgeois d'élever un épais rempart de pierre flanqué de tours rondes. Sur la rive droite, il enferme les nouveaux centres de peuplement, notamment le marché des Champeaux, et fait construire, près de la Seine, une puissante forteresse tournée vers la Normandie, le Louvre.

La rive gauche connaît un sort bien différent. Un bourg commerçant s'est formé à la tête du Petit-Pont, à la naissance de la rue Saint-Jacques, mais l'animation ne viendra vraiment que de l'Université. Les écoles épiscopales, logées dans la Cité, au cloître Notre-Dame, sont encore florissantes au xiie siècle, mais d'autres écoles, désireuses d'échapper à la tutelle de l'évêque, se fondent bientôt de l'autre côté du fleuve, au milieu des clos de vignes qui escaladent la montagne Sainte-Geneviève et près des écoles réputées de l'abbaye de Saint-Victor. Groupement de maîtres et d'écoliers, l'Universitas est soutenue par le pape, qui la reconnaît en 1209-1210 ; symbole d'indépendance, elle reçoit en 1252 le droit de sceller de son propre sceau. La subsistance des écoliers est assurée par des fondations privées, les collèges, qui se mêlent, dans le « quartier latin », aux couvents de plus en plus nombreux, en particulier ceux des récents grands ordres enseignants, Jacobins (Dominicains) et Cordeliers (Franciscains). Le renom de l'Université de Paris, notamment en matière de théologie, attire les étudiants de toute la Chrétienté. Aussi cette nouvelle cité de la pensée est-elle enclose dans l'enceinte de Philippe Auguste, avec de vastes espaces non construits qui permettront un développement ultérieur.

Au-delà de la muraille, les grandes abbayes aux noms souvent ruraux – Saint-Martin-des-Champs et le Temple au nord, Saint-Victor et Saint-Germain-des-Prés au sud, sans oublier la vieille agglomération chrétienne de Saint-Marcel sur les bords de la Bièvre – continuent de fixer la population dans des bourgs satellites ou des enclos fortifiés. Philippe Auguste, qui séjourne fréquemment à Paris, fait paver les voies de la croisée de la ville et capter les eaux de ruissellement du Pré-Saint-Gervais et de Belleville pour alimenter des fontaines publiques.

Le Paris de Saint Louis

Au xiiie siècle, la ville en pleine prospérité achève de s'étendre dans l'enceinte, au moins sur la rive droite ; les maisons se pressent aussi hors des portes le long des voies qui mènent aux bourgs extérieurs. Elles sont construites en pan de bois, comme on peut le voir sur les miniatures, avec un encorbellement sur un rez-de-chaussée de pierre voué au commerce, le sommet coiffé souvent d'un haut pignon. Mais dès cette époque apparaît la maison seigneuriale : évêques, abbés, barons tiennent à posséder une résidence parisienne et s'installent, au large, sur les espaces encore libres qui bordent intérieurement le rempart. Le roi lui-même a donné l'exemple : à l'emplacement du palais gallo-romain occupé ensuite par celui des Mérovingiens, les Capétiens ont entrepris à la pointe occidentale de la Cité la reconstruction d'une grande demeure en pierre. Robert le Pieux et Louis VI sont, dans cette entreprise, suivis par Saint Louis qui fait du palais son séjour le plus fréquent et qui fait bâtir la Sainte-Chapelle, ainsi que des galeries et une grande salle disparues. Philippe le Bel poursuit son œuvre et édifie un ensemble dont le rez-de-chaussée, conservé jusqu'à nos jours, est l'une des plus vastes salles voûtées de la Chrétienté.

L'épanouissement de l'architecture gothique se marque dans les églises et dans les établissements monastiques. En 1163, l'évêque Maurice de Sully a posé la première pierre de sa nouvelle cathédrale. Le gros œuvre sera achevé en 1250 avec les façades du transept ; la perfection de la construction témoigne d'une particulière sollicitude royale. À la même époque, des bâtiments s'élèvent à Saint-Germain-des-Prés, à Saint-Victor, à Saint-Martin-des-Champs. Des bâtiments clos, les « halles », abritent désormais les échanges commerciaux au marché des Champeaux.

La première révolution parisienne et la guerre de Cent Ans

L'essor de la ville se poursuit au début du xive siècle. La rive droite connaît une telle activité que, vers 1350, quatre cinquièmes des contribuables parisiens y étaient domiciliés. Aussi le prévôt des marchands prit-il en 1356 l'initiative d'une nouvelle enceinte, qui sera poursuivie par Charles V après la chute d'Étienne Marcel, mais qui n'enfermera que la rive droite (la ligne des « Grands Boulevards ») dans un rempart flanqué de tours carrées.

La révolution de 1358 est la première rupture grave entre le roi et la population parisienne. La conséquence topographique de ce conflit est que, pendant trois siècles, la ville va s'étendre vers l'est. Fuyant le palais de la Cité ensanglanté par l'émeute, le dauphin, devenu Charles V, fixe sa résidence à l'est (sur le chemin de Vincennes), au bourg Saint-Paul, dans un vaste ensemble de galeries et de jardins conçu pour les fêtes d'une cour brillante et lettrée. Ce choix de l'hôtel Saint-Paul, puis de l'hôtel des Tournelles qui lui succédera aux xve et xvie siècles comme résidence des Valois, ainsi que la proximité des logis des conseillers et des familiers du roi donnent soudain une teinte aristocratique à tout l'Est parisien. De cette architecture civile encore féodale, il reste aujourd'hui la porte à tourelles du connétable de Clisson ; quant à la construction des édifices religieux, elle se poursuit durant tout le siècle. Si la vie de cour continue à donner une certaine animation commerciale à la ville, il n'est pas moins vrai que les malheurs de la guerre de Cent Ans, l'occupation anglaise (1411-1436), la crise économique et le siège (1429) ont profondément et pour longtemps ruiné Paris, déjà décimé par la peste noire vers 1350, puis devenu le refuge des populations affamées du plat pays. Le marasme durera bien au-delà du retour triomphal de Charles VII (1436), qui, sitôt entré, s'empressera de sortir de la ville pour résider sur les bords de la Loire, auxquels resteront fidèles Louis XI, Charles VIII et Louis XII.

Le roi et la ville

Dès l'origine, la situation politique de Paris s'est affirmée. Si son rôle de capitale du royaume se précise peu à peu à mesure que s'affermit la puissance capétienne, si Philippe Auguste, Saint Louis et Philippe le Bel y fixent les organes du pouvoir central (Parlement, Chambre des comptes, Trésor, Archives, Monnaie, reliques), la ville ne parvient pas à conquérir son indépendance. Protégés par le roi contre les seigneurs des environs, les bourgeois n'ont pas obtenu de charte de commune, mais des privilèges de « bourgeois du roi ». De ce fait, certaines corporations acquièrent un rôle politique, la hanse des marchands de l'eau d'abord, les bouchers, merciers, drapiers par la suite. La hanse, forte de l'appui royal face à la concurrence des marchands rouennais, se fait attribuer certaines prérogatives : tribunal commercial (début xiie s.), levée d'impôts (1190), siège social au « parloir des bourgeois ». En 1258, Saint Louis ôte la prévôté royale de Paris aux bourgeois qui en avaient la ferme pour la confier à l'un de ses fonctionnaires, Étienne Boileau ; en 1263, la hanse élit une première municipalité avec un prévôt des marchands, Évrard de Valenciennes, assisté de quatre échevins. Un conseil de prud'hommes est créé en 1296. Ainsi se trouve réalisée pour la première fois cette dualité entre le représentant du pouvoir central et la municipalité, caractéristique du système parisien jusqu'à nos jours. Lorsque cette dernière atteignit au sommet de sa puissance avec Étienne Marcel et ses successeurs, le roi jugea bon de supprimer pour un temps la prévôté des marchands (1383). Mais les deux autorités sont également impuissantes devant l'émiettement féodal du sol parisien, morcelé entre près de cinq cents seigneurs, laïcs et surtout ecclésiastiques (évêque, chapitre cathédral, collégiales, abbayes et prieurés), conservant des droits de justice, de police, de voirie.

L'époque classique

Une cité médiévale sous la Renaissance

Ce n'est qu'avec lenteur que la ville parvint à sortir du marasme de la guerre de Cent Ans. L'expansion économique reprit vers 1450, l'immigration provinciale vers 1500. Dans sa physionomie, Paris ne fut guère influencé par les nouvelles formes de la Renaissance italienne, dont le développement en France est lié aux résidences du roi et de la cour. Aussi le style gothique flamboyant reste-t-il longtemps le style parisien, tant pour l'architecture religieuse (église Saint-Séverin, église Saint-Étienne-du-Mont) que pour l'architecture civile (hôtel de Sens, hôtel de Cluny).

L'autorité du roi ne s'est manifestée jusqu'ici que pour la construction d'enceintes, le pavage des rues, l'érection de demeures royales. Peu à peu, la monarchie va s'intéresser à l'aspect de la ville, s'inquiéter de son expansion désordonnée, édicter une réglementation d'urbanisme. La première manifestation spectaculaire en est l'ordonnance architecturale imposée en 1500 au nouveau pont Notre-Dame, bordé de maisons uniformes de brique et de pierre de style Louis XII, contemporaines du palais de la Chambre des comptes et de l'escalier extérieur de la Sainte-Chapelle. Cette orientation sera poursuivie sous les Valois. François Ier, qui fixe sa résidence officielle à Paris en 1528, décide de modifier, puis de reconstruire le Louvre pour l'habiter, opération réalisée par Pierre Lescot à partir de 1546. Le roi fait bâtir le premier quai en pierre, entre le Louvre et le Châtelet, ordonne de démolir les portes de l'enceinte, fait aligner les rues importantes et exprime à la municipalité sa volonté de voir construire un hôtel de ville digne de sa capitale, lequel sera bâti sur un schéma italien et flamand tout à la fois. Il se préoccupe aussi de ne pas laisser vacant et ruiné le vaste patrimoine royal accumulé par ses prédécesseurs ; des lotissements partiels, exécutés sans grande vue d'ensemble, remplacent alors les hôtels Saint-Paul, de Flandre, de Bourgogne, d'Étampes, etc. ; le quartier des Halles est reconstruit. Certains couvents suivent cet exemple, ainsi le prieuré Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers qui lotit ses cultures (autour de la rue de Sévigné). On pense que ces chantiers ouverts à l'intérieur de l'enceinte dissuaderont les constructions hors de celle-ci, qui sont interdites depuis 1548. Devant les menaces de guerre, Henri II décide de rebâtir les remparts : le remplacement de l'enceinte de Charles V par une fortification basse défendue par des bastions, commencée près de l'Arsenal, sera poursuivi, mais trop lentement pour assurer la sécurité de la ville dans les heures graves qui vont suivre. C'est sous son règne, enfin, que le style de la Renaissance commence à marquer le visage de Paris : les arcs de triomphe élevés provisoirement à l'occasion des entrées triomphales à la romaine influencent des monuments durables, comme la fontaine des Innocents de Jean Goujon ou le décor de l'immense église Saint-Eustache, dont la structure est pourtant conçue selon un schéma tout gothique.

Les dissensions religieuses se font cependant plus dramatiques. Contre les princes ou les intellectuels – clercs ou riches marchands – qui ont adopté la Réforme ou pratiquent seulement la tolérance, l'opinion parisienne excitée par la Faculté de théologie se durcit. Catherine de Médicis, qui a abandonné en 1559 le palais des Tournelles pour ses nouvelles résidences de l'ouest – l'hôtel de la Reine (à l'emplacement de la Bourse du commerce) ou le château des Tuileries commencé en 1564 par Philibert de l'Orme –, cherche à temporiser, puis finalement s'appuie sur l'opinion pour extirper brutalement l'hérésie par le massacre de la Saint-Barthélemy (1572). La ville se rebelle ensuite contre Henri III, dresse des barricades en 1588 et devient la capitale ligueuse de la famille de Guise. Le siège qu'entreprennent les deux Henri, puis Henri IV seul, ruine entièrement les faubourgs, amène le dépérissement du patrimoine immobilier et réduit la population affamée à la misère.

Henri IV, premier urbaniste de Paris

Cette ville dévastée où Henri IV fait son entrée en 1594 va connaître dans les quarante années qui suivent un essor extraordinaire et doubler sa population. « Sitôt qu'il fut maître de Paris, on ne vit que maçons en besogne. » Décidé à y résider et à s'en occuper personnellement, comme le feront Napoléon Ier et Napoléon III, Henri IV ouvre aussitôt des chantiers pour réduire le chômage, embellir la ville et servir sa gloire. Une fois repris les travaux du Louvre, des Tuileries et des galeries qui doivent les réunir, il entreprend de terminer le nouveau pont, le « pont Neuf », imaginé par Henri III pour joindre le bourg Saint-Germain à la rive droite. Dans son prolongement, il fait ouvrir des rues rive gauche ; il fait aménager, à la pointe de la Cité, une place triangulaire, la place Dauphine, devant laquelle sa veuve fera édifier sa statue équestre. Sur les terrains vacants des Tournelles, il fait dessiner la place Royale (aujourd'hui place des Vosges), résidence, promenoir et terrain de joute où il cherche, sans succès durable, à implanter une manufacture de drap d'or. Rapidement bâtie, la place donne un élan à ce quartier peu dense où la société à la mode va s'établir. Gagné par l'exemple, le grand prieur du Temple décide de lotir ses cultures où le roi fait tracer la « place de France », hémicycle adossé au rempart ; mais cette place ne verra pas le jour, du fait de la mort du souverain.

Le mouvement amorcé s'accélère encore sous Louis XIII, mais dès lors l'initiative privée supplante l'action du roi. C'est le début de l'ère des promoteurs, financiers avisés ou imprudents, et bientôt architectes, agissant seuls ou en association, achetant le terrain libre à l'arpent, traçant la voirie et revendant les lots à la toise ; ils ont nom Louis Le Barbier, Christophe Marie, Louis Le Vau. Plusieurs quartiers neufs surgissent alors : ainsi celui de l'île Saint-Louis, formé d'anciens terrains de pâture réunis, cernés de quais, percés de rues, peuplés rapidement de maisons et d'hôtels particuliers. C'est le triomphe de la construction en pierre de taille, à la portée des riches financiers bâtisseurs, qui supplante la construction en brique ou moellon, encore courante chez les grands seigneurs du règne précédent. Rive gauche, l'immense domaine de la reine Marguerite et les prairies du Pré-aux-Clercs donnent naissance à un vaste quartier résidentiel qui forme la frange nord du nouveau faubourg Saint-Germain. En face, rive droite, le rempart de Charles V qui empêchait Richelieu d'étendre largement le jardin du Palais-Cardinal est jeté bas entre la porte Montmartre et le Louvre, et la nouvelle enceinte bastionnée des Fossés Jaunes (1633-1636) vient enfermer d'autres quartiers : la Villeneuve, le faubourg Montmartre et le premier faubourg Saint-Honoré qui abrite les demeures des ministres. La ville s'étend dans tous les sens, tandis que les villages de la couronne champêtre, de Chaillot à Charonne, accueillent les résidences secondaires des Parisiens fortunés ou de nouveaux couvents. L'essor religieux est une des caractéristiques de ce temps ; soixante couvents sont ouverts entre 1600 et 1639, surtout rive gauche ; on crée les premiers séminaires, saint Vincent de Paul organise d'efficaces institutions de charité, on multiplie la construction d'hôpitaux, on se préoccupe d'éducation, sans pourtant parvenir à stopper la misère ou alphabétiser les masses. Paris se couvre d'églises tout au long du siècle (Saint-Sulpice, Val-de-Grâce, Saint-Roch) et accède au rang d'archevêché en 1622.

Paris sous Louis XIV

La Fronde aura deux conséquences importantes : d'une part une terrible crise économique aggrave la misère qui persistera durant tout le règne (les décès l'emportent sur les naissances, l'immigration provinciale et rurale assurant seule l'augmentation de la population) et gonflera encore l'énorme masse des indigents (création de l'Hôpital général en 1656) ; d'autre part la monarchie, qui garde rancune aux Parisiens des journées révolutionnaires de 1648-1649, quitte la capitale et n'y reviendra jamais volontiers. C'est donc Colbert, le bourgeois enrichi, devenu surintendant des bâtiments en 1664, plutôt que Louis XIV, qui mettra en œuvre à Paris une politique cohérente de grandeur et de commodité. Au moment où Vauban fortifie les places frontières, Paris devient ville ouverte, l'enceinte est détruite à partir de 1670 et remplacée par une large promenade, le « Nouveau Cours », scandé d'arcs de triomphe qui rappellent les victoires du roi ; ce cours devait se poursuivre rive gauche, son amorce donnant naissance à la ligne de boulevards qui va du boulevard des Invalides au boulevard de l'Hôpital. Colbert fit beaucoup pour la rive gauche ; impuissant à trancher dans le tissu trop dense du centre, il implante à la périphérie l'hôpital de la Salpêtrière, l'Observatoire et l'hôtel des Invalides, qui forment de nouveaux points extérieurs que la construction privée va chercher à atteindre. Sur la rive droite, face au collège Mazarin bâti par Le Vau, les travaux du Louvre donnent lieu à mille controverses, le roi optant finalement pour une « colonnade » française contre les projets de l'Italien Bernin ; le jardin des Tuileries est retracé par Le Nôtre. La série des places royales matérialise bien la croissance accélérée vers l'ouest : la place des Victoires, de plan circulaire autour d'une statue pédestre du roi, place fermée du côté de l'est mais ouverte vers l'ouest (1685), puis, autour d'une statue équestre (1686-1699), la place Louis-le-Grand (Vendôme), assortie par Jules Hardouin Mansart d'un vaste programme spéculatif sur les terrains voisins. Reliés par le pont Royal, le faubourg Saint-Honoré et le faubourg Saint-Germain gagnent à l'envi vers l'ouest de chaque côté de la Seine. Colbert, poursuivant l'œuvre de Henri IV, installe des manufactures d'État ou à privilège royal qui emploient plusieurs milliers d'ouvriers.

Place des Victoires

Place des Victoires

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La place des Victoires, à Paris. Architecte : Jules Hardouin-Mansart. 

Crédits : Robert Cameron/ The Image Bank/ Getty Images

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La ville des Lumières

En 1677, Louis XIV a fixé sa résidence à Versailles dont il fait en 1682 le siège du gouvernement, dédoublant ainsi la capitale. La « Ville » (Paris) s'oppose alors à la « Cour ». Paris, resté capitale religieuse, intellectuelle, scientifique et artistique de renom mondial, va accroître encore son prestige au siècle des Lumières, en opposition au hiératisme officiel de Versailles. Le goût de la spéculation intellectuelle, né dans les ruelles des précieuses sous Louis XIII, consacre le triomphe de la bourgeoisie du faubourg Saint-Honoré, maîtresse des idées. Mais le siècle connaît aussi une forte augmentation de la population et un essor économique dont le ralentissement puis l'arrêt catastrophique seront une cause principale du déclenchement de la Révolution.

