ALGÉRIE

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Algérie : carte physique

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Algérie : drapeau

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Algérie : relief et climat

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Gisement de pétrole, Hassi Messaoud, Algérie

Gisement de pétrole, Hassi Messaoud, Algérie
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Nom officielRépublique algérienne démocratique et populaire (DZ)
Chef de l'ÉtatAbdelaziz Bouteflika (depuis le 27 avril 1999). Premier ministre : Abdelmalek Sellal (depuis le 3 septembre 2012)
CapitaleAlger
Langues officiellesarabe, tamazight
Unité monétairedinar algérien (DZD)
Population40 854 000 (estim. 2016)
Superficie (km2)2 381 741
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En 1962, les fées ont été particulièrement nombreuses à se presser autour de l'Algérie. L'« exemplarité » de la lutte de libération nationale, longue et violente, ravissait ceux qui ne voient de progrès humain que dans l'action de l'« accoucheuse de l'histoire » et en attendent la destruction du vieux monde. La finesse diplomatique dont avaient témoigné les dirigeants du Front de libération nationale pour négocier avec la France laissait bien augurer, pour d'autres, de leur pragmatisme et de leur sens des réalités. Une volonté anti-impérialiste et socialiste, réaffirmée sans défaillance, rangeait l'Algérie dans le camp « progressiste » de ceux qui ne pactiseraient pas avec le néo-colonialisme ni ne se laisseraient voler leur révolution par une « nouvelle classe » ; mais un nationalisme ombrageux et résolument non-aligné, une coopération heurtée mais continue avec l'ancien colonisateur, une propension intérieure à jouer du contrôle semi-autoritaire plutôt que de l'embrigadement idéologique et de la répression politico-policière éloignaient l'Algérie du camp des « totalitaires ». L'état des relations internationales justifiait aussi ces perspectives : la bipolarité mondiale garantissait la possibilité d'un jeu stratégique idéologique où le « camp socialiste » faisait contrepoids aux pressions « impérialistes » et incarnait un projet séculier de modernisation par l'État dont la réalisation hantait les élites arabes depuis la fin de l'Empire ottoman ; la région arabe, où le nassérisme et le baasisme apparaissaient encore comme les forces montantes, offrait à l'Algérie l'espoir d'une intégration l'ancrant dans cette « nation arabe » qui confortait son identité ; en Afrique et au Maghreb, l'Algérie développerait son rôle de puissance régionale ; la France, au nom de sa politique arabe et du fait de contraintes historiques, ne pouvait se permettre de s'éloigner de l'Algérie, comme on le fait habituellement après une guerre terminée par un retrait ou une évacuation, ce qui garantissait une coopération suivie et un accès à l'Europe ; enfin, la rente des hydrocarbures allait pour longtemps fournir les moyens d'investir sans avoir à épargner ni à trop emprunter.

Algérie : carte physique

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Carte physique de l'Algérie. 

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Algérie : drapeau

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Algérie (1962). Le vert du guindant tout comme le croissant et l'étoile rouges évoquent l'islam, le blanc du battant la paix et la pureté (drapeau vraisemblablement dessiné par Messali Hadj en 1928). 

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L'État algérien a été le moteur d'un développement social considérable. Il ne trouvait pas en face de lui une société avec des groupes sociaux fortement organisés et dotés de pouvoirs importants – grands propriétaires fonciers, gros commerçants, bourgeoisie industrielle ou classe ouvrière – non plus que des groupes intellectuels à forte influence idéologique : professions libérales, avocats, juristes, journalistes, voire ulémas. Les clercs (religieux ou idéologiques) s'accommodèrent fort bien, dans un premier temps, d'un État de « patriotes révolutionnaires », soucieux de développer l'islam comme religion de l'État et le socialisme (c'est-à-dire le contrôle étatique des grands moyens de production et l'allocation des ressources sur la base de principes de justice distributive et par des moyens bureaucratiques) comme but et méthode d'organisation de la société. Les résultats ne sauraient être tenus pour négligeables : extension constante de l'effort social en matière d'éducation, de politique sociale et sanitaire, baisse modérée du taux de chômage (jusqu'en 1980) dans un pays à expansion démographique vertigineuse que l'État n'a pas eu les moyens, ni le désir, de modérer, constitution d'un appareil productif, à vrai dire coûteux et peu efficace. Les échecs sont également évidents : peu de progrès dans la production agricole et accroissement de la dépendance alimentaire, explosion urbaine et dégradation de la qualité des services publics, pénurie (essentiellement en matière de distribution) de produits de qualité convenable, crise du logement, développement d'une économie parallèle : tout cela donne à une population aux demandes croissantes, et plus portée à exiger son dû qu'à accepter avec fatalisme les malheurs du temps, le sentiment qu'une nouvelle caste de profiteurs a su détourner des biens qui devraient être accessibles à tous. La combinaison de l'arrêt de la mobilité sociale ascendante avec la crise de confiance dans les institutions d'un régime jugé peu démocratique favorise la transformation de l'insatisfaction en mise en accusation. C'est ce qui a conduit à l'éclatement de la formule politique dans les années 1980.

Les idéologues de l'État algérien (les rédacteurs des chartes nationales) avaient exprimé dans leurs textes un projet simple : construire une société moderne, « association libre de citoyens libres [...], artisans libres, conscients et volontaires de la société moderne » au sein d'une collectivité archaïque qui ne bénéficiait pas des « énormes acquis » de la société bourgeoise (Charte nationale de 1976). Faire des producteurs à partir d'une société non productive, des citoyens à partir d'une culture politique reposant sur l'autoritarisme et la résistance à l'autorité, tel était le but que se fixaient (ou qu'affichaient) le « noyau patriotique révolutionnaire » et ses porte-parole. Pour cela, il convenait de développer la division du travail économique (par l'industrialisation) et politique (par la mise en place des institutions), tout en conservant sous contrôle les formes de mobilisation qui pouvaient en découler : un secteur privé mais pas trop générateur d'inégalités sociales ni surtout de pluralisme, des collectivités locales mais ne servant pas de canal aux particularismes régionaux, des militants politiques mais soucieux de l'Algérie avant de l'être de la langue berbère (et des intérêts kabyles) ou de la religion musulmane conçue comme subversion de l'État. L'Algérie devait être avant tout nationaliste, socialiste et musulmane : tel était le triangle symbolique, soutenu par un triangle politique reliant l'armée, l'État et le parti sous l'égide du chef de l'État, chef des armées et secrétaire général du parti. Le premier triangle s'est défait dans la décennie 1980. Le nationalisme a éclaté en trois branches : « islamiste » incarné in fine par le Front islamique de salut national (F.I.S.) après que le parti unique eut songé à devenir plus islamiste, « autoritaire » (ce qui restait de l'appareil du (F.L.N.) et « démocrate » (un groupe social flottant sans représentation politique sauf quand il est relayé par l'ethnicité kabyle). Le second triangle a implosé à partir de la fin de 1988 : la nouvelle Constitution de 1989 instaure une démocratie pluraliste sans référence au « gouvernement par le parti » ; l'armée ne participe plus au parti, dont le président de la République n'est plus ni le secrétaire général ni le président ; enfin, en janvier 1992, l'armée a déposé le président.

L'État est ainsi victime de son succès... partiel. Il a bâti des usines, créé des emplois, favorisé (ou accepté) la croissance démographique, multiplié l'enseignement et les services sociaux, mais tout cela ne fait pas une société autoentretenue. Au contraire, on a vu apparaître, à la base, une société de masse où l'interconnaissance personnelle entre résidents et entre générations est remplacée par la méfiance et l'incertitude de l'avenir, et partout un sentiment de vulnérabilité auquel n'échappent que ceux qui ont une notabilité et un patrimoine légitimes et autonomes par rapport à la faveur politique et aux aléas de la spéculation. L'industrialisation n'a pas créé une économie, d'où les débats autour du développement du secteur privé. Les luttes sociales peuvent alors s'exaspérer, car l'institutionnalisation n'a pas créé une cité politique capable de s'autoréguler, pas plus que l'éducation n'a créé une culture, un langage commun dans lequel pourraient s'exprimer les luttes de classes. Ce que manifeste l'islamisme de contestation opposé à la religion de l'État (même s'il existe des passerelles entre les tenants idéologiques des deux camps), c'est la mise en cause des jeux symboliques et des agencements pratiques de ce qui fut la République algérienne démocratique et populaire. L'État algérien se trouve ainsi confronté à la triple rébellion d'un social qu'il a contribué à produire : rébellion de l'économique avec ses exigences de profit, de rentabilité et corrélativement de grèves et de conflits sociaux ; de l'ethnoculturel avec ses exigences de pluralisme linguistique (qui peut mettre en danger l'arabe moderne et faire reculer la culture arabe savante, exacerbant la revendication islamiste) et de libertés démocratiques ; du religieux, enfin, avec ses exigences de purification et d'épuration, son rejet des médiations offertes par l'État moderne et son appareil spécialisé, son anti-occidentalisme sans compromis. Le social qui se rebelle ainsi est un social « brut », peu enclin à accepter les normes de la participation bureaucratique ou celles d'une société civile. Sans la concurrencer, il a sapé la formule politique algérienne.

Les luttes pour la recomposer et la transformer ont été d'autant plus complexes qu'elles mêlaient différents enjeux : sauvegarde de positions personnelles, maintien d'habitudes de pensée et d'action, intérêts de groupes, souci d'intérêts généraux et de paix civile. De 1988 à 1991, le président soutint une politique de réforme économique et financière libérale et d'ouverture politique pluraliste, au détriment de l'ancien parti unique, ce qui permit au F.I.S. de s'assurer, aux élections municipales de 1990, une forte majorité relative qu'il conserva malgré un certain recul au premier tour des élections législatives de décembre 1991. L'armée intervint alors pour interrompre le processus et renvoyer le président. De ce jour, l'Algérie se voit confrontée à trois défis : comment rompre avec l'ancien régime avec l'aide des membres de celui-ci ? Comment éviter qu'un processus démocratique n'entraîne la victoire d'un nouveau parti autoritaire ? Comment mener des réformes économiques supposant une légitimité politique que leur mise en œuvre peut affaiblir ? Dans un pays exposé à une fracture culturelle dont témoignent les islamistes, en dépit (ou plutôt à cause) de son exposition à l'économie internationale et à la culture occidentale, la question de la formation de coalitions sociales exprimées par des forces politiques susceptibles de s'affronter sans se faire la guerre reste primordiale.

—  Jean LECA

Géographie

L'Algérie est un vaste pays de 2 381 741 kilomètres carrés (plus de quatre fois la France métropolitaine), le plus grand d'Afrique. Elle se trouve en position médiane dans le Maghreb, frontalière dans sa partie occidentale avec le Maroc, la Mauritanie et le territoire du Sahara occidental ; alors que dans sa partie orientale, elle est voisine de la Tunisie et de la Libye dans sa frange saharienne. Quant à sa frontière méridionale, elle s'ouvre, au-delà du Sahara, sur des pays d'Afrique subsaharienne (le Mali et le Niger), avec lesquels elle partage une partie de la communauté touarègue.

Pays maghrébin, mais aussi méditerranéen et arabe, l'Algérie a renoué avec la culture arabo-musulmane dès son indépendance en 1962, tout en composant avec sa diversité berbère et ses relations avec l'Europe. Ainsi, l'Algérie conserve des liens très étroits, à la fois économiques et humains, avec ses partenaires européens de la rive nord de la Méditerranée, et principalement avec la France, même si ces relations restent ambiguës et passionnelles, souvent brouillées par des considérations historiques, confirmant que les relations postcoloniales ne sont jamais simples.

Adoptant une orientation socialiste au cours des deux premières décennies de son indépendance, pour marquer sa rupture avec la période coloniale, l'Algérie a longtemps fait figure de modèle de développement pour les pays du Tiers Monde, notamment sous la présidence du colonel Houari Boumediene (1965-1978) qui a pris le pouvoir en renversant, le 19 juin 1965, le gouvernement d'Ahmed Ben Bella, premier président de la République algérienne indépendante. L'ère Boumediene, caractérisée par le renforcement de l'armée, de la sécurité militaire et du parti unique du F.L.N. (Front de libération nationale) est paradoxalement celle où les choix politiques ont eu les répercussions socio-spatiales et économiques les plus significatives avec la récupération des richesses minières, l'industrialisation, les réformes agraires, la construction des logements sociaux, de l'habitat rural, des infrastructures éducatives et sanitaires. Toutefois, après la décennie noire des années 1990 et les difficultés économiques inhérentes à la guerre civile, l'Algérie s'engage dans d'importantes réorientations, avec l'ouverture à l'investissement privé et au capital étranger dans une conjoncture marquée par la mondialisation des échanges.

De la Méditerranée au Sahara, des milieux naturels très contrastés

L'Algérie est un pays contrasté qui présente, du nord au sud, toutes les transitions entre un milieu méditerranéen humide et un milieu saharien hyperaride. Les gradients, à la fois biogéographiques et pluviométriques, ainsi que les conditions topographiques exercent une influence sur la répartition humaine et la mise en valeur des territoires.

Les conditions physiques sont largement dépendantes de la configuration du relief et de son histoire géologique. L'Algérie est un pays constitué de hautes terres dans sa frange nord qui, par le passé, avait été désignée comme une île (Djazira en arabe, d'où le nom du pays El Djazaïr) par rapport à la Méditerranée et à la plate-forme saharienne, toutes deux plus basses. Ainsi, on a coutume de distinguer trois domaines physiques en Algérie : tellien, atlasique et saharien. Ce dispositif morpho-structural est le résultat de la collision entre les plaques européenne et africaine, une collision dont les effets tectoniques se ressentent encore de nos jours dans la partie la plus septentrionale de l'Algérie, qui connaît des séismes par rejeu de failles dans les zones littorales d'effondrement. La ville d'El Asnam (anciennement Orléansville) a connu deux violents séismes particulièrement destructeurs, l'un en 1954 et l'autre en 1980. Parmi les séismes les plus violents de la décennie 2000, celui du 21 mai 2003, qui a touché de nombreuses villes côtières de la région algéroise (autour de Boumerdès), a causé des dégâts importants, quelque deux mille morts et plus de dix mille blessés. Ce fort séisme d'une magnitude de 7,3 sur l'échelle de Richter a été ressenti jusqu'aux îles espagnoles de Majorque et d'Ibiza.

Algérie : relief et climat

Algérie : relief et climat

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Relief et climat. 

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Au nord, le Tell correspond à un ensemble diversifié composé de bourrelets de petites et moyennes montagnes dont l'orogenèse est marquée par des phases paroxysmales au Carbonifère à l'Éocène moyen, à l'Oligocène supérieur, au Miocène moyen et supérieur, au Plio-quaternaire. Ces mouvements ont permis aux couches sédimentaires d'être exondées et plissées à partir d'une première fosse, puis chevauchées par des nappes de charriage durant la période oligocène à partir des matériaux d'une seconde fosse. La ligne de hauts fonds, située entre les deux fosses qui ont donné naissance aux reliefs actuels, est constituée du bourrelet liminaire du socle africain et dont les reliques sont encore présentes (Le Chenoua, les massifs de Collo et de l'Edough). Le Tell, dans sa partie littorale, est quelquefois interrompu par des plaines littorales (Mitidja, Annaba) et sublittorales (sillons du Chélif et vallée de la Soummam, plaine d'Oran...) ou enserre, dans sa partie médiane, de grands bassins intérieurs, bien individualisés à l'ouest (plaines de la Mekerra autour de Sidi Bel Abbès et d'Eghris autour de Mascara) ou plus étroits et discontinus dans le centre et l'est du pays (bassins d'Arib entre Aïn Defla et Miliana, bassins de Constantine et de Guelma). Les reliefs du Tell intérieur, de la partie occidentale et centrale du pays (monts de Tlemcen, Dhaya, Saïda et Frenda), laissent place aux Hautes Plaines algéro-oranaises, annonçant le début du domaine atlasique. Celles-ci sont des unités faiblement inclinées qui permettent la formation de chotts sur les gouttières synclinales (chotts Ech-Chergui, Zahrez et el Hodna). Leurs semblables de la partie orientale, plus proches du littoral, sont enserrées entre les reliefs des Biban, Babor et les monts de Constantine au nord et, au sud, par les bourrelets des djebels de Bellezma et des Aurès.

Le passage du domaine atlasique au désert saharien est assuré par la présence d'un chapelet de reliefs orientés sud-ouest - nord-est qui se rapproche de l'Atlas tellien au fur et à mesure qu'on avance vers l'est du pays avant de rejoindre la dorsale tunisienne. Formé de reliefs discontinus, l'Atlas saharien (monts des Ksour, Djebel Amour, Ouled Naïl et les Ziban) est le résultat de plissements de structure plus simples et de moindre envergure que ceux de l'Atlas tellien, dont la principale déformation s'est effectuée à l'Éocène formant des versants dissymétriques et dont les sommets furent parfois élevés au début du Quaternaire. Ces unités sont séparées par de vastes surfaces, glacis d'érosion et plaines de remblaiement, où les eaux ruissellent et s'infiltrent. Leurs altitudes, plus élevées à l'ouest (2 236 m au Djebel Aïssa) s'abaissent jusqu'à 1 000 mètres à l'est, et sont, dans l'ensemble, atténuées par celles des Hautes Plaines et du piémont saharien. L'accident sud-atlasique, daté du Villafranchien, fracture cet ensemble dans sa partie sud et marque la limite méridionale du domaine atlasique. Au-delà commence l'immensité du désert, composé d'unités généralement peu élevées mais très diversifiées : Hammada du Guir, piedmonts encroûtés interrompus au centre par le plateau du Mzab, grandes accumulations dunaires (Ergs oriental et occidental), grandes cuvettes à l'est (du Melrhir) et à l'ouest (Gourara-Touat), se terminant dans l'extrême sud par le plateau du Tadmaït et le massif cristallin et métamorphique du Hoggar. Ainsi, la partie désertique est une plate-forme tabulaire. Dans sa partie septentrionale, sauf au niveau de l'échine crétacée du Mzab, deux grands bassins d'atterrissement, celui de l'oued Saoura incliné nord-sud et celui du Melrhir en pente sud-nord, sont les témoins du passage d'une période plus humide à une période plus sèche où les accumulations et l'érosion éolienne sont particulièrement importantes : désert de pierres (reg) et accumulations dunaires (ergs oriental et occidental) sont les paysages les plus saisissants de ces contrées sahariennes.

Ces unités morpho-structurales connaissent des variations climatiques importantes. Parmi les facteurs climatiques les plus discriminants, mis à part les températures qui opposent le littoral (17,4 0C en moyenne à Alger) à l'intérieur du pays (24,3 0C à Adrar), la pluviométrie reste, malgré tout, le principal facteur des différences régionales. Le nord-est, plus arrosé avec au moins 700 mm/an de pluie et parfois jusqu'à 1 000 mm/an (Jijel, Constantine, Annaba...) est le pays où forêt et arboriculture sont les plus présentes. Son arrière-pays, au-delà des chaînes telliennes littorales, se caractérise par le couple céréales-cultures fourragères, particulièrement dans les Hautes Plaines du Constantinois. Le nord-ouest, de climat semi-aride du fait de sa position d'abri par rapport aux reliefs du Rif marocain, qui font barrage aux dépressions venant du nord-ouest, reste plus favorable à la viticulture et aux cultures céréalières. Les cultures maraîchères ou d'arboriculture fruitière exigent par conséquent un complément par irrigation, la pluviométrie n'excédant que très rarement 400 mm/an. Quant au sud-ouest, qui appartient au domaine atlasique, de nature plus sèche voire aride avec moins de 200 mm/an et des écarts thermiques importants ainsi que des températures estivales particulièrement élevées, il ne présente qu'une végétation basse de type steppique (alfa et armoise). C'est le pays des parcours et de l'élevage ovin.

Les conditions topographiques et climatiques qui impriment aux paysages algériens ces importants contrastes, tout en accordant une large place aux espaces semi-arides et arides, ont inéluctablement des répercussions sur les ressources en eau du pays.

La faiblesse des ressources en eau et les politiques hydrauliques

L'Algérie est un pays aux ressources en eau très limitées, une situation qui est aggravée par la faiblesse des précipitations, l'insuffisante mobilisation de cette ressource et la forte concurrence entre les différentes consommations (domestique, industrielle et agricole).

La soixantaine de barrages algériens existants, qui ont un taux moyen de remplissage de 66 p. 100, permet une réserve d'eau de 3,8 milliards de mètres cubes. Cette capacité offre un ratio tout juste équivalent à 1 000 m3/an/habitant. Le taux de remplissage des barrages de l'ouest est plus faible (57 p. 100), alors que ceux du centre et de l'est du pays sont remplis à 71 p. 100. Par ailleurs, la faiblesse des précipitations, surtout à l'ouest et au sud du pays, et l'envasement de nombreux barrages ne permettent que difficilement d'augmenter les capacités actuelles. Cette mobilisation apparaît donc comme nettement insuffisante par rapport aux 12,4 milliards de mètres cubes de ressources en eau de surface qu'offrent les bassins hydrographiques algériens et particulièrement ceux de l'est et du centre du pays qui, en théorie, permettent un prélèvement de plus de 75 p. 100 du total des ressources d'eau de surface. Selon une étude du Conseil national économique et social, il faudrait disposer de 15 à 20 milliards de mètres cubes de ressources en eau mobilisables, dont 70 p. 100 réservés à l'agriculture, pour atteindre une sécurité alimentaire satisfaisante. Le défi est énorme quand on sait que l'Algérie ne mobilise que 5 milliards de mètres cubes d'eau à partir des barrages et des eaux souterraines situées dans le nord du pays.

Si dans cette région un réel effort est fourni pour construire des infrastructures hydrauliques capables de mobiliser l'eau afin de la redistribuer aux usagers, il faut préciser que dans le sud du pays, là où les contraintes du milieu sont les plus fortes, il est plutôt question de déstockage et de transfert d'eau à partir de la nappe albienne, profondément enfouie sous le Sahara, ressource non renouvelable et partagée avec les pays riverains (Tunisie et Libye). Il est, par exemple, prévu d'acheminer l'eau de Aïn Salah à Tamanrasset, deux villes sahariennes distantes de 750 kilomètres, à l'aide d'une double canalisation. Deux autres programmes sont en cours d'exécution dans le sud algérien, l'un pour l'acheminement de l'eau d'El Goléa vers Djelfa et le sud de Tiaret (du Sahara central au sud de Ghardaïa jusqu'aux Hautes Plaines steppiques) sur 470 kilomètres ; l'autre pour le transfert d'eau d'Ouargla (au sud-est de Ghardaïa) à Biskra, sur 400 kilomètres, et vers le sud de Batna sur une distance à peu près équivalente. Ces projets de grande envergure permettent à terme de développer l'agriculture en milieu steppique et saharien, là où le déficit hydrique est le plus important. Ces infrastructures lourdes, aux investissements très coûteux, sont réalisées parallèlement à des actions destinées à la préservation des systèmes traditionnels de mobilisation et de distribution des eaux (les foggaras, réseaux de galeries souterraines). Depuis le début de 2010, il est question de réalimenter les galeries souterraines situées dans la wilaya (unité administrative) d'Adrar à partir de forages profonds car, d'un point de vue politique, il s'agit d'un patrimoine culturel qui participe à la valorisation des oasis. Ainsi l'Algérie, qui dispose d'importantes ressources en eaux souterraines non renouvelables, est décidée à les exploiter à la fois pour l'alimentation en eau potable et pour l'agriculture. Le problème qui se pose est celui de la gestion durable de la ressource car même si la nappe albienne recèle d'immenses quantités d'eau enfouies dans les profondeurs du désert, son utilisation doit se faire avec précaution afin d'éviter un déstockage trop abusif et peu soucieux de la pérennité de la ressource.

Mais c'est dans le nord du pays, principalement dans les villes, que les besoins en eau sont les plus importants et les mécontentements de la population les plus manifestes. Dans de nombreuses villes, notamment dans les marges urbaines pauvres et les nouvelles extensions, la pénurie d'eau est quotidienne, provoquant des mouvements de colère contre « la mauvaise gestion du service public ». Les coupures régulières et les rotations dans la distribution, surtout en période estivale, obligent les familles à prévoir des réserves d'eau et à en acheter. L'activité informelle de « vendeur d'eau potable », utilisant des citernes tirées par des tracteurs, existe dans de nombreuses périphéries urbaines. Cette situation pénalise particulièrement les plus pauvres et présente des facteurs de risques sanitaires réels par la diffusion de maladies à transmission hydrique.

Depuis la promulgation de la nouvelle loi sur l'eau en août 2005, des partenariats public-privé ont été mis en place, prioritairement dans les grandes métropoles, dans un souci d'une meilleure gestion et d'un accès plus large et de bonne qualité à l'eau potable. L'un des problèmes majeurs concerne la maintenance des installations et des équipements afin d'éviter les fuites, responsables de gaspillages importants, de réduire les piquages clandestins mais aussi d'assurer la régularité des opérations de traitement de l'eau pour veiller sur sa qualité et éviter les risques de contamination. Toutefois, ces partenariats sont souvent perçus par les Algériens comme un désengagement de l'État dans ses missions de service public au profit de sociétés privées à capitaux étrangers. Mais celui-ci a délibérément voulu concentrer ses efforts sur une politique hydraulique plus vigoureuse, dans le cadre du plan quinquennal de développement de 2010-2014 dans lequel 26 milliards de dollars sont réservés pour les infrastructures hydrauliques. Parmi celles-ci, le transfert Mostaganem-Arzew-Oran a mis un terme aux difficultés d'approvisionnement de la région d'Oran, le grand barrage de Koudiet Asserdoun alimente le sud de la wilaya de Tizi Ouzou et une partie de Bouira. D'autres transferts ont été mis en service à partir du barrage Tichy Haf qui alimente près d'une trentaine de communes, le transfert depuis les Hautes Plaines sétifiennes est mis en service partiellement en 2011, celui à partir du grand barrage de Beni Haroun vers le nouveau barrage de R'kiss est opérationnel depuis 2011 pour alimenter toute la région d'Oum El-Bouaghi, tout comme le transfert à partir de Beni Haroun vers le barrage de Koudiet Lemdouar dans la wilaya de Batna qui doit régler l'approvisionnement en eau potable des villes de Khenchela et Batna et développer un grand périmètre agricole dans cette région. Le gros projet en cours de lancement concerne le transfert du Chott El-Gharbi vers Tlemcen, en passant par les wilayas de Naama, Saïda et Sidi Bel Abbès.

Cette politique hydraulique qui permet à l'Algérie d'atteindre une plus grande capacité de mobilisation des eaux de surface, complétée par les prélèvements dans les nappes souterraines est donc bien amorcée. Elle est complétée par la mise en œuvre d'un programme de treize unités « clés en main » de dessalement de l'eau de mer, dont certaines peuvent fournir jusqu'à 500 000 m3/jour, comme celle de Macta, entre Oran et Mostaganem. Concernant le traitement des eaux usées, le ministère de l'Hydraulique se fixe l'objectif d'atteindre une capacité d'épuration d'un milliard de mètres cubes d'ici à 2014.

Ce programme hydraulique, qui permet à l'Algérie de rattraper son retard et de répondre aux besoins des usagers, est tout à fait réalisable grâce aux revenus tirés des richesses énergétiques du pays.

Les richesses minières et énergétiques

L'Algérie possède des ressources minières non négligeables. Le minerai de fer, dont l'essentiel des réserves est situé à Gara-Djebilet au sud de Tindouf, est également présent à Ouenza, Bou Khadra, Beni Saf et Zaccar, près de la frontière tunisienne. La production, en 2007, était de l'ordre de 1,6 million de tonnes, mais les capacités maximales de production sont loin d'être atteintes. On estime les réserves de ce minerai à un milliard de tonnes. En outre, le gisement de fer de Gara-Djebilet, le plus important, situé en plein Sahara, souffre d'un fort enclavement que les autorités, à l'époque de Boumediene, pensaient supprimer en assurant le transit du minerai de fer par le Sahara occidental pour atteindre l'océan Atlantique. Mais cette solution n'a jamais pu se réaliser du fait des tensions avec le Maroc à propos du statut de ce territoire, dont l'autonomie est réclamée par les Sahraouis, avec le soutien de l'État algérien.

Le sous-sol algérien recèle aussi de nombreux gisements de métaux non ferreux dont les plus importants sont situés à El Abed pour le zinc et à Azzaba pour le mercure. La production du concentré de zinc connaît un fléchissement, elle était de l'ordre de 4 463 tonnes en 2005 alors qu'elle avait atteint presque 11 000 tonnes en 2001. De nombreux gisements furent abandonnés, notamment ceux d'Aïn Barbar pour le cuivre, ceux de blende et de calamine situés près de Sétif ou dans l'Ouarsenis. D'autres sont en perte de vitesse comme les gisements houillers de Kenadsa, non loin de Béchar, fortement concurrencés par le pétrole.

Le phosphate du Djebel Onk, sans atteindre les rendements des pays riverains (Maroc et Tunisie), a permis une production annuelle moyenne de 3 millions de tonnes (2010) et connaît une hausse importante. Ce minerai est principalement destiné à l'exportation avec 2 millions de tonnes de phosphate exportés en 2008.

Par ailleurs, les prospections minières se poursuivent et on a découvert de réelles richesses en uranium dans le Hoggar à l'extrême sud saharien dès les années 1950 (30 000 tonnes de réserves probables selon le ministère de l'Énergie), sans qu'aucune exploitation n'ait encore eu lieu. L'Algérie possède déjà deux réacteurs nucléaires expérimentaux, mais la priorité semble être donnée aux énergies alternatives, notamment le solaire. En effet, des rapprochements s'effectuent avec des partenaires européens, notamment avec l'Allemagne, afin de produire du silicium pour les panneaux solaires dans le but d'exporter l'électricité.

D'autres minerais, dont certains utiles pour la construction, sont présents en Algérie (gypse et calcaire), de même qu'une importante production de sel grâce à la présence de nombreux plans d'eau salée.

Mais les principales richesses du sous-sol algérien sont sans conteste ses gisements de pétrole et de gaz découverts dans les années 1950 dans le Sahara.

Parmi les bassins d'hydrocarbures, situés dans le sud algérien, Hassi R'mel est le plus important champ gazier du continent africain. Il contribue à 66 p. 100 de la production nationale de gaz naturel, au côté d'autres sites situés entre El Goléa et Ain Salah, dans le dôme de Til Rhemt au nord-ouest de Hassi Messaoud, dans les bassins de Reggane, d'Illizi et de Birkine, ou encore à l'extrême nord-est du bassin de l'Oued Mya et dans celui de l'Ahnet au Sud d'Aïn Salah. Les réserves de gaz étaient estimées à 4 546 milliards de mètres cubes en 2005. Quant aux principaux gisements de pétrole, ils sont localisés à Hassi Messaoud, dans le bassin d'Illizi et à l'Arche de Thihemboka, le long de la frontière algéro-libyenne. Les réserves étaient estimées à 11,4 milliards de barils en 2005.

Gisement de pétrole, Hassi Messaoud, Algérie

Gisement de pétrole, Hassi Messaoud, Algérie

photographie

Situé en plein Sahara algérien, le gisement de pétrole d'Hassi Messaoud est exploité depuis 1956 ; c'est un des plus importants gisements d'hydrocarbures d'Afrique. 

Crédits : J. Burlot/ Corbis

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En 2008, l'Algérie est le 6e producteur mondial de gaz naturel avec 85 milliards de mètres cubes, et elle figure parmi les dix pays qui produisent les deux tiers de la production mondiale. L'Algérie est le 14e producteur mondial de pétrole avec 2,18 millions de barils/jour. Depuis le début des années 2000 et la hausse du prix du baril de pétrole, la politique gouvernementale n'a de cesse d'encourager les partenariats avec les sociétés étrangères, tout en veillant au renforcement des capacités en interne de la Sonatrach, la société nationale des hydrocarbures. Ainsi, l'Algérie, qui est soumise depuis 1994 à un plan d'ajustement structurel du F.M.I., est contrainte de s'ouvrir au capital privé international et d'augmenter sa production afin de réduire le service de sa dette qui avait atteint le taux record de 86 p. 100 en 1993. La production d'hydrocarbures n'a cessé d'augmenter depuis les années 2000, dépassant les 80 milliards de mètres cubes pour le gaz et 70 millions de tonnes pour le pétrole. Les partenariats avec des sociétés étrangères dans la production et le transport des hydrocarbures deviennent de plus en plus importants, notamment avec le consortium B.P. pour le gisement gazier d'In Salah, et le groupe norvégien Statoil, entre autres. La production en hydrocarbures est répartie ainsi : 73 p. 100 en gaz naturel, 17 p. 100 en pétrole brut, 6 p. 100 en gaz naturel liquéfié (G.N.L.), 4 p. 100 en gaz pétrole liquéfié (G.P.L.). Les exportations en 2010, de 220 millions de tonnes, ont généré une recette de 57 milliards de dollars.

Afin de garantir son exportation à l'étranger et permettre sa consommation en interne, l'État algérien a dû développer un réseau d'acheminement de ces ressources énergétiques vers le nord du pays. Ainsi, gazoducs et oléoducs assurent le transfert vers les terminaux des villes littorales (Arzew-Bethioua, Skikda, Alger et Bejaïa) et permettent leur exportation via des gazoducs transcontinentaux : Pedro Duran Farell (Algérie-Espagne, via le Maroc), Enrico Mattei (Algérie-Italie, via la Tunisie). D'autres projets sont bien avancés pour assurer l'approvisionnement de l'Europe en gaz : tels que Medgaz (gazoduc sous-marin de Beni Saf, sur la côte algérienne, à Almeria, sur la côte espagnole), mis en service en 2011, Galsi (gazoduc Algérie-Sardaigne-Italie) et le Trans Saharan Gas Pipeline, qui reliera le Nigeria à l'Europe via l'Algérie. Une flotte de neuf méthaniers complète le dispositif de transport du gaz. En 2007, la Sonatrach a réceptionné le méthanier Medmax I (Mediterranean Maximum Size), baptisé « Cheikh El Mokrani », d'une capacité de 75 500 mètres cubes et, en 2008, elle a acquis son second méthanier Medmax II, « Cheikh Bouamama ». Ces acquisitions permettent d'approvisionner en gaz les marchés lointains, américains et asiatiques. Ainsi, Sonatrach assure en 2010, par ses propres moyens, le transport de 35 p. 100 de sa production.

