TUNISIE

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Tunisie : drapeau

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Tunisie : carte physique

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Toujane, Tunisie

Toujane, Tunisie
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Grande Mosquée de Kairouan

Grande Mosquée de Kairouan
Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Nom officielRépublique tunisienne (TN)
Chef de l'ÉtatBéji Caïd Essebsi (depuis le 31 décembre 2014)
Chef du gouvernementYoussef Chahed (depuis le 27 août 2016)
CapitaleTunis
Langue officiellearabe
Unité monétairedinar tunisien (TND)
Population11 301 000 (estim. 2016)
Superficie (km2)163 610
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Enserrée par deux grands pays producteurs de pétrole et de gaz naturel, formant une avancée sur la côte nord de l’Afrique, proche du sud de l’Europe, la Tunisie appartient autant à l’espace méditerranéen qu’à l’aire arabo-musulmane. Moins riche que ses deux voisins immédiats, elle est également le pays le moins montagneux du Maghreb. Les précipitations y sont peu importantes. Durant l’été, l’absence de grands reliefs l’expose au vent chaud venu du Sahara, qui balaie ce pays de plaines homogènes, dont le centre est formé de steppes. Relativement plate, la Tunisie est quasi dépourvue d’hydrographie. Seul le fleuve Medjerda coule de manière continue. Sa population, qui avoisine les onze millions d’habitants (2014), se caractérise par une double homogénéité, religieuse (musulmane sunnite, la Tunisie ne connaît pas les clivages religieux du Machrek) et linguistique (arabe, elle ignore pratiquement les clivages entre arabophones et berbérophones du reste du Maghreb).

Tunisie : drapeau

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Tunisie (1835 env. ; modif. le 30 juin 1999). Quand cet emblème apparut, le pays était encore de jure dans des liens de vassalité vis-à-vis de la Turquie, et c'est ce qui explique qu'on donnât au drapeau beylical un aspect fort semblable à celui de la Sublime-Porte (voir Turquie) :... 

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Tunisie : carte physique

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Carte physique de la Tunisie. 

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La fondation de Carthage par les Phéniciens (ixe ou viiie siècle av. J.-C.) marque un tournant dans l’histoire de la Méditerranée. En essayant d’étendre son influence sur la Sicile, Carthage se heurte à Rome, qui détruit finalement la ville en 146 av. J.-C. Jules César la restaure et en fait la capitale de la province d’Afrique de l’Empire (Africa).

Au viie siècle, les armées arabes établissent un camp au centre du pays, à Kairouan. Autour de la grande mosquée de Kairouan s’organise la vie de la nouvelle cité qui devient la première capitale de l’Ifrīqiyya et un centre intellectuel actif. Les Fāṭimides (909-1159) y installent un califat shi‘īte, avant de gouverner le pays à partir de Mahdia qu’ils fondent en 916. L’Ifrīqiyya , qui doit son opulence à l’agriculture et au commerce, est ensuite gouvernée par les Almohades puis par les Hafsides (1207-1574), qui installent un pouvoir indépendant des Almohades à Tunis. Ils organisent une flotte puissante, établissent des liens avec Venise, Gênes et Marseille. Tunis prospère notamment grâce à l’arrivée des Andalous musulmans chassés d’Espagne par la Reconquista. Les crises dynastiques entraînent le délitement de l’État hafside, et les ports du pays deviennent des bases pour la course en Méditerranée. Après sa victoire sur Charles Quint en 1574, la Turquie fait de la Tunisie une province de l’Empire ottoman. En 1702, la dynastie des Mouradites est renversée, et le pays passe rapidement sous la domination des Husseinites (1705) qui reconnaissent la suzeraineté ottomane tout en menant une politique indépendante. Les beys de la dynastie husseinite se succèdent jusqu’en 1957.

Au Congrès de Berlin (1878), les puissances européennes autorisent la France à s’installer en Tunisie. Les traités franco-tunisien de 1881 et de 1883 organisent le protectorat. Le bey conserve une partie de sa souveraineté, mais il est soumis au contrôle du résident général français pour toutes les décisions qu’il prend par décret.

En 1954, Pierre Mendès France accorde à la Tunisie l’autonomie interne et, le 20 mars 1956, le pays est indépendant. Habib Bourguiba tente d’arracher la Tunisie à l’influence de l’Orient arabe, par une politique qu’il veut envers et contre tout moderne. Son successeur Zine el-Abidine Ben Ali poursuit sa politique autoritaire, jusqu’à ce que le lien entre le peuple et la classe politique se rompe définitivement et que la Tunisie inaugure le « printemps arabe » en 2010-2011.

—  Khadija MOHSEN-FINAN

Un pays maghrébin

Conditions naturelles

Les unités de relief

Le relief de la Tunisie doit ses traits majeurs à l'affrontement du système plissé des Berbérides avec la plate-forme saharienne. Au premier correspond l'Atlas tunisien, formé de chaînons montagneux d'orientation nord-est-sud-ouest séparés par des plaines. Dans les massifs de Kroumirie, des Nefza et des Mogods, il s'agit de montagnes peu élevées et compactes dues à des nappes de flyschs gréseux du Numidien venues recouvrir le matériel sédimentaire autochtone. Avec l'affleurement de celui-ci, la montagne s'ordonne et s'aère. Ses chaînons alignés comportent, alors, de remarquables formes jurassiennes (monts, combes, vaux, crêts et barres), dégagées par l'érosion différentielle dans une série plissée essentiellement mésozoïque où alternent des calcaires et des marnes. Des chapelets de petites plaines les séparent, réunies par des oueds pérennes (Medjerda, Miliane, Djoumine). L'ensemble culmine dans une dorsale allongée de la frontière algéro-tunisienne au cap Bon (djebels Chambi : 1 544 m, Zaghouan : 1 293 m).

Au-delà, l'Atlas se réduit à des îlots montagneux disséminés au-dessus de hautes plaines (djebel Mhrila : 1 378 m) ou organisés en longues guirlandes (chaînes de Gafsa, Cherb). Cet élargissement des horizons fait pressentir le Sahara. Les vastes sebkhas blanchies par les efflorescences salines (chotts Djerid, Rharsa, Fedjedj), les hamadas pierreuses doucement inclinées depuis des cuestas bordières (djebel Tebaga-el Aziza, monts de Matmata) vers l'Erg oriental où elles disparaissent sous les dunes appartiennent au désert.

Enfin, accolée à ces unités successives, une grande plaine orientale se développe du cap Bon à la frontière libyenne, limitée par des côtes basses à tombolos (Monastir, Teboulba) et à lagunes (Hergla, Moknine, Zarzis).

Les milieux bioclimatiques

C'est le contact des masses d'air des latitudes moyennes avec celles des latitudes subtropicales qui détermine les caractéristiques dominantes des milieux bioclimatiques.

Dans toute la Tunisie, l'aridité se manifeste par la chaleur et la sécheresse des étés liées à l'invasion de l'air saharien. Dès le printemps, des coups de chehili y font parfois sentir l'haleine brûlante du désert. La xérophilie de la végétation traduit son adaptation à ces conditions sévères. À l'opposé, une saison fraîche, pluvieuse et instable correspond au passage de perturbations circulant le long du front polaire alors refoulé en Méditerranée.

Pays de transition entre les domaines tempéré et aride, la Tunisie montre aussi une rapide dégradation des conditions bioclimatiques sur les 400 kilomètres de son extension en latitude. À ce point de vue, la Dorsale est une importante limite, à peu près jalonnée par l'isohyète 400 millimètres. Au nord s'étendent des régions de climats méditerranéens, humides (Aïn-Draham : 1,50 m de pluie) à subhumides, où la saison sèche n'excède pas trois à cinq mois. La couverture forestière des djebels y reste importante malgré les défrichements, constituée, selon les sols, de chênes-lièges (Kroumirie), de chênes kermès (cap Bon) ou de pins d'Alep (haut Tell, Dorsale). Au-delà, l'accentuation de la sécheresse cantonne les forêts de pins d'Alep et de genévriers de Phénicie sur les versants septentrionaux des îlots montagneux. La steppe occupe les plaines avec ses touffes d'alfa, de sparte ou d'armoise. Après Gafsa, la désertification se marque par la quasi-disparition des arbres spontanés, à l'exception des boisements clairs d'acacias du bled Thala, relique d'une ultime période quaternaire plus humide. À partir des chotts, les pluies tombent au-dessous de 100 millimètres. Avec le climat désertique dominent les steppes à salsolacées des marges de sebkhas, celles à plantes psammophiles (drinn) des secteurs ensablés, et les maigres peuplements des hamadas. La variabilité des précipitations, selon les saisons et les années, est une autre conséquence de la compétition entre les influences méditerranéennes et sahariennes.

—  Roger COQUE

Espace et sociétés

L'espace tunisien concourt à la configuration d'une zone géographique comprise entre mers et désert. Celle-ci, délimitée au nord et à l'est par la Méditerranée, à l'ouest par l'Atlantique et au sud par le Sahara, était désignée par les anciens géographes arabes sous l'appellation de Jaziret el Maghrib, l'île du Couchant. Elle n'a jamais été, en réalité, qu'une péninsule, dans la mesure notamment où les plaines du littoral tunisien ont, par leur facilité d'accès, fait obstacle à une insularité maghrébine.

Le Maghreb, envisagé non plus seulement d'un point de vue géographique mais également sous l'angle culturel ou politique, participe, malgré sa dénomination d'origine arabe, des présupposés et de l'impact de l'« Afrique du Nord française ». Sans doute, les facteurs de différenciation d'un ensemble maghrébin ne sont pas irréductibles à la géographie et à l'ère coloniale. Il est toujours possible de se référer, par exemple, au vieux fonds de peuplement berbère ou aux tentatives de construction impériale dont la région a été le théâtre dans le cadre de la civilisation arabo-musulmane. Mais la « Berbérie », comme l'« Africa », l'« Afrique du Nord » et... le Maghreb, relève de toponymies de conquêtes. Quant aux formations impériales, elles se sont déployées dans un Maghreb oscillant entre l'Orient et l'Andalousie, avec pour toile de fond les conflits déchirant le Dar el islam.

Le Maghreb, en tant qu'aire culturelle ou politique, ne fait pleinement sens qu'à partir du contexte issu de la décolonisation, dans un retour sur l'histoire ou dans une projection sur l'avenir.

À la différence des autres pays maghrébins, le territoire tunisien est formé, pour les deux tiers de son étendue, par une série de vastes et basses plaines.

Cette particularité géographique, déjà soulignée au xive siècle par Ibn Khaldoun, s'est doublée d'un particularisme culturel fondé sur une tradition citadine des plus anciennes. La Tunisie, « est-ce autre chose que l'opposition d'un complexe de plaines à un complexe montagnard de signe opposé » ? Fernand Braudel, en s'exprimant de la sorte, entendait mettre l'accent sur cette relation entre espace et culture. Il voyait, en effet, dans l'Ifrīqiyya et la Tunisie un exemple de « frontière culturelle secondaire », l'un de ces « espaces culturels d'une extraordinaire pérennité » qui défie « tous les mélanges du monde ». Partant du constat que les grandes civilisations méditerranéennes « sont en fait des groupements de sous-civilisations, des juxtapositions de maisons autonomes », il ajoutait : « En Afrique du Nord, pas de maison plus nettement délimitée que le vieux pays urbain de l'ancienne Africa, l'Ifrīqiyya des Arabes, l'actuelle Tunisie. »

Il reste que la « frontière culturelle » spécifiant la Tunisie au regard notamment de l'ensemble maghrébin a longtemps été sous-tendue par la relation dialectique entre deux types de sociétés ou, à tout le moins, deux genres de vie figurant une césure entre le littoral urbanisé et les campagnes de l'arrière-pays. Cette dualité socio-économique emprunte aujourd'hui la forme d'une désarticulation de la structure spatiale. Elle oppose une Tunisie du littoral, caractérisée par une forte densité de population et une concentration de l'essentiel des activités économiques, à une Tunisie de l'intérieur, en proie au sous-équipement et à l'exode rural.

Tripartisme géographique

Les discontinuités d'un système montagneux peu élevé, l'important développement du littoral (1 300 km) et la proximité du Sahara déterminent l'agencement du « complexe de plaines » suivant trois grands sous-ensembles qui recouvrent des limites climatiques et historiques.

Toujane, Tunisie

Toujane, Tunisie

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Toujane, village berbère situé dans les montagnes du sud de la Tunisie. 

Crédits : H. Eid/ AKG

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Depuis les monts algériens de Tébessa jusqu'à la presqu'île du cap Bon, tête de l'ancien pont continental reliant l'Afrique du Nord à la Sicile, les prolongements de l'Atlas saharien dessinent en pointillé une sorte de diagonale sud-ouest - nord-est : la Dorsale tunisienne. Parcourue de fractures, cette succession de massifs, dont l'alignement n'est que très approximatif, ne dresse pas d'obstacle infranchissable. Elle n'en constitue pas moins une barrière climatique qui isole du Sahara le Nord-Est tunisien et y retient les nuages porteurs de pluie charriés par les vents du nord. Avec les derniers plis de l'Atlas tellien qui, au nord, s'abaissent en oblique vers la mer, elle abrite de la sorte une série de plaines qui, en dépit de leur diversité, partagent un certain nombre d'atouts. Plaines maritimes ou, à tout le moins, sous l'influence méditerranéenne, ouvertes sur les golfes de Bizerte et de Tunis. Plaines arrosées (400 mm de pluie par an), drainées par des « fleuves » côtiers et notamment par les méandres de la Medjerda, principal cours d'eau de Tunisie, prenant sa source, en Algérie, dans le Constantinois et se jetant dans le golfe de Tunis. Plaines au sol argileux propice à la céréaliculture et aux pâturages. Plaines des plus riches donc, qui, de longue date, se sont révélées le pôle d'attraction de la Berbérie orientale. Arrière-pays de la Carthage punique, elles ont formé l'essentiel des premières assises territoriales de l'Africa romaine avant de devenir la pièce maîtresse de l'Africa proconsulaire (sous le nom de Zeugitane). Les Arabes, il est vrai, n'y ont pas établi leur capitale lors de la conquête de l'Ifrīqiyya. Néanmoins, ne serait-ce que sur le plan sémantique, celle-ci a toujours eu tendance à se confondre avec celles-là, la même appellation désignant simultanément la partie et le tout. De nos jours, on trouve trace de cette ambivalence dans le parler des pasteurs de la steppe tunisienne, qui dénomment Friquia (Ifrīqiyya) les plaines du Nord, plus couramment spécifiées en fonction de la nature et de l'apparence dominantes de leur sol : le Tell (argile).

Les géographes distinguent un Tell septentrional, région à forte pluviométrie, comprise entre les plis de l'Atlas tellien, le golfe de Bizerte et la Medjerda, dont les plaines céréalières de la Dakhla, de Béja et de Mateur constituent le joyau : un Tell inférieur, depuis l'autre rive de la Medjerda jusqu'au cap Bon, en bordure du golfe de Tunis, où les plaines sillonnées par le cours inférieur de la Medjerda et l'oued Miliane ; un haut Tell, zone d'alternance entre montagnes et hautes plaines, entre la Medjerda et la Dorsale.

Au sud de la Dorsale, la Tunisie change de décor, alors même que la plaine occupe plus que jamais le devant de la scène. Les massifs de la dorsale font désormais écran à la Méditerranée occidentale et aux courants du nord, tandis que se profilent les confins du Sahara. Les précipitations pluvieuses se raréfient et perdent en régularité. D'argileuse, la terre devient sablonneuse. De part et d'autre d'une chaîne « méridienne » (sud-nord) qui rejoint la Dorsale à proximité de Kairouan, et jusqu'aux monts de Gafsa, barre méridionale orientée en direction du golfe de Gabès (ouest-est), les plaines sont synonymes de steppes.

À l'ouest, la Dorsale, la chaîne méridienne et les monts de Gafsa délimitent, en forme de triangle, un espace de plaines parsemées d'îlots montagneux. C'est là, sous un climat rude, le domaine de la haute steppe, où la domination de l'alfa sur le règne végétal est contestée par un renouveau de l'arboriculture.

Entre montagne et mer, à l'est, un large couloir relie les plaines du Tell au détroit de Gabès. De la chaîne méridienne à la Méditerranée orientale, s'étend la basse steppe, dont seules quelques dépressions lacustres (sebkhas) et de rares collines rompent la monotonie. Les zones de parcours (élevage ovin) y cèdent du terrain, malgré l'irrégularité des pluies, à la céréaliculture et, fait nouveau, à des cultures irriguées, à la faveur d'un développement des puits de surface.

À l'approche du rivage méditerranéen, le climat se tempère et le paysage s'anime. La basse steppe y porte le nom de Sahel (littoral), pays de l'olivier.

