AFRIQUE (Histoire)Les décolonisations

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Alors que s'achève la décolonisation en Asie à la fin des années 1940, le mouvement se déplace en Afrique, tout spécialement au Maghreb, en pleine ébullition. Il existe pourtant déjà un pays d'Afrique du Nord qui a obtenu son indépendance : la Libye. C'est un précédent et un exemple. À leur tour, les nationalistes du Maroc, de Tunisie et d'Algérie s'efforceront d'utiliser le levier international, mais, si l'indépendance du Maroc et de la Tunisie lui doit effectivement beaucoup, c'est avant tout à leur combat intérieur que les nationalistes algériens durent l'indépendance de leur pays.

1945 à 1962. La décolonisation

Vidéo : 1945 à 1962. La décolonisation

Le monde de Yalta. O.N.U. Indépendance des anciennes colonies. Guerre froide.L'union des Alliés ne survit pas au retour à la paix, malgré le nouvel ordre international que tente de promouvoir l'O.N.U.Dès 1947, le monde se scinde en deux blocs antagonistes : d'un côté le camp occidental,... 

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Afrique, les décolonisations

Dessin : Afrique, les décolonisations

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'ensemble des pays d'Afrique du Nord et d'Afrique noire accèdent à l'indépendance. 

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L'Afrique du Nord

Le sort des colonies italiennes et la naissance de la Libye

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les anciennes colonies italiennes, Érythrée, Somalie, restaient sous administration provisoire britannique. La question de leur avenir fut une des premières questions abordées par l'O.N.U. La solution de la tutelle internationale était logique mais se heurtait à toutes sortes de difficultés.

En Érythrée et en Somalie italienne, le problème était, à l'origine, régional. Grosso modo, il opposait aux ambitions de l'Éthiopie ressuscitée les aspirations de fractions ethniques locales. En Somalie italienne, les jeunes nationalistes « modernistes » se réclamaient d'une « Grande Somalie ». En Libye, la rivalité de l'Ouest et de l'Est compliqua le problème, au départ. Les dirigeants britanniques estimaient que la sécurité de la Cyrénaïque, province orientale de la Libye, constituait une zone stratégique. Les Français prétendaient participer à la tutelle, à cause du voisinage de la Tunisie. Les États-Unis, entrés dans les affaires d'Afrique du Nord depuis la guerre, étaient animés par une double volonté de ne pas paraître soutenir les anciennes puissances coloniales auprès des Arabes et de ne pas ouvrir de nouveaux champs d'influence à l'Union soviétique. Or Staline entendait mettre à profit les circonstances pour assurer la présence de l'U.R.S.S. au sud de la Méditerranée et revendiquait aussi une participation à la tutelle.

Le nationalisme s'était forgé dans la résistance de la Sanūsiyya à la conquête italienne. Cette confrérie avait aussi symbolisé une tentative de création d'un État arabe et musulman ; mais elle était inégalement implantée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques avaient encouragé l'unification des deux provinces du Nord en un émirat sanūsī sous la direction du sayid Muḥammad Idrīs, chef légitime de la confrérie. Les divisions demeuraient entre factions ; toutes, cependant, voulaient l'indépendance, encouragées de l'extérieur par la Ligue arabe.

Devant ces situations complexes, plusieurs hypothèses étaient envisageables : des trusteeships collectifs ou individuels, avec ou sans une Italie réhabilitée après le fascisme, des partitions, une évolution vers le self-government. Les quatre Grands, la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et l'Union soviétique, ne purent se mettre d'accord sur un projet, ni à l'O.N.U. ni à l'occasion des négociations de paix avec l'Italie. En mai 1948, l'O.N.U. délégua une commission d'enquête pour connaître les vœux des populations sur leur avenir. En réalité, dès septembre 1948, les Quatre constatèrent leurs désaccords sur la Libye et sur l'Érythrée. Des manœuvres byzantines se poursuivirent pendant trois ans.

La commission de l'O.N.U. avait trouvé des populations profondément divisées en Èrythrée et n'avait pas indiqué de choix. En 1949, les Nations unies se prononcèrent alors pour la voie moyenne d'une « unité » autonome fédérée à l'Éthiopie, laissée sous administration britannique, et un commissaire de l'O.N.U. fut envisagé pendant une durée transitoire de deux ans. Le 15 septembre 1952, l'Érythrée fut incorporée comme État fédéral à l'Empire, et, en 1962, elle devint partie intégrante de celui-ci. Une opposition antiéthiopienne regroupant des chrétiens et des musulmans s'organisa alors au Caire, en un Front de libération de l'Érythrée, prêt à passer à l'action.

En Somalie, les Britanniques cherchèrent en vain un accommodement avec Hailé Sélassié ; ils renoncèrent à soutenir l'idée d'une « Somalie unie », et, quand il devint évident que le danger communiste était écarté en Italie, ils soutinrent avec les États-Unis et la France l'attribution d'une tutelle limitée à dix ans à l'Italie sur son ancienne colonie. L'Éthiopie protesta au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes... et fit occuper l'est de l'Ogaden ; mais l'Italie sut assurer dix ans de calme aux Somaliens, à qui elle transféra le pouvoir en juin 1960. Ceux-ci n'avaient pourtant pas renoncé à l'idée d'une Grande Somalie. Elle commençait par une union avec le Somaliland, dont les Britanniques préparèrent dans une certaine hâte l'émancipation à la fin des années 1950. Elle fut accélérée par les démonstrations de masse qui suivirent l'abandon de terres de réserves dans l'Ogaden à l'Éthiopie. Ces hautes terres, indispensables à l'économie somalienne, redevinrent un enjeu majeur entre Éthiopiens et Somaliens. Cinq jours après l'indépendance du Somaliland, quand la Somalie italienne devint elle-même indépendante, l'union des deux territoires fut prononcée. Il s'agissait d'une souveraineté qui portait en germe l'un des plus violents conflits postcoloniaux.

En Libye, les quatre Grands ne proposèrent aucune solution. Mais la priorité des Occidentaux regroupés dans l'alliance atlantique était d'écarter l'Union soviétique de la Méditerranée et de confier les rênes de la Libye à un pouvoir arabe stable et ami. Les Britanniques n'étaient guère convaincus par la capacité d'Idrīs à unir tout le pays derrière lui. Un plan anglo-italien, connu sous le nom de compromis Bevin-Sforza, échoua aux Nations unies, mais provoqua en mai 1949 des manifestations de masse à Tripoli qui trouvèrent un écho dans tout le monde arabe, aux États-Unis et à l'O.N.U. Bevin choisit alors de suivre les États-Unis, partisans d'une indépendance de la Libye tout entière, quitte à mécontenter les Français. Le 21 novembre 1949, une résolution fut votée par quarante-huit voix contre une et cinq abstentions (dont la France et l'U.R.S.S.) en faveur de l'accession à l'indépendance et de la réalisation de l'unité de la Libye dans un délai d'un an. L'Assemblée constituante, installée, fit d'Idrīs le souverain du royaume fé [...]

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1945 à 1962. La décolonisation

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  • : professeur d'histoire contemporaine, université de Provence (Aix-Marseille-I)

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Pour citer l’article

Marc MICHEL, « AFRIQUE (Histoire) - Les décolonisations », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-histoire-les-decolonisations/