SICILE

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Italie : carte administrative

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L'Etna

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Site archéologique, Géla (Sicile)

Site archéologique, Géla (Sicile)
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Thermes de la villa de Piazza Armerina

Thermes de la villa de Piazza Armerina
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La Sicile est insulaire, donc particulière : son histoire fut originale et, jusqu'au haut Moyen Âge, ne se confondit pas avec celle de l'Italie voisine. Au centre de la Méditerranée, entre le bassin occidental et le bassin oriental, elle subit des influences multiples : les Phéniciens et les Grecs, les Romains, puis les Byzantins, les Arabes et les Normands s'y fixèrent tour à tour et la marquèrent de leur influence, y laissant de splendides œuvres d'art. Elle fut à la fois terre de contacts et objet de convoitise de la part des empires, lieu d'épanouissement et foyer de rayonnement de civilisations rivales ou successives.

Italie : carte administrative

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Carte administrative de l'Italie. 

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—  Claude LEPELLEY

La Sicile conserve, au très haut Moyen Âge, la situation particulière qu'elle occupait dans l'Empire romain ; épargnée par l'invasion lombarde, elle est occupée pendant plus de deux siècles et demi par les musulmans d'Afrique. Avec l'arrivée des Normands au xie siècle, c'est le Midi continental, de plus en plus distinct du reste de la péninsule, qui entreprend la conquête de l'île, d'où un ensemble territorial plus ou moins unifié, et nettement séparé de l'Italie septentrionale et centrale. Bien que les deux régions, Sicile et Midi italien, ne se ressemblent guère, bien que les hasards politiques tantôt les unissent et tantôt les séparent (les « Deux-Siciles »), on ne peut historiquement les séparer : le nom même de Sicile, que chacune revendique, les rend solidaires. Et, malgré les différences, un sort commun donne à leur histoire, à partir du xie siècle, des courbes parallèles : profondément marqués par l'occupation orientale (musulmane dans l'île, grecque sur le continent), ces pays, prospères et remarquablement administrés au xiie siècle, connaissent à l'époque moderne une longue décadence, qui les apparente aux Balkans ou à l'Afrique du Nord, et que n'ont pu corriger les réformes de la période des Lumières : la question du Mezzogiorno, encore attardé malgré les efforts actuels de mise en valeur, l'atteste.

—  Jean-Marie MARTIN

C'est moins dans la médiocrité des conditions naturelles que dans l'archaïsme des structures sociales et dans les conditions historiques de la concurrence exercée par les régions industrialisées du nord de l'Italie qu'il faut chercher les raisons du retard et de la misère de la Sicile contemporaine. Comme en Sardaigne, la revendication de réformes économiques a entretenu celle de l'autonomie : l'île fut constituée en région à statut spécial dès 1948. Ni la réforme agraire, commencée en 1950, ni les débuts de l'industrialisation appuyée, à partir de 1960, sur les ressources minières locales, ni les progrès du tourisme ne suffisent à assurer le plein emploi : le chômage complet ou partiel affecte la majorité de la population active ; après l'émigration outre-Atlantique de centaines de milliers de Siciliens en un siècle, la Sicile, qui compte environ cinq millions d'habitants en 2008, a fourni pendant longtemps de la main-d'œuvre aux régions industrielles du nord de l'Italie et aux États européens voisins. Si, au début du xxie siècle, le solde migratoire avec l'étranger est positif, les problèmes de fond de la société sicilienne restent sans véritable solution, en dépit de l'aide économique de l'Union européenne.

Géographie et économie

Une île dissymétrique

La disposition du relief et son armature structurale prolongent en Sicile (25 700 km2) la dissymétrie de l'Italie péninsulaire ; mais l'île appartient à une province climatique différente, caractérisée par une sécheresse estivale très longue. Le bourrelet montagneux septentrional évoque l'Apennin et est interprété comme un élément d'une chaîne plissée et charriée vers le sud, effondrée dans la mer Tyrrhénienne. Les monts Péloritains forment la corne nord-est de l'île que le détroit de Messine sépare à peine de la Calabre : un élément de socle schisteux et granitique portant quelques lambeaux de couverture calcaire chevauche au sud-ouest une bande de flysch ; comme l'ensemble a été soulevé récemment à plus de 1 200 m d'altitude, une trame serrée de déchirures d'origine torrentielle ajoute à la variété du relief. De Capo d'Orlando à Bagheria, l'ensemble des monts Madonie, qui dépasse 1 900 m, est fort compact en dépit de sa diversité lithologique (argiles, flysch et grès). Le relief est moins élevé (1 300 m) et cependant beaucoup plus aéré au voisinage de Palerme : de larges blocs calcaires creusés de dépressions karstiques sont séparés par des couloirs où affleure le flysch et dont l'individualisation pourrait avoir commencé au Miocène. En contrebas de ces montagnes, la côte forme une riviera isolée dont le secteur le mieux doué par la qualité des sols et la fréquence des sources correspond à la Conca d'Oro de Palerme.

Entre Trapani, Enna et Gela s'étend un monde de collines et de plateaux comparables à ceux de Lucanie : une série sédimentaire argileuse très épaisse, contenant aussi des blocs de calcaires, de grès, etc., a pénétré, étant affectée de mouvements tangentiels, divers niveaux de la série autochtone (calcaire, gypse). L'ensemble fut érodé, puis recouvert par des dépôts pliocènes argileux ou sableux avant d'être porté à plus de 1 000 m d'altitude au début du Quaternaire. Les unités morphostructurales sont menues et discontinues : talus monoclinaux, alvéoles en roches tendres, tables gréseuses, collines argileuses aux versants modelés par les franes ; les mêmes éléments s'agencent en combinaisons variables à l'infini ; au sud, des plaines littorales évoquent les Maremmes (Agrigente, Gela), et la côte, basse et régularisée, est jalonnée par quelques caps mous.

Au-delà d'une ligne Vittoria-Augusta, les monts Iblei, bastion sud-est de l'île, rappellent la Pouille : même netteté des lignes directrices du paysage, même contact par faille, à l'ouest, avec la fosse sédimentaire voisine, même type de série calcaire ; celle-ci, dont la rigidité et la puissance appellent la comparaison avec l'Afrique du Nord, plonge vers le sud-est et donne lieu à de beaux escarpements dissymétriques où les rivières forment des gorges profondes (Raguse). Ce massif calcaire domine au nord la plaine de Catane, large fossé colmaté par des alluvions récentes où des cendres volcaniques sont interstratifiées. Le plus grand volcan d'Europe, l'Etna (3 340 m), se dresse au nord ; il reste actif ; la masse du cône est formée d'une alternance de cendres et de laves ; des coulées fluides ont été émises plus récemment.

L'Etna

L'Etna

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Le plus haut volcan d'Europe, l'Etna, encore actif, domine l'île de Sicile. 

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La dissymétrie orographique commande la répartition des précipitations : la façade nord de l'île reçoit plus de 700 mm par an, l'ensemble du versant sud, souvent envahi par des masses d'air sec d'origine africaine, moins de 600 mm ; mais la sécheresse dure autant à Palerme qu'à Agrigente : cinq mois. Dans ces conditions, une seule rivière (Simeto) dispose d'un écoulement permanent ; des formations végétales xérophiles s'étendent sur la majeure partie de l'île ; l'olivier peut dépasser l'altitude de 900 m, et seuls les froids hivernaux liés à l'altitude expliquent la forêt de chênes caducifoliés des monts Madonie et la présence de hêtres à l'Etna.

Les activités économiques

À la céréaliculture extensive qui occupe l'essentiel des surfaces cultivables s'opposent en Sicile diverses formules d'arboriculture et de légumiculture intensives qui portent sur le dixième de la surface cultivée. L'élevage n'a qu'une place limitée.

Le domaine céréalier coïncide presque exactement avec la Sicile intérieure : campagnes nues où les rares vergers d'amandiers et d'oliviers sont fixés sur des plaques de calcaire ou de grès, et où les labours sont, à chaque saison humide, menacés par l'extension des franes. La culture du blé dur et de l'orge est conduite en jachère biennale ; mais il arrive que la seconde sole porte au printemps une culture de fèves, comme en Afrique du Nord. À la fin du xxe siècle, l'île produisait ainsi environ 9 millions de quintaux de céréales avec des rendements rarement supérieurs à 10 quintaux par hectare. La population (5 016 861 hab. en 2006 selon l’estimation officielle) est pourtant très dense (195 hab./km2) et se rassemble, surtout à l'ouest, dans d'énormes villages, imposant aux paysans de longs déplacements jusqu'à leurs champs. Le morcellement des grandes exploitations n'a pas conduit à la dispersion de l'habitat, mais il a entraîné la décadence de l'élevage extensif : rien n'est plus différent de la Sardaigne pastorale que cette Sicile céréalière.

Les activités sont plus variées dans le reste de l'île. Les productions d'huile et de vin représentent moins du dixième du total italien, mais elles sont rarement assurées par des régions spécialisées, sauf le vignoble du Sud-Ouest et l'oliveraie d'Agrigente. L'agrumiculture des rivieras nord et est participe d'une tradition ancienne vivifiée par la demande du marché européen, mais elle laisse une place à des spéculations plus récentes que soutiennent l'amélioration des liaisons routières avec l'Italie continentale et la création de conserveries ; la culture des tomates dans la plaine de Milazzo en fournit un exemple. Cependant, l'étroitesse des périmètres irrigués modernes (Gela, Catane) limite la valorisation d'atouts climatiques qui permettraient de faire de la Sicile une des grandes bases légumières et fruitières du reste de l'Europe.

Les structures agraires opposent d'ailleurs un obstacle considérable à la modernisation. Dans les plaines côtières du Nord, siège d'une agriculture intensive, capable, grâce à une savante utilisation des eaux d'irrigation, de fournir plusieurs récoltes par an, la luxuriance des vergers et des champs de légumes recouvre des structures foncières très inégales : la minuscule propriété est fréquente et ses dimensions ne peuvent garantir son autonomie ; la terre est souvent, notamment près de Palerme où dominent les agrumes, propriété de la bourgeoisie urbaine. Quant au vignoble de Trapani et Marsala, il est mieux équilibré, car la division spontanée du latifondo a permis de former des exploitations stables.

En Sicile orientale, la plaine de Vittoria associe au coton diverses cultures méditerranéennes (fenouil, poivron, aubergine) ; les versants de l'Etna, colonisés dès que les laves sont altérées, portent des agrumes, des légumes, des raisins ; et les monts Iblei associent à une polyculture sèche, fondée sur la vigne, les céréales et l'amandier, un élevage moins extensif que dans le reste de l'île.

La rente foncière prélevée sur les campagnes par les grands propriétaires civils et religieux a assuré la construction de villes monumentales. Mais Palerme (1,24 million d’habitants en 2006 selon l’estimation officielle), Catane (1,07 million d’hab.), Messine, Syracuse, Marsala et Trapani, Caltanissetta, Raguse et Gela doivent beaucoup de leurs habitants à l'afflux de paysans sans terre ni travail qui y rejoignent un prolétariat urbain dont une partie survit grâce à de petits trafics sans continuité. Ce délabrement social exprime la fragilité des structures du commerce et de l'industrie autochtones.

Les industries extractives (sel, soufre), alimentaires, textiles ou mécaniques d'origine locale sont en perte de vitesse, car elles reposent sur des bases trop étroites. Mais l'extraction de la potasse (Agrigente) et du pétrole (Gela, Raguse), la position maritime de l'île et ses énormes réserves de main-d'œuvre ont attiré les grandes entreprises capables d'utiliser les crédits publics. Le commerce avec l'Afrique et le Proche-Orient aussi bien que le raffinage du pétrole local ou importé à Gela, à Augusta et à Milazzo ont entraîné la création d'industries chimiques (ammoniaque, engrais, plastiques), ainsi que de cimenteries. Tout différent est le développement de Catane, fondé sur de petites unités, animé par des entrepreneurs locaux et destiné à fournir le marché insulaire. La région de Catane s’est une nouvelle fois singularisée par la création, en 2003, de l’« Etna Valley », qui regroupe des entreprises performantes liées à l’univers des technologies de l’information et de la communication. Initié par la société S.T. Microelectronics, le district de l’Etna Valley regroupe, outre des entreprises, des instituts publics et des universités. Mais cet exemple de dynamisme reste isolé. Classée « région de convergence » par l’Union européenne, la Sicile reçoit de conséquentes aides communautaires dont l’usage est trop souvent détourné de son objet premier.

La concentration des investissements dans la zone orientale, qui dispose aussi de la majorité des équipements touristiques, alors que Palerme, capitale régionale, regroupe l'appareil administratif, tend à perpétuer les distorsions internes de la Sicile : à l'est, un secteur plus ouvert aux influences extérieures ; à l'ouest, une partie de l'île plus reculée où la mafia contribue à maintenir des structures sociales très inégales.

—  Pierre-Yves PÉCHOUX

Des origines à l'invasion normande

La Sicile fut peuplée tardivement aux temps préhistoriques. L'agriculture et l'élevage furent reçus de l'Orient à la fin du Ve millénaire. C'est de là aussi que vint plus tard l'usage des métaux, et, au IIe millénaire, celui du bronze : la Sicile était alors une étape sur la route de l'étain venu du nord. Les fouilles livrent de nombreux objets mycéniens, prouvant l'existence d'importants échanges commerciaux avec le monde égéen ; le périple d'Ulysse dans les eaux siciliennes, selon L'Odyssée, garde le souvenir de ces lointaines navigations. Les populations se mettent alors en place : l'Est est peuplé par les Sicules, Indo-Européens proches des Latins ; à l'ouest se maintiennent les Sicanes et les Elymes, descendants de peuples plus anciennement installés.

Les marchands phéniciens fréquentèrent les côtes siciliennes dès la fin du IIe millénaire et ils y fondèrent des comptoirs au ixe siècle. À l'arrivée des Grecs, ils se replièrent dans l'Ouest, à Motyé, à Solonte et Palerme. Carthage leur imposa ensuite son autorité et s'implanta solidement dans la pointe occidentale de l'île ; à partir du vie siècle, elle joua un rôle très actif dans la vie économique et politique sicilienne.

Dans la première moitié du viiie siècle, les contacts furent renoués entre la Sicile et le monde grec qui connaissait alors une grave crise politique et sociale. Cadets sans terres, hors-la-loi et vaincus allaient gagner les pays du Couchant, qui leur apparaissaient comme un fabuleux Eldorado. Le mouvement de colonisation, qui débuta vers 760, se poursuivit jusqu'au milieu du vie siècle. D'abord spontané, il fut, à partir de 650, organisé par les cités recherchant matières premières et débouchés pour leurs produits. En 757, des Ioniens d'Eubée s'installèrent à Naxos, sur la côte orientale ; ils s'assurèrent ensuite le contrôle du détroit de Messine ; puis vinrent des Doriens : les Mégariens ; les Corinthiens qui fondèrent Syracuse en 733 ; les Rhodiens fondant Gela. Ces premières cités grecques de Sicile créèrent à leur tour des colonies dans l'île dont les côtes furent progressivement frangées d'établissements hellènes.