Moins riches que celles du Tell, les plaines du sud de la Dorsale contribuent tout autant au particularisme de la Tunisie. Elles prolongent jusqu'à la mer « la longue bande de steppes qui se déroule dans toute l'Afrique du Nord entre les pays du Tell et les contrées du Sahara » (J. Despois). C'est dire qu'elles se distinguent des steppes algériennes, sous influence saharienne, par une bipolarité saharienne-méditerranéenne, dont la bande côtière du Sahel offre l'illustration la plus achevée. Elles constituent à cet égard une zone pleinement intermédiaire, mixte climatique et centre géographique, mais aussi point de contact ou trait d'union, dans la mesure où les extrêmes s'y rejoignent ou s'y confrontent. Leur frange côtière tend, il est vrai, par certains aspects, à s'en détacher pour s'apparenter aux plaines maritimes du Nord. Néanmoins, la démarcation entre pays méditerranéens et pays continentaux n'estompe pas la différenciation Tell-steppe. Elle s'y superpose. L'individualisation du Sahel est dialectiquement liée à son appartenance à la Tunisie centrale. On observera à ce propos que le Byzacium romain, cantonné initialement sur le littoral oriental dans des limites proches de celles du Sahel, s'est élargi, sous le nom de Byzacène, à l'ensemble de la steppe.

Zone intermédiaire, les plaines de la Tunisie centrale, basse steppe et haute steppe, le sont également par leur fonction de carrefour. Elles communiquent avec le Nord par une série de passes qui tronçonnent la Dorsale depuis Kasserine jusqu'à la plaine de Grombalia et avec le Sud par le détroit de Gabès. Elles permettent également, à l'ouest, d'accéder à la passe de Biskra qui contourne les Aurès et ouvre sur les hautes plaines algéro-marocaines. Kairouan, ville sainte de l'islam et première capitale de l'Ifrīqiyya, fondée au cœur de la steppe dès 670, à l'aube de la conquête arabe, par Oqba ben Nafi, témoigne de cette position stratégique. Pour le conquérant arabe, venant d'Égypte, la maîtrise de la steppe mettait le Nord à sa merci, le dotait d'une base d'appui face à l'Aurès, principal foyer de résistance, et couvrait ses arrières, la voie de plaine qui, au sud, relie l'Ifrīqiyya à la Tripolitaine.

Grande Mosquée de Kairouan

Grande Mosquée de Kairouan

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La cour intérieure et le minaret de la Grande Mosquée de Kairouan (Tunisie), ou mosquée Sidi Oqba, commencée en 672, reconstruite aux VIIIe et IXe siècles. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Au-delà des monts de Gafsa, suivant la même orientation est-ouest, les chaînes du Gherb et du Tebaga encadrent la dépression qui sépare les oasis du Jerid et du Nefzaoua du détroit de Gabès, sur la bordure septentrionale du Sahara. Celui-ci est flanqué, à l'est, d'un plateau, le Dahar, lui-même bordé par une falaise, les monts des Ksour. Entre cette chaîne méridienne et la mer s'étend la plaine de la Jeffara. L'île de Jerba constitue le prolongement de cette steppe prédésertique. Mais, à l'instar du Sahel, la frange côtière de la Jeffara présente des caractéristiques particulières. À Jerba et dans la région de Zarzis, la Méditerranée offre à la culture de l'olivier un dernier espace aux portes du Sahara.

Ainsi, chacun des sous-ensembles délimités par le relief et le climat – Tell au nord, steppe au centre et Sahara au sud-est – est-il sous-tendu par une opposition entre le littoral et l'arrière-pays. Le Tell inférieur, le Sahel et la Jeffara relèvent de régions différentes mais n'en forment pas moins à certains égards une seule et même entité : une Tunisie maritime propice aux cultures maraîchères, à l'arboriculture et aux échanges commerciaux. Ces terres d'élection d'une économie citadine et villageoise contrastent avec celles de la Tunisie intérieure vouées à la céréaliculture ou au pastoralisme. Autrement dit, le tripartisme géographique recèle une dualité socio-économique.

Dualité socio-économique

Cette dualité s'avère à la fois une tendance ancienne, observable dès l'époque carthaginoise, et un phénomène récent, lié aux transformations opérées depuis l'indépendance tunisienne. Elle a longtemps correspondu à des formes d'opposition et de coexistence entre genres de vie différents avant de se muer, dans le contexte de la modernisation, en une désarticulation de la structure spatiale.

La Carthage antique a assis sa domination le long du littoral, où elle a essaimé en une série de cités. Elle n'a jamais contrôlé l'arrière-pays numide en dépit de l'influence culturelle qu'elle a pu y exercer. L'Africa romaine a assuré un nouvel essor à la vie citadine en confortant et en élargissant ses assises, mais au prix d'un refoulement des nomades au-delà du limes. À cet ordre citadin faisaient défaut les ressources d'une légitimité permettant de stabiliser un rapport de forces. Le déclin de l'Empire, l'invasion vandale et la fragilité de la domination byzantine ont libéré la poussée des tribus nomades et, par contrecoup, fait refluer la ville vers le littoral.

L'islamisation et l'arabisation de l'Ifrīqiyya à partir du viie siècle n'ont pas aboli la dualité littoral-intérieur. En revanche, elles ont contribué à une régulation des oppositions entre sociétés citadines de la zone côtière et agro-pastorales de l'arrière-pays. En ce sens, elles ont réussi là où Rome et Carthage avaient échoué.

L'âge d'or de la civilisation musulmane – ixe-xie siècle – a correspondu à l'essor des villes jalonnant le Dar el islam de Samarkand à Cordoue. Cette ère de prospérité a vu, entre autres, le renouveau des cités de l'Ifrīqiyya. Les conquérants arabes ont fondé, au cœur de la steppe, Kairouan, ville sainte de l'islam. Mais ils ont surtout régénéré le tissu urbain préexistant par leur implantation dans les cités du littoral et l'adoption de leurs codes linguistique et culturel par les citadins.

L'équilibre entre régions du littoral et de l'intérieur, entre citadins et nomades, instauré par les premiers siècles d'islamisation et d'arabisation a été rompu par l'invasion des bédouins hilāliens aux xie et xiie siècles. Alors que la conquête arabe du ixe siècle avait dynamisé les villes, le peuplement hilālien devait provoquer une régression de la vie citadine.

Cette ambivalence de l'islamisation et de l'arabisation ne doit pas être envisagée exclusivement d'un point de vue diachronique, une phase rurale-bédouine dominée par l'apport démographique hilālien succédant à une phase citadine caractérisée par une arabisation et une islamisation des villes. Il convient également de la situer dans une perspective synchronique pour en saisir toute la portée : l'islam et la langue arabe ont en quelque sorte codifié les relations entre deux types opposés de sociétés.

Sans doute, l'opposition entre citadins et villageois du littoral, d'une part, et tribus nomades de l'arrière-pays, d'autre part, mérite-t-elle d'être nuancée. Force est de mentionner la permanence d'une « citadinité » de l'intérieur (oasis du Sud) et l'existence de tribus sédentaires dans les massifs montagneux. Par ailleurs, la dualité des genres de vie était sous-tendue par une complémentarité des activités. Les nomades étaient dépendants des activités commerciales et artisanales des cités, tandis que citadins et villageois tiraient parti des ressources offertes par la société pastorale. Chaque cité ou village entretenait des relations de voisinage, fondées sur l'intérêt économique, avec la ou les tribus environnantes en fonction de régularités (labours, moissons, cueillette) et de seuils (gestion plus ou moins pacifique des différends). Mais cette complémentarité était particulièrement exposée aux aléas de la conjoncture (sécheresse, disette, etc.). Toute poussée nomade était susceptible de submerger la cité, « ancrée dans la campagne, presque comme en milieu ennemi » (Abdelwahab Bouhdiba).

Pour les citadins et les villageois, hommes de terroirs et de savoirs, dont la production et les échanges étaient régis par l'appropriation privative et la circulation monétaire, les bédouins faisaient figure de prédateurs, d'hommes frustes et belliqueux, enclins à piller et rançonner. Bédouin et razzia ne faisaient qu'un dans l'imaginaire citadin. Inversement, le raffinement des mœurs associé à la citadinité allait à l'encontre du code de l'honneur bédouin, qui l'assimilait à de la faiblesse.

Bédouins

Bédouins

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Caravane de méharis dans le désert tunisien. 

Crédits : Lome Resnick/ The Image Bank/ Getty Images

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Séparées par une profonde méfiance réciproque, les deux sociétés n'en partageaient pas moins la même religion et la même langue. L'islam et la langue arabe recelaient, il est vrai, une pluralité de pratiques religieuses et de dialectes. Mais leur universalité tenait précisément à leur aptitude à assumer les différences et à les contenir dans des limites admissibles par tous. La société nomade était culturellement dépendante de la cité et de ses clercs, détenteurs du savoir et gardiens de la Loi (islamique). Le magistère des ulama, lettrés et savants de l'islam, tout en composant avec certains éléments du système de valeurs bédouin, exprimait la prééminence de celui de la société citadine. Il remplissait de la sorte une fonction minimale d'intégration et, partant, conférait une légitimité à la domination des tribus de l'intérieur par les cités du littoral. Il était en lui-même principe de justification de l'ordre citadin et du recours à la force pour son maintien. Citadins et villageois s'en remettaient pour préserver un statu quo social fragile à la puissance d'une dynastie. À leurs yeux, peu importait l'origine, tribale ou étrangère, de celle-ci, pourvu qu'elle fût apte à protéger leurs personnes et leurs biens contre les « fauteurs de trouble » et témoignât d'une conformité à la Loi islamique, attestée par les ulama.

Les bouleversements opérés par l'irruption du capitalisme colonial et le nouvel État issu de la décolonisation ont tendu à une uniformisation des genres de vie ou, du moins, à une généralisation de la sédentarité. Le nomadisme et le semi-nomadisme ont été frappés de plein fouet par les changements intervenus dans le régime d'appropriation des terres et leurs modalités de mise en valeur. Désormais en voie de disparition, ils ont fait place à l'exode rural, symptôme d'une urbanisation qui n'est plus circonscrite à la seule zone littorale.

Sous le protectorat français, la croissance urbaine, induite par le développement d'un secteur exportateur agro-minier et le peuplement européen, s'est polarisée sur la capitale, les villes portuaires (Bizerte, Sousse, Sfax) et la Tunisie du Nord. Avec l'indépendance, l'urbanisation a été sous-tendue par une politique de diffusion des équipements scolaires, sanitaires et administratifs et, partant, de l'emploi non agricole, aux différents niveaux de la hiérarchie des agglomérations. Des localités de taille réduite et jusque-là à dominante agricole sont ainsi devenues des pôles d'attraction de l'exode rural.

Sousse

Sousse

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Marché de Sousse, Tunisie… 

Crédits : Lorne Resnick/ Getty Images

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Globalement, l'urbanisation se solde néanmoins par un flux migratoire de l'intérieur vers le littoral. La plupart des agglomérations de l'intérieur se caractérisent par le sous-emploi, les petits métiers du tertiaire et, pour les plus importantes, par des fonctions administratives. Celles du littoral, en revanche, sont le siège d'activités économiques, traditionnelles (artisanat, pêche, agriculture) et modernes. Elles bénéficient, en effet, d'un potentiel et de facilités de communication et d'échange liés non seulement à l'ancienneté du tissu urbain, mais également aux effets d'entraînement d'une politique de développement touristique. Autrement dit, bien qu'elle affecte l'ensemble du pays, l'urbanisation reproduit, à certains égards, le vieux clivage littoral-intérieur. Toutefois, l'opposition met en jeu non plus, à proprement parler, des genres de vie, mais des conditions de vie avec pour toile de fond une désarticulation spatiale.

En termes d’infrastructure et de niveau de développement, le territoire connaît de fortes disparités entre les régions côtières et celles de l'ouest. En dépit de la mise en œuvre de programmes visant à les réduire, les écarts se reproduisent au fil des décennies. Les régions du littoral oriental, qui connaissent les taux les plus élevés d’urbanisation, d’alphabétisation et d’occupation dans l’industrie et les services, témoignent d’une dépense par tête supérieure à la moyenne nationale. Inversement, les régions de l’ouest, faiblement urbanisées et à dominante agricole, se caractérisent par le poids des couches défavorisées et l’importance des « poches de pauvreté ». Leurs populations, constatait le P.N.U.D. en 2004, comportent une forte proportion d’analphabètes (50 p. 100 de la population féminine) et connaissent les taux de chômage les plus élevés. Une partie significative d’entre elles (10 p. 100 environ) n’a pas directement accès à l’eau potable et à l’électricité. Quant au sud du pays, considéré lors de l’indépendance comme la région la plus démunie, il occupe désormais une position intermédiaire, imputable pour partie au tourisme et aux revenus de l’émigration.

Les régions en bordure de la Méditerranée, de Bizerte à Jerba, fixent sur environ le quart de la superficie totale du pays plus de 60 p. 100 de la population tunisienne (recensement de 2004). À l'exception du centre minier de Gafsa, elles englobent la totalité des villes de plus de 100 000 habitants. Elles sont, en effet, le siège des activités économiques les plus dynamiques, qu'elles relèvent de l'agriculture, de l'industrie ou du tourisme. La Tunisie du littoral fournit l'essentiel des principales productions agricoles, hormis la céréaliculture (haut Tell), l'élevage ovin (steppe) et les dattes (Jerid et Nefzaoua) : aviculture, cultures maraîchères, vignobles, agrumes, oliviers et arbres fruitiers. Par ailleurs, elle draine la majeure partie des investissements et emplois industriels au profit non seulement des zones de Tunis et de Sfax, les deux principaux centres urbains, mais également de Bizerte (industries lourdes), Sousse (industries de transformation) et Gabès (industries chimiques). Enfin, elle est le bénéficiaire quasi exclusif de la politique de mise en valeur touristique, avec pour pôles de développement les complexes hôteliers de Nabeul-Hammamet, Sousse-Monastir et Jerba-Zarzis.

Cette réactualisation du clivage littoral-intérieur participe d'une spirale lourde d'implications négatives. Elle tend à favoriser une reproduction élargie des flux migratoires de l'intérieur vers la bande côtière, l'accentuation des déséquilibres interrégionaux se doublant d'une aggravation des problèmes sociaux des centres urbains du littoral. Elle expose ceux-ci à une demande d'emploi excédant leur capacité d'absorption et se traduit ainsi par la concentration d'un sous-prolétariat confronté à un mode de vie auquel il ne peut accéder. Simultanément, elle contribue à une exacerbation du régionalisme, phénomène qui relève apparemment des séquelles d'un passé révolu mais n'en traduit pas moins des formes d'adaptation et de réaction à une modernisation porteuse de développement inégal entre régions.

Pour remédier aux inégalités de développement et contenir leurs effets pervers, le gouvernement tunisien a adopté une panoplie de mesures, de plans et de programmes. Des offices de développement des régions de l’ouest et du sud ont été mis en place. Ils veillent notamment à la réalisation de plans de développement régionaux et à la création de zones de développement prioritaire. L’ambition est de promouvoir des pôles urbains dotés d’équipements et d’infrastructures susceptibles d’y favoriser la constitution ou la densification d’un tissu industriel. Le Programme de développement rural intégré et le Programme de développement urbain intégré jouent un rôle complémentaire en assurant au plus près le financement d’activités, d’équipements collectifs et de travaux d’infrastructure. Enfin, le Fonds de solidarité nationale, le Fonds national de l’emploi et la Banque tunisienne de solidarité constituent les mailles d’un filet social visant à améliorer les conditions de vie des populations les plus démunies et à favoriser les possibilités d’emploi.

Ces initiatives, qui visent essentiellement à fixer la population de la Tunisie intérieure par une régulation des processus d’urbanisation et d’industrialisation, ne débouchent pas sur un renversement de tendance. En 2007, les régions littorales regroupent près de 90 p. 100 des entreprises industrielles et l’essentiel des activités touristiques. Deux décennies plus tôt, le Commissariat au développement régional et à l’aménagement du territoire avait émis le pronostic d’une probable « rupture d’équilibre définitive » entre régions à l’aube des années 2000. De fait, comme le redoutait cette instance, le territoire est divisé en « une bande „utile“ d’une trentaine de kilomètres de largeur et de moins de 20 000 kilomètres carrés » où vivent les deux tiers de la population et « un espace périphérique de 120 000 à 150 000 kilomètres carrés ».

—  Michel CAMAU

Des origines à l'indépendance

L'Antiquité

La Tunisie actuelle, l'ouest du Maghreb, fut, durant l'Antiquité et le Moyen Âge, la porte ouverte de l'Afrique du Nord sur le monde, par où pénétrèrent les civilisations phénicienne, romaine et arabo-islamique.

Les Berbères et Carthage

Le peuplement du territoire fut important aux temps paléolithiques. Le Néolithique ne semble pas antérieur à 4 000 ans avant l'ère chrétienne. À l'aube des temps historiques, la population était formée de Berbères, groupés en tribus nomades ou sédentaires, au genre de vie néolithique.