Sous Louis XV, les réalisations d'urbanisme suivent la voie tracée par la tradition : une nouvelle place royale (place Louis-XV, aujourd'hui place de la Concorde) est, à la suite d'un concours institué en 1749, implantée sur les espaces vides de l'extrémité du jardin des Tuileries, en jonction avec la percée forestière des Champs-Élysées ; c'est une vaste esplanade ouverte sur la rivière. Derrière les palais élevés par Gabriel sur son côté nord, le nouveau faubourg Saint-Honoré ainsi que « le Roule » se couvrent d'hôtels. Quelques adductions d'eau (fontaine de Grenelle, pompes à feu de Chaillot et du Gros-Caillou) et la couverture du grand égout sont entreprises.

C'est toutefois dans la seconde moitié du siècle que la ville prend un visage plus moderne. Des rues entières sont bâties d'immeubles locatifs, construits avec rapidité pour suivre la hausse des loyers. Ces quartiers nouveaux sont la Chaussée-d'Antin, Monceau, la couronne des boulevards. Sur la rive gauche, l'École militaire (1752-1757) constitue un autre pôle d'attraction, tandis que l'hôtel de Condé, nouvellement loti, laisse place au théâtre de l'Odéon et aux rues avoisinantes. Le duc d'Orléans construit autour de son jardin du Palais-Royal un ensemble locatif et commerçant de très haut rapport. Les auteurs des projets – qui foisonnent – conçoivent une architecture à tendance colossale inspirée de l'antique, mais les réalisations sont peu nombreuses ; l'énorme église Sainte-Geneviève (Panthéon) de G. Soufflot, les barrières d'octroi de C. N. Ledoux qui marquent les portes de la nouvelle enceinte des fermiers généraux élevée pour des impératifs fiscaux. Le cimetière des Innocents est déplacé en 1786, des ponts d'une rare perfection technique traversent la Seine (pont de la Concorde, de Neuilly), un premier plan exact de Paris est dressé par E. Verniquet, les édifices publics, nouveaux ou en reconstruction, se multiplient : Monnaie, Écoles de médecine et de droit, Théâtre-Français, Mont-de-Piété, hôpitaux, palais de Justice, etc.

L'administration de la ville

Face aux initiatives du roi et de ses ministres, le bureau de ville reste un rouage sans grands pouvoirs. Par contre, quelques prévôts des marchands, tel François Miron, esprit réaliste et entreprenant associé à l'œuvre de Henri IV, furent favorisés par la royauté. Certaines tâches de police, dévolues aux lieutenants civil et criminel, paraissent assez importantes pour nécessiter en 1667 la création d'un poste de lieutenant de police au profit de La Reynie, homme intègre et intransigeant. Avec des attributions de voirie, de ravitaillement, de santé publique, ce poste sera un véritable ministère, géré avec compétence par les Argenson ou Sartine.

La capitale au XIXe siècle

Destruction et réorganisation

La Révolution de 1789 ne tarda pas à affecter l'activité de la ville, notamment la construction qui stagnera à partir de l'émigration ; elle en perturba peu à peu l'approvisionnement jusqu'aux périodes les plus dramatiques de 1793-1794, marquées par la disette et le rationnement. La vie chère et la dépréciation du papier-monnaie ruinent les Parisiens, sauf ceux qui ont investi leur numéraire dans l'achat de biens nationaux. La vente de ceux-ci a libéré une vaste fraction du sol (un huitième). Peu de demeures d'émigrés seront détruites, mais quantité de couvents et d'églises qui couvraient une vaste surface ; leur lotissement permet pour la première fois une libération du sol dans certains quartiers du centre. Mené à la hâte et sans plan d'ensemble, ce lotissement a pour première conséquence de réduire fortement les espaces verts. Pourtant, l'idée de grands percements d'intérêt public est dans les esprits, elle inspire le premier projet collectif, le « plan des artistes ».

Reprenant les idées de la Révolution et surtout de l'Ancien Régime, Napoléon s'intéresse d'une façon personnelle et tenace aux problèmes de Paris dont il veut faire la capitale de l'Europe, capitale politique et même religieuse puisqu'il pensa à fixer la résidence du pape dans un palais bâti au flanc de Notre-Dame. Ne laissant aucune initiative à la ville, il dirige, par le préfet de la Seine et le préfet de police, les grands travaux, la voirie, l'équipement. De cette époque, on conserve des ponts (d'Iéna, des Arts), des monuments commémoratifs (arcs de triomphe, Madeleine), des fontaines, la Bourse ; mais on bénéficie surtout des mesures d'organisation qui inaugurent vraiment le Paris moderne : réseau de ravitaillement (halles, marchés, abattoirs, greniers de réserve), adduction d'eau (canal de l'Ourcq), quais, égouts, numérotage des maisons. Seule grande percée, répondant à un désir fort ancien d'offrir un axe ouest-est sur la rive droite, la rue de Rivoli, aux maisons dessinées par P. Fontaine, conseiller très écouté de l'empereur, inaugurait une politique mais ne vit le jour que lentement. Restèrent à l'état de projet les dessins d'une ville nouvelle sur la colline de Chaillot et le Champ-de-Mars où devait s'élever un monumental quartier administratif, palais du roi de Rome, de l'Université, des Archives.

Vers un nouvel urbanisme

La population, qui, dès le Consulat, avait récupéré les pertes subies pendant la Révolution, croît dans des proportions importantes, dues essentiellement à une immigration amorcée sous l'Empire. En 1833, on compte 527 000 Parisiens nés hors du département de la Seine. Paris a commencé à s'industrialiser sous Napoléon, principalement avec le traitement du coton et les industries de luxe. Si les premières fabriques périclitent en 1815, ateliers et petites usines prolifèrent ensuite, ce mouvement étant accéléré par l'introduction du chemin de fer (ligne Paris-Saint-Germain en 1837 ; six lignes en 1842). Dans une ville de plus en plus congestionnée, les différences sociales sont davantage marquées ; un prolétariat misérable – les « classes dangereuses » – s'entasse dans les vieux quartiers du centre décrits par Balzac, Hugo et Eugène Sue, quartiers où l'on trouve 1 000 habitants à l'hectare (Grève, Cité, Saint-Merri), ainsi que dans les faubourgs de l'est, ensemble de taudis qui favorisent l'alcoolisme et la prostitution ; on compte 31 à 39 p. 100 d'enfants illégitimes. Les conditions hygiéniques sont déplorables et le choléra fait 44 000 victimes en 1832. En 1848, 65 p. 100 des Parisiens ne payent pas d'impôt et 80 p. 100 des morts vont à la fosse commune. Dans l'ouest, la construction privée renaît après le retour des Bourbons. La banque finance largement la création de nouveaux quartiers à la mode et bien tracés : François Ier, Beaujon, la Madeleine, l'Europe, Saint-Georges. La vie de la rue connaît alors l'exubérance du romantisme, c'est l'âge d'or des théâtres et des cafés qui font du « boulevard » une fête perpétuelle où se côtoient toutes les classes de la société, fête que l'introduction de l'éclairage au gaz permettra de poursuivre la nuit.

Si Louis XVIII et Charles X ne se préoccupent guère de changer l'aspect du Paris ancien, Louis-Philippe tente de reprendre la tradition des rois urbanistes et fait achever l'arc de triomphe de l'Étoile, embellir la place de la Concorde, restaurer les joyaux gothiques mis à la mode par Victor Hugo : Notre-Dame puis la Sainte-Chapelle. Une timide percée, la rue Rambuteau – qui porte le nom du préfet de la Seine –, tente, à travers les vieux quartiers, de réunir les Halles au Marais. En 1841, on décide d'entourer la ville d'une nouvelle enceinte bastionnée qui, dépassant largement les frontières et l'agglomération, traverse les communes suburbaines : c'est l'enceinte dite de Thiers, défendue par 94 bastions et 17 forts avancés.

Place de l'Étoile

Place de l'Étoile

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L'Arc de Triomphe, sur la place de l'Étoile, ou place Charles-de-Gaulle, à Paris. 

Crédits : Robert Cameron/ Getty Images

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Le Paris d'Haussmann

Lorsqu’éclate la révolution de 1848, elle stoppe un temps les projets de Rambuteau pour la reconstruction du marché des Halles. Mais la situation dramatique des quartiers centraux, l'agitation ouvrière, le chômage imposent immédiatement au gouvernement provisoire une politique de grands travaux, chantiers assumés et étendus par le prince-président devenu Napoléon III. Ce dernier a des idées précises sur l'urbanisme et il s'entoure de trois hommes d'action : G. Haussmann, E. Belgrand et R. Alphand, qui assureront l'activité du bâtiment, la mise en place d'un service de distribution de l'eau et l'aménagement des espaces verts. La richesse de la classe dirigeante et l'élan économique et industriel de la France (production de fonte, construction de voies ferrées) permettront une réalisation prodigieusement rapide de ces projets, souvent repris dans l'arsenal des idées du xviiie siècle et de la monarchie de Juillet. La première opération consiste à éventrer le centre ; sans épargner les monuments anciens, Haussmann trace inexorablement de grandes percées rectilignes bordées de hauts immeubles de pierre de taille où logera la classe aisée. Ces percées visent d'abord à constituer la nouvelle croisée de Paris, un axe ouest-est prolongeant la rue de Rivoli jusqu'à la rue Saint-Antoine, et un axe nord-sud, le boulevard de Sébastopol, débouchant sur la place du Châtelet entre deux théâtres, se poursuivant dans la Cité (boulevard du Palais) et sur la rive gauche (boulevard Saint-Michel). Rive droite, on réussit – malheureusement sur le même emplacement, ce qui hypothéquera l'avenir d'un quartier central jusqu'à nos jours – la reconstruction totale des Halles centrales, avec de vastes pavillons de fer et de fonte imaginés par Victor Baltard. Le secteur est réuni aux quartiers avoisinants par d'autres percées ; en particulier la rue de Turbigo, complétant le très vieux carrefour de la pointe Saint-Eustache, mène à la place du Château-d'Eau (actuelle place de la République) où deux casernes permettront, le cas échéant, de contenir les masses ouvrières du faubourg Saint-Antoine. L'île de la Cité est presque entièrement rasée ; on y dresse l'immense caserne de la garde municipale (actuelle Préfecture de police) et le nouvel Hôtel-Dieu au bord d'un parvis Notre-Dame devenu démesuré. Rive gauche enfin, la voie transversale qui manquait dans les quartiers proches de la Seine est dessinée : c'est le boulevard Saint-Germain.

Paris, second Empire

Paris, second Empire

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Les grandes transformations de Paris sous le second Empire (1852-1870). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le second souci d'Haussmann fut d'aménager le système des « embarcadères » parisiens du chemin de fer et de relier les nouvelles gares aux grands axes de circulation. Tous les travaux, ainsi que l'aménagement des rues revêtues d'asphalte et bordées de trottoirs, sont financés par la Ville grâce à des subventions d'État, à des emprunts et à la vente des matériaux et des terrains non utilisés. La nouvelle procédure d'expropriation a seule permis des transformations d'une telle ampleur.

Parallèlement, le problème angoissant de l'eau, toujours insuffisante pour les Parisiens, est résolu avec la captation de la Dhuis et de la Vanne par l'ingénieur Belgrand et le recours au puits artésien de Passy. Un exemplaire réseau d'égouts, qui passe de 150 à 500 kilomètres, utilise le mouvement de la Bièvre et transporte les eaux usées dans la Seine, à Asnières. Enfin, les espaces verts atteignent 1 800 hectares, grâce aux deux vastes parcs créés par Alphand à l'est et à l'ouest – bois de Vincennes et bois de Boulogne –, aux jardins et squares disséminés dans Paris. Notons aussi la réorganisation des cimetières, la fusion des compagnies de gaz et d'omnibus.

La ville connaît alors son dernier agrandissement ; en 1860, les communes ou parties de communes enfermées dans l'enceinte stratégique de Thiers sont annexées à Paris, divisé dès lors en vingt arrondissements ; la population double presque de 1851 à 1871. Le régime connaît dans la capitale des heures de gloire, au milieu d'une bourgeoisie enrichie dans les opérations d'Haussmann qui ont valorisé la propriété bâtie et fait monter les loyers. La banque et le crédit sont prospères. La vie brillante de toute une société accompagne l'expansion de la production industrielle, sensible dans les grands magasins ou les expositions universelles. Mais, en même temps, le problème ouvrier s'aggrave : l'annexion de 1860 (loi de 1859) a fait entrer dans la capitale des zones industrialisées, d'habitat souvent misérable ; on compte alors 416 000 ouvriers dans Paris. Le centre leur est désormais interdit et ils se massent dans les arrondissements périphériques, peu ou pas touchés par Haussmann. Cette ségrégation radicale, que la ville n'avait pas connue auparavant, constituait un terrible danger politique ; elle explique en partie la Commune.

L'État et la Ville

La Révolution de 1789 a rendu aux Parisiens le goût d'un pouvoir municipal capable, au besoin, de faire et de défaire les gouvernements. Les « journées » révolutionnaires, œuvre de la nouvelle administration parisienne centrale présidée par un maire (la commune) et des organisations de quartier (les sections), journées au cours desquelles les Parisiens eurent l'impression d'écrire chaque jour l'histoire de France, incitèrent le législateur à une très grande méfiance dès la chute de Robespierre. Les sections furent dissoutes en 1795 et la municipalité – dont le rôle fut réduit à la stricte administration – partagée entre les arrondissements. Le Premier consul assujettit un Paris enrobé dans le petit département de la Seine au régime préfectoral, mais avec une situation exceptionnelle : Paris est placé sous la tutelle de deux préfets, le préfet de la Seine et le préfet de police ; il n'y a pas de maire de Paris, mais des maires d'arrondissements désignés par le pouvoir, et, jusqu'en 1834, pas de conseil municipal mais un conseil général de la Seine. Les pouvoirs rivaux des deux préfets, responsables devant les ministres, seront longtemps une source de conflits – ainsi, sous l'Empire, N. Frochot et L. N. Dubois –, mais en réalité l'initiative et le contrôle font du préfet de la Seine un véritable ministre des Affaires parisiennes : G. Chabrol, C. Rambuteau et, après l'intermède de la révolution de 1848 qui ramène pour un temps le pouvoir municipal parisien avec un maire de la ville, J.-J. Berger et Haussmann.

—  Jean-Pierre BABELON

La formation de l'agglomération parisienne

Entre 1870 et 1940, la capitale prend un nouveau visage. Le Paris de Napoléon enfermé dans l'enceinte des fermiers généraux, celui de Balzac qu'enserraient les fortifications de Thiers, la ville éventrée d'Haussmann qu'évoque Victor Hugo dans Les Années funestes font place au « Grand Paris », celui dont le centre se vide au profit de la périphérie et surtout de la banlieue. Désormais, on parle moins de Paris que de la région parisienne, tandis que surgissent avec acuité de nouveaux problèmes jusqu'alors négligés, comme celui des transports ou encore celui créé par l'anachronisme d'une administration héritée de Napoléon Ier.

La fin du Paris révolutionnaire

Le 4 septembre 1870, la révolution renverse le régime de Napoléon III. Comme en 1830 et en 1848, la république est proclamée à l'Hôtel de Ville. Ce changement s'opère une nouvelle fois en dehors de la province, il s'effectue dans une France envahie et un Paris bientôt investi par l'armée prussienne. Les souffrances du siège, l'humiliation de la défaite, la désorganisation des pouvoirs civils et militaires sont à l'origine du mouvement insurrectionnel de la Commune, maître de la capitale entre le 18 mars et le 21 avril 1871. Mais les forces que Thiers, chef du pouvoir exécutif, a rassemblées à Versailles écrasent l'insurrection lors de la « semaine sanglante ». Le passif de la Commune est lourd : destruction des Tuileries et de l'Hôtel de Ville, du ministère des Finances et du Conseil d'État, de la Cour des comptes et de nombreux immeubles privés (les incendies ne sauraient s'expliquer uniquement par les canons de M. Thiers). De plus, mal préparée et mal organisée, menant une politique incohérente, la Commune a envoyé au massacre les meilleurs militants de la capitale. Paris ne s'en relèvera pas ; sa vocation révolutionnaire est brisée. Ni les émeutes du 6 février 1934, ni le soulèvement de 1944, aidé par l'arrivée des troupes alliées, ni la révolte estudiantine de mai 1968 ne retrouveront les fastes révolutionnaires de 1830, 1848 et 1870, quand Paris « faisait l'Histoire ». La défaite de la Commune, c'est aussi la revanche de la province sur la capitale. Les troupes versaillaises n'étaient-elles pas formées de paysans venus des départements ? Cet antagonisme, qui se manifeste notamment au moment des élections, se poursuivra tout au long de l'histoire de la IIIe République.

Les Tuileries dévastées

Les Tuileries dévastées

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L'intérieur du palais des Tuileries incendié en mai 1871 pendant les derniers jours de la Commune de Paris, mouvement insurrectionnel du peuple parisien. 

Crédits : Hulton Getty

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Ruines de l'Hôtel de Ville de Paris

Ruines de l'Hôtel de Ville de Paris

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Les ruines de l'ancien Hôtel de Ville de Paris incendié en mai 1871, pendant les derniers jours de la Commune de Paris, mouvement insurrectionnel du peuple parisien. 

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Affrontement en mai 1968

Affrontement en mai 1968

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Les pavés contre les gaz lacrymogènes : c'est l'affrontement des étudiants français et de la police, rue Saint-Jacques, à Paris, lors des événements de mai 1968. 

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Immigrants et banlieusards

Il est vrai que l'attraction de Paris a enlevé naguère à la province nombre de ses meilleurs enfants. Jusque dans la seconde moitié du xixe siècle, l'immigration dans la capitale venait des départements voisins de Paris, situés en majorité dans la partie septentrionale de la région parisienne ; quand elle touchait des départements plus éloignés, elle revêtait un caractère professionnel (migrations saisonnières du Massif central). Dans la seconde moitié du xixe siècle et au début du xxe se développe une immigration d'un type différent : toutes les régions de France participent désormais à la croissance de la capitale, cependant que l'échantillonnage professionnel et social des nouveaux venus se diversifie. Étudiant le recensement de 1891, que confirme celui de 1901, Louis Chevalier observe qu'en ce qui concerne l'immigration parisienne « on constate que la diminution la plus forte atteint les départements les plus proches de Paris, et avant tout la Seine-et-Oise, la Seine-et-Marne, l'Oise et la Somme ». En revanche, la progression est particulièrement marquée dans trois régions : « en Bretagne, et surtout dans les Côtes-du-Nord, dans un groupe de départements qui comprend la Nièvre, le Cher et l'Indre, et enfin dans les départements du Massif central qui entourent le Cantal : la Corrèze et surtout l'Aveyron ». Mais, remarque L. Chevalier, « il faut se garder pourtant de considérer qu'un Paris méridional aurait dès lors remplacé un Paris septentrional. En chiffres absolus, la prépondérance des zones traditionnelles de départ (les départements du Nord) reste incontestée ».

Paris : évolution de la population de la ville et de sa banlieue

Paris : évolution de la population de la ville et de sa banlieue

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Évolution de la population de Paris et de sa banlieue. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Grâce à l'immigration, il y a donc croissance démographique de la capitale, mais croissance moins rapide qu'il n'y paraît et inégale selon les arrondissements. Le vieux Paris, surpeuplé, cesse d'absorber les nouveaux habitants de la capitale ; la population diminue dans les quatre premiers arrondissements, baisse également dans le Xe et le XIe, stagne dans le Ve et le VIe. On n'observe de progression que dans le VIIe et le VIIIe et dans les arrondissements périphériques, encore marque-t-elle un temps d'arrêt en 1911.