Site archéologique, Géla (Sicile)

Site archéologique, Géla (Sicile)

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Site archéologique, Géla, VIe-Ve siècle av. J.-C., Sicile. 

Crédits : K & B News Foto, Florence, Bridgeman Images

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L'âge d'or de la Sicile grecque (VIe-Ve siècle av. J.-C.)

Les colons apportaient leurs dieux, leur langue, les lois de leur patrie, refoulant ou dominant les indigènes. Ils ne gardèrent que des liens très lâches avec leurs métropoles. La fécondité de la terre sicilienne fut à l'origine d'une prospérité éclatante, essentiellement fondée sur l'agriculture. Les cités eurent un régime aristocratique, la terre et la politique étant le quasi-monopole des héritiers des premiers colons. Cependant se créaient des classes d'artisans et de commerçants, désireux de parvenir à la puissance politique.

En cas de crise grave, il arrivait que, comme dans la vieille Grèce, un tyran s'imposât ; le plus célèbre, aussi cruel qu'énergique, fut Phalaris d'Agrigente (vers 550).

Les difficultés ne manquaient pas. Comme en Grèce, les cités s'affrontaient dans de nombreuses guerres. Les Sicules demeuraient toujours redoutables. Carthage, surtout, faisait de la Sicile un des plus importants bastions de son empire et menaçait gravement les Grecs. Ces dangers permirent, au ve siècle, l'installation d'une nouvelle génération de tyrans. Les quatre Déinoménides, établis à Gela et à Syracuse, furent un moment les plus puissants dynastes du monde grec et sauvèrent l'hellénisme occidental. Par sa victoire d'Himère (480), Gélon écarta pour un siècle le danger carthaginois ; son frère Hiéron (478-466) détruisit la flotte étrusque devant Cumes. Leurs succès mêmes rendirent les tyrans inutiles : à partir de 450 s'instaurèrent des régimes démocratiques dont la vie fut agitée. La Sicile n'était pas étrangère aux luttes politiques de la Grèce et elle se partagea entre Sparte et Athènes ; l'échec d'Alcibiade dans sa tentative pour s'emparer de Syracuse inaugura le déclin de la puissance athénienne (415-413).

Le début du ve siècle fut pour la Sicile grecque une période d'apogée : Syracuse était la ville grecque la plus peuplée ; la cour des tyrans était le rendez-vous des artistes et des écrivains les plus réputés. L'un des plus célèbres philosophes présocratiques, Empédocle, est un citoyen d'Agrigente ; il répandit au ve siècle dans le monde grec ses spéculations à la fois rationnelles et mystiques. Cependant, les villes s'enrichissaient de nombreux monuments. Sélinonte et Agrigente offrent toujours leur incomparable ensemble de temples, construits aux vie et ve siècles. Le mécénat des tyrans et l'orgueil des cités ont laissé des édifices magnifiques dans ces deux villes et à Syracuse. À la fin du ve siècle, Ségeste, ville barbare alliée d'Athènes, bâtit un temple rivalisant de beauté avec ceux des Hellènes.

Les difficultés et la fin de la Sicile grecque (IVe-IIIe siècle av. J.-C.)

Le danger carthaginois reparut à la fin du ve siècle ; les cités furent ravagées, et les Puniques contrôlèrent désormais le tiers occidental de l'île. L'histoire de la Sicile s'identifie alors avec celle de Syracuse, seule capable de s'opposer à Carthage. Pourtant, toutes les tentatives d'unification finirent par échouer. Le tyran Denys l'Ancien (405-367), maître de l'île, exerça son hégémonie sur l'Italie du Sud ; il répandait l'hellénisme tout en voulant dépasser le cadre de la cité et fondre les races. Il attira des intellectuels comme Platon ; mais les conseils de celui-ci déplurent au tyran qui le chassa. Deux autres séjours du philosophe à Syracuse sous le règne de Denys le Jeune se terminèrent aussi mal. La Sicile grecque était alors en crise ; l'énergique tyran Timoléon (344-337) s'efforça de lui rendre quelques forces. Plus tard, Agathocle (319-289) redonna à Syracuse une gloire militaire considérable mais éphémère ; il sut être un roi hellénistique modèle par sa science du gouvernement et par son audace militaire : il porta ses armes de Corfou aux portes de Carthage. Ensuite, le roi d'Épire, Pyrrhus, appelé par les cités siciliennes, se crut un moment (278-276) capable d'unir toutes les forces de l'héllénisme et d'éliminer à jamais les puissances de Rome et de Carthage. Il échoua et quitta la Sicile honni de tous. Or, l'île était en train de devenir le champ clos des luttes entre Rome et Carthage.

Jusqu'au iiie siècle avant J.-C., Rome avait borné son impérialisme à l'Italie. En Sicile, elle se heurta à Carthage et, de 260 à 241, au cours de la première guerre punique, la lutte fut acharnée sur terre et sur mer. La victoire des îles Aegates donna la Sicile à Rome. Hiéron II, allié de Rome, garda un petit royaume autour de Syracuse, et quelques cités conservèrent des franchises. Syracuse maintenait la grande tradition de la Sicile grecque ; Théocrite y était né, Archimède y faisait ses découvertes. Le roi Hiéronymos, successeur de Hiéron, puis le gouvernement républicain qui prit sa place s'allièrent à Carthage au cours de la seconde guerre punique (218-201). Le consul Marcellus assiégea la ville qui se défendit trois ans, grâce, en particulier, aux machines inventées par Archimède. Syracuse tomba en 212, et un soldat tua Archimède, malgré les ordres du consul.

La Sicile, province romaine sous la République

L'île fut considérée comme le grenier de Rome à qui elle fournit des céréales et bien d'autres produits, le plus souvent gratuitement, sous la forme d'un lourd impôt en nature. Les publicains, fermiers de l'impôt, exploitaient durement les contribuables. D'immenses domaines se constituaient, au profit de riches Romains ou d'aristocrates locaux ; ces latifundia étaient peuplés par de vastes populations d'esclaves qu'on faisait venir de tout le monde méditerranéen. Leur misère les poussa à des révoltes dont deux aboutirent à des guerres serviles : celle que mena le berger syrien Eunous de 135 à 132, et celle de Tryphon qui, s'étant proclamé roi, terrorisa la Sicile, de 104 à 101, à la tête de trente mille esclaves. Mille d'entre eux allèrent nourrir les fauves aux jeux romains.

Les gouverneurs de province de la République romaine furent souvent concussionnaires et pillèrent leurs administrés. Le cas le mieux connu et le plus sinistre est celui de Verrès, propréteur de Sicile de 73 à 71. Aristocrate politicien totalement amoral, Verrès ne voyait dans les affaires publiques qu'un moyen de s'enrichir : sa province fut pour lui une proie. Il vendit ses décisions de justice au plus offrant, il rançonna les contribuables, envoyant soldats et policiers extorquer des sommes énormes dont il gardait pour lui la plus grosse part. Les villes furent pillées comme les particuliers ; partout, et jusque dans les temples, il rafla statues et œuvres d'art dont il était amateur. Enfin et surtout, il utilisa en bourreau ses prérogatives judiciaires, faisant mettre à mort quiconque lui résistait. En 70, après son départ, les Siciliens portèrent plainte à Rome ; le procès eut lieu, malgré les efforts des collègues de Verrès au Sénat pour étouffer l'affaire. Cicéron plaida la cause des Siciliens, et Verrès fut condamné à rembourser les sommes extorquées. Il lui resta encore assez d'argent pour vivre de longues années paisibles. Cicéron rédigea les Verrines, cinq plaidoyers fictifs où il montre dans leur détail les tares et les crimes du gouverneur, ainsi que la honteuse exploitation de la province de Sicile par l'aristocratie romaine.

La République romaine était proche de l'effondrement, le régime impérial allait bientôt s'appliquer à corriger les fâcheux abus dont les provinces avaient été victimes.

La Sicile sous l'Empire romain

Dès le temps de Jules César, les Siciliens reçurent le droit latin, première étape de leur intégration dans la cité romaine ; on ignore quand celle-ci fut pleinement réalisée. La Sicile fut laissée au Sénat par Auguste lors du partage des provinces, en 27 avant J.-C., mais les empereurs purent contrôler les gouverneurs et éviter aux habitants les prévarications. Les historiens romains ne parlent guère de la Sicile sous l'Empire, ce qui signifie que la paix y régnait. L'île cessa de jouer un rôle essentiel dans l'approvisionnement de Rome en blé. Certains historiens modernes y ont vu, bien arbitrairement, un appauvrissement : il faut plutôt induire de ce fait une meilleure répartition des charges entre les provinces et une diminution des impôts en nature. Les villes reçurent de somptueux monuments, amphithéâtres, thermes, gymnases. Au iie siècle après J.-C., Apulée appelle la Sicile l'île trilingue, car on y parle le grec, le latin et le sicule. À cette époque, toutefois, la Sicile a cessé de jouer un rôle important dans la vie culturelle du monde méditerranéen.

Les Barbares et Byzance

La crise de l'Empire au iiie siècle toucha la Sicile ; sous Gallien, en 265, elle connut une nouvelle guerre servile, favorisée par le fait qu'elle restait une terre de grands domaines. En 278, une bande de pirates francs ravagea Syracuse. La renaissance du ive siècle fut sensible dans l'île : c'est de cette époque que date la magnifique villa de Piazza Armerina, au centre du pays ; elle est ornée de mosaïques qui sont parmi les plus belles du monde romain. Le christianisme ne s'implanta pas avant le iiie siècle et il ne connut un grand essor qu'au ive siècle ; des catacombes ont été retrouvées à Syracuse.

Thermes de la villa de Piazza Armerina

Thermes de la villa de Piazza Armerina

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Vestiges des thermes de la villa de Piazza Armerina. Art romain. Première moitié du IVe siècle après J.-C. Casale, Sicile, Italie. 

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Au ve siècle, dans cette région comme ailleurs en Occident, l'Empire romain s'effondra sous les coups des envahisseurs germaniques. Les Vandales de Genséric, installés en Afrique depuis les années 430-436, firent de nombreuses incursions dans l'île, dont ils s'emparèrent en 468 ; ils durent céder la place en 491 aux Ostrogoths de Théodoric qui dominaient l'Italie. Les structures romaines subsistaient tant bien que mal. Quand, en 535, Bélisaire conquit l'île et l'annexa à l'Empire byzantin de Justinien, une certaine forme de romanité fut rétablie, ainsi qu'un lien, rappelant une histoire fort antique, avec le monde oriental de langue grecque.

Le temps des invasions

Au moment de la chute de l'empire d'Occident, on ne peut encore distinguer un Midi italien ; tout le sud de la péninsule dépend de l'administration suburbicaire de Rome. Économiquement, l'extrême Sud souffre d'une crise démographique et économique que dénonce Cassiodore, ministre de Théodoric, qui cherche en vain à y porter remède. La Sicile, au contraire, est prospère ; elle bénéficie d'une administration particulière, rattachée au patrimoine impérial, et continue de jouir de ses antiques privilèges ; les Vandales y possèdent la base de Lilybée (Marsala) ; mais la région la plus vivante en est l'Est, autour de Syracuse, où la majorité de la population est grecque. Aussi la conquête de la Sicile par Bélisaire est-elle très facile et ne bouleverse-t-elle pas l'ordre antique.

Le sud de la péninsule souffre au contraire de la très longue guerre de Justinien contre les Ostrogoths, surtout sous le règne de Totila (541-552). La grande peste du vie siècle, l'invasion de Lombards, particulièrement sauvages qui, vers 570, s'installent dans l'Apennin, autour de Bénévent, puis de Bulgares dans le Molise, la conquête de la Pouille par les Lombards au viie siècle achèvent de créer le Midi italien : une région politiquement partagée (la côte napolitaine et la Calabre restent byzantines), très dépeuplée et profondément déprimée. La Calabre est finalement rattachée au thème (circonscription administrative) byzantin de Sicile. En fait, l'ensemble de la région sort de l'Occident : Charlemagne, malgré plusieurs tentatives, ne peut s'assurer le contrôle réel de Bénévent, où le duc a pris, en 774, lors de la chute du royaume de Pavie, le titre de prince, pour manifester son indépendance à l'égard des Francs. Salerne, en 849, puis Capoue s'émancipent pour devenir les centres de principautés rivales. Mais, au ixe siècle, c'est du sud que viennent les envahisseurs. Dès le milieu du viie siècle, la Sicile avait connu les raids arabes ; après l'installation des Aghlābides, c'est de Tunis que vient le danger : en 827, les troupes d'Ifrīqiya débarquent à Mazara ; en 831, la vieille cité de Palerme est prise et devient le siège d'une colonie militaire qui conquiert toute l'île (seule Taormina résiste jusqu'en 902). À la faveur des luttes entre princes, les musulmans pénètrent en Italie : en 847, Khalfūn fonde l'émirat de Bari ; d'autres s'installent en Campanie, à l'embouchure du Garigliano, et pillent même Saint-Pierre de Rome en 846. L'empereur occidental Louis II (reprise de Bari en 871), puis surtout Byzance à son apogée (reprise de Tarente en 880, victoire du Garigliano en 915) chassent les musulmans d'Italie, sans pouvoir empêcher les razzias maritimes qui durent jusqu'au xie siècle. Byzance s'installe dans toute la Pouille et la Basilicate. Les raids hongrois du xe siècle, l'établissement de colonies slaves dans le Gargano, puis les descentes périodiques des empereurs germaniques, souvent appuyés par les princes lombards, ne présentent pas la même gravité. Les différents États qui se partagent la région du viie au xie siècle ont tous profondément marqué son avenir.