À la fin du IIe millénaire, les Phéniciens, peuple sémite de la côte de la Syrie et du Liban, se lancèrent dans le commerce maritime en Occident. Ils créèrent une série d'escales sur la côte africaine : lieux de mouillage, comptoirs temporaires, établissements permanents enfin, dont le premier fut, semble-t-il, Utique. Les Tyriens fondèrent, selon la tradition grecque, Carthage en 814 avant J.-C. ou seulement, d'après certains archéologues, au milieu du viiie siècle. Après des débuts obscurs, Carthage domina au vie siècle la vie maritime et commerciale de la Méditerranée occidentale. Des guerres l'opposèrent aux Grecs aux ve et ive siècles, aux Romains ensuite. Les côtes furent alors frangées d'établissements puniques, et l'aristocratie carthaginoise se tailla de beaux domaines ruraux dans le nord-est du pays, le cap Bon notamment. Les Berbères de l'intérieur furent durement traités.

Les guerres puniques qui, de 264 à 146, opposèrent Rome à Carthage, avaient pour enjeu la domination de la Méditerranée occidentale et non celle du territoire africain. Après la destruction de Carthage par Scipion Émilien en 146 avant J.-C., les Romains créèrent cependant une province d'Afrique, limitée au nord-est de la Tunisie actuelle. Pendant un siècle, jusqu'à la dictature de César, ils s'en désintéressèrent.

Carthage s'était peu préoccupée de son arrière-pays africain. Elle le marqua pourtant beaucoup et, même après sa chute, sa civilisation pénétra chez les Berbères. Au iie siècle avant J.-C., le royaume numide de Massinissa et de ses fils s'étendit sur le Constantinois, ainsi que sur l'ouest et le sud de la future Tunisie ; le punique fut sa langue de culture, les villes furent administrées, comme Carthage, par des suffètes. Baal et Tanit, assimilés à Saturne et à Junon, furent les divinités les plus populaires de l'Afrique romaine où le punique était encore parlé dans les campagnes au ve siècle de l'ère chrétienne.

La période romaine

La conquête romaine s'acheva quand César annexa le royaume numide en 46 avant J.-C. Il décida la restauration de Carthage, sous la forme d'une colonie romaine. D'autres colonies furent créées par Auguste, mais ce ne fut que sous les Flaviens (69-96) que commença l'essor de l'Afrique romaine. Les confins sahariens furent occupés, les nomades contenus ou sédentarisés. Sous les Antonins, au iie siècle après J.-C., on note un net développement agricole, l'extension des olivettes, le défrichement de vastes terroirs. L'Afrique fournissait à Rome une grande partie de son ravitaillement en blé. Le trait dominant de cette période est un essor urbain sans précédent. Les ruines des villes montrent l'ampleur de cette urbanisation : Sbeitla, Mactar, Dougga, El-Djem, Bulla Regia et, bien entendu, Carthage. Ces cités, souvent d'origine punique, se romanisèrent aussi juridiquement : leurs habitants reçurent la citoyenneté romaine.

L'apogée fut atteint sous les Sévères (193-235), dynastie d'origine africaine. La romanisation s'accéléra ainsi que l'extension des villes, grâce à la prospérité économique fondée surtout sur l'exportation de produits agricoles vers l'Italie.

De 235 à 285, la province d'Afrique subit, comme le reste de l'Empire, les effets de la grande crise. De Dioclétien (285-305) à l'invasion des Vandales (429), la province retrouva, dans une large mesure, paix et prospérité ; les villes furent restaurées, et on ne peut vraiment parler, pour cette région, de décadence du Bas-Empire. Des problèmes religieux agitaient cependant les esprits : la persécution des chrétiens, nombreux en Afrique, puis, après la conversion de Constantin, le schisme donatiste qui fut l'occasion de graves violences.

Vandales et Byzantins : de Rome à l'Islam

Les Vandales passèrent le détroit de Gibraltar en 429 ; ils prirent Carthage en 439. Menés par un roi hardi et intelligent, Genséric, ils commirent les pires exactions. L'État vandale domina la Méditerranée occidentale, mais il connut une rapide décadence après la mort de Genséric en 477. Au sud et à l'ouest de l'actuelle Tunisie, des tribus de nomades ou de montagnards berbères prenaient l'offensive et menaçaient villes et campagnes. En 533, l'empereur d'Orient Justinien confia à Bélisaire une expédition de reconquête. Ce fut un franc succès : en quelques mois, l'État vandale avait disparu. L'Afrique romaine était restaurée, mais les armées byzantines devaient mener des combats incessants et jamais décisifs contre les tribus berbères qui n'hésitaient plus à s'aventurer dans le plat pays, jusqu'au cœur de la Tunisie actuelle. D'imposantes forteresses byzantines rappellent le souvenir de ces luttes. C'est une province réduite et très affaiblie que les Arabes musulmans attaquèrent en 647. Une série de victoires les amena à prendre et à détruire Carthage en 698. La latinité et le christianisme allaient lentement disparaître du pays pour lequel, huit siècles et demi après la conquête romaine, une nouvelle ère commençait.

400 à 500. Royaumes barbares

400 à 500. Royaumes barbares

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Grandes Invasions. Division de l'Empire romain. Création de royaumes barbares en Chine.Au Ve siècle, des peuples nomades déferlent massivement sur l'Extrême-Orient et sur l'Occident. C'est la période dite des Grandes Invasions.En Chine tout d'abord, les royaumes barbares du... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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—  Claude LEPELLEY

Période arabe et domination musulmane

La conquête de l'Ifrīqiyya – appelée plus tard la Tunisie – par les Arabes entraîna pour ce pays des mutations considérables : avec le temps, sa population est en effet devenue arabe dans sa grande majorité ; la langue arabe a été pratiquée par presque tous les habitants qui, en outre, ont adopté la religion musulmane. Ce phénomène d'arabisation et d'islamisation, assez lent au début, s'est accentué à partir du xie siècle et a pris un caractère définitif, en dépit de la présence de maîtres berbères, turcs et plus tard français.

La conquête et ses premières conséquences

Après avoir conquis l'Égypte, les Arabes avaient lancé en 647 une expédition contre la Byzacène, qui leur montra que les Byzantins n'étaient pas invincibles. Une autre expédition, conduite en 670 par ‘Uqba ibn Nāfi‘, fut marquée par la fondation du camp militaire de Qayrawān (Kairouan). Il n'était pas alors question d'étendre la conquête et de créer une province, car les tribus berbères, loin de se soumettre, mirent tout en œuvre pour chasser les envahisseurs. C'est entre 695 et 698 qu'eut lieu l'occupation complète et définitive de l'Ifrīqiyya (prise de Carthage en 695, puis en 698) ; toutefois, des tribus berbères menées par une femme, la Kāhina, opposèrent encore pendant plusieurs années une vigoureuse résistance. Vaincues en 702, ces tribus se rallièrent, se convertirent peu à peu à l'islam et certaines d'entre elles participèrent à la conquête de l'Espagne. Cependant, d'autres tribus se montrèrent hostiles à l'arabisation et marquèrent leur opposition aux nouveaux dirigeants en adhérant à un islam hétérodoxe, le khāridjisme. On ne saurait voir dans ces différentes prises de position un signe de l'opposition entre Berbères nomades et Berbères sédentaires. En revanche, la rupture avec le passé punico-romain est totale, et l'influence chrétienne va graduellement disparaître.

L'Ifrīqiyya est devenue une province de l'Empire omeyyade de Damas, placée sous l'autorité d'un gouverneur nommé par le calife et portant le titre d'émir ; la capitale politique et religieuse est fixée à Kairouan. Si un certain nombre de citadins indigènes ont quitté l'Ifrīqiyya, volontairement ou non, ils ont été remplacés par des Orientaux arabes ou arabisés et par des Coptes.

Arabes et Berbères

L'avènement des ‘Abbāssides, en 750, à la place des Omeyyades, n'a apporté dans l'immédiat que peu de changements politiques ; la vie économique s'est développée grâce aux échanges avec l'Orient, et les villes – Kairouan, Tunis, Sousse – ont connu un essor notable.

En 800, le calife Hārūn al-Rachīd a délégué ses pouvoirs en Ifrīqiyya à l'émir Ibrāhīm ibn Al-Aghlab qui fonde une dynastie autonome. Celle-ci, qui a gouverné pendant un siècle, a réussi à maintenir un équilibre entre les milices arabes et les populations indigènes et a contribué au développement économique, social et religieux de l'Ifrīqiyya ; elle a marqué son époque par la construction de la grande mosquée de Kairouan et de mosquées à Tunis, Sousse, Sfax, les remparts et les ribats de Sousse et de Monastir, de nombreux travaux d'adduction d'eau et la fondation de la ville de Raqqada. En outre, les Aghlabides entreprirent la conquête de la Sicile. Mais la fiscalité excessive et le despotisme des derniers émirs ont entraîné des révoltes parmi certaines tribus berbères qui ont alors appuyé l'action de musulmans hétérodoxes venus d'Orient : les Fāṭimides shi‘ītes.

Au début du xe siècle en effet, la propagande des shi‘ītes (adversaires du calife de Bagdad) atteignit l'Ifrīqiyya ; avec l'aide des Berbères Kutāma, leur chef ‘Ubayd Allāh (qui se prétendait descendant de la fille du Prophète, Fāṭima) renversa les Aghlabides et fonda la dynastie des Fāṭimides dont il se proclama le calife (910). Les Fāṭimides furent d'abord accueillis avec faveur, mais bientôt, en raison de leur intransigeance religieuse et de leurs excès en matière fiscale, ils ne purent implanter le shi‘īsme en Ifrīqiyya et virent même se tourner contre eux une partie de la population, notamment les Berbères du centre et du sud du pays. Cependant, ils ont été les artisans d'un grand essor économique, et ils ont fondé les villes de Mahdiya et de Sabra Mansouriya. Mais l'Ifrīqiyya n'était qu'une étape pour les Fāṭimides, et, lorsqu'ils eurent conquis l'Égypte et s'installèrent au Caire (973), ils confièrent le gouvernement de l'Ifrīqiyya à l'un de leurs fidèles, le Berbère Bologgin ibn Zīri, qui fonda la dynastie zīride.

Jusqu'au milieu du xie siècle, le pays a connu la prospérité en même temps qu'une large autonomie qui a conduit l'émir zīride à rompre avec son suzerain fāṭimide ; celui-ci, en représailles, lâcha sur l'Ifrīqiyya la tribu des Banū Hilāl (1051-1052) : c'est la seconde invasion arabe importante, qui a modifié les structures et l'économie de l'Ifrīqiyya ; en effet, les tribus hilāliennes dévastèrent le sud et le centre du pays, pillèrent les villes, détruisirent les installations hydrauliques : des régions jusqu'alors fertiles, parce qu'irriguées, retournèrent à la steppe ou au désert, les populations sédentaires des plaines cherchèrent refuge dans les zones montagneuses ou dans les villes fortifiées. Tandis que dans les plaines l'élevage se substituait à l'agriculture (sauf dans le Nord), les villes de la côte orientale se renforcèrent et devinrent indépendantes ; en même temps, l'arabisation fit de grands progrès et le christianisme disparut presque complètement.

Au xiie siècle, les Normands, qui avaient déjà conquis la Sicile, occupèrent quelques années (1148-1160) la côte orientale de la Tunisie, de Sousse à Gabès. Ils furent chassés par les Almohades, dynastie berbère marocaine qui contrôlait tout le Maghreb. Les Almohades ayant dû ensuite faire face à de nombreuses révoltes des Arabes hilāliens, ils confièrent le gouvernorat de l'Ifrīqiyya à ‘Abd al-Wāhid ibn Ḥafṣ, dont le fils, Abū Zakārīya', se sépara des Almohades en 1228, fonda la dynastie ḥafṣide qui dura plus de trois siècles ; les Ḥafṣides établirent leur capitale à Tunis qu'ils contribuèrent à embellir et qui devint un centre commercial méditerranéen puissant. Sous les Ḥafṣides, l'Ifrīqiyya connut un net renouveau, malgré les attaques des chrétiens (Saint Louis 1270, Aragonais 1284-1335, Franco-Génois 1390). Ce renouveau est dû aussi à l'arrivée de musulmans (les Andalous) et de juifs chassés d'Espagne qui apportèrent de nouvelles techniques agricoles et artisanales ; c'est à cette époque que s'établirent à Tunis les premières colonies marchandes européennes. Le renouveau culturel a été marqué par le nom du grand historien Ibn Khaldūn, le renouveau religieux par l'apparition du maraboutisme et le renouveau architectural par la construction de nombreux édifices, surtout à Tunis. Mais, à la fin du xve siècle, la dynastie ḥafṣide commença à décliner et à subir les attaques des Espagnols. L'arrivée de ceux-ci, puis des Turcs marque la fin du Moyen Âge pour l'Ifrīqiyya.

La période turque

À partir du début du xvie siècle, la Tunisie participe de plus en plus à la politique méditerranéenne, du fait qu'elle est devenue d'abord un des enjeux de la rivalité qui oppose Espagnols et Turcs au Maghreb, ensuite parce que le commerce européen en a fait un de ses lieux d'échange, enfin parce qu'au xixe siècle elle a été l'objet des ambitions française, anglaise et italienne.

Durant cette période, la Tunisie – qui porte ce nom depuis que Tunis est devenue sa capitale – a été soumise à des influences étrangères, et ses chefs ou ses souverains ne sont pas des Arabes ; mais elle n'en conserve pas moins son caractère de pays arabe et musulman, tout en n'étant, après 1574, pour le sultan de Constantinople, qu'une province de son Empire.

Au début du xvie siècle, les corsaires ottomans ont montré une grande activité en Méditerranée occidentale et surtout sur les côtes du Maghreb. L'un d'eux, Khayr al-Din, s'est emparé en 1534 de Bizerte, puis de La Goulette et de Tunis, enfin des ports de la côte orientale. Le Ḥafṣide Mūlāy Ḥasan ayant appelé les Espagnols à son secours, la Tunisie a été l'objet de luttes entre Espagnols et Turcs qui, à tour de rôle, ont pris et perdu les principales villes du pays. Finalement, après la prise de Tunis en 1574 par les Turcs, la Tunisie est devenue une province ottomane ; une administration turque a été mise en place, avec un pacha-gouverneur, représentant le sultan et un conseil de gouvernement, ou dīwān (divan), formé par les officiers de la milice turque.

En 1590, ce régime est renversé et les officiers du Divan sont remplacés par les chefs de la marine qui mettent à leur tête l'un d'eux avec le titre de dey, tandis que le pacha n'a plus qu'un rôle honorifique. Durant une soixantaine d'années, le pays est assez calme et prospère, grâce à la course, qui connaît son âge d'or, et à l'arrivée de nouveaux Andalous ; par ailleurs, le commerce est actif grâce à la communauté juive et aux marchands européens, marseillais surtout. De nombreux renégats (chrétiens convertis à l'islam) participent à l'activité tunisoise et certains d'entre eux sont parvenus à de hautes fonctions, y compris celle de dey.

Cependant les chefs de l'armée (les beys) prennent de plus en plus d'importance ; en 1659, l'un de ces beys, Ḥammūda ben Murād, s'empare du pouvoir et crée un régime héréditaire qui gouverne jusqu'à la fin du siècle. Mais des querelles intestines affaiblissent les Mouradides et finalement en 1702 le commandant de la cavalerie, Ibrahīm Al-Sharīf, prend le pouvoir, mais doit le laisser dès 1705 à Ḥusayn ibn ‘Alī qui instaure le régime monarchique et fonde la dynastie husséinite qui a gouverné la Tunisie jusqu'en 1957. Ḥusayn et ses successeurs ont toujours reconnu la suzeraineté du sultan de Constantinople pour qui le Husséinite n'est que le gouverneur de la « province de Tunis ».

Pendant presque tout le xviiie siècle, le nouveau régime a été en proie à des luttes intestines auxquelles se sont ajoutés des soulèvements de tribus et des guerres fréquentes avec Alger. De plus, la course et la piraterie sont sévèrement combattues par les puissances européennes, qui entretiennent cependant de bonnes relations, surtout commerciales, avec les Tunisiens : la France, nation privilégiée, possède même un comptoir sur la côte nord, au cap Nègre. Pour essayer de réduire le rôle de la milice turque, le bey Ḥammūda (1792-1814) s'efforce de recruter le personnel administratif et militaire parmi les kouloughlis (fils de Turcs et de femmes indigènes) et les mamelouks (anciens esclaves d'origine orientale). Deux révoltes de la milice turque, en 1811 et en 1816, aboutirent finalement à réduire l'importance et l'influence de celle-ci. Le nouveau régime, inauguré par Mahmūd bey (1814-1824), ne devait pas amener de profondes modifications en Tunisie : en fait, ce sont les puissances européennes qui désormais tirent les ficelles de la politique tunisienne.

—  Robert MANTRAN

L'intervention de l'Europe

Les années difficiles (1815-1860)

Au début du xixe siècle, la Régence de Tunis conservait encore la plupart des institutions que les Turcs avaient mis en place après l'expulsion des Espagnols. Le pays était gouverné à la turque par une poignée de mamelouks, des esclaves affranchis à qui revenaient les principales charges de l'État.

