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SYMBOLE

Traditionnellement, le terme de symbole recouvre trois ensembles de significations nettement distincts.

Le sens courant attribue à la notion de symbole un sens proche de celui d'analogie emblématique. La colombe est le symbole de la paix, le lion est le symbole du courage, la croix latine est le symbole du christianisme, le sceptre et la couronne sont les symboles de la royauté, ou du pouvoir. On peut dire de manière générale que ce sens se confond avec celui d'une concrétisation (objet, animal, figure...), d'une réalité abstraite (vertu, état, pouvoir, croyance...)

Le sens étymologique du mot grec σ́υμϐολον, dérivé du verbe συμϐ́αλλω, « je joins », définit un objet partagé en deux, la possession de chacune des deux parties par deux individus différents leur permettant de se rejoindre et de se reconnaître. Lorsqu'on est condamné à vivre dans la clandestinité, ou en d'autres occasions similaires, le partage en deux d'un billet de banque permet la reconnaissance et la sécurité de parole à deux personnes ne se connaissant pas : les deux parties du billet ou, plutôt, le dispositif lié qu'elles permettent, sont au sens propre un symbole. Il en est de même, à un niveau plus abstrait, de la pratique du « mot de passe », ainsi que, d'une manière encore plus élaborée, de toute formule dont la possession et la locution permettent à des membres d'une même communauté de se reconnaître comme tels : le Symbole des Apôtres (le Credo), par exemple, a eu ce rôle dans le christianisme.

Ces deux premiers sens ont entre eux d'évidentes relations, qui seront à élucider. Ils n'ont pas de rapport semblable avec la troisième signification, celle du symbole logico-mathématique, par lequel on entend tout signe graphique, ou bien indiquant une grandeur donnée, ou bien prescrivant une opération précise sur ces grandeurs. Ainsi, dans la formule :

(f), y, x, l'exposant 2 de x, le signe + et le signe − sont des symboles. Le symbole se définit ici en relation avec l'algorithme, « ensemble de règles opératoires propres à un calcul » (Robert).

Le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d'André Lalande, dans son édition de 1926, indique déjà ces trois ensembles de définitions, lorsqu'il voit dans le concept de symbole : en premier lieu, « ce qui représente autre chose en vertu d'une correspondance analogique », ou bien « un système constitué de termes dont chacun représente un élément d'un autre système », ou encore, selon Jules Lemaître, « une comparaison dont on ne nous donne que le second terme, un système de métaphores suivies » ; en deuxième lieu, un formulaire d'orthodoxie (le Symbole des Apôtres) ; enfin, une réalité logico-mathématique.

Ces trois définitions initiales appellent une remarque générale sur la très grande dispersion sémique du terme, lequel est caractérisé, dans un cas (le premier), par son pouvoir de concrétisation, sa « figurabilité » (en termes freudiens), et, dans un autre (le troisième), par son abstraction totale. Il est à noter à ce propos que le symbole chimique et physique se rattache pour l'essentiel au symbole logico-mathématique en ce qu'il est arbitraire et conventionnel, mais s'en sépare en ce qu'il renvoie à une réalité bien concrète, le corps qu'il « nomme ».

Cette extension de sens est encouragée par la dissémination du terme dans les divers registres des phénomènes naturels, esthétiques, sociologiques, psychiques, etc. Celle-ci a été mise en évidence depuis le début du xxe siècle par les principales démarches des sciences humaines, qu'il s'agisse de la psychanalyse (Freud, Jones, Jung, Lacan), de la linguistique (Benveniste, Saussure, Jakobson, et finalement tous les linguistes et sémiologues), de l'histoire de l'art (Mâle, Beigbeder), de[...]

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Écrit par

  • : conseiller en musique du xxe siècle, producteur à France-Musique

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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