Très autonomes vis-à-vis du roi de Pavie, le duché de Bénévent et les principautés qui lui succèdent font durer jusqu'au xie siècle des institutions barbares, légèrement marquées par le voisinage byzantin, mais que n'influence pratiquement pas l'organisation carolingienne ; la vassalité n'y existe pas. Le prince, entouré de son « palais », est représenté localement par des gastalds. L'essor économique des xe et xie siècles, après le reflux arabe, et la multiplication des petites villes fortifiées (castra) donnent à ceux-ci une puissance et une autonomie qui dissolvent un pouvoir public qui ne s'appuie que peu sur les liens personnels ; les grands monastères (le Mont-Cassin, Saint-Vincent du Volturne), possesseurs d'immenses territoires, dotés de droits régaliens, aident à cette dissolution comme à l'essor économique. Après la conversion des Lombards par saint Barbatus (fin du viie siècle), mais surtout sous l'impulsion ottonienne au xe siècle, un nouveau réseau épiscopal s'établit dans chaque principauté. Les cités tyrrhéniennes (essentiellement Naples, Gaëte, Amalfi) appartiennent théoriquement à Byzance jusqu'au xie ou même au xiie siècle. En fait, si Naples conserve quelques institutions romaines (vestiges de la curia municipale), ces villes, de population indigène, se rendent autonomes dès le viiie siècle. Naples (gouvernée par une aristocratie foncière qui cherche même à réduire les pouvoirs du duc en 1129-1130) a des intérêts essentiellement terriens ; mais Gaëte et surtout Amalfi, coincée entre la mer et la falaise, s'adonnent au grand commerce : les Amalfitains sont installés à Antioche, à Byzance et dans l'Égypte fātimide au xe siècle ; au xie siècle, la famille de Mauro et Pantaleone fonde l'ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et expédie aux églises du Midi des portes de bronze de facture byzantine. Utilisant une monnaie arabe (le tarin d'or), Amalfi est au haut Moyen Âge le premier port important de l'Occident. Sa ruine est accélérée par la conquête normande de 1076. La Calabre et la Longobardie (Pouille, peuplée de Lombards, reconquise à la fin du ixe siècle) dépendent au contraire étroitement du basileus, qui y installe son administration : chaque province forme un thème, militairement gouverné par un stratège commandant une hiérarchie de fonctionnaires, souvent choisis dans l'aristocratie locale (bien que des colonies grecques s'installent dans le sud de la Pouille), qui parfois se révolte (Melo à Bari en 1009 et 1016) ; les villes maritimes et leurs alentours se développent. Vers 975, une réforme unifie les thèmes italiens sous l'autorité unique du catépan de Bari. Des moines fuyant la Sicile (comme d'ailleurs saint Nil, qui fonde le monastère de Grottaferrata près de Rome) mettent en valeur la Lucanie, où un nouveau thème se crée à la fin du xe siècle. Quelques décennies plus tard, la frontière nord de la Pouille (Capitanate) est couverte de villes fortifiées (Troia). La hiérarchie religieuse se reconstitue avec le réseau urbain, non sans heurts entre Latins et Grecs en Pouille, en particulier au moment du schisme de 1054. Mais, au xie siècle, l'État byzantin résiste de plus en plus mal à la pression de l'aristocratie locale, bientôt aidée par les Normands.

Dans la Sicile conquise par les musulmans s'installe le djūnd (armée) : contingents arabes à Palerme, berbères à Agrigente. Très autonome vis-à-vis de Kairouan, la Sicile est durablement divisée en trois provinces : Val di Mazara, très islamisé, à l'ouest ; Val di Noto (Syracuse tombe en 878), au sud-est ; Val Demone, où les chrétiens ne cessent de mener la guérilla, dans les montagnes du nord-est. Le centre de gravité de l'île s'est déplacé vers l'ouest : Palerme, autour de sa mosquée, s'agrandit au xe siècle d'une nouvelle résidence princière ; entourée de faubourgs commerçants et résidentiels, et des jardins irrigués de la Conca d'oro, c'est une des grandes villes de l'Islam. Au début du xe siècle, l'île passe, après l'Ifrīqiya, aux Fāṭimides qui, en 948, y installent la dynastie d'émirs des Banū Abī al-Ḥusayn. À la fin du siècle, le pays, doté d'une bonne administration, est prospère. Mais, au xie siècle, des dissensions, religieuses, ethniques et politiques favorisent les raids byzantins, puis la conquête des Normands qui trouvent en Sicile une remarquable administration.

—  Claude LEPELLEY

Le royaume

L'unification normande

C'est probablement en 999, à Salerne, que des chevaliers normands apparaissent en Italie méridionale. Mais il faut attendre 1016 pour que d'autres Normands, recrutés par le pape et les princes lombards, participent aux luttes de Melo contre les Byzantins. Ce sont de jeunes chevaliers, fuyant la justice ducale, attirés par l'amour de la guerre et l'appât du gain ; l'afflux, faible numériquement, continue jusqu'à la fin du xie siècle. Vers 1030, le duc de Naples cède à l'une de ces bandes le comté d'Aversa, origine de la principauté normande de Capoue. Vers 1040, un nouveau contingent s'installe à Melfi, à la frontière de la Pouille. Il s'organise sous l'autorité des fils de Tancrède de Hauteville, s'étend aux dépens des Grecs et, après avoir battu le pape en 1053 à Civitate, lui promet fidélité. Ainsi reconnus, les Normands conquièrent la Pouille et la Calabre. Le duc Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville, s'empare de Bari en 1071. Parallèlement, son frère Roger entreprend la conquête de la Sicile : Palerme tombe en 1072 et, vingt ans plus tard, l'île tout entière est normande. Robert Guiscard, protecteur de Grégoire VII dans sa lutte contre l'empereur, meurt en 1085 en tentant de s'emparer de l'Empire byzantin.

Les Normands ont ainsi constitué, d'une part, la principauté de Capoue, d'autre part, le duché de Pouille, dont le comté de Sicile est vassal. En fait, aux territoires continentaux, où duc et prince doivent tenir compte d'une aristocratie turbulente et parfois puissante, s'oppose la Sicile où le grand comte Roger Ier tient bien en main une féodalité peu nombreuse qu'il a lui-même instituée, et favorise l'immigration de Grecs de Calabre et de Lombards d'Italie du Nord pour faire pièce à l'élément musulman ; nommé vice-légat par Urbain II, il recrée dans l'île un réseau épiscopal. Aussi les ducs successeurs de Robert Guiscard ne maintiennent-ils une timide autorité que grâce au soutien de leurs puissants vassaux siciliens Roger Ier (mort en 1101) et Roger II ; celui-ci s'empare du titre ducal à la mort du duc Guillaume (1127) ; il reçoit de plus l'hommage du prince de Capoue et la soumission de Naples. Il obtient en 1130 de l'antipape Anaclet II le titre royal : pour la première fois, Midi et Sicile sont fondus en un ensemble unique, qui s'étend des Abruzzes à Malte, et occupe même un moment la côte africaine de Tripoli à la Kabylie. Roger II, roi féodal (1130-1154), s'entoure cependant de Grecs et, après l'assemblée d'Ariano (1140) où sont promulguées les premières assises (lois générales), fait respecter son autorité en envoyant sur le continent des agents royaux, justiciers et chambriers. Guillaume Ier (1154-1166) et son grand émir Maion de Bari (jusqu'en 1160) suscitent des révoltes en pratiquant un absolutisme bureaucratique ; Guillaume II (1166-1189) rétablit l'autorité royale et parfait la pyramide des agents royaux. Car le royaume, féodal dans son principe, échappe largement au réseau des fiefs. Le roi gouverne grâce à une cour qui rassemble ses vassaux, mais aussi des hommes politiques et des techniciens, surtout grecs au début, puis lombards, arabes, et même anglais. Jusqu'en 1160, le principal ministre est l'émir des émirs ; ensuite, le chancelier, qui dirige un service trilingue (latin, grec et arabe), est souvent le premier des archontes (conseillers). La douane (dīwān) financière, aux services complexes, entretient le cadastre ; elle est peuplée de caïds arabes, dirigés par des archontes grecs. Localement, les maîtres justiciers (vice-rois sur le continent), les justiciers, connétables et chambriers transmettent les ordres royaux aux bailes et aux stratèges, catépans, vicomtes des villes.

Le royaume connaît une grande prospérité : le roi, l'Église richement dotée par les Normands, les seigneurs, les villes étendent les cultures ; les relations avec l'Orient sont favorisées par les croisades : le xiie siècle est probablement l'âge d'or de cette région, que la royauté organise sans encore l'écraser ; cet essor est cependant moins vigoureux qu'en Italie du Nord. À la mort de Guillaume II, le parti national (Tancrède de Lecce) est vaincu (1194) par les armées germaniques de l'empereur Henri VI, marié à Constance, fille de Roger II. Leur fils Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), animé par l'idéal impérial qu'ont ressuscité les juristes du xiie siècle, à la fois empereur, roi de Sicile et roi de Jérusalem, est l'une des personnalités marquantes du xiiie siècle. Le royaume, lié à l'Empire, subit les contrecoups de toute la politique occidentale. Innocent III, tuteur du jeune roi, fait régner en Sicile un ordre sans cesse troublé par les Allemands et les musulmans. Après 1208, Frédéric II, majeur, fait du royaume la base de ses aspirations universalistes. À partir de 1220, il peut organiser ce royaume (où il passe la plus grande partie de sa vie), reprendre en main les châteaux, réviser les privilèges, mater les musulmans de la Sicile occidentale (dont une partie est envoyée à Lucera), créer en 1224 l'université de Naples qui doit former ses agents. Obligé par Grégoire IX de partir en croisade en 1228, il promulgue à son retour les Constitutions de Melfi qui réforment le royaume. Mais sa volonté de dominer toute l'Italie (il centralise toute son administration en Italie du Nord), son attitude jugée peu orthodoxe lui aliènent les papes Grégoire IX, qui l'excommunie, puis Innocent IV, qui le dépose. Il meurt en 1250 en Pouille. Au nom de son fils Conrad, c'est son bâtard Manfred qui gouverne le royaume, avant de devenir roi (1258-1266) ; marié à la fille du despote d'Épire, il construit en Pouille le port de Manfredonia et soutient les Gibelins de Toscane. Mais le pape, après avoir longtemps cherché, trouve un champion du guelfisme en Charles d'Anjou, frère de Saint Louis et comte de Provence. Avec l'appui des banques florentines, il s'assure du Piémont et de la Toscane, devient sénateur de Rome et tue Manfred à Bénévent (févr. 1266) ; le dernier prétendant Hohenstaufen, Conradin, est battu à Tagliacozzo (1268) et exécuté à Naples : la grande politique italienne de Frédéric II n'a abouti qu'à la victoire guelfe dans toute la péninsule et à la séparation définitive du royaume et de l'Empire.

Il ne semble pas que le gouvernement de l'empereur, qui réside en Pouille plus qu'en Sicile, ait été, au total, favorable au pays : les luttes des factions, la pression financière des guerres, la probable stagnation économique dans un cadre étroitement réglementé l'emportent sur les bienfaits d'une stricte administration appuyée sur l'idéal romain.

Angevins et Aragonais : la scission du royaume

Le roi angevin, qui distribue de nombreux fiefs à des Français, accentue la pression fiscale et s'établit à Naples ; il mécontente les Siciliens, remuants depuis la mort de Frédéric II. Le 31 mars 1282, à Palerme, un incident entraîne le massacre des Français : ce sont les « Vêpres siciliennes » ; la révolte gagne toute l'île, villes et villages se donnent des conseils : l'autonomie locale, soutenue par l'aristocratie, triomphe de la centralisation. Jean de Procida, ancien chancelier de Mandred, fait venir Pierre III d'Aragon, gendre de Manfred, qui, avec l'aide des villes gibelines, s'empare de l'île. En 1296, la Sicile, séparée de la couronne d'Aragon, passe à son second fils, Frédéric. Le traité de Caltabellotta (1302) lui donne le titre de roi de Trinacrie (le royaume angevin continental gardant le nom de Sicile). Les deux pays sont durablement séparés.

À la fin du xiiie siècle, le royaume angevin paraît être encore un État fort : si Charles Ier ne peut reconquérir la Sicile (Charles II y est prisonnier à son avènement), il reprend la politique d'expansion de ses prédécesseurs ; sa puissance au Piémont et en Toscane ne dure guère, mais il favorise la croisade de Tunis (1270) et contracte des alliances matrimoniales avec plusieurs familles franques d'Orient (Jérusalem, Achaïe) et avec la dynastie hongroise. D'où, après la mort du roi Robert (1309-1343), protecteur de Boccace et de Giotto, à qui succède sa petite-fille Jeanne Ire, d'interminables luttes entre les branches angevines de Hongrie, de Tarente, de Durazzo : Jeanne épouse André de Hongrie, assassiné en 1347, puis Louis de Tarente, avec qui elle doit fuir devant l'invasion hongroise au moment de la peste noire (1348). À la fin de sa vie orageuse, Jeanne choisit comme successeur Louis d'Anjou, frère de Charles V de France, contre Charles de Durazzo, dont le fils Ladislas est cependant le dernier grand roi de Naples. Ses guerres contre le souverain français Louis II se greffent sur les luttes de la fin du Grand Schisme ; sa politique italienne (il prend Rome en 1404 et 1413) et hongroise, sa brutalité envers l'aristocratie rappellent Frédéric II. Le règne de Jeanne II (1414-1435) n'est qu'une longue suite de mêlées confuses. En 1442, Alphonse d'Aragon s'empare de Naples ; les deux Siciles sont toutes deux dominées par les Espagnols.

La stricte administration des premiers Angevins et la réaction monarchique de Ladislas n'empêchent pas l'aristocratie de se multiplier et d'étouffer les autres catégories sociales. Le dirigisme économique, hérité des Hohenstaufen, s'exerce de plus en plus au profit des puissances commerciales de l'Italie du Nord, qui font du royaume une colonie dont l'économie vise à leur fournir blé et bétail (le Tavoliere devient une région d'élevage transhumant).

La Trinacrie aragonaise, en guerre endémique contre la « Sicile » napolitaine, accuse une décadence encore plus profonde, qu'aggrave le repli politique de l'île (dont souffre surtout Messine). Au milieu du xive siècle, l'île, déjà dépeuplée et atteinte par la peste noire, se dissout entre les factions rivales de la noblesse, renforcées par la guerre, qui se partagent le Parlement comme le pays : pendant la minorité de la reine Marie (après 1377), quatre « vicaires » administrent l'île. En 1409, la Sicile passe sous le gouvernement direct du roi Martin d'Aragon ; à partir de 1415, elle est gouvernée par des vice-rois. Les Aragonais, bien acceptés par les Siciliens qui ont fait appel à eux, considèrent l'île comme un élément de leur empire méditerranéen. Ils donnent à l'aristocratie locale et catalane des privilèges exorbitants qui annihilent toute possibilité de réforme, sans empêcher des révoltes locales (1516, 1517, 1523). La principale activité économique est l'exportation du blé en Espagne et en Afrique du Nord ; les cités marchandes (Messine, Palerme, Trapani, Catane) dépendent largement de commerçants étrangers.

La période espagnole

À la mort d'Alphonse, Naples conserve des rois particuliers (de la famille d'Aragon) pendant tout le xve siècle. La politique autoritaire et intelligente de Ferdinand Ier (Ferrante, 1458-1494) vise à développer le royaume (il embellit Naples à l'époque où se développe l'humanisme méridional) et atteint les privilèges des barons, qui conspirent avec les derniers Angevins et le pape. La politique résolument anti-aristocratique de son fils Alphonse II pousse Charles VIII de France à s'emparer du royaume (1494) avant d'être battu par Gonzalve de Cordoue : les guerres d'Italie, continuant les prétentions angevines, trouvent sur place une base sociale. L'expédition de Louis XII se solde aussi par un rapide échec (disfida di Barletta et bataille du Garigliano, 1503). Naples revient à Ferdinand le Catholique : le royaume, comme déjà la Sicile, gouverné par des vice-rois, devient une colonie espagnole. L'expédition de Lautrec (1527) est le dernier épisode français sérieux. La période espagnole, de 1415 à 1713 en Sicile, de 1504 à 1713 à Naples, marque, pour les deux viceregni, une semblable décadence, un peu plus tardive à Naples où les premiers vice-rois osent encore tenir tête à l'aristocratie. La crise de structure est aggravée par la conjoncture défavorable qui frappe toute l'Europe au xviie siècle. Le problème posé aux deux vice-rois est de tirer des deux pays le plus de ressources possible en argent (donativo) et, surtout à Naples, en hommes d'armes, sans s'aliéner une aristocratie oisive et envahissante qui risque de voir diminuer ses propres ressources. Gouvernement et barons exploitent le même peuple de paysans réduits souvent à la misère la plus noire, dans des pays où la classe moyenne se réduit à de multiples catégories d'hommes de loi, à quelques gros exportateurs et à des banquiers vivant de la dette publique. La Sicile, qui s'est autrefois donnée à l'Aragon, n'est jamais anti-espagnole. Le vieux Parlement perd tout pouvoir au xviie siècle. L'Inquisition est introduite en 1487, les Juifs sont expulsés. La société sicilienne, simplifiée et domestiquée, ne réagit plus après les révoltes du début du xvie siècle. Les vice-rois laissent l'aristocratie, qui ne fournit même plus de cadres militaires, développer ses droits féodaux ; l'Église, immensément riche, et l'Inquisition jouissent de privilèges exorbitants. L'île, coupée de l'Afrique du Nord par la politique de Charles Quint et de Philippe II, subit sans arrêt les raids musulmans qui refoulent la population dans l'intérieur. L'ancien grenier à blé ne peut même plus nourrir une population réduite.

