TUNISIE

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Nom officielRépublique tunisienne (TN)
Chef de l'ÉtatKaïs Saïed (depuis le 23 octobre 2019)
Chef du gouvernementNajla Bouden (depuis le 11 octobre 2021)
CapitaleTunis
Langue officiellearabe
Unité monétairedinar tunisien (TND)
Population11 867 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)163 610

La Tunisie indépendante

Bourguiba, le père de la Tunisie moderne

Le triomphe du « zaïm »

En 1956, la Tunisie accède à l’indépendance, ce qui ouvre une période de trois décennies au cours de laquelle Habib Bourguiba marque le pays de son empreinte. Pourtant, au moment de l’indépendance, il n’est pas le seul à pouvoir prétendre incarner la légitimité nationaliste. Sa popularité, mais aussi les relations qu’il a réussi à établir avec la puissance coloniale qui l’a aidé à éliminer ses adversaires, lui ont permis de s’imposer à la tête du nouvel État indépendant.

Habib Bourguiba, 1961

Photographie : Habib Bourguiba, 1961

Habib Bourguiba, président de la République de Tunisie, s'adresse à la foule lors des funérailles des Tunisiens tués pendant la bataille de Bizerte en 1961. 

Crédits : Ron Case/ Hulton Archive/ Getty Images

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Monastir : mausolée de Bourguiba

Photographie : Monastir : mausolée de Bourguiba

Mausolée de Bourguiba et ses deux minarets, à Monastir, en Tunisie. 

Crédits : Lorne Resnick/ Stone/ Getty Images

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Bourguiba n’a pas participé à la naissance du mouvement nationaliste, qui s’est structuré en 1920 autour du parti Destour, mais à la scission qui a donné naissance, en 1934, au Néo-Destour qu’il a présidé à partir de 1938 et qui incarnait une ligne nationaliste plus intransigeante. Les accusations de compromission avec l’Allemagne qui frappent les cadres du Destour en 1945 profitent à leurs adversaires du Néo-Destour, en position de négocier avec Paris l’autonomie interne (1955), puis l’indépendance de la Tunisie (1956). Profitant d’un contexte régional favorable – début de la guerre d’Algérie, reconnaissance de l’indépendance du Maroc en 1955 (déclaration de La Celle-Saint-Cloud) –, il réussit à s’imposer comme l’interlocuteur de la France pour négocier directement avec elle l’indépendance de la Tunisie.

Afin de jeter le discrédit sur la famille régnante, Habib Bourguiba met en avant l’inertie et l’anachronisme de la gestion beylicale. Il reproche également à la dynastie husseinite son caractère « exogène » et son personnel politique constitué d’étrangers ou de « semi-étrangers » selon l’expression de Robert Mantran… Il accuse la cour de corruption et dénonce les hésitations du monarque face à l’autorité coloniale. Mais le bey se trouve dans une position très inconfortable, faute d’une définition claire de ses attributions : il est redevable devant ses sujets, tout en dépendant des décisions prises par le résident général. En 1952, alors que la violence est à son comble (arrestations des militants nationalistes, tortures…), le résident général contraint Lamine Bey à promulguer des réformes municipales qui donnent aux Français les mêmes prérogatives qu’aux Tunisiens. Pour les nationalistes et Bourguiba, cette promulgation est une trahison.

À la légitimité dynastique du bey, il tente d’opposer sa propre légitimité populaire, grâce à son charisme et à son talent qui lui permettent d’établir une relation particulière avec le peuple. Pour écarter la dynastie beylicale, il s’appuie sur le Néo-Destour et l’Union générale des travailleurs tunisiens (U.G.T.T.), qui lui ont permis de mettre en place des réseaux et des solidarités entre le peuple et les élites instruites.