Si Paris cesse de progresser, il n'en va pas de même de la banlieue.

Comme le remarque en 1932 André Morizet, 39 des 80 communes de la banlieue parisienne dépassent 20 000 habitants, chiffre que n'atteignent pas nombre de préfectures dans les départements.

Les grands travaux et les nouveaux monuments

Il convenait d'éviter l'erreur commise par le premier Empire et les monarchies constitutionnelles qui avaient négligé de tenir compte du poids de la démographie dans l'aménagement de la capitale, préférant, sous Napoléon notamment, les réalisations de prestige aux travaux utilitaires dans les quartiers surpeuplés. Ce n'est qu'à partir de 1890 pourtant que se dessine la volonté de moderniser la cité par l'augmentation des adductions d'eau, l'accroissement du réseau d'égouts, la distribution du gaz et de l'électricité, l'évacuation des ordures ménagères (mesures du préfet Poubelle), le lancement de l'entreprise du chemin de fer métropolitain pour résoudre le problème des transports. En 1909 reprennent les grands travaux de voirie. Un emprunt de 900 millions est voté par le conseil municipal pour assurer l'exécution des diverses opérations : achèvement du boulevard Haussmann, de l'avenue Matignon, prolongement de la rue de Rennes jusqu'à la Seine, etc.

De nouveaux monuments apparaissent dans le paysage parisien : le Sacré-Cœur qui domine la ville, le palais du Trocadéro en 1878, la tour Eiffel en 1889, le Grand Palais, le Petit Palais et le pont Alexandre III en 1900 ; la plupart ont pour origine les Expositions universelles de 1878, 1889 et 1900 ; tous sont l'objet de controverses passionnées. Les expositions qui s'échelonnent entre les deux guerres mondiales valent à la capitale le musée des Colonies et le zoo de Vincennes (1931), le musée d'Art moderne et le « nouveau Trocadéro » (palais de Chaillot, 1937). Par ailleurs, les fortifications établies par Thiers sont détruites (1920-1924). En réalité tous ces travaux – dans l'ensemble mal coordonnés – comme le développement anarchique de la construction privée (poussée des quartiers riches à l'ouest : Champs-Élysées, Monceau, Passy, Auteuil, Champ-de-Mars ; poussée des quartiers pauvres à l'est : Charonne, Ménilmontant, Belleville) révèlent le mal dont souffre Paris : une carence administrative. Deux préfets, l'un pour le département de la Seine (Poubelle en 1883), l'autre pour la police (Lépine en 1893 et en 1899 ; Chiappe en 1928), vingt maires d'arrondissement mais aucun maire central, le conseil général du département faisant fonction de conseil municipal de la capitale : Paris est bien « une nef sans pilote ».

Sacré-Cœur de Montmartre, Paris, façade

Sacré-Cœur de Montmartre, Paris, façade

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Façade du Sacré-Cœur (1874-1919) de Montmartre, Paris. Architectes : Paul Abadie, puis, successivement, Honoré Daumet, Charles-Jean Laisné, Henri-Pierre-Marie Rouline, Lucien Magne, Jean-Louis Hulot. 

Crédits : Bridgeman Images

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Sacré-Cœur de Montmartre, Paris

Sacré-Cœur de Montmartre, Paris

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Le Sacré-Cœur de Montmartre, basilique du Vœu national au Sacré Cœur de Jésus, est le résultat d'un vœu émis au moment de la défaite de 1870-1871 et de la chute de Rome pour obtenir la délivrance du Souverain Pontife et le salut de la France. L'architecte Paul Abadie (1812-1884) remporte... 

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L’Exposition universelle de 1900

L’Exposition universelle de 1900

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Le temps de l'exposition, la ville devient virtuellement le centre du monde. D'où l'importance  d'un monument qui vienne matérialiser le progrès des techniques. En 1889, la tour Eiffel avait suscité de véhémentes réactions : « ... à quoi bon dresser sur un socle creux un obélisque vide... 

Crédits : Collection Dutailly/ Ville de Chaumont

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Gustave Eiffel

Gustave Eiffel

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L'ingénieur français Gustave Eiffel (1832-1923), à gauche, sur l'escalier de la tour Eiffel. Il réalisa ce monument pour l'Exposition universelle de 1889, à Paris. 

Crédits : Hulton Getty

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Construction de la tour Eiffel

Construction de la tour Eiffel

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Étapes de la construction de la tour Eiffel (1887-1889). Photographe : Théophile Féau (1839-1892). 

Crédits : Théophile Féau/ Henry Guttmann/ Hulton Archive/ Getty Images

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Exposition universelle de 1900

Exposition universelle de 1900

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La perspective de l'avenue Nicolas-II, à l'Exposition universelle de 1900, à Paris. 

Crédits : Hulton Getty

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—  Jean TULARD

L'architecture parisienne au XXe siècle

L'architecture produite à Paris au xxe siècle est quantitativement plus importante que celle héritée de tous les autres siècles confondus. Elle est de surcroît plus variée dans ses formes, ses dimensions, ses plans, ses méthodes de construction et ses couleurs ; plus inégale aussi, car les nécessités d'une production de masse n'ont pas toujours été de pair avec des visées esthétiques. Si l'on ne peut nier la persistance d'une évolution stylistique, l'appréciation de l'architecture parisienne, comme celle de tout le xxe siècle, passe également par une prise en compte des mutations techniques et des ruptures urbanistiques, deux phénomènes majeurs dont elle est la première traduction.

Beaux-Arts et Art nouveau

Le passage du siècle est marqué par une série de phénomènes et d'événements qui, bien qu'ayant longtemps paru divergents, voire incompatibles, participent d'un mouvement commun : le retour des architectes sur la scène parisienne, alors dominée par les chantiers de percements lancés par l'administration haussmannienne et dont de rares signatures émergeaient lors de la construction d'édifices publics. La création, en 1897 à l'occasion de l'ouverture de la rue de Réaumur, du concours des façades de la Ville de Paris, puis l'Exposition universelle de 1900 et le règlement de voirie de 1902, mais également l'emploi généralisé de la construction en béton armé vont concourir à renforcer l'individualisation de l'architecture. Celle-ci se traduit notamment, à la faveur de plusieurs projets monumentaux, par un regain d'intérêt pour les styles historiques d'une part, et par l'éclosion fulgurante d'une esthétique nouvelle d'autre part : l'Art nouveau.

Les deux palais des Beaux-Arts (les actuels Grand Palais et Petit Palais) construits pour l'Exposition universelle de 1900 forment, avec le pont Alexandre III, une œuvre d'urbanisme exceptionnelle, mais marquent aussi, après l'avènement du métal en 1889, le retour de la culture Beaux-Arts. Conçus par Henri Deglane, Albert Louvet et Louis Thomas sous la direction de Charles Girault, qui dessine seul le Petit Palais, les deux bâtiments sont à lire comme une synthèse du classicisme français, tout en intégrant les innovations techniques les plus récentes : l'entrepreneur en béton armé François Hennebique impose son système pour la construction des escaliers des halls et des planchers de l'étage de la partie postérieure du Grand Palais, tandis qu'au Petit Palais voûtes, planchers et escaliers des tourelles sont autant de contributions, visibles ou invisibles, à la stabilité et à l'esthétique de l'ensemble. Dans le même temps, Hector Guimard, Jules Lavirotte, Gustave Schoelkopff ou Charles Plumet livrent les œuvres le plus significatives de l'Art nouveau parisien : le premier fait un voyage décisif en mai 1895, pendant lequel il visite l'hôtel Tassel de Victor Horta, qui provoque non seulement une modification des plans du futur Castel Béranger (14, rue La Fontaine, xvie, 1895-1898), mais conforte encore son intention de concevoir ses bâtiments jusque dans leur moindre détail. La salle Humbert-de-Romans, 60, rue Saint-Didier (xvie, 1898-1901, détruite en 1905), traduit cette approche gestaltiste, de même que l'hôtel Nozal, 52, rue du Ranelagh (xvie, 1905, détruit), ou encore celui construit pour lui-même et son épouse au 122, avenue Mozart (xvie, 1905-1912). Les courbes et contre-courbes du style « coup de fouet », popularisées par les édicules, entrées et sorties dessinés par Guimard pour le métro parisien, passeront cependant rapidement de mode.

Les révolutions du béton armé

Loin de favoriser l'émergence d'une pratique ou d'un langage spécifique, le béton armé offrait au contraire, par sa malléabilité, une infinie variété de mises en œuvre. En s'emparant du nouveau matériau, les rationalistes lui ont cependant donné une forme en accord avec leurs idéaux. À l'église Saint-Jean-l'Évangéliste, dite Saint-Jean de Montmartre, 19, rue des Abbesses (xviiie, 1894-1904), Anatole de Baudot réinterprète la légèreté gothique tout en conférant à la construction les propriétés d'un monolithe. Avec l'immeuble du 1, rue Danton (vie, 1900), conçu par Édouard Arnaud pour abriter les bureaux de la firme Hennebique, il est toujours question de légèreté et d'économie de matière, mais le but est aussi de prouver la capacité du matériau à fabriquer toutes les architectures, ordinaires ou extraordinaires. Pour Auguste et Gustave Perret, en revanche, le béton sera le moyen d'actualiser le vocabulaire classique de l'architecture. Si c'est plutôt en pragmatiques qu'ils agissent en construisant l'immeuble du 25 bis, rue Franklin (xvie, 1903), c'est déjà en théoriciens qu'ils dessinent la façade du garage de la rue de Ponthieu (viiie, 1906, détruit). Le béton armé, revêtu de grès flammé, leur permet, dans le premier bâtiment de construire sur une parcelle étroite des espaces flexibles ; laissé nu dans le second, il devient la clé de voûte d'un « classicisme structurel » : il ne constitue plus seulement un matériau, mais un langage. Un langage qui n'atteindra sa maturité qu'après guerre avec le bâtiment principal du Service technique de constructions navales, boulevard Victor (xve, 1932), le Garde-meuble du Mobilier national, rue Berbier-du-Metz (xiiie, 1936), et enfin le musée des Travaux publics, place d'Iéna (xvie, 1937). Mais le béton est aussi, pour les frères Perret, le matériau qui résout dans bien des cas le problème de l'espace et qui légitime selon eux que le théâtre des Champs-Élysées (avenue Montaigne, viiie, 1913), dont le belge Henry van de Velde réclame la paternité, leur soit pleinement attribué.

Dix ans plus tard, Le Corbusier et Pierre Jeanneret proposent, avec la maison de Raoul La Roche, 8-10 square du Docteur-Blanche (xvie, 1924), une spatialité tout à fait nouvelle, en partie redevable au néoplasticisme hollandais : l'ossature disparaît derrière des surfaces planes, blanches pour l'essentiel, la décomposition en plans amenant une dématérialisation des murs qui abolit toute hiérarchie, toute analogie ou solidarité entre la forme d'une part, la distribution et la fonction d'autre part. À quelques mètres de là, Robert Mallet-Stevens, dans la rue qui porte son nom dès son ouverture en 1927, utilise le béton armé pour créer en premier lieu des volumes formant autant d'éléments plastiques purs, affranchis de toute fidélité au plan.

Variations sur l'immeuble

Si l'on excepte l'église Saint-Christophe-de-Javel, construite par Charles-Henri Besnard rue Saint-Christophe (xve, 1921-1930), qui utilise à cette occasion des éléments de structure moulés en usine puis montés sur place, c'est avec l'architecture industrielle que le béton armé suscite l'essentiel des recherches. Appliqué à la construction courante, il représente pour les architectes un moyen de faire évoluer progressivement les types consacrés et de penser la façade comme un programme plastique de plus en plus autonome. Ainsi l'immeuble de rapport parisien, et dans une moindre mesure l'atelier d'artiste et l'hôtel particulier, constituent-il pendant l'entre-deux-guerres un important terrain d'expérimentation spatiale et plastique. Michel Roux-Spitz, qui construit quatre immeubles quasiment identiques aux 14, rue Guynemer (vie, 1925-1927), 89, quai d'Orsay (viie, 1927-1930), 45, boulevard d'Inkermann à Neuilly-sur-Seine (1929-1931) et 11, boulevard du Montparnasse (vie, 1930-1931), se spécialise dans le placage de pierre d'Hauteville et oppose la beauté organique de ses réalisations à l'« ossaturisme » du 51-55, rue Raynouard (xvie, 1932) des frères Perret. Henri Sauvage choisit quant à lui, pour l'immeuble à gradins du 26, rue Vavin (vie, 1913), un revêtement de céramique blanche, ponctuée de carreaux bleus, qu'il emploiera de nouveau pour les habitations à bon marché de la rue des Amiraux (xviiie, 1913-1930) et, de façon plus hiérarchisée, au Studio Building du 65, rue La Fontaine (xvie, 1926). C'est ici l'hygiène qui dicte ce choix, et dans de nombreux cas l'économie, quand se généralise l'emploi du carreau cassé.

La recherche de la lumière

Les architectes du mouvement moderne ont plus spécifiquement fait porter leurs recherches sur la lumière, synonyme d'hygiène et de confort à la fois. Ce travail va généralement de pair avec une attention apportée plus spécifiquement à l'espace de l'habitation. Dès 1913, André Arfvidson avait, pour l'immeuble d'artistes des 31-31 bis, rue Campagne-Première (xive), inauguré le principe de l'aménagement en duplex avec mezzanine. Le Corbusier poursuit cette recherche avec l'atelier du peintre Amédée Ozenfant, 53, avenue Reille (xive, 1923-1924), puis avec l'immeuble du 24, rue Nungesser-et-Coli (xvie, 1934), dont les 7e et 8e étages, aménagés pour lui-même, offrent un espace unique ouvert sur Paris d'un côté et sur Boulogne-Billancourt de l'autre. Mais c'est à la Cité de refuge de l'Armée du Salut, 12, rue Cantagrel (xiiie, 1932), que l'architecte fait de la lumière un programme en soi : le mur-rideau vitré par lequel il ferme la façade sud devient le manifeste d'une architecture radieuse et d'une « respiration exacte ». La Maison du docteur Dalsace, dite Maison de verre, 31, rue Saint-Guillaume (viie, 1928-1931), conçue par Pierre Chareau avec Bernard Bijvoet, est enfin une réponse exceptionnelle à une situation peu commune : les très coûteux murs de verre qui tiennent lieu de façades, constitués de panneaux de briques Nevada assemblés par la firme Dindeleux, ont été imposés par la situation entre cour et jardin d'une habitation qui, de surcroît, est la reprise en sous-œuvre d'un hôtel particulier existant, dont l'architecte est contraint de conserver le dernier niveau. Chareau conçoit alors une structure entièrement métallique, fermée par des parois de verre, ajoutant à l'intérieur de la maison une somme d'innovations techniques et programmatiques sans équivalent.

Renouveau classique

Moment extrêmement fécond malgré la crise économique et morale que connaît la France, les années 1930 sont un moment de maturité pour l'architecture moderne, qu'incarnent par exemple les réalisations de Jean Ginsberg (avec Berthold Lubetkin, puis François Heep), de Bruno Elkouken ou Roger-Henri Expert, mais aussi celles plus classiques de Pierre Patout, Louis Faure-Dujarric ou Jean-Charles Moreux. Sur l'emprise des fortifications de Thiers, Paris se dote de plusieurs milliers d'habitations à bon marché, ponctuées de squares et de groupes scolaires. L'architecture religieuse, pour sa part, connaît avec les Chantiers du Cardinal, à partir de 1931, un renouveau historique : le béton armé, associé à la brique ou à la pierre, favorise la construction d'églises à coupole ; c'est le cas notamment au Saint-Esprit (xiie, Paul Tournon, 1933), à Sainte-Odile (xviie, Jacques Barge, 1938) et à Saint-Pierre de Chaillot (xvie, Emile Bois, 1931-1938). Le renouveau classique qui, bien souvent, semble définir les années 1930, s'exprime majoritairement dans l'architecture publique. Il est teinté d'un brin d'exotisme au musée permanent des Colonies, porte Dorée, réalisé en 1931 par Albert Laprade dans le cadre de l'Exposition coloniale : les colonnes de la façade et surtout sa gigantesque tapisserie sculptée (1130 m2), réalisée en deux ans par Alfred Janniot, évoquent en effet la diversité de l'empire français. L'Exposition internationale de 1937 sera l'occasion de parfaire et de simplifier encore le vocabulaire classique. Le palais de Chaillot de Jacques Carlu, Louis-Hippolyte Boileau et Léon Azéma et le palais de Tōkyō, réalisé par André Aubert, Jean-Claude Dondel, Paul Viard et Marcel Dastugue et accueillant les musées d'art moderne forment, avec le musée des Travaux publics des frères Perret, un point d'aboutissement dans la recherche d'un ordre moderne, qui ne survivra pas à la parenthèse architecturale de la Seconde Guerre mondiale ni, surtout, à l'urgence d'une modernisation de la construction.

Moderniser la capitale

La modernisation est dans un premier temps purement théorique, comme la mission de définition de nouveaux types d'immeubles de logements, confiée à Michel Roux-Spitz en 1941. Les recommandations de l'architecte orienteront toutefois la construction des premières opérations menées par l'Office public d'H.L.M. de la Ville de Paris en 1950-1952. Mais la crise du logement impose une échelle et un degré d'industrialisation bien plus importants. Adoptant le principe du « chemin de grue », système répétitif qui incitera les concepteurs à dessiner les barres les plus longues possibles, Bernard Zehrfuss et Jean Sebag livrent, au pont de Sèvres à Boulogne, trois immeubles parallèles abritant 200 logements réalisés en seize mois (1951-1952). La Fédération parisienne du bâtiment ouvre pour sa part, en 1952, un concours destiné à réaliser des économies de temps, d'argent et de main-d'œuvre. C'est Jean Fayeton, avec les entreprises Lefaure, Quillery-Saint-Maur et Sté G.C.E.P. pour le gros œuvre, les fondations et les menuiseries, ainsi que Schmid Bruneton Morin pour la charpente métallique, qui l'emporte et réalise les deux barres H.L.M. de la Porte des Lilas, achevées en 1956. Dégradés et implantés sans guère d'attention au site, les immeubles seront détruits dans les années 1990.

Dans quelques cas, toutefois, la préfabrication donne lieu à une recherche esthétique spécifique. Entre la rue Croulebarbe et le boulevard Auguste-Blanqui (xiiie, 284 logements, 1958), Adrien Brelet et André Le Donné, deux disciples d'Auguste Perret, font du module de béton préfabriqué l'unique élément de composition, tandis que les panneaux sont incrustés de carreaux de grès cérame noir et rouge. Plus fidèle encore à la doctrine de Perret, Denis Honegger, 80, rue de Meaux (xixe, 425 logements, 1958), met à profit des recherches déjà effectuées dans le cadre de la rénovation du centre de Pantin : un module, ici un élément de béton préfabriqué de 0,81 mètre, détermine des travées régulières de 3,24 mètres garantissant une composition classique de ses immeubles. Avant que tours et barres ne l'emportent, quelques figures originales, probablement importées des États-Unis, s'imposent encore avec les plans en Y du square Georges-Contenot (xiie, 496 logements, J. Bourgeois, Joseph Bukiet, Jean-Baptiste Hourlier, G. Lesou, A. Picard, et Georges Tourry, 1950-1957) et du square d'Amiens (xxe, 248 logements, Henri Storoge, Florent Nanquette et Jean-Marie Brandon, 1954), deux des ensembles les plus réussis des années 1950.