À Naples, où les Espagnols sont arrivés par la force, la situation est plus tendue : les institutions locales, Parlement du royaume, élus de la ville de Naples, officiers en grande partie régnicoles s'opposent plus fréquemment à des vice-rois parfois énergiques. La fin du xvie siècle est marquée par des révoltes de la misère à Naples et dans les campagnes (parcourues par des bandes de brigands, tantôt révoltés, tantôt au service de l'aristocratie), qui motivent le rappel du vice-roi Olivares. L'État, extrêmement endetté, ne fournit les asistencias dues à l'Espagne qu'en aliénant les droits régaliens. Les gros négociants s'emparent des fiefs de la vieille noblesse dont la réaction est parfois violente.

Au milieu du siècle, d'une façon plus brutale mais plus courte que dans le reste de l'Europe, la crise éclate. À Naples, en juillet 1647, le pêcheur Masaniello soulève le peuple contre les « gabelles » et le mauvais gouvernement ; il est tué, mais on fait appel au duc de Guise, descendant des Angevins, qui reste à Naples jusqu'en avril 1648. Des révoltes antibaroniales font écho à ce mouvement dans les provinces.

À Palerme, une émeute de la faim éclate la même année après de mauvaises récoltes. La Pilosa, chef du mouvement, est vaincu par les corporations d'artisans, à qui l'on donne de nouveaux privilèges. D'Alesi, qui relance le mouvement après la révolte napolitaine, finit par rappeler le vice-roi. Une révolte politique, autonomiste et oligarchique, éclate en 1674 à Messine, la ville la plus active de Sicile, éternelle rivale de Palerme, et qui, à cause de sa situation, n'a jamais accepté la rupture de 1282. Louis XIV aide les rebelles, avant de les abandonner en 1678 à une répression qui anéantit la cité.

Lumières et révolutions

La guerre de la Succession d'Espagne transforme la situation politique de l'Italie : les Autrichiens s'emparent en 1707 de Naples, dont le traité d'Utrecht (1713) leur reconnaît la possession, en donnant la Sicile à la Savoie. Pendant une vingtaine d'années, le sort des deux régions reste incertain : en 1718, la Sicile revient à l'empereur ; en 1734, Charles, fils de Philippe V d'Espagne et d'Élisabeth Farnèse, conquiert le Midi ; il est reconnu en 1735 (traité de Vienne) roi des Deux-Siciles, indépendantes et unies pour la première fois depuis Charles d'Anjou.

Le régime savoyard a tenté, pendant sa brève domination en Sicile, de nombreuses réformes ; les Autrichiens, au contraire, ont besoin pour gouverner de l'ordre établi. Au reste, la structure du royaume ne se prête guère aux réformes ; dans la première moitié du xviiie siècle, les deux tiers des Siciliens vivent sur des terres féodales ; à Naples, le clergé (4 p. 100 de la population) possède peut-être le tiers des terres ; les deux tiers de la Sicile sont incultes ; le pays n'a pas de routes, mais il est partagé par des centaines de douanes et de péages ; le brigandage est général. L'aristocratie accapare revenus et pouvoirs, au détriment d'un peuple auprès duquel « les Samoyèdes pourraient paraître civilisés » (Genovesi) ; Naples est devenue une gigantesque agglomération de mendiants. La classe moyenne de juristes (le royaume compte 26 000 docteurs) ne produit que peu d'idées nouvelles, si l'on en excepte Giambattista Vico (1668-1744) ; celles-ci n'apparaissent que sous les Bourbons : avant et pendant la minorité de Ferdinant IV (1759-1825), fils de Charles III, le ministre toscan Bernardo Tanucci lutte contre les privilèges ecclésiastiques et soumet les nobles à l'impôt. La reine Marie-Caroline et le ministre John Acton favorisent les philosophes, mais le libéralisme économique se heurte à l'hostilité paysanne. En Sicile, le vice-roi Domenico Caracciolo (1781-1786) tente en vain d'établir un cadastre et d'imposer l'égalité devant l'impôt.

La réaction contre la Révolution française freine la volonté de réformes. À Naples (où une escadre française vient en 1792), et même à Palerme, l'entrée du royaume dans la première coalition (juill. 1793) n'empêche pas les clubs de se multiplier. Le roi, après avoir fait la paix (1796), envahit la République romaine : en janvier 1799, le général Championnet entre à Naples, où la république est proclamée ; le roi fuit en Sicile, où le mouvement jacobin est très faible. La république, protectorat français, se heurte aux mouvements royalistes des provinces ; Nelson la vainc facilement. En 1801, la paix de Florence laisse aux Bourbons le double royaume. Mais l'attitude hostile de la reine Marie-Caroline entraîne, en février 1806, une nouvelle invasion française ; la cour fuit à Palerme ; Joseph Bonaparte (mars 1806), puis Joachim Murat (sept. 1808) deviennent rois à Naples, la Sicile, sous protection anglaise, restant aux Bourbons : le fossé se creuse entre les deux régions.

À Naples, la « décennie française » apporte de très profonds changements et des idées nouvelles : si la constitution promise de Bayonne par le roi Joseph n'est pas appliquée, la féodalité est abolie, l'administration locale transformée ; le Blocus oblige à développer des cultures industrielles (coton). Bien que Murat, à partir de 1813, se détache de l'Empereur et veuille même se poser en champion de l'unité italienne, les Bourbons suscitent des mouvements légitimistes (soulèvement de la Calabre en 1806) que soutiennent des libéraux (la « Charbonnerie »).

La Sicile, siège de la cour des Bourbons, suit une évolution très différente sous l'autorité du commandant anglais lord William Bentinck, véritable tuteur de la monarchie grâce à son corps expéditionnaire fort de 17 000 hommes ; c'est dans le respect des traditions qu'il tente de faire évoluer l'île, en transformant le vieux Parlement en une institution de style anglais (Constitution de 1812) ; les droits féodaux sont abolis. La massive présence anglaise, les réformes, le souci de développer l'économie de l'île font apparaître une classe bourgeoise libérale (moins importante certes qu'à Naples), mais sans transformer profondément une société particulariste et fermée.

L'institution par le Congrès de Vienne d'un royaume unifié des Deux-Siciles, le retour à Naples de la cour, violemment contre-révolutionnaire, en juin 1815 (Murat, débarqué en Calabre, est tué en octobre), attisent à Naples les mouvements libéraux et unitaires, en Sicile l'agitation particulariste. La Constitution est suspendue, l'Église retrouve une partie de ses privilèges. En juillet 1820, les carbonari, dirigés par le général Pepe, se soulèvent à Naples et obtiennent l'application de la Constitution espagnole ; la révolte de Palerme est surtout dirigée contre Naples et Messine. Le Congrès de Troppau charge les Autrichiens de rétablir l'absolutisme (mars 1821) ; la répression, dirigée par le marquis de Canosa, est féroce. François Ier (1825-1830) et Ferdinand II (1830-1859), despotes parfois éclairés, ne comprennent pas les aspirations à l'unité italienne, dont ils auraient pu profiter : l'exécution des frères Bandiera, mazziniens débarqués en Calabre, condamne la monarchie (1844). La révolution sicilienne de 1848 est encore agraire, confuse et autonomiste, malgré la naissance dans l'île de sentiments pro-italiens (Amari, Crispi, La Farina) ; son extension sur le continent, où elle devient politique, oblige le roi à accorder une nouvelle constitution (abrogée en 1849). Le gouvernement, qui tente encore de moderniser le pays (télégraphe, chemins de fer), contrôle de plus en plus mal la Sicile livrée aux bandes paysannes, et ne survit qu'artificiellement. Aussi, Garibaldi, débarqué avec les Mille à Marsala le 11 mai 1860, n'a aucun mal à s'emparer de l'île, dont il se proclame dictateur ; il passe le détroit le 20 août, reçoit Victor-Emmanuel le 26 octobre. Après les plébiscites, les Deux-Siciles sont incorporées au royaume constitutionnel d'Italie.

—  Jean-Marie MARTIN

Archéologie et art

La Sicile est – avec Chypre, la Crète, la Sardaigne – l'une des grandes îles de la Méditerranée. Sa position géographique centrale et la proximité de l'Afrique du Nord en ont fait un carrefour, une terre ouverte aux influences les plus diverses. Grecs et Phéniciens, Romains et Byzantins, Arabes et Normands ont fécondé cette île triangulaire aux trois caps (la « Trinacrie » de L'Odyssée, xii, 127), qui fut le pays de l'accueil avant d'être celui de l'émigration.

La Sicile fut, dès l'Antiquité, un réservoir de grands historiens comme Antiochos de Syracuse (contemporain d'Hérodote), Philistos de Syracuse (proche des tyrans Denys l'Ancien et Denys le Jeune), Timée (fils du tyran de Taormine) et enfin Diodore, le seul dont l'œuvre soit presque intégralement parvenue jusqu'à nous et qui vécut à l'époque de César.

Archéologie

L'intérêt pour l'archéologie de l'île commence dès le xvie siècle avec le dominicain sicilien Tommaso Fazello (1490-1570) et le géographe hollandais Philippe Cluverius (1580-1623). Le xviiie siècle fut l'époque des voyageurs, dont les nombreux récits et dessins sont parfois d'un grand intérêt, comme ceux des Français Saint-Non (1781-1786) et Houel (1782-1787). Par la suite, la contribution la plus importante fut celle de l'Allemand Schubring, qui parcourut la Sicile en 1865-1866. Mais la science archéologique moderne est fille du xixe siècle finissant, illustrée par l'extraordinaire personnalité de Paolo Orsi (1859-1935), à qui l'on doit de nombreuses fouilles admirablement conduites dans les sites indigènes et grecs de la Sicile orientale et méridionale (Syracuse, Mégara Hyblaea et Géla en particulier).

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le travail archéologique a progressé grâce à l'action des Surintendances siciliennes qui constituent l'ossature de l'administration archéologique de l'île ; elles sont actuellement au nombre de six (Syracuse, Agrigente, Trapani, Palerme, Messine et Catane). La Sicile a également la chance de posséder d'importants musées archéologiques (à Palerme, Agrigente, Géla et surtout Syracuse, où le musée régional Paolo Orsi a été inauguré le 16 janvier 1988), sans compter les nombreux musées de sites. Un superbe complexe muséographique se trouve également à Lipari.

Les recherches se sont poursuivies avec intensité et on peut percevoir une certaine évolution méthodologique : après un intérêt centré à l'époque d'Orsi surtout sur les nécropoles et les sanctuaires, les travaux se sont portés, dans les années 1950-1970, sur les habitats et l'organisation des territoires indigènes de l'intérieur. Plus récemment, face à la prolifération des opérations industrielles et autoroutières, beaucoup de fouilles se sont développées dans le cadre de programmes de sauvetage. À l'exception de quelques opérations exemplaires (ainsi à Lipari et à Marsala), l'archéologie sous-marine n'a pas connu le même développement que les recherches terrestres. Tous les quatre ans, un congrès international rassemble à l'université de Palerme les archéologues spécialisés ; les résultats des travaux sont publiés dans la revue Kokalos. Un autre cycle de manifestations scientifiques (projet « Akragas ») est en train de se mettre en place à Agrigente.

Préhistoire et protohistoire

Les premières traces de l'activité humaine en Sicile appartiennent au Paléolithique inférieur : ce sont là des découvertes de 1968, effectuées dans la région d'Agrigente. Les affinités avec les éléments africains (Maroc) ont fait rouvrir le débat sur l'époque de la formation du « canal de Sicile » entre l'île et le Maghreb. Le Paléolithique supérieur est beaucoup mieux documenté, notamment par les grottes ornées de la région de Palerme. Mais c'est le Néolithique qui marque un saut qualitatif décisif : le village de Stentinello (au nord de Syracuse), protégé par un fossé et une enceinte de terre, était un agglomérat de cabanes, rectangulaires semble-t-il. Les archéologues ont baptisé « culture de Stentinello » l'un des principaux faciès du Néolithique sicilien, caractérisé par une production de vases en céramique de qualité et par la présence de l'obsidienne, particulièrement dans les sites des îles Éoliennes (autour de Lipari), où les phases les plus récentes du Néolithique sicilien sont bien représentées. La période suivante (Âge du cuivre) présente son faciès le plus typique dans la culture Conca d'Oro de la région de Palerme.

Si ces époques anciennes n'ont pas été les plus étudiées au cours des dernières décennies, il n'en va pas de même pour la période suivante – l'Âge du bronze – qui occupe le IIe millénaire avant notre ère. La Sicile orientale et méridionale connaît d'abord la culture de Castelluccio (du nom d'un site proche de Noto), avec de nombreux villages de cabanes ovales ou circulaires, et des tombes creusées dans le roc rassemblant de nombreux corps ; elle a des rapports étroits avec l'île de Malte. De leur côté, les îles Éoliennes, très prospères, développent la culture dite de Capo Graziano (promontoire de l'île de Filicudi).

C'est à partir de ce moment-là qu'on constate la présence dans l'archipel éolien de céramiques de type mycénien fabriquées dans le monde égéen (Méditerranée orientale) : ces objets, importés, témoignent de contacts et de fréquentations commerciales, à partir du xvie siècle avant J.-C. et jusque vers 1200 avant J.-C. La découverte, à Lipari, d'une structure architecturale en forme de tholos, comparable sur le plan technique à des édifices caractéristiques du monde mycénien, apparaît à certains spécialistes comme une confirmation des données fournies par les céramiques importées ; des vérifications sont encore nécessaires. Les apports égéens n'en restent pas moins réels et peuvent expliquer certaines tentatives d'architecture funéraire dans la Sicile de cette époque, et surtout le développement, dès le milieu du IIe millénaire, de l'habitat de Thapsos, sur la côte au nord de Syracuse : dans ce site capital pour la connaissance de la protohistoire sicilienne, les cabanes ne sont plus disposées de manière désordonnée mais occupent l'espace de manière rationnelle, en mettant en évidence des rues et des cours. Ainsi apparaît, au xiiie siècle avant J.-C., la première organisation de type urbain de tout l'Occident. La présence de nombreuses importations mycéniennes dans la nécropole de Thapsos indique clairement l'origine de telles évolutions, qui se perçoivent de mieux en mieux dans l'ensemble de la Méditerranée occidentale à la suite des découvertes effectuées dans le golfe de Cagliari (Sardaigne) et sur la côte sud de l'Italie méridionale. De toute évidence, les Grecs mycéniens ont fréquenté l'Italie plusieurs siècles avant le début de la colonisation grecque proprement dite. La découverte à Syracuse (non loin de l'autel de Hiéron) d'une tombe collective contenant des objets de type mycénien, de la céramique et surtout un sceau, montre que les études sur la présence des Mycéniens en Sicile sont promises à un bel avenir.