Les ressources énergétiques sont donc une réelle chance pour l'Algérie : elles contribuent à plus de 50 p. 100 du P.I.B., elles assurent 75 p. 100 des revenus extérieurs et représentent 98 p. 100 des exportations du pays. Ces revenus lui ont permis de réduire sa dette extérieure qui ne représente plus que 1 p. 100 du P.I.B. en 2009 et lui ont procuré une confortable réserve en devises qui finance un ambitieux programme de grandes infrastructures lancé en 2010 par le gouvernement, à hauteur de 150 milliards de dollars pour la période 2010-2014. Cependant, l'économie algérienne reste très vulnérable car trop fortement dépendante des hydrocarbures et de la fluctuation de leurs prix. La chute des revenus tirés de l'exportation des hydrocarbures durant les années 1980 a plongé le pays dans une crise financière qui l'a amené à négocier sa dette extérieure – passée de 19 à 25 milliards de dollars entre 1979 et 1994 – en échange de la mise en place d'un plan d'ajustement structurel. En effet, le remboursement du service de la dette absorbait 92 p. 100 des revenus issus de l'exportation, c'est-à-dire des moyens financiers indispensables pour importer les produits alimentaires, les équipements et les médicaments dont la population avait besoin. Dès 1996, à la suite d'une remontée du prix du pétrole, le service de la dette était ramené à 32 p. 100 des revenus extérieurs.

Désormais, le plus grand défi pour l'Algérie est d'envisager l'après-pétrole afin de garantir un niveau de développement satisfaisant pour les 34 millions d'Algériens recensés en 2008. Une population qui est répartie selon des densités très différenciées, opposant frange littorale et intérieur du pays, et parmi laquelle plus de six Algériens sur dix sont citadins.

Des densités différenciées avec une urbanisation renforcée

Si, en 1966, la densité moyenne était de 5 hab./km2, elle atteignait 14 hab./km2 en 2008. Elle a augmenté avec des évolutions très contrastées : les wilayas sahariennes, qui regroupent près de 11 p. 100 de la population en 2008 sur 84 p. 100 du territoire, ont une densité moyenne de 1,86 hab./km2. Celles qui affichent les plus fortes densités sont Biskra (34), Laghouat (18) et El Oued (12) comparativement aux densités plus faibles observées à Illizi (0,18) ou à Tamanrasset (0,31). Le domaine atlasique, zone intermédiaire entre le Tell et le Sahara, concentre 14 p. 100 de la population sur 10 p. 100 du territoire. Sa densité moyenne est de 19,2 hab./km2, avec des contrastes entre l'ouest du pays aux densités plus faibles (2,9 pour El Bayadh, 6,4 pour Naama) et l'est du pays où les densités sont plus élevées (45,6 à Tébessa). Le Tell, qui a le poids démographique le plus important du pays avec 75 p. 100 de la population totale, a une densité moyenne de 188,5 hab./km2. La wilaya d'Alger, qui rassemble près de 9 p. 100 de la population du pays sur 0,03 p. 100 du territoire, se distingue nettement avec une densité de près de 3 700 hab./km2 par rapport aux wilayas des métropoles régionales dont les densités sont beaucoup moins élevées (685 à Oran, 429 à Constantine et 423 à Annaba).

L'effet urbain a renforcé les contrastes de densités du fait de la concentration de la population et de l'augmentation du nombre de villes depuis le début du xxe siècle. À la veille de la colonisation, la population urbaine ne représentait que 5 p. 100 du total, le pays ne comptait qu'une vingtaine de villes situées sur la frange littorale et dans le Tell intérieur. S'appuyant sur ces nœuds urbains, le pouvoir colonial a développé des métropoles (Alger, Oran, Constantine et Annaba) et des villes moyennes dans le Tell intérieur (Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Mascara, Sétif, Batna) et de nombreux petits centres urbains dans les périmètres de colonisation agraire, à tel point que le taux d'urbanisation a atteint 25 p. 100 en 1954 alors qu'il n'était que de 9 p. 100 en 1900. Par ailleurs, durant la guerre de libération (1954-1962), l'exode rural s'est amplifié face à l'insécurité et à la misère dans les campagnes. Les politiques de regroupement de la population et de création de centres de recasement dans les villes, imposées par l'armée française pour isoler les moudjahidin, ont contribué à l'augmentation des taux d'urbanisation. Depuis l'indépendance, le nombre de villes a régulièrement progressé par le gonflement et la multiplication des centres urbains, surtout pendant les deux décennies après l'indépendance. En 1966, le réseau urbain comptait 90 villes regroupant 31 p. 100 de la population algérienne. Leur nombre est supérieur à 200 dix ans plus tard et le taux d'urbanisation atteint 41 p. 100. En 1987, l'Algérie compte plus de 400 villes et près d'un Algérien sur deux est citadin. En 2010, plus de 20 millions d'Algériens vivent dans les villes : le taux d'urbanisation a largement dépassé la barre des 60 p. 100. Cette évolution est particulièrement due au poids des villes moyennes et à la diffusion de l'urbanisation dans l'intérieur du pays, même si les métropoles d'Alger (3,5 millions d'hab. en 2008), d'Oran (1,4), de Constantine (938 000) et d'Annaba (782 500) gardent leur suprématie dans le réseau urbain national. De petites bourgades, comme Aïn El Kébira dans l'Est algérien, connaissent des transformations importantes avec l'ouverture d'unités industrielles créatrices d'emplois. La promotion administrative et l'attribution de fonctions universitaires accompagnées par de nombreux programmes de logements collectifs (développement de Zones d'habitat urbain nouveau) ont profondément modifié les paysages urbains algériens dès le milieu des années 1970. La loi sur les réserves foncières communales de 1974, qui a permis la municipalisation du foncier dans les périmètres urbains des villes, a ouvert la voie à l'habitat individuel sur des lots souvent attribués dans le cadre de coopératives immobilières, des structures qui, en réalité, ne servent qu'à pouvoir bénéficier d'un terrain. Ce mouvement a produit un accaparement abusif des terres et a généré un étalement urbain incontrôlable, souvent en décalage avec le plan d'urbanisme retenu. Cette tendance a laissé la place, depuis les années 2000, à des programmes de logement social promotionnel, aidés par l'État et dans une large mesure réalisés par des promoteurs immobiliers privés. Cependant, les populations à faibles revenus furent à la fois exclues de l'habitat individuel du milieu des années 1970, tout comme elles le sont de la promotion immobilière actuelle. La seule forme de « régulation » possible est alors l'auto-construction. Des poches d'habitat informel où se concentrent les populations pauvres gagnent ainsi les périphéries de nombreuses villes. Les opérations de régularisation de l'habitat illicite telles que celle opérée en 1981, les restructurations de quartiers informels et les opérations de résorption de l'habitat précaire, dont certaines ont bénéficié des financements de la Banque mondiale, n'ont que partiellement limité ces excroissances urbaines incontrôlées.

Cette répartition de la population algérienne, qui donne de plus en plus de poids à la ville, présente des structures et des comportements démographiques qui attestent d'une transition démographique bien avancée.

Un pays qui reste jeune malgré la forte baisse de la fécondité

En 2008, l'Algérie comptait 34 millions d'habitants alors qu'au recensement de 1966, elle n'était peuplée que de 12 millions d'habitants. Mais dès 1998, avec 29 millions d'habitants, elle avait triplé sa population en une trentaine d'années. La baisse de la croissance démographique ne se manifeste, de façon nette, que dans la période intercensitaire 1998-2008. En effet, le taux de croissance annuel a connu des valeurs fortes dans les deux premières périodes intercensitaires, mais n'a cessé de diminuer depuis lors : 3,2 p. 100 entre 1966-1977, 3 p. 100 entre 1977-1987, 2,2 p. 100 entre 1987-1998 et 1,6 p. 100 entre 1998-2008. La baisse de la fécondité, plus importante en milieu urbain et dans le nord du pays, atteste d'une transition démographique engagée depuis le milieu des années 1970, à tel point que l'indice synthétique de fécondité n'est plus que de 2,3 en 2009 et la baisse devrait se poursuivre dans les prochaines décennies.

Malgré le recul de la fécondité, la population algérienne reste jeune : en 2008, les moins de 20 ans représentaient 38,7 p. 100 du total (alors qu'en 1966, plus d'un Algérien sur deux avait moins de 20 ans). Le poids de la jeunesse s'est nettement réduit comme le montre la part des moins de 15 ans (28 p. 100 en 2008 contre 47 p. 100 en 1966). La pyramide des âges s'est rétrécie à la base : la tranche des 0-4 ans ne compte plus que pour 10 p. 100, moitié moins qu'en 1966. Au sommet de la pyramide, les plus de 60 ans ont un poids légèrement plus important (7,42 p. 100 en 2008 contre 6,58 p. 100 en 1966). Ainsi, si la baisse de la fécondité est incontestable, tout comme celle de la natalité qui est passée de 47 p. 1 000 en 1966 à 23,6 p. 1 000 en 2008, plusieurs facteurs y ont participé : le recul de l'âge au mariage aussi bien chez l'homme que chez la femme (en 1950, 86 p. 100 des femmes de moins de 20 ans étaient déjà mariées, alors que seules 24 p. 100 d'entre elles le sont en 2000), l'allongement de la durée de la formation, l'utilisation de moyens contraceptifs ; le chômage des jeunes et les difficultés qu'ils éprouvent pour se loger expliquent également en partie ce recul. Le célibat, bien qu'il soit condamné par la société, surtout pour les femmes, est en hausse chez les jeunes de moins de 30 ans.

Le taux de mortalité a baissé et se maintient à 4,4 p. 1 000, contre 16 p. 1 000 en 1966. Il est dépendant d'une mortalité infantile qui, quoiqu'en baisse, reste à un niveau encore élevé : 24 p. 1 000 en 2009, 55 p. 1 000 en 1998 et 112 p. 1 000 à l'indépendance. La mortalité infantile, bon indicateur de l'encadrement sanitaire et de l'hygiène de la population, souligne les disparités entre la ville et la campagne et entre le nord et le sud de l'Algérie : elle est plus importante dans les campagnes et le sud algérien. L'espérance de vie à la naissance s'est nettement améliorée passant de 62,4 ans en 1970 à 75,5 ans en 2009 (74,7 ans pour les hommes et 76,3 ans pour les femmes).

Ces évolutions démographiques, plus soutenues dans le passé, ont imposé à l'État algérien de mettre en œuvre un développement économique largement fondé sur l'industrialisation, du moins dans les deux premières décennies après l'indépendance. Cette orientation a ensuite été abandonnée, à partir du milieu des années 1980, au profit d'une tertiarisation des activités économiques.

Une industrialisation contrariée, une tertiarisation des activités en hausse

L'industrialisation du pays est réellement effective à partir du moment où le président Boumediene met un terme aux avantages des sociétés concessionnaires dans les hydrocarbures. L'État, acteur principal de cette réorientation, en assure le financement grâce aux revenus issus de l'exportation des hydrocarbures. C'est en 1971, l'année où est lancée la révolution agraire, que Boumediene affirme : « Le moment est venu de prendre nos responsabilités. Ainsi avions-nous décidé de porter la révolution dans le secteur du pétrole [...] ». La participation algérienne est portée à 51 p. 100 dans l'ensemble des sociétés pétrolières françaises implantées en Algérie. La nationalisation est effective pour les gisements et le transport des hydrocarbures. Cette décision, prise moins de dix ans après l'indépendance du pays, remet en cause la participation française à l'exploitation du pétrole alors qu'elle était spécifiée dans les accords d'Évian signés en mars 1962. Elle a jeté un froid dans les relations franco-algériennes bien que l'État algérien ait promis une indemnisation de 100 millions de dollars en faveur des sociétés pétrolières concernées, à l'époque où le prix du baril de pétrole était à 3,6 dollars. Le gouvernement Boumediene voulait obtenir le contrôle des ressources du pays afin de lancer une politique vigoureuse dans l'industrie. Il avait déjà commencé avec la nationalisation, dès 1966, des sociétés minières privées pour les mettre sous la coupe d'une société nationale : la Sonarem (Société nationale de recherche et d'exploitation minière). Les dernières entreprises étrangères (françaises et belges) sont nationalisées en 1974 ou sont incorporées dans des sociétés mixtes en association minoritaire avec l'État algérien. Mais dès 1969, le secteur industriel étatique avait commencé à prendre plus de place dans l'économie. Les activités dominantes concernaient les industries sidérurgique, métallurgique, mécanique et électrique, les secteurs alimentaire et textile. Ce dispositif est rapidement complété par les activités liées à la transformation des hydrocarbures. Dès les années 1980, quatre raffineries sont opérationnelles : Alger (2,7 MT/an), Hassi Messaoud (0,2 MT/an), Arzew pour les pétroles lourds (2,5 MT/an), Skikda (2,5 MT/an mais qui atteindra 15 MT/an).

Selon André Prenant, « le Plan Valhyd » (Valorisation des hydrocarbures) fut détourné de ses objectifs initiaux dès sa mise en œuvre en 1977-1978, conduisant l'Algérie à faire du raffinage bien au-delà de ses propres besoins à tel point que les produits raffinés constituaient 95 p. 100 des exportations d'hydrocarbures dans les années 1980. Le régime qui a succédé à Boumediene a aggravé l'endettement du pays en contractant des emprunts extérieurs pour augmenter les capacités de raffinage, laissant de côté l'investissement national dans les autres secteurs industriels. Ainsi, la part des hydrocarbures dans les exportations se situait entre 97 et 98 p. 100 au début des années 1980, fragilisant de la sorte l'ensemble de l'économie qui se retrouve totalement dépendante d'une seule filière dont les revenus extérieurs sont particulièrement fluctuants. Les différents chocs pétroliers (1973, 1979...) ont toujours mis à mal l'économie algérienne. Avec la flambée des prix du pétrole, la participation des hydrocarbures au P.I.B. a augmenté de près de 22 p. 100 entre 2005 et 2007, pour atteindre 47,8 p. 100, soit plus de 4 millions de dollars. L'Algérie a diversifié ses clients pour ses produits exportés : en 2007, l'Union européenne (U.E.) assure 43,5 p. 100 des revenus extérieurs algériens et l'Amérique du nord 37,8 p. 100. Parmi les pays de l'U.E., l'Italie figure en première position avec 30,4 p. 100 des entrées financières quand la France, en quatrième position après l'Espagne et la Grèce, n'en assure que 15,6 p. 100. Les pays asiatiques commencent à devenir des partenaires sérieux avec 7 p. 100 des revenus extérieurs. Toutefois, la dépendance de l'Algérie envers quelques pays s'est renforcée depuis la mise en place des gazoducs transméditerranéens et la forte participation des sociétés étrangères.

Parmi les autres secteurs, la sidérurgie a très tôt pris une place importante dans le développement industriel du pays. Créée en 1964, la Société nationale de sidérurgie a remis en route le site d'El Hadjar (Annaba, ancienne Bône) qui dépendait de la Société bônoise de sidérurgie et a fait évoluer ses installations afin de diversifier la production : fonte, acier, tôles minces et épaisses laminées, produits galvanisés, tubes soudés, produits longs... Ce secteur a eu un impact très fort dans l'économie, notamment pour répondre aux besoins nationaux des entreprises et des ménages, surtout avec la relance, dès les années 1970, du secteur du bâtiment par l'État par les opérations de lotissements individuels et les nombreux programmes de logements collectifs. Mais cet effort industriel, surtout porté par le secteur public, est contrarié par la stagnation de l'économie nationale au milieu des années 1980 puis par la régression durant la décennie de 1990. On invoque souvent la crise des hydrocarbures et la chute de leurs revenus, mais il s'agit en réalité d'un démantèlement délibéré d'un secteur industriel naissant par le désengagement de l'État – avant même la négociation de la dette extérieure en 1994 –, lequel a été aggravé par les réorientations économiques imposées par le plan d'ajustement structurel. Les multinationales prennent dès lors des parts de marché et s'installent même dans les secteurs les plus stratégiques comme la prospection de nouvelles ressources minières et énergétiques. Il en est de même dans le secteur du bâtiment, dans la mesure où des entreprises internationales obtiennent des contrats lucratifs pour la construction de logements et de grandes infrastructures. Dans certains cas, une main-d'œuvre étrangère est employée sur les chantiers, notamment dans les entreprises chinoises de B.T.P. opérant en Algérie.

En outre, de nombreuses filières des industries de production de biens, tant du secteur public que du privé, ont été mises à mal par l'augmentation des importations liée au lancement du Plan anti-pénurie sous la présidence de Chadli Bendjedid au début des années 1980. Les autorisations d'importation concédées à des entreprises privées, prenant ainsi le relais du plan, ont restreint de manière drastique le marché de nombreuses industries locales et ont de ce fait participé à leur déclin. La désindustrialisation, déclenchée à la fois par les restructurations des grandes sociétés nationales et l'ouverture à l'importation de produits qui concurrencent la production nationale, annihile les efforts de développement des années 1970. Ce recul a fait chuter l'emploi industriel, notamment dans le secteur public, l'industrie – hors hydrocarbures – contribue plus faiblement au P.I.B. (28,9 p. 100 en 1977, 7,43 p. 100 en 2003 et 5,42 p. 100 en 2007). Les effets de la mondialisation et le retrait de l'État dans l'économie de production ont précipité la tertiarisation des activités du pays.

Le secteur commercial s'hypertrophie dans les centres urbains, encouragé par l'importation des produits étrangers. L'emploi informel, qui a augmenté depuis le recul du secteur productif, a gagné de nombreux segments de l'activité commerciale en tirant profit de ses dysfonctionnements, renforçant ainsi l'évasion fiscale. Il a toutefois permis d'éponger un chômage de plus en plus important (10,2 p. 100 en 2009), notamment en milieu urbain et surtout chez les plus jeunes (21,3 p. 100 pour les 16-24 ans). Le secteur tertiaire, et particulièrement le commerce, devient le refuge de l'emploi non déclaré (vendeurs à la sauvette, gardiens de voitures et autres petits boulots), une situation qui accentue la précarité de l'emploi et augmente le désir des jeunes Algériens de quitter le pays en empruntant les filières clandestines. Ils viennent grossir les rangs des harragas (brûleurs de frontières) qui traversent la Méditerranée sur des petites barques pour rejoindre l'Europe.

Le secteur tertiaire qui occupe au moins 56 p. 100 de la population active et contribue pour plus de 29 p. 100 au P.I.B (en 2007) profite très peu des opportunités offertes par le tourisme, qu'il soit balnéaire, saharien ou thermal. Avec la décennie noire de 1990, l'image du pays est ternie, marquée par les actions terroristes de la branche armée des islamistes. Depuis les années 2000, la politique de réconciliation pour garantir la paix civile a permis la relance du secteur touristique. Les capacités hôtelières totalisent, en 2007, 85 000 lits dont 52,4 p. 100 en zone urbaine, 27,3 p. 100 pour le tourisme balnéaire et seulement 11,7 p. 100 en milieu saharien. L'offre du secteur privé a fortement augmenté alors que le secteur public et les collectivités locales affichent une baisse très significative. De nombreux projets d'investissements sont en cours pour augmenter les capacités hôtelières. Les flux touristiques entre l'Algérie et la Tunisie restent à l'avantage de cette dernière, tandis que les mouvements vers le Maroc sont beaucoup plus faibles du fait de la fermeture de la frontière terrestre entre les deux pays depuis les années 1990. De manière plus générale, les visiteurs en provenance de l'étranger passent de 988 060 (en 2002) à 1 743 084 (en 2007). Les mouvements des non-résidents sont à plus de 70 p. 100 alimentés par les déplacements au pays des émigrés algériens établis à l'étranger. Ces flux réguliers ont des répercussions économiques non négligeables sur le pays. Si les remises d'argent par les voies officielles sont difficiles à estimer (selon la Banque mondiale, 2 millions de dollars en 2010), elles restent largement inférieures à celles qui empruntent des circuits informels. Les Algériens vivant en France, la plus importante communauté vivant à l'étranger (700 000 personnes dont 241 000 actifs en 2007) alimentent un commerce lucratif de produits importés (vêtements, chaussures, électronique et informatique, électroménager, pièces détachées pour l'industrie automobile...) qui représentent une importante source de revenus complémentaires pour les migrants établis à l'étranger.

Le secteur agricole, du fait des hésitations et des nombreuses réformes mises en œuvre n'a jamais pu offrir beaucoup d'emplois, et sa participation dans le P.I.B. était de seulement 8,26 p. 100 en 2007.

La question agraire : de l'autogestion à la privatisation

La surface agricole utile (S.A.U.) de l'Algérie est fortement réduite ; elle se situe dans une petite frange du nord du pays, notamment les plaines littorales et sublittorales et les bassins intérieurs, du fait des conditions physiques du pays. La S.A.U., ainsi concentrée dans la zone tellienne, est estimée à 8,5 millions d'hectares, ce qui représente seulement 3,5 p. 100 du territoire. Plus de 90 p. 100 de celle-ci est consacrée aux terres arables où prédomine la culture biennale traditionnelle (cultures annuelles-jachère). Les cultures permanentes, telles que la vigne et l'arboriculture fruitière, n'occupent que des superficies relativement réduites. Près de 30 millions d'hectares sont réservés aux pacages et aux parcours et plus d'un million d'hectares sont considérés comme des terres improductives au sein même des exploitations agricoles. Les autres terres, classées non agricoles, sont constituées de zones alfatières (2,8 millions d'ha), forestières (4,3 millions d'ha) et de terrains improductifs, essentiellement en milieu steppique et saharien, d'une superficie de 189 millions d'hectares.

Durant l'occupation française, les dispositifs juridiques mis en place (loi Warnier de 1873 et mise sous séquestre, qui ont levé l'inaliénabilité des terres) ont facilité l'accaparement des terres les plus riches par les colons européens, qui les subdivisèrent en grands domaines agricoles où travaillait une main-d'œuvre locale, souvent saisonnière, dépossédant ainsi les fellahs algériens. Vers la fin de la colonisation, on dénombrait 22 000 exploitations européennes sur 2,7 millions d'hectares de la S.A.U. La paysannerie algérienne possédait les terres les plus pauvres et fonctionnait dans un système traditionnel qui ne pouvait offrir qu'une agriculture de subsistance. La complémentarité montagne-plaine fut rompue et les sociétés agraires précoloniales désarticulées. Dès son indépendance, l'Algérie se devait de mettre en œuvre des réformes structurelles pour rompre avec le dualisme agraire hérité (domaines coloniaux/petite paysannerie) et gérer les exploitations agricoles abandonnées après le départ massif des Européens. Tout d'abord, un mouvement spontané a permis aux travailleurs algériens des anciens domaines européens de les occuper, une situation qui fut ensuite régularisée par la promulgation de textes sur l'autogestion (mars 1963). Ainsi, les terres sont nationalisées et déclarées biens de l'État algérien et leur mode de gestion est calqué sur le modèle collectiviste yougoslave. Dans les faits, il existait une double tutelle, à la fois de l'État qui nommait un directeur à la tête de chaque domaine autogéré et des travailleurs dont l'assemblée générale élisait un comité de gestion. Ce mode de fonctionnement hybride a connu des dysfonctionnements importants qui ont occasionné d'importants déficits dans de nombreuses exploitations. Ensuite, la seconde étape qui a introduit des changements dans les fermes coloniales fut celle du prélèvement autoritaire du foncier. Environ 300 000 hectares sont prélevés aux unités agricoles autogérées pour être attribués aux anciens moudjahidin sous forme de coopératives agricoles. Au lieu d'apporter des solutions au dualisme agraire, l'État algérien se lance, à partir de 1971, dans une refonte des structures du secteur privé de l'agriculture en mettant en œuvre une révolution agraire destinée à donner des terres aux « paysans sans terre ».

Le Fonds national de la révolution agraire fut alimenté par la récupération des terres communales et domaniales à usage agricole, ainsi que par le jeu des nationalisations intégrales des propriétaires privés absentéistes (souvent des citadins qui faisaient fructifier les terres agricoles par métayage), et la limitation de la taille des exploitations. L'opération s'est déroulée en deux phases. La première ne concernait que les terres agricoles du domaine de l'État, les terres communales, domaniales et les terres habous (biens fonciers religieux). La seconde touchait les biens melk (propriétés privées) en examinant le mode de faire-valoir, la propriété foncière et les types de cultures pratiquées. Il s'agissait d'identifier les absentéistes afin d'éliminer la propriété foncière citadine. Ces mesures ont, en même temps, mis fin au khammessat, forme de métayage où l'exploitant non propriétaire n'obtenait que le cinquième des revenus annuels de l'exploitation.

La révolution agraire s'est attaquée à un secteur couvrant 4,5 millions d'hectares de S.A.U. répartis en 700 000 exploitations d'une taille moyenne de 8,5 hectares (S.A.U. et terrains improductifs) mais dont 55 p. 100 d'entre elles ont moins de 5 hectares. La petite paysannerie privée possédant des biens melk de moins de 5 hectares en sec ou de moins de 0,5 hectare en irrigué ne fut pas concernée par les réformes agraires. Exclue de ce dispositif, elle était condamnée à rester dans une situation difficile.

Cette collectivisation administrée et pilotée par l'État s'est accompagnée de la construction de logements dans les mille villages socialistes où la mosquée avoisine l'école, le dispensaire, l'antenne administrative et les équipements commerciaux. Le projet politique consistait à permettre aux attributaires de travailler collectivement les terres agricoles et de loger ensemble dans les villages socialistes. Mais au lieu d'aider ces exploitants à travailler dans les modes d'organisation traditionnels, l'État a bousculé les sociétés paysannes en introduisant de nouvelles formes de collectivisation où les attributaires percevaient des avances sur les revenus. Nombre d'entre eux ont quitté les coopératives – tout en restant dans les logements attribués – car ils s'accommodaient très mal de ce nouveau système.

La voie vers la décollectivisation se dessine au début des années 1980 face aux difficultés des trois secteurs de l'agriculture (privé, autogestion et révolution agraire), avec le désengagement de l'État et l'abandon progressif des orientations socialistes, faisant suite aux premières mesures de libéralisation du commerce des fruits et légumes à cette époque. La décollectivisation est passée par une phase transitoire : les exploitations autogérées, celles de la révolution agraire et les coopératives des anciens moudjahidin furent regroupées pour donner naissance à un seul type de bien foncier, le domaine agricole socialiste, qui était géré par une superstructure d'encadrement, le secteur de développement agricole. Des conflits de compétences et des difficultés pour assurer les arbitrages en cas de litiges ont rapidement surgi. Dès 1987, de nouvelles mesures de restructuration des exploitations, destinées à accorder une meilleure place à l'initiative privée, furent décidées. Celles-ci ont permis l'émergence des exploitations agricoles collectives alors qu'une partie des terres est restituée aux propriétaires terriens qui avaient été touchés par la révolution agraire. Ces réorientations étaient en relation avec l'effondrement des économies socialistes dans le monde et l'implantation des économies de marché sous l'effet de la mondialisation. Ainsi, la privatisation des terres devenait une réalité avec la naissance des exploitations agricoles individuelles. Ces nombreux tâtonnements et ces incessants changements de cap ont gravement affecté les espaces ruraux ; ils ont plongé les campagnes algériennes dans une crise durable.

Ainsi, les deux phases de collectivisation de l'agriculture algérienne ont consisté en une simple juxtaposition de systèmes agraires, ignorant les difficultés de la petite paysannerie tandis que le processus de décollectivisation de la troisième phase a accentué leur exclusion. Dès les années 2000, l'État s'est attelé à étendre la S.A.U. en ouvrant l'accès à la propriété après une mise en valeur et à aider les producteurs agricoles pour améliorer leurs rendements. Le programme d'accession à la propriété foncière agricole, qui a débuté en 1984, en zones saharienne et steppique, a eu de graves incidences, notamment sur la dégradation du milieu (pâturages naturels et la steppe d'alfa) accentuant les processus d'érosion. Néanmoins des réussites sont à signaler, notamment dans les Ziban, où l'oasis de Biskra est devenue la deuxième région maraîchère du pays. Mais ce sont surtout les citadins qui ont le plus profité de cette procédure car elle leur a permis de gagner des terres cultivables sur des zones très vulnérables – en défonçant la croûte calcaire et en forant des puits pour l'irrigation. Les répercussions du programme sur les communautés paysannes furent réduites. L'État a ainsi mis en place, dès 1997, un autre programme dit de concessions agricoles qui, tout en encourageant l'entreprenariat agricole, favorise l'ouverture du secteur au capital étranger. L'État s'oriente vers une politique libérale même si, dans certains cas, les bénéficiaires étaient des chômeurs recrutés pour mettre en valeur les terres. Depuis 2000, le plan national de développement agricole, élargi au développement rural, considère que l'amélioration du secteur agricole passe nécessairement par sa modernisation avec un réel impact sur l'espace rural. Sans se lancer dans des opérations de land grabbing, l'État algérien a débloqué des aides pour soutenir l'activité agricole dans cette délicate phase de décollectivisation afin d'améliorer les productions. Ces dernières ont nettement évolué : les céréales ont atteint 40,1 millions de quintaux, les légumes secs 440 690, les cultures maraîchères plus de 59 millions et les cultures industrielles (tomates et tabac) ont dépassé les 2,5 millions de quintaux. La viticulture, en régression depuis la période coloniale, augmente ses productions. La culture des olives est en baisse par rapport à 2003-2004, celle des dattes assure des revenus extérieurs non négligeables (1,6 milliard de dollars en 2007), les figues et les agrumes ont une production en hausse. Les abattages qui fournissent plus de 300 000 tonnes de viande, à 55 p. 100 composées de viande ovine, restent insuffisants pour les besoins internes, maintenant le prix au kilo à des niveaux particulièrement élevés, ce qui oblige l'État à importer le complément.

Dattier, Algérie

Dattier, Algérie

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Les dattes algériennes, notamment la variété deglet nour, sont exportées dans le monde entier et plus particulièrement en Europe. Importante source de devises, ce fruit connaît un boom de sa production. 

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Ainsi, l'Algérie reste fortement dépendante de l'étranger pour ses besoins alimentaires : le pays importe pour plus de 3,4 milliards de dollars en 2006. Les principaux produits alimentaires importés sont les céréales (1 milliard de dollars), le lait et les produits laitiers (707,2 millions), le sucre (437,1 millions) et les huiles et graisses (383,4 millions). Les dépenses engagées pour ces produits représentent près des trois quarts des dépenses totales pour les produits alimentaires importés. Les efforts, notamment par le soutien des prix à la consommation, concernent en priorité ces articles et surtout les céréales, afin d'éviter des émeutes de la faim et de garantir la paix sociale.

Le vaste programme de développement de l'Algérie socialiste, commencé quelques années après l'indépendance, fut stoppé dès le milieu des années 1980 avec l'abandon, après de multiples réformes, des systèmes autogestionnaires et coopératifs. Depuis lors, l'Algérie s'est engagée dans une voie plus libérale dans de nombreux secteurs économiques, mais le rôle de l'État reste malgré tout encore prépondérant dans certains secteurs dits stratégiques : ressources minières et énergétiques, logements, contrôle des transferts monétaires... L'Algérie, après avoir connu la guerre civile dans la décennie de 1990, devait relever plusieurs défis. L'emploi, particulièrement chez les jeunes, reste le principal problème qui risque de déstabiliser le pays, surtout que le chômage touche les jeunes diplômés du supérieur. La relance de l'emploi passe inévitablement par une diversification des activités où les secteurs de l'industrie, mis à mal par les réformes et le désengagement de l'État, et du tourisme, encore peu développé, doivent faire l'objet des plus importants efforts de développement. Ce sont des gisements d'emplois sur lesquels l'Algérie de demain doit compter. La lutte contre la corruption et l'évasion fiscale reste également déterminante pour assainir l'économie et la vie publique. L'Algérie qui profite de sa rente pétrolière avec la flambée des prix du baril doit nécessairement préparer les bases de son développement tout en assurant à son peuple les libertés démocratiques essentielles à son épanouissement social.

—  Sid-Ahmed SOUIAH

Histoire

De l'Algérie antique à l'Algérie française

Bien que le territoire algérien actuel soit particulièrement riche en sites et vestiges préhistoriques (Ternifin, Machta al ‘Arbi) et que la protohistoire y enregistre l'existence d'une fruste civilisation berbère, en fait l'histoire du Maghreb central commence à l'arrivée des Phéniciens dont la civilisation s'inscrivit la première dans les villes et laissa des traces écrites.

L'Algérie antique

L'influence phénicienne et carthaginoise

Les Phéniciens fondèrent très tôt – dès les derniers siècles du IIe millénaire avant J.-C. – des établissements commerciaux et des escales qui, après la décadence des cités-mères orientales, furent repris par les Carthaginois. Ceux-ci ne colonisèrent pas l'intérieur du territoire algérien mais multiplièrent les comptoirs portuaires qui conservèrent jusqu'à leur destruction leur nom sémitique : ainsi Rusuccuru (Dellys), Rusicade (Philippeville-Skikda), Rusguniae (Matifou). Les chefs berbères qui dominaient l'intérieur du pays furent le plus souvent les alliés ou les clients des Carthaginois. Ils leur fournissaient des contingents armés, en particulier les fameux cavaliers numides, et des éléphants de guerre. En raison de ces relations et grâce aussi aux marchands des ports et aux soldats, la langue et la civilisation puniques pénétrèrent assez profondément le pays : des cités indigènes apparurent ainsi que des mausolées, qui étaient parfois édifiés par les techniciens carthaginois.

