JEAN DE SALISBURY (1110 env.-env. 1180)

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Si équivoques que soient les termes « renaissance » et « humanisme », Jean de Salisbury est de ceux qui en justifient l'application (sous d'évidentes réserves) à l'Europe latine du xiie siècle. Venu à dix-sept ans de Grande-Bretagne en France, élève de l'école de Chartres et ami d'Abélard, estimé cependant par saint Bernard, qui le recommande à l'archevêque de Canterbury, Jean sert de secrétaire à ce prélat et travaille ensuite auprès du chancelier d'Angleterre Thomas Becket (auquel il dédie son Policraticus et son Metalogicon). Après le meurtre de Thomas (qui aurait sans doute échappé à l'attentat s'il avait écouté les prudents conseils de Jean), ce dernier, devenu évêque de Chartres, léguera à sa cathédrale un peu du sang recueilli sur la dépouille du martyr. Grand lecteur de Cicéron, le seul écrivain, dit-il, que « notre latinité ait pu opposer avec élégance à l'insolente Grèce », il reconnaît la faiblesse morale d'un païen qui non seulement ignora la révélation du Christ mais, dans sa propre perspective, ne sut pas toujours conformer sa vie à « ses paroles ». Il l'admire pourtant d'avoir compris que l'éloquence et la sagesse sont les sources inséparables de l'« humaine dignité ». Certes, le latin de Jean de Salisbury est moins châtié que ne le sera, quatre cents ans plus tard, celui d'Érasme (entre le compagnon de Becket et celui de More, comme entre les destins de ces deux Thomas, l'analogie est d'ailleurs surprenante), mais il ne manque ni de vigueur ni de précision ; et l'auteur, qui manie avec facilité le pentamètre et l'hexamètre, forge à partir du grec des titres inattendus (pour désigner son poème « sur la doctrine des philosophes », il va même chercher un adjectif, enthétikos, qui veut dire sans doute « insinuant » ou « plantant » et qui ne nous a été transmis que dans une phrase citée par Stobée).

Le Metalogicon préconise l'étude soigneuse de la grammaire, de la logique et de la rhétorique, mais le contenu même du discours n'y est aucunement sacrifié à la forme. [...]

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MOYEN ÂGE - La littérature latine savante

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  • Alain MICHEL
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Dans le chapitre « Splendeur créatrice de la latinité romane (XIe-XIIe s.) »  : […] Une fois passées les angoisses du ix e et du x e siècle, voici que s'affirme la renaissance romane. Elle avait été préparée par des savants d'esprit encyclopédique, comme le pape Gerbert d'Aurillac (Sylvestre II, 950-1003). On assiste alors à un admirable effort pour l'édition et le commentaire […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/moyen-age-la-litterature-latine-savante/#i_49871

Pour citer l’article

Maurice de GANDILLAC, « JEAN DE SALISBURY (1110 env.-env. 1180) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-de-salisbury/