Une nouvelle génération

Si l'on excepte le pavillon du Brésil à la Cité universitaire (1959), par Le Corbusier et Lucio Costa, la génération des pionniers du mouvement moderne n'aura plus guère d'occasion de s'exprimer sur le territoire parisien. Des architectes plus jeunes s'imposent ou confortent leur ancrage dans la capitale ; c'est notamment le cas de Jean Ginsberg qui, avec les immeubles des 28, rue Chardon-Lagache (xvie, 1936-1952), 2, place Rodin (xvie, 1952) et 19, rue du Docteur-Blanche (xvie, avec Georges Massé, 1953), confirme son savoir-faire en matière de construction, de distribution, de confort et d'animation plastique. L'œuvre parisienne de Bernard Zehrfuss est quant à elle dominée par la participation à deux des bâtiments les plus prestigieux du moment : le siège de l'U.N.E.S.C.O. (avec Marcel Breuer et l'ingénieur Pier Luigi Nervi, 1953-1958), dont il construira plus tard les différentes extensions, et le C.N.I.T. (Centre national de l'industrie et des techniques, 1954-1958) à La Défense (avec Robert Camelot, Jean De Mailly et l'ingénieur Nicolas Esquillan, 1958) ; deux « palais » qui ont en commun d'exprimer les nouvelles possibilités structurelles et formelles du béton armé.

Spécialisé dans les structures et les façades légères, le constructeur Jean Prouvé est, pour sa part, associé à la conception de nombreux bâtiments. Raymond Gravereaux et Raymond Lopez – qui construira avec Marcel Reby le siège de la Caisse d'allocations familiales, rue Viala (xve, 1952-1959) – le sollicitent pour le nouveau siège de la Fédération nationale du Bâtiment, construction minimaliste faite de cinq « planchers-plateaux » chauffants en porte-à-faux, reposant sur huit poteaux, le tout fermé en façade par 126 panneaux préfabriqués, situé rue Lapérouse (xvie, 1951). Prouvé utilisera des éléments du même type pour l'école Boulle (9, rue Pierre-Bourdan, xiie, Albert Laprade, 1952) et l'actuel lycée Paul Poiret (19, rue des Taillandiers, xie, Jacques et Bernard Ogé, 1959), puis en concevra de nouveaux, coulissant verticalement, pour l'immeuble d'habitation du 5, square Mozart (xvie, Lionel Mirabeau, 1954).

L'âge des tours

De leur côté, Édouard Albert et l'ingénieur Jean-Louis Sarf expérimentent une structure légère pour la surélévation de l'hôtel particulier situé 85 bis, rue Jouffroy (xviie, 1955), ancienne propriété de Gustave Eiffel. Ils mettent en application ce système à grande échelle (61 mètres de hauteur) avec la tour d'habitation du 33, rue Croulebarbe (xiiie, 1960), premier immeuble de grande hauteur (I.G.H.) parisien, construit avec Roger Boileau et Jacques Henri-Labourdette. D'autres suivront rapidement, entre 1970 et 1975 principalement, soit de manière isolée comme la tour Zamansky à Jussieu (ve, Édouard Albert, Urbain Cassan, René Coulon, Roger Séassal, 1965-1971) ou la tour Maine-Montparnasse (Eugène Beaudouin, Urbain Cassan, Jean Saubot et Louis Hoym de Marien, 1969-1972), soit par groupes dans les quartiers de rénovation urbaine, notamment aux Olympiades (xiiie, Michel Holley, avec Albert Ascher et Gérald Brown-Sarda, 1968-1975) et au Front de Seine (xve, Henry Pottier et Michel Proux, 1967-1975). Conçus comme des ensembles ordonnancés, les quartiers de tours n'ont pourtant pas trouvé leur cohérence, seules se distinguant quelques réalisations de standing, elles aussi isolées, comme le Périscope et Super-Italie de Maurice Novarina, avenue d'Italie (xiiie, 1969-1972 et 1970-1972) ou Le Nouveau Monde de Philippe Deslandes, rue Dunois (xiiie, 1971). De même, à La Défense, la tour Nobel (Jean De Mailly et Jacques Depussé, 1966-1968), dont Jean Prouvé réalise les panneaux de façade, demeure seule en amont du quartier, jouissant d'une visibilité que justifie et renforce à la fois l'élégance de son dessin : les angles arrondis, inspirés de la production américaine, rappellent en effet les immeubles d'angle des années 1930.

Esthétiques fonctionnelles

L'émergence d'une architecture de masse a rapidement incité certains constructeurs à développer une plastique spécifique. Roger Anger, Mario Heymann et Pierre Puccinelli se sont ainsi spécialisés dans une animation volumétrique des façades, au moyen d'une disposition géométrique, orthogonale le plus souvent, des balcons et des loggias : c'est le cas rue Barrault (xiiie, 1962), rue des Pyrénées (xxe, 1963), boulevard Vincent-Auriol (xiiie, 1965), rue de Dantzig (xve, 1965) ou rue Saint-Ambroise (xie, 1969). Jean Dubuisson mène de son côté un travail plus graphique sur des façades lisses : chargé de construire, rue du Commandant-Mouchotte (xive, 1959-1968) dans le cadre de l'opération Maine-Montparnasse, le plus grand immeuble de logement jamais construit à Paris (180 mètres de long sur 40 mètres de haut, 750 appartements pour 2 000 habitants), il applique à la façade une composition originale (dite « trame écossaise »), associée à une recherche spécifique sur les plans d'appartements et les espaces communs.

La maîtrise croissante de la construction en béton armé autorise d'autre part un usage du matériau brut, avec des traitements très soignés. Le Parc des Princes, porte d'Auteuil (xvie, 1972), conçu par Roger Taillibert avec l'ingénieur Pierre Richard et l'ambassade d'Australie, 4, rue Jean-Rey (xve, 1978), – pour laquelle Harry Seidler s'adjoint les conseils de deux fins connaisseurs du beau béton, Marcel Breuer et Pier Luigi Nervi – en sont deux exemples très différents. André Wogenscky donnera un ton différent au brutalisme : c'est la forme davantage que le matériau qui, pour la faculté de médecine de l'hôpital Saint-Antoine (xiie, 1965) et pour celle de l'hôpital Necker (xve, 1968), donnent leur force à ces imposants bâtiments, où d'ailleurs le béton des brise-soleil est associé aux plaques émaillées des pignons. Avec la maison de l'Iran à la Cité universitaire (xive 1969), grand portique auquel sont suspendues deux « boîtes » de chacune quatre étages, Claude Parent propose quant à lui (avec Mossem Foroughi, Hedar Ghiai et André Bloc) une nouvelle voie au brutalisme, celle du métal. Une voie que suivent également Marcel Lods, Henri Beauclair et Paul Depondt à la Maison des sciences de l'homme, 54, boulevard Raspail (vie, 1965-1970), dont la structure métallique précontrainte est étudiée par Léon Karol Wilenko. Plus lyrique, le siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien (xixe, 1967-1980), dessiné par Oscar Niemeyer et réalisé avec Paul Chemetov et Jean Deroche, est l'occasion pour Jean Prouvé de réaliser l'un de ses derniers murs-rideau ; l'un des plus spectaculaires aussi, car épousant la forme courbe donnée par l'architecte brésilien au bâtiment implanté en fond de parcelle – au premier plan émerge discrètement la calotte blanche de la salle d'assemblée, aménagée en souterrain.

L'architecture urbaine

L'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République, en 1974, marque la fin de la construction des tours dans Paris – entamés en 1970, les Orgues de Flandre (xixe) de Martin van Treeck sont néanmoins achevés en 1978. L'inauguration, en 1977, du Centre national Georges-Pompidou (ive) conçu en 1971 par Renzo Piano et Richard Rogers, symbolise quant à elle la fin de la période moderniste, dont le dernier spécimen est aussi le plus réussi : héritier des années pop britanniques, ce vaisseau aux allures de raffinerie, exhibant les éléments de son fonctionnement intérieur, affirme aussi une distance critique voire une insolence à l'égard de l'orthodoxie moderniste.

Celle-ci est de toute façon mise à l'écart avec le Plan d'occupation des sols (P.O.S.) adopté le 28 février 1977 – il sera révisé par deux fois, en 1989 et 1994. Le plafond des hauteurs maximales de construction est fixé à 25 mètres dans le centre de Paris et à 31 mètres dans les arrondissements périphériques ; l'alignement des bâtiments en bordure des voies redevient le principe directeur de fabrication de la ville et implique une recherche permanente de la continuité. De plus en plus improbable dans une ville qui a connu plusieurs ruptures successives, cette continuité trouvera son principal champ d'application dans les Z.A.C. (zones d'aménagement concerté), notamment celles de Reuilly (xiie, 1986-2006), puis à Bercy (xiie, 1987-2005) et Paris rive gauche (xiiie, depuis 1991). Au point de vue formel, les architectes demeurent sensibles aux qualités plastiques de la production des années 1920 comme au savoir-faire urbain des années 1930 ; en témoigne par exemple l'immeuble situé à l'angle de la rue Vercingétorix et de la rue de Gergovie (xive, 1983), conçu par Jean Castex, Philippe Panerai et Alain Payeur, comme plus tard les travaux d'Henri Ciriani, Stanislas Fiszer, Édith Girard, Antoine Grumbach ou Yves Lion.

Un répertoire des formes

Christian de Portzamparc, auteur avec Georgia Benamo d'un ensemble de 208 logements répartis en plusieurs immeubles de part et d'autre de la rue des Hautes-Formes (xiiie, 1975-1979), inaugure quant à lui un moment de renouvellement formel important, dont Jean Nouvel et Henri Gaudin seront également deux des principaux acteurs. Le premier se fait connaître avec l'Institut du monde arabe (ve, 1981-1987), réalisé en association avec Gilbert Lézénès, Pierre Soria et Architecture Studio, qui interprète de manière contemporaine des notions et des motifs traditionnels associant l'ornemental et le fonctionnel : la façade principale est constituée de 242 panneaux de verre sertis de moucharabiehs qui, selon l'intensité lumineuse, s'ouvrent et se referment grâce à des milliers de cellules photo-électriques. Auteur, avec son fils Bruno, du stade Sébastien-Charléty et de la Maison du sport français, boulevard Kellermann et avenue de la Porte-de-Gentilly (xiiie, 1989-1994), puis de la restructuration du musée Guimet, place d'Iéna (xvie, 1993-1999), Henri Gaudin s'impose pour sa part comme le maître d'une poétique baroquiste de l'architecture.

Les grands projets architecturaux lancés ou repris en 1982 par le président François Mitterrand ont, d'autre part, donné lieu à la création de plusieurs bâtiments marquants dans le paysage parisien : outre l'I.M.A., la pyramide du Louvre (ie, 1983-1989) de Ieoh Ming Pei, l'Arche de La Défense (Johann Otto von Spreckelsen, 1983-1989), la Cité de la musique (Christian de Portzamparc, 1984-1994) et la Cité des sciences (1980-1986) d'Adrien Fainsilber, situées aux deux extrémités du parc de La Villette (xixe), enfin le ministère de l'Économie et des Finances à Bercy (xiie, Paul Chemetov et Borja Huidobro, 1982-1988), auxquels s'ajoutera durant le second septennat la Bibliothèque nationale de France (xiiie, 1989-1995) de Dominique Perrault. Les formes le plus souvent simples de ces monuments cachent cependant mal un éclectisme de plus en plus débridé, que le musée du Quai Branly de Jean Nouvel (viie, 1998-2006), dernier chantier présidentiel du xxe siècle, traduit mieux qu'aucun autre.

Lorsqu'elle n'est pas totalement introvertie, c'est-à-dire réduite au façadisme, l'architecture parisienne des années 2000 se caractérise en effet par une débauche de formes, de matières et de couleurs, dont on distingue encore mal ce qui pourrait en atténuer la diversité. Nourrie des nombreux acquis et innovations du siècle précédent, elle tire une grande partie de sa richesse dans sa faculté d'adaptation aux multiples situations urbaines laissées par l'aménagement de la capitale.

—  Simon TEXIER

L'évolution sociodémographique

Parmi les grandes métropoles mondiales, Paris occupait, en 2015, le vingt-neuvième rang pour le nombre des habitants. Elle n'en fait pas moins partie des villes géantes. L'agglomération (« unité urbaine de Paris » pour l'I.N.S.E.E.) comptait 10 550 350 habitants en 2012 (Paris intra-muros : 2,254 millions). La couronne périurbaine, très fortement liée à l'agglomération par ses flux quotidiens d'actifs, lui donne à peu près un million et demi de personnes supplémentaires. Pour un pays modérément peuplé comme la France, c'est énorme. L'agglomération parisienne a autant d'habitants que les quinze plus grandes agglomérations provinciales françaises réunies, sept fois plus que celles de Lyon ou de Marseille et environ 20 p. 100 de la population urbaine de la France métropolitaine. C'est plutôt une ville à la taille de l'Europe, au premier rang sur le continent, derrière Moscou et Londres, et qui possède autant d'habitants sur ses 2 723 km2 que la Belgique ou le Portugal sur la totalité de leur territoire.

Cette population a une multitude de traits originaux liés aux fonctions de la grande métropole politique, économique et culturelle qu'est Paris. Elle comporte en particulier une proportion de personnes diplômées, qualifiées et aisées nettement plus forte que les métropoles provinciales. Le processus de mondialisation en cours ne fait que renforcer cette caractéristique. En même temps, du fait de la taille de l'agglomération, la population est nettement plus diversifiée que dans n'importe quelle autre grande ville française.

La croissance de l'agglomération parisienne

La taille atteinte aujourd'hui par l'agglomération est évidemment le résultat d'une longue évolution. Ce qui est surprenant, dans le cas de Paris, c'est que la croissance est continue depuis cinq siècles, hormis de brèves périodes de guerre. C'est inhabituel pour les autres grandes villes du monde. Une croissance aussi durable implique la convergence de nombreux facteurs favorables, en particulier de facteurs économiques et politiques. Dans le cas de Paris, capitale de la France depuis plus de mille ans, ces derniers ont joué un rôle clé. Ils n'ont pratiquement pas cessé d'avoir un effet d'entraînement sur les activités économiques et, par voie de conséquence, sur la population.

Il serait pourtant erroné de croire que l'évolution a été régulière. Il y a eu d'amples variations de rythme bien qu'il soit difficile d'en rendre compte, et ce pour deux raisons. D'abord, parce que l'extension de la surface bâtie n'est connue précisément que depuis 1954 ; pour les années antérieures, il faut donc évaluer l'étendue de l'agglomération à partir des documents disponibles. Ensuite, parce que les données sur le nombre d'habitants n'existent vraiment que depuis le milieu du xixe siècle ; les premiers recensements ont été assez imprécis (le premier a été effectué en 1801) ; quant aux dénombrements effectués sous l'Ancien Régime, ils fournissent tout au plus des ordres de grandeur.

La croissance démographique

L'évolution de la population ne peut donc être retracée qu'avec une certaine approximation. La ville a commencé à se développer de façon plus ou moins continue à partir du début des Temps modernes, une fois passées les graves crises démographiques de la fin du Moyen Âge. La croissance a été lente mais à peu près constante du xvie au xviiie siècle. L'agglomération aurait compté 250 000 habitants en 1530, 430 000 en 1650 et 620 000 à la veille de la Révolution. Pendant cette période, la croissance a toujours été un peu plus élevée à Paris que dans l'ensemble de la France, car la ville a été favorisée par un flux continu de provinciaux. La dimension de l'organisme urbain restait néanmoins raisonnable. En 1789, l'agglomération concentrait un peu plus de 2 p. 100 de la population française, ce qui n'était pas disproportionné pour une capitale.

C'est au cours du xixe siècle que le rythme de la croissance a changé, en même temps que la place de Paris au sein du système urbain français. La concentration extrême du pouvoir politique dans la capitale a attiré toutes sortes d'activités recherchant la proximité de ce dernier et a donné une forte impulsion aux activités industrielles et tertiaires, surtout à partir du second Empire. Paris devient alors, peu à peu, une hypercapitale concentrant une part considérable des activités politiques, économiques et culturelles du pays. Dans ces conditions, la population augmente vite : elle double entre 1801 et 1851 et double de nouveau entre 1851 et 1876. L'agglomération atteint ainsi 1,4 million d'habitants au milieu du xixe siècle et 3,7 millions à la fin du siècle ; elle concentre alors près de 10 p. 100 de la population du pays. L'écart entre Paris et les villes de province s'accroît vite : en 1789, la capitale avait quatre fois plus d'habitants que la deuxième ville du pays ; en 1900, elle en a huit fois plus.

Loin de cesser, la croissance s'est poursuivie à un rythme rapide dans la première moitié du xxe siècle, car Paris conserve une position fortement dominante pour presque toutes les fonctions. La population s'élève à 4,8 millions d'habitants en 1920, à 6,5 millions en 1954 et à 8,2 millions en 1968 ; elle représente alors près de 17 p. 100 de la population de la métropole. La croissance démographique excède largement 100 000 personnes par an dans les années 1950-1960. Une telle concentration est exceptionnelle dans les pays développés comparables à la France. Il n'existe rien de tel en Allemagne, en Italie, en Espagne ni même dans le Royaume-Uni en dépit de l'importance considérable de Londres.

La décélération intervient néanmoins à partir des années 1960. C'est d'abord un effet de la taille atteinte : dans toutes les grandes métropoles, à un moment donné, le gigantisme finit par avoir des effets négatifs qui provoquent peu à peu un freinage. Le phénomène est lié aussi, de façon indéniable, aux mesures prises pour juguler la croissance parisienne afin de vivifier la province. Ces mesures ont accéléré la désindustrialisation et réduit le dynamisme des activités tertiaires. Ces divers facteurs ont combiné leurs effets pour diminuer la vitesse de la croissance. L'augmentation annuelle de la population est réduite de moitié ou plus au cours des années 1970 : elle ne dépasse plus guère 50 000 personnes par an. Depuis 1999, il semble qu'il y ait une légère reprise de la croissance démographique. Il convient toutefois d'être circonspect sur ce point. Le recensement de 1999 a certainement sous-évalué la population de l'agglomération ; ce biais peut ainsi donner l'illusion que la période suivante (1999-2007) est plus dynamique. Dans l'attente d'une confirmation, il est prudent de considérer une période plus longue, celle couvrant les années 1990-2007, qui fait apparaître une croissance modérée de 42 000 personnes par an en moyenne, à peu près de même ampleur que dans les années 1980.

L'étalement de l'agglomération

L'extension spatiale de l'agglomération a été plus rapide encore que sa croissance démographique, particulièrement depuis le début du xixe siècle. Alors que la population a été multipliée par dix depuis 1830, la surface occupée a été à peu près multipliée par vingt-cinq. Pendant les années 1960, l'extension se faisait encore au rythme de 60 km2 par an. Pendant les années 1980, en raison de la réduction de la croissance démographique et des difficultés économiques, elle est tombée à 30 km2 par an, ce qui reste tout de même considérable.