Mais le bey était devenu un véritable souverain. Ses liens de vassalité à l'égard de la Porte se réduisaient à quelques survivances : le titre de pacha qui lui était octroyé lors de son avènement, la frappe de la monnaie et la récitation de la prière au nom du sultan. Dans le pays, l'autorité du bey s'exerçait sans partage. Il s'en déchargeait souvent sur un de ses familiers, promu au rôle de grand vizir. C'était d'ordinaire le sahib et-tāba', ou garde des sceaux ; plus tard, ce fut le khaznadar, ou trésorier. Le système maintenait à l'écart la bourgeoisie locale, reléguée dans des fonctions judiciaires ou religieuses. Les dernières manifestations d'indépendance des janissaires étaient brisées en 1816. Depuis, l'armée se réduisait à 5 000 hommes, auxquels s'ajoutaient en cas de besoin les contingents des tribus de service.

L'administration locale était confiée à des caïds chargés de maintenir l'ordre et de percevoir les impôts. Dans les régions peuplées de sédentaires, comme la vallée de la Medjerda, le cap Bon ou le Sahel, où l'autorité du bey n'était pas discutée, les caïds avaient tendance à pressurer leurs administrés. Mais les tribus de la steppe étaient d'humeur plus indépendante. Deux fois par an, l'héritier du trône, ou bey du camp, parcourait le pays à la tête d'une méhalla, autant pour impressionner les nomades par le déploiement de son appareil militaire que pour assurer la rentrée des impôts.

Hamouda pacha [Ḥammūda Bācha] avait légué à ses successeurs un pays prospère et relativement bien administré. Mais, à partir de 1815, commencèrent les années difficiles. La révolution de palais qui avait éliminé le bey Othman, frère et successeur de Hamouda, à la fin de 1814, ramenait au pouvoir la branche aînée de la dynastie, Mahmoud [Maḥmūd] et son fils Hussein [Ḥusayn]. Les conseillers de Hamouda furent écartés au profit d'une nouvelle équipe aussi avide que médiocre.

Les ressources financières ne tardèrent pas à diminuer. L'interdiction de la course en Méditerranée, imposée par la France et l'Angleterre priva le bey d'une partie de ses revenus, paiement de tributs, revente des prises et des esclaves. Le cours des huiles baissait, les grains subissaient la concurrence de ceux d'Odessa ; l'artisanat tunisien luttait difficilement contre les produits manufacturés européens. Le déséquilibre des échanges était encore aggravé par des dépenses somptuaires de la cour. Aussi le bey fut-il amené à accroître sa pression fiscale sur une population décimée par la peste.

Aux difficultés économiques s'ajoutent, à partir de 1830, les problèmes posés par l'installation des Français en Algérie, la reconquête de Tripoli par les Turcs en 1835, qui faisaient peser sur la Régence de redoutables menaces. Tunis pouvait craindre le même sort que ses voisins et le bey se rendait compte qu'il n'avait pas les moyens de résister à une invasion française ou à l'intervention d'une escadre ottomane. Ahmed bey [Ahmad bey] (1837-1855) s'efforça de moderniser son armée, sans s'inquiéter de l'état de ses finances. Il fit appel à la France dont la protection devait décourager le sultan de toute velléité offensive. Mais, à la longue, la Régence finissait par devenir une principauté à demi-vassale de la France, un État tampon couvrant les frontières orientales de l'Algérie.

L'effondrement de la Régence

Avec Mohammed bey [Muhammad Bey] et Mohammed es-Sadok [Muhammad-as-Sadeq], la Tunisie parut s'engager sur la voie des réformes. Le favori du bey Ahmed, Mustapha Khaznadar [Mustafā Khaznadar], un mamelouk d'origine grecque dont il avait fait son Premier ministre, avait réussi à se maintenir au pouvoir. Sous la pression des consuls de France et d'Angleterre, il persuada le bey Mohammed de moderniser les institutions du pays. En septembre 1857, un pacte fondamental inspiré de la charte ottomane de 1839 établit l'égalité de tous les Tunisiens devant la loi, sans distinction de religion. La mise en vigueur de la Constitution de 1861 qui instituait un grand conseil de notables paraissait le gage de transformations durables.

Mais l'expérience, menée sans conviction, fut rapidement abandonnée. Elle avait permis au khaznadar d'assurer sa situation à la faveur d'un changement de règne. Fort de l'ascendant qu'il exerçait sur Mohammed es-Sadok, il entreprit de mettre les finances en coupe réglée. Sous couleur de renforcer l'armée et de moderniser le pays, il s'engagea dans une politique de dépenses somptuaires de compte à demi avec une poignée d'aigrefins israélites. Deux emprunts furent souscrits à Paris en 1863 et 1865 avec le concours d'un aventurier de Francfort, Emile Erlanger, et leur produit dilapidé en commandes extravagantes (canons « rayés en dehors ») dont les contrats étaient destinés à justifier les bakchichs que se partageaient le ministre et ses fournisseurs. Le pays était ruiné. L'accroissement des impôts avait provoqué une insurrection générale en 1864 qui faillit emporter la dynastie. La révolte vaincue, sédentaires et nomades furent écrasés d'amendes et de contributions.

L'échec d'un troisième emprunt en mai 1867 conduisit à la banqueroute. La France décida alors d'intervenir. Après s'être entendue avec l'Angleterre et l'Italie, elle imposa au bey la réorganisation de ses finances (juill. 1869). Une commission internationale animée par l'inspecteur Villet procéda à l'unification et à la réduction des créances ; le bey, en contrepartie, dut abandonner la moitié de ses revenus. Le contrôle international consacrait ainsi la mise en tutelle de la Régence. Mais la présence d'un de ses fonctionnaires au sein de la commission soulignait la prépondérance de la France. Grâce à l'autorité du « bey Villet », elle put garder à la cour du Bardo, après 1870, un crédit qu'elle n'aurait sans doute pu conserver à la suite de ses défaites continentales.

L'effacement temporaire de la France permit à l'Angleterre d'étendre son influence ; mais, peu à peu, les Français réussirent à rétablir leurs positions. En juillet 1878, les plénipotentiaires français au congrès de Berlin se virent offrir la Régence par Salisbury et Bismarck comme une part de dépouilles dans le dépècement de l'Empire ottoman. Mais, si la France avait ainsi « carte blanche », il lui fallut près de trois ans d'hésitations avant de lancer comme à regret l'expédition qui imposait au bey le traité de protectorat. À Paris, on espérait que le bey se laisserait convaincre de traiter à l'amiable. Les années se passèrent en atermoiements, tandis que se développait une rivalité de plus en plus vive avec l'Italie.

À Tunis, le heurt des ambitions françaises et italiennes prenait les allures d'un duel acharné entre deux consuls de combat, Roustan et Macció, qui se livraient une guerre au couteau pour la chasse aux concessions. Roustan avait pour lui le favori du bey, Mustapha ben Ismaïl [Mustafā ibn Ismā‘il], un mignon qui exerçait un empire absolu sur l'esprit affaibli de son maître. La lutte tourna d'abord à son avantage. Mais, à la fin de 1880, Mustapha passa dans le camp italien et, dès lors, Macció parut triompher. Lentement, mais sûrement, la situation se dégradait. Au printemps de 1881, Jules Ferry se décida enfin à intervenir.

Un incident de frontières, l'affaire des Khroumirs, fournit le prétexte de l'expédition. Après une marche de trois semaines, le général Bréard arriva sans combat aux portes de Tunis. Roustan imposa alors au bey un traité de protectorat, signé au palais du Bardo, le 12 mai 1881. Une nouvelle campagne fut cependant nécessaire à l'automne, pour venir à bout d'un soulèvement de tribus. En juin 1883, le traité du Bardo fut complété par la convention de la Marsa et le protectorat organisé par le résident Paul Cambon.

Le protectorat français

Le soin de défendre et de représenter le pays revenait désormais à la France. L'absolutisme du bey n'était qu'une fiction commode derrière laquelle s'abritait la réalité du pouvoir résidentiel. La France s'était gardée de modifier une succession par rang d'âge qui vouait tous les souverains à la sénilité. Mal préparés aux affaires de l'État, ils se bornaient à signer sans discuter les décrets que leur soumettaient les ministres.

L'effacement du bey consacrait la toute-puissance du résident général, à la fois ministre des Affaires étrangères et président du Conseil des ministres. Tous les services du protectorat relevaient de son autorité. À côté de l'administration traditionnelle, réduite à deux départements, des services nouveaux furent confiés à des fonctionnaires français. Sur le plan local, la hiérarchie des agents du bey, caïds, khalifas et cheikhs, ne fut pas modifiée. Mais leur nombre fut réduit et leur administration placée sous la surveillance de contrôleurs civils français.

Dans le régime, aucune place n'avait été faite aux institutions représentatives. Sous la pression de la colonie, les successeurs de Cambon furent amenés à créer une conférence consultative, d'abord exclusivement composée de Français. Une section tunisienne, formée de notables désignés par le gouvernement, y fut adjointe en 1907. En même temps, la compétence de l'assemblée était élargie, l'examen du budget figurant désormais dans ses attributions.

La justice avait été réformée, un enseignement de type français progressivement introduit. Le budget retrouvait son équilibre grâce à une saine gestion. L'équipement sanitaire fut une œuvre de plus longue haleine ; les villes furent assainies, des hôpitaux installés ; des campagnes de vaccination vinrent à bout du choléra et du typhus. La création de ports et de voies ferrées stimulait la mise en valeur du pays. À l'essor de l'agriculture répondaient les progrès de l'industrie extractive (phosphates et fer essentiellement). Tranquille et prospère, la Tunisie était citée en modèle par l'administration française. Les autorités se félicitaient de leurs relations avec la population musulmane. Le seul problème était la présence d'une colonie italienne trop nombreuse pour pouvoir être assimilée (88 000 en 1911, en regard de 48 000 Français, les musulmans étant 1,7 million) et dotée de privilèges imprudemment accordés par les conventions de 1896.

Mais une génération nouvelle arrivait à l'âge d'homme qui n'avait pas connu les vices de l'ancienne administration beylicale. Certains commençaient à s'impatienter d'une tutelle qui laissait aux Tunisiens si peu de responsabilités dans les affaires de leur pays. L'opposition se manifesta en 1911, à la faveur de l'émotion provoquée par la guerre italo-turque. Le 7 novembre, Tunis connut une journée d'émeute (affaire du Djellaz). L'agitation ayant repris, le résident Alapetite fit expulser quelques meneurs. Avec la fin du conflit italo-turc, le calme revint dans la capitale, mais l'événement avait démontré qu'il était facile de mobiliser les foules derrière des mots d'ordre nationalistes ou religieux.

L'après-guerre fut marqué par un renouveau d'agitation. Les nationalistes réclamaient une constitution (en arabe : destour). Le résident Lucien Saint réussit à les diviser en promulguant un train de réformes : création d'assemblées régionales, transformation de la Conférence consultative en Grand Conseil (juillet 1922). L'agitation se prolongea sporadiquement jusqu'en 1925.

Avec le retour au calme, les questions politiques cédèrent le pas aux préoccupations économiques. La hausse des prix stimulait la production. Au prix d'un gros effort d'équipement, les colons français firent accomplir des progrès décisifs à la culture des céréales. La production minière n'était pas en reste : pour le fer comme pour les phosphates, la Tunisie battait tous ses records de l'avant-guerre.

Mais la crise atteignait le pays. Le marasme des affaires et l'extension du chômage engendrèrent un malaise qui favorisa la reprise de l'agitation politique. Le Destour se réveillait sous l'impulsion d'éléments plus jeunes qui cherchaient à l'entraîner à nouveau au combat. Ayant rompu avec la direction du parti, Habib Bourguiba décida de lancer une formation rivale, bientôt connue sous le nom de Néo-Destour, qui s'ouvrit largement aux éléments populaires.

Bourguiba se lança incontinent dans une campagne d'agitation qui lui valut bientôt une assignation à résidence dans le Sud (sept. 1934). Le succès du Front populaire en France se traduisit par des mesures de clémence qui laissèrent espérer au Destour une transformation du régime. Bientôt déçu, Bourguiba déclencha une nouvelle campagne qui aboutit à une journée d'émeute dans la capitale (9 avr. 1938). La répression fut sévère. Le Néo-Destour fut dissous et ses principaux chefs incarcérés. Mais le pays ne réagit pas et le calme revint sans que l'autorité eût autrement à sévir.

Les vicissitudes de la guerre allaient faire de la Tunisie un champ de bataille imprévu. Le débarquement anglo-américain de novembre 1942 provoqua en effet la riposte des forces de l'Axe. Tunis et Bizerte étaient rapidement occupées et, à la fin de l'automne, le front se stabilisait entre Gafsa et le cap Serrat. En janvier, l'Afrikakorps, serré de près par la VIIIe armée britannique, se repliait dans le Sud tunisien. Les manœuvres de Rommel ne purent triompher de la supériorité matérielle de ses adversaires. En mai 1943, le front germano-italien était enfoncé et les forces de l'Axe acculées à une capitulation sans condition.

Cimetière militaire allemand, 1943

Cimetière militaire allemand, 1943

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Les Alliés découvrent un cimetière militaire allemand dans les faubourgs de Tunis après la chute de la ville lors de la campagne d'Afrique du Nord, en mai 1943. 

Crédits : Hulton Getty

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La victoire alliée ouvrait l'heure des règlements de comptes. Des poursuites furent engagées contre les destouriens qui s'étaient compromis avec l'Allemagne. Le bey Moncef paya de sa destitution ses manifestations d'indépendance à l'égard de la France. Il fut remplacé par son cousin Lamine. Quant aux Italiens, leur sort fut réglé par une ordonnance de juin 1944 qui abolissait les privilèges dont ils jouissaient en vertu des conventions de 1896.

L'indépendance

Les années d'après-guerre furent avant tout celles de la reconstruction. L'effacement du Néo-Destour, l'exil volontaire de Bourguiba en mai 1945 permirent à la trêve politique de se prolonger. Mais les nationalistes conservaient leur influence et, dès son retour, en septembre 1949, Bourguiba retrouvait son autorité et sa popularité. Le programme qu'il présentait en avril 1950 visait à restituer aux Tunisiens la gestion de leurs propres affaires ; mais il fut déçu par les propositions françaises. Au début de 1952, il engagea à nouveau le fer lorsque la démission d'un résident libéral, Louis Périllier, parut fermer la voie des négociations.

Une nouvelle épreuve de force commençait. Le résident Jean de Hauteclocque ordonna l'arrestation des animateurs du Destour, tandis que la troupe était chargée du maintien de l'ordre. Cependant, après des mois de marchandages, le gouvernement français finissait par trouver une transaction qui obtenait l'agrément du bey et d'un parti de notables. Mais le Destour persistait dans son opposition. En ville, le terrorisme s'installait ; dans le bled, quelques bandes de fellagha commençaient de battre la campagne. Visiblement la situation se détériorait, tandis qu'à Paris, sous le coup des événements d'Indochine, le gouvernement et l'opinion s'abandonnaient au découragement. C'est alors que la démission du cabinet Laniel, conséquence de la chute de Diên Biên Phu, amenait Pierre Mendès France au pouvoir, le 18 juin 1954.

Dès lors, les événements allaient se précipiter. Après de discrets pourparlers avec Bourguiba, Mendès France fit le voyage de Tunis pour annoncer au bey l'intention de son gouvernement d'accorder à la Régence une autonomie sans restriction (discours de Carthage, 31 juillet 1954). L'essentiel était dit, mais il restait encore à négocier. Les accords qui furent signés en juin 1955 devinrent caducs avant même d'avoir été appliqués. Le Maroc ayant obtenu son indépendance par les accords de la Celle-Saint-Cloud, la Tunisie pouvait prétendre, elle aussi, à son émancipation. Le protocole du 20 mars 1956 abolissant le traité du Bardo reconnaissait l'indépendance totale du royaume de Tunis. Un an plus tard, le bey Lamine était déposé et une république proclamée, dont la présidence revint aussitôt à Bourguiba.

—  Jean GANIAGE

La Tunisie indépendante

Bourguiba, le père de la Tunisie moderne

Le triomphe du « zaïm »

En 1956, la Tunisie accède à l’indépendance, ce qui ouvre une période de trois décennies au cours de laquelle Habib Bourguiba marque le pays de son empreinte. Pourtant, au moment de l’indépendance, il n’est pas le seul à pouvoir prétendre incarner la légitimité nationaliste. Sa popularité, mais aussi les relations qu’il a réussi à établir avec la puissance coloniale qui l’a aidé à éliminer ses adversaires, lui ont permis de s’imposer à la tête du nouvel État indépendant.

Habib Bourguiba, 1961

Habib Bourguiba, 1961

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Habib Bourguiba, président de la République de Tunisie, s'adresse à la foule lors des funérailles des Tunisiens tués pendant la bataille de Bizerte en 1961. 

Crédits : Hulton Getty

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Monastir : mausolée de Bourguiba

Monastir : mausolée de Bourguiba

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Mausolée de Bourguiba et ses deux minarets, à Monastir, en Tunisie. 