Île de Sicile

Île de Sicile

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Des îles et archipels sont rattachés à la Sicile (îles Éoliennes, îles Égades, îles Pelagie). Ils s'étendent sur 220 km2

Crédits : M. Ponzio/ Shutterstock

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Après le développement simultané de la culture de Thapsos en Sicile orientale et de la culture du « Milazzeze », dans les îles Éoliennes, le foyer culturel le plus dynamique de la fin de l'Âge du bronze est celui qui gravite autour de Pantalica, l'un des grands centres indigènes de la Sicile orientale de cette époque. Le monde de Pantalica est celui que les colons grecs de Syracuse et de Mégara Hyblaea rencontrèrent, lors de leur arrivée dans l'île, à la fin du viiie siècle avant J.-C. Ce faciès culturel, attesté depuis le xiiie siècle avant J.-C., accuse clairement dans ses phases les plus anciennes l'impact des apports mycéniens, tandis que les phases les plus récentes sont déjà influencées par le milieu grec colonial.

La colonisation grecque

Les sites

Les colons grecs provenaient essentiellement d'une autre île, l'Eubée, et de Chalcis, l'une de ses villes principales ; ces colonies « chalcidiennes » apparues dans la seconde moitié du viiie siècle étaient Naxos, Zancle (Messine) – qui, quelques décennies plus tard, fonda Mylai (Milazzo) et Himère au milieu du viie siècle – et enfin Catane et Leontinoi. Les habitants de Corinthe fondèrent de leur côté Syracuse, tandis que ceux de Mégare s'établissaient un peu plus au nord, à Mégara Hyblaea. Syracuse ressentit bientôt le besoin d'occuper la haute vallée de l'Anapos (Akrai, Casmenai), puis la côte méridionale (Camarine), comme Mégara qui avait essaimé à Sélinonte. Cette occupation du rivage sud de l'île était en fait une réaction, face aux implantations des Grecs de Rhodes et de Crète à Géla (et, de là, à Agrigente). Les côtes septentrionales restèrent plus dégarnies (Himère excepté), même après l'installation des Grecs de Cnide à Lipari, au début du vie siècle. Himère était, comme Sélinonte, une colonie au contact du monde phénicien occupant la pointe occidentale de l'île.

Cette occupation grecque des rivages siciliens, que l'on connaît d'abord par Thucydide (vi, 2), est très claire sur le plan géographique. Tous ces établissements sont bien localisés : les archéologues n'ont eu de difficultés qu'avec Casmenai. En revanche, ils ne savent toujours pas situer la date d'arrivée des colons et l'ordre donné par Thucydide est matière à discussion.

L'urbanisme

Cette colonisation grecque a conditionné pour des siècles l'histoire de la Sicile. Les cités qui s'édifièrent alors se dotèrent d'un urbanisme véritable et rationnel. C'est là que les Grecs expérimentèrent l'organisation de l'espace urbain, et ces expériences furent codifiées deux siècles plus tard par Hippodamos de Milet. Depuis un demi-siècle, les études sur l'urbanisme colonial sont au centre des recherches sur la Sicile préromaine. La mission française à Mégara Hyblaea a joué un rôle décisif dans le développement d'une telle approche mais elle a été relayée par des enquêtes effectuées à Syracuse, Naxos, Camarine, Sélinonte et Himère. Cet urbanisme grec est encore visible dans la topographie moderne de certaines villes siciliennes comme Syracuse. Il apparaît que les Grecs ont, dès leur arrivée, conçu l'espace urbain dans sa totalité ; le périmètre de la ville est tracé, puis progressivement fortifié, d'abord par un fossé et une levée de terre, ensuite par des fortifications de plus en plus monumentales (Léontinoi, Syracuse, Mégara, Géla) ; ce souci défensif trouve son apogée dans la forteresse de l'Euryale, élevée par Denys, tyran de Syracuse au ive siècle.

À l'intérieur des murailles, des quartiers, correspondant probablement aux divers groupes de colons, sont régulièrement organisés en îlots avec leurs rues principales (plateiai) et secondaires (stenopoi). Le centre de la vie civique est l'agora, bordée de portiques (stoai), de temples et d'édifices publics. Il se trouve parfois (à Mégara et probablement à Sélinonte) à la jonction de plusieurs quartiers. Les sanctuaires sont parfois dispersés dans le tissu urbain (Mégara), parfois regroupés (Agrigente, Sélinonte). Beaucoup de grands sanctuaires se trouvaient à la périphérie de la cité, voire à l'extérieur de l'enceinte urbaine. Que l'on pense à l'aire sacrée de Marinella, à l'est de Sélinonte, où surgirent trois grands temples placés l'un à côté de l'autre : juxtaposition qui s'explique en partie par des raisons pratiques – en fonction du parcours des processions –, et que l'on retrouve à Agrigente et, en Italie du Sud, à Poseidonia (Paestum).

Les coutumes funéraires, l'art et l'artisanat

Les nécropoles étaient situées hors de la cité, le plus souvent le long des routes qui conduisaient aux villes voisines ; les tombes étaient à inhumation ou à incinération, selon l'âge et la condition sociale du défunt ; les nouveau-nés et les enfants en bas âge étaient inhumés dans des amphores qui avaient servi au transport du vin ou de l'huile, et qui étaient réutilisées de cette manière. De ce fait, les études sur les amphores archaïques ont connu un développement notable depuis les années 1970, en particulier à partir de la documentation de Camarine : ce matériel ouvre de suggestives perspectives sur le commerce du vin et de l'huile et sur les échanges entre la Grèce et la Sicile, au vie siècle avant J.-C. notamment.

La fouille des habitats et des nécropoles a permis la découverte d'innombrables vases, entiers ou fragmentaires, en céramique ; on a pu ainsi distinguer des séries importées de Grèce (particulièrement de Corinthe et d'Athènes) et des séries d'imitations locales : ces productions grecques coloniales nous éclairent sur la vaisselle quotidienne mais aussi sur le talent de certains potiers et de certains peintres de vases, comme ceux qui décorèrent les grands cratères retrouvés dans la nécropole du Fusco à Syracuse. D'autres productions artistiques illuminent la civilisation grecque de Sicile (civilisation sicéliote) : à côté des kouroi (jeunes hommes) sculptés que l'on trouve dans les nécropoles en guise de monuments funéraires, on pense immédiatement à la série des métopes sculptées des temples de Sélinonte (musée de Palerme), dont certaines sont les plus anciens exemples de décoration métopale connus, et à des éléments de décoration des sanctuaires (gargouilles en forme de gueule de lion, masques de gorgone en terre cuite). Ainsi, l'art sicéliote se révèle aussi bien à travers des œuvres monumentales (grandes statues de divinités assises de Mégara et de Grammichele, au musée de Syracuse) que par des réalisations de petits ex-voto en terre cuite : par exemple, les innombrables statuettes de terre cuite, souvent en liaison avec le culte de Déméter et de Korè qui était particulièrement vénérée en Sicile, dans la mesure où la tradition grecque localisait en plein cœur de la Sicile (dans la prairie d'Enna) l'enlèvement de Korè par Hadès ; les récentes fouilles de Syracuse (Piazza della Vittoria) ont d'ailleurs permis de localiser enfin le sanctuaire syracusain de Déméter et Korè. Mais la découverte la plus spectaculaire est incontestablement celle de la grande statue en marbre de Motyè, représentant un jeune homme, peut-être un aurige vainqueur à la course de char. La principale question qui se pose sur le plan scientifique, à propos de toutes les grandes statues de la Sicile grecque, est de savoir si elles ont été réalisées sur place ou si elles ont été importées ; lorsqu'il s'agit d'œuvres en marbre, le problème se simplifie partiellement (la Sicile n'a pas de carrières de marbre) : dès lors, on se demande si le marbre brut a été transporté depuis la Grèce.

La Sicile est une île qui n'a pas de mines. Elle avait donc besoin de se procurer du métal brut et de fondre des objets en bronze importés si elle voulait avoir une production métallurgique propre. Ainsi, dans la haute vallée du Symaethos, le fleuve de Catane, le site indigène du Mendolito (également célèbre en raison de la découverte, en 1962, d'une longue inscription indigène) avait révélé en 1908 un énorme dépôt de 900 kg de « pains » de cuivre et de bronze, et d'objets en bronze : ce matériel, aujourd'hui visible au musée de Syracuse, constituait probablement la réserve d'un fondeur dont l'activité peut se situer à la fin du viiie siècle ou au début du viie siècle avant J.-C. Le monnayage apparaît vers 530 avant J.-C., dans les villes chalcidiennes de Naxos, de Zancle et d'Himère ; à partir de 420 avant J.-C. et jusqu'au début du ive siècle, les ateliers monétaires de Syracuse possèdent des inciseurs de très grande qualité qui signent leurs coins. La Sicile produisit aussi des statues de bronze (dont certaines excitèrent la convoitise de Verrès, si l'on en croit Cicéron) ; le plus célèbre bronze sicilien parvenu jusqu'à nous est le grand bélier, de provenance syracusaine, qui se trouve au musée de Palerme et qui date du début du iiie siècle avant J.-C. ; il avait un « jumeau » qui fut détruit lors des troubles de 1848.

Mais l'île a du calcaire. Il fut largement exploité, comme en témoignent les latomies, les lieux dits l'Intagliata ou l'Intagliatella et surtout les splendides carrières proches de Sélinonte (les Cave di Cusa), où l'on peut encore voir tous les stades du travail de l'extraction et, en particulier, des éléments de colonnes déjà prêts pour le transport vers les chantiers sélinontins. C'est grâce au calcaire que la Sicile est, par excellence, l'île des temples grecs ; des ateliers spécialisés dans ce type de construction se sont progressivement mis en place à Syracuse, à Agrigente et à Sélinonte ; ils travaillèrent souvent pour satisfaire la politique de prestige des tyrans et pour célébrer les grands moments de l'hellénisme sicéliote, comme la victoire d'Himère sur les Carthaginois en 480 avant J.-C. Certes, le bois et la terre cuite occupaient une place importante dans les temples de Sicile (charpente, décoration) mais ceux-ci témoignent d'abord de la maîtrise des tailleurs de pierre et des maçons.

Après la période classique, l'activité artistique se poursuit. Aux ive et iiie siècles avant J.-C., des ateliers de céramistes et de peintres de vases sont actifs dans la région de l'Etna (Centuripè), près de Géla (Manfria) et à Lipari, où est également attestée une fabrication de masques en terre cuite, représentant en particulier les personnages de la comédie « nouvelle » grecque (Ménandre).

La Sicile grecque est particulièrement florissante dans la seconde moitié du ive siècle, quand le Corinthien Timoléon devient le maître de Syracuse (cf. sa biographie dans les Vies de Plutarque). Partout on constate une reprise de l'activité et une réoccupation des terres. À partir de la fin de ce siècle, c'est le théâtre qui caractérise les villes siciliennes. On en signale partout : à Syracuse mais aussi à Ségeste, à Solunte, à Tyndaris, à Monte Iato, à Heraclea Minoa, à Morgantina et à Akrai ; sans oublier celui de Taormine, dont nous ne voyons actuellement que la reconstruction impériale. Si les vie et ve siècles avant J.-C. avaient été les siècles des temples, on peut dire que les deux siècles suivants furent ceux des théâtres ; ce passage du religieux au laïque reflète certaines mutations des sociétés siciliennes d'alors. Depuis quelques années, notre connaissance des réalités urbaines de la Sicile hellénistique a fait de gros progrès, notamment grâce aux fouilles américaines de Morgantina et aux recherches suisses à Monte Iato ; ces enquêtes ont efficacement complété ce que nous savions à partir des travaux italiens effectués à Agrigente et à Solunte. Au début du iiie siècle avant J.-C., des demeures privées assez luxueuses signalent, à Géla, à Monte Iato et à Morgantina (maison dite de Ganymède) l'apparition d'une nouvelle classe dirigeante.

Ségeste, Sicile

Ségeste, Sicile

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Le théâtre de Ségeste, Sicile. IIIe s. av. J.-C. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Solunte, Sicile

Solunte, Sicile

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Vue de l'antique cité aux éléments puniques, hellénistiques et romains de Solunte, Sicile. IVe-IIe siècle avant J.-C. 

Crédits : L. Romano/ De Agostini

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Indigènes et sémites

On ne peut comprendre l'évolution de la Sicile grecque entre la seconde moitié du viiie siècle avant J.-C. et la fin du iiie siècle avant J.-C. (Syracuse est prise par les Romains en 211 avant J.-C.), si l'on oublie le monde indigène et le rival, phénicien d'abord, punique ensuite, qui occupe la pointe occidentale de l'île.

Les populations indigènes sont au nombre de trois (Thucydide, vi, 2) : les Sicules (Sikeloi), derniers venus parmi les indigènes, habitaient auparavant la péninsule italienne et passèrent le détroit de Messine dans la seconde moitié du IIe millénaire avant J.-C. Avant leur arrivée, l'île était la Sikaniè, l'île des Sicanes (Odyssée, xxiv, 307) ; ce n'est qu'avec les Sicules qu'elle devient la Sikelia. Les Sicanes se considéraient comme autochtones mais on les disait de provenance ibérique et ils occupaient le centre de l'île. Le site de Polizzello était peut-être leur sanctuaire fédéral. La troisième ethnie indigène est celle des Élymes, un mélange de Troyens et de Sicanes selon la tradition grecque ; leurs villes principales étaient Eryx, Entella et Ségeste. Les vestiges archéologiques de cette dernière sont imposants : outre le théâtre, un grand temple dorique s'intègre admirablement dans le paysage ; il s'agit d'un monument qui se trouvait à l'extérieur de la cité et qui fut élevé dans les années 430-420. Les spécialistes ne s'accordent pas sur les circonstances de sa construction. Certains pensent à un sanctuaire indigène qui aurait utilisé l'« enveloppe » externe d'un temple grec ; mais certaines recherches donnent crédit à l'hypothèse selon laquelle le temple dorique, édifié dans une ville non grecque mais hellénisée, est resté inachevé, aucun aménagement intérieur n'étant attesté.

Le milieu indigène représenta pour le monde grec un partenaire exigeant, parfois accueillant (le roi sicule Hyblon – qui régnait peut-être à Pantalica – offrit la terre de Mégara Hyblaea aux colons grecs), parfois menaçant, comme vers le milieu du ve siècle avant J.-C., lorsque Doucétios réussit à coordonner les différents groupes sicules contre les Grecs (Diodore, xi, 78 sq.).