Les Berbères ou Numides furent donc d'abord les disciples des Phéniciens qui leur enseignèrent des procédés agricoles et industriels, pour la fabrication de l'huile et du vin par exemple, l'exploitation et le travail du cuivre. Surtout, ils leur firent adopter leur religion, et les dieux carthaginois continuèrent à être célébrés par les Berbères, au-delà même de la domination romaine. Certains historiens ont pu avancer l'hypothèse que le christianisme, puis l'islam, ne furent si facilement acceptés que parce que les populations y retrouvèrent, avec des symboles communs, une semblable mentalité sémitique. En revanche, il est très improbable que la langue punique ait subsisté au-delà du iiie siècle après J.-C. et qu'elle ait pu servir de relais à la langue arabe.

L'influence de la civilisation grecque fut au contraire très limitée. Elle s'exerça essentiellement par l'intermédiaire de Carthage, puis de Rome, et ne se manifesta de manière sûre que dans le domaine de l'art, par exemple dans les grands Medracen de l'Aurès et de Tipasa.

Sur le plan politique, le Maghreb central connut, à côté de tribus indépendantes et de républiques villageoises, de vastes royaumes dotés d'un pouvoir fort qui se superposait aux structures tribales. Les écrivains antiques en font mention à partir du iiie siècle avant J.-C. Les noms de leurs souverains, Syphax, roi des Masaeyles, Massinissa, roi des Massyles, Micipsa et Jugurtha, suffisent à en rappeler l'éclat et la puissance. Massinissa, qui avait élu pour capitale Cirta (Constantine), fut sans doute l'un des plus grands souverains qu'ait connus la Berbérie. Son culte se perpétua à travers les siècles. Son descendant Jugurtha est, aujourd'hui encore, célébré comme « résistant à l'impérialisme romain ».

La domination romaine

Après avoir détruit Carthage, les Romains laissèrent d'abord subsister les royaumes numides comme États vassaux. Mais, après l'insurrection de Jugurtha qui leur tint tête pendant sept ans (112-105 av. J.-C.), ils renforcèrent leur contrôle. Avec Juba II et Ptolémée, souverains de Maurétanie installés à Caesarea (Cherchell), ils purent compter sur des princes étroitement soumis et épris de la civilisation gréco-romaine. Toutefois les insurrections tribales continuaient, et les Romains, renonçant à la fiction du protectorat, annexèrent la Maurétanie en 40 après J.-C. Ils la divisèrent en deux provinces impériales : la Maurétanie tingitane et la Maurétanie césarienne, laquelle correspondait au Tell oranais et algérois et à la partie occidentale du Constantinois actuel. L'Algérie orientale dépendit jusqu'au iiie siècle après J.-C. de la province proconsulaire d'Afrique, puis forma la province indépendante de Numidie. La domination romaine ne s'étendait donc ni sur les Hautes Plaines de l'Ouest algérien, ni sur le Sahara, bien qu'au iiie siècle, au temps des Sévères, la zone frontière (limes) ait été repoussée vers le sud, sur la ligne des chotts.

L'Afrique romaine reçut des contingents d'immigrés italiens et méditerranéens qui s'installèrent soit dans des colonies de vétérans militaires, soit dans des cités indigènes ou phéniciennes, devenues municipes romains ou latins. Mais les Romains ne tentèrent point d'administrer eux-mêmes les populations indigènes. L'administration des municipes et communes pérégrines relevait généralement d'une aristocratie locale, celle des tribus soumises et des chefs indigènes reconnus par Rome.

La domination romaine accrut considérablement le nombre des sédentaires. La pratique de l'irrigation permit le développement des plantations d'oliviers et de vignes, l'accroissement des cultures céréalières et de l'élevage. L'Afrique du Nord devint la plus riche contrée agricole de l'Occident. Le nombre (plus de 500) et la splendeur monumentale des cités africaines, que révèlent les imposantes ruines de Timgad, Lambèse, Djamila-Cuicul, témoignent de la densité du peuplement et de la prospérité atteinte par le pays. De grandes voies le sillonnaient et servaient aux transactions commerciales plus qu'aux mouvements militaires. L'ensemble de la population soumise tirait-elle parti de cette richesse ? Le régime de la grande propriété et l'importance de l'esclavage antique ne permettent pas de l'affirmer, mais une bourgeoisie municipale et une classe de paysans libres et aisés se formèrent.

La conversion au christianisme

La conquête latine, maintenue par la force, paraît cependant avoir été favorable au progrès des populations berbères. L'assimilation de certaines couches sociales se réalisa par l'adoption spontanée de la langue et des usages romains ainsi que par le développement des écoles. Dès lors, Romains d'Afrique et Berbères romanisés fusionnèrent progressivement ; et il est impossible de dire si les écrivains africains, comme Apulée de Madaure ou Fronton de Cirta, descendent de colons romains ou de Berbères assimilés. Ce fut donc au terme d'une évolution progressive et naturelle que Caracalla, lui-même fils d'un empereur né en Afrique, put conférer, au début du iiie siècle, le droit de cité à tous les hommes libres vivant sur des territoires organisés en communes. La plupart des Africains adoptèrent aussi les croyances religieuses de leur vainqueur ; mais, dans un panthéon syncrétique, ils gardèrent aussi leur fidélité à des dieux indigènes mal latinisés. Surtout se développa le culte d'un dieu suprême, Baal Hammon-Saturne. Ce monothéisme de fait prépara sans doute la voie à la prédication chrétienne.

Les Africains se jetèrent avec fougue dans le christianisme qu'ils latinisèrent les premiers. Ce furent eux qui imposèrent le latin comme langue officielle aux chrétiens d'Occident. Saint Augustin, né à Thagaste (Souk-Ahras), fit plus : il constitua, de manière presque définitive, le dogme chrétien. Le pays se couvrit de basiliques, et les Berbères prirent assez au sérieux le christianisme pour se déchirer en schismes. Le donatisme, surtout, coupa en deux la jeune Église africaine.

La civilisation romaine toutefois n'avait pas touché les tribus montagnardes du Maghreb ; faméliques et guerrières, celles-ci ne cessèrent pas leurs raids de pillage. À partir de la seconde moitié du iiie siècle, la décadence de la puissance militaire romaine permit l'extension de ces insurrections berbères qui s'accompagnèrent de révoltes agraires (mouvement des circoncellions) et attisèrent les querelles religieuses à contenu social. Aux ive et ve siècles, l'insécurité s'accentua, les cités s'appauvrirent ; l'organisation romaine se désagrégea. À la veille de l'invasion vandale, seule l'Église demeurait organisée et forte.

L'invasion vandale

Les Vandales, ces envahisseurs germaniques débarqués en 429, dominèrent bientôt l'ensemble de l'Afrique septentrionale : en 455, Genséric gouvernait tout le Maghreb romain. Les Vandales, qui étaient ariens, traitèrent en ennemies l'aristocratie romanisée et l'Église, et en alliés la masse des Berbères qu'ils ne pouvaient contrôler. Les tribus insoumises, les nomades chameliers en profitèrent pour razzier les plaines. Les montagnards de l'Aurès détruisirent toutes les cités du Sud constantinois.

400 à 500. Royaumes barbares

400 à 500. Royaumes barbares

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Grandes Invasions. Division de l'Empire romain. Création de royaumes barbares en Chine.Au Ve siècle, des peuples nomades déferlent massivement sur l'Extrême-Orient et sur l'Occident. C'est la période dite des Grandes Invasions.En Chine tout d'abord, les royaumes barbares du... 

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La fragile domination vandale, qui laissa se reconstituer les principautés berbères indépendantes, fut ensuite abattue par les troupes de l'empereur de Constantinople (533). Mais les Byzantins ne reconquirent que la partie orientale de l'Algérie actuelle, et le reste du pays fut abandonné. Dans la partie byzantine, l'Église recouvra ses biens et son autorité, l'administration releva les ruines des cités et les fortifia hâtivement, mais cette dépendance lointaine du Basileus restait très vulnérable. Elle ne résista pas à l'invasion arabe.

De la longue domination romaine rien ne subsista. La langue latine et le christianisme mirent certes plusieurs siècles à s'éteindre, mais l'Algérie médiévale fut définitivement islamisée et arabisée.

L'Algérie médiévale

La conquête arabe

Tandis que, dans l'Algérie occidentale, se reconstituaient de grandes confédérations berbères, les Arabes venus d'Égypte pénétrèrent, dès 647, dans le Maghreb. Mais ce fut seulement en 683 que la grande armée de Sidi ‘Oqba en entreprit la conquête. Byzantins et Berbères, souvent alliés, résistèrent de leur mieux. L'histoire a conservé le nom de deux de leurs chefs : Kosayla qui reprit même aux Arabes la citadelle de Kairouan et la Kahina qui défendit l'Aurès. Vainqueurs, les Arabes réussirent à installer leur autorité sur l'ensemble du pays et se constituèrent en caste aristocratique dominante. En outre, ils surent détourner l'ardeur belliqueuse des Berbères en les entraînant à la conquête de l'Espagne.

Une vigoureuse campagne de propagande religieuse provoqua l'adhésion des populations à l'islam, mais les conversions ne furent pas toujours très sincères : un texte célèbre d'Ibn Khaldoun n'affirme-t-il pas que les Berbères apostasièrent douze fois ? Il est vrai que, même convertis, ils étaient traités par leurs vainqueurs comme des infidèles : à partir du viiie siècle ils furent assujettis aux mêmes impôts que ceux-ci. Les Berbères s'opposèrent à cette domination étrangère, et recoururent notamment à la protestation religieuse. Ils se jetèrent d'abord dans le kharijisme, hérésie musulmane à tendance puritaine et égalitariste qui prétendait faire désigner par le peuple le chef de la Communauté islamique. Les kharijites expulsèrent les Arabes du Maghreb central et constituèrent de véritables théocraties indépendantes. Tel fut le petit royaume ibadite de Tahert (Tagdempt près de Tiaret) fondé par Ibn Roustem à la fin du viiie siècle et qui ne fut détruit qu'en 911 par l'armée fatimide, alors maîtresse de Kairouan.

Les Fatimides

À cette date, en effet, d'autres hérétiques musulmans, les Chī‘ites, qui avaient réalisé de grands progrès chez les Qotāma de Petite Kabylie et chez certains Sanhaja sédentaires du Titteri, avaient réussi à fonder en Ifriqiya une nouvelle dynastie, celle des Fatimides. Celle-ci devait, par conquête, étendre sa domination jusqu'à l'Égypte mais sans réussir à convertir au chī‘isme les masses berbères ni à empêcher leurs révoltes. De plus, l'ouest du pays demeurait aux mains de Zenata nomades, fidèles à l'islam orthodoxe, qui recevaient l'aide du calife omeyyade de Cordoue. Néanmoins, des îlots kharijites subsistaient encore. Ce fut au nom du kharijisme que, vers 943, Abou Yazid tenta, à partir de l'Aurès, de secouer la domination fatimide, mais il échoua après de spectaculaires succès. Les Fatimides redevinrent maîtres du pays et même de la Berbérie entière. Mais, après leur installation en Égypte (973), ils confièrent le Maghreb aux Çanhaja d'Achir, les Zirides.

Ceux-ci, abandonnant Achir, leur capitale du Titteri, se rendirent indépendants du Caire vers 1050, et demeurèrent maîtres de l'Ifriqiya. Mais ils se virent supplantés en Algérie centrale et orientale par les Hammadides, autres Çanhaja qui, au début du iie siècle, dominaient le pays depuis leur forteresse, la Qala'a des Beni Hammad. Lorsque celle-ci reçut l'héritage de Kairouan, détruite par la nouvelle invasion arabe, elle devint une riche capitale.

Au milieu du xie siècle, en effet, le calife fatimide d'Égypte, pour punir les émirs çanhajiens revenus à l'orthodoxie, lança contre eux des tribus arabes guerrières et pillardes (B. Hilāl, B. Solaym). Le Maghreb subit alors l'invasion dévastatrice de ces populeuses tribus qui s'y installèrent définitivement. L'introduction de ce nouvel élément ethnique, qui devait modifier le caractère du peuplement, fut cependant moins importante que la perturbation durable de l'équilibre économique du pays. Demeuré jusque-là une région agricole et boisée assez prospère, le Maghreb fut livré aux troupeaux des nomades. La régression des cultures et la disparition des plantations déterminèrent l'exode des sédentaires et le recul de toute vie citadine. Cette profonde révolution, dont les effets n'apparurent que peu à peu, entraîna la décadence politique du pays.

Les Almoravides et les Almohades

Les États hammadides végétèrent désormais, repliés autour du port de Bougie, demeuré seul actif dans la première moitié du xiie siècle. Cependant, à l'ouest, d'autres envahisseurs survenaient, les Almoravides. Ces Berbères sahariens au visage voilé, fidèles au malékisme intégral, étaient déjà devenus les maîtres du Maroc, lorsqu'ils s'emparèrent de l'Algérie occidentale vers 1080. Ils passèrent aussi en Espagne où ils bloquèrent la Reconquista et recueillirent l'héritage politique et culturel du califat de Cordoue. Grâce à eux, la culture andalouse put être transmise en Berbérie.

Leurs successeurs, les Almohades, imposèrent la doctrine de leur Mahdi Ibn Toumart grâce au génie militaire d'Abd al-Moumin. Celui-ci, né dans le pays de Nédroma, conquit l'Atlas, vainquit le souverain almoravide en 1145, ainsi qu'une coalition du dernier prince hammadide et des tribus hilāliennes en 1152. Maîtres de l'Espagne musulmane et de tout le Maghreb, les Almohades firent de l'Algérie, à laquelle ils n'attachaient guère d'importance, deux provinces, administrées depuis Tlemcen et Bougie, qu'ils placèrent sous l'autorité de tribus nomades pourvues de fiefs. Cette rude autorité n'empêcha pas les soulèvements provoqués par des descendants d'Almoravides, les B. Ghaniya, ou par les bandes arabes qui dévastaient le pays.

Lors du partage de l'empire almohade dans la première moitié du xiiie siècle, le Maghreb central échut, en partie, aux Beni Abd al Wād qui fondèrent le royaume de Tlemcen et tentèrent vainement de s'étendre vers Bougie. Leur royaume, qui subsista plus de trois siècles (1235-1554), fut plusieurs fois conquis par les sultans mérinides du Maroc et finit par n'être plus au xve siècle qu'un État vassal de Fès, puis de Tunis. La responsabilité de cet échec revient, semble-t-il, aux nomades arabes qui profitèrent seuls de l'anarchie guerrière et de la désagrégation politique du Maghreb central entre le xiiie et le xve siècle.

L'Algérie turque

Au début du xvie siècle, tandis que la Reconquista chrétienne amenait sur la côte algérienne des flots de réfugiés moriques et que des armadas s'emparaient de Mers el-Kébir, d'Oran et de Bougie, les gens d'Alger appelèrent à leur secours des corsaires turcs. Devenus maîtres d'Alger et de Tlemcen, ceux-ci se déclarèrent vassaux du sultan ottoman et reçurent de lui des renforts. Les Turcs réussirent ainsi à étendre leur domination à la majeure partie du territoire algérien. Cet État d'Alger était soumis à une milice turque, l'odjaq, que commandait, au nom du sultan, un beylerbey d'Afrique ; celui-ci avait également autorité sur les pachalik de Tunisie et de Tripolitaine. Après 1587, l'Algérie fut réduite au rang de régence, administrée par un simple pacha nommé pour trois ans. À partir de 1671, les maîtres d'Alger furent élus par l'odjaq. D'abord choisis parmi les patrons de la corporation des corsaires, ils le furent de plus en plus parmi les militaires. Le sultan se contenta désormais d'investir les dey, ainsi désignés, comme chefs de la Régence d'Alger. Mais, sur les vingt-huit qui se succédèrent de 1671 à 1830, quatorze furent imposés par l'émeute, après l'assassinat de leurs prédécesseurs.

Malgré le relâchement des liens avec Constantinople, les Turcs d'Alger reconnurent toujours la souveraineté des sultans. La Régence d'Alger comprenait une administration centrale formée du diwan (conseil d'officiers et de hauts fonctionnaires), des principaux auxiliaires du dey et de leurs secrétaires, et une administration provinciale qui avait pour fonction essentielle de faire rentrer l'argent nécessaire à la paie des janissaires. La province d'Alger, qui relevait directement du dey, était administrée par un agha et quatre qaïd turcs. Le reste du pays était confié à trois bey, responsables des beylik du Couchant (capitales : Mazouna, puis Mascara et Oran), du Titteri (capitale : Médéa) et de Constantine. Les bey désignaient les qaïd, lesquels investissaient les cheikh des tribus soumises.

De nombreuses régions montagneuses restaient cependant insoumises et les Turcs, très peu nombreux (15 000 hommes environ au début du xixe siècle), n'administrèrent jamais l'Algérie tout entière. Ils la contrôlaient toutefois grâce au soutien de tribus privilégiées (deira ou makhzen) et à l'alliance de grandes familles, mais surtout aux rivalités qu'ils suscitaient entre les clans (çoff) et les forces religieuses locales.

Pendant les trois siècles de la domination turque, le pays fut islamisé en profondeur par des sociétés mystiques que les Occidentaux ont appelées confréries (en arabe tariqa : voie) et par des personnages religieux, marabouts et chorfa. Ces santons isolés, ces cheikh de confréries ou de confédérations religieuses furent longtemps, avec les grands seigneurs ralliés, les instruments les plus efficaces de la caste militaire turque. La domination ottomane dut cependant faire face à de nombreuses révoltes.

Grâce aux profits considérables de la course et de la vente des captifs, l'État d'Alger était prospère au xviie siècle. Les patrons corsaires, les raïs, dominaient de leur richesse la ville d'Alger, qui abrita jusqu'à 35 000 captifs. Ces ressources diminuèrent ensuite constamment, mais la piraterie algéroise subsistait au début du xixe siècle. Rien n'avait pu l'arrêter, ni les représentations diplomatiques, ni les bombardements anglais ou français, ni les tentatives de débarquement de l'Espagne. Sept États européens versaient encore, après 1815, des tributs annuels au dey pour se mettre à l'abri des corsaires algériens.

Dès la fin du xviiie siècle, le commerce extérieur de la Régence passa entièrement entre les mains de juifs livournais, dont certains furent de véritables « rois d'Alger ». Leur suprématie et les difficultés économiques et financières des dey accrurent encore l'impopularité du régime turc. De graves insurrections tribales et confrériques secouèrent le pays de 1804 à 1827. Les Turcs n'avaient pas encore rétabli leur autorité, lorsque éclata le conflit avec la France.

La période française

La conquête

L'intervention française fut la suite inattendue d'une affaire commerciale et financière à laquelle se trouvait mêlé le dey Hussein. Celui-ci, mécontent du retard apporté par la France au remboursement de créances auxquelles il était intéressé, s'en prit au consul français qu'il frappa. Le gouvernement de Charles X, n'ayant pas obtenu d'excuses, riposta par le blocus d'Alger qui devait durer trois ans. À la suite de la canonnade d'un vaisseau parlementaire, une expédition militaire contre Alger fut décidée.

1800 à 1850. Indépendances américaines

1800 à 1850. Indépendances américaines

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Indépendance de l'Amérique ibérique. Puissance de l'Angleterre. Écrasement des révolutions européennes.Le XIXe siècle procède dans une large mesure de la Révolution française et de la diffusion de ses idéaux.C'est d'abord en Amérique latine que cette influence est... 

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L'occupation restreinte. La prise d'Alger (5 juill. 1830) détermina la chute de la domination turque et une longue période d'anarchie. En Oranie, les tribus se ruèrent contre les garnisons de janissaires ou les groupes makhzen. Dans le Titteri, les çoff entrèrent en lutte, tandis qu'à Constantine le bey Ahmed réussissait à se maintenir grâce à ses alliances avec les grands seigneurs locaux, les djouad. Les Français, incertains de ce qu'ils devaient faire d'Alger, ne se décidèrent qu'en 1834 à garder les possessions déjà acquises, par égard au souhait des militaires et à l'« honneur national ». Toutefois la monarchie de Juillet n'avait pas de vues conquérantes ; elle ne songeait qu'à une « occupation restreinte » du littoral, l'intérieur du pays devant être abandonné à des chefs indigènes qu'on espérait opposer entre eux. Cette politique pacifique s'accordait mal avec les réalités locales.

En Oranie, un jeune marabout de naissance chérifienne, Abd el-Kader, s'était fait reconnaître à vingt-quatre ans comme sultan des Arabes par quelques tribus de la région de Mascara et s'installa dans l'ancien palais des bey. Le général français Desmichels, qui espérait s'en faire un allié, signa avec lui un traité par lequel il le reconnaissait comme souverain « émir des croyants » et lui assurait une aide militaire. Grâce à celle-ci, Abd el-Kader remporta sur les tribus du makhzen turc une victoire au Meharaz : elle marque pour les musulmans le début d'une nouvelle ère, celle des Chorfa arabes. Les Français ne prirent conscience de la montée de l'émir qu'un an plus tard, lorsque celui-ci eut installé des bey, occupé le Titteri, et surtout infligé au général Trézel le sérieux échec de la Macta.

Abd el-Kader

Abd el-Kader

photographie

Le chef nationaliste algérien Abd el-Kader (1808-1883), proclamé "sultan des Arabes" par les tribus de l'Oranie en 1832, mena pendant quinze ans la guerre sainte contre les Français. 

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Malgré un renversement provisoire de politique et l'adoption du « système guerroyant » du général Clauzel, les résultats militaires et politiques furent décourageants. Les interventions françaises, suivies de l'évacuation immédiate des villes et tribus traversées n'étaient pas décisives. Clauzel, pour faire triompher sa politique de conquête, voulut s'emparer de la capitale du beylik de l'Est, mais son expédition échoua complètement (nov. 1836).

Cet échec de Constantine décida le gouvernement à revenir à la politique d'occupation restreinte et d'entente avec les chefs musulmans. Le général Bugeaud, qui avait vaincu les troupes de l'émir à la Sikkak en 1836, crut pouvoir signer avec lui, le 30 mai 1837, le traité de la Tafna : la France abandonnait à Abd el-Kader les deux tiers de l'Algérie et ne conservait que deux enclaves autour d'Oran et d'Alger. Du moins, ce traité « inexplicable » permit-il aux Français de porter leur effort contre le Constantinois. Après de vaines négociations avec le bey qui refusait de reconnaître la souveraineté française, Constantine était occupée le 13 octobre 1837 et le dernier représentant du régime antérieur vaincu.

À la domination turque, la France substituait la sienne sur tout le Constantinois, par l'intermédiaire de chefs ralliés.

Les Français face à la guerre sainte. Pendant ce temps, Abd el-Kader édifiait, avec l'aide des tribus arabes et de troupes régulières, un État organisé, fondé sur la stricte application des principes coraniques, et dirigé par des nobles d'origine religieuse. L'entente franco-arabe ne résista pas au progrès des deux dominations. Abd el-Kader crut que le temps jouait en faveur des Français et se décida le premier à rouvrir les hostilités. Tandis qu'il appelait tous les musulmans à la guerre sainte contre les envahisseurs chrétiens, le gouvernement français se prononçait pour la conquête totale. Une guerre décisive les opposa de 1840 à 1847.

La supériorité militaire des Français fut longtemps tenue en échec par la mobilité des forces arabes. De plus, une telle guerre avait le caractère inexpiable d'une lutte religieuse. Bien qu'il pratiquât une guerre de mouvement et de razzias jugées efficaces, le général Bugeaud eut à faire face à des difficultés et à des rebondissements imprévus. La dévastation systématique des territoires de l'adversaire multiplia le nombre et l'acharnement de ses ennemis et interdit la réussite de ses pourparlers avec les lieutenants de l'émir. Le souverain du Maroc, cédant aux appels des confréries, s'engagea aux côtés d'Abd el-Kader ; il fallut les bombardements de Tanger et Mogador et la victoire de Bugeaud à l'oued Isly (14 août 1844) pour le contraindre à cesser son aide. En 1845, la guerre reprit dans les régions pacifiées à l'appel de divers mahdi, restaurateurs prédestinés de l'islam, dont le plus célèbre, Bou-Ma‘za souleva le Dahra, le Chélif et l'Ouarsenis. Abd el-Kader en profita pour reparaître en Oranie et soulever de nouvelles tribus ; mais il dut bientôt s'avouer vaincu et accepta de se rendre en décembre 1847. Avec lui disparaissait le rêve d'un État arabe qui se serait étendu à toute l'Algérie. Bien qu'il n'ait réussi à entraîner ni le Constantinois ni la Kabylie, et qu'il ait à peine eu le temps d'organiser son État, Abd el-Kader devait laisser le souvenir du premier souverain véritablement algérien.

Lorsque l'ancien bey de Constantine, qui tenait toujours l'Aurès, se fut rendu en 1848, seuls restaient encore insoumis les massifs montagneux kabyles. Des expéditions, menées longtemps sans plan d'ensemble, aboutirent enfin, en 1857, à une victoire décisive. Entre-temps, le Sud oranais et le Sud constantinois de nouveau révoltés furent déclarés pacifiés après les sièges de Zaatcha (1848), Laghouat (1852), et Touggourt (1854). L'Algérie était désormais conquise sinon soumise, comme devaient le montrer les révoltes postérieures.

Les insurrections sporadiques de 1858 à 1916. Si les insurrections sporadiques des Kabylies orientales de 1858 à 1860, de l'Aurès en 1859, du Hodna en 1860, furent relativement limitées et faciles à réprimer, l'insurrection de 1864 et 1865 fut la plus grave que l'on eût connue depuis 1845. Lancée par la grande confédération tribale à caractère confrérique des Oulad sidi Cheikh, elle s'étendit du Sud oranais au Titteri, puis gagna la majeure partie du Tell. La répression fut particulièrement difficile dans la province d'Oran, et les troubles persistèrent dans le Sud où il fallut envoyer une nouvelle expédition en 1870. En 1871, une nouvelle révolte, animée par la confrérie des Rahmaniya, parut plus sérieuse encore. Le tiers de la population s'insurgea, mais les colonnes françaises n'eurent à combattre que 80 000 moujahidin, dont beaucoup étaient démunis d'armes. Ce fut surtout une révolte de la plèbe kabyle encadrée par l'aristocratie féodale du Constantinois ; mais d'autres tribus s'insurgèrent sous d'autres chefs. Malgré son ampleur et son retentissement, elle fut peu dangereuse pour la domination française et vite écrasée.

L'Algérie ne devait plus connaître avant 1954 de grandes révoltes armées : le soulèvement d'El Amri (1876) ne toucha qu'une tribu, l'agitation de l'Aurès (1879) deux. L'affaire de Margueritte (1901) se borna à un village. L'insurrection du Sud oranais (1881-1883), conduite par un marabout des Oulad sidi Cheikh, Bou ‘Amama, fut à la fois un grand ghazzou saharien et une révolte des populations ; elle se termina par une paix transactionnelle avec les Oulad sidi Cheikh dissidents qui revinrent du Maroc. Pendant la Première Guerre mondiale, la région des Aurès s'insurgea, à la fin de 1916, pour protester contre la conscription, imposée maladroitement à ces populations mal soumises ; mais les troubles restèrent limités.

La colonisation

La conquête de l'Algérie eut pour corollaire la colonisation du pays. L'idée s'imposa, grâce à la propagande des « colonistes », de faire de l'Algérie une colonie de peuplement. Il apparut que c'était le moyen le plus efficace de consolider la conquête. Cette conviction devait prévaloir dans l'opinion française jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, encore qu'elle eût été fort discutée jusqu'en 1870. Elle explique que, en dépit de quelques tentatives d'hommes favorables à un régime de protectorat, tels Napoléon III et Jules Ferry, le souci de favoriser les colons l'ait presque toujours emporté sur la politique indigène.

La prise de possession des terres. La colonisation française reposa essentiellement, en Algérie, sur le principe de la « colonisation officielle ». L'administration des Domaines se procurait des terres par divers procédés d'expropriation, dont le « cantonnement », qui s'apparenta au refoulement des tribus, et l'affirmation des droits prétendus de l'État français sur les habous publics, les terres incultes ou sans maître, les forêts, etc. L'Administration créait ensuite et aménageait des centres villageois. Elle concédait gratuitement des lots individuels aux immigrants de nationalité française, sous condition suspensive de résidence obligatoire. La colonisation officielle s'adressa de préférence aux paysans du sud-est de la France et aux Européens d'Algérie. Quelque 700 villages français furent ainsi fondés qui modifièrent complètement la physionomie des campagnes algériennes où les agglomérations rurales, sauf en Kabylie, étaient fort rares.

La colonisation « libre », entreprise sans intervention ni assistance de l'État, fut longtemps la moins importante. Elle prit ensuite, après 1900, la première place. Elle se procura ses terres auprès des colons officiels et surtout par des achats aux musulmans. Une série de lois, qui soumettaient les propriétés indigènes au droit français, facilitèrent l'émiettement des propriétés indivises et leur acquisition par les Européens. En 1914, les colons disposaient au total de 2 123 288 ha ; en 1934, de 2 462 537 ha, dont 1 500 000 environ avaient été fournis par la colonisation officielle. Le quart du sol cultivé appartenait, dès lors, aux colons ruraux qui représentaient environ 2 p. 100 de la population agricole.

L'immigration européenne. La colonisation urbaine fut toujours supérieure en nombre à la colonisation rurale. Les villes européennes, centres administratifs puis économiques, attirèrent, outre les fonctionnaires et commerçants français, des étrangers de toute nationalité : en 1872, 60 p. 100 des Européens étaient des citadins et cette proportion devait constamment augmenter. Or les villes furent le véritable melting pot algérien.

Un peuple nouveau, composé en majorité de Français mais aussi de Juifs indigènes, déclarés français en 1870, et d'Européens naturalisés, surtout après la loi de naturalisation automatique de 1889, se constitua peu à peu en Algérie, essentiellement à partir de 1896, date à laquelle le nombre des Européens nés dans la colonie l'emporta sur celui des immigrés.

Les Européens étaient au nombre de 109 000 en 1847, 272 000 en 1872, 578 000 en 1896, 829 000 en 1921. Le rythme d'accroissement fléchit à partir de 1914. L'immigration française cessa presque complètement et les étrangers vinrent moins nombreux : en 1954, on recensait 984 000 Européens. Les étrangers, en majorité espagnols, mais aussi italiens, maltais, formèrent longtemps un pourcentage important de cette population : 42 p. 100 en 1872, 49 p. 100 en 1886. Avec la naturalisation automatique, la prédominance de la nationalité française s'affirma : en 1901, 364 000 Français dont 72 000 naturalisés récents et 189 000 étrangers ; en 1921, 629 000 Français et 196 000 étrangers, soit 23,7 p. 100 seulement. Le « péril étranger », dénoncé par les politiciens locaux, fut un phénomène historique moins important que la fusion progressive des étrangers et des Français, l'« algérianisation ». Les Européens d'Algérie se désignaient plus volontiers, en effet, sous le nom d'Algériens. Leur francisation ne cessa pourtant de se renforcer, et les revendications autonomistes, qui avaient tourné à l'émeute en 1898, cessèrent à peu près complètement avec l'apparition du nationalisme musulman.

L'œuvre colonisatrice. La grande œuvre des Européens fut la régénération de l'agriculture. Les cultures traditionnelles de céréales connurent un fort accroissement, surtout celle du blé qui, jusqu'en 1880, fut la véritable plante de la colonisation. Puis vinrent les cultures nouvelles et, parmi elles, la vigne qui transforma l'économie agricole. La France espérait que la vigne peuplerait le pays de petits viticulteurs français : par d'importants crédits, elle en favorisa l'extension. Le Tell se couvrit de vignes et le vin devint le premier revenu de l'Algérie. Mais la grande propriété viticole absorba les concessions des petits colons et rejeta les hommes. Il en fut de même pour d'autres cultures de spéculation. En 1930, la colonisation agricole n'était plus qu'une entreprise commerciale ou financière, dirigée par des cadres européens avec l'aide d'une main-d'œuvre indigène. L'agriculture, vouée aux productions rémunératrices et orientée vers l'exportation, enrichissait une minorité de la population européenne ; mais elle avait perdu toute justification coloniale : elle tarissait le peuplement français et concurrençait, sur le marché métropolitain, les producteurs nationaux. De leur côté, les Algériens musulmans lui reprochaient de sacrifier les cultures vivrières et de vouer le pays aux aléas de la monoculture.

La transformation économique de l'Algérie fut l'œuvre essentielle de la France. Le pays fut, peu à peu, équipé de voies de communication modernes : routes, voies ferrées, ports. L'infrastructure de base fut mise en place sous le second Empire et développée surtout entre 1900 et 1930, puis après 1946, essentiellement grâce à des emprunts publics lancés sur le marché financier français par l'Algérie, lorsqu'elle eut été dotée de l'autonomie financière.

Bien équipée pour un pays colonial, l'Algérie ne fut en revanche que peu industrialisée avant 1945. Le manque de combustible, les hésitations des entrepreneurs français ou leur hostilité de principe empêchèrent le développement d'une industrie moderne de transformation. L'industrie extractive était la seule à présenter quelque importance. L'administration locale, mal informée des réalités économiques, ne sut pas trouver et imposer de solutions à ce retard économique.

L'évolution des musulmans et la politique indigène

Les musulmans algériens, vaincus mal résignés, furent l'objet de politiques bien différentes. L'une voulait entreprendre, après la conquête militaire, la « conquête morale », le rapprochement ou la transformation de ces Orientaux qui gardaient les yeux obstinément tournés vers l'Orient arabe ; et certains parlaient de les assimiler, de les franciser. L'autre politique entendait surtout faire plier leurs intérêts devant les convenances de la colonisation et s'appelait elle-même politique d'assimilation. De là un véritable quiproquo qui devait durer à travers toute l'histoire de l'Algérie française.