Crédits : Lorne Resnick/ Stone/ Getty Images

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Bourguiba n’a pas participé à la naissance du mouvement nationaliste, qui s’est structuré en 1920 autour du parti Destour, mais à la scission qui a donné naissance, en 1934, au Néo-Destour qu’il a présidé à partir de 1938 et qui incarnait une ligne nationaliste plus intransigeante. Les accusations de compromission avec l’Allemagne qui frappent les cadres du Destour en 1945 profitent à leurs adversaires du Néo-Destour, en position de négocier avec Paris l’autonomie interne (1955), puis l’indépendance de la Tunisie (1956). Profitant d’un contexte régional favorable – début de la guerre d’Algérie, reconnaissance de l’indépendance du Maroc en 1955 (déclaration de La Celle-Saint-Cloud) –, il réussit à s’imposer comme l’interlocuteur de la France pour négocier directement avec elle l’indépendance de la Tunisie.

Afin de jeter le discrédit sur la famille régnante, Habib Bourguiba met en avant l’inertie et l’anachronisme de la gestion beylicale. Il reproche également à la dynastie husseinite son caractère « exogène » et son personnel politique constitué d’étrangers ou de « semi-étrangers » selon l’expression de Robert Mantran… Il accuse la cour de corruption et dénonce les hésitations du monarque face à l’autorité coloniale. Mais le bey se trouve dans une position très inconfortable, faute d’une définition claire de ses attributions : il est redevable devant ses sujets, tout en dépendant des décisions prises par le résident général. En 1952, alors que la violence est à son comble (arrestations des militants nationalistes, tortures…), le résident général contraint Lamine Bey à promulguer des réformes municipales qui donnent aux Français les mêmes prérogatives qu’aux Tunisiens. Pour les nationalistes et Bourguiba, cette promulgation est une trahison.

À la légitimité dynastique du bey, il tente d’opposer sa propre légitimité populaire, grâce à son charisme et à son talent qui lui permettent d’établir une relation particulière avec le peuple. Pour écarter la dynastie beylicale, il s’appuie sur le Néo-Destour et l’Union générale des travailleurs tunisiens (U.G.T.T.), qui lui ont permis de mettre en place des réseaux et des solidarités entre le peuple et les élites instruites.

Après la signature des conventions franco-tunisiennes d'autonomie interne en juin 1955, un conflit virulent l’oppose à son principal rival, le secrétaire général du Néo-Destour : Salah ben Youssef. Opposé aux accords d’autonomie, celui-ci veut que la Tunisie intègre la nation arabe tout en s’encrant dans l’islam. Ses vues séduisent les arabophones et les nationalistes arabes que le projet pro-occidental et laïc de Bourguiba inquiète. Elles rassurent les conservateurs et les propriétaires terriens, qui craignent les bouleversements économiques et sont attachés aux valeurs de l’islam. Mais la rivalité entre les deux hommes est avant tout une lutte pour le pouvoir, en même temps que l’affrontement de deux modèles de société. Ben Youssef a rejeté toutes négociations avec la France et la stratégie des étapes pour libérer le pays du joug colonial, alors que Bourguiba a fait le choix du pragmatisme, de la légalité et du respect des traités signés. Le radicalisme de Ben Youssef – considéré comme un nationaliste arabe et soutenu par Nasser – amène la France à choisir Bourguiba comme unique interlocuteur. En se présentant comme un partisan de l’ordre et en mettant en avant sa proximité avec les États occidentaux, Bourguiba obtient l’intervention des forces de sécurité françaises contre les partisans de Ben Youssef. Il s’appuie aussi sur les Tunisiens de sa région, le Sahel, et sur les populations urbaines occidentalisées. Le soutien le plus déterminant lui vient de l’U.G.T.T. Malgré son audience réelle dans le pays et le soutien des maquisards (fellaghas) qui refusent de déposer les armes et son influence au sein du Néo-Destour, Ben Youssef perd le combat. En novembre 1955, le congrès du Néo-Destour consacre la victoire de Bourguiba et son leadership sur le parti. L’alliance entre l’U.G.T.T. et le parti est désormais effective. C’est à l’issue de cette session que le congrès se prononce pour l’élection d’une Assemblée constituante. Salah ben Youssef a déjà quitté le pays. Après l’indépendance, il sera assassiné à Francfort en août 1961. La lutte contre Salah ben Youssef a certainement joué un rôle dans la mise en place des options de l’ère Bourguiba, caractérisée par une nette orientation occidentale, une option séculière et l’ascendant des élites de la région côtière du Sahel sur l’ensemble du personnel politique.

À partir de l’indépendance (1956), grâce à une série de décrets qui reçoivent le sceau beylical, Bourguiba cumule de nombreuses responsabilités : président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, ministre de la Défense nationale, mais la monarchie est encore en place. Contrairement aux autres nationalistes qui se seraient bien satisfaits de conserver la monarchie, Bourguiba veut obstinément son abolition. Le 25 juillet 1957, les députés de l’Assemblée constituante sont convoqués pour entériner cette décision : les députés présents se prononcent pour l’instauration de la République. L’Assemblée constituante confère ensuite à Habib Bourguiba la charge de président de la République. Elle adoptera une nouvelle Constitution le 1er juin 1959.

La méthode bourguibienne

Au lendemain de l’indépendance, Habib Bourguiba prend le contrôle du parti et exclut les sympathisants de Salah ben Youssef. Il aménage les institutions qui lui confèrent un pouvoir très important. La loi électorale du 6 janvier 1956 a établi le scrutin de liste majoritaire à un tour, sans panachage, pour favoriser le Néo-Destour. C’est ainsi que le parti a remporté l’ensemble des sièges de l’Assemblée constituante contre les candidats indépendants et les communistes. Après l’instauration de la République, Bourguiba opte pour un régime présidentiel, avec une Assemblée dont le rôle et la fonction sont extrêmement réduits. Toute la vie politique s’organise autour du parti qui se confond avec l’État. Bourguiba est le chef du parti et le chef de l’État. Rédigée à sa mesure et en partie par lui-même – il participe à la rédaction du texte constitutionnel « en tant que député » – la Constitution et un parti hégémonique qu’il dirige et contrôle, font du zaïm (le chef, le leader) la seule source de l’autorité. Ses pouvoirs sont immenses : le chef de l’État est élu au suffrage universel en même temps que l’Assemblée pour une durée de cinq ans ; les secrétaires d’État sont responsables devant lui ; la chambre n’a aucun pouvoir de censure sur lui. Bourguiba partage l’initiative des lois avec l’Assemblée et peut légiférer par décrets-lois. Les pouvoirs du zaïm ne s’arrêtent pas là : il nomme les membres du gouvernement, définit la politique

et ne donne aucune autonomie aux institutions. Elles existent mais n’ont pas d’autre rôle que celui que leur attribue le zaïm. Comme l’a écrit Asma Larif Beatrix, Bourguiba fait de l’Assemblée nationale « une antenne susceptible de mesurer le degré de popularité d’une politique. Le but est d’éviter d’aller trop loin dans le divorce entre État et société ».

Quant au parti, fondé dans le cadre de la lutte pour l’indépendance, il change de vocation et devient le principal rouage de l’État. Il structure le système politique, devient une instance essentielle du pouvoir, forme les cadres de la nouvelle administration. Grâce à ses cellules et à ses fédérations, il sert d’intermédiaire entre le personnel politique et le peuple. Les cadres du parti sont nommés par Bourguiba, les membres du gouvernement sont membres du parti de Bourguiba et ils sont députés de l’Assemblée contrôlée par Bourguiba.

Le Néo-Destour, rebaptisé Parti socialiste destourien (P.S.D.) en 1964, entretient des liens très étroits avec les organisations syndicales et patronales qui reçoivent leurs ordres, missions et feuilles de route du bureau politique du parti. Après l’indépendance, le seul parti d’opposition autorisé est le Parti communiste tunisien (P.C.T.). Il est interdit en 1963, à la suite d’une tentative de coup d’État dans lequel il n’a joué aucun rôle. Jusqu’en 1981, la Tunisie est gouvernée par un parti unique, sans opposition légalement reconnue.

La modernisation de la Tunisie

Imprégné des idées de progrès, de rationalité et de modernisation acquis sur les bancs des universités françaises, Bourguiba a pour ambition d’édifier un État moderne. Sa politique tourne le dos à l’Orient arabe et se distingue de l’oumma. Bourguiba veut faire table rase d’un passé qui lui paraît archaïque, changer le pays en profondeur en modifiant la loi, en bousculant les mentalités et en gommant toute autorité traditionnelle. Dès les premières années de l’indépendance, il réorganise la justice, supprime les juridictions musulmanes et les tribunaux rabbiniques, ainsi que les tribunaux français. Dès 1956, il promulgue un Code du statut personnel qui représente une véritable révolution au sein de la famille : abolition de la polygamie, de la répudiation, du tuteur matrimonial, du droit de la contrainte, instauration du divorce judicaire, du libre consentement des futurs époux et de l’adoption. Le succès de cette réforme – une avancée sans pareil dans le monde musulman – s’explique par un contexte doublement favorable à ces changements. D’une part, Habib Bourguiba, qui n’avait pas encore instauré la République tunisienne au moment de la promulgation du Code, était auréolé de la victoire qu’il venait de remporter sur le colonisateur. D’autre part, la réforme n’était pas conçue comme une rupture, ni par rapport au texte coranique, ni par rapport aux idées des réformistes tunisiens – l’engagement féministe avait commencé dans les années 1930, avec Tahar Haddad, un enseignant de l’université islamique de la Zitouna, qui fut à la fois syndicaliste, réformiste et féministe. Cette réforme audacieuse du code de la famille est acceptée par la société, parce que Bourguiba la justifie par une interprétation libérale de la loi religieuse, sa politique séculière ne l’empêchant pas de continuer à se réclamer de l’islam. Pour soumettre le religieux au politique, Bourguiba met un terme aux enseignements de l’université-mosquée de la Zitouna, supprime les tribunaux charaïques (tribunaux des caïds) et nationalise les biens des institutions religieuses (les habous). Mais pour imposer des changements dans les domaines qui touchent au religieux, il se réfère régulièrement à l’ijtihād (effort de réflexion des savants qui interprètent les textes fondateurs de l’islam) et inscrit ainsi ses réformes dans la norme musulmane.

L’enseignement est l’autre grand axe de la politique de modernisation bourguibienne. Une école nationale mixte, généralisée et gratuite se substitue aux anciennes structures de l’enseignement coranique. Pendant les premières années de la présidence de Bourguiba, plus de 30 p. 100 du budget national est consacré à l’éducation. Cette scolarisation menée tambour battant fait reculer l’analphabétisme et réduit les disparités entre les sexes en matière d’éducation. En l’espace de deux décennies, le taux de scolarisation des filles progresse nettement, pour rejoindre quasiment celle des garçons au milieu des années 2000. En outre, dans les années 1960 et 1970, le diplôme garantit un emploi stable et une position sociale élevée. Mais cette politique volontariste pose plus tard la question de l’adéquation entre formation et emplois disponibles. Dès la fin des années 1980, des diplômés de l’enseignement secondaire et supérieur sont confrontés au chômage. Dans les années 2000, le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur doublera encore par rapport à la décennie précédente. Au cours des années 1980, le chômage des jeunes est vécu comme une honte par les jeunes eux-mêmes et comme un échec de la politique d’éducation. Les diplômés sont rapidement déclassés, exercent des métiers manuels ou se convertissent dans l’économie informelle. Cette inadéquation entre la formation universitaire des jeunes et leur situation sociale et professionnelle contribuera à brouiller les repères au sein de la société et à remettre en question les fondements du « bourguibisme ».

Les limites des politiques économiques de Bourguiba

Dans cette course à la modernisation, la politique de Bourguiba se préoccupe peu d’économie. Pour extraire la Tunisie au sous-développement et à la pauvreté, Bourguiba se laisse séduire par le projet que lui a proposé Ahmed ben Salah, lorsqu’il était secrétaire général de l’U.G.T.T. en 1956. Ben Salah a foi dans les théories des économistes du développement, qui pensent que la socialisation de l’économie est le seul moyen pour les pays nouvellement indépendants de sortir de leur léthargie. Sa politique se fonde sur une planification de tous les secteurs de la vie économique. Entre 1962 et 1969, la Tunisie s’engage dans « un modèle global de développement socialiste ». L’État prend en charge les secteurs clés de l’économie, régule et encadre l’investissement privé, s’engage dans une réforme agraire tout en contrôlant l’ensemble des circuits de distribution. Commerçants et paysans sont contraints de se constituer en coopératives pour améliorer la productivité. C’est d’ailleurs à cette époque que le Néo-Destour est devenu le Parti socialiste destourien (P.S.D.)

Dans le cadre du « socialisme destourien », le tout-puissant Ahmed ben Salah, ministre du Plan et de l’Économie nationale, met en place un système de coopératives agricoles. Appliqué dans un premier temps aux anciennes grandes propriétés du nord du pays qui avaient appartenu à des colons et avaient été nationalisées, le projet s’étend sur l’ensemble du territoire à des propriétés bien plus petites. Cette politique agricole, fortement soutenue par Bourguiba, est un échec total. Mal comprise par les paysans qui se sentent dépossédés de leur terre, elle provoque un mécontentement général, d’autant que la productivité reste très faible. Des émeutes éclatent dans tout le pays, y compris dans le Sahel, la région de Bourguiba. C’est le seul moment durant les trois décennies du règne de Bourguiba où se rompt le lien entre le pouvoir et la société. Conscient de la gravité du mouvement de protestation, Bourguiba congédie son ministre Ahmed ben Salah en 1969, puis le fait condamner à dix ans de travaux forcés.

Portée par le nouveau Premier ministre Hedi Nouira, une nouvelle politique libérale se met en place et promeut les investissements privés et les échanges avec l’extérieur. L’État soutient l’initiative privée par des exonérations fiscales et des allégements de charges sociales, l’économie se finançant pour l’essentiel par les exportations de biens et de services (pétrole, tourisme, revenus des immigrés). L’interdiction des importations permet aux entreprises tunisiennes de se développer à l’abri de la concurrence étrangère. Industrialisation et privatisations relancent la croissance, secteur privé et secteur public continuant cependant de coexister. Cette nouvelle politique profite aux classes moyennes, mais les secteurs développés (tourisme, industrialisation…) sont géographiquement limités aux régions du littoral au détriment de l’intérieur du pays et des zones rurales, où le chômage se développe, notamment chez les jeunes.

La libéralisation économique s’accompagne de grèves et d’émeutes entre 1974 et 1978. Habib Achour, secrétaire général de l’U.G.T.T. depuis 1970, démissionne en janvier 1978 du bureau politique du P.S.D. pour exprimer son désaccord avec la politique économique libérale. La détérioration du climat social et la violence de la répression conduite par l’armée amènent la centrale syndicale à rompre avec le pouvoir. Le bras de fer qui oppose alors Bourguiba à l’U.G.T.T. se solde par l’arrestation de milliers de syndicalistes, dont Habib Achour. Bien qu’inscrit de longue date dans la vie politique du pays, le syndicalisme échoue une fois de plus à se transformer en force d’opposition et de propositions. Cet échec pousse le mécontentement à s’exprimer dans le cadre d’une organisation politique et d’une idéologie nouvelles : l’islamisme, même si la domestication de la centrale syndicale par l’appareil d’État n’explique pas à elle seule l’émergence de l’islamisme en Tunisie.

À partir de la fin des années 1970, le pouvoir est confronté à une multiplication des mouvements d’opposition qu’il peine à mater comme il le faisait jusque-là : naissance du Mouvement des démocrates socialistes (M.D.S.), fondation par Ben Salah (évadé de prison en 1973 et exilé en Algérie) du Mouvement de l’unité populaire (M.U.P.), reconstitution du Parti communiste. À partir de 1981, le nouveau Premier ministre Mohamed Mzali procède à une ouverture politique. Indispensable pour sauver le régime, elle est avant tout une opération stratégique, le pouvoir continuant à tenter de coopter lui-même les forces d’opposition. Quant à Bourguiba, durant les dix dernières années de sa vie, il est insensible à l’émergence du mouvement islamiste qu’il tente de décapiter en condamnant à mort ses principaux leaders. Le 7 novembre 1987, il est démis de ses fonctions par le Premier ministre qu’il vient de nommer. Sans effusion de sang, Zine el-Abidine Ben Ali répond ainsi à l’attente de nombreux Tunisiens, « sauvant le régime au prix de la mort politique de son fondateur », selon le mot de Michel Camau.

Ben Ali, l’ère du « renouveau »

Rupture et continuité

L’homme que Bourguiba a placé à la tête du gouvernement le 2 octobre 1987 n’a pas le profil de ses prédécesseurs. Sans passé militant au sein du parti, il n’a accédé que tardivement à des responsabilités politiques. Ce général s’est distingué au ministère de l’Intérieur dans sa lutte contre les islamistes. C’est pour mener à bien la répression contre ces derniers que Bourguiba a fait appel à lui. Mais, comme de nombreux Tunisiens, Ben Ali juge excessives les peines prononcées contre les dirigeants islamistes et craint une réaction difficile à contenir. En vertu de la Constitution, le Premier ministre est censé succéder au chef de l’État en cas de vacance de la présidence. Le 7 novembre, Ben Ali utilise cette disposition de la Constitution pour destituer l’homme de quatre-vingt-quatre ans dont les facultés mentales semblent avoir diminué.

