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ARTS POÉTIQUES, notion de

On désigne par l'expression « art poétique » les textes qui élaborent une doctrine à la fois descriptive et prescriptive de la création littéraire. L'adjectif « poétique » ne renvoie donc pas ici au genre de la poésie lyrique, comme sa signification courante pourrait le laisser croire, mais à une conception générale de la littérature.

La « Poétique », un texte fondateur

Le texte fondateur de cette tradition spéculative est la Poétiqued'Aristote, composée au milieu du ive siècle avant J.-C. D'après Aristote, toute forme d'expression artistique se fonde sur la mimèsis, terme que l'on traduit, alternativement, par imitation ou représentation. Pour ce qui est de la mimèsis poétique, Aristote considère qu'elle a pour objet les actions des hommes. Ce postulat l'amène à limiter sa réflexion aux genres épique et dramatique, et à attribuer une place privilégiée à ce dernier, qui incarne selon lui la forme de mimèsis la plus immédiate et la plus efficace. C'est ainsi en référence à ce genre, et notamment à sa variante noble, la tragédie (mais une partie du traité, perdue, devait concerner la comédie), que l'auteur de la Poétique propose un système cohérent de règles de composition, parmi lesquelles figurent deux principes destinés à jouer un rôle fondamental dans la littérature occidentale : le respect de la vraisemblance et le principe de l'unité d'action.

L'Épître aux Pisons d'Horace, composée en hexamètres latins à la fin du premier siècle avant J.-C., et mieux connue sous le titre d'Art Poétique, s'inscrit dans l'héritage théorique d'Aristote, dont elle reprend la bipartition entre genres épique et dramatique, qui restera dès lors au cœur de la plupart des traités. Mais, poète lui-même, Horace se penche avant tout sur la dimension prescriptive de la réflexion théorique. Il définit un vaste ensemble de règles de composition et de versification, recommande l'imitation des modèles anciens, et se préoccupe des effets que le poète doit produire sur le public. Ce dernier point de sa réflexion aboutit à la formulation d'un autre principe voué à un grand avenir : la nécessité, pour le poète, de mêler l'utile à l'agréable, d'instruire et de plaire en même temps. Mais l'importance de l'Art Poétique tient aussi à un autre aspect. En donnant à son texte la forme d'un poème, Horace ouvre la voie à un sous-genre où la formulation des principes théoriques et leur application pratique avancent d'un même pas. Au Moyen Âge, lorsque la Poétique d'Aristote tombe dans un oubli presque complet, la voie ouverte par Horace est explorée par Geoffroy de Vinsauf, qui définit sa Poetria nova – écrite elle aussi en hexamètres latins (vers 1210) – comme un miroir où la poésie se réfléchit en elle-même. Cependant, l'ouvrage s'éloigne du modèle horatien par son souci des questions de style, en conformité avec une tendance générale des arts poétiques médiévaux à se confondre avec le genre des traités de rhétorique. Il faudra attendre la redécouverte de la Poétique d'Aristote par les humanistes italiens du xvie siècle pour que la spéculation théorique sur la littérature puisse à nouveau se constituer en doctrine autonome. Les principes aristotéliciens se mêlent alors aux préceptesd'Horace. Cette double influence se maintient dans les arts poétiques du xviie siècle.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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