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AFRIQUE ROMAINE

La domination administrative et politique de Rome sur les diverses régions de l'Afrique du Nord (mis à part la Cyrénaïque et l'Égypte) s'étend sur près de six siècles : depuis la prise et la destruction de Carthage par Scipion Émilien (146 av. J.-C.) jusqu'au siège et à la prise de Carthage par Genséric, roi des Vandales (430 apr. J.-C.). Sans doute, bien avant la première date, les rapports furent fréquents entre les peuples d'Italie et l'Afrique, alors plus ou moins pénétrée par les influences puniques. Inversement, la conquête vandale – comme la première conquête arabe deux siècles plus tard – ne signifia pas non plus l'effacement complet de toute influence romaine : des fractions importantes de la population (les habitants des villes et la classe des grands propriétaires fonciers) continueront de porter des noms romains, de parler latin, et même d'utiliser quotidiennement, dans le domaine du droit privé comme dans celui de certaines institutions, l'héritage administratif ou culturel de Rome. Mais, en dehors de ces six siècles, le continent africain sera néanmoins isolé de l'Italie et soumis à d'autres sollicitations.

La période de la domination politique de Rome, en effet, ne marque pas seulement un rattachement artificiel à un centre de décision politique extérieur à l'Afrique, elle représente dans l'histoire de l'Afrique une rupture importante, l'intégration très poussée d'un monde berbéro-punique – jusque-là très influencé par l'Orient – dans la civilisation gréco-romaine.

La romanité trouvera en Afrique un terrain très favorable et y poussera de très profondes racines. Dans un certain sens, on peut considérer la période romaine comme un épisode de ces alternances régulières entre les influences septentrionales et les influences orientales qui semblent caractériser l'histoire du Maghreb.

— Claude NICOLET

C'est grâce à l'archéologie que nous avons un tableau concret de ce que fut l'Afrique sous la domination romaine. Nous serions aujourd'hui incapables de nous représenter son paysage avec le seul secours des sources écrites, compte tenu du fait que cette région de l'Empire romain connut un destin différent de celui d'autres régions du bassin occidental de la Méditerranée comme la Gaule ou l'Espagne par exemple.

C'est l'archéologie qui nous permet de visiter des villes dont autrement nous ne connaîtrions que le nom. Il faut en outre souligner l'importance des informations qu'elle nous livre sur l'histoire de cette région, qu'il s'agisse de l'histoire de l'occupation militaire et des problèmes de défense, de l'histoire des villes et de la dynamique de leur développement ou qu'il s'agisse de l'histoire de l'art et du goût d'une société née du brassage de deux cultures, celle du conquérant et celle du conquis.

Mais il ne faut pas se leurrer. Les acquis de l'archéologie africaine sont minimes en regard des lacunes à combler. En effet, peut-être à cause de la précocité de l'intérêt porté à l'archéologie pendant des décennies par ceux qui s'étaient plu à se considérer comme les continuateurs des Romains, l'historien est aujourd'hui déçu par le déséquilibre existant entre la quantité de vestiges mis au jour et la difficulté de leur exploitation en tant que sources de connaissance. Aussi les archéologues pressés de découvrir les monuments de « bonne » époque ont-ils trop souvent détruit des couches plus tardives, de même qu'ils ont systématiquement sélectionné ce qui était digne d'être étudié, en fonction de critères esthétiques trompeurs, abandonnant des vestiges plus modestes mais non moins intéressants pour l'histoire. Car l'introduction des méthodes rationnelles de fouille est récente, et il est souvent presque impossible de comprendre les fouilles[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Afrique romaine

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