Celui qui s’empare de l’État en 1987 prolonge le projet bourguibien dans ses aspects les plus populaires, comme la priorité accordée à l’éducation, la politique sociale, la place de la femme dans la société ou encore la politique étrangère. Mais, désireux de réconcilier le pouvoir et les citoyens, il rompt avec les aspects les plus autoritaires du régime, supprime les tribunaux d’exception et garantit la liberté d’expression. En insérant une partie de la société dans le jeu politique, Ben Ali cherche à faire oublier le « coup d’État médical » du 7 novembre tout en se dotant de la légitimité qui lui fait défaut.

Le 7 novembre 1988, une année après sa prise de pouvoir, Ben Ali signale sa volonté d’ouverture par la signature d’un « Pacte national » avec les principales forces et organisations politiques du pays : le parti destourien de Bourguiba, rebaptisé par Ben Ali, le 27 février 1988, Rassemblement constitutionnel démocratique (R.C.D.), six partis de l’opposition légale, le parti islamiste Ennahda, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (L.T.D.H.), l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (U.T.I.C.A., centrale patronale), ainsi que les syndicats de certaines professions libérales. L’ouverture se traduit également par la libération de près de 5 000 prisonniers politiques (essentiellement des islamistes dont Rached Ghannouchi). Des personnalités politiques résidant à l’étranger sont autorisées à rentrer et des membres de la Ligue des droits de l’homme font leur entrée au gouvernement.

Le tournant autoritaire de Ben Ali

Les élections présidentielle et législatives de 1989 sonnent le glas de cette période d’embellie. Seul candidat à la présidence de la République, Ben Ali est élu avec 99,27 p. 100 des suffrages exprimés. Aux élections législatives, le R.C.D. remporte la totalité des 141 sièges de la Chambre des députés. Même si l’opposition légale ne remporte que 3,76 p. 100 des suffrages, le régime ne peut ignorer le succès des « listes indépendantes », présentées par des islamistes. Présentes dans 17 circonscriptions, elles recueillent près de 14 p. 100 des voix, avec des pointes de 25 p. 100 dans certaines villes.

Zine el-Abidine Ben Ali, président de la République tunisienne de 1989 à 2011

Zine el-Abidine Ben Ali, président de la République tunisienne de 1989 à 2011

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Après la mise à l'écart de Bourguiba en 1987, et une courte période d'ouverture politique, Ben Ali, candidat unique, se fait élire président de la République tunisienne en 1989. En 2011, il est chassé du pouvoir par la révolution tunisienne, qui donne le coup d'envoi du « printemps arabe... 

Crédits : Epa/ Corbis

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Pour faire barrage aux islamistes d’Ennahda qui s’imposent dans le champ politique, le pouvoir met en place un front commun constitué de formations « modernistes ». Mais les inquiétudes du pouvoir s’amplifient après la victoire du Front islamiste du salut (F.I.S.) aux élections municipales algériennes de juin 1990. Au nom de la lutte contre un mouvement que l’on accuse de proximité avec les islamistes algériens, la répression policière s’étend peu à peu à tous les opposants au régime de Ben Ali. Dès 1990, l’opposition non islamiste n’est plus considérée comme une alliée du pouvoir. Les atteintes aux libertés fondamentales se multiplient et se banalisent. Toute velléité de contestation est réprimée. La loi réduit les libertés fondamentales.

Mais Ben Ali envoie des signaux contradictoires aux Tunisiens. Alors que le pays est quadrillé, que les institutions sont domestiquées et que la société civile est privée de toute autonomie, 19 représentants de l’opposition font leur entrée au Parlement, ce qui s’inscrit dans la continuité des pratiques politiques de Bourguiba. Les deux chefs d’État ont mis en place un système politique qui s’articule autour de deux axes a priori antagonistes : coercition et fermeture de l’espace politique d’un côté, dialogue avec les gouvernés et amélioration de leurs conditions de vie de l’autre. La vraie nouveauté de l’ère Ben Ali c’est la corruption du personnel politique et des proches du Président. Certes, le clientélisme existait déjà sous Bourguiba, la redistribution des ressources économiques et politiques à des membres du parti étant alors une pratique courante. Mais l’ouverture de l’économie sur l’extérieur permet aux proches de Ben Ali de s’emparer d’entreprises privées. À partir du milieu des années 1990, un régime de privilèges gangrène l’économie du pays et fragilise la confiance des Tunisiens dans les élites. La marge de manœuvre des chefs d’entreprises est étroite : pour assurer la survie de leurs activités ils doivent se soumettre aux pressions, parfois au prix d’importantes compromissions ; en se plaçant en dehors du système, ils risquent intimidations, redressements fiscaux et concurrences déloyales. Les proches de Ben Ali s’approprient les entreprises privatisées sans respecter les règles de l’économie de marché, l’ouverture économique ne s’accompagnant pas d’un désengagement de l’État qui continue d’organiser l’économie pour alimenter ses réseaux de clientèle. C’est la crise financière et économique mondiale qui a raison du système. La croissance ralentit dès 2007, enrayant les capacités redistributives de l’État et dégradant la situation sociale.

En janvier 2008, l’annonce par la Compagnie des phosphates de Gafsa (C.P.G., située dans le sud-ouest aride de la Tunisie) de quelques dizaines d’embauches sur près d’un millier de candidatures met le feu aux poudres. Les autorités locales et l’U.G.T.T. ont en effet imposé leur choix sans tenir compte des pratiques habituelles (la priorité aux enfants de mineurs). La Compagnie, principal employeur de la région, a supprimé 10 000 emplois à partir des années 1980, en suivant le programme de « mise à niveau de l’économie » de la Banque mondiale. Les protestataires tentent de geler l’activité phosphatière des quatre grands sites de la région (Redeyef, Oum Larayes, El Mdhilla et Metlaoui). Les chômeurs sont rejoints par leurs familles, par des militants associatifs, par des enseignants et des étudiants. Le soulèvement gagne d’autres catégories professionnelles. Le pouvoir répond par la répression. En mai et juin 2008, les affrontements avec la police puis l’armée atteignent le comble de la violence. Les principaux leaders du mouvement sont arrêtés. En juillet, le président Ben Ali convoque les représentants du conseil régional de Gafsa, dénonce les « irrégularités » du mode de recrutement, déplace des responsables locaux (dont le gouverneur de la région) et dissout le conseil municipal de Gafsa. Il débloque  944 millions de dinars censés générer quelque 9  000 emplois. Le mouvement annonce la révolution de 2010-2011, manifestant que le refus des privilèges est partagé par des catégories sociales différentes et révélant les méthodes violentes du pouvoir. Il dévoile également l’ambiguïté de l’U.G.T.T., tiraillée entre les pressions du pouvoir et les critiques de plus en plus acerbes de certains de ses militants et de ses cadres intermédiaires. La détermination des protestataires de Gafsa fera école.

Une jeunesse tunisienne sans perspectives d’avenir

L’autre grand échec du régime de Ben Ali est l’incapacité à répondre aux attentes de la jeunesse tunisienne. Depuis l’indépendance, le pays a connu une nette diminution de sa croissance démographique, le nombre d’enfants par femme en âge de procréer se situant en 2010 au-dessous du seuil de renouvellement des générations. Planning familial mis en place par Bourguiba et maintenu par son successeur, recul de l’âge du mariage des Tunisiennes (27 ans) en sont les principales causes. Cependant, les jeunes continuent d’arriver en nombre sur le marché du travail, alors que la restructuration des entreprises a réduit le nombre des emplois non qualifiés, fréquemment occupés par des jeunes. Enfin, la société tunisienne étant engagée dans un processus d’individualisation, la jeunesse ne bénéficie plus des structures de solidarité familiales et s’en trouvent un peu plus fragilisée.

En l’espace de deux décennies, cette jeunesse choyée par Bourguiba dans les années 1960 et 1970, s’est trouvée précarisée et confrontée au chômage – en 2010, près de 75 p. 100 des chômeurs auraient eu moins de trente ans –, grossissant les effectifs du secteur informel. Elle ne peut exprimer ses attentes dans un espace public et un monde associatif contrôlé par l’État, et elle continue de rêver d’une Europe qui lui a fermé les portes de l’immigration. Économiquement exclus et marginalisés dans leur propre pays, les jeunes observent sur les chaînes des télévisions satellitaires un monde qui change et leur semble inaccessible, quand ils ne viennent pas grossir le nombre des candidats à l’émigration clandestine vers l’Europe. Ben Ali a tenté de répondre au malaise de la jeunesse, mais de manière décalée. Des programmes de formations professionnelles ont été mis en place, un Observatoire national de la jeunesse a vu le jour en 2002, prétendant tenir compte des aspirations de la jeunesse par le biais de consultations. Plusieurs associations et structures prétendent « insérer » ou « encadrer » la jeunesse, mais elles ne jouissent d’aucune autonomie, sont contrôlées par le R.C.D., ressemblent davantage à des structures d’embrigadement qu’à autre chose et enregistrent des taux d’adhésion particulièrement faibles. Les jeunes se méfient de ces associations qui, selon Sana ben Achour, sont des « lieux de clientélisme et donc l’un des principaux rouages du renforcement et de la reproduction du régime autoritaire ».

Mais les jeunes Tunisiens, en rupture avec le pouvoir et privés de moyens d’expression dans l’espace public, découvrent dès le milieu des années 1990 une nouvelle forme d’action : la cyber-résistance. La multiplication des antennes paraboliques, Internet, et les téléphones mobiles permettent aux informations et aux idées de circuler. La Tunisie se connecte au réseau dès 1991, Ben Ali pariant sur l’image d’un pays moderne et avancé sur le plan technologique. Zeineb Touati a montré comment le pouvoir a favorisé l’équipement des familles grâce à des ordinateurs vendus à 1  000 dinars (500 euros de l’époque), et à la baisse des tarifs d’abonnements à Internet : 13 p. 100 de la population était équipée en ordinateurs en mai 2011, environ 4 millions de Tunisiens, sur une population estimée à 10  673 800 habitants, étant internautes à divers degrés. Mais, rapidement, les échanges sur Internet sont perçus comme des opérations de déstabilisation du régime, qui s’engage sur la voie de la surveillance des médias. En 2002, Zouhaïr Yahaoui est le premier internaute à être condamné à deux ans de prison ferme. Cependant, dans le sillage du site Web Takriz – allusion au mot « crise », il est fondé en 1998 et prend pour devise « ni mensonge ni langue de bois » –, l’espace public connaît une métamorphose dès le début des années 2000 : mise en place de journaux en ligne, de blogs et de forums de discussion qui tentent de contourner la censure. La plupart d’entre eux sont créés par des jeunes internautes qui expriment le « ras-le-bol » et le mal-vivre de la jeunesse. En 2009, les internautes tunisiens lancent contre la censure la campagne Sayyeb Saleh (« lâche-moi les baskets »). En choisissant le mode festif, ils occupent pacifiquement des terrasses de café à Tunis, inventent Ammar, un personnage représenté par une moustache et de grands ciseaux de censeur. Ammar, dont la figure imaginaire et caricaturale renvoie autant à la censure qu’à Ben Ali lui-même, devient « l’ennemi commun qui a ainsi, malgré lui, contribué à trouer les cloisons qui existaient entre la minorité des “cyberdissidents” en quête de changement politique et la majorité des internautes tunisiens “ordinaires” en quête de divertissement et d’expression de soi » (Romain Lecomte).

La manifestation contre la censure qui se tient le 22 mai 2010, malgré l’arrestation des principaux organisateurs, « véritable tournant dans les relations entre Internet et la rue » pour Zeineb Touati, fait prendre conscience de leur force aux internautes.

Même si ce ne sont pas les nouveaux moyens de communication qui ont été à l’origine de la révolution de janvier 2011, née de la rue et de la révolte des jeunes Tunisiens exclus du développement et rarement connectés à Internet, l’utilisation des réseaux sociaux pendant le soulèvement a joué un rôle crucial dans la formation d’un sentiment de solidarité entre les Tunisiens.

La Tunisie en révolution

Le moment révolutionnaire

À partir de 2008, les soulèvements sociaux se multiplient, révélant une situation sociale de plus en plus tendue. Les villes minières du Sud se soulèvent, les chômeurs et les étudiants protestent contre la vie chère, les chauffeurs de taxi se mettent en grève pour refuser un nouveau règlement qui les soumet à une surveillance policière de plus en plus importante. Ces mouvements sont géographiquement circonscrits, mais, en 2010, le mouvement de protestation qui naît dans le centre du pays se mue en une crise politique générale. Le 17 décembre 2010, un jeune marchand ambulant de vingt-six ans, Mohamed Bouazizi, s’immole par le feu devant le gouvernorat de Sidi Bouzid. Le récit de ce drame se répand dans la population : le jeune homme aurait été confronté au mépris d’un agent de l’ordre, alors qu’il ne pouvait pas payer la somme qui lui était demandée pour éviter la confiscation de sa marchandise. L’histoire de ce jeune marchand – représentatif de la jeunesse tunisienne au chômage et sans avenir – mobilise les habitants de la région. Des syndicalistes de l’U.G.T.T. accompagnent le mouvement et contribuent à le structurer, ils organisent des sit-in et des marches pour dénoncer les inégalités régionales, le chômage et l’autisme du pouvoir. Le mouvement gagne des communes voisines, les protestataires s’en prennent aux cellules locales du R.C.D. et à tous les symboles de l’administration et de l’État. À partir du 24 décembre, la police réprime les manifestations à balles réelles. Les médias officiels font peu de cas de ces événements, mais l’information et les images de ces villes en révolte sont relayées par les réseaux sociaux, en particulier par Facebook qui compte alors plus de 2 millions d’utilisateurs (pour 11 millions d’habitants). À partir du 26 décembre, les organisations des droits de l’homme, l’U.G.T.T. et les partis d’opposition rejoignent le mouvement. Les images de violence policière sont retransmises par la chaîne qatarie Al-Jazeera. À mesure que la situation se durcit, les slogans se radicalisent, exigeant la chute du régime et du gouvernement. La protestation se transforme en un conflit violent entre Ben Ali et les Tunisiens.

Internet et la révolution tunisienne

Internet et la révolution tunisienne

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Au cours de la révolution tunisienne de 2010-2011, les observateurs sont frappés par la façon dont la jeunesse tunisienne se sert d'Internet et des réseaux sociaux pour diffuser informations, messages politiques et consignes de manifestation.   … 

Crédits : S. Aranda/ Corbis

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Dans le discours qu’il prononce le 13 janvier, Ben Ali s’accroche au pouvoir mais ne répond pas aux demandes des manifestants. Le 14 janvier, à l’occasion d’une grève générale organisée par l’U.G.T.T. à Tunis, la foule se rassemble devant le ministère de l’Intérieur (symbole même de la répression) et manifeste son refus des propositions du discours de Ben Ali, sur qui se cristallise le mécontentement. La police se retrouve isolée, l’armée refusant de tirer sur la population. Le slogan scandé par la foule est clair : « Le peuple veut la chute du régime ! » Seul et impuissant, Ben Ali assiste à la décomposition de son régime. On lui conseille de quitter le territoire le temps que la rue retrouve son calme. Il quitte la Tunisie pour une destination qu’il ne connaît pas et atterrit quelques heures plus tard en Arabie Saoudite.

Chute de Ben Ali

Chute de Ben Ali

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Le 14 janvier 2011, la foule de Tunis se rassemble devant le ministère de l'Intérieur, scandant à tue-tête : « Dégage ! Dégage ! » Ben Ali quitte la Tunisie le soir même. 

Crédits : L. Dolega/ EPA/ Corbis

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Une transition difficile

Après le départ du président Ben Ali, le 14 janvier 2011, la Tunisie connaît une période de transition qui s’organise en deux séquences, avant et après les élections du 23 octobre 2011.

Au cours de la première période (15 janvier 2011 - 23 octobre 2011) se succèdent trois gouvernements dirigés par des responsables politiques de l’ancien régime, les deux premiers par l’ancien Premier ministre de Ben Ali, Mohamed Ghannouchi, et le troisième par Béji Caïd Essebsi, un ancien ministre de Bourguiba. Dès cette période, l’espace politique tunisien s’enrichit : plus de cent partis politiques voient le jour, près d’un millier d’associations, des médias et une presse écrite abandonnant le ton convenu du passé pour adopter rapidement un discours révolutionnaire. Le débat s’articule alors autour de la question du légitime et de l’illégitime, des acquis du passé et des « acquis de la révolution ». Comment rompre avec le passé au nom des « valeurs de la révolution » ? Dans la mesure où le passé a été la source d’un certain nombre d’acquis, que faut-il en garder ? Certains considèrent que, pour les sauvegarder, la Constitution doit être conservée mais révisée, cela afin de privilégier stabilité et continuité et d’éviter le vide institutionnel. D’autres veulent une rupture absolue du cadre constitutionnel. En mobilisant la rue, les tenants de la légitimité révolutionnaire finissent par imposer leur choix, modifiant du même coup la nature de la transition en cours. Le projet d’une élection présidentielle précédant la révision de la Constitution est abandonné au profit de l’élection d’une Assemblée constituante.