La politique des Bureaux arabes. Jusqu'en 1870, les musulmans furent soumis à l'administration paternaliste des officiers des « Bureaux arabes ». Ceux-ci se préoccupèrent de les faire évoluer, de les sédentariser, de moderniser leurs institutions traditionnelles, de les instruire et de les rapprocher des Français. Ce fut à leur instigation que le sénatus-consulte de 1865 déclara français tous les indigènes algériens et qu'il accorda la citoyenneté entière à tous ceux qui le demanderaient en renonçant à leur statut civil musulman. Ils eurent, dès lors, accès à la fonction publique française et se virent reconnaître des droits de représentation politique dans les institutions locales. En 1870, les musulmans disposaient de conseillers municipaux et de conseillers généraux élus par eux ; des juges musulmans siégeaient dans des chambres spéciales mixtes et dans le Conseil supérieur de droit musulman. Des écoles primaires arabes-françaises, des collèges franco-arabes, une école indigène des arts et métiers fonctionnaient à côté des écoles coraniques et de trois madrasa modernisées.

Cette politique soucieuse de préparer un avenir aux musulmans fut combattue par les colons, qui se proclamèrent républicains par haine de la politique arabophile de Napoléon III. Ils se prononcèrent contre le projet de constitution de l'Algérie de 1870, qui prévoyait la participation des électeurs musulmans à la désignation de trois députés, et le firent échouer. La politique des militaires était condamnée.

La « départementalisation ». L'instauration du régime civil et l'effondrement de l'Empire permirent le triomphe des conceptions chères aux colons. L'Algérie étant assimilée à la France, les musulmans non citoyens furent privés de leurs droits et de leurs institutions : il n'y eut plus de conseillers généraux élus, plus de tribunaux franco-musulmans, plus de collèges franco-arabes. En revanche, les musulmans citoyens étaient soumis à un régime spécial, à un code de l'indigénat, instauré en 1881, puis à des tribunaux spéciaux, les tribunaux répressifs et les cours criminelles (1902). Par le « système des rattachements » (1881) l'Algérie « départementalisée » était entièrement intégrée à la France : toutes les affaires devaient être réglées dans les ministères parisiens sur les indications des représentants de l'Algérie au Parlement. L'Algérie était entièrement entre les mains de la colonisation.

Même lorsque le régime des rattachements eut été supprimé, le gouvernement français et le gouverneur général durent compter avec les assemblées locales : le Conseil supérieur de l'Algérie et surtout les Délégations financières, dans lesquelles les électeurs français comptaient 48 délégués et les musulmans, divisés en deux groupes, Arabes et Kabyles, 21 seulement. Or, ces assemblées étaient maîtresses du budget de l'Algérie. La France put seulement tenter d'imposer ses désirs dans quelques domaines. Ainsi, la grande idée de Jules Ferry de conquérir les musulmans par l'école laïque inspira une politique scolaire assez continue. Pendant longtemps les résultats parurent fort décevants car une petite minorité seule pouvait en tirer parti : en 1890, 1,9 p. 100 des musulmans d'âge scolaire étaient scolarisés dans des écoles françaises, 4,3 p. 100 en 1908, 6 p. 100 en 1929, 8,8 p. 100 en 1944.

L'effondrement de la société musulmane. Dans ces conditions, la société indigène d'Algérie ne put résister au choc colonial. Éloignés de leurs fonctions et peu à peu ruinés, ses anciens chefs disparurent, à l'exception de quelques familles maraboutiques. L'infime bourgeoisie citadine, composée de lettrés, de cadi, de commerçants, se dispersa et ne se reconstitua que tardivement au xxe siècle. Privée de ses cadres, la communauté musulmane s'effondra.

Victime d'une dépossession foncière continue et de la fermeture des pâturages forestiers, la paysannerie voyait ses troupeaux et ses récoltes diminuer inexorablement. La moyenne annuelle de sa production céréalière, qui était de 19,6 millions de quintaux entre 1901 et 1910, descendait à 16 millions entre 1921 et 1930, et à 14 millions entre 1941 et 1948. Le cheptel ovin, qui avait atteint 8 millions de têtes avant 1865, tombait à 6,3 en 1900, 5,3 entre 1921 et 1930, 4,8 entre 1941 et 1948. Durement atteinte, jusqu'en 1919, par une fiscalité spéciale (les « impôts arabes »), cette paysannerie se paupérisa de manière continue. La ruine de l'artisanat indigène et l'absence d'embauche industrielle aggravaient encore cette situation. Jusqu'en 1920, le salariat agricole était le seul débouché ; après cette date commença l'émigration vers la France.

La pression démographique, surtout après 1930, joua ensuite son rôle classique dans l'écrasement des niveaux de vie. Avant 1914, le taux d'accroissement n'était que de 1,4 p. 100. Les musulmans, qui étaient 2 733 000 en 1861 et 3 577 000 en 1891, atteignaient 4 923 000 en 1921. Vers 1930, on pouvait estimer que la population avait doublé en soixante-dix ans. La baisse du taux de mortalité entraîna ensuite une explosion démographique : le taux d'accroissement doubla et, de 1931 à 1954, la population musulmane s'augmenta de 3 millions. Elle compta, dès lors, de plus en plus de chômeurs totaux ou partiels, qui affluaient dans les zones de colonisation et dans les villes. La Mitidja, par exemple, vit sa population musulmane passer de 80 000 à 250 000 entre 1925 et 1948. La population citadine représentait 7,6 p. 100 de la population musulmane totale en 1906, 11,6 p. 100 en 1936, 18,9 p. 100 en 1956. Cette urbanisation accélérée n'était pas un symptôme de progrès social ni d'intégration dans la société européenne. La cohabitation engendra seulement de nouveaux heurts et accrut les rancœurs des musulmans.

La naissance d'une nation. Sur le plan politique, le fait essentiel de l'évolution des musulmans fut la naissance d'un sentiment national algérien. Alors qu'avant 1900 la communauté musulmane espérait uniquement en un Mahdi providentiel et que, de 1900 à 1930 environ, la petite élite algérienne, formée dans les écoles primaires françaises, n'apercevait d'autre issue à ses revendications d'égalité que la citoyenneté française, une autre voie lui fut indiquée par les ‘ulamā et les champions de l'arabisme : la « Nation algérienne ». Par l'enseignement, le scoutisme et la propagande écrite et orale, les ‘ulamā insufflèrent à la jeunesse un idéal patriotique, à la fois arabo-musulman et algérien.

Les partisans de l'assimilation, d'abord appelés « Jeunes Algériens », et regroupés au sein de la Fédération des élus indigènes, perdirent peu à peu audience auprès de leurs mandants, parce qu'ils ne purent pratiquement rien obtenir du Parlement français, hormis les timides réformes de 1919. De 1919 à 1944, aucun gouvernement français n'osa renouveler le geste de Clemenceau, bravant l'obstruction des Européens d'Algérie pour remercier les musulmans de leurs 25 000 morts pour la France. Le projet de loi Viollette déposé en 1930, et repris par le gouvernement Blum de 1936, qui aurait conféré à 21 000 musulmans de l'élite francisée le droit de voter avec les 203 000 électeurs français, souleva un tel tollé chez les Européens qu'il ne fut pas même discuté devant les Chambres. Son abandon condamnait définitivement, pour les musulmans, la politique d'assimilation.

La Seconde Guerre mondiale accéléra l'évolution des tendances politiques antérieures. Certes, il était déjà question de nationalisme avant 1939 puisque les disciples des ‘ulamā répétaient : « L'Algérie est ma patrie, l'arabe ma langue, l'islam ma religion. » Mais les mots d'ordre de « parlement algérien » et de « souveraineté algérienne » ne touchaient alors qu'une infime minorité : les militants de l'Étoile nord-africaine, devenue en 1937 le Parti du peuple algérien. Au contraire, après la défaite de la France en 1940 et surtout après le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord, qui fut interprété comme une deuxième défaite française, le nationalisme algérien se développa très rapidement.

Dès le 20 décembre 1942, Ferhat ‘Abbās, un « jeune Algérien » déçu converti au nationalisme, adressait « aux autorités responsables » un message demandant la réunion d'une conférence chargée d'élaborer un nouveau statut politique. Puis il lança, le 12 février 1943, le Manifeste du peuple algérien, qui revendiquait la constitution d'un État algérien. Cette proclamation révolutionnaire fut signée par de nombreuses personnalités algériennes considérées comme très modérées. Enfin, le 22 mai 1943, des représentants élus, les délégués financiers arabes et kabyles, acceptaient de cautionner le projet de réformes dit Additif au Manifeste, préparé par ‘Abbās et ses amis. Ce texte réclamait sur l'heure un gouvernement franco-algérien, l'égalité totale entre musulmans et Français, en attendant l'indépendance complète d'un État algérien, lequel serait doté d'une constitution élaborée par une constituante. L'Additif envisageait une Union nord-africaine, mais ignorait toute possibilité d'un lien fédéral avec la France.

Le Comité français de libération nationale (C.F.L.N.), constitué à Alger le 3 juin 1943 pour défendre la souveraineté française sur les territoires de l'empire, jugea ces revendications inacceptables. Il le signifia rudement aux nationalistes, mais décida simultanément un ensemble de réformes politiques concernant le statut des Algériens. De Gaulle annonça le 12 décembre 1943 à Constantine « l'octroi des droits de citoyenneté à plusieurs dizaines de milliers de musulmans ».

Après consultation d'une commission de réformes franco-musulmane, le C.F.L.N. promulgua, le 7 mars 1944, une ordonnance qui accordait la citoyenneté française avec maintien du statut personnel musulman à toute l'élite algérienne, environ 65 000 personnes qui voteraient dans le même collège électoral que les Français. Tous les autres musulmans étaient appelés à recevoir la citoyenneté française, lorsque l'Assemblée constituante de la France libérée en aurait délibéré. Pour l'heure, 1 500 000 Algériens devenaient électeurs chargés d'élire les assemblées locales. La représentation musulmane dans les conseils municipaux, les conseils généraux et les Délégations financières était portée aux deux cinquièmes du total. L'indigénat était définitivement aboli, l'égalité civile établie.

Ce texte révolutionnaire, qui allait beaucoup plus loin que le projet Viollette de 1936, réalisait enfin la politique d'assimilation constamment promise par la IIIe République. Comme tel, il fut soutenu par les représentants des mouvements de Résistance, les délégués des partis communiste et socialiste présents à Alger et combattu par la quasi-totalité des Français d'Algérie. Leur presse assura « qu'on avait donné aux musulmans plus qu'ils n'auraient revendiqué après la guerre ». En fait, les réactions des musulmans montrèrent, comme le disait le Manifeste, que, pour eux, l'heure de l'assimilation était passée : « Désormais, un musulman algérien ne demandera pas autre chose que d'être un Algérien musulman. »

Du nationalisme à l'indépendance

La tentative insurrectionnelle de mai 1945

Contre l'ordonnance du 7 mars 1944, les nationalistes algériens de toutes tendances se mobilisèrent : ils la dénonçaient comme une atteinte à l'islam et comme une tentative de francisation autoritaire. Leur riposte se matérialisa par la création le 14 mars des Amis du Manifeste et de la liberté (A.M.L.). Ce groupement rassembla tous les nationalistes : ceux qui se reconnaissaient dans le Parti du peuple algérien (P.P.A.) de Messalī Hadj, alors contraint à la clandestinité, ceux qui suivaient la voie indiquée par les ‘ulamā, enfin tous les ralliés de fraîche date au Manifeste du peuple algérien. Bien que le mot n'ait pas été prononcé, c'était un véritable front national qui préfigurait ce que serait un jour le F.L.N. (Front de libération nationale).

À l'intérieur de ce vaste rassemblement, mal contrôlé par Ferhat ‘Abbās, le P.P.A. diffusait des consignes de plus en plus hostiles aux Français et préparait les esprits à l'idée d'une insurrection générale. Bientôt les masses musulmanes vécurent dans une attente quasi messianique : l'indépendance de l'Algérie leur apparaissait comme toute proche.

Au début d'avril 1945, Messalī Hadj avait, semble-t-il, accepté un projet d'insurrection : un gouvernement algérien devait être proclamé dans les environs de Sétif, dont Messalī Hadj prendrait la direction. Par là, les puissances alliées réunies à la Conférence de San Francisco seraient saisies du problème algérien et contraintes à une intervention décisive. Mais les autorités françaises, alertées par les incidents de Chellala provoqués le 19 avril pour permettre l'évasion de Messalī Hadj, décidèrent de déporter celui-ci au Congo français.

Les manifestations de protestations des 1er et 8 mai 1945, déclenchées dans la plupart des villes par le P.P.A. et les A.M.L., tournèrent à l'émeute à Sétif et à Guelma. Ces émeutes sanglantes furent interprétées dans les campagnes voisines comme le signal de l'insurrection attendue. Croyant venue la guerre sainte, les ruraux du Nord-Constantinois attaquèrent les fermes des colons, les maisons des gardes forestiers, les bâtiments administratifs et massacrèrent une centaine d'Européens isolés.

Bien que peu nombreuses, les troupes françaises et les milices des colons réprimèrent avec violence les troubles qui demeurèrent limités à un ensemble de douars peuplés d'environ 40 000 habitants. Pour soulager les insurgés, le P.P.A. avait conseillé l'extension du mouvement, puis il donna l'ordre d'insurrection générale pour le 23 mai. Mais, constatant que les soulèvements spontanés avaient été écrasés bien avant cette date, il dut lancer un contrordre.

La révolte improvisée avait été étouffée en moins de deux semaines. La répression, qui tourna parfois au règlement de compte racial du fait de l'action des milices européennes, fit probablement plus de 1 500 victimes musulmanes, chiffre avancé officiellement par les autorités de la colonie. Les affirmations incontrôlées du P.P.A., selon lesquelles « le génocide perpétré par les Français » aurait fait 35 000 morts, ne peuvent pas plus être acceptées. Pourtant l'Algérie indépendante a retenu officiellement l'impossible total de 45 000 morts.

Cette tentative manquée d'insurrection nationale explique, pour l'essentiel, le climat de la décennie 1945-1954. Les nationalistes se promirent de faire appel de leur échec et songèrent essentiellement à reprendre le combat pour recouvrer leur dignité et l'indépendance de leur patrie.

Le statut de l'Algérie

La France, qui mesurait mal la rancœur et la détermination des Algériens, crut pouvoir les apaiser en promettant des réformes politiques et économiques. Mais les Français d'Algérie s'opposèrent avec détermination à l'évolution politique du pays et les Algériens furent confortés dans leur refus par l'obstination coloniale.

Certes, les nationalistes se divisèrent et les modérés, regroupés par Ferhat ‘Abbās dans un nouveau parti fondé en mai 1946, l'Union démocratique du Manifeste algérien (U.D.M.A.), plaidèrent d'abord pour « une Algérie nouvelle librement fédérée à une France nouvelle ». Aux élections pour la deuxième Constituante, ils obtinrent, du fait surtout de la campagne d'abstention lancée par le P.P.A., près des trois quarts des voix exprimées et 11 sièges de députés sur 13. Mais le projet constitutionnel déposé par l'U.D.M.A., qui prévoyait une République algérienne autonome, État associé de l'Union française, ne fut pas pris en considération par la Constituante. L'U.D.M.A. boycotta en conséquence les élections à l'Assemblée nationale de novembre 1946.

De manière inattendue, le P.P.A., qui rassemblait pourtant les nationalistes les plus extrémistes, décida au contraire de participer à ces élections. Sous le nom de Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (M.T.L.D.), le parti de Messalī Hadj présenta des candidats, souvent inéligibles. Il recherchait un plébiscite massif, non une représentation parlementaire. Or, il n'obtint que le tiers des suffrages et 5 députés sur 15 : l'opération plébiscitaire était manquée.

Cet échec fit le jeu des Français d'Algérie. Ceux-ci, qui avaient perdu le pouvoir depuis 1943, boudaient les consultations électorales. Certains, se disant abandonnés par la France, menaçaient d'en appeler à l'O.N.U. ou rêvaient de faire accepter aux nationalistes une solution autonomiste antimétropolitaine. La majorité d'entre eux, en tout cas, rejetèrent lors des deux référendums de 1946 les projets de constitution, y compris celui qui fut approuvé par le peuple français le 13 octobre 1946. Ainsi l'Algérie française n'avait pas accepté la IVe République, dont elle devait provoquer la chute le 13 mai 1958. Aux élections de novembre 1946, les électeurs français plébiscitèrent un parti d'inspiration colonialiste rétrograde, le Rassemblement pour la défense de l'Algérie française. Leurs députés combattirent aussi bien le statut de l'Algérie préparé par le gouvernement socialiste que les projets fédéralistes des députés algériens modérés. Le statut organique de l'Algérie fut voté par l'Assemblée nationale le 20 septembre 1947 contre l'avis de la quasi-totalité des députés d'Algérie, musulmans et Européens.

Il définissait l'Algérie comme un groupe de départements français dotés de la personnalité civile, de l'autonomie financière et d'une organisation particulière. Celle-ci reposait sur l'existence d'une Assemblée algérienne paritaire de 120 membres (60 pour le collège musulman, celui des « citoyens de statut local », 60 pour le collège des citoyens français) et d'un conseil de gouvernement de 6 membres dont 4 élus par l'Assemblée.

L'accueil réservé par les Algériens à cette « charte octroyée », à cette « caricature de statut qui maintenait le statu quo », se voulut hostile, voire méprisant. Les Français d'Algérie ne critiquèrent pas moins cette tentative d'arbitrage métropolitain et exigèrent son adaptation. Ils obtinrent d'abord le rappel du gouverneur général Yves Chataigneau, un socialiste libéral, et son remplacement par un socialiste autoritaire d'esprit national, Marcel-Edmond Naegelen. Celui-ci accepta aussitôt de combattre les nationalistes. Avant les élections à l'Assemblée algérienne de 1948, il fit emprisonner plus du tiers des candidats M.T.L.D. et couvrit de son autorité les pires truquages électoraux. La fraude électorale devint sous son gouvernement une institution qui permit d'annihiler la représentation légale des nationalistes. Naegelen fut salué par les Européens comme « le proconsul de la confiance retrouvée ». Mais son action convainquit beaucoup d'Algériens encore hésitants qu'il n'y avait décidément pas d'autre voie que celle de l'insurrection.

L'action des partis politiques algériens

La voie politique était pourtant celle que prônaient les nationalistes modérés, mais l'administration les combattait avec détermination à l'égal des nationalistes révolutionnaires ou panarabes.

Le P.P.A. clandestin et le M.T.L.D., qui lui servait de couverture légale, créèrent, en 1947, une Organisation spéciale, l'O.S., sorte d'armée secrète forte d'un millier de militants prêts à l'action armée. Utilisée surtout pour frapper les Algériens qui collaboraient avec les Français, l'O.S. fut démantelée par la police en mars 1950. À cette date, le P.P.A. procéda à la dissolution de l'O.S., paraissant renoncer à l'action directe. Mais, en 1953, le parti décida de reconstituer l'O.S. pour préparer une insurrection.

Simultanément, le P.P.A. parvint à contrôler divers mouvements de jeunesse : l'Association des scouts musulmans algériens, l'Association des étudiants musulmans nord-africains en France, l'Association des élèves musulmans des lycées et collèges d'Algérie. Il en fit autant d'écoles du nationalisme révolutionnaire. En revanche, il ne parvint pas à créer une centrale syndicale algérienne. Le M.T.L.D., fort en Algérie de 24 000 militants en 1953, disposait aussi de quelque 9 000 adhérents parmi les ouvriers émigrés en France. Bien adapté à la mentalité populaire, religieuse et moraliste, le parti célébrait le culte du chef, Messalī Hadj, alors même que le prestige de celui-ci déclinait auprès des militants instruits, nombreux dans les organes de direction. Bientôt ceux-ci se déclarèrent hostiles à son pouvoir personnel et éliminèrent ses partisans du comité central.

Les menaces de scission auraient pu faire le jeu du Parti communiste algérien, s'il n'avait été discrédité par son attitude de 1945. Certes, après avoir insulté, en mai 1945, les nationalistes traités d'« agents provocateurs hitlériens », le P.C.A. tenta de faire oublier ses faux pas. En se prononçant pour la reconnaissance d'une République démocratique algérienne, territoire associé, puis État associé, au sein de l'Union française, en arabisant sa direction, le P.C.A. réalisa quelques progrès dans son recrutement. Mais il ne parvint pas à convaincre les masses musulmanes. Parce qu'il voulut entraîner les Algériens dans la guerre froide contre les Américains, le P.C.A. fit douter de son enracinement national algérien. Ses critiques vis-à-vis de la Ligue arabe, ses réserves sur le caractère arabo-musulman du devenir algérien, étaient jugées blessantes pour l'amour-propre national. Le P.C.A. resta pour les Algériens le « parti des patriotes à éclipses », un parti internationaliste lié au Kominform, vassalisé par le Parti communiste français et entaché de « matérialisme occidental ».

Le P.P.A. l'utilisa néanmoins pour participer aux congrès communistes internationaux et pour faire connaître en France le « scandale réitéré des élections algériennes ». Il accepta seulement de participer avec lui à un éphémère front de refus : le Front algérien pour la défense et le respect des libertés (F.A.D.R.L.). Vis-à-vis du P.C.A., l'U.D.M.A. et les ‘ulamā ne cachaient pas leur vigilante hostilité.

Les membres de l'U.D.M.A., peu nombreux, étaient conduits par des cadres légalistes souvent modérés. Ceux-ci n'envisageaient plus d'obtenir l'indépendance qu'au terme de longues étapes. Ils tentèrent en vain de collaborer avec l'Assemblée algérienne et d'obtenir au moins une loyale application du statut de l'Algérie. Leurs propositions furent systématiquement rejetées et les quelques dispositions progressistes du statut demeurèrent lettre morte. La séparation des cultes et de l'État, notamment, ne fut point réalisée, malgré les demandes réitérées des ‘ulamā qui en espéraient la libération de l'islam asservi par l'Administration. Les ‘ulamā réussirent du moins à développer leurs écoles libres et leurs missions religieuses, notamment parmi les travailleurs émigrés en France et auprès des populations rurales. Leur prédication continue sapa l'audience des confréries religieuses traditionalistes ; leur enseignement non seulement arabisa la jeunesse scolaire, mais proposa à tous des doctrines et des valeurs authentiquement arabo-islamiques. Sur le plan politique, les ‘ulamā, devenus en apparence plus modérés, travaillaient surtout à réaliser en Algérie l'union entre les nationalistes et, hors d'Algérie, entre les Algériens et les nationalistes maghrébins. À court terme, leur action fut, sur ce plan, assez inefficace.

La naissance du Front de libération nationale

En 1954, la plupart des réformes politiques promises par la France n'avaient pas été mises en application. Le dialogue avec les nationalistes algériens n'existait pas. Sur le plan économique et social, la situation, en dépit des investissements considérables de la métropole, n'était guère meilleure. Le développement démographique accéléré de la population musulmane, qui s'accroissait de 2,5 p. 100 par an, rendait inopérantes les tentatives de modernisation économique. L'échec de la politique du paysannat s'explique toutefois, aussi, par la situation politique locale et des blocages unanimes, quoique d'intentions contradictoires. Les débuts de l'industrialisation furent plus spectaculaires, mais celle-ci, trop modeste, ne parvenait même pas à occuper le vieux prolétariat citadin, à plus forte raison les masses de ruraux qui affluaient dans les villes (876 000 citadins musulmans en 1936, 1 624 000 en 1954).

L'Algérie musulmane, qui progressait sur le plan culturel et rêvait tout à la fois de modernisme et de restauration de ses valeurs nationales, souffrait d'autant plus dans sa condition matérielle et morale qu'elle assistait au renforcement de la puissance politique et économique des Européens et à l'élévation rapide de leur niveau de vie. Ce sont ces frustrations, ces colères et ces espérances qui expliquent le retentissement qu'eut dans le peuple algérien la naissance du Front de libération nationale.

Le F.L.N., apparu publiquement le 1er novembre 1954, peut se définir comme un groupe d'abord fort peu nombreux de militants du P.P.A. décidés à l'insurrection armée. Ces activistes, exaspérés par la rupture, au sein de la direction du P.P.A., entre messalistes et partisans du comité central ou centralistes, voulurent surmonter cette division en rassemblant par l'insurrection tous les militants. Avec moins d'un millier d'hommes armés, le F.L.N. alluma une longue guerre d'indépendance pour la « restauration d'un État algérien démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ».

—  Charles-Robert AGERON

La guerre d'Algérie

La guerre d’Algérie (1954-1962) est un épisode fondateur des histoires contemporaines française et algérienne. En France, elle a provoqué la chute de la IVe République et installé au pouvoir le général de Gaulle en 1958, engendré une crise profonde de l’État débouchant sur un putsch contre la république en avril 1961. Toute une génération d’hommes nés entre 1932 et 1940 a été envoyée en Algérie pour combattre. Vingt-sept mille sept cents soldats français sont morts en Algérie, un million d’Européens d’Algérie (les pieds-noirs) ont été arrachés à leur terre natale et contraints à l’exil, des milliers de harkis (forces supplétives musulmanes aux côtés de l’armée française) ont été massacrés aux lendemains des accords d’Évian.

En Algérie, par une lutte armée dirigée par le Front de libération nationale (F.L.N.), les nationalistes sont parvenus à se séparer de l’histoire coloniale française. Mais le prix de cette séparation a été très lourd. Les affrontements entre Algériens ont fait des milliers de victimes et la guerre d'indépendance contre la France a provoqué le déplacement de deux millions de paysans et causé la mort de centaines de milliers d’Algériens musulmans. À la fin de la guerre, le F.L.N. s’est installé au pouvoir.

L'insurrection de novembre 1954

En 1954, l'Algérie constitue trois départements français. Beaucoup plus, donc, qu'une colonie lointaine comme le Sénégal, ou que la Tunisie, simple protectorat. Il semble hors de question d'abandonner un territoire rattaché à la France depuis cent trente ans, avant même la Savoie (1860). Un million d'Européens y vivent et y travaillent depuis des générations. La découverte de pétrole en 1954, la nécessité d'utiliser l'immensité saharienne pour les premières expériences nucléaires ou spatiales motivent également le refus de toute « sécession » de ce territoire français du Sud. Neuf millions d'Algériens musulmans sont de faux citoyens d'une république qui se veut assimilatrice : ils votent dans un collège séparé de celui des Européens depuis 1947. Le principe d'égalité, « un homme, une voix », n'est pas respecté. L'idée d'indépendance est partagée par une proportion croissante d'Algériens musulmans.

En octobre 1954, la France vit au rythme lent de la IVe République. René Coty occupe l'Élysée, Pierre Mendès France, l'hôtel Matignon et François Mitterrand est ministre de l'Intérieur. Charles de Gaulle est dans son « exil » de Colombey-les-Deux-Églises. Le colonel Bigeard et d'autres officiers parachutistes sont revenus des camps du Vietnam où les avait conduits le désastre militaire de Diên Biên Phu du 7 mai 1954.

De l'autre côté de la Méditerranée, à Carthage, en juillet 1954, Pierre Mendès France, qui vient de signer la paix en Indochine, promet une évolution vers l'autonomie pour la Tunisie et le Maroc qui, depuis trois ans, sont au bord du soulèvement général. Seule l'Algérie reste calme. En réalité, pour elle aussi, l'effet Diên Biên Phu est immense, et les plus jeunes des militants nationalistes estiment que c'est uniquement la lutte armée qui permettra d'arracher l'indépendance. Au sein du mouvement nationaliste algérien, ces militants sont encore peu connus. Ils s'appellent Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella... Ils décident de créer le Front de libération nationale (F.L.N.). Dans la nuit du 31 octobre au ler novembre, explosions, incendies, attaques de postes de police sont signalés en différents points du territoire algérien, tous revendiqués par le F.L.N. La guerre commence en Algérie.

Guerre d'Algérie, 1954-1962

Guerre d'Algérie, 1954-1962

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Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, quelques mois après la perte de l'Indochine, les nationalistes algériens du F.L.N. attaquent simultanément bâtiments civils et militaires. Le gouvernement français réagit avec vigueur à ce qu'il croit être une vague terroriste limitée. À... 

Crédits : National Archives

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Le soulèvement paysan du 20 août 1955

Avec la dissolution de la principale organisation indépendantiste algérienne, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (M.T.L.D.), et l'envoi, le 1er décembre 1945, de renforts militaires, Pierre Mendès France et François Mitterrand pensent mater sans peine une rébellion très minoritaire. Ils se trompent. Le 5 février 1955, Mendès France doit démissionner et, le 3 avril, le gouvernement Edgar Faure promulgue l'état d'urgence en Algérie. La censure est établie, mais officiellement on ne parle encore que d'« événements ». Jusqu'alors, l'insurrection ne mobilise que quelques centaines de militants, tenant le maquis dans l'Aurès et la Kabylie. Or, le 20 août 1955, des milliers de paysans algériens se soulèvent et se lancent à l'assaut des villes du Nord-Constantinois. L'initiative de cette action de grande ampleur revient à Zighoud Youcef, successeur de Didouche Mourad (tué en janvier) à la tête du F.L.N. pour la région et à son adjoint, Lakhdar Ben Tobbal. Ce jour-là, s'achève la « drôle de guerre ». Le conflit prend son vrai visage.

Lakhdar Ben Tobbal, 1964

Lakhdar Ben Tobbal, 1964

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Lakhdar Ben Tobbal, un des leaders algériens du F.L.N. (Front de libération nationale), en 1964. 

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Dans le Constantinois, la coexistence entre Européens et musulmans a toujours été plus tendue qu'ailleurs. Personne n'a oublié les massacres perpétrés en mai 1945 par l'armée française pour réprimer les émeutes de la faim. À Sétif et à Guelma, le bombardement des populations avait fait des milliers de victimes. Dix ans plus tard, c'est le même engrenage de violence et de répression aveugle qui se met en marche. Plusieurs milliers de paysans encadrés par des maquisards de l'Armée de libération nationale (A.L.N.), branche armée du F.L.N., pénètrent dans les villes et les villages, s'attaquant aux postes de police et de gendarmerie. Des Français, des Algériens suspectés de loyalisme à l'égard de la puissance coloniale sont assassinés. Le bilan des émeutes est de 123 morts, dont 71 Européens. L'armée, appuyée par des milices privées d'Européens, riposte avec une rare violence. Officiellement, la répression fera 1 273 morts ; en fait, beaucoup plus. Ainsi prend fin le mythe des opérations de maintien de l'ordre en Algérie.

Sans le dire, la France entre en guerre et rappelle 60 000 réservistes. Jacques Soustelle, le gouverneur général de l'Algérie, jusque-là favorable à une intégration de l'Algérie à la France, est bouleversé par les massacres d'Européens et bascule dans le camp de la répression. Le temps des réformes est révolu. Avec l'inscription, le 30 septembre 1955, de la « question algérienne » à l'ordre du jour de l'O.N.U., le conflit entre dans sa phase d'internationalisation. En Algérie même, le fossé entre les deux communautés s'est creusé. La dynamique de la répression cristallise désormais autour du F.L.N. un nombre croissant d'opposants à la présence française, tandis que, en France, l'affaire algérienne s'installe au cœur de la vie politique. Le Front républicain, vaste coalition de la gauche non communiste constituée après la dissolution de décembre 1955, mène campagne sur le thème de « la paix en Algérie » et remporte les élections législatives du 2 janvier 1956.

Les « pouvoirs spéciaux »

L'année 1956 commence ainsi par des promesses de paix et de négociations. À peine nommé, le nouveau chef du gouvernement, Guy Mollet, leader de la S.F.I.O., rappelle Jacques Soustelle et décide d'entamer des négociations avec les « rebelles », persuadé que les Européens d'Algérie ne sont qu'une poignée de colons richissimes. Le 6 février, il se rend à Alger où il est accueilli par les jets de tomates d'une foule d'Européens, composés de petits salariés et fonctionnaires, qui crient à « l'abandon ». Il fait aussitôt machine arrière et nomme comme ministre résidant en Algérie, le 9 février 1956, un homme à poigne, Robert Lacoste.

Ce dernier soumet à l'Assemblée nationale un projet de loi « autorisant le gouvernement à mettre en œuvre en Algérie toutes mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens, et de la sauvegarde du territoire ». Les décrets de mars et d'avril 1956 permettront une action militaire renforcée et l'envoi en Algérie des appelés. Des « zones de pacification » pour la protection des populations européenne et musulmane seront constituées, l'armée s'efforçant de lutter contre l'insuffisance de l'administration. Les zones interdites seront évacuées, la population sera rassemblée dans des « camps d'hébergement » et prise en charge par l'armée. Le Parlement vote massivement, par 455 voix contre 76, cette loi sur les pouvoirs spéciaux qui, entre autres, suspend en Algérie la plupart des garanties de la liberté individuelle. Les « pouvoirs spéciaux » constituent bien le tournant d'une guerre, que la France décide d'engager totalement. Dès juillet 1956, les effectifs de l'armée stationnés en permanence sur le sol algérien sont portés à 400 000 hommes et ce sont désormais des appelés qui partent pour un service militaire de vingt-sept mois de l'autre côté de la Méditerranée.

Dans le même temps, le Maroc accède à l'indépendance le 2 mars et la Tunisie le 20. C'est un réel encouragement pour les Algériens. Le F.L.N., lui, se renforce grâce au ralliement des mouvements religieux (Oulemas) et des « réformistes » de Ferhat Abbas, président de l'Union démocratique du Manifeste algérien, tandis que les communistes commencent peu à peu à gagner ses rangs durant l'été de 1956.

Les violences algéro-algériennes

Le 20 août 1956, les nationalistes algériens s'organisent lors d'un congrès tenu dans la vallée de la Soummam, au cours duquel le F.L.N. se dote d'un programme et met en place une direction, le Conseil national de la révolution algérienne (C.N.R.A.). Pour s'assurer la conduite du mouvement vers l'indépendance, il lui faudra éliminer toutes les organisations politiques rivales, notamment le Mouvement national algérien (M.N.A.) de Messali Hadj qui refuse de s'intégrer au F.L.N. Le massacre par une unité de l'A.L.N., le 28 mai 1957, de 374 habitants du village de Mélouza soupçonnés de sympathies messalistes, illustrera l'âpreté de ces conflits algéro-algériens. La gestion politique sur le mode autoritaire ne s'exerce d'ailleurs pas seulement sur les rivaux mais aussi sur des populations jugées peu « loyales » ou hésitantes. Ainsi, au printemps de 1957, le C.C.E. (Comité de coordination et d'exécution, première direction centralisée du F.L.N.) donne l'ordre écrit aux responsables des wilayas (divisions administratives équivalant aux départements) de brûler tous les villages qui ont demandé la protection de la France, et « d'abattre tous les hommes âgés de plus de vingt ans qui y habitent ».