L'extension progressive de Paris au cours des derniers siècles est assez bien connue grâce aux plans successifs qui ont été conservés. Pendant le Moyen Âge et les Temps modernes, la ville s'est étendue lentement et a gardé une forme plus ou moins circulaire. Elle a en effet été contenue, dans une large mesure, par une série de murs, depuis l'enceinte de Philippe Auguste, au xiiie siècle, jusqu'au mur des Fermiers généraux, au xviiie siècle. Au-delà des portes, il y avait néanmoins des faubourgs qui s'étendaient le long des routes.

Au cours du xixe siècle, la croissance spatiale devient beaucoup plus rapide et plus désordonnée. Les faubourgs s'étendent très vite et les villages voisins grossissent rapidement. En 1860, les limites de la ville sont repoussées jusqu'aux fortifications de Thiers et elles ont, depuis lors, été conservées sans changement. Avec la construction des chemins de fer, la croissance a vite pris un aspect tentaculaire ; les diverses lignes construites ont beaucoup contribué au développement de la banlieue, particulièrement dans les vallées. Dans la seconde moitié du xxe siècle, les autoroutes et le R.E.R. ont donné un nouvel élan à l'étalement de l'agglomération, surtout vers l'ouest et le sud. Celle-ci s'étend alors jusqu'à quarante ou cinquante kilomètres du centre. C'est avant tout le développement de l'automobile qui a permis de combler les vides entre les diverses radiales routières ou ferrées, en particulier sur les plateaux.

L'espace occupé par l'agglomération s'est ainsi beaucoup accru au cours des xixe et xxe siècles. En 1800, la ville n'avait pas plus de 40 km2. En 1900, elle en avait 450 environ, soit près de onze fois plus. L'agglomération passe ensuite à 1 300 km2 en 1954 et à 2 723 km2 en 1999, soit près de six fois plus qu'au début du siècle. Quant à l'aire urbaine, à la même date, elle dépasse 10 000 km2.

La densité de la population est évidemment très variable d'un lieu à un autre. Elle est élevée dans la partie centrale, à l'exception du centre des affaires et du centre politique, tandis qu'elle est de plus en plus faible à la périphérie. La configuration, grossièrement concentrique, est similaire à celle observée dans toutes les grandes villes du monde. Ce qui distingue, en revanche, l'agglomération parisienne de la plupart des métropoles de pays développés, c'est la forte densité du noyau central. Dans la ville de Paris proprement dite, sans les bois de Boulogne et de Vincennes, la densité moyenne approche les 250 habitants par hectare, soit près de deux fois celle qui est observée dans le centre de Londres sur une superficie comparable. Dans certains quartiers, elle atteint même 500 hab./ha, en particulier sur la colline de Montmartre. Dans la banlieue, les variations sont fortes : la densité est encore de 100 à 200 hab./ha dans les communes qui jouxtent Paris, mais elle peut tomber au-dessous de 10 à la périphérie de l'agglomération. Il y a bien sûr des variations selon le type d'habitat et le niveau social. Les densités les plus faibles sont observées dans les communes riches où prédominent les maisons individuelles, notamment dans la banlieue ouest.

La population parisienne

La population de l'agglomération parisienne ne cesse d'évoluer, comme celle de toutes les villes, par le jeu de deux processus : d'une part, celui des naissances et des décès, d'autre part, celui des arrivées et des départs.

Au cours des périodes intercensitaires 1982-1990 et 1990-2007, c'est le bilan naturel qui a fait augmenter la population : l'excédent a été de 80 000 personnes par an en moyenne. Quant au bilan migratoire, il a été négatif, le déficit ayant été de 35 000 personnes par an en moyenne. Une telle situation n'existe en vérité que depuis les années 1970 et elle est largement imputable à la politique d'aménagement du territoire mise en place pour freiner l'expansion parisienne. Dans le passé, c'est très largement par le jeu de la dynamique migratoire que la population a évolué, spécialement au cours de la période de forte croissance observée pendant le xixe siècle et la première moitié du xxe.

En dépit du changement qui s'est produit récemment, les migrations continuent de jouer un rôle important dans la formation et la composition de la population. Il y a d'abord des mouvements internes d'assez grande ampleur ayant pour résultat de faire diminuer la population dans le noyau central et de la faire augmenter dans la couronne périphérique. Il y a aussi des échanges massifs avec l'extérieur que le simple bilan migratoire ne traduit pas car plusieurs centaines de milliers d'arrivées et de départs sont observés chaque année. La population de l'agglomération est constamment renouvelée par ces mouvements externes. Ceux qui arrivent sont le plus souvent jeunes et à la recherche d'un emploi : leur moyenne d'âge est de vingt-quatre ans. Ceux qui partent sont plus divers : ils comprennent en particulier des adultes ayant passé un certain nombre d'années dans l'agglomération et des personnes prenant leur retraite.

Les origines de la population

Il n'est pas surprenant dans ces conditions que la population soit pour une large part venue d'ailleurs. L'attraction de la capitale est très ancienne et elle n'a jamais cessé de s'exercer. Le fait était déjà commun au xixe siècle, au cours duquel de nombreux provinciaux, hommes et femmes, « montaient » à Paris. Il l'est plus encore aujourd'hui. Seul un habitant sur quatre est né dans la capitale proprement dite ; pas plus d'un sur vingt a des parents qui y sont nés aussi. Ceux qui ont une longue ascendance parisienne, étalée sur plusieurs générations, sont rarissimes.

Plusieurs groupes doivent être distingués parmi les migrants :

1. Ceux qui sont d'origine provinciale sont les plus nombreux. Au total, on en compte plus de 15 millions. Dans la seule ville de Paris, c'est le cas pour un tiers des habitants ; en banlieue, c'est le cas pour près de la moitié. Au début du xixe siècle, ils arrivaient surtout de provinces voisines, notamment de Normandie et de Picardie. Les originaires de l'Ouest et du Massif central, en particulier les Bretons, les Limousins et les Auvergnats, sont venus un peu plus tard. Aujourd'hui, ce sont toujours les mêmes régions qui fournissent la plus grande part des migrants, mais il y a eu un élargissement progressif du recrutement à l'ensemble du territoire métropolitain. Toutes les régions, en fait, contribuent maintenant au renouvellement de la population parisienne. Les spécialisations du passé ont pratiquement disparu mais il en subsiste quelques traces. Les propriétaires de cafés, par exemple, restent en majorité originaires de l'Aveyron. Les postiers viennent encore souvent des départements du Sud-Ouest.

2. Les Français qui ne sont pas nés en France métropolitaine sont eux-mêmes composés de plusieurs groupes bien distincts.

Les natifs des D.O.M.-T.O.M. sont environ 200 000. Ils sont venus essentiellement de Martinique, de Guadeloupe et de la Réunion dans les années 1960-1970. Les flux migratoires en provenance de ces départements ont beaucoup diminué depuis le début des années 1980. Leur situation est quelque peu ambiguë. Étant français et souvent peu diplômés, ils ont largement pénétré le secteur public, spécialement la Poste, les hôpitaux et la police, le plus souvent à des niveaux subordonnés. Étant noirs, ils souffrent souvent de la discrimination raciale et sont, de ce fait, concentrés pour la plupart dans les grands ensembles, mélangés aux Africains avec lesquels ils sont fréquemment confondus.

Les étrangers naturalisés étaient au nombre de 911 000 dans l'agglomération parisienne en 2007. C'est encore un groupe hétérogène car formé de personnes d'origines très diverses – italienne, portugaise, espagnole, algérienne, marocaine, vietnamienne ou autre – et relativement âgées. Il est concentré, lui aussi, dans les quartiers populaires.

3. Les étrangers sont très nombreux dans l'agglomération parisienne : on en comptait environ 1,36 million en 2007, soit près de 13 p. 100 de la population totale, étant entendu que le chiffre réel est un peu plus élevé. Le nombre des étrangers continue d'augmenter, mais à un rythme nettement ralenti désormais en raison des difficultés économiques et des mesures prises pour freiner l'immigration. Il est toutefois difficile de contenir la pression migratoire. Le solde net est de plusieurs dizaines de milliers de personnes par an. L'agglomération parisienne est la principale porte d'entrée des étrangers qui souhaitent tenter leur chance en France.

Cette population étrangère est largement mélangée à la population française. Sa distribution spatiale est en effet liée avant tout au niveau social. C'est dans la mesure où la plupart des étrangers appartiennent aux couches populaires qu'ils sont plutôt concentrés dans les quartiers défavorisés et non en raison de leur origine. Ainsi, dans le département de Seine-Saint-Denis, composé largement de communes populaires, la proportion des étrangers s'élève à 21 p. 100. Dans certains quartiers défavorisés de Paris, comme la Goutte d'Or (XVIIIe arrondissement), et dans certaines communes ouvrières de la banlieue, comme Aubervilliers et Saint-Denis, elle atteint ou même dépasse 30 p. 100.

La population étrangère est extrêmement variée car elle est constituée de nombreuses nationalités ayant chacune son histoire et ses traits particuliers. En simplifiant beaucoup, on peut distinguer quatre groupes principaux :

– Le plus important est composé d'immigrants venant des pays en développement. C'est aussi le plus visible. Il est formé de 380 000 Maghrébins (dont 185 000 Algériens et 137 000 Marocains), de 272 000 Africains noirs (surtout Maliens et Sénégalais), de 50 000 Turcs et enfin de personnes originaires d'Asie de l'Est, du Sud-Est et du Sud (Vietnamiens, Cambodgiens et, plus récemment, Chinois et Sri-Lankais). Ces immigrants n'ont pas les mêmes caractéristiques, mais ils ont en commun d'être plutôt en bas de l'échelle sociale, de résider dans les quartiers désavantagés et d'avoir des difficultés d'intégration.

– Le deuxième groupe est formé d'immigrants originaires de l'Europe méditerranéenne. Il se compose de plus de 270 000 personnes dont 200 000 Portugais, le reste étant formé d'Espagnols, d'Italiens et de Serbes. Il est très diversifié aussi mais constitué de personnes plutôt bien intégrées dans la population.

– Le troisième groupe, assez varié, est formé d'immigrants provenant de plusieurs pays d'Europe de l'Est. Apparu au cours des années 1990, il n'est pas encore considérable (quelques dizaines de milliers de personnes) mais il tend à augmenter chaque année. Il vient en particulier grossir une communauté polonaise installée depuis longtemps.

– Le dernier groupe, très différent, a un effectif d'environ 100 000 personnes : il est formé de migrants originaires de pays riches ou relativement riches (Britanniques, Allemands, Belges, Américains), plutôt placés aux niveaux moyens et élevés de l'échelle sociale et habitant, de ce fait, les quartiers favorisés.

Les caractéristiques démographiques

Dans toutes les grandes métropoles, la population présente des traits démographiques particuliers en dépit de la grande diversité d'origine de ses habitants. L'agglomération parisienne ne fait pas exception. Elle se distingue bien du reste du pays.

Parmi ses caractéristiques, il faut d'abord citer la petite taille des foyers : 2,35 personnes en moyenne dans l'agglomération, seulement 1,9 à Paris. Ce sont des chiffres plus faibles que ceux observés dans les autres grandes cités européennes et qui s'apparentent seulement à ceux de Copenhague et de Stockholm. Ils sont liés à la faiblesse de la fécondité et au caractère très lâche des structures familiales. La proportion de personnes seules est exceptionnellement forte : c'est le cas d'un foyer sur trois en banlieue et d'un sur deux à Paris.

La fécondité n'est pas aussi faible qu'on pourrait le supposer compte tenu de la population : près de 2 enfants par femme dans l'agglomération contre 1,94 dans l'ensemble de la France métropolitaine. Le fait est dû surtout à la présence des familles immigrées venant des pays pauvres ; elle est ainsi de 2,42 en Seine-Saint-Denis. Elle n'est très faible qu'à Paris même (1,62). Quant à l'espérance de vie moyenne (quatre-vingt-deux ans en 2007), elle est un peu plus élevée que dans l'ensemble de la France métropolitaine, avec cependant certaines variations : légèrement plus faible dans les banlieues populaires, elle est, à Paris même, particulièrement remarquable (quatre-vingt-deux ans, six mois), en raison de la grande qualité du système de soins et du niveau d'instruction élevé de la population.

Comme dans toutes les métropoles des pays développés, la population est relativement âgée mais elle l'est un peu moins que dans les grandes villes allemandes, anglaises ou italiennes en raison de l'arrivée massive de jeunes adultes et du départ, également massif, de personnes âgées. L'âge moyen de la population est de près de trente-sept ans dans l'agglomération. Les traits les plus remarquables de la pyramide des âges sont liés aux migrations : c'est en particulier la très nette surreprésentation des jeunes adultes qui viennent à Paris pour étudier ou trouver un emploi ainsi que la forte proportion de femmes. On compte en effet 93 hommes pour 100 femmes dans l'agglomération et seulement 89 dans la ville de Paris.

La différenciation sociale dans l'agglomération parisienne

La structure sociale

Il convient enfin d'analyser un dernier aspect de la population : sa composition sociale. Ici encore, l'agglomération parisienne se distingue nettement des autres grandes villes françaises. L'analyse des groupes socioprofessionnels montre que les cadres ou les personnes exerçant un métier intellectuel de niveau élevé y sont beaucoup plus nombreux qu'ailleurs. En revanche, les ouvriers occupent une place nettement plus réduite.

L'agglomération se distingue surtout par la forte représentation des personnes situées au sommet de l'échelle sociale, ayant un diplôme universitaire, une haute qualification professionnelle et des revenus substantiels. Elle concentre ainsi 32 p. 100 des cadres et professions intellectuelles supérieures, 39 p. 100 des chercheurs et 75 p. 100 des personnalités figurant dans le Who's Who in France. L'agglomération ne compte pas moins de 1 336 000 cadres et professions intellectuelles supérieures en 2007, ce qui est considérable (28,5 p. 100 de la population active). Ce phénomène est évidemment lié à la concentration des fonctions de direction, de gestion, de conception et à l'importance des fonctions culturelles. La proportion d'adultes titulaires d'un diplôme supérieur de 2e ou 3e cycle est très forte : 23 p. 100 dans l'agglomération, 40 p. 100 à Paris, chiffres nettement plus élevés que dans les autres métropoles d'Europe. Les salaires y sont d'un tiers plus élevés que ceux de l'ensemble de la France et le revenu moyen des ménages, de 22 p. 100 supérieur. L'agglomération paie 40 p. 100 de l'impôt sur le revenu levé en France et 43 p. 100 de l'impôt sur la fortune car Paris est le lieu d'élection des familles riches.

D'un autre côté, l'agglomération n'a pas échappé au chômage même si elle a longtemps été relativement épargnée par rapport à d'autres grandes villes. Un actif sur neuf est sans emploi et une proportion similaire vit d'emplois précaires mal rétribués, spécialement dans les banlieues ouvrières. Pis, l'agglomération concentre une partie importante des exclus n'ayant même plus assez de ressources pour payer un petit loyer, car elle leur offre malgré tout plus de possibilités que les villes de province grâce aux associations caritatives et aux aides dispensées. Plusieurs dizaines de milliers de « sans-domicile fixe » vivent ou survivent dans l'agglomération, dont beaucoup à Paris même.

Ainsi la capitale française offre un éventail social très ouvert, allant des couches les plus fortunées de la population aux plus démunies.

L'évolution de cet éventail social à partir des années 1960 a été considérable, quoique difficile à suivre en raison du changement de la nomenclature socioprofessionnelle en 1982. Il ne fait pourtant aucun doute qu'elle a été plus rapide et plus ample dans l'agglomération parisienne que dans les autres grandes villes en raison de l'évolution très marquée de l'appareil productif. Les deux groupes qui ont le plus changé sont les ouvriers, dont le nombre a nettement diminué, et les cadres et les professions intellectuelles supérieures, dont le nombre a fortement augmenté. Pour caractériser cette évolution, on a souvent utilisé le terme embourgeoisement bien qu'il soit inadéquat puisque le groupe en expansion est composé essentiellement de salariés ayant réussi grâce à leurs diplômes et à leurs compétences professionnelles. Le terme d'élitisation conviendrait mieux pour définir ce phénomène sans être tout à fait approprié non plus. L'évolution s'est traduite en tout cas par un très net mouvement d'ascension sociale pour une partie de la population. Ce mouvement a particulièrement touché Paris, ce qui a augmenté encore sa différence avec la banlieue ; depuis le milieu des années 1990, la flambée des prix de l'immobilier parisien y a contribué. Les arrondissements centraux ont été les plus concernés, et tout spécialement le Marais, le Quartier latin et le quartier Saint-Germain. Les arrondissements périphériques du Sud et de l'Ouest et certaines parties de la banlieue ont connu une évolution similaire mais moins accentuée, spécialement dans la banlieue sud, là où se sont développés des centres de recherche et des industries de haute technologie (Orsay, Massy, Vélizy-Villacoublay). Ce n'est pas seulement la composition sociale de la population qui a été modifiée dans tous ces secteurs « embourgeoisés » ; c'est aussi la taille et le coût du logement, la qualité et la diversité des services offerts, enfin la couleur politique ; à Paris, durant les deux dernières décennies du xxe siècle, le vote a glissé vers la droite lors des élections législatives et présidentielles ; dans la proche banlieue, ce glissement a fait disparaître l'ancienne « ceinture rouge », qui fut longtemps un des traits majeurs du paysage politique de l'agglomération.

Beaux quartiers et quartiers sensibles

Alors que les disparités sociales avaient eu tendance à diminuer pendant les années de plein emploi, les Trente Glorieuses, elles ont augmenté depuis que l'économie est entrée dans une période de croissance lente. Les processus ségrégatifs ont agi plus fortement. Sans doute le terme ségrégation est-il employé abusivement pour désigner la relégation des fractions pauvres de la population dans les quartiers défavorisés, mais il ne fait aucun doute qu'il y a, depuis le début des années 1980, une concentration spatiale accrue des groupes situés au bas de la pyramide sociale.

De nombreuses études ont permis de préciser la géographie sociale de l'agglomération à partir des données sur les catégories socioprofessionnelles. L'espace social présente une configuration grossièrement sectorielle, commune à nombre de grandes villes. Ici, les classes favorisées occupent un quadrant partant du centre et allant vers l'ouest-sud-ouest, en direction de Versailles et de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Les classes populaires occupent plutôt le quadrant opposé, partant du nord-est de Paris et couvrant surtout la banlieue en direction de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle (Val-d'Oise). Les autres secteurs sont occupés en majorité par les classes moyennes, mais avec une grande diversité quant à la composition sociale et à la physionomie de l'habitat. Cette géographie sociale trouve ses origines dans le Paris du xviiie siècle qui s'est différencié peu à peu selon un gradient est-ouest.

Les oppositions les plus fortes se font aujourd'hui entre les beaux quartiers parisiens et les quartiers « sensibles » de la banlieue.

Les beaux quartiers désignent communément la partie de Paris où résidait la bourgeoisie au xixe siècle, c'est-à-dire les VIIe, VIIIe et XVIe arrondissements ainsi que la partie contiguë des VIe et XVIIe. Par excellence, c'était le « seizième », le long des belles avenues ou dans les « villas ». L'habitat est mélangé mais il est largement constitué d'immeubles cossus offrant des appartements spacieux dont l'acquisition est toujours très onéreuse. Ce n'est plus la bourgeoisie traditionnelle qui habite ces quartiers ; industriels et négociants aisés sont aujourd'hui minoritaires. Ce sont avant tout des cadres, des professions libérales et des intellectuels à revenus élevés.