Le 23 octobre 2011, les Tunisiens élisent les  217 députés de l’Assemblée constituante (l’abstention est forte, surtout chez les jeunes). Le choix de la représentation proportionnelle au plus fort reste empêche les islamistes d’obtenir la majorité des sièges. Bénéficiant de son statut de victime de l’ancien régime et d’une image de probité, Ennhada a cependant de bons résultats (avec 89 sièges sur 217), mais ne peut gouverner seul. Le parti islamiste s’allie avec le Congrès pour la République (C.P.R., 29 sièges à l’Assemblée) de Moncef Marzouki, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, et le parti social-démocrate Ettakatol (20 sièges) de Mustapha ben Jaafar. Les trois partis forment ce que l’on qualifie alors couramment de « troïka » et se partagent les principaux postes de responsabilité. Les rapports entre l’Assemblée constituante, le gouvernement provisoire et la présidence de la République sont régis par une loi relative à l’organisation des pouvoirs publics surnommée « petite constitution ». Selon ce texte, la formation politique majoritaire choisit un Premier ministre, chargé de former le gouvernement. L’islamiste Hamadi Jebali devient Premier ministre, Mustapha ben Jaafar président de l’Assemblée et Moncef Marzouki est élu président de la République par l’Assemblée. Le texte prévoit que l’essentiel du pouvoir exécutif revient au chef du gouvernement, tandis que le chef de l’État, également chef des armées, dispose de peu de prérogatives, mais d’un droit de veto. D’emblée, dans la nouvelle alliance gouvernementale, les deux partis non islamistes disposent d’une faible marge de manœuvre.

Avec trois partis ayant fait campagne sur le thème de la rupture avec le régime de Ben Ali, la Tunisie se trouve gouvernée par un personnel politique entièrement renouvelé. Mais ce qui constitue d’abord un atout s’avère rapidement l’un des principaux handicaps du nouveau pouvoir. Les nouveaux venus manquent dramatiquement d’expérience, de compétence et de vision politique. L’amateurisme qui préside à leurs décisions déçoit de nombreux Tunisiens, qui ne se sentent pas réellement représentés. Au lieu d’offrir des postes de responsabilité aux acteurs de la révolution, les nouveaux dirigeants – particulièrement les islamistes – concentrent en effet entre leurs mains l’essentiel du pouvoir, et distribuent à leurs proches des milliers de postes dans la haute administration centrale et locale. Femmes, artistes, jeunes, nationalistes arabes, acteurs de la gauche « laïque » syndicalistes et magistrats se sentent exclus d’une vie politique qu’ils ont pourtant contribué à transformer. Exclus de la vie politique, excédés par l’aggravation de la crise économique et sociale, nombreux sont les Tunisiens qui considèrent le clientélisme d’Ennahda – que ne freinent ni ne dénoncent les deux autres partis de la troïka au pouvoir – comme la prolongation du népotisme de Ben Ali.

On reproche également au nouveau pouvoir de ne pas respecter son mandat. Les responsables de cette période transitoire n’ont-ils pas été élus pour rédiger une Constitution, améliorer le sort économique et sociale des Tunisiens et conduire le pays jusqu’aux prochaines élections ? Le hiatus entre le mandat confié aux « vainqueurs » des élections et le comportement hégémonique des islamistes d’Ennahda se solde par une nouvelle période d’extrême tension, de violence et de répression contre les manifestants, les syndicalistes, les journalistes et les artistes qui dénoncent les dérives autoritaires du gouvernement, son incompétence et sa façon d’écarter ceux qui ne font pas acte d’allégeance à Ennahda, et à son chef Rached Ghannouchi. Le premier parti tunisien, malgré un score relativement modeste aux élections, se comporte en parti dominant et use des mêmes méthodes que Ben Ali. La défiance qui s’empare de la société civile provoque fissures et recompositions au sein des formations politiques, y compris dans celles qui composent la troïka. Ettakatol connaît une véritable hémorragie de militants, le C.P.R. de Moncef Marzouki éclate et donne naissance à quatre partis politiques. Même au sein d’Ennahda, dont les militants continuent cependant de respecter la discipline du parti, coexistent au moins trois courants idéologiques fort différents.

Les « modernistes » tunisiens face aux islamistes

Le champ politique se divise en deux pôles antagonistes : les islamistes et les « modernistes ». Des deux côtés, le discours est violent, prône l’exclusion de l’autre et lui conteste toute légitimité. Les « modernistes » considèrent les islamistes comme fondamentalement opposés aux principes de la démocratie et accusent le gouvernement de laxisme et de connivence avec les salafistes. Les nombreuses exactions des salafistes – dont l’attaque de l’ambassade des États-Unis le 14 septembre 2012 – restent impunies, ce qui conduit les « modernistes » à considérer les salafistes comme « le bras armé » d’Ennahda. Mais la réalité est tout autre. Le salafisme politique est bien implanté sur la scène politique tunisienne à travers une dizaine de partis, mais le gouvernement est en fait débordé par le salafisme djihadiste qu’il a eu du mal à contenir. Les actes de violence qui se déroulent dans les zones frontalières ou dans la région du mont Chaambi témoignent de son incapacité à venir à bout des éléments terroristes, probablement aidés par des groupes terroristes étrangers. Au cours de l’année 2013, les assassinats (attribués aux salafistes) de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, deux responsables politiques de la gauche tunisienne, restent impunis. Ces événements traumatisent la population et exacerbent les tensions entre les deux pôles idéologiques de la société tunisienne.

Funérailles d'un opposant tunisien assassiné, 2013

Funérailles d'un opposant tunisien assassiné, 2013

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Les funérailles de Chokri Belaïd, l’opposant assassiné le 6 février 2013, sont l’occasion pour les Tunisiens d’exprimer leur colère contre le pouvoir islamiste. 

Crédits : E. Ben Ayed/ Demotix/ Corbis

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Une grande partie de l’opposition et de la société civile considère qu’elle n’a plus rien à attendre d’une équipe dirigeante qui a été élue pour doter la Tunisie d’une nouvelle Constitution en un an. Aux yeux des opposants, sa légitimité prend fin le 23 octobre 2012, un an après l’élection de l’Assemblée. L’assassinat du député de gauche Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013, qui survient quelques jours après la déposition du président égyptien Mohamed Morsi (3 juillet), soude l’opposition qui occupe la rue pour obtenir le départ du gouvernement. Durant tout l’été, un gigantesque sit-in se tient place Bardo, face au siège de l’Assemblée constituante. Hommes, femmes et enfants occupent la place jour et nuit.

Quatre institutions proposent alors une sortie de crise. L’U.G.T.T., l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (U.T.I.C.A., centrale patronale), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (L.T.D.H.) et l’ordre des avocats. Elles lancent un « dialogue national » regroupant l’ensemble des partis et coalitions qui siègent au sein de l’Assemblée nationale constitutionnelle. Ce « dialogue national » aboutit, en janvier 2014, à la mise en place d’un gouvernement composé de personnalités indépendantes conduit par Mehdi Jomâa. Ce technocrate de cinquante et un ans, qui travaillait en France pour une filiale de Total, doit assurer l’alternance politique, sortir le pays de la crise économique et organiser les prochaines élections. Le défi est immense. Provisoire et fragile, ce dénouement témoigne cependant de la force de la société civile tunisienne dans son rôle d’aiguillon démocratique, même si ce gouvernement de technocrates, qui marque une pause dans le conflit politique, signe aussi l’échec d’un « modèle tunisien » fondé sur la recherche d’un consensus et du partage du pouvoir. Quant aux islamistes d’Ennahda, leur éloignement des responsabilités peut aussi leur être bénéfique. Ils perdent une bataille, mais l’élimination de Mohamed Morsi en Égypte est là pour leur rappeler que la conquête du pouvoir n’est pas une finalité en soi.

La Constitution de 2014 : un texte de compromis

Initialement attendue pour octobre 2012, la nouvelle Constitution tunisienne est finalement née dans la douleur en janvier 2014. Plusieurs raisons expliquent ce retard : deux assassinats politiques, de nombreux mouvements sociaux, la détérioration de la confiance des Tunisiens dans leur personnel politique, mais, avant tout, les profonds désaccords entre islamistes et opposition « moderniste ». Le texte de la Constitution, un savant dosage de « laïcité » et d’islamité, témoigne de deux projets de société diamétralement opposés. Elle risque de présenter quelques difficultés d’application. L’islam n’est pas consacré « religion d’État », la charia ne figure pas expressément dans le texte, néanmoins la religion musulmane est très présente dans la loi fondamentale. La Constitution fixe le « caractère civil de l’État », mais celui-ci est le gardien de la religion. Il garantit la liberté de conscience et de croyance, et le libre exercice du culte, mais il est le protecteur du sacré. Comment garantir la liberté de conscience si l’on ne peut discuter du sacré ? De nombreuses contradictions émaillent ainsi ce texte de compromis, auquel l’interprétation qu’en fera le pouvoir donnera son sens définitif. En revanche, sur la question du droit des femmes, fondamentale pour tant de Tunisiens et de Tunisiennes, les islamistes ont cédé. L’égalité des « citoyens et des citoyennes devant la loi » s’est imposée contre leur projet de définir la femme comme le « complément de l’homme ».

Adoption de la nouvelle Constitution tunisienne, janvier 2014


			
			Adoption de la nouvelle Constitution tunisienne, janvier 2014

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En se dotant d'une nouvelle Constitution, non seulement la Tunisie parvient à un compromis démocratique entre les deux grands courants qui divisent le monde arabe (les « islamistes » et les « modernistes »), mais elle présente au monde, en 2014, le visage du seul pays à être parvenu à... 

Crédits : M. Messara/ epa/ Corbis

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Mais la nouveauté et la modernité de la Constitution tunisienne de 2014 ne résident pas tant dans son contenu que dans le climat qui a présidé à sa rédaction. L’attention permanente des constitutionnalistes tunisiens, la vigilance de la société civile (associations, syndicats, patronat…) en ont fait un texte fort, qui a certes été rédigé dans un climat de tension extrême, mais qui a pu surmonter les conceptions antagonistes de deux franges de la population qui savent que le pouvoir devra être partagé dans la Tunisie postrévolutionnaire.

(Voir également TUNISIE, chronologie contemporaine)

—  Khadija MOHSEN-FINAN

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※ La Tunisie indépendante

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S. Bessis & S. Belhassen, Bourguiba, Elyzad, Tunis, 2012

A. Bozzo & P.-J. Luizard dir., Les Sociétés civiles dans le monde musulman, La Découverte, Paris, 2011

M. Camau dir., Tunisie au présent, une modernité au-dessus de tout soupçon ?, éd. du C.N.R.S., Paris, 1987 ; publication numérique sur OpenEdition Books en 2013

M. Camau & V. Geisser dir., Le Syndrome autoritaire. Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, Presses de Sciences-Po, Paris, 2003

K. Mohsen-Finan, « Changement de cap et transition politique au Maroc et en Tunisie », in Pouvoirs no 145, Seuil, Paris, avr. 2013

« Printemps arabes, comprendre les révolutions en marche », revue Mouvements, no 66, La Découverte, Paris, été 2011

P. Vermeren, Maghreb, les origines de la révolution démocratique, Pluriel, Paris, 2011.

Écrit par :

  • : politologue, enseignante et chercheur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
  • : professeur des Universités, professeur émérite à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
  • : professeur des Universités en science politique
  • : chargé d'enseignement à l'université de Lille
  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I
  • : Professeur d'histoire contemporaine à l'Université-Paris-IV-Sorbonne

Classification


Autres références

«  TUNISIE  » est également traité dans :

TUNISIE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/chronologie/tunisie/#i_13010

AFRIQUE (Histoire) - Les décolonisations

  • Écrit par 
  • Marc MICHEL
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  •  • 25 médias

Dans le chapitre « Le Maroc et la Tunisie »  : […] Au moment où la Libye accédait à l'indépendance et allait grossir les rangs du groupe afro-asiatique à l'O.N.U., les questions marocaine et tunisienne faisaient irruption sur cette même scène dans des conditions infiniment plus dramatiques. Les positions de départ avaient été clairement affirmées à travers les manifestes de l'Istiqlāl en 1943, puis […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-histoire-les-decolonisations/#i_13010

AFRIQUE ROMAINE

  • Écrit par 
  • Noureddine HARRAZI, 
  • Claude NICOLET
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Dans le chapitre « L'archéologie de l'Afrique romaine : nouvelles orientations »  : […] agrimensores, auxquelles furent soumises différentes portions de ce territoire. On distingue trois systèmes principaux couvrant la plus grande partie de la Tunisie actuelle où se situent les exemples les mieux connus. Du nord au sud le pays fut couvert d'un réseau dont les mailles avaient 700 mètres de côté environ. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-romaine/#i_13010

ALGÉRIE

  • Écrit par 
  • Charles-Robert AGERON, 
  • Jean LECA, 
  • Sid-Ahmed SOUIAH, 
  • Benjamin STORA
  • , Universalis
  •  • 42 034 mots
  •  • 21 médias

Dans le chapitre « Le 13 mai 1958, naissance de la Ve République »  : […] Le F.L.N. ayant établi ses bases arrière en Tunisie, l'aviation française décide d'y pourchasser les « rebelles » algériens et, le 8 février 1958, bombarde le village tunisien de Sakiet Sidi Youcef. Il y aura de nombreuses victimes civiles. La France se retrouve isolée sur le plan international, souvent condamnée par l'Assemblée générale de l'O.N.U […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/algerie/#i_13010

BEN ALI ZINE EL-ABIDINE (1936-    )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 479 mots

Président de la Tunisie de 1989 à 2011 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/zine-el-abidine-ben-ali/#i_13010

BEN SALAH AHMED (1926-    )

  • Écrit par 
  • Pierre SPITZ
  •  • 1 002 mots

Homme politique et syndicaliste tunisien […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmed-ben-salah/#i_13010

BEN YOUSSEF SALAH (mort en 1961)

  • Écrit par 
  • Emile SCOTTO-LAVINA
  •  • 407 mots

Djerbien de naissance, avocat de formation, politicien de vocation, Salah ben Youssef (Salāḥ ibn Yūsuf), figure de proue, avec Bourguiba, du nationalisme tunisien, était promis, par ses éminentes qualités, à l'avenir que lui assurait auprès du Combattant suprême son rôle de brillant dauphin. Secrétaire général du Parti socialiste destourien, le Néo […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/salah-ben-youssef/#i_13010

BEY

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 225 mots

Titre turc, signifiant seigneur, qui apparaît déjà, joint à divers noms, dans les inscriptions de l'Orkhon (viiie siècle) ; « bey » a un sens honorifique qu'il a d'ailleurs retrouvé à la fin de l'Empire ottoman comme équivalent de « monsieur ». Entre-temps, après l'entrée des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bey/#i_13010

BIZERTE

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 256 mots
  •  • 1 média

Ville portuaire de la Tunisie septentrionale (120 460 hab. en 2004), Bizerte (ou Banzart) doit son importance à sa remarquable position sur le détroit de Sicile. Jusqu'au protectorat français, elle reste, cependant, une modeste bourgade, héritière d'un comptoir […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bizerte/#i_13010

BOURGUIBA HABIB (1903-2000)

  • Écrit par 
  • Jean LACOUTURE
  •  • 1 637 mots
  •  • 1 média

se confond le plus totalement avec la fondation et les premiers développements d'un État. Créateur de la première organisation qui posât avec sérieux le problème de l'indépendance tunisienne, chef de parti et d'insurrection, négociateur, prisonnier, fondateur de l'État, « combattant suprême » et guide incontesté, il aura de 1934 à 1987 dominé de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/habib-bourguiba/#i_13010

BULLA REGIA

  • Écrit par 
  • Roger HANOUNE
  •  • 1 032 mots

Bulla Regia est un site archéologique important du nord-ouest de la Tunisie, à proximité de la ville actuelle de Jendouba, en lisière de la grande plaine traversée par la Medjerda : les ruines sont repérées sur une cinquantaine d'hectares entre les nécropoles à l'est et à l'ouest, la plaine au sud et le Djebel R'Bia (649 m) […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bulla-regia/#i_13010

CARTHAGE

  • Écrit par 
  • Abdel Majid ENNABLI, 
  • Liliane ENNABLI, 
  • Gilbert-Charles PICARD
  • , Universalis
  •  • 9 849 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Kart Hadasht, la « Ville neuve » »  : […] Carthage est située au fond du golfe de Tunis, sur une presqu'île baignée à l'est par la mer, au sud par le lac de Tunis, au nord par la sebkha el-Riana qui formait jadis le fond du golfe d'Utique avant qu'il ne soit comblé par les alluvions de la Medjerda. Des collines disposées en arc de cercle dominent la ville à l'ouest […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/carthage/#i_13010

CINQUIÈME RÉPUBLIQUE - Les années Sarkozy (2007-2012)