La progressive hellénisation de ce monde indigène à partir des villes grecques de la côte est désormais relativement bien connue ; les enquêtes réalisées par la Surintendance dans l'arrière-pays de Géla et d'Agrigente dans les années 1950 ont été exemplaires : elles ont permis non seulement l'identification d'un grand nombre de sites indigènes, mais, surtout, la mise en place d'un modèle de lecture pour étudier les phénomènes complexes d'acculturation qui se produisent à l'occasion d'une expansion coloniale.

L'archéologie phénico-punique avait théoriquement trois centres à étudier en Sicile : les villes de Panormos (Palerme), Solunte et Motyè, où les Phéniciens (Thucydide, vi, 2) se seraient repliés au moment de l'arrivée des Grecs sur les côtes orientale et méridionale de l'île. Mais la recherche à Palerme – difficile étant donné la présence de la ville moderne – n'a jusqu'à présent rien apporté pour la période antérieure au vie siècle avant J.-C., époque à laquelle les tombes mêlent du matériel punique à du matériel grec. À Solunte, on connaît seulement la ville hellénistique qui se développa à partir du ive siècle avant J.-C. Reste donc Motyè, sur son îlot de 45 hectares face à Marsala. C'est, avec Carthage et Tharros, l'un des plus beaux sites phéniciens de la Méditerranée occidentale et il a eu la chance d'être acheté à la fin du xixe siècle par un amateur éclairé, Giuseppe Whitaker, qui développa la recherche et la protégea contre la spéculation. Les enquêtes archéologiques y ont reconnu, depuis les années 1960 surtout, des secteurs importants de la ville phénicienne (qui occupait l'ensemble de l'îlot) comme le tophet, où étaient incinérés les enfants en bas âge, ou la fortification, construite au vie siècle avant J.-C. Motyè est aujourd'hui l'un des foyers les plus actifs de la recherche archéologique en Sicile.

Motyè fut détruite dès le début du ive siècle avant J.-C. par Denys l'Ancien, tyran de Syracuse (en 397 exactement) ; ses habitants se déplacèrent et s'installèrent à Lilybée, c'est-à-dire sous l'actuelle Marsala ; nous retrouvons ainsi une situation proche de celle de Palerme. Tout cela explique pourquoi nous avons relativement peu de données sur la phase d'occupation punique des anciens centres phéniciens de Sicile. Heureusement pour nous, si l'on peut dire, les Carthaginois s'emparèrent en 409 avant J.-C. de la colonie grecque de Sélinonte (Diodore, xiii, 43) ; ils installèrent un habitat punique sur l'ancienne acropole grecque qui persista jusqu'à l'époque de la première guerre punique (milieu du iiie siècle avant J.-C.).

Ainsi, l'impact de Carthage en Sicile fut important à partir du milieu du vie siècle avant J.-C. Au début du ve siècle, la capitale punique avait tenté de s'immiscer dans les conflits entre colonies grecques, en aidant Térillos, le tyran d'Himère contre Théron, le tyran d'Agrigente et Gélon, tyran de Syracuse ; la fameuse bataille d'Himère (en 480 avant J.-C., l'année de Salamine) fut un échec pour Carthage, et les Grecs fêtèrent leur victoire par la construction de grands temples à Himère, mais aussi à Agrigente et à Syracuse. La main-d'œuvre carthaginoise contribua à ce développement de l'architecture grecque : nous en avons la preuve pour Agrigente.

C'est enfin l'archéologie sous-marine qui a apporté la dernière information sur l'archéologie punique de l'île : en 1969 et 1972, des prospections dans les eaux de Marsala permirent la découverte de deux épaves de navires de guerre carthaginois qui coulèrent probablement lors de la première guerre punique. Rome marque de cette manière son arrivée sur la scène sicilienne.

Les Romains en Sicile

Depuis Cicéron et sa dénonciation des exactions de Verrès, les Romains ont mauvaise réputation en Sicile... Rome trouva une Sicile riche ; Syracuse, en particulier, avait connu une longue prospérité sous le règne de Hiéron II (275-215 av. J.-C.) et l'immense autel qu'il avait fait construire près du théâtre (presque 200 m de long !) en est le symbole. Sa prise par les Romains, en 211 avant J.-C., n'entraîne pas seulement la mort d'Archimède : la Sicile devient une province romaine et si elle reste, dans certains domaines, un point de référence à l'échelle méditerranéenne, c'est dans le contexte romain ; aux iie et ier siècles avant J.-C., les ateliers qui fabriquent la céramique à vernis noir largement exportée (la « campanienne C » des archéologues) se trouvent à Syracuse (ou dans sa région), mais ce sont les négociants romains qui contrôlent les affaires.

L'archéologie de la Sicile romaine est encore très mal connue ; les archéologues ont fatalement été plus attirés par les vestiges somptueux de la phase grecque ou par les problèmes suggestifs et fascinants de la période protohistorique que par l'étude d'une province « comme les autres » de l'Empire romain. Cet oubli de l'époque romaine a été excessif, mais les mentalités ont changé. La raison de ce changement est double : d'une part, les archéologues, aux prises avec le problème de plus en plus pressant de la protection du patrimoine face aux agressions de la vie moderne, ont été confrontés au sauvetage de nombreuses installations rurales ou urbaines datant de la période romaine ; d'autre part, les historiens de cette période ont de plus en plus « questionné » les archéologues, et cette stimulation intellectuelle a sans nul doute été bénéfique.

Le Haut-Empire n'est pas une période particulièrement brillante en Sicile ; le théâtre de Monte Iato se remplit d'habitations, comme celui de Solunte un siècle auparavant. C'est un signe de désagrégation urbaine qui ne trompe pas. L'intérieur de l'île et la côte sud sont particulièrement abandonnés, sauf à Agrigente et à Lilybée. Seuls les centres qui ont reçu une colonisation à l'époque d'Auguste – comme Syracuse, Catane, Centuripè, Termini Imerese (près d'Himère) – émergent quelque peu.

Des signes de reprise se manifestent à la fin du iie siècle et au début du iiie siècle après J.-C. Progressivement, les campagnes se repeuplent et le phénomène touche les classes élevées, qui quittent les villes pour se retrouver dans de somptueuses villas rurales. Les découvertes archéologiques ont permis d'ajouter deux exemples au cas jusqu'alors unique de la célèbre villa romaine de Piazza Armerina : près de Patti (côte Nord) et non loin d'Eloro et du fleuve Tellaro (côte Sud), des édifices ont révélé de superbes mosaïques, probablement réalisées par des ateliers spécialisés originaires d'Afrique du Nord. On ne pense plus aujourd'hui que ces villas aient été des demeures impériales, et leur découverte est une contribution fondamentale à la connaissance de la « renaissance » que connut la Sicile romaine au ive siècle de notre ère.

Jeunes filles s'exerçant aux jeux, dites Jeunes Filles en bikini

Jeunes filles s'exerçant aux jeux, dites Jeunes Filles en bikini

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Jeunes Filles en bikini, mosaïque romaine, IVe siècle. Villa romaine de Piazza Armerina, Sicile. 

Crédits : Bridgeman Images

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L'apport de l'archéologie à l'histoire de la Sicile antique est donc considérable. Il reste certes beaucoup à faire mais le principal motif de préoccupation n'est pas là : en Sicile, comme dans toutes les régions qui possèdent un patrimoine exceptionnel, le danger provient des fouilles clandestines qui causent souvent des dégâts irréparables : ainsi, vers 1979, huit décrets inscrits en grec sur des plaquettes de bronze ont été « découverts » dans la ville élyme d'Entella ; ils apportent des informations de tout premier plan sur les institutions et sur les relations diplomatiques de cette cité à la fin du ive ou au début du iiie siècle avant J.-C. Mais les spécialistes n'en ont eu qu'une connaissance indirecte et ces précieux documents restent inaccessibles, hors d'Italie. La lutte contre les trafiquants d'œuvres d'art et de documents archéologiques exige la solidarité internationale. Il n'est plus admissible de vouloir accroître les collections des musées en acquérant des objets issus de fouilles clandestines. Le plaisir esthétique de la contemplation des vestiges du passé ne saurait exiger le démantèlement de contextes historiques. Le patrimoine international mérite d'être respecté avant d'être admiré.

De Byzance au rococo, une mosaïque de styles

L'art Byzantin

L'histoire tourmentée de la Sicile au haut Moyen Âge n'a laissé subsister qu'un petit nombre de monuments, en dehors des importantes catacombes chrétiennes de Syracuse, capitale byzantine de l'île. De l'époque musulmane, il ne reste que des fragments épars : un édifice très ruiné, voisin de Saint-Jean-des-Ermites de Palerme, a peut-être été une mosquée. Mais la puissante monarchie normande du xiie siècle, mettant un terme aux invasions, a laissé une série de monuments combinant de façon originale les apports de l'art roman et les éléments indigènes (grecs et arabes). Ces édifices, palais et surtout églises, sont dus aux rois Roger II (cathédrale de Cefalù, Saint-Jean-des-Ermites et chapelle Palatine à Palerme) et Guillaume II (cathédrale de Monreale) ou à leur entourage : l'émir Georges d'Antioche construit Santa Maria dell'Amiraglio (la Martorana) ; l'émir Maion fait entreprendre San Cataldo. Cet art de cour dose savamment ses composantes selon les monuments et les époques.

Cloître de l'église Saint-Jean-des- Ermites

Cloître de l'église Saint-Jean-des- Ermites

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Cloître de l'église Saint-Jean-des-Ermites (1132), à Palerme. 

Crédits : G. Roli/ De Agostini

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L'élément arabe domine dans les palais, où le roi vit en émir ; la salle de Roger II, à Palerme, le montre moins bien que les ensembles suburbains, cubes aveugles disséminés dans les jardins et les lacs, décorés de fontaines et de mosaïques (Zisa, Cuba). Il est plus discret dans les églises auxquelles il ne fournit que quelques éléments de décor (coupoles de Saint-Jean-des-Ermites et de San Cataldo, plafond à stalactites de la chapelle Palatine, inscriptions coufiques).

À l'art byzantin est entièrement due l'église orthodoxe de Santa Maria dell'Amiraglio ; les basiliques ne lui empruntent guère que la décoration de mosaïques : ainsi la chapelle Palatine (sanctuaire) et la cathédrale de Cefalù, décorées sous Roger II par des artistes grecs ; à la fin du siècle (Monreale, nefs de la chapelle Palatine), le programme byzantin est librement interprété par des mosaïstes latins.

Et les rois (surtout Roger II) soumettent cette décoration à une architecture latine : la forme très répandue de la basilique à trois nefs, les façades normandes à deux tours (Cefalù, Monreale), et même les chapiteaux historiés montrent que cet art composite a voulu être occidental.

Avec la seconde moitié du xiie siècle, l'équilibre politique et culturel qui avait permis l'originale synthèse arabo-normande se dégrade peu à peu. Coupée du monde islamique, la Sicile suit désormais les voies d'un art souvent provincial, largement tributaire des formes et des styles septentrionaux, tantôt adaptés ou réinterprétés par des artistes locaux, tantôt transplantés sans nuance par des artistes étrangers. Elle reçoit beaucoup du dehors, et donne peu : Antonello de Messine au xve siècle, Filippo Juvara au xviiie siècle sont les exceptions à la règle. Et ce courant d'immigration renforce encore le caractère officiel d'un art au service des classes dirigeantes, qui condamne la veine populaire aux domaines « mineurs » : témoin l'admirable musée de céramique de Caltagirone.

L'époque souabe

À partir de 1210-1220, la personnalité de Frédéric II marque nettement le caractère importé des modèles. Dans le domaine religieux, les Cisterciens et les ordres militaires transplantent dans l'île un gothique bourguignon à peine nuancé par un temps d'acclimatation en Italie méridionale. Seules en restent aujourd'hui des traces, dans des édifices remaniés ou des constructions inachevées : à Messine, Santa Maria degli Alemanni, annexe de l'hôpital des Teutoniques, conserve les piliers et l'amorce de la croisée d'ogives, tandis que, près de Carlentini, les restes de la basilique du Murgo, interrompue à trois mètres du sol, témoignent le mieux de ces projets grandioses.

De son côté, l'empereur « éclairé » quadrille l'île d'un solide réseau de forteresses. À Catane (castello Ursino), à Syracuse (castel Maniace), à Augusta, fondée par lui, leur masse carrée, renforcée de tours d'angle, rappel vraisemblable de l'architecture militaire omeyyade, proclame la vigueur d'un pouvoir militaire répressif, affirmé par une véritable croisade à l'intérieur du pays.

Castello Ursino, Catane, Sicile

Castello Ursino, Catane, Sicile

photographie

Le castello Ursino a été construit vers 1240 par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Naples et de Sicile. Catane, Sicile. 

Crédits : F. Barbagallo/ De Agostini

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L'époque aragonaise

À la faveur des changements dynastiques, des guerres civiles et de l'affaiblissement du pouvoir royal, l'autonomie insulaire profite surtout à la classe féodale qui regroupe autour de ses châteaux une population réduite en nombre et transforme en ville ses palais fortifiés. La famille Chiaramonte, dont la puissance domine tout le xive siècle, élève ou restaure ainsi, de Mussomeli à Vicari, de Montechiaro à Favara, une bonne dizaine de châteaux, et édifie à Palerme son palais de la piazza Marina (l'Hosterium, lo Steri), célèbre par les plafonds peints de la grande salle, illustrés de scènes bibliques et chevaleresques par trois peintres locaux, Simone da Corleone, Cecco di Naro et Darenu da Palermo. Alors que les volumes dépouillés des murailles renouent avec le goût arabe pour la nudité géométrique des surfaces, toute une série d'éléments gothiques, voûtes d'ogives des salles et des chapelles, arcs aigus des portes, fenêtres géminées et triforées, sont réutilisés librement, hors de leur contexte : premier exemple d'une dissociation que l'on retrouvera fréquemment entre les éléments décoratifs et les partis pris structuraux d'un style.

Au moment où elle se coupe ainsi de l'extérieur sur le plan architectural, la Sicile fait largement appel aux artistes et aux décorateurs étrangers. Mosaïstes byzantins à Santa Maria della Valle et à la cathédrale de Messine. Sculpteurs toscans : Nino Pisano à Trapani (Madone de l'Annunziata), Bonaiuto Pisano à Palerme (palais Sclafani), Goro di Gregorio, de Sienne, à Messine (tombeau de Guidotto de Tabiatis, à la cathédrale). Peintres italiens (Antonio Veneziano, Gera da Pisa) et catalans (Guerau Janer, auteur du retable de Monreale). Vers la fin du siècle, leur succès devient si grand qu'ils tendent, comme Nicolo di Magio et Gasparo da Pesaro, à s'installer durablement dans l'île, tandis que, sur les grands chantiers de l'époque antérieure, à la cathédrale de Palerme comme à Cefalù, les tailleurs de pierre siciliens (intagliatori) expriment leur libre fantaisie dans les détails laissés à leur expérience (encadrements des portes et des fenêtres).