Les quartiers sensibles ou quartiers en difficulté de la banlieue contrastent vigoureusement avec les quartiers huppés de Paris. Ils sont constitués essentiellement de grands ensembles d'immeubles collectifs datant surtout des années 1965-1975, situés dans la banlieue nord (Saint-Denis, La Courneuve, Aubervilliers...) et dans la vallée de la Seine, en amont et en aval de Paris (Corbeil-Essonnes, Mantes-la-Jolie...). Les logements ne sont pas spécialement petits mais ils sont souvent surpeuplés. Les immeubles, pour l'essentiel des habitations à loyer modéré (H.L.M.), sont de médiocre qualité et leur entretien a été souvent négligé. Les habitants sont pour la plupart ouvriers et employés, et la proportion d'étrangers est forte. Ces quartiers sont souvent mal insérés dans le tissu urbain. L'intensification de la crise a entraîné un processus de paupérisation qui a développé la délinquance et l'insécurité, ce qui a encore aggravé le phénomène de marginalisation.

Une telle évolution, au demeurant, n'est pas propre à Paris. Elle a été observée, à des degrés variables, dans toutes les grandes cités du monde occidental car elle est liée à l'évolution économique générale. Il convient aussi de mentionner que les différences sociales au sein de l'agglomération parisienne, du fait de l'histoire particulière de la France, sont plutôt moins accusées que dans beaucoup d'autres pays ; elles sont, en tout état de cause, nettement moins fortes qu'à Londres, New York ou Los Angeles.

—  Daniel NOIN

Capitale économique

La ville de Paris est la capitale politique de la France. Toutes les autres fonctions de commandement, de création de richesses ou de rayonnement national sont venues s'y agréger, donnant naissance à l'expression « capitale économique ». Toutefois, depuis les années 1970, on parle de plus en plus de « région-capitale » à propos de l'Île-de-France tout entière. Cela correspond à une double évolution : en termes de fonctions, l'économie joue un rôle de plus en plus important par rapport à la politique au sens strict ; en termes géographiques, ces fonctions tendent à se développer de plus en plus sur l'ensemble de l'agglomération, notamment en petite couronne. D'où une certaine perplexité : faut-il traiter de la « capitale économique » au titre de « Paris », ou au titre de l'« Île-de-France » (cf. île-de-france) ? En fait, la réponse est variable : selon les aspects traités, la ville de Paris maîtrise encore l'essentiel des fonctions de capitale, ou les partage, de plus en plus, avec le reste de l'agglomération, et notamment avec le quartier de La Défense et le département des Hauts-de-Seine.

Un rôle de commandement et de représentation

L'histoire de France a lié trop intimement pouvoir politique et pouvoir économique pour qu'il soit possible de passer sous silence le premier en parlant du second : c'est la présence du pouvoir politique à Paris qui a suscité la concentration d'activités économiques, soit par les consommations induites (luxe lié au train de vie des classes dirigeantes, commandes publiques), soit par son poids dans les décisions et les financements. Le premier septennat de François Mitterrand (1981-1988), avec la nationalisation des grandes entreprises, aura sans doute vu l'apogée de cette concentration du pouvoir, avant que privatisations, intégration européenne et mondialisation ne redistribuent en partie les cartes. Cependant, la centralisation française a laissé de nombreuses traces, notamment sur la ville de Paris. C'est là que se trouve, parmi les grandes institutions de la République (présidence, gouvernement, Parlement...), le ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, centre nerveux de l'économie française, longtemps installé au Louvre, bâtiment hautement symbolique, et qui a trouvé à Bercy (1989) des locaux plus fonctionnels. Le ministère de l'Équipement et des Transports, quant à lui, est le seul à avoir quitté Paris pour La Défense, où il fallait bien trouver une utilisation à l'Arche, mais les bureaux du ministre et des membres de son cabinet restent boulevard Saint-Germain, à proximité de Matignon. Les relations entre dirigeants de l'économie et de l'administration sont d'autant plus faciles qu'ils sont souvent anciens élèves des mêmes grandes écoles, toutes situées jusqu'il y a peu en région parisienne, écoles d'ingénieurs ou École nationale d'administration (E.N.A.), qui a décidé en 2005 son transfert complet à Strasbourg.

Le rôle de commandement concerne autant le secteur privé que le secteur public. Les emplois de « cadres des fonctions métropolitaines », appelés auparavant par l'I.N.S.E.E. « emplois stratégiques », sont caractéristiques des capitales. Ils correspondent au croisement des catégories socioprofessionnelles de cadres, de professions intellectuelles ou de chefs d'entreprise, et de fonctions propres aux grandes villes. En 2006, l'aire urbaine de Paris concentrait 44 p. 100 du total de ces emplois en France, et ceux-ci étaient au nombre de 1 million, soit 18 p. 100 de l'emploi régional. On les trouvait d'abord et essentiellement dans les services aux entreprises, puis dans l'industrie, la recherche, et les finances. Ces emplois sont encore largement concentrés dans la ville de Paris, surtout dans le VIIIe arrondissement et les quartiers qui l'entourent, mais la petite couronne vient tout juste de dépasser Paris avec plus de 40 p. 100 de ces mêmes emplois, grâce à La Défense et aux communes voisines. Le « glissement vers l'ouest » de la capitale économique hors des murs de la ville a ainsi franchi, au tournant du xxie siècle, une étape décisive.

Les investissements étrangers en Île-de-France reflètent bien, eux aussi, le rôle de la région dans le système productif international : en 2007, sur cent quatre-vingt-deux projets d'investissement, cent six portaient sur des bureaux commerciaux ou de liaison, vingt sur des services administratifs ou des sièges sociaux, huit sur des centres de recherche, cinq seulement sur des établissements de production ou fabrication, deux sur des centres de logistique. Paris est donc une ville où l'on commande, mais aussi où l'on s'informe et où l'on négocie, éventuellement où l'on trouve les financements nécessaires à ses projets.

La place financière de Paris

On considère généralement que les activités financières sont au cœur des fonctions de capitale économique. En ce qui concerne Paris, leur rôle est plus ambigu. D'un côté, elles participent bien sûr au rôle de commandement de la ville et de la région, qui concentre, en 2007, 51 p. 100 de la valeur ajoutée nationale du secteur, 41 p. 100 des effectifs, et l'essentiel des sièges sociaux. Comme toute fonction de commandement, celle-ci était particulièrement concentrée à Paris : en 2007, Paris accueillait encore plus de la moitié des effectifs régionaux du secteur, principalement autour de l'Opéra et de la Bourse, dans les VIIIe, IXe et IIe arrondissements. On remarquera d'ailleurs que les banques présentes à Paris et en Île-de-France ne sont pas tout à fait les mêmes qu'en province : alors que les réseaux mutualistes et les caisses d'épargne dominent le paysage financier provincial, ce sont les grandes banques nationales (B.N.P. Paribas, Société générale, LCL-Crédit lyonnais) qui dominent la scène parisienne, avec les petites banques spécialisées et les banques étrangères.

Mais, d'un autre côté, la place financière est à la fois faible en termes de comparaison internationale, notamment par rapport à Londres et à New York, et en recul sur le plan quantitatif (les effectifs sont passés d'environ 300 000 à 280 000 emplois entre 1990 et 2007), notamment dans la ville de Paris, qui perd ses emplois au profit de La Défense, où la Société générale, par exemple, a construit sa troisième tour. Un échec symbolique pour le ministère des Finances, qui avait espéré entraîner les sièges des banques dans son sillage, en direction de Bercy et de l'Est parisien : seuls la B.R.E.D.-Banque populaire et le Crédit agricole d'Île-de-France l'ont suivi.

Malgré tout, la finance reste un des espoirs de la région, notamment du fait du succès d'Euronext. Créée en 2000, cette société héritière des fonctions de la Bourse de Paris – longtemps place financière de seconde zone, isolée de l'étranger par le contrôle des changes, et handicapée par des volumes d'affaires ridicules – a réussi à fédérer autour d'elle les Bourses de Bruxelles, d'Amsterdam et de Lisbonne, à racheter le marché à terme de Londres (le L.I.F.F.E.) et à fusionner, en 2007, avec le N.Y.S.E., le grand marché boursier de New York.

Les services aux entreprises

Moins connus du public que les activités financières, les services aux entreprises sont le véritable moteur de l'économie régionale : avec près de 1,2 million d'emplois (39 p. 100 des effectifs nationaux du secteur, mais 43 p. 100 de la valeur ajoutée nationale), ils sont la principale source de création d'emplois dans la région depuis près de quarante ans (leurs effectifs sont passés de 317 000 à 1,2 million depuis 1975) et représentent le cœur des « emplois métropolitains » évoqués plus haut. Parmi ces activités, celles de conseil sont au premier plan. Mais, comme l'ensemble des fonctions métropolitaines supérieures, le conseil tend à se déplacer vers l'ouest, notamment vers La Défense, pour rester au plus près de ses clients et notamment des sièges sociaux qui s'y sont implantés (rien qu'entre 1994 et 2001, Paris a perdu, en brut, 583 sièges sociaux dont 45 p. 100 au profit des Hauts-de-Seine et 20 p. 100 au profit de la Seine-Saint-Denis).

La plaque tournante parisienne

Les grandes métropoles d'aujourd'hui sont moins des lieux de production que des territoires de rencontre et d'échange ; elles sont des éléments d'un réseau international au sein duquel les principales d'entre elles constituent de véritables « plaques tournantes ». C'est le cas de Paris et de l'Île-de-France.

Les transports sont d'un intérêt vital de ce point de vue. Avec les transports aériens, c'est bien de région-capitale qu'il faut parler puisque les aéroports franciliens, qui sont évidemment situés en banlieue, assurent 56 p. 100 du trafic aérien métropolitain de passagers en 2014, 87 p. 100 du fret et l'essentiel du trafic international. Ce dernier est surtout concentré à Roissy-Charles-de-Gaulle, au nord-est de Paris (63 millions de passagers, dont l'essentiel à l'international en 2014), alors qu'Orly (28 millions de passagers) assure la majorité des vols intérieurs. Mais la ville de Paris prend sa revanche avec le trafic ferroviaire, ses gares assurant un trafic grandes lignes plus important en nombre de passagers que l'ensemble des aéroports franciliens. Le problème tient plutôt aux interconnexions : le R.E.R. ne s'arrête pas au terminal 1 de Roissy, et il faut prendre le bus pour finir la course ; on a évité cette erreur pour le terminal 2. Pour se rendre à Orly, il faut quitter le R.E.R. à Antony et emprunter une ligne spéciale et coûteuse. La station Auber du R.E.R. aurait dû être située sous la gare Saint-Lazare elle-même et non pas à proximité, et la gare Montparnasse, dépourvue d'une station du R.E.R., est mal desservie par le métro. Mais de nouvelles lignes (Éole, Météor) tendent à améliorer le réseau souterrain.

L'accueil de congrès, salons et expositions est devenu l'une des fonctions caractéristiques des grandes métropoles. La Région Île-de-France est très bien placée au niveau mondial, première ex aequo avec Londres pour les congrès, et défend bien son rang pour les expositions. La ville de Paris y joue un rôle central sur le plan institutionnel, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris ayant été la cheville ouvrière de la plupart des grands équipements, Palais de congrès ou parcs d'expositions de la région. Géographiquement, ceux-ci sont encore, en partie, situés à Paris (porte Maillot pour les congrès et porte de Versailles pour les expositions et salons), mais les manifestations se font de plus en plus en banlieue, le C.N.I.T. de La Défense ayant inauguré cette migration dans les années 1950, suivi par les parcs d'expositions situés au nord, entre Paris et l'aéroport de Roissy, notamment à Villepinte.

Le tourisme est l'une des facettes de ce rôle de plaque tournante, la distinction entre tourisme d'affaires et de loisirs étant difficile à faire, bien que l'on estime la part du premier à environ 10 p. 100 du total. Ici encore, la ville de Paris garde la prééminence, avec 116 000 emplois sur les 240 000 directement liés au tourisme dans la région. Les hôtels parisiens dominent également, avec 36 millions de nuitées en 2012 sur 68 millions pour la région, et se taillent notamment la part du lion pour l'accueil des étrangers et les hôtels quatre étoiles. Il faut dire que dix des treize sites touristiques de la région qui accueillent plus d'un million de visiteurs sont à Paris : Notre-Dame de Paris (14,3 millions de visiteurs en 2014), le Sacré-Cœur de Montmartre, le musée du Louvre, la tour Eiffel, le Muséum d’histoire naturelle, le musée d'Orsay, le Centre Georges-Pompidou, la Cité des sciences et de l'Industrie de la Villette, le musée du quai Branly, et l'Arc de triomphe. Les trois restants sont le Parc Disneyland (premier avec 9,9 millions d'entrées en 2014), Versailles et la forêt de Fontainebleau. Les cinémas parisiens font également 50 p. 100 des entrées de la région. Globalement, Paris assure presque 60 p. 100 de l'emploi régional dans les activités récréatives, culturelles et sportives.

L'industrie à Paris

Paris a été une grande ville industrielle, et certains de ses arrondissements, comme le XVe, accueillaient, jusque dans les années 1970, des entreprises industrielles de première grandeur, comme les usines Citroën sur le front de Seine. La plupart d'entre elles ont quitté Paris pour la banlieue ou la province, mais ce qui reste est loin d'être négligeable : 86 600 emplois dans 22 400 établissements en 2007, les gros bataillons se trouvant dans l'édition-imprimerie (40 000 emplois) et l'habillement-fourrures-cuir (12 800 emplois), mais aussi la pharmacie et la parfumerie. En fait, l'industrie parisienne s'est repliée sur ce qu'elle a de plus spécifique et de plus lié à ses fonctions de capitale, soit dans le domaine de l'information (édition), soit dans celui de la consommation de produits de luxe, héritage de la présence de la Cour. Un quartier comme le Sentier, sur un espace restreint et sans cesse encombré, contribue à la production, mais surtout à la commercialisation de près de 40 p. 100 du prêt-à-porter féminin vendu en France.

Surtout, près de 50 p. 100 des sièges sociaux de l'industrie francilienne sont à Paris, et 60 p. 100 des emplois de l'industrie y sont en fait des emplois de services, notamment des emplois de bureau, la proportion de cadres y atteignant un niveau record avec plus de 60 p. 100. Paradoxalement, l'industrie parisienne d'aujourd'hui, largement amputée par le départ des grandes usines, est donc bien plus caractéristique qu'autrefois d'une capitale économique, tant par les secteurs représentés (information, luxe) que par les fonctions assurées (encadrement administratif et commercial).

La recherche

La recherche, qui sert en partie à entretenir l'innovation industrielle, est toujours difficile à saisir, car elle se partage entre secteurs privé et public, au sein d'organismes de nature très variée, des universités aux entreprises. Globalement, on peut considérer que plus du tiers des chercheurs français sont basés en Île-de-France. Le pourcentage est d'ailleurs plus élevé dans le privé que dans le public, où des politiques systématiques de décentralisation des crédits et des recrutements ont joué au profit des laboratoires et universités de province. Quant aux universités franciliennes, si leurs effectifs d'étudiants ne représentent plus que le quart des effectifs français, ce pourcentage s'élève au tiers pour les écoles d'ingénieurs. L'Académie de Paris, à elle seule, accueille près de 50 p. 100 des étudiants de la région, malgré la création de grands pôles universitaires en banlieue, notamment autour du plateau de Saclay (Essonne) pour toutes les disciplines scientifiques. Mais l'essentiel des formations littéraires, comme de la vie culturelle, reste concentré sur Paris, malgré quelques belles réussites en banlieue, notamment dans le domaine du théâtre.

Les bureaux

Toutes ces activités, même en partie les activités industrielles, se traduisent sur le terrain par une forte demande en immobilier d'entreprise, et plus particulièrement en bureaux, où travaillent près de 50 p. 100 des Franciliens. Paris, avec un parc de bureaux de 18 millions de mètres carrés en 2014, représente seulement un tiers du parc francilien ; la place de Paris dans la région est donc en fort recul car, en 1975, sur un parc de 20 millions de mètres carrés de bureaux en Île-de-France, Paris en accueillait 15 millions, soit les trois quarts. C'est aussi à ce signe que l'on peut mesurer l'ampleur du glissement des fonctions de capitale vers la proche banlieue, et notamment vers La Défense, qui dépasse les 3 millions de mètres carrés de bureaux et se développe désormais sur la commune de Nanterre.

Paris, capitale de l'agriculture française ?

On pourrait croire qu'il s'agit d'une plaisanterie, et pourtant, c'est bien à Paris que bat, au moins deux fois par an, le cœur de l'agriculture française, avec le Salon de l'agriculture puis la Foire de Paris, porte de Versailles. Le temps d'une manifestation, on a même fait la moisson sur les Champs-Élysées le 24 juin 1990. Vingt ans plus tard, au même endroit, l'opération Nature Capitale (22-24 mai 2010) permettait de découvrir l'essentiel de la production agricole nationale et la richesse de la forêt française. Paris est ainsi la vitrine de l'agriculture du pays, comme la région en a longtemps été et en est encore en partie le laboratoire, avec des organismes de recherche tel l'Institut national de la recherche agronomique, l'I.N.R.A., qui compte quatre sites en Île-de-France. L'agriculture de la banlieue parisienne a même été la plus belle de France durant la première moitié du xixe siècle ; elle a bien sûr disparu, mais celle de la grande couronne reste bien vivante (cf. île-de-france). Faut-il le regretter ? Les agriculteurs ne viennent plus guère manifester leur mécontentement à Paris, le centre du pouvoir en ce domaine étant maintenant situé à Bruxelles.

Le dilemme parisien

Les agriculteurs sont bien sûr remplacés dans les rues de Paris par d'autres catégories soucieuses d'utiliser la « caisse de résonance » parisienne pour leurs revendications, mais le fait est tout de même significatif du dilemme parisien : comment une capitale qui a fondé son succès et sa puissance sur une alliance intime, parfois jusqu'à l'excès, du politique et de l'économique, peut-elle garder son rang au moment où le politique perd peu à peu le contrôle de l'économie ? La réponse, sans être acquise définitivement, se lit en partie sur le terrain, mais de plus en plus en dehors de Paris : vers La Défense, avec la rencontre des sociétés multinationales et des services les plus sophistiqués aux entreprises, vers le plateau de Saclay, avec la rencontre de la recherche et de l'industrie, vers Roissy, avec la rencontre de l'avion et du T.G.V...

—  Jean ROBERT

Le Grand Paris

S'il devient particulièrement vif au début du xxie siècle, le débat sur le « Grand Paris » n'en constitue pas moins un sujet récurrent depuis les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale. Il pose en effet une question institutionnelle et une question d'aménagement urbain. Il touche également à l'articulation des pouvoirs, à leur façon de se projeter et de se répartir les compétences. Enfin, ce débat renvoie simultanément à une interrogation sur la nature des aménagements à réaliser en priorité comme sur la vision métropolitaine dans laquelle ils s'inscrivent. Il s'agit donc d'un débat éminemment politique, mais qu'il serait imprudent de réduire à une simple querelle politicienne. Au-delà du seul cas francilien, ce débat porte les échos de questions cruciales pour l'organisation des grandes métropoles, au cœur des enjeux de mondialisation et de développement durable.