Cette violence s'exerce également à l'intérieur du F.L.N.-A.L.N., où la lutte pour le pouvoir, l'obsession des « infiltrations » et la traque des traîtres se traduisent par des purges sanglantes. Des centaines de combattants meurent ainsi dans les années 1956-1958, victimes d'une vigilance qui dégénère en suspicion aveugle. L'armée française, évidemment, n'aura aucun mal à exploiter ces rivalités.

Dans l'engrenage de la terreur. La « bataille d'Alger »

Jusqu'alors, l'insurrection avait surtout touché les campagnes. Le congrès de la Soummam décide de l'étendre aux villes, en déclenchant des actions de terrorisme contre les quartiers européens. Le 30 septembre 1956, en fin d'après-midi, des bombes éclatent dans deux cafés du centre-ville d'Alger, le Milk-bar et la Cafétéria, faisant quatre morts et cinquante-deux blessés, parmi lesquels plusieurs enfants qu'il faut amputer. La guerre est entrée dans un engrenage de terreur dont elle ne sortira plus.

Le 22 octobre 1956, un avion transportant les dirigeants du F.L.N. (Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et l'écrivain Mostefa Lacheraf) est contraint de se poser sur l'aéroport algérien de Maison Blanche. Alors qu'il survolait la Méditerranée, des chasseurs de l'armée de l'air française l'ont détourné de sa destination initiale, Tunis. Les chefs historiques de l'insurrection algérienne sont transférés à Paris.

Au début de l'année 1957 commence la terrible « bataille d'Alger ». Le 7 janvier, une ordonnance du préfet d'Alger confie au général Massu et à la 10e division parachutiste les pouvoirs de police sur la ville d'Alger. Les parachutistes du général Massu brisent la grève générale décidée par le F.L.N. le 28 janvier. En janvier et en février, des bombes explosent dans des stades d'Alger et dans des cafés de la ville, touchant des civils européens. L'armée utilise alors « les grands moyens », en particulier « les interrogatoires renforcés », c'est-à-dire la torture. Pour protester contre ces pratiques, le général Paris de Bollardière demande, le 28 mars 1957, à être relevé de ses fonctions. D'autres bombes éclateront en juin, mais, progressivement le F.L.N. perd la partie. Yacef Saadi, le leader de la zone autonome d'Alger du F.L.N., sera arrêté le 24 septembre 1957.

Employée comme un procédé ordinaire de « pacification », la torture est bien la grande affaire de la bataille d'Alger. En septembre 1957, Paul Teitgen démissionne de son poste de secrétaire général de la police à Alger. En novembre 1957, à l'initiative de Laurent Schwartz et Pierre Vidal-Naquet, se forme le comité Maurice Audin, du nom d'un jeune mathématicien qui, après avoir été enlevé par les parachutistes et torturé, a disparu (son corps ne sera jamais retrouvé). En janvier 1958, paraît le livre d'Henri Alleg La Question, qui bouleverse les consciences et révèle au grand jour la torture. « L'affaire » va déchirer l'opinion, l'Église, les familles, les partis et aggraver la crise de la IVe République.

Le 13 mai 1958, naissance de la Ve République

Le F.L.N. ayant établi ses bases arrière en Tunisie, l'aviation française décide d'y pourchasser les « rebelles » algériens et, le 8 février 1958, bombarde le village tunisien de Sakiet Sidi Youcef. Il y aura de nombreuses victimes civiles. La France se retrouve isolée sur le plan international, souvent condamnée par l'Assemblée générale de l'O.N.U. Le gouvernement français, affaibli, ne peut faire face aux émeutes qui secouent Alger. Le 13 mai 1958, des manifestants européens s'emparent du siège du gouvernement général. Ils protestent contre l'exécution de trois militaires français par le F.L.N. Un Comité de salut public, présidé par le général Massu est formé. Le gouvernement de Pierre Pflimlin, investi le jour même, se montrera impuissant à résoudre la crise. Le 15 mai, le général de Gaulle, sortant de son silence, se déclare « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Les manifestations de fraternisation entre Européens et musulmans se succèdent sur la place du Forum à Alger. Le 1er juin, le gouvernement du général de Gaulle est investi par l'Assemblée nationale. De Gaulle se rend à Alger dès le 4 juin et lance le fameux : « Je vous ai compris. » La IVe République se meurt. Le 28 septembre 1958, en Algérie, Européens et musulmans (dont les femmes), réunis en un collège unique, votent massivement en faveur de la Constitution de la Ve République. En octobre 1958, le général de Gaulle lance le « plan de Constantine » (réformes économiques et sociales en faveur des musulmans) et promet « la paix des braves » (23 octobre) au F.L.N., qui a constitué, au Caire, le 19 septembre, un organe exécutif, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.). Il est élu président de la République le 21 décembre 1958.

Manifestation de partisans de l'Algérie française à Alger, 1958

Manifestation de partisans de l'Algérie française à Alger, 1958

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Les Algérois manifestent en foule devant le bâtiment du gouvernement général, à Alger, le 23 mai 1958. Ils brandissent des portraits du général de Gaulle. Cette insurrection des partisans de l'Algérie française a commencé le 13 mai 1958. 

Crédits : Hulton Getty

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Raoul Salan et Jacques Massu, 1958

Raoul Salan et Jacques Massu, 1958

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Les généraux français Raoul Salan (1899-1984), à gauche avec un képi clair, et Jacques Massu (1908-2002), derrière lui avec un béret, le 15 mai 1958, lors des journées insurrectionnelles d'Alger. 

Crédits : Hulton Getty

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Victoire militaire et doutes politiques

Au cours de l'année 1959, la guerre atteint son paroxysme avec le plan mis au point par le général Maurice Challe, commandant militaire de l'Algérie. Les opérations « Jumelles » déclenchées par l'armée française affaiblissent considérablement les maquis de l'intérieur. Plus de deux millions de paysans algériens sont déplacés et regroupés dans des « villages de pacification ». Parallèlement, l'armée entreprend une « action sociale » : les hommes des Sections administratives spéciales (S.A.S.) réalisent un travail d'alphabétisation et d'assistance médicale, qui sert aussi habilement la propagande et le renseignement. Du côté du F.L.N., les opérations militaires marquent le pas.

Dirigée par Houari Boumediene, 1'« armée des frontières », stationnée au Maroc et en Tunisie, parvient de plus en plus difficilement à pénétrer sur le territoire algérien. Depuis 1957, en effet, l'armée française a mis en place, tout le long de la frontière tunisienne, un redoutable barrage électrifié, la « ligne Morice ». Le rouleau compresseur du plan Challe brise ainsi peu à peu les katibas (unités) de l'A.L.N. En 1960, les maquis sont réduits à quelques milliers d'hommes, affamés, terrés au plus profond des massifs montagneux. Obtenue par la force des armes, serait-ce enfin la paix ?

De Gaulle sait que le F.L.N. dispose d'un début de reconnaissance internationale, qu'il s'appuie toujours sur « l'armée des frontières » et sur l'immigration algérienne en France (plus de 130 000 cotisants du F.L.N.) plus que jamais décidée à obtenir l'indépendance de l'Algérie. Malgré la victoire militaire, il sait aussi que l'opinion algérienne est acquise à l'idée d'indépendance. Le moment est venu de changer de cap.

Sur la voie de l'« autodétermination »

Le soir du 16 septembre 1959, de Gaulle prononce une allocution télévisée. Il évoque le redressement de l'économie depuis son retour au pouvoir, puis passe à la situation algérienne. C'est le choc, le mot tabou est lâché : « autodétermination ». Les illusions et les ambiguïtés de sa politique sont levées. Rejetant la sécession, le chef de l'État offre aux Algériens le choix entre l'« intégration », baptisée par lui « francisation », et l'association. Ce discours marque le véritable tournant dans le règlement de la question algérienne. Il suppose la négociation ouverte avec le F.L.N. et reconnaît à la population musulmane, majoritaire, la possibilité de trancher.

Aussitôt, les partisans de l'Algérie française crient à la trahison. Le général de Gaulle n'a-t-il pas lancé un retentissant « Vive l'Algérie française » à Mostaganem en juin 1958 ? Dans Alger bruissant d'intrigues vont se dresser les premières barricades.

Barricades à Alger, janvier 1960

Barricades à Alger, janvier 1960

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Lors de la "semaine des barricades" à Alger, en janvier 1960, les pieds-noirs manifestent leur refus d'une évolution politique de l'Algérie. 

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Le 24 janvier 1960, les activistes pieds-noirs dirigés par Pierre Lagaillarde et Jo Ortiz tentent de sauver l'Algérie française en appelant la population européenne au soulèvement. Ne trouvant pas en elle – ni chez les parachutistes – tout le soutien escompté, ils ne défient le pouvoir qu'une semaine. Le 1er février, les insurgés se rendent. Mais la « semaine des barricades » a dévoilé d'inquiétants flottements dans le commandement militaire et a révélé l'ampleur de la tragédie à venir du « peuple pied-noir ».

Pourparlers et « porteurs de valises »

Le 25 juin 1960, les premiers pourparlers entre le F.L.N. et le gouvernement français s'ouvrent à Melun. Ce sera un échec, mais la négociation a créé un grand espoir en France, la paix et le retour du contingent semblent proches. Pendant ce temps, les leaders algériens Ferhat Abbas et Lakhdar Ben Tobbal parcourent le monde pour recueillir des soutiens lors du prochain débat de l'O.N.U. La représentativité du F.L.N. croît parmi les alliés africains de la France. En métropole, les organisations de gauche affirment publiquement la nécessité d'une indépendance pour l'Algérie. D'autres militants vont plus loin et s'engagent dans une solidarité active avec « la résistance algérienne ». Le réseau le plus important d'aide au F.L.N. est celui qu'anime Francis Jeanson. Les « porteurs de valises », comme on appellera plus tard les personnes convoyant des fonds pour le F.L.N., ne sont encore que quelques centaines. En septembre 1960, cent vingt et un intellectuels signent un manifeste (dit Manifeste des 121) proclamait le droit à l'insoumission contre la guerre d'Algérie.

En décembre 1960, plusieurs dizaines de milliers d'Algériens manifestent à Alger aux cris de « Algérie indépendante ! », « Vive le F.L.N. ! ». Gendarmes et C.R.S. tirent, faisant plus de cent victimes. Mais il est désormais évident que la voie vers l'indépendance est ouverte.

La création de l'O.A.S.

Le 8 janvier 1961, le référendum sur la politique d'autodétermination en Algérie donne à de Gaulle une large majorité, y compris en Algérie, où seules les grandes villes ont voté contre. Au nom du gouvernement français, Georges Pompidou peut alors entamer discrètement, en Suisse, des pourparlers avec le F.L.N. Au lendemain de la rencontre entre le général de Gaulle et le président tunisien Habib Bourguiba le 27 février, la France, soulagée, apprend que des négociations s'ouvriront le 7 avril.

L'autodétermination en Algérie

L'autodétermination en Algérie

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Un Algérien distribue des tracts sur le marché de Tizi Ouzou, en Kabylie (Algérie). Ces tracts appellent à voter oui au référendum du général de Gaulle, président de la République française, sur l'autodétermination en Algérie, de janvier 1961. 

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Pour les jusqu'au-boutistes de l'Algérie française, le moment est venu. Le général Raoul Salan, interdit de séjour en Algérie, décide de jouer son va-tout. Avec l'aide de l'armée d'active, découragée de se battre, et des Européens en proie à la panique, il met sur pied une sorte de contre-révolution. Des contacts se nouent en métropole. Une Organisation armée secrète (O.A.S.) est créée, il ne reste plus qu'à prendre le pouvoir... La révolte contre de Gaulle ne mobilise pas seulement des illuminés qui rêvent d'une Algérie impossible. Les militaires, qui ont le sentiment d'avoir gagné sur le terrain, ne veulent pas abandonner les soldats musulmans restés fidèles à la France, près de 200 000 hommes que l'on désignera sous le nom de harkis.

L'O.A.S.

L'O.A.S.

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Les partisans de l'Algérie française couvrent les murs, en France comme en Algérie (ici à Oran), du sigle O.A.S. (Organisation de l'armée secrète), en 1962. 

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L'opinion réclame qu'on en finisse avec cette guerre

Le 22 avril 1961, trois des plus hautes figures de l'armée française, les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, André Zeller, rejoints le 23 par Raoul Salan, appuyés par les parachutistes de la Légion et les commandos de l'air, tentent de s'emparer du pouvoir en Algérie. L'opération, aussi mal organisée qu'impopulaire en métropole et parmi le contingent, tourne rapidement court.

Dans une allocution au verbe étincelant, de Gaulle stigmatise le « quarteron de généraux en retraite », tandis que les appelés, à l'écoute du transistor, entendent confirmer leur devoir d'obéissance à l'État. L'attitude prudente des grands chefs militaires fera le reste. Dans de nombreux corps d'armée, des généraux qui avaient promis leur soutien aux putschistes ont prudemment refusé de s'engager. La légalité reprend ses droits. Le général Challe se rend le 25 avril, l'armée d'active rentre dans le rang les semaines suivantes. Suspendus en juin, les pourparlers entre le G.P.R.A. et le gouvernement français reprennent à Lugrin, en Haute-Savoie, en juillet. Mais la question du Sahara, convoité pour son pétrole et ses espaces propices aux expériences nucléaires, retarde la conclusion d'un accord.

La dernière année de l'Algérie française est marquée, des deux côtés de la Méditerranée, par la folie meurtrière de l'O.A.S. dirigée par Salan. Plasticages en série, exécutions de personnalités jugées trop « libérales » et d'Algériens musulmans... En un an, d'avril 1961 à avril 1962, les attentats de l'O.A.S. font 2 000 morts et le double de blessés. L'organisation activiste tente même à plusieurs reprises d'abattre le général de Gaulle.

Le 5 octobre 1961, le préfet de police de Paris, Maurice Papon, instaure un couvre-feu pour les immigrés algériens. En guise de protestation, la Fédération de France du F.L.N. organise, le 17 octobre, une manifestation pacifique. La répression sera épouvantable : plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés, 11 500 arrestations.

De Gaulle a annoncé, le 2 octobre 1961, « l'institution de l'État algérien souverain et indépendant par la voie de l'autodétermination » et assoupli sa position sur le Sahara et les bases militaires françaises en Algérie. Les négociations peuvent reprendre. Un lieu est trouvé : Évian.

Au début de l'année 1962, en dépit des consignes de l'O.A.S., des milliers de pieds-noirs gagnent la métropole tandis que le contingent rechigne au combat. À travers les journaux et les syndicats, l'opinion réclame qu'on en finisse avec cette guerre. Une manifestation organisée à Paris le 8 février à l'appel de la gauche, contre les exactions de l'O.A.S. et pour la paix, est réprimée avec violence : huit manifestants, tous militants communistes, meurent étouffés contre les grilles du métro Charonne ; on compte également cent cinquante blessés. Le gouvernement français décide d'accélérer les négociations avec le F.L.N. La délégation française, conduite par Louis Joxe, veut aboutir à tout prix... L'accord est enfin conclu, à Évian, le 18 mars 1962.

Fin de la guerre d'Algérie, 1962

Fin de la guerre d'Algérie, 1962

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Des jeunes musulmans déploient le drapeau de l'Algérie indépendante, dans la Casbah d'Alger, après l'annonce des accords d'Évian du 18 mars 1962. Le cessez-le-feu intervient le lendemain, 19 mars. La guerre d'Algérie est terminée. 

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L'O.A.S., privée de ses chefs, entame aussitôt un combat désespéré. Multipliant incendies et plasticages, ses « commandos Delta » tentent de transformer Alger et Oran en « nouveau Budapest ». Le 26 mars, pour « libérer le quartier de Bab-el-Oued », l'O.A.S. lance les civils européens dans la rue. À hauteur de la grande poste d'Alger, rue d'Isly, des tirailleurs algériens affolés ouvrent le feu sur la foule, faisant quarante-six morts et deux cents blessés.

Les Européens terrorisés se résignent à l'exode

Un tel fanatisme accélère la fuite des pieds-noirs, qui ne sont pas consultés, ni même très informés, sur les accords d'Évian, tandis qu'en métropole le référendum du 8 avril 1962 apporte au général de Gaulle la caution massive du peuple français : 90 p. 100 des votants disent oui aux accords d'Évian. Les Européens d'Algérie sont terrorisés et l'exode commence. En quelques semaines, en juin et juillet 1962, près d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants se dirigent vers « la mère patrie », que beaucoup découvrent pour la première fois.

Occupés par les départs en vacances, les Français n'y prêtent guère attention. Pour la masse des Algériens, « sept ans, ça suffit ». Le slogan court à travers les villes et les campagnes. C'est la fin des épreuves, le retour de la paix et de la liberté, durement conquises.

« Voulez-vous que l'Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par la déclaration du 19 mars 1962 ? » Le 1er juillet 1962, en Algérie, six millions d'électeurs répondent oui à cette question, seulement 16 534 disent non. Les résultats, rendus publics le 3 juillet, donnent 91,23 p. 100 de oui par rapport aux inscrits, et 99,72 p. 100 de oui par rapport aux suffrages exprimés. Les villes et les campagnes sont en liesse, l'Algérie est indépendante après quatre-vingt-douze mois d'une guerre qui a causé la mort de trente mille Français et de près de quatre cent mille Algériens. Le drame ne s'achève pas avec l'indépendance. Des milliers de harkis, soldats supplétifs de l'armée française, seront massacrés tout au long des années 1962 et 1963.

Indépendance de l'Algérie, 1962

Indépendance de l'Algérie, 1962

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L'ordonnance du général de Gaulle, président de la République française, reconnaît officiellement l'indépendance de l'Algérie, le 3 juillet 1962. Dès le lendemain, la foule célèbre ce premier jour d'indépendance dans le centre d'Alger. 

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Mémoires de la guerre

Le bilan de la guerre d'Algérie, de part et d'autre de la Méditerranée, est très lourd. En Algérie, le conflit a fait des centaines de milliers de morts, provoqué le déplacement de millions de paysans, déstructuré durablement l'économie. En outre, il a amené au pouvoir le F.L.N. qui s'est présenté comme le seul héritier du nationalisme algérien. Parti unique, il a nié pendant presque trente ans tout pluralisme politique et culturel et conduit le pays au bord du gouffre.

En France, si les victimes furent beaucoup moins nombreuses, le traumatisme n'en a pas été moins puissant. Faut-il rappeler que 1 300 000 soldats ont traversé la Méditerranée entre 1955 et 1962, soit la plupart des jeunes hommes nés entre 1932 et 1943 qui étaient susceptibles d'être appelés ? Toute une génération s'est donc trouvée embarquée pour une guerre dont elle ne comprenait pas les enjeux. Politiquement, le conflit a entraîné la chute de six présidents du Conseil et l'effondrement d'un régime. Or, pour des raisons singulières, la mémoire de cette guerre s'est trouvée littéralement confisquée. En France, on a préféré ensevelir le souvenir de cette « sale guerre » pour ne pas avoir à écrire toutes les pages d'un épisode peu glorieux de l'histoire. En Algérie, dont la victoire était essentiellement politique, on a reconstruit une histoire officielle qui gommait les terribles affrontements algéro-algériens et présentait l'image héroïque d'un peuple unanimement massé derrière le F.L.N.

Depuis lors, la fracture a été mal réduite et les tensions, les fantasmes, les obsessions perdurent. Sans que cela soit ni dit ni reconnu, cette époque algérienne submerge aujourd'hui, sans cesse, le quotidien français : revendications d'égalité des enfants d'immigrés algériens vivant dans les banlieues et révoltes dans les derniers camps de harkis ; débats autour de l'immigration et définition de 1'« identité française », discussions autour de la refonte éventuelle du Code de la nationalité... Si les rapatriés sont intégrés, économiquement et socialement, il n'en est pas de même des harkis, ces « coupables » d'avoir choisi la France, moisissant aux marches de la société française ; ni des fils d'immigrés algériens, victimes du racisme, ballottés entre deux histoires et considérés comme « étrangers » des deux côtés de la Méditerranée. Le 10 juin 1999, l'Assemblée nationale française décide, enfin, de reconnaître officiellement la « guerre d'Algérie ». Avec cette reconnaissance et l'arrivée de générations nouvelles, le temps est venu de passer à l'écriture sereine de l'histoire de la guerre d'Algérie.

L'Algérie indépendante

Après l'indépendance de 1962, les dirigeants algériens qui se succèdent vont tenter d'asseoir la légitimité de l'État, de bâtir une économie et de répondre aux aspirations d'une population de plus en plus nombreuse. De la présidence d'Ahmed Ben Bella en 1962 à l'arrivée au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika en 1999, ils éprouveront beaucoup de difficultés à atteindre cet objectif. L'Algérie reste confrontée non seulement à des problèmes économiques, sociaux et politiques, mais aussi et surtout à des questions touchant à son identité : place de l'islam, rôle de l'arabité, statut de la berbérité. Le non-règlement du problème identitaire conduira ce pays à une terrible guerre civile, commencée en 1992 et dont le bilan est estimé en 1999 à près de 100 000 morts.

Ahmed Ben Bella, vers 1963

Ahmed Ben Bella, vers 1963

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L'Algérien Ahmed Ben Bella, élu président de la République en septembre 1963. 

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La transition de l'après-indépendance (1962-1965)

Un pays au bord de la guerre civile

Le 3 juillet 1962, à la suite d'un référendum portant sur l'autodétermination du pays, l'Algérie accède officiellement à l'indépendance. Les Européens quittent en masse le nouvel État, déchiré dès sa naissance par des luttes féroces pour le pouvoir. Ahmed Ben Bella, un des fondateurs du F.L.N., emprisonné de 1956 à 1962 par les autorités françaises, et ses partisans créent à Tlemcen un « bureau politique ». Il se pose en rival direct du Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.), structure née en 1958, pendant la guerre, et dirigée par Benyoucef Benkhedda. D'autres divisions voient le jour : aux maquisards de « l'intérieur » s'opposent les combattants de l'armée de « l'extérieur » (l'armée des frontières), stationnée en Tunisie et au Maroc. Pendant que s'organise la chasse aux harkis, supplétifs des forces françaises durant la guerre d'indépendance, les clans se déchirent au sein du F.L.N, sans pouvoir contrôler des groupes armés parfois très autonomes. En cet été de 1962, l'unité de l'Algérie est en jeu. L'économie du pays est en ruine : le départ massif des pieds-noirs (Européens d'Algérie) a complètement désorganisé une économie de type colonial ébranlée par huit années de guerre (1954-1962). Près de la moitié de la population vit dans une misère totale.

Mais la guerre civile ne se prolonge pas : Ahmed Ben Bella, soutenu par Houari Boumediene et l'Armée de libération nationale, la fameuse « armée des frontières », s'impose à ses adversaires politiques. Il est investi à la tête du gouvernement le 29 septembre 1962 et élu à la présidence de la République le 15 septembre 1963. Tout reste à faire pour le premier président de l'Algérie indépendante.

L'expérience autogestionnaire (1963-1965)

Le 20 mars 1963, Ahmed Ben Bella présente à la radiotélévision le décret portant organisation et gestion des entreprises industrielles ainsi que des exploitations agricoles jugées vacantes du fait du départ des Européens. Le 1er octobre de la même année, il annonce la nationalisation des dernières propriétés appartenant à des colons français.

L'objectif du nouveau pouvoir est de « rattraper le retard accumulé pendant cent trente ans de domination coloniale ». Dans un environnement où le Tiers Monde émerge sur la scène internationale, et où Nasser, en Égypte, s'est imposé comme le père du nationalisme arabe, l'Algérie opte sans hésiter pour une voie socialiste de développement.

L'« autogestion » devient le maître mot qui doit mobiliser et permettre de transformer l'Algérie. Le nouveau gouvernement promulgue des « lois de nationalisation des biens vacants », les fermes des colons français sont saisies, collectivisées et dirigées par des « comités de gestion ». L'absence totale de préparation de la population à ce type d'expériences rend difficile la mise en œuvre de l'autogestion. Des projets de socialisation gigantesques, dans le domaine industriel en particulier, sont ébauchés, sans base sociale réelle. En 1963, l'Algérie est forcée de contracter auprès de la France un prêt de 1 300 millions de francs (complété par 500 millions de francs empruntés auprès de l'U.R.S.S. et 250 millions de francs auprès de la Chine populaire).

Malgré ses talents politiques, Ahmed Ben Bella ne peut éviter l'éclatement du noyau historique du F.L.N. : en septembre 1962, Mohammed Boudiaf, l'un des dirigeants historiques de l'indépendantisme algérien, quitte le F.L.N. pour fonder le Parti de la révolution socialiste (P.R.S.), qui conteste la légitimité du nouveau pouvoir. Ferhat Abbas, premier président du G.P.R.A en 1958 et de l'Assemblée constituante en septembre 1962, s'éloigne de Ben Bella, qu'il juge trop antioccidental. En avril 1963, Mohammed Khider, un autre responsable de l'insurrection de novembre 1954, démissionne de son poste de secrétaire général du F.L.N. Hocine Aït Ahmed, compagnon de Ben Bella dans les geôles françaises, crée en 1963 le Front des forces socialistes (F.F.S.) qui s'ancre dans l'opposition. En 1964, une révolte armée éclate, menée par le colonel Chaabani, soutenu par Hocine Aït Ahmed et Mohammed Khider, qui annonce, en août 1964, « geler le trésor du F.L.N. », amassé pendant le conflit contre la France. Le 17 octobre 1964, Hocine Aït Ahmed est arrêté en Kabylie (il sera condamné à mort, puis gracié). Le spectre de la guerre civile réapparaît.

L'isolement de Ben Bella

Au premier congrès du F.L.N. (16-21 avril 1964), Ben Bella affirme avec force la primauté de l'action révolutionnaire sur les tâches de construction institutionnelle et de réorganisation du pays. Cette dénonciation de la thèse du primat de la construction étatique vise le clan Boumediene, tandis que Ben Bella désigne lors de ce congrès les « éléments liés à la bourgeoisie » comme une menace pour le pays, ce qui illustre « la fréquente utilisation, en cette période de l'histoire algérienne, des schémas d'analyse marxistes aux fins de sublimer en luttes de classes des affrontements pour le pouvoir » (G. de Villers).

Au début de 1965, l'Algérie doit faire face à la montée du chômage, à un exode rural massif et à une crise économique grave. L'émigration vers l'Europe se développe. Ben Bella est cependant convaincu de bénéficier du soutien populaire. Mais l'élimination de ses principaux adversaires politiques a surtout profité à Houari Boumediene, ministre de la Défense. Le 19 juin 1965, il fait arrêter Ben Bella, aux motifs de « culte de la personnalité », « liquidation des cadres révolutionnaires », « confusions idéologiques » et « gaspillage des ressources du pays ». Ben Bella restera enfermé, sans jugement, jusqu'en 1980.

La construction d'un État fort (1965-1978)

La politique étrangère de Boumediene

Introverti, idéologue austère et autoritaire, Boumediene va marquer l'histoire de son pays. Le colonel Boumediene dirige le pays à la tête d'un Conseil de la révolution. Méfiant à l'égard du F.L.N., qu'il juge comparable à un « corps sans âme », il va appuyer son pouvoir sur l'armée et sur la redoutable « sécurité militaire » pour éliminer toute opposition. Mohammed Khider sera assassiné à Madrid en 1967 et Krim Belkacem retrouvé étranglé dans sa chambre d'hôtel à Francfort en 1970.

À l'inverse de ce qui a été souvent écrit, c'est l'État-armée qui contrôle le F.L.N., et non le parti unique qui tient l'État. Le nouveau pouvoir met en place des structures municipales, pour contrôler davantage la société, légitimées par des « chartes communales ». La Charte nationale de 1976, document de référence idéologique du régime, consacre le socialisme comme une « option irréversible », et fixe les grandes orientations politiques économiques et culturelles. La Constitution de novembre 1976 confirme « l'islam comme religion d'État ». La première Assemblée populaire nationale est élue le 25 février 1977.

C'est sur la scène régionale et internationale que Boumediene obtient ses succès les plus importants. Les intellectuels du Tiers Monde, mais aussi français, applaudissent au « miracle algérien ». Lors de la Conférence des pays non alignés à Alger en septembre 1973, l'Algérie offre l'image d'un État révolutionnaire, prompt à soutenir tous les « mouvements de libération » et à bouleverser les rapports Nord-Sud. Ce prestige incontestable dans le Tiers Monde n'empêche pas le régime algérien de commettre des erreurs sur le plan intérieur face à une situation difficile.

L'échec du « modèle développementaliste » de Boumediene

Le 24 février 1971, le président Boumediene amorce la « décolonisation pétrolifère ». Au vieux régime des concessions est substituée une prise de contrôle à 51 p. 100 des sociétés pétrolières françaises. Le pétrole et le gaz sont nationalisés. Seule la Compagnie française des pétroles (Total) acceptera de continuer ses activités, les autres compagnies pétrolières quittant l'Algérie. La France boycotte le pétrole algérien tandis que le dinar se dégage de la zone franc. Se développe alors la Sonatrach, qui devient la grande compagnie nationale chargée de prospecter et de commercialiser le pétrole algérien.

Le processus de nationalisation des intérêts pétroliers étrangers indique une radicalisation des choix stratégiques du pouvoir sur le plan politique. Il a pour effet l'accroissement des ressources que l'État espère mobiliser en faveur du renforcement de son contrôle sur les principaux moyens de production et d'échange

À la fin de 1973, le premier choc pétrolier multiplie par trois les recettes tirées des hydrocarbures. La stratégie algérienne de développement accorde un rôle majeur à ceux-ci en tant que source principale de financement de l'industrialisation. Elle privilégie la transformation sur place des ressources minières et pétrolières. Ce caractère « industrialisant » des hydrocarbures doit donc contribuer à la réalisation d'un système productif cohérent.

Dans la foulée, Boumediene crée soixante-dix sociétés nationales, qui structurent totalement le tissu économique et sont censées assurer un développement à marche forcée. Son principal ministre, Belaïd Abdesslam, impose le concept des « industries industrialisantes » qui, dans la réalité, dépasseront rarement 30 p. 100 de leur capacité de production. Pour réussir le « décollage économique », Boumediene lance aussi la « révolution agraire », qui échouera pour de multiples raisons : distribution inéquitable des terres, bureaucratie, inexistence de circuits de distribution... En revanche, les efforts en matière de scolarisation portent leurs fruits : quatre millions d'enfants sont scolarisés dans le primaire en 1978, année de la mort de Boumediene, contre un million en 1962-1963. L'absence totale de maîtrise de la démographie – avec un taux de natalité de 35 p. 1 000 en 1972 – réduit à néant les efforts d'amélioration du niveau de vie. En 1978, près de 60 p. 100 de la population n'a pas connu la colonisation.

Constitution et fondamentalisme d'État

Dans les années 1970-1980, le régime algérien décide l'arabisation de l'enseignement et l'islamisation de la société qu'il met en œuvre par une série de mesures. Un décret est ainsi promulgué le 16 août 1976 pour l'application du repos obligatoire le vendredi au lieu du dimanche ; le 12 mars 1976 sont interdits les paris comme la vente des boissons alcoolisées aux musulmans ; en février 1980, un décret demandera au ministère des Affaires religieuses « de veiller à développer la compréhension de l'islam, tout en expliquant et diffusant les principes socialistes du régime ».

La Constitution algérienne et la charte nationale de 1976, base idéologique du régime, définissent la place et le rôle de l'islam dans les institutions. La Charte nationale du 27 juin 1976 dispose que « l'islam est religion d'État » (article 2), et ajoute que le président de la République doit être de « confession musulmane » (article 107), « qu'il prête serment [...], doit respecter et glorifier la religion musulmane » (article 110), et qu'« aucun projet de révision constitutionnelle ne peut porter atteinte à la religion d'État » (article 195). L'école unique est confessionnelle. Le nombre de mosquées passe de 2 200 en 1966 à 5 829 en 1980. L'État contrôle étroitement le ministère des Affaires religieuses : les imams sont « fonctionnarisés » par le pouvoir. Un décret du 6 août 1983 centralisera la formation des cadres du culte.

L'État « nationalise » l'islam sans vouloir le modifier. Profitant de l'emprise du religieux sur la société, le mouvement islamiste, naissant dans les années 1970, fonctionne de manière souterraine en développant le langage du refus de la soumission de l'islam à l'État.

Le blocage d'un système (1978-1988)

La timidité des réformes

Sur recommandation de l'armée, le colonel Chadli Bendjedid est désigné comme successeur de Boumediene par le F.L.N., parti unique, en tant qu'« officier le plus ancien dans le grade le plus élevé ». Il est élu président de la République le 7 février 1979.

Le nouveau pouvoir se heurte au « printemps berbère », véritable explosion culturelle qui met en lumière la pluralité linguistique en Algérie (l'arabe, le berbère, le français). Les émeutes de Tizi Ouzou, en Kabylie, sont sévèrement réprimées en avril 1980.

Chadli tente une timide ouverture politique, réduit le rôle des services de sécurité et de renseignements, modernise l'armée. Il élabore un plan quadriennal (1980-1984) qui veut donner la priorité aux secteurs négligés (agriculture, hydraulique, habitat), cherche à rentabiliser le secteur industriel fortement endetté, et commence à réhabiliter le secteur privé. Il écarte peu à peu les hommes de son prédécesseur. Dans une volonté de « moralisation », le pouvoir entend mettre en cause ceux qui, d'une façon ou d'une autre, auraient pu être amenés à détourner des fonds. Toutefois, la procédure est vite étouffée.