Le Quattrocento

Replacée dans l'orbite politique et économique catalane, la Sicile sort de son isolement architectural pour accueillir à nouveau l'art gothique, un gothique tardif, sous ses deux formes alors dominantes : gothique napolitain « durazzesque », caractérisé par des arcs surbaissés et la préférence accordée aux plafonds sur la voûte d'ogives (représenté principalement autour de Messine, on le retrouve au portail du palais archiépiscopal de Palerme), mais surtout gothique catalan, dont les formes plus strictes s'intègrent et se prolongent dans une ornementation minutieuse ; ses arcatures infléchies, ses archivoltes multiples, surmontées de fleurons, ses entrelacements de feuilles et de fleurs stylisées dominent dans les villes du Sud-Est, de Modica à Syracuse, mais ornent aussi, à Palerme, la fenêtre du même palais archiépiscopal, le portail de la chapelle La Grua-Talamanca à Santa Maria di Gesù, ou même le portail méridional de la cathédrale. Mais ces styles gothiques complètent plus qu'ils n'effacent les traditions antérieures, que soutient une architecture civile dynamique : les palais Corvaja et Ciampoli à Taormina, les palais Bellomo, Lanza et Gargallo à Syracuse en sont les meilleurs témoins.

De toutes ces traditions, de tous ces apports nouveaux, Matteo Carnilivari de Noto réussit à la fin du siècle une synthèse originale. La rigueur de la composition, la sobriété de la décoration, l'élégance des portiques encadrant les cours, illustrées à Palerme même par les palais Abbatelli (actuelle Galerie nationale) et Aiutamichristo, imposent un exemple qui sera longuement suivi par les artistes locaux, notamment pour les portiques de Santa Maria della Catena et de Santa Maria la Nova.

À travers les peintres espagnols et italiens, plus nombreux que jamais et désormais à demeure, la Sicile reçoit l'écho tardif et souvent partiel de la Renaissance toscane, et celui, plus fidèle peut-être, de la peinture valencienne et catalane. De façon significative, la question des influences (espagnole, provençale, ou napolitaine ?) qui ont marqué le maître inconnu de la grandiose fresque du Triomphe de la Mort divise encore les critiques. La même incertitude plane sur la formation d'Antonello, né à Messine vers 1430, et que la tradition s'est plu longtemps à arracher à l'île : ses séjours assurés à Naples et à Milan (vers 1450-1456), à Venise (vers 1475), la leçon de la peinture flamande, de Van Eyck notamment (sans doute connu à Milan à travers Petrus Christus), et celle de Piero della Francesca ne diminuent en rien l'originalité d'une vision qui, par l'éclat de la couleur et la plénitude de vie immobile des êtres et des choses, équilibre la tension entre une figuration réaliste et une transfiguration lyrique. Sa réussite, attestée en Sicile même par les admirables Annonciation de Syracuse et Madone de Palerme, ou encore le Portrait d'homme de Cefalù, et prolongée par toute une école, rejette au second plan les œuvres plus éclectiques de Marco Costanzio, de Tomaso De Vigilia, ou de P. Ruzzolone (Le Christ en croix, de Termini).

Après 1450-1460, la sculpture est à son tour complètement renouvelée par l'arrivée d'artistes italiens. Des deux plus grands, Francesco Laurana et Domenico Gagini, venus en Sicile après avoir travaillé à Naples à l'Arco du Castel nuovo, le premier ne resta que quelques années (chapelle Mastrantonio à San Francesco de Palerme, buste d'Éléonore d'Aragon, madones de Palazzolo Acréide et du musée de Messine), mais le second fit souche à Palerme et fut à l'origine de toute une dynastie de sculpteurs et d'architectes : sa fortune commerciale est celle d'une mode élégante et maniérée, dont l'immigration massive de tailleurs de pierre lombards généralise la principale nouveauté, l'emploi du marbre de Carrare, qui tend à remplacer le tuf calcaire.

En marge de la Renaissance ?

Les succès mêmes de la fin du xve siècle contribuent à bloquer durablement l'art insulaire sur des formules de répétition. Même les meilleurs n'échappent pas à l'éclectisme. Tandis que se perd peu à peu la leçon d'Antonello, des peintres comme Cesare da Sesto, Polidoro da Caravaggio ou Vincenzo da Pavia diffusent dans l'île, avec plus de métier que d'originalité, telles autant de recettes formelles, les enseignements de Léonard de Vinci et de Raphaël, et Simone de Wobreck ceux du maniérisme flamand.

Architecte et sculpteur ; comme après lui les Carrarais Mazzola et Calamecca (auteur de la grande statue de don Juan d'Autriche à Messine), Antonello Gagini (1478-1536), fils de Domenico, illustre la lenteur, la prudence avec laquelle s'effectue sur le modèle toscan et romain le renouvellement des formes. À la tête du plus prolifique des ateliers, il ne se détache lentement de la tradition paternelle que pour multiplier statues et bas-reliefs, dont le calme et l'équilibre flattent, sans audace novatrice, le goût général. Formé à l'école de Brunelleschi, il rythme sobrement les façades de Santa Maria de Portosalvo, à Palerme, de pilastres élancés, de colonnes et de chapiteaux, de corniches et de frontons : recette répétée, comme un cliché, à des dizaines d'exemplaires, par une foule d'imitateurs, et d'abord par ses fils et petits-fils. Mais les intérieurs des églises restent fidèles à l'ancienne tradition du plan basilical ou du double transept. En fait, les styles sont plus souvent juxtaposés que fondus. On retrouve ainsi à Santa Maria la Nova, construite à Palerme entre 1530 et 1590, un portique catalan emprunté à l'église de la Catena, les arcs en plein cintre, les colonnes, les fenêtres inspirées de Gagini, un chœur octogonal surmonté d'une coupole imité de Bramante. Et il faut attendre la seconde moitié, sinon le dernier quart du siècle pour que triomphe enfin la Renaissance classique, déjà solidement établie autour de Messine avec la diffusion des traités de Serlio et de Vignole, et l'action décisive des ordres religieux.

De la Renaissance au baroque

Malgré la succession des styles, la période 1575-1750 est celle de l'unité retrouvée : la plus grande époque de l'art sicilien depuis la synthèse arabo-normande. Elle voit en effet la promotion et le primat de l'architecture, et plus encore de l'urbanisme. Toutes les villes engagent des programmes grandioses. Palerme fait reconstruire par le Florentin C. Camilliani la fontaine toscane des Toledo sur la piazza Pretoria, prolonge jusqu'à la mer l'axe majeur de la cité (le Cassaro), ouvre, vers 1600, l'axe perpendiculaire de la via Maqueda qui écartèle la ville, mais lui donne aussi au centre, les Quattro Canti. Messine dresse le long de la mer, à partir de 1623, la façade théâtrale de la Palazzata (détruite en 1908). Au même moment, Caltagirone élève de la ville basse à la ville haute un immense escalier, la Scala. Même la campagne, avec la fondation autoritaire des bourgs seigneuriaux de colonisation, imite les modèles urbains. Et quand, en 1693, le tremblement de terre détruit tout le sud-est de l'île, l'occasion est aussitôt saisie, comme si on l'eût attendue, pour effectuer des reconstructions systématiques : à Noto, à Avola, à Grammichele, le choix d'un site nouveau laisse encore une plus grande liberté pour réaliser les schémas géométriques, hexagonaux ou orthogonaux, de la ville idéale ; à Catane, le soin revient à l'architecte de tirer tous les partis possibles du réseau « anti-sismique » des places. Ce qui s'affirme ainsi avec une belle continuité depuis la fin du xvie siècle, c'est la recherche d'une vision organique et unificatrice de l'espace urbain, clairement ordonné pour les processions et les fêtes.

L'extraordinaire dynamisme bâtisseur des ordres religieux (Jésuites, Théatins, Bénédictins...) en fait les principaux animateurs du renouvellement architectural. Formés le plus souvent à Rome, dans leurs maisons mères, leurs architectes, qu'ils soient ou non d'origine sicilienne, y acquièrent un bagage théorique qui manquait aux constructeurs de l'époque antérieure. Ils appliquent avec rigueur et homogénéité les solutions romaines, classicisme « maniériste » jusqu'au milieu du xviie siècle, baroque ensuite, la nuance borrominienne l'emportant avec Vaccarini après 1720. Tel est le prestige de ces architectes, tous religieux, P. et G. Amato, A. Italia, T. M. Napoli, qu'ils dirigent aussi nombre de constructions civiles, comme les palais Cattolica et Bonagia ou les villas Valguarnera et Palagonia : cela au moment où l'aristocratie foncière, de vieille ou nouvelle souche, s'installe elle aussi dans ce schéma urbain renouvelé, établit ses palais le long des rues nouvelles, et dans les banlieues ses villas de campagne, dont la Conca d'Oro, autour de Bagheria et dans la plaine des Colli, regroupe l'ensemble le plus célèbre.

Urbanisme et architecture soumettent les autres arts. Car la proclamation du prestige aristocratique emprunte souvent les mêmes formes qu'une religion fastueuse, tendue vers l'exaltation d'un Dieu souverain : tous les éléments du décor s'y retrouvent intégrés dans une mise en scène somptueuse. Une extraordinaire vague de statues, de fresques et de peintures, de meubles et d'orgues, d'autels et d'ornements religieux déferle partout, abolissant toute distance entre l'architecture civile et l'architecture sacrée, entre l'église et le palais, dont les façades animent un environnement urbain scandé de fontaines et de trophées de marbre.

C'est dans ces arts du décor que se manifeste avec le plus d'indépendance l'originalité des artistes locaux échappant au moule continental. Car l'audience d'un Caravage ou d'un Van Dyck, qui font tous deux de brefs séjours dans l'île, reste limitée à des peintres de second rang, parmi lesquels tranche seul P. Novelli. Giacomo Serpotta, né d'une famille de sculpteurs, développe au contraire, dans d'innombrables stucs où le baroque s'infléchit en rococo, toutes les possibilités d'une mise en scène mouvementée et musicale, mais aussi la fantaisie imaginative d'une tradition de plastique populaire qui irait de Ferraro da Giuliana, à la fin du xvie siècle, aux célèbres « monstres » dansant sur les murs de la villa Palagonia.

Par comparaison, malgré certaines réussites de la seconde moitié du xviiie siècle, celle de l'architecte Marvuglia à San Martino delle Scale, ou celle d'I. Marabitti à Monreale, avec l'Apothéose de saint Benoît, le moment baroque signe le point d'arrivée de l'art sicilien. L'île se contente de suivre avec réticence les modes du continent, et d'abord le néo-classicisme qui domine avec la présence de la cour pendant les premières années du xixe siècle. Bientôt intégrée dans l'Italie unifiée, elle verra partir, sans désir de retour, les meilleurs de ses artistes vers les centres de création de Rome ou de Milan.

—  Maurice AYMARD

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Écrit par :

  • : chargé d'enseignement à l'université de Lille
  • : directeur scientifique adjoint au département des sciences de l'homme et de la société du C.N.R.S.
  • : maître assistant à l'université de Paris-I
  • : agrégé de l'Université, lecteur à l'université de Naples, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, administrateur de la Maison des sciences de l'homme
  • : maître assistant à l'université de Toulouse-Le-Mirail, expert de l'Organisation des Nations unies à Chypre

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  • Joël SCHMIDT
  •  • 318 mots

Esclave d'origine syrienne au service, vers les années ~ 140, de gros propriétaires siciliens, Eunous exerce un grand ascendant sur ses compagnons d'infortune et devient le chef de la première révolte des esclaves dans l'île occupée par les Romains. Proclamé roi sous le nom d'Antiochos, il organise militairement et politiquement l'insurrection, massacre les prisonniers et les maîtres inhumains et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/eunous/#i_381

FRÉDÉRIC II (1194-1250) empereur germanique (1220-1250)

  • Écrit par 
  • Michel BALARD
  •  • 760 mots
  •  • 1 média

Fils de l'empereur Henri VI et de Constance de Hauteville, héritière des rois normands, Frédéric naquit à Iesi le 26 décembre 1194. Orphelin à quatre ans, le jeune roi de Sicile est confié à la tutelle d'Innocent III et assiste à la dégradation de son royaume, tiraillé entre les barons indigènes et allemands, les légats pontificaux et les prétendants à la succession des Normands. En 1212, avec la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-ii-1194-1250-empereur-germanique-1220-1250/#i_381

GARIBALDI GIUSEPPE (1807-1882)

  • Écrit par 
  • Pierre MILZA
  •  • 2 648 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L'artisan de l'unité italienne (1848-1867) »  : […] À l'annonce des premiers frémissements révolutionnaires, Garibaldi a décidé de rentrer en Italie où, dit-on, Mazzini s'est rallié à Pie IX, première étape d'une unification de la péninsule que l'on croit imminente. De retour à Nice en juin 1848, alors que déjà la réaction triomphe à Vienne, Berlin et Paris, il est accueilli en héros et s'apprête à faire allégeance au roi de Piémont, Charles-Alber […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/giuseppe-garibaldi/#i_381

GRÈCE ANTIQUE (Histoire) - La colonisation grecque

  • Écrit par 
  • Claude MOSSÉ
  •  • 2 793 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La colonisation agraire »  : […] Les premiers colons étaient originaires d'Eubée et de Grèce continentale. Des Chalcidiens et des Érétriens fondèrent, avant le milieu du viii e  siècle, un établissement dans l'île de Pithécusses, face au rivage campanien. Ils y demeurèrent quelques années avant de fonder sur le continent la cité de Cumes. D'autres Chalcidiens, dans le même temps, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-histoire-la-colonisation-grecque/#i_381

GRÈCE ANTIQUE (Histoire) - La Grande-Grèce

  • Écrit par 
  • Claude MOSSÉ
  •  • 3 358 mots

Dans le chapitre « Tyrannie syracusaine et prépondérance athénienne »  : […] La Grande-Grèce connaît alors une période de ralentissement de son activité et de sa prospérité, ralentissement qui est peut-être lié aux nouvelles conditions d'équilibre dans l'ensemble du monde méditerranéen. En Occident, le déclin du commerce phocéen s'accompagne d'un début de prépondérance syracusaine, qu'inaugure la tyrannie de Gélon et de Hiéron. Celui-ci, vainqueur des Étrusques à Cumes, ét […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-histoire-la-grande-grece/#i_381

GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - La religion grecque

  • Écrit par 
  • André-Jean FESTUGIÈRE, 
  • Pierre LÉVÊQUE
  •  • 20 051 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Essor de la religion civique »  : […] La Grèce sort paradoxalement victorieuse de la crise des guerres médiques : la ferveur envers les dieux ne laisse pas d'en être considérablement renforcée dans toutes les cités qui ont participé à la gigantesque mêlée. C'est le cas notamment à Athènes. Les dieux et les héros de l'Attique ont lutté aux côtés des Athéniens, à Marathon comme à Salamine ; Athéna a fait repousser l'olivier sacré de l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-civilisation-la-religion-grecque/#i_381