Les projets d'un siècle

À l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'architecture et du patrimoine, le 17 septembre 2007, le président de la République Nicolas Sarkozy a exprimé le souhait qu'un « nouveau projet d'aménagement global du Grand Paris » puisse faire l'objet d'une consultation internationale assez ample pour mobiliser les compétences d'une dizaine d'agences d'architecture et d'urbanisme. Lancée au début de l'année 2008, cette consultation a été placée sous l'autorité d'un comité de pilotage composé de l'État, de la Ville de Paris, de la région Île-de-France et de l'Association des maires d'Île-de-France, assisté d'un comité scientifique réunissant vingt-trois personnalités qualifiées autour de l'architecte Paul Chemetov et du géographe Michel Lussault. La coordination générale de la consultation a été confiée au ministère de la Culture et de la Communication. Dix équipes pluridisciplinaires (sir Richard Rogers, équipe Rogers Stirk Harbour & Partners - London School of Economics - Arup ; Yves Lion, équipe Groupe Descartes ; Djamel Klouche, équipe l'AUC ; Christian de Portzamparc, équipe Atelier Christian de Portzamparc ; Antoine Grumbach, équipe Agence Grumbach et associés ; Jean Nouvel, mandataire de l'équipe Ateliers Jean Nouvel - Michel Cantal-Dupart - Jean-Marie Duthilleul ; Bernardo Secchi et Paola Vigano, équipe Studio 09 ; Finn Geipel, équipe LIN ; Roland Castro, équipe Ateliers Castro - Denissof - Casi ; Winy Maas, équipe MVRDV) ont été sélectionnées autour d'architectes mandataires afin de travailler, de juin 2008 à mars 2009, à la réalisation des deux thèmes de la consultation : « La métropole du xxie siècle de l'après-Kyōto » et « Le diagnostic prospectif de l'agglomération parisienne ». Les résultats de la consultation ont fait l'objet d'une exposition, présentée à la Cité de l'architecture et du patrimoine, du 30 avril au 22 novembre 2009.

La question du Grand Paris n'est pas nouvelle, loin s'en faut : elle se pose en effet depuis 1860 et l'annexion, par la volonté de Napoléon III et du préfet de la Seine Georges Eugène Haussmann, des communes périphériques formant l'ancienne « petite banlieue ». Depuis lors, Paris n'a presque pas changé de limites ; son extension n'en a pour autant jamais cessé d'être débattue, projetée, mais a toujours été différée. Aussi les projets en cours doivent-ils être lus à l'aune de cette histoire d'un possible Grand Paris.

Les occasions manquées de l'extension

Si plusieurs plans sont étudiés avant la Première Guerre mondiale – signés Eugène Hénard en 1910, puis Hénard, Donat-Alfred Agache et Henri Prost en 1912 –, l'année 1919 marque le véritable acte de naissance de la réflexion sur le Grand Paris, avec la concomitance du vote de la loi Cornudet, qui impose aux villes françaises un plan d'aménagement, d'embellissement et d'extension, et le démantèlement de l'enceinte de Thiers construite entre 1841 et 1845. Organisé en juillet 1919, le concours pour l'extension de Paris concerne avant tout les terrains de l'enceinte fortifiée déclassée et ceux de la zone de servitude non ædificandi qui l'entourait. On attend cependant des plans proposés des orientations plus larges : « Paris et les communes de sa banlieue, limitrophes ou non, ont une communauté de relations et d'intérêts telle que, pratiquement, aucun système économique et social ne peut être envisagé et résolu pour Paris seul, mais au moins pour une fraction de l'agglomération tout entière », indique le programme de 1919. Le projet lauréat, dû à Léon Jaussely, vise avant tout à structurer la banlieue au moyen d'une réglementation par zones. Pour ce faire, il s'appuie sur un renouvellement à grande échelle du réseau de voirie. Il est en outre l'un des rares à intégrer des avenues boisées reliant les principaux points de la région, proposition qu'une Commission de l'aménagement de la banlieue, créée le 25 septembre 1922, tentera en vain d'appuyer.

L'existence d'un Grand Paris n'est alors perceptible qu'au travers du programme de construction de cités-jardins autour de la capitale, explicitement évoqué lors du concours de 1919. Baptisée « Cités-jardins du Grand Paris » en février 1918, l'action de l'Office départemental d'habitations à bon marché du département de la Seine – créé en juillet 1915 – est conduite pendant plus de vingt ans par le maire socialiste de Suresnes, Henri Sellier. Ce dernier s'appuie sur les conseils de Louis Bonnier qui, au sein du bureau d'études de la Direction de l'extension de Paris, opère la sélection des sites constructibles. S'ils associent pavillons et logements collectifs jusqu'en 1929, les architectes seront par la suite contraints de densifier leurs plans de masse et d'abandonner le logement individuel. Quant aux tentatives de développement suburbain à grande échelle, au sud (« Cité-jardin du Grand Paris » par Paul de Rutté, Paul Sirvin et Joseph Bassompierre, avec Maurice Payret-Dortail, 1920) et au nord (projet de Jean-Marcel Auburtin et de l'ingénieur Raoul Dautry, en 1924, pour La Courneuve, Le Bourget, Dugny et Stains), ils resteront sans suite, mais poseront néanmoins des jalons pour les aménagements postérieurs à 1945.

Naissance de la région parisienne

Le projet d'élargir les limites de Paris est, quant à lui, rapidement abandonné. Mais l'ambition de créer et surtout d'équiper une agglomération, même aux contours fictifs, reste plus que jamais à l'ordre du jour. Le maire de Boulogne-Billancourt, André Morizet, publie ainsi, en 1932, Vers le Grand Paris, tiré à part d'un chapitre de son ouvrage Du vieux Paris au Paris moderne. Haussmann et ses prédécesseurs. Morizet constate : « L'agglomération parisienne, au total, groupe 7 millions d'individus : 5 dans la Seine et 2 sur ses lisières. À peu près le sixième de la nation. Quels que soient les découpages administratifs, c'est ce Paris-là qu'il faut aujourd'hui tenir pour Paris. » La promulgation, le 14 mai 1932, d'un texte de loi sur l'aménagement de la « Région parisienne » marque alors un pas décisif dans cette prise de conscience ; préfigurée dans une proposition dès 1908, implicite depuis la loi Sarraut du 15 mars 1928, qui visait à résorber les lotissements défectueux, la création d'une entité régionale aura pourtant peu d'effets sur l'avenir de la capitale et de son agglomération. C'est en fait avec la création du Comité supérieur d'aménagement et d'organisation de la région parisienne (C.S.A.O.R.P.), le 24 mars 1928, que les premiers travaux de réflexion sont entamés. Pour la première fois d'ailleurs, le terme région parisienne est officialisé. Présidé par Louis Dausset, le Comité a pour mission de définir, pour cette zone gangrenée par le « cancer » des taudis, un « régime d'exception ». À cet effet, il confie la préparation d'un plan d'aménagement à l'urbaniste Henri Prost, qui s'attache à « vertébrer », par des routes nationales et des autoroutes, une banlieue à la croissance anarchique. Remis en 1934, approuvé en 1939 seulement, le P.A.R.P. (Plan d'aménagement de la région parisienne) ne sera pas mis en œuvre.

Après la Seconde Guerre mondiale, le débat s'intensifie sur les modalités d'extension de la région, notamment entre le vote du P.A.D.O.G. (Plan d'aménagement et d'organisation générale de la région parisienne), le 6 août 1960, et la publication officielle du S.D.A.U.R.P. (Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région de Paris) le 10 juillet 1965. Le premier projet est destiné à enrayer la croissance de la région ; le second prendra acte de son inévitable expansion. Devant l'incapacité chronique des pouvoirs publics à clarifier les rapports entre centre et périphérie et, partant, à définir les structures de la région parisienne, le développement vers l'ouest, leitmotiv de l'entre-deux-guerres, apparaît toujours comme la meilleure solution. Le quartier de La Défense, qui se développe à partir des années 1950, en est l'illustration, mais entretient avec la capitale un double rapport de dépendance et d'autonomie : dépendance humaine, financière et technique, autonomie architecturale et urbaine. Alors que les membres du comité de rédaction de L'Architecture d'aujourd'hui militent dès 1960 pour un « Paris parallèle », le S.D.A.U.R.P. établi sous la direction de Paul Delouvrier, délégué général au District de la région de Paris, définit au contraire un grand axe sud-est - nord-ouest, le long duquel naîtront cinq villes nouvelles : Melun-Sénart, Évry et Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise et Saint-Quentin-en-Yvelines, desservies par trois lignes de R.E.R. (réseau express régional) créées de 1972 à 1979. Ce nouveau moyen de transport, qui place plusieurs centaines de milliers de Franciliens à une demi-heure du centre de la capitale – à partir de 1977 s'opère l'interconnexion, à la gare d'échanges de Châtelet-Les Halles, avec la ligne B desservant les deux aéroports d'Orly et de Roissy –, a sensiblement influé sur la géographie humaine de la région.

Une région mieux partagée

Les réflexions récentes sur la notion de Grand Paris ont pris acte de la quasi impossible extension administrative de la capitale. Elles se fondent plutôt sur l'existence de continuités paysagères ou morphologiques, ou à l'inverse sur la mise en relation de situations urbaines fragmentaires. Il revient à l'étude menée de 1983 à 1989 dans le cadre de la mission Banlieue 89, dirigée par Roland Castro et Michel Cantal-Dupart, d'avoir, pour la première fois depuis plusieurs décennies, esquissé à nouveau les contours d'un Grand Paris, inspirés par les limites du département de la Seine, disparu en 1964. Pour rompre avec le dessin radioconcentrique de l'agglomération, un quadrillage divisait l'espace en carrés de 1 kilomètre de côté, chacun ayant, théoriquement, la même valeur que les autres. Trop riche pour être opérationnelle, cette expérience n'en demeure pas moins un document marquant dans l'histoire des regards qu'on porte sur l'agglomération parisienne. À plus petite échelle, les documents réalisés par l'Atelier parisien d'urbanisme et l'I.A.U.R.I.F. (Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Île-de-France) sur « l'anneau central » puis sur « l'interface Paris-Petite Couronne », jettent les bases d'un dialogue plus concret entre Paris et sa banlieue. Un dialogue qui s'accentue avec la réalisation sur les boulevards des Maréchaux d'une ligne de tramway dont le premier tronçon, entre la porte de Vitry et le boulevard Victor, a été mis en service en 2006.

Des images fortes

Depuis 1994, l'avenir du Grand Paris se joue dans le cadre du Schéma directeur de la région Île-de-France (S.D.R.Î.F.), dont les objectifs premiers étaient d'équilibrer le développement démographique et l'évolution de l'emploi. Révisé à partir de 2005, il vise désormais à développer la solidarité territoriale, la sécurité environnementale et l'efficacité économique, tout en tendant à un développement et un aménagement durables de l'Île-de-France à l'horizon de 2030. Par-delà ces objectifs désormais incontournables, la consultation du Grand Paris avait pour ambition, elle, de proposer quelques images ou idées force. En conviant certaines des figures de proue de la scène architecturale internationale, le jury entérinait ainsi la dimension théorique – voire rhétorique – et surtout visuelle de l'exercice.

L'important travail de recherche fondamentale mené au sein de chacune des équipes a néanmoins formé le socle de propositions parfois très élaborées, sur des thématiques telles que la densité, les modes de transports, le rapport au bâti ancien ou la relation entre urbanisation et nature. Des points de vue ou des constats communs se détachent alors, par exemple la nécessité d'une plus forte densité de l'agglomération, de multiplier les points d'intensité et de connexion (les hubs) – la ville de Tōkyō est, à ce titre, plusieurs fois citée en exemple. Plusieurs auteurs constatent encore l'extrême richesse d'une agglomération qu'il s'agit en fait moins de redessiner que d'épaissir, parfois de retrouver : Seine, parcs et forêts doivent être à la fois réinvestis et mieux préservés – le modèle du Central Park de New York revient ainsi dans les propositions de plusieurs équipes. Parmi les images ou propositions les plus marquantes qui émergent de la consultation, on retiendra celle, radicale bien que vieille de deux siècles, de l'équipe Grumbach (une « ville-territoire linéaire » se développant de Paris jusqu'au Havre), un métro rapide annulaire au-dessus du boulevard périphérique (équipe Portzamparc), une tour « Super Sorbonne » de 1 000 mètres de hauteur sur le site de Jussieu (équipe MVRDV), ou encore la surélévation de toutes les tours parisiennes (équipe Nouvel). Toutefois, ces grands gestes architecturaux ne sont pas dissociables d'un faisceau de mesures possibles qui viseraient à régénérer les grands ensembles, densifier les zones pavillonnaires, mieux utiliser l'eau et préserver la biodiversité, réduire l'empreinte écologique de la métropole, enfin et surtout à maximiser l'offre de mobilité autour de Paris.

Depuis la décision, en 1898, de créer un chemin de fer métropolitain limité à Paris intra-muros (rapidement nommé le « joujou municipal »), le déficit en moyens de transports constitue il est vrai le principal handicap de la région parisienne. Il n'est par conséquent pas surprenant que, sur ce dossier, se soit joué, en marge de la consultation des architectes-urbanistes, l'essentiel du duel politique dans lequel s'opposent le secrétaire d'État à la région capitale, Christian Blanc, promoteur d'un réseau ferré automatique de 130 kilomètres, et le président de la région Île-de-France, Jean-Paul Huchon, qui défend le projet d'un arc express régional plus proche de la capitale. Enfin, la Mairie de Paris, qui depuis 2001 multiplie les initiatives pour instaurer une réflexion commune avec les municipalités limitrophes – en 2006 a été mise en place la « Conférence métropolitaine de l'agglomération parisienne » – voudra elle aussi faire entendre sa voix à propos des différents axes qui permettront de construire cette métropole polycentrique et solidaire. Une métropole dont, quels qu'en soient la forme et le contenu, Paris demeurera le centre de référence et, il faut le souhaiter, un espace de projets.

Les enjeux du débat

La conjonction des débats institutionnels et opérationnels à propos du Grand Paris est naturelle car ceux-ci sont intimement mêlés. Aménagement urbain et gouvernance sont indissociables : les institutions métropolitaines ne sauraient être réformées en elles-mêmes et pour elles-mêmes ; elles doivent répondre à une vision de la métropole à mettre en œuvre. De même, l'aménagement d'une métropole vise à améliorer la vie des habitants et à rendre des marges de manœuvre aux choix publics. Les investissements dans les infrastructures permettent d'organiser en partie la croissance des villes et de ne pas entièrement subir leur dynamique. La région parisienne peut aujourd'hui s'interroger sur l'opportunité relative de densifier son cœur (arc express régional et métro : partie A du plan transport inscrit au Schéma directeur de la région Île-de-France, S.D.R.I.F.), d'articuler petite et grande couronne (renforcement du réseau express régional – R.E.R. –, des tangentielles ferrées et du réseau de tramways : partie B du plan transport du S.D.R.I.F.) ou de relier entre eux ses pôles économiques périphériques (métro automatique – plan proposé par la mission pilotée par Christian Blanc). Elle le doit aux réalisations engagées dans les années 1960 (R.E.R., villes nouvelles, pôles économiques), sans lesquelles ces espaces de choix ne seraient aujourd'hui plus possibles : du foncier a été ménagé, des pôles ont pu être structurés et des facilités économiques et financières ont été créées.

Ces questions sont redevenues centrales car le système francilien s'est progressivement bloqué. À partir du début des années 1980, plus aucun grand projet structurant n'a été engagé dans la région, qui s'est recomposée peu à peu sans que ni les infrastructures ni les équipements publics n'anticipent ces évolutions. Elle a vu émerger de nouveaux centres d'activité (comme La Défense ou Roissy), se déplacer les populations (en « grande couronne », dans les départements de l'Essonne, des Yvelines, du Val-d'Oise, de la Seine-et-Marne et même au-delà des frontières de l'Île-de-France, en particulier dans l'Oise) et les emplois se redéployer (le long de l'A86 par exemple, autoroute qui est devenue un véritable second périphérique de Paris). Certains de ces territoires sont dans le prolongement de zones déjà denses mais n'ayant pas bénéficié d'extensions du métro, maintes fois annoncées mais à peine entamées.

Le constat est aujourd'hui unanime d'un décalage entre l'offre des transports et les besoins des habitants et des entreprises, mais aussi d'un déficit de logements, d'une inadaptation de l'offre universitaire, etc. Le système institutionnel est incriminé pour cela, car il s'est montré incapable de mettre en action les différents projets inscrits aux schémas directeurs successifs. Depuis la fin des années 1970, l'État, de grandes entreprises, la Région ou les autres collectivités locales ont été successivement en responsabilité sur les différents sujets sans que le constat change : les institutions franciliennes semblent paralysées. La vigueur des transformations urbaines intervenues pendant la même période n'a fait qu'accentuer le décalage entre le système de gouvernement et les échelles de fonctionnement de la métropole.

Aménager et gouverner

Le débat sur le « Grand Paris » renvoie immanquablement à la question de l'articulation entre gouvernance urbaine et échelles d'organisation des territoires. Dans les années 1930 déjà, la question s'était posée de modifier les contours de Paris pour les élargir en incorporant la banlieue, comme les marges des faubourgs l'avaient été au début des travaux d'Haussmann. Les modèles étrangers furent mobilisés : le Gross-Berlin (ensemble urbain créé en 1920) jouait le rôle de référence que le Greater London (réorganisé administrativement à la fin des années 1990) tient aujourd'hui régulièrement dans les débats. La classe politique comme les techniciens étaient unanimes sur les besoins de modernisation.

Or ces débats n'ont pas abouti : les plans d'aménagement n'ont eu de lointains échos qu'au début des années 1960 dans les schémas mis en œuvre par Paul Delouvrier. La gouvernance est restée inchangée à l'exception de la dissolution du département de la Seine (1968), de l'élection du maire de Paris au suffrage universel (1977) et, plus récemment, d'une amorce de décentralisation (restée plus timide en Île-de-France que dans les autres régions françaises, l'État y conservant de nombreux pouvoirs spécifiques de droit ou de fait).

Cette péripétie est importante car elle montre que, dans l'histoire des métropoles, la refonte de systèmes humains très organisés n'est possible que dans les rares moments où ceux-ci sont suffisamment déstabilisés. Le débat a fait la une des agendas ; rien ne garantit qu'il débouchera sur de grands investissements ni sur un bouleversement institutionnel. S'il aboutit, il prendra d'ailleurs des formes probablement très différentes de celles qu'il aurait eues dans les années 1930, quand un grand Paris étendu au département de la Seine était déjà évoqué.

Une métropole multilocalisée

Les transformations de la mobilité et des modes de vie ont modifié non seulement l'emprise au sol de l'agglomération parisienne mais également sa façon de fonctionner. La région Île-de-France conserve de grandes étendues agricoles, en particulier dans la Seine-et-Marne, et forestières, la grande couronne étant presque ceinturée par un réseau de parcs naturels, mais l'espace bâti de l'agglomération dense est passé de 750 kilomètres carrés en 1960 à 2 723 kilomètres carrés en 1999. Cette transformation est autant qualitative que quantitative. La grande ville qu'était Paris au sortir de la Seconde Guerre mondiale a fait place à un espace métropolitain à l'organisation extrêmement complexe. L'emploi s'est déployé en banlieue, y compris très loin de Paris dans les villes nouvelles qui comptent aujourd'hui chacune plusieurs dizaines de milliers d'emplois, dans les grands pôles scientifiques et techniques de la région parisienne (aéroport de Roissy, cité scientifique de Saclay, etc.) et dans de très nombreux autres pôles d'emplois.