Malgré plusieurs campagnes d'« assainissement », c'est sous les mandats de Chadli que la corruption atteint d'importantes proportions. La pratique des « commissions » pour l'implantation de sociétés étrangères sur le territoire algérien se développe à grande échelle. La bureaucratisation du F.L.N. devient évidente lorsqu'un congrès du parti, en 1980, décide que tout Algérien ayant une fonction importante au sein de l'État doit être obligatoirement « membre du F.L.N. ».

En 1984, grâce à ses revenus pétroliers, l'Algérie échappe à la « révolte du pain » qui secoue le Maroc et la Tunisie. Mais la population est de plus en plus excédée par l'étalage de richesses et l'arrogance d'une nouvelle caste de privilégiés. Le fossé se creuse entre deux sociétés. Les frustrations de tous ordres s'accumulent, surtout au sein de la jeunesse.

Les cours du pétrole s'effondrent brutalement en 1985. Les devises se font rares. L'Algérie adopte un plan d'austérité draconien : réduction des dépenses sociales, des importations et du budget de l'État. Les biens d'équipement et de première nécessité commencent à manquer. L'exode rural s'accélère, mais la crise du logement dans les villes ne permet pas un accueil convenable. En proie au chômage, privés d'une véritable vie culturelle et de grands projets mobilisateurs, les jeunes représentent une force explosive.

La crise de l'État-nation

Dans les années 1980-1990, des processus majeurs se développent qui entrent en résonance avec un nouveau courant politique : l'islamisme. Le Maghreb fait face à l'Europe. Des liens très complexes, issus souvent de rapports conflictuels (l'histoire coloniale) se sont noués entre eux. La volonté de fermeture des frontières émise par l'Europe à partir des années 1985-1986, par la France en 1986 avec l'instauration de visas qui interdit de facto la circulation très intense entre le Maghreb et la France, a suscité un repli identitaire au Maghreb (« l'Europe se ferme, soyons nous-mêmes », disent de nombreux jeunes empêchés de partir). À une montée des nationalismes en Europe, répond une crise des États-nations maghrébins et l'éclosion de nouveaux nationalismes au Maghreb.

En Algérie, l'État-nation, construit au lendemain de l'indépendance sur le modèle français essentiellement, jacobin et centralisateur, entre en crise. Même si la propagande, les discours et l'idéologie officielle nient cet emprunt, c'est bien ce modèle qui est venu se plaquer sur les situations historiques de l'Algérie. Dès lors, plusieurs questions se posent : peut-on construire un État-nation moderne sur un modèle importé déjà existant ? faut-il se réclamer de l'arabité, du nationalisme arabe ? ou faut-il se réclamer du nationalisme musulman, de la umma islamique (communauté des croyants) ? Ces questions qui traversent la société prouvent que l'État n'a plus le monopole du sentiment national. Dans cette ambivalence du concept national, des brèches, des fractures s'ouvrent dans lesquelles les islamistes peuvent s'engouffrer. Ils captent les aspirations nationales pour contester l'État, le défier.

Les sociétés maghrébines sont aussi confrontées à l'avènement de l'individu, de l'autonomie, qui se traduit, par exemple, par la consommation d'images, par une volonté de circulation, d'indépendance de la presse, d'exercice des droits et de création. Cette évolution induit ainsi une crise du modèle familial, du modèle communautaire, essentiels dans ces sociétés. On passe de la notion d'un sujet constamment soumis à des impératifs familiaux, religieux, traditionnels, à celle d'un sujet faisant la loi, la loi humaine. L'islamisme politique se présente comme une réponse à ce trouble très profond.

En fait, le mouvement islamiste en Algérie a déjà une longue histoire, possède ses « héros » et dispose d'une audience considérable, surtout dans la jeunesse. Il a été encouragé dans son développement par la mise en œuvre d'un fondamentalisme d'État.

Montée en puissance de l'islamisme

Le cheikh Abdelatif Soltani a publié en 1974 une virulente critique du « socialisme » des dirigeants algériens, considérée comme le premier manifeste du mouvement islamiste en Algérie. Il dénonçait « la dissolution des mœurs » et « les principes destructeurs importés de l'étranger ». L'association Al Qiyam (les valeurs), constituée en 1964 autour de la personnalité de Malek Benabi (considéré comme le père du fondamentalisme religieux contemporain en Algérie), se présente à l'époque comme l'instrument de restructuration des valeurs authentiques de l'islam. Elle préconise « une politique islamique tirée de la Révolution divine », et envisage la formation d'un « État unique, avec un chef unique, fondé sur les principes musulmans ». L'association, dissoute par un décret du 16 mars 1970, ouvrira la voie à d'autres courants de l'islamisme algérien. Ceux-ci se développent en utilisant la querelle linguistique des années 1970. Les étudiants des filières arabisées, frustrés par le manque de débouchés et par l'insuffisance de leur formation, auront une oreille attentive aux revendications qui valorisent la culture arabo-musulmane. Et l'islamisme politique partira des universités, dans les années 1980-1990.

Les premiers incidents, violents, éclatent entre groupes « islamistes » et « laïcs » à la cité universitaire Ben Aknoun d'Alger le 2 novembre 1982 (un étudiant laïc est tué à coups de sabre). Le mouvement islamiste fait son apparition au grand jour au moment des obsèques de Cheikh Abdelatif Soltani, au cimetière de Kouba, le 16 avril 1984. Plus de dix mille personnes se retrouvent pour la cérémonie qui donne lieu à des affrontements puis à des arrestations. Des prédicateurs de mosquée alimentent la mobilisation islamiste. Ils mènent campagne pour la moralisation d'une société considérée comme impie et ils trouvent une source d'encouragement pour la diffusion de leur idéologie à travers le débat sur le Code du statut personnel et de la famille. En dépit de nombreuses protestations, ce Code est adopté le 29 mai 1984 par l'Assemblée populaire nationale. Le maintien, même limité, de la polygamie, l'interdiction, pour les femmes, d'épouser un non-musulman, l'obligation qu'elles ont, même majeures, d'avoir un tuteur matrimonial sont en contradiction avec la Constitution qui proclame, théoriquement, l'égalité devant la loi. De nombreuses associations de femmes, en particulier les combattantes de la guerre d'indépendance, considèrent que ce Code constitue une régression dans les rapports entre les sexes. Les islamistes en profitent, de leur côté, pour revendiquer l'application intégrale de la charia (loi islamique).

En avril 1985, cent trente-cinq islamistes accusés d'appartenir à une organisation clandestine, le Mouvement islamique d'Algérie (M.I.A), sont jugés. Leur chef, Mustapha Bouyali, qui défie les forces de l'ordre dans sa région d'origine (Larba'a, près d'Alger) depuis cinq ans, est condamné à la prison à perpétuité, par contumace. Il sera abattu en janvier 1987. En novembre 1986, la grande capitale de l'Est algérien, Constantine, est touchée par de violentes émeutes de jeunes. Le F.L.N. et la classe politique en général sont mis en accusation. Le mécontentement grandit, avant d'aboutir aux manifestations sanglantes d'octobre 1988.

L'effondrement du parti unique (1988-1991)

Démocratie et islamisme, la course de vitesse

Un an avant la chute du Mur de Berlin, l'Algérie est confrontée, en octobre 1988, à l'effondrement du système du parti unique qui, avec l'armée, encadrait de manière autoritaire l'ensemble de la société. Commence alors une course de vitesse pour savoir qui, d'un « pôle démocrate » ou d'un « pôle islamiste », peut se substituer au vide laissé par le F.L.N. Cette bataille se déroule au moment où le Maghreb et le monde arabo-musulman en général sont traversés par des fièvres nationalistes identitaires.

Le 5 octobre 1988, le centre commerçant d'Alger est saccagé. Le 6, plusieurs bâtiments publics sont incendiés. L'état de siège est décrété et le couvre-feu instauré. Les 8 et 10 octobre, l'armée tire sur les manifestants dans la capitale. Les islamistes ne sont pas à l'origine des violentes émeutes, largement spontanées, qui ont débuté le 4 octobre. Mais, dès le 8 octobre, ils canalisent une manifestation à Kouba, contre laquelle l'armée ouvre le feu et qui fera soixante morts. Un bilan officieux des cinq jours d'émeutes, qui s'étendent à toute l'Algérie, fait état de six cents morts. Des comités se forment pour dénoncer la pratique de la torture. Le traumatisme est grand dans l'ensemble du pays, et rien ne sera plus comme « avant octobre 1988 ».

Le séisme est tel que Chadli Bendjedid prend des mesures dont la principale consiste à faire approuver par référendum, le 23 février 1989, une nouvelle Constitution qui supprime notamment le rôle dirigeant du parti unique. Le 4 mars 1989, tous les officiers de l'armée se retirent du comité central du F.L.N. Une loi portant autorisation des associations à caractère politique ouvre, dès lors, la voie au multipartisme. Des formations nouvelles voient le jour, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (R.C.D.), et d'anciens partis d'opposition, comme le Front des forces socialistes (F.F.S.) de Hocine Aït Ahmed ou le Mouvement pour la démocratie en Algérie (M.D.A.) d'Ahmed Ben Bella, développent officiellement leurs activités. De nombreux journaux, d'une grande liberté de ton (par exemple, les quotidiens El Watan, Le Matin ou Le Quotidien d'Algérie), paraissent, des associations de défense des droits de l'homme se créent.

Hocine Aït Ahmed

Hocine Aït Ahmed

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Avant tout militant de la démocratie et des droits de l’homme, Hocine Aït Ahmed, un des chefs historiques du F.L.N., lutta sa vie durant contre les pouvoirs maltraitant ces valeurs, l’ordre colonial français dans un premier temps, le régime militaire algérien par la suite (ici pendant... 

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Pour la première fois depuis son indépendance (et à la différence de nombreux autres pays du Tiers Monde), l'Algérie s'engage alors dans un réel processus de démocratisation. Face à l'émergence de ce pôle démocratique, encore fragile, les islamistes groupés dans le Front islamique du salut (F.I.S.) vont largement occuper la scène politique et idéologique. Le 18 février 1989, le F.I.S. est fondé officiellement à Alger, avec pour principaux dirigeants Abassi Madani et Ali Belhadj. Le 14 septembre de la même année, le gouvernement algérien légalise ce mouvement. C'est, là aussi, une grande innovation : pour la première fois, un pays arabe et musulman autorise un parti qui a pour fondement l'islam et pour but annoncé l'instauration d'une « République islamique ». Des dirigeants de l'armée pensent que cette légalisation d'un parti islamiste est une faute, dans un pays où la religion joue un rôle si fort et constitue un des leviers de la cohésion nationale. D'autres, comme Chadli Bendjedid et son Premier ministre, Mouloud Hamrouche, estiment au contraire que les garanties constitutionnelles sont suffisantes pour parer à toute menace intégriste. Cependant, l'expérience de démocratisation est entravée par une série d'arrière-pensées politiciennes (le F.L.N. se positionnant comme la seule alternative au F.I.S.) et d'erreurs de calculs (la sous-estimation par le pouvoir de la puissance des troupes islamistes) qui vont conduire à la crise ouverte.

Le 12 juin 1990, aux élections municipales et régionales, on assiste à un rejet massif du F.L.N., et à un raz-de-marée du F.I.S., qui rafle presque tous les conseils municipaux des grandes villes. Sur 12 841 769 inscrits et 8 366 760 votants, le F.L.N. obtient 2 245 798 voix (28 p. 100 des votants et 17,49 p. 100 des inscrits) et le F.I.S. 4 331 472 voix (54,25 p. 100 et 33,73 p. 100). Le pouvoir pense alors que des mesures économiques et sociales permettront de limiter l'influence du F.I.S. C'est, encore une fois, mal apprécier le travail en profondeur effectué par les militants islamistes sur le terrain. Mais, surtout, c'est mal juger ce qui fait la force du F.I.S. : sa conception de la nation, exclusivement musulmane, et débarrassée de toute influence étrangère.

La singularité du F.I.S.

Les islamistes algériens rejettent la démocratie comme produit de l'histoire coloniale française et valeur importée par un Occident diabolisé en permanence. Leur discours passe en force dans une jeunesse en quête d'identité et de mémoire. Le mouvement islamiste est dirigé par des « lettrés », des intellectuels issus des universités scientifiques, appuyés sur une base massivement jeune de chômeurs et de déclassés urbains.

La force de l'islamisme consiste à proposer une rupture avec l'État actuel, en retrouvant les accents et le vocabulaire de l'ancienne fracture avec l'État colonial français. Ils réactivent une mémoire politique, selon un processus déjà mis en œuvre à l'époque coloniale : rupture avec un État considéré comme impie ou antireligieux ; rupture avec un islam officiel, institutionnel. En quelque sorte, un autre « 1er novembre » (date symbole de l'insurrection contre la France en 1954) est nécessaire, d'autres « fils » du nationalisme se lèveront. Le triptyque nation-identité religieuse-peuple apparaît comme expression, ferment et conséquence de ce néo-nationalisme naissant. Il sert à expliquer pourquoi les structures actuelles doivent disparaître au nom de réalités plus profondes, plus anciennes, donc plus légitimes. Dans la guerre anticoloniale contre la France, cette conception s'exprimait déjà, en partie, à travers le F.L.N., pour qui la notion de « peuple un », constituée sur une base religieuse, allait être un pilier essentiel de son idéologie. Ce thème du « peuple un », seul héros anonyme, était censé réduire les menaces d'agression externe (francisation, assimilation) et de désagrégation interne (régionalisme, particularismes linguistiques, en particulier berbère). Le F.I.S. reprend à son compte ce thème de « l'unité de la nation », en l'élargissant à la communauté des croyants sans frontières (umma islamiya), sorte de bloc indécomposable, uni et unanime. Ce populisme, déjà porté par le F.L.N., contribue à simplifier la politique, à radicaliser les couples amis-ennemis, de telle sorte que les conflits ordinaires se trouvent disqualifiés. Toute opposition est traitée comme une menace potentielle de guerre civile, et surtout comme l'indice de complots destructeurs.

Le F.I.S. pousse donc la logique populiste véhiculée par le F.L.N., en la colorant de religiosité. Et ce d'autant plus facilement que « les pères fondateurs » du nationalisme algérien, porteurs de modernité par l'élaboration d'une symbiose entre République et islam, ont été gommés de l'histoire officielle du pays (c'est le cas de Messali Hadj et de Ferhat Abbas). Profitant de cette amnésie, le F.I.S. se pose ainsi en mauvaise conscience du F.L.N.

Pourtant, le F.I.S. ne peut pas prétendre à être le « parti du peuple entier ». Car la société algérienne, contrairement au parallèle établi parfois avec l'Iran à la veille de la chute du shah, est violemment fracturée. D'un côté, ceux qui se réclament d'une République islamiste, de l'autre, ceux qui aspirent à la démocratie. Dans l'entre-deux, des millions d'Algériens attendent l'issue de cet affrontement. L'Algérie est très imprégnée du mode de vie, des idées et des institutions européennes en raison de son passé colonial. Et l'émigration, nombreuse, a construit un espace mixte décisif dans l'ouverture à la modernité. Les islamistes restent pourtant une force dominante, parce qu'ils s'appuient sur des catégories sociales nouvelles et urbaines, parce qu'ils postulent à combler le vide créé par le discrédit du F.L.N., enfin, parce qu'il n'y a pas de relève des générations politiques. Le F.I.S. apparaît alors, et notamment pour la jeunesse, comme le grand vainqueur de l'effondrement du parti unique au lendemain des émeutes d'octobre 1988.

État de siège

Les premières élections législatives pluralistes sont prévues pour le 27 juin 1991. Mais le F.I.S., en désaccord avec le mode de scrutin et le découpage électoral prévu, choisit l'affrontement dans la rue. Une dynamique insurrectionnelle se met en place. L'armée, dirigée par le général Khaled Nezzar, ministre de la Défense, intervient à nouveau. Les élections sont reportées et les principaux responsables du F.I.S., Abassi Madani et Ali Belhadj, sont arrêtés. Le 5 juin, l'état de siège est décrété, tandis que le Premier ministre, Mouloud Hamrouche, est contraint par l'armée à la démission. Il est remplacé par Sid Ahmed Ghozali, qui s'affirme partisan de la reprise du processus électoral. Le premier tour des élections législatives se tient le 26 décembre 1991. De tous les partis en lice, seuls les « trois fronts », le F.I.S., le F.F.S. et le F.L.N., tirent leur épingle du jeu. L'abstention est de 42 p. 100. Les islamistes enlèvent 188 sièges, laissant loin derrière le F.F.S. (25 sièges) et le F.L.N. (15 sièges). Mais le F.I.S. a perdu plus d'un million de voix par rapport aux élections municipales de juin 1990. Y aura-t-il un sursaut des abstentionnistes contre le F.I.S., au second tour des élections ? Celui-ci n'aura pas lieu.

Victoire du Front islamique du salut en Algérie, décembre 1991

Victoire du Front islamique du salut en Algérie, décembre 1991

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Les islamistes algériens, regroupés au sein du Front islamique du salut (F.I.S.), remportent, en décembre 1991, le premier tour des premières élections législatives pluralistes qui sont organisées dans le pays. Inquiète de cette montée de l'islamisme, l'armée interviendra, provoquant le... 

Crédits : P. Parrot/ Sygma/ Corbis

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La nouvelle « guerre sans nom » (1992-1996)

L'interruption du processus électoral et l'état d'urgence

Le 11 janvier 1992, l'armée « démissionne » Chadli, qui entendait cohabiter avec le F.I.S. Les ministres et les chefs militaires forment un Haut Conseil de sécurité qui décrète, le 12, la suspension du processus électoral. Un Haut Comité d'État se forme le 14 ; il fait appel, pour le présider, à Mohamed Boudiaf, un des chefs historiques du F.L.N., exilé depuis vingt-huit ans au Maroc où il dirige une petite briqueterie. Mohamed Boudiaf, intègre et moderniste, obtient l'interdiction du F.I.S. et désire ensuite s'attaquer au F.L.N. Il veut fonder une « société solidaire et juste », en réformant sérieusement le système. Boudiaf est tué le 29 juin 1992 à Annaba. Il est le premier chef d'État du Maghreb, depuis les indépendances, à être assassiné. Il bousculait trop d'intérêts... Ali Kafi, autre vétéran de la guerre d'indépendance contre la France, le remplace.

Le 26 août 1992, dans l'aérogare d'Alger, un attentat à la bombe, officiellement attribué à des islamistes, coûte la vie à dix personnes et fait des dizaines de blessés. Le terrorisme aveugle frappe la population civile. Le pays est en état de choc. Les partis d'opposition démocratique réclament la reprise du processus électoral « pour rendre l'espoir à la population ». Le Front des forces socialistes estime que c'est là le seul moyen pour « réconcilier le citoyen avec ses institutions ». Assassinats d'intellectuels, de magistrats ou de policiers ; arrestations en masse et exécutions de militants islamistes ; procès et condamnations ; couvre-feux ; enlèvements et meurtres d'étrangers : l'Algérie plonge, depuis l'interruption du processus électoral et l'instauration de l'état d'urgence en février 1992, dans une véritable guerre qui n'ose avouer son nom. Le souvenir de la première guerre d'Algérie, contre la France, avec son cortège d'atrocités, refait surface dans les mémoires.

L'État vacille

À la fin de l'année 1992, « une guerre sans nom » s'installe, qui fera des milliers de victimes, dont l'écrivain Tahar Djaout, le psychiatre Mahfoud Boucebci, l'économiste Djilali Liabès, et l'ancien Premier ministre Kasdi Merbah. Tous ont été assassinés durant l'année 1993. On estime à 10 000 le nombre d'islamistes enfermés dans les camps du Sud algérien. Selon un communiqué d'Amnesty International publié le 28 octobre 1993, la violence politique, depuis février 1992, a fait que « au moins 700 militants islamistes présumés ont été tués par les forces gouvernementales : il s'agissait apparemment, dans certains cas, d'exécutions extrajudiciaires. Plus de 140 civils ont par ailleurs été victimes, au cours de la période, d'homicides délibérés et arbitraires qui semblent avoir été perpétrés par des groupes armés de militants islamistes. Plus de 400 membres des forces de sécurité ont été tués pendant la même période ». Certaines personnes qui appartiennent à l'« élite », universitaires ou médecins, ingénieurs ou avocats, songent à quitter l'Algérie. D'autant que, en dépit des communiqués officiels annonçant « le dernier quart d'heure » des intégristes, l'engrenage de la violence ne semble pas près d'être enrayé.

En 1994, des dizaines de journalistes algériens seront assassinés, ainsi que des ressortissants étrangers (dont 18 Français). Le 24 août, la France ferme tous ses locaux consulaires, et limite fortement la délivrance de visas. Le 6 octobre, le ministère de l'Éducation nationale algérien annonce que 600 écoles ont été détruites et 50 enseignants tués depuis 1993. Le régime semble vaciller sous les coups de boutoir des maquisards islamistes. Mais ces derniers sont également affaiblis par la violente répression étatique et minés par leurs propres divisions. Les diverses composantes du F.I.S. s'affrontent et s'émiettent entre les tenants de la solution « algérianiste » et ceux qui optent pour une solution orientée vers la umma, c'est-à-dire vers le dépassement du cadre national. En raison de la répression, une partie de la direction du mouvement se trouve emprisonnée, sans possibilité de contrôle sur les cadres ou les militants. Le désarroi s'accentue, sans compter les problèmes dus à l'infiltration ou au noyautage par les services algériens de sécurité. Dans les maquis de l'Armée islamique du salut (A.I.S.), bras armé du F.I.S., les rivalités s'exacerbent entre les individus, les courants, qui se trouvent soit à l'étranger soit en Algérie. Des divergences se manifestent aussi entre ceux qui portent la mémoire de la guerre d'Afghanistan (1979-1989), ceux qui ont le souvenir de l'époque du combat livré contre la France, ceux qui aspirent à se venger du régime à titre personnel. Elles aboutissent à une parcellisation de groupes armés quelquefois très cloisonnés et autonomes les uns par rapport aux autres, ce qui rend très difficile l'attribution d'un attentat à tel ou tel groupe. Les Groupes islamiques armés (G.I.A.), qui s'opposent à l'A.I.S., apparaissent en janvier 1994 dans ce contexte. Les G.I.A. sont le produit d'une scission réelle à l'intérieur de l'A.I.S., qui sera infiltrée par des éléments de la sécurité militaire.

Du côté de l'État, l'édifice qui reposait sur un système de parti unique se transforme. Des hommes qui ont appartenu à ce parti se reconvertissent dans les « affaires ». D'autres s'accrochent à ce qui fut la « grandeur » du parti, de l'armée, nostalgiques du régime disparu de Boumediene. Les clans, les familles, les survivants du parti unique, les partisans du multipartisme se livrent à des règlements de comptes, à des luttes obscures. Toute une société, lasse des exactions et du terrorisme, a le sentiment d'être prise en otage. Des forces politiques ou citoyennes essaient d'exister par elles-mêmes, notamment des journalistes algériens qui se battent pour une presse indépendante, des femmes, des intellectuels, des syndicalistes, mais avec la conviction que plus le temps passe plus il sera difficile de s'imposer (il est significatif que certains des intellectuels assassinés ont refusé cette alternative entre les islamistes et l'armée).

Le début de l'année 1995 donne le ton de la suite des événements : ce sera la poursuite d'un conflit terrible. Ainsi, le 30 janvier, une voiture piégée explose dans le centre d'Alger, faisant 42 morts et 256 blessés. Dans la matinée du 22 février, les forces de sécurité algériennes donnent l'assaut à la prison de Serkadji pour briser une mutinerie de militants islamistes. Le bilan est de 99 islamistes tués et de 4 gardiens égorgés. Ces deux événements, survenus en moins d'un mois, dans la seule ville d'Alger (140 morts), illustrent l'état de guerre qui règne en Algérie.

Le détournement d'un Airbus d'Air France, le 24 décembre 1994, par un commando du G.I.A. a montré que cette guerre (sous la forme d'un terrorisme publicitaire) pouvait faire irruption sur le sol français. Des négociations destinées à mettre sur pied une opposition algérienne sont menées à Rome en janvier 1995, organisées par la communauté catholique de Sant'Edigio. Les signataires de la « plate-forme de Rome », le F.L.N., le F.F.S. et le F.I.S., proposent au pouvoir un dialogue mais refusent de participer aux consultations électorales. Ils estiment que la levée de l'état d'urgence (en vigueur depuis trois ans) doit précéder les élections. Le pouvoir rejette les propositions de dialogue élaborées à Rome.

Quant à la France, dont 31 ressortissants ont été assassinés en Algérie depuis 1992, et dont la politique à l'égard de ce pays n'a jamais été claire, elle est devenue otage de cette guerre algérienne. Elle a vécu sur son sol, durant l'été de 1995, au rythme de menaces constantes d'attentats ou de tentatives d'attentats qui firent plusieurs morts et des dizaines de blessés, revendiqués par les G.I.A.

Les incertitudes et les cruautés de la guerre

L'élection présidentielle de novembre 1995 représente un enjeu important pour un pouvoir algérien en quête de légitimité politique. Le scrutin lui-même et sa préparation (32 000 bureaux de vote sont prévus, répartis dans 8 000 centres, 14 millions d'électeurs sont attendus, ils seront encadrés par 37 000 agents) serviront de test. Les quatre candidats, qui ont recueilli les 75 000 signatures requises, sont le général Liamine Zeroual, président en exercice depuis janvier 1994, il avait été désigné par l'armée ; Mahfoud Nahnah, du mouvement islamiste Hamas, considéré comme « modéré » ; Saïd Sadi, secrétaire général du Rassemblement pour la culture et la démocratie (R.C.D.), et Nourredine Boukrouh, dirigeant du Parti du renouveau algérien (P.R.A.). Le 16 novembre 1995, Liamine Zeroual est élu au premier tour président de la République algérienne avec 61 p. 100 des suffrages exprimés. Cette élection est unanimement qualifiée « d'élection de l'espoir », le nouveau président ayant esquissé un dialogue avec l'opposition démocratique et les islamistes. Ces derniers semblent entériner le désir d'arrêter la violence exprimé par l'importance de la participation des Algériens au processus électoral (le taux de participation officiel est de 75 p. 100, mais, selon d'autres estimations, la réalité serait plus proche de 50 p. 100, ce qui reste appréciable). Le F.L.N. et le F.F.S., qui avaient appelé au boycottage de ce scrutin, se tiennent désormais sur la défensive.

Plusieurs événements politiques vont marquer l'année 1996. D'abord, la volonté de poursuivre le dialogue initié par le président Zeroual qui reçoit l'appui de la majorité des partis pour amener le pays à la démocratie (Conférence de l'entente nationale du 14 septembre). Ensuite l'adoption d'une nouvelle Constitution, approuvée par référendum le 28 novembre (85,81 p. 100 des voix), qui consacre l'islam religion d'État, interdit les partis religieux et régionalistes et, surtout, accroît les pouvoirs présidentiels. Pourtant, le dialogue politique ne s'instaure pas, et les attentats terroristes reprennent. La violence étatique, de son côté, ne faiblit pas. Arrestations et disparitions de présumés terroristes se poursuivent à grande échelle.

Au fil de l'année 1996, les informations qui sortent d'Algérie sont effrayantes. Ainsi, dans le seul mois d'août, le journal saoudien Al Hayat rapporte que 63 civils, dont des femmes, des enfants et des vieillards, ont été égorgés dans les Aurès. Les « patriotes », comme se dénomment les miliciens d'autodéfense armés par le pouvoir algérien, exercent alors des représailles sur des familles soupçonnées d'être proches des « terroristes ». Les islamistes, sûrs d'avoir la « caution de Dieu », massacrent sans pitié les « patriotes » ; et ces derniers, lorsqu'ils mettent la main sur des « terroristes », ripostent avec une terrible sauvagerie. À la violence politique s'ajoutent, au cours des années, d'autres facteurs : haines tribales, racket, antagonismes entre villages, vengeances claniques ou personnelles remontant parfois à la « première guerre d'Algérie ». Pendant ce temps, les autorités d'Alger s'efforcent de convaincre leurs partenaires économiques étrangers que le terrorisme vit ses « derniers soubresauts », qu'il est « résiduel ». Jouant sur les hésitations et les divisions de l'opposition (y compris à l'intérieur de la mouvance islamiste, où les G.I.A. s'affrontent militairement au F.I.S.), le pouvoir entend mener à bien son projet de « normalisation » de la scène politique algérienne, esquissée par l'élection présidentielle du 16 novembre 1995. Le président Zeroual propose d'organiser des élections législatives et communales, respectivement au premier et second semestre de 1997, après le référendum sur la révision de la Constitution. Sur fond de recherches de solutions politiques, la violence en Algérie se poursuit.

L'Église de ce pays est cruellement frappée en 1996. « Nous avons tranché la gorge des sept moines. » C'est en ces termes qu'un communiqué portant le cachet du G.I.A. et daté du 23 mai annonce l'assassinat des sept religieux français enlevés le 27 mars 1996 dans leur monastère de Tibéhirine près de Médéa, au sud-ouest d'Alger. Ce massacre, le plus important commis contre les Français en Algérie depuis le début des violences en 1992, est dénoncé par tous les partis politiques algériens, y compris par le F.I.S. En France, l'émotion est immense. L'ensemble des formations politiques françaises appelle à une manifestation de « solidarité et de protestation nationale ». Le dimanche 26 mai, le glas sonne dans toutes les églises de France.

La France dans le drame algérien

Un nouvel appel est lancé par Paris aux derniers Français résidant en Algérie. Mais l'alternative peut-elle aussi facilement se limiter à rester ou partir ? Rester, c'est exposer sa vie, voire celle des autres. Partir, c'est faire le jeu de ceux qui entendent tirer un trait définitif sur toute trace de présence française en Algérie. En juillet 1994, Mgr Pierre Claverie, archevêque d'Oran, exprimait ce cas de conscience qui se pose aux étrangers : « Faut-il se maintenir à tout prix ? » Et il répondait aussitôt en citant ses propres amis musulmans : « N'écoutez pas les sirènes du départ. Restez, nous avons besoin de vous. » Deux ans plus tard, le 1er août 1996, l'archevêque d'Oran est tué par l'explosion d'une bombe près de son domicile. L'assassinat de Pierre Claverie porte à dix-neuf le nombre de religieux chrétiens tués en Algérie de 1993 à 1998. Ces faits montrent que ni le régime algérien ni les groupes armés n'ont renoncé à faire de la France un des enjeux de leur lutte.

La France décide de réduire sensiblement son aide à l'Algérie. Cette décision est annoncée le 25 juin 1996. L'enlèvement et la fin tragique des sept moines de Tibéhirine n'auront rien fait pour améliorer les relations de la France avec les autorités militaires algériennes, accusées par Paris d'avoir surtout tenté de préserver leurs propres intérêts plutôt que de chercher à sauvegarder la vie des otages.

Pourtant, la France ne peut se désintéresser de l'Algérie sur le plan économique. Si ce pays reçoit 1 p. 100 seulement des exportations françaises, l'excédent réalisé par Paris en Algérie, en 1995, s'élève à 6,7 milliards de francs, soit le sixième meilleur solde positif bilatéral. La France est tout particulièrement exportatrice de produits automobiles et pharmaceutiques, et Paris reste, de loin, le premier fournisseur d'Alger, alors que le pays n'est que le vingt-sixième fournisseur de la France. Surtout, l'Algérie reste un des plus grands pays francophones au monde ; sa façade méditerranéenne, immense (1 200 km), est une large « frontière » avec l'Europe ; son potentiel humain (30 millions d'habitants en 1999), son dynamisme démographique (65 p. 100 de ses habitants ont moins de trente ans), ses richesses énergétiques (pétrole et surtout gaz), sa position centrale dans la Méditerranée occidentale, l'importance de la communauté algérienne en France (un million de personnes officiellement) : tous ces éléments, pour ne rien dire de l'histoire, se conjuguent pour rendre le problème algérien passionnel et décisif. De plus, les accords sur le gaz algérien, avec la construction des gazoducs transméditerranéens (vers l'Italie via la Tunisie, et vers l'Espagne et le Maroc), ont d'ores et déjà établi un lien à long terme (quel que soit l'avenir politique de l'Algérie) d'interdépendance économique et sociale, entre l'Algérie et l'Europe du Sud. Dans cette situation, la France est confrontée à un dilemme : ou s'en tenir à un statu quo (neutralité), position de plus en plus délicate dans la terrible guerre qui se livre en Algérie, et donc être perçue comme soutenant le régime en place ; ou s'efforcer de favoriser un processus de dialogue entre toutes les formations politiques algériennes sans paraître se rendre coupable d'ingérence dans les affaires du pays. Il lui est donc difficile de se désengager vis-à-vis de l'Algérie.

D'autant qu'à la menace terroriste et aux troubles identitaires que traverse ce pays s'ajoutent des turbulences sociales. Le 7 juillet 1996, le Premier ministre Ahmed Ouyahia indique que le pays compte deux millions de chômeurs sur une population de vingt-huit millions d'habitants. Il estime que l'Algérie « traverse actuellement une phase critique » sur le plan économique. Selon une étude de l'Office national des statistiques (O.N.S.), publiée en septembre 1996, le chômage atteint près de 30 p. 100 de la population active.

Les derniers actes du conflit (1997-1999)

Élections et reddition de l'A.I.S.

En 1997, l'armée algérienne lance de grandes opérations de « nettoyage » contre les maquis islamistes. Elle s'appuie dans son entreprise sur des dizaines de milliers de civils en armes (« patriotes » et groupes villageois d'autodéfense) et bénéficie d'un armement très sophistiqué livré par les puissances occidentales. Sur le plan politique, toutes les formations algériennes (à l'exception du F.I.S. dissous) acceptent de participer aux élections législatives du 5 juin 1997. Le Rassemblement national démocratique (R.N.D., parti présidentiel créé en février), allié au Front de libération nationale (F.L.N.), obtient 219 sièges sur 380 (155 pour le R.N.D., 64 pour le F.L.N.). L'opposition démocrate dénonce de nombreuses fraudes et tente d'organiser des manifestations de protestation dans les rues de la capitale, qui sont fermement réprimées. Mais les « accords de Rome » volent en éclat, puisque le F.L.N. et le F.F.S. vont désormais siéger à l'Assemblée nationale algérienne, qui ne dispose que de pouvoirs très réduits. Le 25 décembre, les élections sénatoriales (Conseil de la nation) donnent 80 sièges sur 96 au R.N.D. Après le vide créé par l'interruption du processus électoral en janvier 1992, l'Algérie possède à nouveau des institutions représentatives et le régime y trouve des arguments face aux critiques venues de l'étranger qui exigent une plus grande démocratisation du pays.