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 5 626 mots

Dans le chapitre « Une politique européenne et internationale dynamique »  : […] fait et cause pour les rebelles libyens et contribue militairement au départ du pouvoir du colonel Kadhafi. La France appuie en revanche presque jusqu'au bout le régime du président Ben Ali, la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie proposant au début de 2011 « le savoir-faire de nos forces de sécurité » pour ramener le calme en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cinquieme-republique-les-annees-sarkozy-2007-2012/#i_13010

DÉCOLONISATION

  • Écrit par 
  • Charles-Robert AGERON
  •  • 7 283 mots
  •  • 33 médias

Dans le chapitre « La décolonisation française »  : […] En Tunisie, une semblable épreuve de force aboutit à des résultats identiques. La mise en résidence surveillée de Habib Bourguiba, le « ratissage militaire » du cap Bon, des tentatives vaines pour imposer une co-souveraineté provoquèrent l'intervention de groupes armés de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/decolonisation/#i_13010

DEY

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 236 mots

Déformation du mot turc dāyi̊, qui signifie « oncle maternel » et semble avoir été utilisé chez les Ottomans comme titre honorifique décerné aux marins qui se sont illustrés en combattant en Méditerranée. Par la suite, ce titre a désigné un officier de la milice des janissaires de Tunis et d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dey/#i_13010

DJERBA

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 290 mots
  •  • 1 média

Localisée au fond du golfe de Gabès, Djerba (Djarba) est la plus grande île tunisienne (514 km2). Malgré la proximité du continent, auquel elle est rattachée par une digue routière, son particularisme se manifeste à la fois par la survivance […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djerba/#i_13010

DJÉRID

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 430 mots

Domaine des belles palmeraies, le Djérid (Tunisie) est un des pays les plus anciens et les mieux individualisés du bas Sahara. Dès l'Antiquité, il doit sa réputation d'opulence aux oasis échelonnées sur la bordure septentrionale d'une vaste sebkha, improprement appelée le chott […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djerid/#i_13010

ÉGYPTE - L'Égypte républicaine

  • Écrit par 
  • Sandrine GAMBLIN, 
  • Robert SANTUCCI
  •  • 36 092 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « L'effet domino »  : […] L'étincelle qui permet le soulèvement populaire viendra d'ailleurs, de Tunisie. Le 14 janvier 2011, les Égyptiens assistent à la chute du président tunisien Ben Ali. Dès lors, les mouvements d'opposition appellent, via Facebook, à manifester le 25 janvier, jour férié symbolique puisque c'est la « Journée de la police ». Quelques mois auparavant, en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-l-egypte-republicaine/#i_13010

FELLAGHA

  • Écrit par 
  • Jean-Charles BLANC
  •  • 202 mots

C'est la forme bédouine fellāg (d'où fellāga) du mot arabe fallāq. La racine du mot est fleg, qui signifie « déflorer », « violer » ; ou encore stefleg : « prendre le maquis ». Le terme s'applique à ceux qui échappent à une sanction, aux condamnés, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fellagha/#i_13010

FERRY JULES (1832-1893)

  • Écrit par 
  • Jean GARRIGUES
  •  • 2 146 mots

Dans le chapitre « « Ferry le Tonkinois » »  : […] expansion coloniale, à une époque où celle-ci est loin d'être populaire dans la classe politique comme dans l'opinion. Il envoie, en Tunisie, une première expédition qui lui permet d'imposer le protectorat de la France par le traité du Bardo (12 mai 1881), puis une seconde qui pacifie l'Ouest tunisien (août-nov. 1881). Mais c'est surtout lors […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jules-ferry/#i_13010

FRANÇAIS EMPIRE COLONIAL

  • Écrit par 
  • Jean BRUHAT
  •  • 16 595 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Première période d'expansion »  : […] Des résultats importants sont cependant acquis. En Tunisie des intérêts économiques sont directement en cause (ceux par exemple de la Compagnie Bône-Guelma, de la Société marseillaise de crédit industriel et commercial, de la Banque franco-égyptienne, filiale du Crédit foncier, etc.). Après une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/empire-colonial-francais/#i_13010

GABÈS

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 266 mots
  •  • 1 média

Située au fond du large golfe homonyme, à proximité du site romain antique de Tacapae, la ville tunisienne de Gabès (116 323 hab. en 2004) comprend les grosses agglomérations traditionnelles de Menzel et de Djara, des quartiers modernes développés vers la mer et un port marchand […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gabes/#i_13010

GAFSA

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 229 mots
  •  • 1 média

Située au bord du Sahara, la ville tunisienne de Gafsa (84 676 hab. en 2004) doit l'ancienneté de son existence (c'est l'antique ville numide de Capsa) à la large trouée ouverte entre les djebels Ben Younès et Orbata, d'où un passage facile vers les hautes steppes […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gafsa/#i_13010

HAFSIDES

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 1 348 mots

Au début du xiiie siècle, le Maghreb était encore soumis à la domination unique des souverains almohades du Maroc qui déléguaient une partie de leurs pouvoirs à des gouverneurs. Celui de l'Ifrīqiyya (c'est-à-dire la Tunisie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hafsides/#i_13010

HĀRŪN AL-RASHĪD (766-809) calife ‘abbāside (786-809)

  • Écrit par 
  • Philippe OUANNÈS
  •  • 825 mots
  •  • 1 média

Le règne du cinquième calife ‘abbāside marque un tournant crucial dans l'histoire du califat : il amorce la longue décadence de l'empire islamique. Troisième fils d'al-Mahdī, Hārūn al-Rashīd restera longtemps sous l'influence de sa mère, al-Khayzurān, une esclave yéménite affranchie. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/harun-al-rashid/#i_13010

KĀHINA AL- (morte en 704/05) reine berbère

  • Écrit par 
  • Philippe OUANNÈS
  •  • 478 mots

Surnom de la « reine des Aurès » signifiant « la Prophétesse ». Al-Kāhina régna sur plusieurs tribus de Berbères de l'Aurès, dont la sienne propre, celle des Djarawa, de 685 environ à 704 ou 705. À la fin du viie siècle, l'Afrique du Nord voit s'affronter trois forces : les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/al-kahina/#i_13010

KAIROUAN

  • Écrit par 
  • Nikita ELISSÉEFF
  •  • 1 169 mots
  •  • 3 médias

Après la victoire des Arabes sur les Byzantins en 647, Sīdī ‘Uqba ibn Nāfi‘ fonda en 670, à 60 kilomètres de Sousse, Kairouan ou Qayrawān (terme qui signifie place d'armes). C'était un campement permanent, à l'abri des attaques de la flotte byzantine, qui devait […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kairouan/#i_13010

KERKENA ou KERKENNA ÎLES

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 210 mots
  •  • 1 média

Situé au large de Sfax, l'archipel des Kerkena groupe deux îles principales (el-Gharbi et el-Chergui) et de nombreux îlots. Ces îles (180 km2), très planes, s'élèvent à peine au-dessus du niveau du golfe de Gabès. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kerkena-kerkenna/#i_13010

KROUMIRIE

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 363 mots

Située dans le nord-ouest de la Tunisie, la Kroumirie correspond à de modestes montagnes, forestières et pluvieuses. Culminant à la frontière algérienne (djebel Ghorra : 1 203 m), ces montagnes se situent généralement vers 900 mètres et s'abaissent assez régulièrement vers l'est, où les collines des Mogods ne dépassent guère […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kroumirie/#i_13010

MADANĪ AḤMAD TAWFIQ AL- (1899-1983)

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 550 mots

Historien et homme d'État algérien, né en Tunisie ; il a fait ses études supérieures à al-Zaytūna de 1913 à 1915. Al-Madanī prend part au mouvement nationaliste tunisien à ses débuts et compte parmi les fondateurs du parti du Destour. Exilé en Algérie en 1924, il milite avec les ulémas algériens. Rédacteur politique de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmad-tawfiq-al-madani/#i_13010

MAGHREB - Géologie

  • Écrit par 
  • Michel DURAND-DELGA
  •  • 4 084 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La chaîne intracontinentale des Atlas »  : […] L'Atlas tunisien voit se développer ces phénomènes. D'énormes diapirs triasiques jalonnent les axes anticlinaux, surtout dans la partie nord (région de l'Ouenza, et au sud de la Medjerda). On note également que les plis s'orientent progressivement vers le nord-est, et cela dès l'Aurès. L'existence d'un bloc rigide (môle de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-structure-et-milieu/#i_13010

MAGHREB - Géographie

  • Écrit par 
  • Olivier PLIEZ, 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 7 253 mots
  •  • 4 médias

distingue un Maghreb central composé du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie, qui couvre une superficie de 3 millions de kilomètres carrés, soit plus de cinq fois celle de la France, d'un grand Maghreb qui couvre, avec la Mauritanie et la Libye en plus, une superficie d'environ 5,7 millions de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-geographie/#i_13010

MAGHREB - Le Maghreb politique

  • Écrit par 
  • Karima DIRÈCHE
  •  • 7 439 mots
  •  • 5 médias

trois pays, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, auxquels viennent s'ajouter la Mauritanie à l'ouest et la Libye à l'est pour former le Grand Maghreb. Par son espace géographique et historique, marqué par une langue et une religion communes ainsi qu'une certaine homogénéité […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-le-maghreb-politique/#i_13010

MAGHREB - Littératures maghrébines

  • Écrit par 
  • Jamel Eddine BENCHEIKH, 
  • Christiane CHAULET ACHOUR, 
  • André MANDOUZE
  •  • 14 266 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Après 1962 »  : […] Le cas de la Tunisie est encore différent. En 1975, un Tunisien, Mustapha Tlili, fait paraître un roman, La Rage aux tripes, que suivront notamment Gloire des sables (1982) et La Montagne du lion (1988). En 1979, le public commence à se familiariser avec l'écriture sophistiquée d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-litteratures-maghrebines/#i_13010

MATMATA

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 440 mots

Partie septentrionale du djebel qui domine la vaste plaine de la Djeffara, les monts de Matmata, en Tunisie, sont une cuesta (515 m) dégagée dans les calcaires et les marnes du Crétacé supérieur et moyen, profondément disséquée par les oueds. Des limons lœssiques tapissent en partie ses versants et se concentrent dans les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/matmata/#i_13010

MEDJERDA

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 460 mots

Caractérisé par un écoulement permanent sur l'ensemble de son cours, la Medjerda est le seul fleuve tunisien. Elle prend sa source près de Souk-Ahras (dans le Constantinois algérien) puis coule vers l'est avant de se jeter dans la Méditerranée (golfe de Tunis). Son bassin-versant s'étend sur 22 000 kilomètres carrés, dont 6 000 en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/medjerda/#i_13010

MESSADI MAḤMŪD (1911-2004)

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 233 mots

Tunisien, agrégé d'arabe, rédacteur en chef de la revue Al-Mabāḥith (1944-1947), secrétaire général de l'Union générale des travailleurs tunisiens (1948-1953), ministre de l'Éducation nationale (1958), Maḥmūd Māṣadī (Messadi) est ensuite devenu inspecteur général de l'enseignement […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mahmud-messadi/#i_13010

MORT DE LOUIS IX

  • Écrit par 
  • Vincent GOURDON
  •  • 235 mots
  •  • 1 média

Le roi de France, Louis IX (1226-1270), a pris la croix, pour la seconde fois, en 1267. La « huitième » croisade, en 1270, se dirige vers Tunis et non vers l'Orient comme les précédentes. Le roi espère convertir au christianisme l'émir hafside al-Mustansir et, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mort-de-louis-ix/#i_13010

MŪSĀ IBN NUṢAYR (640-716/17)

  • Écrit par 
  • Georges BOHAS
  •  • 340 mots

Général umayyade qui s'illustre dans la conquête du Maroc et de l'Espagne. D'abord haut fonctionnaire en Orient, Mūsā ibn Nuṣayr est nommé gouverneur de l'Ifrīqiyya (Tunisie actuelle) aux environs de 698. Il organise alors plusieurs campagnes et, aidé de ses fils, soumet les Berbères du Maroc. Il a l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musa-ibn-nusayr/#i_13010

PRINTEMPS ARABE, en bref

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 336 mots

Né en Tunisie à la fin de 2010, un mouvement inédit de contestation s'est rapidement propagé durant le printemps de 2011 à d'autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Durant ce « printemps arabe », les populations protestent à la fois contre la pauvreté et le chômage et contre la tyrannie et la corruption de gouvernements […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/printemps-arabe/#i_13010

PRINTEMPS ARABE ou RÉVOLUTIONS ARABES

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT
  •  • 8 179 mots

autoritaire auxquelles elles sont soumises depuis des décennies. Parti de Tunisie, ce mouvement gagne rapidement l'Égypte, puis plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient. L'incertitude règne encore quant à l'issue des changements, soit que les régimes aient réussi à désamorcer la contestation en faisant des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/printemps-arabe-revolutions-arabes/#i_13010

PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU, 
  • Aude SIGNOLES
  •  • 21 333 mots
  •  • 25 médias

Dans le chapitre « Le tournant des « révolutions arabes » »  : […] assez prononcée – des horizons politiques qu'un nouveau cycle historique s'ouvre pour les populations de la région au début de 2011. Les « révolutions » tunisienne, puis égyptienne, qui ont rapidement acculé au départ Zine el-Abidine Ben Ali (le 14 janvier 2011), puis Hosni Moubarak (le 11 février), les présidents de ces deux pays au pouvoir […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/proche-et-moyen-orient-contemporain/#i_13010

PUPPUT, archéologie

  • Écrit par 
  • Aïcha BEN ABED, 
  • Marc GRIESHEIMER
  •  • 1 106 mots
  •  • 1 média

Située sur la côte méditerranéenne, à 70 kilomètres au sud-est de Carthage, Pupput se trouve désormais au cœur de la zone touristique d'Hammamet. L'engagement d'une fouille préventive, dès 1996, sur des terrains agricoles situés à 300 mètres au nord du parc archéologique, a permis de fouiller une surface de 5 000 mètres […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pupput-archeologie/#i_13010

QUATRIÈME RÉPUBLIQUE

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 7 078 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La politique à l'égard des colonies »  : […] En Tunisie et au Maroc, le début des années 1950 est marqué par des politiques assez fermes des « résidents » qui incarnent l'autorité de la France dans ces « États associés ». Les nationalistes tunisiens sont sévèrement réprimés au début de 1952, le sultan du Maroc est déposé et exilé en 1953 sur une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/quatrieme-republique/#i_13010

RAPATRIÉS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 8 352 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Les indemnisations »  : […] lia les paiements à des accords bilatéraux avec les nouveaux États. En août 1967, la Tunisie s'engagea à verser une indemnisation globale et forfaitaire de 9 millions de lires, complément définitif de ce qu'il avait été permis de transférer en novembre 1961 et juillet 1962. La première loi concernant les expulsés de Libye en 1977 ne prévoyait que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rapatries/#i_13010

RELIGION - Religion et État

  • Écrit par 
  • Louis de NAUROIS
  •  • 8 430 mots

Dans le chapitre « Loi étatique et loi religieuse modernes »  : […] conséquent de ce qui concerne les statuts de communautés dont il vient d'être parlé. La Tunisie a bien modernisé, dans une large mesure, sa législation, abrogeant ou modifiant certaines règles traditionnelles coraniques, mais elle ne l'a fait que sous le couvert d'interprétation du Coran. La Syrie a voulu elle aussi se moderniser, et pour y […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/religion-religion-et-etat/#i_13010

SAHARA

  • Écrit par 
  • Ali BENSAÂD, 
  • Jeffrey Allman GRITZNER
  •  • 7 608 mots
  •  • 8 médias

sur une dizaine de pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Soudan, Tchad, Niger, Mali, Mauritanie) mais compte une faible population. De vastes zones sont complètement vides. Toutefois, le Sahara est un espace où la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sahara/#i_13010

SFAX

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 460 mots
  •  • 1 média

Édifiées sur le site de l'antique cité romaine de Taparura, Sfax (Sfaqus) et sa banlieue représentent l'agglomération urbaine la plus dynamique de Tunisie. Après la longue période de repliement consécutive aux invasions arabes du xi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sfax/#i_13010

SOUSSE

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 275 mots
  •  • 2 médias

La ville tunisienne de Sousse, ou Sūsa (173 000 hab. en 2004), connaît depuis la plus haute antiquité une grande prospérité, seulement ralentie par de brèves crises, notamment lors des invasions arabes. Ville punique puis romaine (Hadrumetum), capitale du Byzacium au iii […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sousse/#i_13010

TUNIS

  • Écrit par 
  • Pierre-Arnaud BARTHEL
  •  • 1 222 mots
  •  • 1 média

Avec 2,4 millions d'habitants en 2008 contre 750 000 en 1966, Tunis est passé, entre l'indépendance (1956) et les années 1980, du caractère de ville à celui d'agglomération composée de trente et une communes débordant le strict cadre de la « commune de Tunis ». Puis une aire […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tunis/#i_13010

Voir aussi

Pour citer l’article

Khadija MOHSEN-FINAN, Roger COQUE, Michel CAMAU, Claude LEPELLEY, Robert MANTRAN, Jean GANIAGE, « TUNISIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tunisie/