Surtout, le fonctionnement quotidien de la métropole a profondément changé du fait d'une explosion des déplacements (de travail mais aussi hors travail) et d'une modification importante des pratiques de mobilité : même si la capitale conserve un rôle prééminent, la métropole n'est plus monocentrique, avec Paris pour seul centre. Elle n'est pas véritablement devenue multipolaire pour autant. La métropole est multilocalisée. Des centres secondaires existent bel et bien et attirent chacun les habitants ou les actifs de grands bassins de population. Mais, d'une part, les Franciliens ne dépendent que très rarement d'un seul centre pour leurs courses, leur emploi ou leurs loisirs. D'autre part, ces pôles entretiennent entre eux d'intenses relations de dépendance qui les rendent en grande partie indissociables. Il y a une cité des affaires à La Défense, un aéroport international à Roissy, un pôle scientifique exceptionnel à Saclay, mais la métropole est indissociablement Roissy et La Défense, Paris et Marne-la-Vallée, car elle se manifeste dans les liens (parfois invisibles) qui unissent au quotidien ces différents territoires. Pas de siège social sans aéroport, pas de cadres supérieurs sans logistique.

De Paris au Bassin parisien

Les solidarités fonctionnelles qui se dessinent à l'échelle de la métropole sont cependant tout sauf immédiates. La région parisienne est la quatrième région économique mondiale (après Tōkyō, New York et Los Angeles, à égalité avec Chicago) si l'on considère les classements des P.I.B. métropolitains, avec 400 milliards d'euros en 2005 (chiffre PWC-City Mayors qui, comparé aux données du F.M.I. pour les pays, fait de la région parisienne l'équivalent de pays entiers comme la Turquie, la Belgique ou la Suède). Mais les ramifications de la région économique sont plus larges. Elles transitent par l'organisation du système productif local qui tisse ses mailles à travers tout le Bassin parisien : les sous-traitants ou établissements des grands groupes multinationaux attirés par la puissance économique s'y implantent de manière privilégiée et le marché gravitant autour de la région parisienne se pense à cette échelle.

Ville faite de cités et de quartiers, grande agglomération, capitale d'un important État-nation, cœur de la mondialisation... considérer la région parisienne aujourd'hui revient à se confronter à l'une des principales caractéristiques (et difficultés) de l'analyse territoriale : il n'y a pas une échelle pertinente pour aborder les problèmes, car chaque question renvoie simultanément à plusieurs échelles. Les individus, entreprises ou organisations qui font la ville au quotidien sont tous pris à la fois dans des jeux d'acteurs à l'échelle de leur quartier ou de la métropole et impliqué dans des réseaux nationaux, européens ou mondiaux.

Paris, c'est donc bien plus que les seuls deux millions d'habitants et 1,3 million d'emplois situés dans la Ville de Paris. Ce sont les neuf millions d'habitants de l'agglomération bâtie, les douze millions d'habitants de la région Île-de-France, les treize millions d'habitants de la région urbaine fonctionnelle élargie aux villes avant-postes entourant la région parisienne (Sens, Château-Thierry, Soissons, Compiègne, Beauvais, Évreux, Dreux, Chartres, voire... Orléans), ce sont encore les vingt-deux millions d'habitants du Bassin parisien et, au-delà, ce sont des liens très particuliers aux soixante millions de Français.

Paris, chance du désert français ?

En fonction de l'échelle à laquelle la « question parisienne » est considérée, les problèmes à régler sont différents. À l'échelle nationale, la capitale a tissé un lien d'interdépendance extrêmement complexe, la région redistribuant massivement les revenus que dégage son activité productive vers la province (chaque année, le différentiel entre cotisations sociales versées et prestations perçues par les Franciliens correspond à 12 milliards d'euros, soit la totalité du P.I.B. d'une région comme le Limousin (avant 2016) et environ 1 000 euros par ménage francilien, à quoi s'ajoutent des différentiels similaires au niveau fiscal). Mais elle tire également une part importante de sa richesse des jeunes actifs provinciaux qu'elle attire et dont beaucoup repartiront au moment de fonder un foyer, d'agrandir leur famille ou de prendre leur retraite.

Cette relation ambiguë entre Paris « chance de la France » et Paris « vampire de la province », entre Paris et le désert français pour reprendre le titre de l'ouvrage de Jean-François Gravier paru en 1947, a longtemps structuré les débats et continue de peser sur les politiques d'aménagement du territoire. Nous sortons toutefois progressivement d'une opposition stérile pour mesurer les avantages qu'offrent les complémentarités du territoire national pris dans son ensemble en termes d'attractivité. De là, d'ailleurs, une sensibilité nouvelle aux difficultés de la région parisienne dans la compétition entre grandes métropoles et une préoccupation croissante de la communauté nationale (en l'occurrence de l'État) pour ses problèmes d'organisation interne, dans la mesure où ils seraient susceptibles d'affaiblir l'ensemble de la Nation eu égard au rôle spécifique de la région parisienne dans le système productif national. Les discours successifs du président de la République sur la région parisienne, après son élection en 2007, ont témoigné de cette inflexion qui se lit aussi dans les documents publiés par la D.A.T.A.R. durant la dernière décennie.

Il est évident que les échos des difficultés que rencontre le pays (économiques comme sociales) sont amplifiées par la caisse de résonance que constitue la région parisienne. En prise directe sur la mondialisation, la métropole a longtemps réagi plus que le pays aux cycles économiques internationaux mais les différences semblent s'atténuer. Une partie des solutions aux problèmes de la région parisienne ne se trouvent donc pas à l'échelle locale, mais bien dans les régulations nationales elles-mêmes. Reste que les enjeux proprement franciliens demeurent et que des problèmes criants se posent à l'échelle métropolitaine.

Inégalités et fragmentations internes

Les déficits d'investissement cumulés sur plusieurs décennies ont notamment conduit à une situation de thrombose du système de transport, la plupart des lignes du métro et du R.E.R. étant saturées. Qui plus est, la structure du réseau n'a pas ou a peu évolué, avec un métro qui reste d'envergure municipale plus que métropolitaine et un R.E.R dont l’infrastructure est centrée sur Paris. Les transports en commun sont donc de plus en plus inadaptés aux besoins de la population francilienne qui rechigne pour une part croissante à les fréquenter, alors qu'ils représentent une alternative à la voiture individuelle dans la perspective d'une métropole plus respectueuse de l'environnement. Si 60 p. 100 des habitants du cœur de l'agglomération parisienne utilisent les transports en commun (un des ratios les plus élevés d'Europe, selon l'European Metropolitan Transport Authorities), ils ne sont plus que 16 p. 100 si l'on prend en compte les banlieusards (un des ratios les plus faibles d'Europe selon les mêmes sources). Ces chiffres sont le reflet d'une très forte dichotomie entre l'accessibilité aux transports en commun dans l'hypercentre de la région et en banlieue, même proche.

À cette différence de dotation entre centre et périphérie s'ajoute une forte dissymétrie entre l'est et l'ouest de la région, notamment en termes de ressources. Les mécanismes ségrégatifs observés sur l'ensemble des marchés immobiliers (à la fois par les différences de prix sur les marchés libres et par la géographie très déséquilibrée du parc de logements sociaux, très concentré dans quelques communes de la région), de même que l'éclatement territorial des bases fiscales (calculées commune par commune et non à l'échelle du système productif régional) conduisent à des niveaux de richesse très inégaux dans la région. Cela se traduit, pour les municipalités, par des potentiels fiscaux par habitant allant de 600 à 2 500 euros pour les communes de plus de 60 000 habitants. L'écart est de 1 à 7,5 si l'on considère l'ensemble des communes. Les tensions que ces inégalités font naître à l'intérieur de la métropole n'ont pas la vigueur des dissensions existant entre Flandre et Wallonie (l'Île-de-France est plus peuplée que la Belgique), ni ne débouchent sur une partition régionale comme cela a pu être constaté en Lombardie (quoique les tensions soient régulières entre l'agglomération et la grande couronne). Ces inégalités font toutefois le lit de la concurrence entre territoires. Le processus discrétionnaire mis en place par le gouvernement pour le choix des sites éligibles aux investissements dans le cadre du Grand Paris en est un exemple : il fait basculer dans une logique individualiste des collectivités locales auparavant intéressées à la poursuite d'une ambition régionale. Les inégalités nourrissent également des logiques de fragmentation locale, comme l'illustre le cas de la commune du Raincy, limitrophe de Clichy-sous-Bois, qui s'oppose à ce que le tramway la traverse pour la relier à sa voisine, ou plus généralement, l'essor de l'intercommunalité en Île-de-France, la plus éclatée de toutes les régions françaises.

Les mécanismes de solidarité intra-métropolitains et leur mise en question sont ainsi l'un des enjeux centraux du débat sur le Grand Paris, quoique très souvent à mots couverts. Ils renvoient à la capacité à comprendre la métropole comme un tout plutôt que comme la somme de territoires et de pôles. Le dynamisme de La Défense doit beaucoup à la qualité du réseau d'entreprises de services logistiques et industriels situés dans les territoires voisins, jusque dans le Val-de-Marne ou la Seine-Saint-Denis. Même après redistribution, les marges de manœuvre financières de communes comme Grigny, Argenteuil ou Sevran ne leur permettent pas d'investir dans l'avenir, tout juste de réparer le présent. Pour améliorer la compétitivité globale de la métropole et permettre des investissements dans l'ensemble de ses territoires, y compris les plus pauvres ou dégradés, il s'agit donc de mutualiser les investissements (en permettant que les territoires les plus riches appuient financièrement les projets des moins favorisés) et non pas seulement d'activer des logiques de solidarité financière en opérant les redistributions fiscales et sociales nécessaires au bon équilibre du corps social. Avec la nécessité de permettre un fonctionnement institutionnel plus efficace, ce changement de paradigme dans la répartition de la charge financière entre les différents territoires est une des clefs permettant de garantir les investissements dont la région a besoin.

Un « mille feuille » institutionnel plus digeste ?

Or le débat institutionnel en lui-même est complexe du fait de spécificités liées à la taille même de la métropole et à son statut particulier dans l'histoire et le droit français. L'aire urbaine francilienne (au sens de l'I.N.S.E.E.) s'étend non seulement à l'ensemble de l'Île-de-France mais concerne également toutes les régions limitrophes. La métropole parisienne doit donc composer avec un empilement administratif impliquant de près ou de loin cinq régions administratives en plus de l'Île-de-France, huit départements limitrophes en plus des huit départements franciliens et, à l'intérieur de la seule région administrative, près de mille trois cents municipalités. De plus, alors que la plupart des grandes villes de province, comme Lille ou Lyon, construisent des intercommunalités à l'échelle métropolitaine, la recomposition de l'échelon communal a pour le moment conduit, en Île-de-France, à l'apparition de plus d'une centaine d'intercommunalités.

Le cas des intercommunalités est éclairant sur les spécificités et les enjeux de gouvernance franciliens. Comme ailleurs, améliorer l'efficacité du traitement des questions urbaines (en particulier les déplacements, l'urbanisme et le logement) passe par des regroupements de communes. Toutefois, alors que ces regroupements tendent à englober l'ensemble de la « métropole » en province (terme d'ailleurs repris dans le rapport Balladur sur la réforme des collectivités territoriales), une échelle intermédiaire s'impose en Île-de-France entre les mille trois cents communes, trop petites et trop fragmentaires pour mener des projets urbains significatifs à l'échelle métropolitaine, et l'agglomération, trop vaste pour gérer au quotidien la destination des sols parcelle par parcelle. Il se trouve d'ailleurs que la métropole est déjà dotée d'une institution idoine, le conseil régional d'Île-de-France, en charge de l'élaboration des orientations stratégiques pertinentes à cette échelle.

L'éparpillement de la carte intercommunale traduit toutefois la puissance des égoïsmes locaux (nombre d'intercommunalités répondent moins à des enjeux opérationnels qu'à des logiques d'opportunisme politique ou fiscal) et les difficultés à promouvoir la concertation au niveau local, dans une région où abondent les élus occupant ou ayant occupé de hautes fonctions dans l'appareil d'État. L'Île-de-France n'est pas le seul territoire où se manifestent ces égoïsmes, mais ils y prennent une tournure systématique qui épargne les autres agglomérations françaises. Un autre témoin de l'importance de ces relais et pouvoirs indirects est l'impuissance régulière des préfets à (vouloir) faire appliquer les lois, en particulier la loi Solidarité et Renouvellement urbains (ou loi S.R.U), lorsque les maires sont récalcitrants. Celle-ci contraint les grandes communes à offrir au moins 20 p. 100 de logements sociaux sur leur territoire, faute de quoi elles seront astreintes à des pénalités, notamment financières, et le préfet pourra invalider leurs plans d'urbanisme.

Reste la difficulté à agréger ces intérêts particuliers. Dans le sillage de grandes communautés d'agglomération comme Plaine Commune (341 314 habitants en 2006 et 4 270 ha autour de Saint-Denis), la recomposition de la carte intercommunale s'amorce toutefois. La tenue régulière, depuis juillet 2006, d'une conférence métropolitaine, qui a adoubé un syndicat d'étude, Paris Métropole (installé le 10 juin 2009), est un autre pas significatif dans la recomposition du dialogue longtemps rompu entre les élus locaux de la région, que ce soit entre les élus parisiens et les élus de banlieue et de la région (coupure assise sur une très lourde charge historique, Paris ayant longtemps exporté ses problèmes en banlieue sans se préoccuper des impacts locaux de ses actions) ou entre les élus de banlieue. Les fils du dialogue sont ainsi progressivement renoués entre les collectivités locales, qu'elles soient de même niveau (communes ou intercommunalités par exemple) ou de niveaux différents (communes, intercommunalités, départements et régions).

Que la région soit le niveau idoine pour poser et penser les orientations stratégiques de la métropole n'est toutefois pas sans conséquences sur le bon ordonnancement des fonctions entre les différents échelons institutionnels. Dans sa configuration du début du xxie siècle, ce « mille-feuille » conduit à une inefficacité chronique, puisque les multiples chevauchements de compétence introduits par le fait que la région administrative soit aussi la région urbaine se rajoutent aux problèmes classiques de l'appareillage institutionnel français. Les règles édictées par un niveau administratif sont immédiatement enfreintes par d'autres acteurs : le cas du Schéma directeur de la région Île-de-France est intéressant de ce point de vue. Défini par la région entre 2003 et 2006, approuvé par les acteurs locaux, il est bloqué par le gouvernement national qui refuse de le transmettre au Conseil d'État. S'immisçant ainsi dans le jeu régional, l'État a pu empêcher la mise en marche des projets, le temps qu'il puisse lui-même se doter d'une structure ad hoc, le secrétariat d'État à la région capitale (créé en mars 2008), dont l'objet était d'écrire un plan alternatif à celui qui avait été élaboré par les collectivités locales. Simultanément, le S.D.R.I.F. est vidé de son sens par les communes. S'ils en ont approuvé l'orientation générale, en particulier pour ce qui est de la densification de la proche couronne, les élus s'empressent en effet de voter des plans d'urbanisme restreignant les droits à construire, empêchant ainsi la déclinaison sur leur commune des appels à la densité. Or la région se trouve dans l'incapacité d'invalider ces plans, au motif qu'une collectivité locale ne peut avoir d'autorité sur une autre par principe constitutionnel.

À ces intérêts particuliers locaux et nationaux s'ajoute la tentation permanente de l'État de recentraliser la décision afin d'organiser les pouvoirs au bénéfice de la technostructure publique ou de grandes entreprises privées. Ces systèmes de gouvernement, censément plus efficaces, n'ont pourtant pas fait leurs preuves dans les années 1980 à 2000 si l'on en juge par le déficit chronique d'investissement et les retards que les plans d'aménagement ont connus sur cette période. La situation francilienne est ainsi symptomatique des enjeux de gouvernance territoriale contemporains. En soi, la multiplicité d'acteurs est une bonne chose pour la respiration démocratique et l'épanouissement de nombreux projets. Le problème vient lorsque, du fait d'une absence de hiérarchie entre les différents acteurs, l'unanimité est nécessaire sur la quasi-totalité des décisions, de sorte qu'aucun projet d'ampleur n'est en définitive engagé. Cette organisation interterritoriale nécessite donc une répartition efficace des fonctions et des pouvoirs, qui passe par l'invention de nouvelles formes de gouvernement.

Démocratie et durabilité

Les enjeux politiques et économiques, de mobilité et d'égalité territoriale renvoient tous à la question de la durabilité de la métropole parisienne. Le débat se noue autour de la réinvention d'un modèle d'organisation pour les métropoles du xxie siècle qui soit adapté aux enjeux et aux besoins des nouveaux modes de vie qui se développent : comment faire du Grand Paris autre chose que Paris en plus grand ? Cela suppose que la métropole permette un développement économique, social et environnemental (les trois piliers du développement durable) harmonieux. La nature des activités économiques, le niveau d'éducation de la population locale, la façon de gérer les tensions et conflits inhérents à toute société sont tout autant en jeu que la forme urbaine. Ils invitent en définitive à revenir sur la façon de concevoir et de mettre en œuvre la démocratie dans ce territoire. C'est aussi pour cette raison que, en définitive, le débat sur le Grand Paris finit par interpeller les questions institutionnelles, car la région parisienne souffre d'un déficit démocratique. Le trouble sur « qui décide ? » associé au constat des dysfonctionnements récurrents de certains services de base font que la population est en partie désemparée et démunie au moment de voter.

De ce point de vue encore, les débats sur le Grand Paris font écho à des problèmes qui dépassent largement le seul cas particulier de la région parisienne pour renvoyer à la façon dont le gouvernement des territoires rencontre aujourd'hui les enjeux de durabilité et se les approprie. Ce n'est qu'en conciliant de nouvelles orientations d'aménagement et un réinvestissement des pratiques démocratiques que Paris inventera véritablement un modèle de développement durable pour les métropoles du xxie siècle.

—  Simon TEXIER, Frédéric GILLI

La « Métropole du Grand Paris » (M.G.P.), qui entre en vigueur le 1er janvier 2016, comprend cent vingt-trois communes de la petite couronne et sept villes de la grande couronne, qui seront réparties entre douze territoires. Elle se voit dotée de quatre grandes compétences ; celles concernant l’environnement et le développement économique lui seront dévolues dès 2016, celles ayant trait au logement et à l’aménagement l’année suivante. Le rôle de la M.G.P. est d’assurer l’équilibre entre les territoires.

—  Universalis

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Écrit par :

  • : inspecteur général des Archives de France
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études, secrétaire de la IVe section
  • : professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : professeur à l'université de Picardie Jules-Verne
  • : professeur émérite à l'université de Paris-I
  • : professeur à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la section prospective et planification du conseil économique et social de la Région Île-de-France
  • : directeur délégué de la chaire Ville à Sciences Po, Paris

Classification

Voir aussi

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Pour citer l’article

Jean-Pierre BABELON, Michel FLEURY, Jean TULARD, Simon TEXIER, Daniel NOIN, Jean ROBERT, Frédéric GILLI, « PARIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/paris/