Isolé politiquement, le F.I.S. appelle ses hommes organisés dans les maquis de l'A.I.S. à déposer les armes. La trêve, considérée comme une reddition par le pouvoir, est proclamée le 1er octobre 1997 par l'A.I.S. C'est pendant cette phase de négociations entre le F.I.S. et l'armée que se produisent les plus épouvantables massacres de la « seconde guerre d'Algérie ». Le summum de l'horreur est atteint lorsque trois cents villageois (cinq cents selon un bilan officieux) sont assassinés dans la nuit du 28 au 29 août dans le village de Raïs, à moins de 20 kilomètres d'Alger. Des femmes, enfants, vieillards sont égorgés, brûlés vifs, découpés en morceaux. À la fin de l'année, les tueries vont se poursuivre et se déplacer vers l'ouest. Dans plusieurs cas, des garnisons militaires proches des endroits où ont lieu les boucheries restent sans réaction, alimentant la polémique sur les raisons réelles de leur passivité. Était-ce parce qu'elles ne pouvaient intervenir sans ordre ou était-ce une manière terrible de punir des populations qui avaient longtemps fourni un soutien aux islamistes armés ? D'autres questions se posent, induisant des doutes sur l'identité des tueurs. Ainsi, comment se fait-il que jamais aucun corps d'islamiste armé ayant participé à une tuerie et ayant été abattu par les villageois n'ait été officiellement identifié ? Des organisations humanitaires, comme Amnesty International, ont demandé une commission d'enquête pour identifier les auteurs de ces massacres.

En 1998, le pays connaît un relatif retour au calme dans les grandes villes, tandis que les massacres se poursuivent dans les campagnes. Après plusieurs années de refus, Alger accepte, non sans réticences, la visite de délégations étrangères destinée à enquêter sur les violences. Neuf députés du Parlement européen se rendent ainsi à Alger en février, suivis en juillet par six personnalités internationales conduites par l'ancien président portugais Mário Soares. Les conclusions de ces deux missions restent très mitigées quant aux responsabilités du pouvoir dans les violences, mais condamnent sans aucune ambiguïté les islamistes armés (Amnesty International et plusieurs O.N.G. de défense des droits de la personne humaine accuseront la mission Soares d'indulgence à l'égard du régime algérien). En fait, c'est de l'intérieur du régime que viendront les plus fortes secousses. Sur fond de violences terroristes, les luttes de clans s'exacerbent au sommet de l'État. Durant l'été, une violente campagne de presse est lancée contre Mohamed Betchine, conseiller personnel de Liamine Zeroual, qui sera amené à démissionner en octobre. À la surprise générale, le 11 septembre 1998, Zeroual annonce dans une allocution télévisée qu'il écourte son mandat (qui devait expirer en novembre 2000) et qu'il ne se représentera pas à la présidence de la République. Une élection présidentielle est donc prévue pour avril 1999.

L'élection d'Abdelaziz Bouteflika

Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene, présenté comme le « candidat du pouvoir », est élu à la présidence de la République avec 73,8 p. 100 des suffrages exprimés, alors que ses six adversaires se sont retirés la veille du scrutin pour protester contre les fraudes. Le 6 juin 1999, l'Armée islamique du salut annonce sa reddition définitive et un accord secret est signé entre ses chefs et le régime algérien. Un mois plus tard, à l'occasion du trente-septième anniversaire de l'indépendance, le président algérien gracie plusieurs centaines d'islamistes condamnés pour crimes et délits mineurs tout en soumettant au Parlement un projet de loi sur la « concorde civile ». Adopté par l'Assemblée nationale le 8 juillet 1999 (228 voix pour, 16 abstentions, aucune voix contre) et par le Sénat le 11 juillet (131 voix pour, 5 abstentions, aucune voix contre), ce projet de loi sera soumis le 16 septembre 1999 au peuple algérien par le biais d'un référendum. La loi sur la « concorde civile » prévoit l'amnistie de tous ceux qui ont été impliqués dans les réseaux de soutien aux groupes armés, sans commettre de crimes de sang ou de viol, ainsi que de ceux qui se sont rendus coupables de destructions de biens et d'équipements. Elle permet aussi une atténuation des peines infligées aux auteurs de meurtres et de massacres, à condition qu'ils se rendent aux autorités dans un délai de six mois après la promulgation de la loi, qui écarte la peine capitale et la perpétuité. Abdelaziz Bouteflika compte sur l'appui du F.L.N., du R.N.D., du Mouvement de la société pour la paix (M.S.P., ex-Hamas) et du Mouvement Nahda pour faire campagne en faveur de son projet. En revanche, les partis de l'opposition, embarrassés par l'idée d'appeler à voter « contre la paix », ne donnent pas de consignes à leurs militants et sympathisants. Le F.F.S. critique le référendum, estimant qu'il « servira surtout à laver l'affront du 15 avril et à combler le déficit chronique de légitimité » d'Abdelaziz Bouteflika, élu dans des conditions controversées.

Durant la campagne électorale pour ce référendum, Abdelaziz Bouteflika prononce des discours tonitruants et prend des mesures spectaculaires. Ainsi, dans un discours prononcé en français à Rimini (Italie), le 23 août, le chef d'État algérien souligne que « l'État doit pardonner », et donne « une chance à ceux qui veulent la saisir », mais il exclut toute amnistie générale. Dans un autre discours, il explique que « la violence se confond dans un magma de brigandage, de mafiosi, de gens véreux », en assurant que la reprise « prévisible » des tueries enregistrées à la fin du mois de juillet 1999 ne compromettrait « en aucune manière » le projet de réconciliation. Il réaffirme sa volonté de libérer son pays de « l'emprise du fanatisme et de l'exclusion ». Abdelaziz Bouteflika plaide également pour « un vaste plan de paix, de concorde et de stabilité » dans le monde « maghrébin, africain, arabe et méditerranéen ». « Le Maghreb a perdu beaucoup de temps dans un nationalisme tatillon [...] et des révisions profondes s'imposent pour lancer au plus vite les fondements d'une union maghrébine où sera garantie la libre circulation des personnes et des biens. » Dans un autre discours public prononcé le 24 août, évoquant la corruption en Algérie, il se déclare « prêt à mourir debout » pour que l'État algérien « retrouve toute sa crédibilité et sa pureté ». « Depuis que je suis au pouvoir, je suis arrivé à la conclusion que l'État algérien était bien pourri », assène-t-il lors d'une conférence de presse, le 25 août.

À la mi-août, le président Bouteflika, désirant restaurer « la confiance entre les gouvernants et les gouvernés », limoge une vingtaine de préfets (walis), soit près de la moitié des gouverneurs de province et engage un combat contre la corruption, qualifiée par lui de « pire que le terrorisme ». Mesurant l'ampleur de la tâche présidentielle, le quotidien Le Matin estime que « Bouteflika n'ignore pas que sa croisade contre la corruption lui vaudra d'importantes amitiés populaires et de solides inimitiés rentières ».

Effectivement, avant même le référendum du 16 septembre, l'élan réformateur est freiné. Certains cercles militaires n'admettent pas une trop grande autonomie du nouveau président. Ils le font savoir à propos des tentatives de rapprochement avec le Maroc, sur le règlement du dossier du Sahara occidental. Le terrorisme reprend sur le territoire algérien dès la mi-août, avec un terrible massacre à Béchar. Si le projet de loi pour « la concorde civile » est massivement approuvé le 16 septembre par plus de 98 p. 100 des votants en Algérie, Abdelaziz Bouteflika peine à constituer son gouvernement. Il se heurte au veto des militaires sur le poste du ministre de la Défense. Finalement, huit mois après son élection, le président algérien nomme Ahmed Benbitour Premier ministre, le 24 décembre 1999. Celui-ci forme un gouvernement qui comprend 31 ministres appartenant pour la plupart aux formations traditionnelles soutenant le pouvoir depuis plusieurs années (le R.N.D., le F.L.N. et les islamistes modérés du Hamas). Si elle s'est atténuée, la violence ne cesse pas, et les faux barrages routiers restent la hantise des Algériens. En décembre, durant le mois du ramadan commencé le 9, les attentats et massacres attribués aux groupes islamistes armés ont fait plus de cent morts, une cinquantaine de blessés et une dizaine de personnes ont été enlevées.

Malgré les attentats, les hommes d'affaires étrangers reviennent en Algérie car le pays, qui a rééchelonné sa dette extérieure, dispose désormais d'une réserve en devises de près de 5 milliards de dollars. La libéralisation du commerce extérieur à partir de 1996-1997, avec la suppression des monopoles publics, favorise l'apparition de centaines de petites sociétés d'import-export qui sont autant de clients potentiels pour les exportateurs occidentaux. Nommées sociétés d'import-export alors qu'elles ne font qu'importer des produits étrangers, l'Algérie ne pouvant exporter que des hydrocarbures, ces petites entreprises contribuent à réduire les pénuries et à proposer aux Algériens une offre relativement variée en matière de produits alimentaires et de biens d'équipement. Mais, petit à petit, ces sociétés se trouvent face à de nouveaux monopoles constitués par des concurrents privés, le plus souvent liés à des dignitaires du régime.

Abdelaziz Bouteflika et la difficile « réconciliation nationale ».

Les deux premiers mandats d'Abdelaziz Bouteflika

Le président Bouteflika tente d'améliorer l'image de l'Algérie à l'étranger. Les 12 et 13 juillet 2001, il se rend en visite aux États-Unis, l'un des principaux partenaires économiques du pays. Un mois après les attentats du 11 septembre 2001, lors d'une visite d'État en Afrique du Sud, il apporte un soutien « sans réserve à l'action des États-Unis contre le terrorisme ». Le 20 décembre, il effectue la première visite d'un chef d'État algérien au siège de l'Alliance atlantique à Bruxelles. Dans une autre visite d'État, le 8 octobre 2002, à Madrid, la signature d'un traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération consacre l'établissement de « relations stratégiques » entre l'Espagne et l'Algérie, notamment à propos du conflit du Sahara occidental. Mais c'est avec la France que les relations sont primordiales. Du 14 au 17 juin 2000, Abdelaziz Bouteflika effectue une visite d'État à Paris, la deuxième visite officielle d'un chef d'État algérien en France depuis l'indépendance de 1962. Il prononce à cette occasion un discours à l'Assemblée nationale sur le « dialogue des civilisations », mais ses déclarations à propos des harkis, qu'il compare aux soldats algériens musulmans considérés comme « collaborateurs » de l'armée française lors de la Seconde Guerre mondiale, heurtent une partie de l'opinion publique française, et notamment des officiers français. Puis, du 2 au 4 mars 2003, Jacques Chirac accomplit une visite d'État en Algérie, qualifiée d'« historique », avec la signature de la Déclaration d'Alger, portant sur le renforcement mutuel de la coopération politique, culturelle et scientifique, et du partenariat économique, ainsi que sur l'engagement à favoriser la venue des Algériens en France et des Français en Algérie. Les deux chefs d'État envisagent alors la signature d'un « traité d'amitié » (sur le modèle du traité franco-allemand), prévue pour 2005. Mais ce traité ne sera pas signé, les Algériens protestant contre l'adoption d'une loi, le 23 février 2005, par l'Assemblée nationale française, qui reconnaît « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

Sur le plan intérieur, de graves émeutes « dénonçant le pouvoir assassin » éclatent en mai 2001 en Kabylie, région traditionnellement hostile aux « diktats » du pouvoir central ; elles font plus d'une centaine de morts et des milliers de blessés. Cette région connaît, de 2001 à 2004, de graves troubles : grèves générales à répétition, manifestations de rues imposantes et violentes, boycottage des élections législatives organisées par le pouvoir. Un amendement à la Constitution, adopté en avril 2002 et octroyant à la langue berbère le statut de langue nationale (mais non officielle), n'arrive pas à calmer les ardeurs des militants du pluralisme culturel.

L'Algérie est frappée, à la même époque, par deux grandes catastrophes naturelles. Le 10 novembre 2001, des inondations font sept cents morts à Bab el-Oued, un quartier populaire d'Alger. Et un tremblement de terre, le 21 mai 2003, dans Alger et sa région, fait deux mille deux cents morts et plus de dix mille blessés. Lors de ces deux catastrophes, la population algérienne dénonce l'incurie du pouvoir en place.

Sur le plan politique, le président Bouteflika limoge, le 5 mai 2003, le chef du gouvernement Ali Benflis, secrétaire général du F.L.N., confirmant ainsi la rupture avec son ancien homme de confiance, qu'il avait nommé en mai 2000. Bouteflika annonce, le 22 février 2004, sa candidature à un deuxième mandat présidentiel. Après une campagne électorale très dure où les attaques personnelles contre le président ont été nombreuses, Abdelaziz Bouteflika est finalement réélu le 8 avril 2004, dès le premier tour. Son score est surprenant : il a recueilli 83,49 p. 100 des suffrages, alors même que l'issue de la bataille semblait incertaine. Son rival principal, Ali Benflis, obtient 7,9 p. 100 des suffrages. En fait, Abdelaziz Bouteflika a gagné une certaine popularité en faisant campagne pour le retour de « la paix et de la stabilité en Algérie » auprès d'une société fatiguée par dix années de guerre civile. Mais des opposants appartenant au mouvement berbère, des militantes féministes, des journalistes et certains syndicalistes ont dénoncé des irrégularités.

Bouteflika affirme sa suprématie avec la mise en retrait de différents centres de pouvoir, en particulier celui de l'armée algérienne qui a livré une guerre très dure aux groupes islamistes armés. Le président algérien avance l'argument de la « professionnalisation » pour écarter les militaires des lieux de décision. La défaite électorale d'Ali Benflis permet également un contrôle étroit sur le F.L.N. La mutation de l'armée commence à s'accomplir tandis que les maquis islamistes s'effondrent, en particulier ceux qui sont tenus par les G.I.A. Les « repentis » islamistes attendent l'amnistie promise par le président nouvellement élu, décision qui provoque un vaste débat dans la société et la classe politique.

L'année 2004 et celle du cinquantième anniversaire du début de la guerre d'indépendance contre la France, commencée le 1er novembre 1954. Anniversaire qui marque, en fait, le déclin d'une génération politique s'appuyant sur la « légitimité de l'histoire » pour se maintenir ou s'accrocher au pouvoir.

La question sociale en Algérie

Au début de son second mandat, le président Bouteflika déclare qu'il veut s'atteler aux nombreux problèmes sociaux pour ne pas décevoir ses compatriotes. Avec l'augmentation très importante, à partir de 2004, du prix du baril de pétrole, le pays dispose de réserves de change qui ont atteint, à la fin de février 2006, 61 milliards de dollars, selon le quotidien El Watan du 3 avril 2006. Mais cette « manne pétrolière » ne permet pas un véritable décollage économique et subsistent les lancinants problèmes du chômage et de la crise du logement, deux maux qui minent la société algérienne depuis des années.

En effet, le chômage touche officiellement 25 p. 100 de la population active et 2,3 millions d'Algériens sont sans travail. Il affecte particulièrement les jeunes de moins de trente ans : plus de la moitié d'entre eux n'ont pas d'emploi. Parallèlement, la moitié des Algériens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La hausse du salaire mensuel national minimum garanti, passé de 8 000 à 10 000 dinars (100 à 120 euros environ) en janvier 2004, n'a pas calmé la grogne des travailleurs, qui multiplient les mouvements de grève, notamment dans l'enseignement. Les professeurs de lycée ont débrayé pendant deux mois, à l'automne de 2003, pour réclamer une revalorisation de leurs salaires évoluant autour de 15 000 dinars mensuels (180 euros).

Les chômeurs sont souvent à l'origine d'émeutes, qui sont devenues un moyen d'expression pour faire aboutir toutes sortes de revendications. Le problème le plus grave est, en effet, celui du logement, que les autorités semblent incapables de résoudre en raison notamment d'une démographie galopante : la population a en effet triplé en quarante ans. Le déficit serait d'un million de logements depuis des décennies. Ceux-ci, de petite surface, sont occupés par 6,1 personnes en moyenne, selon des statistiques officielles.

En outre, les circuits de la corruption entravent toujours le bon fonctionnement des activités économiques et les investisseurs étrangers tardent à revenir dans le pays.

Par ailleurs, les problèmes politiques n'ont pas disparu avec la défaite militaire des groupes fondamentalistes. La question de la place et du rôle de l'islamisme politique se pose toujours, en particulier dans la gestion du passé proche, celui de la guerre civile. Pour certains hommes politiques, toute tentative d'amnistie pourrait signifier le retour sur la scène politique des acteurs islamistes. Mais Abdelaziz Bouteflika insiste pour approfondir le processus de « réconciliation ».

La « Réconciliation nationale »

Le 29 septembre 2005, les électeurs sont appelés à approuver par référendum la Charte pour la paix et la réconciliation nationale du président Bouteflika. Les mots « paix » et « réconciliation » trouvent un écho dans une société qui a vécu les tueries des groupes armés, les viols, les enlèvements, la répression féroce. Cette fois, à la différence de la loi sur la Concorde civile de 1999, le président algérien propose une amnistie quasi générale. Seuls les individus impliqués dans des massacres collectifs, des viols et des attentats à l'explosif dans les lieux publics ne sont, en principe, pas concernés par l'amnistie. Très vite, des opposants craignent l'absence de recherche de vérité et de justice. Qu'est-ce qu'une amnistie qui tire un trait sur tous les crimes et les violences, absout aussi bien les tueurs islamistes que les forces de sécurité ? Cette réconciliation, décrétée d'en haut, va-t-elle faire avancer la recherche de responsabilités, va-t-elle mettre fin au cauchemar ? En dépit des oppositions des familles de « disparus », la Charte est adoptée massivement par plus de 97 p. 100 d'Algériens. Ainsi, le 27 février 2006, le gouvernement adopte un décret garantissant l'immunité aux auteurs des violences de la décennie 1990. Ce décret prévoit une peine de prison allant de deux à cinq ans et de lourdes amendes pour quiconque par des propos, des écrits, ou tout autre acte, utiliserait ou exploiterait la « tragédie nationale » des années 1990 dans le but de « porter atteinte aux institutions, d'affaiblir l'État ou de porter atteinte à la réputation des agents qui l'ont honorablement servi ». Mais face à la recrudescence des attentats commis et revendiqués par l'organisation terroriste Al-Qaida pour le Maghreb islamique, notamment à partir de 2006-2007, des voix s'élèvent pour dénoncer la politique présidentielle de réconciliation nationale et pour réclamer plus de fermeté à l'égard des terroristes islamistes.''''

Le troisième mandat du président Bouteflika : scandales politiques et mouvements sociaux.

C'est donc dans un contexte de regain d'actes de violence que les Algériens se rendent aux urnes le 9 avril 2009. Le sentiment qui domine est celui d'une réélection sans surprise du chef de l'État sortant. En effet, à la différence des deux précédentes élections présidentielles, ses adversaires ne sont pas en mesure de l'inquiéter. Louisa Hanoune dirige un petit parti trotskiste, et Djahid Younsi, Fawzi Rebaïne et Mohamed Saïd ne représentent pas de mouvements ayant la capacité de diriger le pays. Les principaux dirigeants de l'opposition, du F.F.S. ou du R.D.C., s'étaient retirés de la compétition dès octobre 2008, lorsque le Parlement a adopté un amendement à la Constitution permettant au président Bouteflika de se présenter à sa propre succession pour la troisième fois. Le véritable enjeu devient celui de la participation électorale. Au terme d'un scrutin considéré presque unanimement comme frauduleux, Abdelaziz Bouteflika est réélu président de la République le 9 avril 2009 avec 90,2 p. 100 des voix et avec un taux de participation s'élevant à 74,1 p. 100.

Alors que l'élection présidentielle a mis au jour un jeu politique « fermé », d'importants mouvements sociaux ont secoué l'Algérie à partir de 2009. La révolte des travailleurs de la Société nationale des véhicules industriels (S.N.V.I.) et la protestation des employés d'ArcelorMittal ont été un signe de cette « résurrection » sociale et ont démontré la faiblesse des résultats obtenus par les syndicats dans leurs négociations avec le gouvernement. Dans la zone industrielle de la S.N.V.I. de Rouiba (banlieue d'Alger), plusieurs milliers de grévistes ont réclamé, en janvier 2010 et à nouveau en juin, l'annulation des décisions sur les retraites et les salaires, fustigeant l'indifférence des pouvoirs publics et dénonçant les manipulations syndicales. Les sidérurgistes d'ArcelorMittal à Annaba (dans l'est du pays) ont réclamé à leur tour, lors d'une grève générale en janvier 2010, la réouverture de la cokerie. Dans l'éducation, le Syndicat d'entreprise des travailleurs de l'éducation a appelé à deux jours de grève en janvier 2009, pour la régularisation de la situation administrative et financière des enseignants. À Alger, plusieurs sit-in ont eu lieu devant le ministère de l'Éducation.

Sur fond de dysfonctionnements graves de l'économie algérienne, d'autres mouvements continuent d'agiter la société, comme celui de l'émigration. Au début de novembre 2009, l'ensemble de la presse algérienne titre sur les « harragas », ces jeunes qui partent par tous les moyens. Le quotidien Liberté révèle que, selon « l'agence européenne Frontex, 65 p. 100 des harragas interceptés en Espagne sont des Algériens en partance pour l'Europe ».

Les « affaires » révélées par la presse depuis 2008 se prolongent au cours de l'année 2010. L'énumération des scandales est impressionnante. L'affaire du chantier de l'autoroute Est-Ouest est l'un des plus gros scandales de corruption au sommet de l'État, qui a touché le secrétaire général du ministre des Travaux publics et son directeur de cabinet, inculpés pour « association de malfaiteurs, corruption, abus d'autorité, perception d'indues gratifications ». D'autres affaires éclatent à divers échelons de l'administration et dans plusieurs sociétés dont Sonatrach, l'entreprise publique qui gère les hydrocarbures.

L'enjeu algérien

Près de cinquante ans après son accession à l'indépendance, dans le passage au xxie siècle, l'Algérie se trouve à la croisée des chemins. Il lui faut, avant tout, relever le défi de la crise économique, du poids écrasant de sa dette, de l'instauration d'une paix civile, et opérer une diversification de son économie, trop dépendante des hydrocarbures.

À partir de 1991-1992, l'Algérie s'est trouvée plongée dans une terrible guerre civile. Dans ce pays s'est joué avec une extrême âpreté le combat entre tradition et modernisme, islamisme politique et républicanisme musulman. Le dilemme qui se posait au pays était de savoir comment vivre son identité arabo-musulmane sans pour autant basculer dans l'obscurantisme. Cette crise puise ses racines dans le vertige identitaire que vit le pays en raison du non-achèvement du travail de construction nationale. Le projet sans cesse avorté de l'État-nation a engendré une accumulation de frustrations historiques, politiques, culturelles et sociales. Celles-ci renvoient à des strates de violence comprimées pendant de longues années (de 1962 à octobre 1988) par un État autoritaire, et qui ont fini par imploser tout au long des sanglantes années 1990, faute d'une mémoire historique pouvant offrir un consensus national. La mémoire collective, brimée et bafouée, n'a pas fonctionné sauf pour nourrir une possible fragmentation identitaire. La violence actuelle, prise dans les filets de l'histoire, vient dire la carte géographique des vengeances familiales, des ruminations et des ressentiments. À travers les régions qui composent l'espace algérien, et à travers les différentes appartenances culturelles, exprimées notamment par l'importante question berbère, avec la Kabylie comme point d'ancrage principal, resurgit tout le non-dit des mémoires historiques.

Malgré la fin de la guerre civile, la bataille autour de la « réconciliation » est loin d'être terminée. Dans le quotidien L'Expression du 30 janvier 2006, le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme explique que « la réconciliation passe par l'établissement de la vérité ». Il est vrai que les commissions « vérité et réconciliation » qui ont bien fonctionné, comme en Afrique du Sud, ont toujours été l'occasion de vrais changements politiques. En Algérie, l'amnistie générale décrétée par le haut, sans que la société civile s'empare elle-même de ce passé encore trop brûlant, peut-elle vraiment aider à surmonter les traumatismes ?

Ainsi, le visage de l'Algérie semble à la fois figé et pris dans la tourmente des désirs de changement. Figé dans la perpétuation des traditions et des vieux conflits avec le poids de la colonisation, de la guerre d'indépendance, de la religion, et le sort incertain des langues ; et traversé par des mouvements divers tels que les luttes contre la corruption, les tentatives de réduire la dépendance de l'économie algérienne aux hydrocarbures, les revendications des salariés pour une vie meilleure, les départs des harragas vers l'Europe, le sort réservé aux femmes, les manifestations identitaires autour de la berbérité, de l'islamité... Les sommets de l'État paraissent « endormis » (le Conseil des ministres ne s'est pas réuni de décembre 2009 à mai 2010) tandis que les mouvements sociaux, notamment de la jeunesse, exigent davantage de vigueur et de sens à donner aux changements.

Cette singularité se manifeste lors des révoltes qui éclatent au début de l'année 2011 dans les pays arabo-musulmans. Bien que fortement mobilisés contre le régime, les manifestants peinent à insuffler le vent de l'insurrection parmi la population algérienne. Toutefois, dans la foulée du Printemps arabe, quelques réformes sont lancées par le gouvernement (loi sur la création de partis politiques, sur les associations…), notamment dans le but de canaliser la contestation et d'éviter tout débordement du régime en place.

—  Benjamin STORA

Malgré l’adoption, en décembre 2011, d’une loi assouplissant la procédure de création des partis politiques et la formation de l’Alliance de l'Algérie verte (union de trois mouvements islamiques : Mouvement de la société pour la paix, M.S.P., El Islah et Ennahda), le F.L.N. renforce sa domination sur le Parlement à l’occasion des élections législatives de mai 2012. Il obtient 208 sièges sur 462 avec 17,4 p. 100 des suffrages. Son allié, le Rassemblement national démocratique, en obtient 68, avec 6,86 p. 100. À eux deux, ils disposent de la majorité absolue. Avec 49 députés, l’Alliance de l’Algérie verte devient la première formation d’opposition. En novembre 2012, les élections locales sont à leur tour remportées par le F.L.N., celui-ci semblant pour l’instant immunisé contre les mouvements qui secouent les autres sociétés arabes, et ce malgré les mouvements sporadiques de contestation qui traversent la société algérienne. Ainsi, la simple annonce de la quatrième candidature de Bouteflika à la présidence de la République, en février 2014, est suivie de nombreuses manifestations de protestation.

Abdelaziz Bouteflika, 2014

Abdelaziz Bouteflika, 2014

photographie

Alors qu'il avait promis, lors de son dernier discours en public en 2012, de « laisser la place aux jeunes », Abdelaziz Bouteflika se présente pour un quatrième mandat présidentiel ; il paraphe ici son dossier de candidature au siège du Conseil constitutionnel, le 3 mars 2014. 

Crédits : XINHUA/ Xinhua Press/ Corbis

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Quant à l’armée, elle démontre une fois de plus sa détermination. En décembre 2013, l’Algérie ouvre son espace aérien pour faciliter l’intervention de la France au Mali, où des groupes islamistes armés ont pris le contrôle du nord du pays. En réaction, le 16, un groupe islamiste prend en otage plusieurs centaines de personnes sur le site gazier de Tiguentourine, dans le sud-est de l’Algérie. L’armée algérienne réagit sans ménagement. La plupart des ravisseurs meurent dans les combats, ainsi qu’une quarantaine d’otages, pour la plupart étrangers.

(Voir également ALGÉRIE, chronologie contemporaine)

—  Universalis

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Écrit par :

  • : professeur de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris
  • : directeur de recherche en géographie, professeur à l'Université de Cergy-Pontoise
  • : professeur émérite à l'université de Paris-XII-Val-de-Marne
  • : professeur des Universités

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  •  • 472 mots

Chadli Bendjedid fut le troisième président de la République algérienne, de 1979 à 1992. Il mit en œuvre des réformes en faveur de la démocratie, promulgua une nouvelle Constitution et tenta d'organiser des élections législatives multipartites avant d'être renversé par l'armée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/chadli-bendjedid/#i_1319

BONICHE LILI (1921-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 259 mots

Musicien et chanteur algérien. Élie, dit Lili, Boniche, est né dans la casbah d'Alger et appartient à la communauté juive. Durant les années 1930, il s'initie auprès du maître Saoud l'Oranais à la pratique du oud et découvre les richesses de la musique arabo-andalouse. Il peut […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lili-boniche/#i_1319

BOUDIAF MOHAMED (1919-1992)

  • Écrit par 
  • François BURGAT
  •  • 601 mots

Le 14 janvier 1992, un homme de soixante-treize ans quitte à Kenitra, au Maroc, la direction d'une petite briqueterie et le semi-oubli d'un long exil pour retrouver les feux de la rampe politique algéroise. Cent soixante-cinq jours plus tard, le 29 juin 1992, Mohamed Boudiaf, né à M'sila (hauts plateaux de l'Est) tombe sous […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mohamed-boudiaf/#i_1319

BOULMERKA HASSIBA (1968-    )

  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
  •  • 667 mots
  •  • 1 média

olympique en 1992, elle fut érigée en symbole de l'émancipation de la femme arabe et musulmane dans une Algérie alors en proie à la montée de l'islamisme radical, puis se vit menacée par les fondamentalistes et dut quitter Alger et s'installer en Europe pour pouvoir s'entraîner […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hassiba-boulmerka/#i_1319

BOUMEDIENE HOUARI (1932?-1978)

  • Écrit par 
  • Emile SCOTTO-LAVINA
  •  • 1 056 mots
  •  • 2 médias

Houari Boumediene fut un militaire et homme politique algérien. Il fut le deuxième président de la République algérienne (1965-1978 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/houari-boumediene/#i_1319

BOUTEFLIKA ABDELAZIZ (1937-     )

  • Écrit par 
  • Benjamin STORA
  • , Universalis
  •  • 1 424 mots

Le président de la République algérienne qui a prêté serment le mardi 27 avril 1999 est un revenant politique. Abdelaziz Bouteflika avait été écarté du pouvoir pendant près de vingt ans […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abdelaziz-bouteflika/#i_1319

BUGEAUD THOMAS ROBERT, marquis de la Piconnerie (1784-1849) duc d'Isly et maréchal de France

  • Écrit par 
  • André Jean TUDESQ
  •  • 665 mots

Issu d'une famille irlandaise qui avait émigré en France, Bugeaud s'engage dans l'armée en 1804, comme vélite, dans les grenadiers à pied de la garde impériale. Il est promu caporal à Austerlitz et blessé à Pultusk ; il combat ensuite en Espagne, où il devient capitaine sous les ordres du général Lamarque. Il met en déroute un régiment anglais, ce […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-robert-bugeaud/#i_1319

CINQUIÈME RÉPUBLIQUE - La période gaullienne (1958-1969)

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 8 840 mots
  •  • 20 médias

Dans le chapitre « Décolonisation et fin de la guerre d'Algérie »  : […] entre la facilité avec laquelle cette décolonisation se déroule et la difficulté du processus algérien. Mais, évidemment, les enjeux ne sont pas de même nature. Il y a en Algérie environ un million d'Européens qui ont voulu y développer une terre nouvelle pour la France ; ils ont lutté contre des gouvernements de la IVe […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cinquieme-republique-la-periode-gaullienne-1958-1969/#i_1319

CIXOUS HÉLÈNE (1937-    )

  • Écrit par 
  • Bertrand LECLAIR
  •  • 1 601 mots

Dans le chapitre « Enfances algériennes »  : […] Fille d'une mère juive allemande exilée et d'un médecin juif algérien un temps interdit d'exercice par les lois de Vichy, Hélène Cixous a renoué, à partir de Si près (2007), avec l'histoire de l'Algérie, où sa mère a continué d'exercer le métier de sage-femme jusqu'en1971, et qu'elle-même a quittée en 1955 (elle n'y retournera qu'en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/helene-cixous/#i_1319

COMITÉ FRANÇAIS DE LIBÉRATION NATIONALE (C.F.L.N.)