Après la signature des conventions franco-tunisiennes d'autonomie interne en juin 1955, un conflit virulent l’oppose à son principal rival, le secrétaire général du Néo-Destour : Salah ben Youssef. Opposé aux accords d’autonomie, celui-ci veut que la Tunisie intègre la nation arabe tout en s’encrant dans l’islam. Ses vues séduisent les arabophones et les nationalistes arabes que le projet pro-occidental et laïc de Bourguiba inquiète. Elles rassurent les conservateurs et les propriétaires terriens, qui craignent les bouleversements économiques et sont attachés aux valeurs de l’islam. Mais la rivalité entre les deux hommes est avant tout une lutte pour le pouvoir, en même temps que l’affrontement de deux modèles de société. Ben Youssef a rejeté toutes négociations avec la France et la stratégie des étapes pour libérer le pays du joug colonial, alors que Bourguiba a fait le choix du pragmatisme, de la légalité et du respect des traités signés. Le radicalisme de Ben Youssef – considéré comme un nationaliste arabe et soutenu par Nasser – amène la France à choisir Bourguiba comme unique interlocuteur. En se présentant comme un partisan de l’ordre et en mettant en avant sa proximité avec les États occidentaux, Bourguiba obtient l’intervention des forces de sécurité françaises contre les partisans de Ben Youssef. Il s’appuie aussi sur les Tunisiens de sa région, le Sahel, et sur les populations urbaines occidentalisées. Le soutien le plus déterminant lui vient de l’U.G.T.T. Malgré son audience réelle dans le pays et le soutien des maquisards (fellaghas) qui refusent de déposer les armes et son influence au sein du Néo-Destour, Ben Youssef perd le combat. En novembre 1955, le congrès du Néo-Destour consacre la victoire de Bourguiba et son leadership sur le parti. L’alliance entre l’U.G.T.T. et le parti est désormais effective. C’est à l’issue de cette session que le congrès se prononce pour l’élection d’une Assemblée constituante. Salah ben Youssef a déjà quitté le pays. Après l’indépendance, il sera assassiné à Francfort en août 1961. La lutte contre Salah ben Youssef a certainement joué un rôle dans la mise en place des options de l’ère Bourguiba, caractérisée par une nette orientation occidentale, une option séculière et l’ascendant des élites de la région côtière du Sahel sur l’ensemble du personnel politique.

À partir de l’indépendance (1956), grâce à une série de décrets qui reçoivent le sceau beylical, Bourguiba cumule de nombreuses responsabilités : président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, ministre de la Défense nationale, mais la monarchie est encore en place. Contrairement aux autres nationalistes qui se seraient bien satisfaits de conserver la monarchie, Bourguiba veut obstinément son abolition. Le 25 juillet 1957, les députés de l’Assemblée constituante sont convoqués pour entériner cette décision : les députés présents se prononcent pour l’instauration de la République. L’Assemblée constituante confère ensuite à Habib Bourguiba la charge de président de la République. Elle adoptera une nouvelle Constitution le 1er juin 1959.

La méthode bourguibienne

Au lendemain de l’indépendance, Habib Bourguiba prend le contrôle du parti et exclut les sympathisants de Salah ben Youssef. Il aménage les institutions qui lui confèrent un pouvoir très important. La loi électorale du 6 janvier 1956 a établi le scrutin de liste majoritaire à un tour, sans panachage, pour favoriser le Néo-Destour. C’est ainsi que le parti a remporté l’ensemble des sièges de l’Assemblée constituante contre les candidats indépendants et les communistes. Après l’instauration de la République, Bourguiba opte pour un régime présidentiel, avec une Assemblée dont le rôle et la fonction sont extrêmement réduits. Toute la vie politique s’organise autour du parti qui se confond avec l’État. Bourguiba est le chef du parti et le chef de l’État. Rédigée à sa mesure et en partie par lui-même – il participe à la rédaction du texte constitutionnel « en tant que député » – la Constitution et un parti hégémonique qu’il d [...]

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Toujane, Tunisie

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Grande Mosquée de Kairouan

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Écrit par :

  • : professeur des Universités en science politique
  • : professeur des Universités, professeur émérite à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
  • : Professeur d'histoire contemporaine à l'Université-Paris-IV-Sorbonne
  • : chargé d'enseignement à l'université de Lille
  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I
  • : politologue, enseignante et chercheur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Michel CAMAU, Roger COQUE, Jean GANIAGE, Claude LEPELLEY, Robert MANTRAN, Khadija MOHSEN-FINAN, « TUNISIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tunisie/