HANNON LES

  • Écrit par 
  • Gilbert-Charles PICARD
  •  • 394 mots

Deux hauts personnages portant le nom de Hannon s'illustrèrent durant la période de l'oligarchie carthaginoise comprise entre ~ 368 et ~ 263. Le premier, Hannon dit le Grand, était un magnat dont les richesses égalaient presque celles de l'État, selon Justin qui le qualifie de princeps carthaginiensum , titre qui définit une prééminence de fait plutôt qu'une magistrature. En […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-hannon/#i_381

HENRI VI (1165-1197) empereur germanique (1190-1197)

  • Écrit par 
  • Anne BEN KHEMIS
  •  • 334 mots

À la mort de Frédéric Barberousse, en 1190, son fils Henri, déjà proclamé roi des Romains en 1169 et couronné roi d'Italie en 1186, prend le pouvoir à titre personnel, apparemment sans difficulté, malgré une certaine réticence de la part des princes. D'un tempérament cruel, autoritaire et taciturne, Henri VI ne recule ni devant la séquestration (Richard Cœur de Lion, 1193-1194), ni devant l'assass […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-vi-1165-1197-empereur-germanique-1190-1197/#i_381

IDRĪSĪ AL- (1100-env. 1165)

  • Écrit par 
  • André MIQUEL
  •  • 921 mots
  •  • 1 média

Sans doute le géographe le plus connu de la tradition occidentale, al-Idrīsī est le type parfait de ces savants et écrivains qui maintinrent vivace la tradition culturelle arabe dans la Sicile des rois normands. Né peut-être à Ceuta, il est sans doute passé par l'Espagne avant de rejoindre la Sicile ; il a connu également l'Asie Mineure. Issu d'une famille marocaine remontant à Idrīs (d'où son nom […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/al-idrisi/#i_381

ITALIE - Géographie

  • Écrit par 
  • Dominique RIVIÈRE
  •  • 9 054 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Les marges : la « question méridionale » »  : […] Si les intérêts nationaux italiens passent donc pour l'heure essentiellement par le Nord, le décrochage persistant du Sud, reste la limite majeure de ce modèle. Le Sud, ou Mezzogiorno, compte, avec les îles, environ 20 millions d'habitants, soit 35 p. 100 de la population italienne, mais il ne représente qu'un quart du PIB. Certes, les termes de cette « question méridionale » ont changé : autrefo […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/italie/#i_381

ITALIE - La vie politique depuis 1945

  • Écrit par 
  • Geneviève BIBES, 
  • Marc LAZAR
  • , Universalis
  •  • 31 392 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « La rupture du tripartisme »  : […] Cette importante concession obtenue, la voie semble ouverte à une rupture encouragée de surcroît par trois événements : la scission socialiste, le voyage d'Alcide De Gasperi aux États-Unis et les élections siciliennes. Le contraste toujours vif au sein du P.S.I.U.P. (Partito socialista italiano di Unita proletaria) entre partisans et adversaires d'une union étroite avec le Parti communiste débouc […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/italie-la-vie-politique-depuis-1945/#i_381

ITALIE - Langue et littérature

  • Écrit par 
  • Dominique FERNANDEZ, 
  • Pierre LAROCHE, 
  • Angélique LEVI, 
  • Jean-Paul MANGANARO, 
  • Philippe RENARD, 
  • Jean-Noël SCHIFANO
  •  • 29 122 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Les écrivains siciliens »  : […] Les écrivains siciliens de l'après-guerre : Vitaliano Brancati (1907-1954), Elio Vittorini (1908-1966), Stefano D'Arrigo (1923-1992), Giuseppe Bonaviri (1924-2009) et Vincenzo Consolo sont partagés entre deux sentiments, l'ennui et l'offense ; et entre deux façons de donner à voir leur microcosme exemplaire, l'ironie et le réalisme lyrique. Avec Don Juan en Sicile (1942) Bra […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/italie-langue-et-litterature/#i_381

LIPARI ÎLES

  • Écrit par 
  • Yves GAUTIER
  •  • 762 mots

Encore appelées îles Éoliennes, les Lipari forment un chapelet de sept îles, de nature volcanique, situé près des côtes siciliennes (d'ouest en est) : Alicudi, Filicudi, Salina, Lipari – la plus importante –, Vulcano, Panerea et Stromboli. Lipari et Vulcano, situées au centre de l'arc calabro-sicilien qui trace en surface la subduction de la plaque africaine sous la plaque Eurasie, forment un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/iles-lipari/#i_381

MAFIA

  • Écrit par 
  • Clotilde CHAMPEYRACHE, 
  • Jean SUSINI
  • , Universalis
  •  • 8 695 mots
  •  • 1 média

Fréquemment utilisé, le terme mafia souffre cependant d'un déficit global de définition. L'origine est assurément sicilienne, le mot venant du dialecte palermitain, et observer Cosa nostra est indispensable à la compréhension du phénomène. Pour autant, les aspects étymologiques et historiques ne doivent pas faire oublier la réalité du système mafieux : loin de l'image romantique divulguée par le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mafia/#i_381

MAMERTINS

  • Écrit par 
  • Joël SCHMIDT
  •  • 352 mots

Terme qui désigne les membres d'une colonie du peuple osque, originaire de Campanie, qui s'installe en Sicile, à Messine plus précisément, sous le règne du tyran de Syracuse Agathocle. Comme c'est l'usage, ces émigrants se placent sous la protection d'un dieu, en l'occurrence le dieu Mars (en osque Mamers). La tutelle du dieu de la guerre donne courage et vaillance militaire aux Mamertins qui sont […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mamertins/#i_381

MANFRED (1231-1266) roi de Sicile (1258-1266)

  • Écrit par 
  • Jean-Marie MARTIN
  •  • 350 mots

Fils de Frédéric II de Hohenstaufen et de Bianca Lancia, Manfred devient à la mort de son père (1250) régent du royaume de Sicile pour son demi-frère Conrad IV. Cultivé, chevaleresque, il bénéficie du soutien de l'aristocratie du royaume et des conseils de son oncle Galvano Lancia, mais doit combattre les prétentions du maréchal Pietro Ruffo, les Allemands de Berthold de Hohenburg et l'hostilité d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/manfred/#i_381

MÉDITERRANÉE HISTOIRE DE LA

  • Écrit par 
  • André BOURDE, 
  • Georges DUBY, 
  • Claude LEPELLEY, 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 18 410 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Renaissance de la piraterie (Ve-Xe s.) »  : […] Le déferlement des peuples germaniques sur tout l'Occident et l'Empire eut pour principal effet sur l'histoire de la Méditerranée de faire de l'Europe latine un monde campagnard et continental. Les habitudes instaurées par Rome d'utiliser des produits de provenance lointaine et apportés par la mer, l'huile, le papyrus, les épices orientales, furent longues à se perdre : au vii […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-de-la-mediterranee/#i_381

MESSINE

  • Écrit par 
  • Pierre-Yves PÉCHOUX
  •  • 276 mots
  •  • 1 média

Située dans le nord-est de la Sicile sur le détroit qui sépare celle-ci de l'Italie continentale, Messine est le point de passage obligé des liaisons entre l'île et la péninsule. Son rôle économique s'est affirmé au cours des siècles, malgré les catastrophes qui ont perturbé sa croissance : peste de 1743, séismes de 1783 et de 1908. Centre méditerranéen sous les Normands, carrefour régional avant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/messine/#i_381

MESSINE SÉISME DE (1908)

  • Écrit par 
  • Yves GAUTIER
  •  • 498 mots

Le 28 décembre 1908, à 5 heures 58, une brève secousse sismique éveille la ville de Messine au nord-ouest de la Sicile. Elle est suivie d'une autre d'une dizaine de secondes, puis d'une succession de secousses d'une durée de 30 à 40 secondes. Un tsunami en résulte, formant une vague d'une douzaine de mètres de hauteur, qui ravage tout le détroit de Messine. La ville sicilienne fut détruite à 98 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/seisme-de-messine/#i_381

MEZZOGIORNO

  • Écrit par 
  • Pierre GABERT
  •  • 2 369 mots

Dans le chapitre « L'évolution de la politique d'intervention »  : […] L'évolution de la politique d'intervention en faveur du Sud apparaît à travers les diverses orientations qui ont commandé les investissements considérables faits sur 43,5 p. 100 du territoire italien par la Cassa, qui est soumise aux directives des Conseils des ministres depuis plus de trente ans. En 1950, il lui faut assurer le succès de la réforme agraire et des bonifications. Jusqu'en 1957, 77 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mezzogiorno/#i_381

PALERME

  • Écrit par 
  • Maurice AYMARD
  •  • 1 041 mots
  •  • 3 médias

Tour à tour colonie phénicienne, comptoir carthaginois, municipe romain, avant-poste de la reconquête byzantine, Palerme n'est longtemps, en Sicile, qu'une cité de second plan, après Syracuse et Lilybée. Choisie en 948 comme résidence du nouvel émir, elle doit à la conquête arabe son rang de capitale de l'île. Elle le conservera sous les rois normands et sous Frédéric II, avant de devenir, après l […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/palerme/#i_381

ROBERT GUISCARD (1015 env.-1085)

  • Écrit par 
  • Jean-Marie MARTIN
  •  • 358 mots

Fils aîné du second mariage de Tancrède, seigneur de Hauteville-la-Guichard (Cotentin). Plusieurs des demi-frères de Robert Guiscard sont partis dans les années 1030 faire fortune en Italie méridionale : Guillaume Bras-de-Fer (1042-1046), puis Dreu (1046-1051) et Onfroy (1051-1057) ont pris la tête des bandes normandes qui, à partir de Melfi, conquièrent les territoires byzantins d'Italie du Sud. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-guiscard/#i_381

ROME ET EMPIRE ROMAIN - La République

  • Écrit par 
  • Raymond BLOCH
  •  • 10 921 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Les guerres puniques »  : […] Le grand affrontement avec Carthage, qui va marquer un tournant dans l'histoire de Rome, commence alors. Son rôle de puissance purement italique est achevé, elle va progressivement étendre sa domination sur le bassin occidental, puis sur le bassin oriental de la Méditerranée. C'est le début de l'impérialisme romain avec toutes les conséquences politiques, économiques, sociales et religieuses qui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-la-republique/#i_381

SCIASCIA LEONARDO (1921-1989)

  • Écrit par 
  • Mario FUSCO
  •  • 2 640 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un écrivain sicilien »  : […] Sciascia est né en 1921 à Racalmuto, un bourg de la province d'Agrigente qui est demeuré pour lui un lieu privilégié, et n'a cessé de représenter à ses yeux une sorte de résumé de la Sicile tout entière. Issu d'une famille d'artisans, mais d'origine paysanne, il s'est toujours senti plus proche du monde des braccianti , ouvriers agricoles ou mineurs de soufre, que de celui d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/leonardo-sciascia/#i_381

SÉGESTE

  • Écrit par 
  • Roland MARTIN
  •  • 291 mots
  •  • 1 média

Capitale des Élymes, à l'extrême ouest de la Sicile (Égeste en grec, Segesta en latin), Ségeste resta toujours menacée par ses puissants voisins, les Carthaginois installés à la pointe occidentale de l'île et les Grecs de Sélinonte qui convoitaient son territoire. Le site est grandiose, et il reste un point d'attraction permanent, par le théâtre et le temple qui s'intègrent admirablement dans les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/segeste/#i_381

SÉLINONTE

  • Écrit par 
  • Roland MARTIN
  •  • 422 mots
  •  • 2 médias

L'un des hauts lieux de l'implantation grecque en Sicile, l'acropole de Sélinonte fut fondée vers le milieu ou dans la seconde moitié du ~ vii e  siècle par les gens de Mégara Hyblaea, trop à l'étroit dans leur plaine côtière et trop enserrés par Syracuse et Léontinoi pour pouvoir se dégager. Le site domine la mer par un plateau allongé du nord au […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/selinonte/#i_381

SICILIENNE ÉCOLE, littérature

  • Écrit par 
  • Claudette PERRUS
  •  • 947 mots

On regroupe sous le nom de Siciliens les poètes de la première « école » poétique italienne, dont la naissance et la floraison coïncident avec le règne de Frédéric II Hohenstaufen (1194-1250) et le rayonnement de la cour de Palerme sur le reste de la péninsule. La politique culturelle du monarque embrassait tous les secteurs du savoir : droit, sciences naturelles, philosophie, études latines et gr […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-sicilienne-litterature/#i_381

SPARTACUS (mort en 71 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Claude LEPELLEY
  •  • 1 250 mots

Dans le chapitre « L'apogée de l'esclavage et les grandes révoltes »  : […] L'esclavage antique était le fruit normal de la guerre, car le prisonnier de guerre devenait le plus souvent esclave. À partir du ii e  siècle avant J.-C., le nombre des esclaves augmenta considérablement en Italie, à cause des guerres de conquête. Les sources évoquent un immense bétail humain : 150 000 Épirotes asservis par Paul Émile en 167, 50  […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/spartacus/#i_381

SYRACUSE

  • Écrit par 
  • Roland MARTIN
  •  • 399 mots
  •  • 1 média

Ville de Sicile orientale, Syracuse est une ancienne fondation des Corinthiens qui s'installèrent d'abord sur l'île d'Ortygie, la vieille ville actuelle, peu après le milieu du ~ viii e  siècle. Ce fut une des principales cités coloniales créées par les mouvements de migration hellénique qui déferlèrent pendant la seconde moitié du ~ […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/syracuse/#i_381

TANCRÈDE DE LECCE (mort en 1194) roi de Sicile (1190-1194)

  • Écrit par 
  • Jean-Marie MARTIN
  •  • 296 mots

Fils bâtard de Roger, duc de Pouille (lui-même fils du roi Roger II de Sicile), et d'Emma, issue de la famille des comtes de Lecce, Tancrède est comte de Lecce en 1149. Ce grand aristocrate participe à la rébellion de 1156 contre le roi de Sicile Guillaume I er et son grand émir Maion, puis à la révolte de 1161, excitant en Sicile les Lombards contre les musulmans. Il doi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tancrede-de-lecce/#i_381

TAORMINE

  • Écrit par 
  • Roland MARTIN
  •  • 248 mots

La ville actuelle est plus célèbre pour la beauté de son site, le charme de son climat et la splendeur de ses horizons, que limite la masse tantôt neigeuse, tantôt lumineuse de l'Etna, que pour son rôle historique. Implantée sur des rochers gris et jaunâtres, Taormine domine la presqu'île où, vers le sud, s'étendait la ville ancienne de Naxos, la première peut-être des colonies grecques de Sicile […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/taormine/#i_381

TIMOLÉON (env. 410-env. 337 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Claude MOSSÉ
  •  • 390 mots

Aristocrate corinthien, Timoléon reçut en ~ 345 le commandement d'une petite troupe de mercenaires avec laquelle il se rendit en Sicile, à l'appel des exilés syracusains qui souhaitaient rentrer chez eux. Syracuse était alors la proie de graves difficultés : non seulement la menace carthaginoise, enrayée par Denys l'Ancien, était redevenue particulièrement grave, mais surtout, à l'intérieur de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/timoleon/#i_381

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Pour citer l’article

Claude LEPELLEY, Michel GRAS, Jean-Marie MARTIN, Maurice AYMARD, Pierre-Yves PÉCHOUX, « SICILE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sicile/