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TEMPS

Chacun sait à quel aspect de son expérience répond le mot de temps ; mais aucune définition de la notion correspondante n'a reçu jusqu'ici, chez les savants comme chez les philosophes, une approbation unanime. Sensible à cette difficulté qu'il jugeait caractéristique de toutes les notions premières, Pascal estimait que le temps est de ces choses qu'il est impossible et même inutile de définir ; il s'accommodait d'ailleurs assez bien des désaccords existant à son sujet, puisque ceux-ci ne pouvaient porter préjudice, pensait-il, à l'identité objective qui est désignée par le même terme : « Le temps est de cette sorte. Qui le pourra définir ? Et pourquoi l'entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant de temps, sans qu'on le désigne davantage ? » (De l'esprit géométrique).

Replacée dans son contexte, cette remarque témoigne d'une science mathématique encore peu avancée. Elle peut encore être soutenue si l'on suit les développements de la psycho-linguistique qui sont favorables à un certain innéisme des notions premières. Toutefois, s'il s'agit précisément du temps, on ne peut pas dire que le langage ordinaire désigne en toute certitude l'expérience à laquelle il renvoie. Il faut d'abord écarter, comme une équivoque particulière de la langue française, la signification météorologique qui est un sens dérivé aisément explicable : la température et le climat d'un lieu varient, en effet, en fonction du temps, entendu au sens propre. Mais ce sens premier lui-même est loin d'être fixé d'une façon univoque : est-il synonyme de simultanéité, comme dans l'expression « en même temps », de succession, comme dans l'expression « le temps passe vite », de durée, comme dans l'expression « il a manqué de temps pour accomplir son œuvre » ? En vérité, il semble que la notion de temps englobe les trois concepts de simultanéité, de succession et de durée ; il faut même ajouter à ces trois concepts, qui semblent plus fondamentaux que celui de temps, ceux de présent, de passé et d'avenir, qui apparaissent, à leur tour, comme constitutifs à l'égard du temps, puisqu'ils en désignent des parties ou des phases bien déterminées, quand on se place à un instant précis, notamment à celui du discours. Comme ces deux triades se recoupent constamment, il faut reconnaître que le même mot « temps » se prête à au moins neuf usages, dont il n'est pas difficile de faire ressortir les contradictions. Il importe cependant d'être attentif à l'emploi spécifique qui se trouve attaché à chaque triade, laquelle se trouve ainsi relever d'une logique particulière.

Le premier emploi a trait aux trois concepts dits fondamentaux. Il permet de ranger dans ce qu'on appelle l'ordre temporel n'importe quel événement dont on connaît l'une ou l'autre des trois relations temporelles qu'il possède vis-à-vis des autres événements. Comme la simultanéité est la négation de la succession, il est possible de réduire l'ordre temporel à une suite unilinéaire. Comme les chevauchements des durées particulières peuvent aller à l'infini, et comme l'expérience du mouvement nous permet d'assigner à chaque position spatiale une position temporelle, il est possible de considérer la suite unilinéaire comme continue et de lui appliquer les procédés de mesure. Il en résulte que le temps physique est doté de la même structure qu'une dimension de l'espace physique euclidien. Le problème se pose de savoir si la suite des instants ou positions temporelles est limitée ou non, dans un sens ou dans l'autre. Cela dépend de la connaissance qu'on a ou croit avoir de l'Univers dans son ensemble.

Le deuxième emploi a trait à l'expérience[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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