  • Écrit par 
  • Armel MARIN
  •  • 695 mots
  •  • 5 médias

La première séance du Comité français de Libération nationale (C.F.L.N.), créé le 3 juin 1943, eut lieu le 4 juin à Alger, sous la coprésidence du général de Gaulle, représentant les Français de Londres, et du général Giraud […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/comite-francais-de-liberation-nationale/#i_1319

CONSTANTINE, anc. CIRTA

  • Écrit par 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 938 mots
  •  • 1 média

Troisième ville d'Algérie avec 475 000 habitants en 2005, première grande ville intérieure et métropole de l'Est algérien, Constantine a été à travers l'histoire la capitale la plus constante du Maghreb central (Al-Moghreb al-awsat). À la tête du royaume numide […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/constantine-cirta/#i_1319

CRÉMIEUX ISAAC MOÏSE dit ADOLPHE (1796-1880)

  • Écrit par 
  • Paul CLAUDEL
  •  • 734 mots

Né à Nîmes dans une famille juive de négociants en soie originaires du Comtat Venaissin, Crémieux voit son père, ancien Jacobin, devenir bonapartiste sous la Restauration. Le jeune Isaac, dont le prénom a été francisé par son père en Adolphe, est brillamment reçu au barreau de Nîmes en 1817. Il acquiert très vite une grande notoriété dans la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cremieux-isaac-moise-dit-adolphe/#i_1319

DAOUD KAMEL (1970-    )

  • Écrit par 
  • Denise BRAHIMI
  •  • 1 007 mots
  •  • 1 média

Kamel Daoud est né le 17 juin 1970 à Mostaganem, dans la partie occidentale de l’Algérie. Il appartient à ce qu’on peut considérer comme la nouvelle génération d’écrivains francophones algériens. La caractéristique de celle-ci est de ne plus se sentir directement reliée à la guerre d’indépendance, qui s’est terminée en 1962 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kamel-daoud/#i_1319

DÉCOLONISATION

  • Écrit par 
  • Charles-Robert AGERON
  •  • 7 283 mots
  •  • 33 médias

Dans le chapitre « La décolonisation française »  : […] En Algérie, un groupe d'hommes politiques animé par Ferhat Abbas rédigea, dès février 1943, un Manifeste du peuple algérien qui demandait « la condamnation et l'abolition de la colonisation ». Un Addendum publié le 26 mai réclamait « la formation d'un État algérien doté d'une Constitution propre élaborée par […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/decolonisation/#i_1319

DES HOMMES ET DES DIEUX (X. Beauvois)

  • Écrit par 
  • Michel ESTÈVE
  •  • 1 104 mots

des dieux, grand prix du jury du festival de Cannes 2010, s'inspire librement d'un fait historique qui bouleversa en son temps l'opinion publique internationale. Le 27 mars 1996, sept moines cisterciens français du monastère de Notre-Dame de l'Atlas, situé sur les sommets de l'atlas de Blida près du village de Tibéhirine, sont enlevés par un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/des-hommes-et-des-dieux-x-beauvois/#i_1319

DEUXIÈME RÉPUBLIQUE

  • Écrit par 
  • André Jean TUDESQ
  •  • 4 291 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La préparation du coup d'État »  : […] L'expédition de Kabylie en Algérie quelques mois plus tôt avait permis de mettre en valeur le général de Saint-Arnaud et des officiers réputés à la fois antiparlementaires et antisocialistes comme Pélissier et Bosquet. À son retour, Saint-Arnaud devint commandant de la division de Paris, puis ministre de la Guerre dans le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/deuxieme-republique/#i_1319

DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL - Sociologie

  • Écrit par 
  • Georges BALANDIER
  •  • 6 036 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les dissidences paysannes »  : […] en certains cas, par le recours à des procédures relevant du traditionalisme. Ainsi, en Algérie, au moment des insurrections rurales postérieures à l'indépendance, dans les Aurès et en Kabylie. Une étude de J. Favret a montré les mécanismes opérant dans chacune de ces rébellions. Les paysans des Aurès emploient la violence, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/developpement-economique-et-social-sociologie/#i_1319

DEY

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 236 mots

Déformation du mot turc dāyi̊, qui signifie « oncle maternel » et semble avoir été utilisé chez les Ottomans comme titre honorifique décerné aux marins qui se sont illustrés en combattant en Méditerranée. Par la suite, ce titre a désigné un officier de la milice des janissaires de Tunis et d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dey/#i_1319

DJAOUT TAHAR (1954-1993)

  • Écrit par 
  • Jean-Louis JOUBERT
  •  • 637 mots

Victime le 26 mai 1993 d'un attentat — deux balles dans la tête, tirées à bout portant, —, l'écrivain algérien Tahar Djaout est mort le 2 juin à Alger. Son décès a suscité la plus grande consternation : journaliste à l'hebdomadaire Algérie-Actualité, puis rédacteur en chef de Ruptures […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tahar-djaout/#i_1319

EBERHARDT ISABELLE (1877-1904)

  • Écrit par 
  • Aliette ARMEL
  •  • 912 mots

En 1897, elle séjourne à Bône, en Algérie, et se lie d'amitié avec Ali Abdul Wahad, jeune aristocrate tunisien. Il l'a découverte sur une photographie où elle apparaît en marin et est décrite comme « un jeune écrivain slave qui, ayant embrassé la foi musulmane, vient de s'établir en Algérie pour étudier la langue arabe ». Elle signe alternativement […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/isabelle-eberhardt/#i_1319

EMPIRE SECOND (1852-1870)

  • Écrit par 
  • Marc BASCOU, 
  • Adrien DANSETTE, 
  • Universalis
  •  • 21 006 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Extrême-Orient et Afrique »  : […] mer Rouge, tandis que Faidherbe fait œuvre de colonisateur au Sénégal. Mais l'effort principal porte sur l'Algérie. L'armée française procède à l'occupation progressive des oasis sahariennes et soumet la Kabylie (1857). Le problème essentiel est celui de l'administration des territoires. Il faut organiser la colonisation et en même temps […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/second-empire/#i_1319

ÉTIENNE BRUNO (1937-2009)

  • Écrit par 
  • Franck FREGOSI
  •  • 938 mots

Universitaire engagé, Bruno Étienne a accompagné les premiers pas de la jeune République algérienne (Algérie, cultures et révolution, 1976). Il n'hésite pourtant pas à dénoncer le parti-État du F.L.N. et son complexe militaro-industriel, la fermeture du champ politique et l'imposition d'une histoire nationale officielle qui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bruno-etienne/#i_1319

EXPLORATIONS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  •  • 13 774 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « À la conquête improbable de l'Orient »  : […] La Commission scientifique de l'Algérie, constituée en 1839, montre plus étroitement les liens établis entre la recherche, les découvertes et l'impérialisme. Animée par Edmond Pellissier de Raynaud, excellent connaisseur du monde arabe, qui publia, dès 1836, avec ses Annales algériennes, le meilleur ouvrage de l'époque sur le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/explorations/#i_1319

FARÈS ABDERRAHMAN (1911-1991)

  • Écrit par 
  • Emile SCOTTO-LAVINA
  •  • 447 mots

Notaire à Koléa, conseiller général d'Alger, membre de la première Assemblée constituante française de 1946, membre puis président de l'Assemblée algérienne, Abderrahman Farès a été un des représentants les plus actifs de la bourgeoisie libérale algérienne. Imprégné de culture française, il est un moment regardé, en raison […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abderrahman-fares/#i_1319

FELLAGHA

  • Écrit par 
  • Jean-Charles BLANC
  •  • 202 mots

C'est la forme bédouine fellāg (d'où fellāga) du mot arabe fallāq. La racine du mot est fleg, qui signifie « déflorer », « violer » ; ou encore stefleg : « prendre le maquis ». Le terme s'applique à ceux qui échappent à une sanction, aux condamnés, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fellagha/#i_1319

FÉVRIER PAUL-ALBERT (1931-1991)

  • Écrit par 
  • Noël DUVAL
  •  • 1 248 mots

et la découverte des mosaïques du Bardo. Puis son service militaire l'orienta vers l'Algérie, en pleine guerre et dans des circonstances qui troublèrent profondément ce chrétien de gauche, par nature anticonformiste. Sans renier ses devoirs, il noua avec les adversaires du moment des liens qui subsistèrent jusqu'à sa mort. L […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-albert-fevrier/#i_1319

FOUCHET MAX-POL (1913-1980)

  • Écrit par 
  • Nadine VASSEUR
  •  • 765 mots

Né à Saint-Vaast-La-Hougue (Manche), c'est à Alger que, dès après la guerre, il passe la première partie de sa vie. Il y fait ses études et y obtient le baccalauréat en 1930. C'est de cette époque que date sa rencontre avec Albert Camus. Il se lie d'amitié avec lui, et, comme lui, milite dans les organisations de gauche. Si […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/max-pol-fouchet/#i_1319

FRANÇAIS EMPIRE COLONIAL

  • Écrit par 
  • Jean BRUHAT
  •  • 16 595 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Acquisitions et colonisation »  : […] Le bilan de la politique algérienne est plus confus. L'expropriation des indigènes procure des terres à un nombre croissant de colons. Tous les types de colonisation sont pratiqués : la colonisation libre et la constitution de grandes compagnies comme la Compagnie genevoise en 1853 et, plus tard, la Société de Macta et de l'Habra, la Compagnie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/empire-colonial-francais/#i_1319

GAZ NATUREL

  • Écrit par 
  • Bernard CLÉMENT, 
  • François DEBIEN, 
  • Évrard DE FOSSEUX, 
  • Jean-Pierre PERRET, 
  • Odile PUYRAIMOND, 
  • Patrick de RENÉVILLE, 
  • Michel RICHARD
  •  • 16 819 mots
  •  • 26 médias

Dans le chapitre « Procédé à fluide frigorigène composite »  : […] Dans l'usine de Skikda, en Algérie, trois unités fonctionnent suivant le procédé développé par la société américaine Pritchard […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gaz-naturel/#i_1319

GIRAUD HENRI (1879-1949)

  • Écrit par 
  • Solange MARIN
  •  • 606 mots
  •  • 1 média

Brillant officier d'infanterie pendant la Première Guerre mondiale, Henri Giraud participe ensuite à la guerre du Rif, puis devient professeur à l'École de guerre (1927-1929). Général en 1930, il retourne au Maroc. En 1936, il est […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-giraud/#i_1319

GLANGEAUD LOUIS (1903-1986)

  • Écrit par 
  • Maurice MATTAUER, 
  • Jacques-Louis MERCIER
  •  • 1 387 mots

Louis Glangeaud entreprit ses premières recherches géologiques en 1925, dans les montagnes de la zone littorale d'Algérie. À cette époque commençait en France une réaction « antinappiste » qui devait durer plus de vingt ans et qui contestait la découverte des nappes alpines, vastes panneaux rocheux ayant subi des déplacements horizontaux de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-glangeaud/#i_1319

GUERRE D'ALGÉRIE

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 227 mots
  •  • 1 média

Le 1er novembre 1954, les différentes tendances du nationalisme algérien, unifiées dans le nouveau Front de libération nationale (F.L.N.), déclenchent une insurrection armée contre la France, métropole de l'Algérie depuis 1830. La révolte prend […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-d-algerie/#i_1319

GUERRE D'ALGÉRIE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 217 mots

1er novembre 1954 Déclenchement de l'insurrection armée par le F.L.N. nouvellement créé […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/algerie-reperes-chronologiques/#i_1319

HAFSIDES

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 1 348 mots

Au début du xiiie siècle, le Maghreb était encore soumis à la domination unique des souverains almohades du Maroc qui déléguaient une partie de leurs pouvoirs à des gouverneurs. Celui de l'Ifrīqiyya (c'est-à-dire la Tunisie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hafsides/#i_1319

HARKIS

  • Écrit par 
  • Philippe DENOIX
  •  • 1 153 mots

Le terme harkis, tiré de l'arabe harka (mouvement), s'applique aux soldats de certaines unités supplétives autochtones d'Algérie engagées avec l'armée française contre la rébellion indépendantiste, de 1954 à 1962. Cette appellation s'est étendue abusivement à tout autochtone ayant pris le parti de la France durant la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/harkis/#i_1319

INTERRUPTION DU PROCESSUS DÉMOCRATIQUE EN ALGÉRIE

  • Écrit par 
  • Christophe PÉRY
  •  • 227 mots

L'introduction du multipartisme en Algérie, à la suite des émeutes d'octobre 1988, a projeté le Front islamique du salut (F.I.S.) sur le devant de la scène politique. Au premier tour des premières élections législatives pluralistes depuis l'indépendance, ce parti, qui prône l'instauration d'un État islamique, devance […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/interruption-du-processus-democratique-en-algerie/#i_1319

JUILLET MONARCHIE DE

  • Écrit par 
  • André Jean TUDESQ
  •  • 8 486 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le ministère Soult-Guizot (1840-1848) »  : […] le 13 juillet 1842, par le renouveau de l'opposition légitimiste qui relance en 1843 la question de la liberté d'enseignement en vue d'entraver le ralliement du clergé catholique à Louis-Philippe, par les lenteurs de la conquête en Algérie (depuis novembre 1839, Abd el-Kader a proclamé la guerre sainte contre les Français), le gouvernement se […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/monarchie-de-juillet/#i_1319

KABYLES

  • Écrit par 
  • M'Barek REDJALA, 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 6 325 mots
  •  • 2 médias

originale jusque dans les manifestations les plus simples. C'est le cas des Kabyles en Algérie. Reste du grand peuple berbère dont le domaine s'étendait de l'Égypte à l'Atlantique et de la Méditerranée à l'Afrique noire, ils forment un groupement humain bien distinct par le territoire (la Kabylie), un mode de vie propre, une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kabyles/#i_1319

LAVIGERIE CHARLES ALLEMAND- (1825-1892)

  • Écrit par 
  • Xavier de MONTCLOS
  •  • 788 mots

Cardinal français, archevêque d'Alger et de Carthage, fondateur des Pères blancs et des Sœurs blanches, Lavigerie se consacra principalement à l'évangélisation de l'Afrique et à l'amélioration des relations entre l'Église et l'État en France. Né à Bayonne dans une famille de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lavigerie-allemand/#i_1319

LIBÉRATION, France (1944-1946)

  • Écrit par 
  • Jean-Marie GUILLON
  •  • 3 904 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Victoire »  : […] Cette grandeur retrouvée ne s'accommode pas de l'abandon des colonies. En Algérie, la répression des émeutes de Sétif, qui ont fait une centaine de morts parmi les Européens entre le 8 et le 12 mai 1945, se traduit en milliers de victimes dans la population autochtone. Aux Syriens qui réclament, comme les Libanais, la fin […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/liberation-france/#i_1319

MAC-MAHON MARIE EDME PATRICE MAURICE DE, duc de Magenta (1808-1893)

  • Écrit par 
  • Joël SCHMIDT
  •  • 1 043 mots

Maréchal de France et président de la République, Mac-Mahon a suscité bien des traits d'ironie et on lui a attribué — à tort ou à raison — un certain nombre de propos ou de formules propres à le déconsidérer. Il est vrai que Mac-Mahon n'était pas préparé à une carrière militaire et politique qui fut, pendant un demi-siècle, ponctuée d'événements et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-edme-patrice-maurice-de-mac-mahon/#i_1319

MADANĪ AḤMAD TAWFIQ AL- (1899-1983)

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 550 mots

Historien et homme d'État algérien, né en Tunisie ; il a fait ses études supérieures à al-Zaytūna de 1913 à 1915. Al-Madanī prend part au mouvement nationaliste tunisien à ses débuts et compte parmi les fondateurs du parti du Destour. Exilé en Algérie en 1924, il milite avec les ulémas algériens. Rédacteur politique de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmad-tawfiq-al-madani/#i_1319

MAGHREB - Géologie

  • Écrit par 
  • Michel DURAND-DELGA
  •  • 4 084 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La chaîne intracontinentale des Atlas »  : […] L'Atlas saharien d'Algérie prolonge le Haut Atlas oriental. Dans sa partie oranaise, il est limité au nord par une ligne de fractures d'où se dégagent vers le nord-est plusieurs groupes de plis en coulisse, le principal étant le chaînon Guettar-Antar : il est constitué de longs anticlinaux déversés vers le nord-ouest et souvent […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-structure-et-milieu/#i_1319

MAGHREB - Géographie

  • Écrit par 
  • Olivier PLIEZ, 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 7 254 mots
  •  • 5 médias

Les limites géographiques du Maghreb sont difficiles à définir. On distingue un Maghreb central composé du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie, qui couvre une superficie de 3 millions de kilomètres carrés, soit plus de cinq fois celle de la France, d'un grand Maghreb qui couvre, avec la Mauritanie et la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-geographie/#i_1319

MAGHREB - Le Maghreb politique

  • Écrit par 
  • Karima DIRÈCHE
  •  • 7 439 mots
  •  • 5 médias

Le Maghreb, « pays du Soleil couchant » en langue arabe, regroupe historiquement trois pays, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, auxquels viennent s'ajouter la Mauritanie à l'ouest et la Libye à l'est pour former le Grand Maghreb. Par son espace géographique et historique, marqué par une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-le-maghreb-politique/#i_1319

MAGHREB - Littératures maghrébines

  • Écrit par 
  • Jamel Eddine BENCHEIKH, 
  • Christiane CHAULET ACHOUR, 
  • André MANDOUZE
  •  • 14 266 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Perspectives d'avenir »  : […] démenti. Les mouvements nationalistes en ont fait un des motifs de leurs revendications. L'action de réformistes tels que l'Algérien Ibn Bādis (1889-1940), président de l'association des 'Ulamā', et ses disciples, celle des universités de la Zaytūna à Tunis et al-Qarāwiyyīn à Fès réussirent à maintenir l'enseignement et la diffusion de la pensée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-litteratures-maghrebines/#i_1319

MANDOUZE ANDRÉ (1916-2006)

  • Écrit par 
  • Jean-Claude PETIT
  •  • 867 mots

de cette existence peu banale. Nommé professeur de latin à Alger, Mandouze ne tarde pas à épouser la cause de l'Algérie indépendante. Dès 1947, il dénonce le « mythe des trois départements français », puis il fonde, en 1950, la revue Conscience algérienne, revue contre la colonisation, pour une Algérie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-mandouze/#i_1319

MAROC

  • Écrit par 
  • Raffaele CATTEDRA, 
  • Myriam CATUSSE, 
  • Fernand JOLY, 
  • Luis MARTINEZ, 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 20 333 mots
  •  • 21 médias

Dans le chapitre « Le Maroc, le Sahara occidental et l'intégration régionale »  : […] Et pourtant, en mars 2005, la rencontre entre le président algérien Abdelaziz Bouteflika et le roi du Maroc Mohammed VI semble constituer les prémisses d'un dégel. La presse rapporte la rumeur qui annonce la réouverture de la frontière entre l'Algérie et le Maroc comme un premier geste symbolique. Toutefois, l'enthousiasme […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maroc/#i_1319

MASSU JACQUES (1908-2002)

  • Écrit par 
  • Charles-Louis FOULON
  •  • 813 mots

d'armes en 1946. Chef de commandos parachutistes de 1947 à 1949, général de brigade en juin 1955, il dirige les parachutistes de l'expédition avortée de Suez en novembre 1956 avant que la IVe République le nomme commandant militaire du département d'Alger et abandonne à sa 10e division parachutiste les pouvoirs de police, le 7 janvier 1957 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-massu/#i_1319

MATOUB LOUNÈS (1956-1998)

  • Écrit par 
  • Éliane AZOULAY
  •  • 638 mots
  •  • 2 médias

Cet infatigable barde de la laïcité et de la culture berbère, qui a clamé sur tous les tons que seule la mort parviendrait à le faire taire, a été assassiné le 25 juin 1998, vraisemblablement par un commando islamiste, sur une route menant à Tizi Ouzou, où il était né quarante-deux ans plus tôt, le 26 janvier 1956 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lounes-matoub/#i_1319

MESSALI HADJ AHMED (1898-1974)

  • Écrit par 
  • Martine MEUSY
  •  • 994 mots

Messali Hadj fut un homme politique et un militant nationaliste algérien ; il fut le premier à réclamer l'indépendance de l'Algérie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmed-messali-hadj/#i_1319

MIMOUNI RACHID (1945-1995)

  • Écrit par 
  • Jean-Louis JOUBERT
  •  • 645 mots

Né le 20 novembre 1945 à Boudouaou, à 30 kilomètres d'Alger, dans une famille de petits paysans, Rachid Mimouni obtient une licence de chimie, puis se consacre à son métier d'enseignant dans une école de commerce d'Alger. Son premier roman, Le printemps n'en sera que plus beau (1978), publié en Algérie, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rachid-mimouni/#i_1319

MITIDJA

  • Écrit par 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 215 mots

Vaste plaine sublittorale de 1 300 kilomètres carrés, plus ouverte à l'est, la Mitidja est bordée au nord par les basses collines du Sahel, plus basses encore à l'est d'Alger, et limitée au sud par la haute chaîne du Tell, véritable barrière naturelle enneigée une partie de l'année et franchie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mitidja/#i_1319

MOZABITES

  • Écrit par 
  • Charles-Robert AGERON
  •  • 2 292 mots

Les Mozabites, population du sud de l'Algérie évaluée au début des années quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille individus, se définissent essentiellement par leur habitat géographique, le Mzab, et par leur doctrine religieuse : aux yeux des musulmans orthodoxes, ce sont des membres de la secte ibāḍite. Dans le Maghreb, leur […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mozabites/#i_1319

NEDJMA, Kateb Yacine - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean-Louis JOUBERT
  •  • 873 mots
  •  • 1 média

Dès sa publication, en 1956, en pleine guerre d'Algérie, Nedjma s'est imposé comme le roman fondateur de la littérature algérienne moderne. Écrit pour l'essentiel avant le 1er novembre 1954, date du déclenchement de l'insurrection, il a été lu comme une somme sur l'Algérie colonisée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nedjma/#i_1319

NEUWIRTH LUCIEN (1924-2013)

  • Écrit par 
  • François AUDIGIER
  •  • 698 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le gaulliste »  : […] adjoint au maire en 1953. En 1956, membre du comité directeur du Centre national des républicains sociaux, il est battu aux législatives. Début 1958, il propose que l’Association des Français libres appelle au retour de De Gaulle, puis part forcer le destin en Algérie après avoir informé le général de ses intentions […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lucien-neuwirth/#i_1319

ORAN-ARZEW

  • Écrit par 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 813 mots
  •  • 1 média

Malgré un passé urbain reconnu (25 000 hab. au xvie siècle mais seulement 9 000 en 1830), Oran doit au capitalisme colonial son essor économique et démographique (275 000 hab. en 1954) et l'assise de ses fonctions régionales. Nœud de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/oran-arzew/#i_1319

OULÉMAS, OULAMAS ou ULÉMAS

  • Écrit par 
  • Yvon LINANT DE BELLEFONDS, 
  • Guy MONNOT
  •  • 2 655 mots

Dans le chapitre « L'Association des oulémas algériens »  : […] L'Association des oulémas algériens n'a rien eu de comparable – quel que soit le point de vue auquel on se place – avec l'Aréopage d'Al-Azhar. Fondée en 1931 à Constantine par Abdel-Hamid ben Badis, elle groupait au début une dizaine de diplômés du Caire, de Damas et surtout de la Zaytūna de Tunis. Ses premiers fonds lui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/oulemas-oulamas-ulemas/#i_1319

PÉTROLE - Géographie du pétrole

  • Écrit par 
  • Christophe BÉLORGEOT
  •  • 5 063 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'Afrique »  : […] le Nigeria, la majeure partie de la production du continent africain provenait, dans les années 1970 et 1980, de sa partie Nord (Algérie, Égypte et Libye essentiellement). En 1980, l'Afrique du Nord couvrait les deux tiers de la production du continent. Aujourd'hui, la percée des divers pays du golfe de Guinée permet d'avoir un équilibre entre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/petrole-geographie-du-petrole/#i_1319

PIERRE-BLOCH JEAN (1905-1999)

  • Écrit par 
  • Charles-Louis FOULON
  •  • 683 mots

à la section non militaire du Bureau central de renseignements et d'action (B.C.R.A.), puis gagne Alger pour retrouver des fonctions de député en 1943 avant d'être nommé commissaire adjoint à l'Intérieur auprès d'Emmanuel d'Astier, en 1944. Il gère les services d'Alger pendant qu'à Londres d'Astier et Georges Boris restent […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pierre-bloch/#i_1319

PRINTEMPS ARABE ou RÉVOLUTIONS ARABES

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT
  •  • 8 179 mots

Dans le chapitre « Désamorcer la contestation par des concessions  »  : […] ailleurs, d'autres États font preuve d'un activisme fort pour désamorcer la contestation. Le régime algérien, par exemple, calme la contestation par l'annonce de mesures emblématiques, comme la levée de l'état d'urgence – un symbole de l'arbitraire du système répressif – en février 2011, et multiplie les annonces (lois plus libérales sur la presse […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/printemps-arabe-revolutions-arabes/#i_1319

QUATRIÈME RÉPUBLIQUE

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 7 078 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La politique à l'égard des colonies »  : […] colonial reste inchangé. Des émeutes donnent lieu à des répressions sanglantes en 1945 à Sétif (Algérie) et en 1947 à Madagascar. L'Assemblée nationale a voté en décembre 1947 un statut relativement libéral pour l'Algérie, donnant des pouvoirs de gestion à une assemblée algérienne, paritaire, élue sur la base d'un double collège (français et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/quatrieme-republique/#i_1319

RAÏ, musique

  • Écrit par 
  • Eugène LLEDO
  •  • 1 256 mots
  •  • 1 média

En France, on a coutume de désigner par le vocable raï (qui signifie, en arabe, « l'opinion ») l'ensemble des musiques algériennes populaires et électriques. Cette généralisation est abusive, car le raï, musique moderne d'Oran et de l'ouest de l'Algérie, constitue un genre à part entière, nettement distinct d'autres formes musicales algériennes, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rai-musique/#i_1319

RAPATRIÉS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 8 352 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Les indigènes auxiliaires »  : […] ses conditions fut celui du retour des harkis, les musulmans d'Algérie engagés du côté de l'armée française dans la lutte contre le F.L.N. Réfugiés en France, ayant opté pour la nationalité française, ils représentaient, avec leur famille, de 150 000 à 200 000 personnes. Leur situation précaire entre deux communautés dont l'une, d'accueil, reste […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rapatries/#i_1319

SAHARA

  • Écrit par 
  • Ali BENSAÂD, 
  • Jeffrey Allman GRITZNER
  •  • 7 608 mots
  •  • 8 médias

Le Sahara s'étend sur une dizaine de pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Soudan, Tchad, Niger, Mali, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sahara/#i_1319

SAINT-SIMON CLAUDE HENRI DE ROUVROY comte de (1760-1825) ET SAINT-SIMONISME

  • Écrit par 
  • Pierre GUIRAL, 
  • Ernest LABROUSSE
  •  • 6 005 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le saint-simonisme hors de France »  : […] Autre terrain d'élection : l'Algérie, dont la conquête se fait difficilement. Enfantin, qui a obtenu du gouvernement de Louis-Philippe une mission officielle, publie en 1843 un ouvrage en deux volumes sur la Colonisation de l'Algérie. L'année suivante, le journal L'Algérie ne se borne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/saint-simon-et-saint-simonisme/#i_1319

SALAN RAOUL (1899-1984)

  • Écrit par 
  • Jean PLANCHAIS
  •  • 894 mots
  •  • 2 médias

républicaines sont connues, pour prendre, en novembre 1956, le commandement en Algérie. Les milieux « ultras » de l'Algérie française voient en lui l'exécutant d'une politique d'abandon. Le 16 janvier 1957, deux obus de bazooka tuent, dans le bureau du commandant en chef, un de ses adjoints, le commandant Rodier. Cependant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/raoul-salan/#i_1319

SANSAL BOUALEM (1949-   )

  • Écrit par 
  • Denise BRAHIMI
  •  • 1 023 mots
  •  • 1 média

Né à Theniet el Had (Algérie), Boualem Sansal a vécu une partie de son enfance dans le quartier Belcourt d’Alger, un trait commun avec Albert Camus. L’écrivain n’a évoqué ces faits que tardivement, dans son sixième roman, Rue Darwin (2011). […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/boualem-sansal/#i_1319

SERSOU

  • Écrit par 
  • Bouziane SEMMOUD
  •  • 474 mots

Assurant la transition entre l'Ouarsenis, montagne massive mais non infranchissable, et les Hautes Plaines algéro-oranaises, le Sersou est une plaine haute (de 800 à 1 000 m) mais suffisamment arrosée — près de 400 millimètres d'octobre à mai — pour autoriser une agriculture sèche, malgré une position méridionale à la limite de la zone aride, qui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sersou/#i_1319

TASSILI DES AJJER

  • Écrit par 
  • Isabelle CRUCIFIX
  •  • 202 mots
  •  • 1 média

Plateau désertique prolongeant le Hoggar vers le nord-est, le Tassili des Ajjer (ou Adjer) est parsemé de larges blocs gréseux et troué de gorges profondes. Au sud, il s'élève par gradins successifs jusqu'à une altitude voisine de 2 000 mètres ; du nord, il descend en pente douce vers […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tassili-des-ajjer/#i_1319

TELL ALGÉRIEN

  • Écrit par 
  • André PRENANT
  •  • 412 mots

Le terme arabe « tell » (hauteur) désigne au Maghreb toute la frange « utile » des reliefs proches du littoral, il s'oppose au Sahara (sahara : « désert ») incluant les Hautes Plaines steppiques. La tradition ne l'applique donc pas au Constantinois, où, entre montagnes méditerranéennes et désert, les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tell-algerien/#i_1319

TERRORISME

  • Écrit par 
  • Gérard CHALIAND, 
  • Pierre DABEZIES, 
  • Sylvia PREUSS-LAUSSINOTTE, 
  • Jean SERVIER
  •  • 13 242 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Mouvements minoritaires sans guérilla »  : […] terrorisme d'État particulièrement brutal, a adopté des méthodes d'une rare barbarie. Un nombre non négligeable d'islamistes algériens ont été entraînés en Afghanistan et font partie de réseaux transnationaux. Les actions les plus dramatiques de cette mouvance terroriste ont été le détournement à Alger, en décembre 1994, d'un avion d'Air France par […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/terrorisme/#i_1319

TLEMCEN

  • Écrit par 
  • André PRENANT
  •  • 134 mots
  •  • 1 média

Capitale du Maghreb central au ixe siècle puis du xiiie au xvie siècle et enfin incluse dans l'État turc d'Alger jusqu'au […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tlemcen/#i_1319

TOUAREGS

  • Écrit par 
  • René OTAYEK
  •  • 4 562 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le Mali et le Niger face à la rébellion touarègue »  : […] internationale destinée aux camps d'exilés installés au Niger. Ces Touaregs avaient gagné l'Algérie ou la Libye en trois vagues successives : la première, au début des années 1960, fuyait le régime radical de Modibo Keita, au Mali ; les deux autres y avaient été poussées par les deux grandes sécheresses des années 1970 et 1980. Leur nombre – plus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/touaregs/#i_1319

TRICOT BERNARD (1920-2000)

  • Écrit par 
  • Charles-Louis FOULON
  •  • 737 mots

» (Léo Hamon). Jurisconsulte du protectorat français en Tunisie, il devint en 1959 le principal collaborateur de René Brouillet au secrétariat général de la présidence de la République pour les affaires algériennes ; il y suivit « les sentiers de la paix » et l'évolution de la pensée du général, de l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-tricot/#i_1319

Voir aussi

ADDUCTION D'EAU    AFRIQUE géographie    AFRIQUE géologie    AFRIQUE DU NORD histoire Antiquité et Moyen Âge    AFRIQUE DU NORD histoire de 1440 à 1880    AFRIQUE DU NORD histoire de 1880 à 1945    AFRIQUE DU NORD histoire de 1945 à nos jours    RÉVOLUTION AGRAIRE    EXPLOITATIONS AGRICOLES    AJUSTEMENT STRUCTUREL    HAUTES PLAINES D'ALGÉRIE    LANGUE ARABE    ARMÉE ISLAMIQUE DU SALUT    ASSIMILATION politique coloniale    ATLAS Afrique du Nord    ATTENTAT    AUTOGESTION    ALI BENFLIS    CATASTROPHES NATURELLES    CHÉLIF    CHOTT-ECH- CHERGUI    CLIMATS    CLIMATS ARIDES    COLLECTIVISATION    COMPAGNIES PÉTROLIÈRES    FORMATIONS SOCIO-POLITIQUES CONFESSIONNELLES    CONSTITUTION FRANÇAISE DE 1946    CORRUPTION    DÉMOCRATISATION    DENSITÉ DE POPULATION    APPROVISIONNEMENT ET TRAITEMENT DE L'EAU    EAU POTABLE    ÉCONOMIE DE MARCHÉ    ÉCONOMIE DIRIGÉE    ÉMEUTE    EMPLOI    ÉCONOMIE DE L'ÉNERGIE    ACCORDS D'ÉVIAN    EXPORTATIONS    DROIT DE LA FAMILLE    DROITS DES FEMMES    MINERAIS DE FER    F.F.S.    F.I.S.    FLEXURE SAHARIENNE ou ACCIDENT NORD-SAHARIEN    F.L.N.    POLITIQUE FONCIÈRE RURALE    FONDAMENTALISME MUSULMAN    FRANCE histoire de 1815 à 1871    FRANCE histoire de 1958 à 1974    FRANCE histoire de 1974 à nos jours    GALERIES SOUTERRAINES technique    GAZODUC    G.I.A.    G.P.R.A.    GUERRE CIVILE    GUERRES D'INDÉPENDANCE & INSURRECTIONS PATRIOTIQUES    CHOTT-EL- HODNA    HOGGAR ou AHAGGAR    IMMIGRATION    IMPORTATIONS    ISLAM histoire    ISLAM NORD-AFRICAIN    ISLAMISME    KABYLIES    LIBÉRATION NATIONALE    POLITIQUE DU LOGEMENT    ABASSI MADANI    MÉTHANIER    MIGRANTS    HISTOIRE DES MIGRATIONS    MILICE    M.N.A. - Mouvement national algérien    M.T.L.D.    NON-ALIGNEMENT    OLÉODUC    PARTI UNIQUE    PARTIS COMMUNISTES    POLITIQUE PÉTROLIÈRE    PRODUCTION PÉTROLIÈRE    POLITIQUE FONCIÈRE    POLITIQUE INDUSTRIELLE    POUVOIRS EXCEPTIONNELS    P.P.A.    PRIVATISATION    RAFFINAGE    RÉFORMISME MUSULMAN    RELIGION D'ÉTAT    RÉPRESSION    RÉSERVES NATURELLES    RESSOURCES MINIÈRES    R.N.D.    SAHARA ALGÉRIEN    SECTEUR INFORMEL    MASSACRES DE SÉTIF    INDUSTRIE SIDÉRURGIQUE    SOCIALISME ARABE    CONGRÈS DE LA SOUMMAM    TELL géographie    SECTEUR TERTIAIRE    TIBÉHIRINE    TREMBLEMENT DE TERRE    U.D.M.A.    URBANISATION    VITICULTURE    LIAMINE ZEROUAL    LES ZĪRIDES

Pour citer l’article

Jean LECA, Sid-Ahmed SOUIAH, Charles-Robert AGERON, Benjamin STORA, « ALGÉRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/algerie/