ARTS POÉTIQUES

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La scolastique et l'humanisme

Poésie et théologie

Rédigés le plus souvent en latin, les arts poétiques témoignent au Moyen Âge de la persistance de la culture antique. Divers arts poétiques sont rédigés à la fin du xiie siècle, notamment par Matthieu de Vendôme et Geoffroy de Vinsauf, qui s'inscrivent dans le cadre d'un modernisme savant. Ils connaissent Horace et la iunctura, mais reprennent aussi ce que le poète latin avait rejeté : l'étude des figures. À partir des tropes, ils réfléchissent sur le sens figuré, qui fonde ce qu'ils appellent l'ornata difficultas. L'ornata facilitas réside au contraire dans les tropes qui tendent à souligner le sens propre. L'ensemble de ces procédés, qui sont complémentaires, se retrouve, en langue profane, dans la poésie courtoise : si celle-ci subit peut-être des influences venues des pays islamiques, elle trouve sa source dans la rhétorique antique. Nos théoriciens font naturellement une place très grande à l'exemplum et à la descriptio. Ils réfléchissent sur les techniques du récit, selon qu'il procède par retour en arrière, en partant du commencement de l'histoire ou en étant introduit par des maximes intemporelles. L'imitation fait la part grande à la poésie de la latinité d'argent, notamment Stace et Lucain.

Mais toutes ces recherches ont un caractère profane. Or la plus belle part de la poésie médiévale, rédigée en latin, est constituée par l'hymnodie. Avons-nous des arts poétiques religieux ? Pour trouver une réponse, il faut remonter très haut, jusqu'au De doctrina christiana de saint Augustin, et il faut le compléter par la Théologie mystique du pseudo-Denys l'Aréopagite et par son Traité des noms divins (vie s.). Deux idées majeures se dégagent. Augustin s'interroge sur la rhétorique chrétienne. En méditant sur le sublime et l'élévation, il montre qu'on ne peut les séparer de l'expression de l'amour qui dépasse le plaisir et le désir. On découvre dans la charité même le pathétique des larmes, qui parle au cœur et à la sagesse et qui concilie Platon et les Évangiles pour s'élever par le symbole jusqu'à l'idée. Le pseudo-Denys montre qu'aucun nom n'est capable d'exprimer l'absolu. Il faut donc recourir aux figures du style pour dépasser le simple pouvoir des mots et obtenir une meilleure approche de l'infini. Mais, au-delà d'elles, il faut reconnaître les vertus du silence, qui purifie tout langage parce qu'il subsiste seul dans la nuit de l'extase.

La tendance savante et la tendance mystique peuvent-elles se rencontrer ? Saint Bernard affectait d'en douter. Mais Jean de Salisbury, évêque de Chartres avant 1180, les accorde dans une vision d'ensemble de la culture dont témoigne son Metalogicon. À la même époque, les chartrains, suivis par Alain de Lille, présentent une théorie de la création où l'esthétique platonicienne du Timée se marie avec une théorie chrétienne du mythe (inuolucrum et integumentum). L'esthétique chrétienne, au temps de la scolastique, à partir du xiiie siècle, ne cessera de combiner l'union établie par le thomisme entre l'être et le sensible et les degrés du symbolisme selon Bonaventure : sens littéral, moral, allégorique (qui renvoie au Verbe), anagogique (qui renvoie à la gloire céleste). Au xive siècle, la fusion des différents courants devient complète, avec Dante puis avec Pétrarque et Boccace (De genealogia deorum), qui proclament dans sa plénitude l'identification de la poésie et de la théologie.

Du platonisme à la « fureur » poétique

La Renaissance éprise de beauté va déployer, surtout en Italie, un extraordinaire ensemble d'arts poétiques. Ici encore, le latin est la langue dominante, mais l'italien joue lui aussi un très grand rôle. Après Pétrarque et Boccace, le sym [...]

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  • : professeur de langue et littérature latines à l'université de Paris-IV-Sorbonne, administrateur de la Société des études latines

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Pour citer l’article

Alain MICHEL, « ARTS POÉTIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arts-poetiques/