PHÉNICIENS

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Le pays et son histoire

La côte phénicienne

Il n'y a pas de Phénicie à proprement parler, mais une côte phénicienne, qui commence au sud du mont Carmel et se poursuit vers le nord jusqu'au-delà d'Ougarit, près du golfe d'Issos. C'est une bande côtière, aux plaines rares et étroites (plaine de Simyra, arrière-pays de Sidon et de Tyr), serrées entre la mer à l'ouest et les chaînes du Liban et des monts Nozaïriens à l'est. Les fleuves sont torrentiels et irréguliers, et leurs vallées, qui débouchent près des villes (Simyra, Byblos, Bérytos, Sidon et Tyr), sont isolées les unes des autres par des éperons descendant vers la mer, ce qui favorise le particularisme et interdit l'unité politique. Le climat est très chaud et sec dès le mois d'avril, l'été torride, l'hiver soumis à des pluies dévastatrices qu'autrefois sans doute les belles forêts de cèdres rendaient moins dangereuses. Le sol calcaire est souvent médiocre, le sous-sol pauvre. Mais la côte, avec ses promontoires et ses îlots proches des rivages, a fait la fortune des ports bien abrités et heureusement situés par rapport aux pays riches et civilisés qu'étaient alors l'Asie Mineure, la Grèce égéenne, la Crète et l'Égypte.

L'histoire

Les Phéniciens, dont le nom grec (Φόινικες) signifierait le « peuple des palmiers » (phénix), sont des Sémites, apparentés aux Araméens et surtout aux Cananéens. Leur origine est controversée, comme celle de tous les Sémites, peuples du désert, venus sans doute de l'Arabie, en passant probablement par la Mésopotamie et la Syrie du Nord. La côte, habitée déjà aux temps préhistoriques, est sémitisée dès le IIIe millénaire, mais très tôt également soumise à de nombreuses influences qui resteront l'une des constantes essentielles de son histoire : celle de l'Égypte, sensible à Byblos dès l'Ancien Empire et très forte au milieu du IIe millénaire (de la XIIe à la XVIIIe dynastie), celle des Sémites installés en Mésopotamie, celle des États asiatiques (Hourrites, Mitanniens, Hittites), celle enfin des peuples de la mer Égée, Crétois et Mycéniens, particulièrement sensible au nord.

Pendant le IIe millénaire, Ougarit semble avoir formé un État puissant et bien organisé (chancellerie et archives), tandis que végètent les autres villes que se disputent Égyptiens et Hittites, la mer étant alors dominée par les Crétois et les Mycéniens. Le second chapitre de cette histoire, mieux connu, s'ouvre lorsque les Empires entrent en décadence, secoués par l'invasion des Peuples de la mer (qui détruisent Ougarit) et réduits à la défensive. Entre le xe et viiie siècle, qui voit grandir le danger assyrien, c'est l'apogée. Les villes se répartissent en trois groupes, celui d'Arwad-Simyra au nord, celui de Byblos, Bérytos, Sidon au centre, et celui de Tyr au sud, et vivent sous l'autorité de dynasties locales et parfois de gouverneurs (suffètes), assistés de conseils d'anciens et de riches. L'absence (temporaire) de péril extérieur leur laisse le loisir de se combattre entre elles, et les deux métropoles de Sidon et de Tyr se constituent pour un temps d'assez vastes zones d'influence. Les Grecs donnaient aux Phéniciens le nom de Sidoniens, ce qui est significatif, et les rois de Tyr entretenaient des rapports avec la monarchie d'Israël, parvenue à son apogée à la même époque et pour les mêmes raisons. Mais les Assyriens arrivent ; dès 876, plusieurs villes paient tribut, et cette dépendance, coupée de révoltes, s'aggrave au viiie siècle, sous Téglatphalazar III, Salmanazar, Sargon II et Sennachérib. Sidon fut détruite par Asarhaddon en 678, les autres villes se résignèrent, sauf Tyr, assiégée plusieurs fois, toujours en vain. La Phénicie, disputée ensuite entre les Babyloniens (Nabuchodonosor) et les Saïtes de l'Égypte, devint sous les Perses une satrapie. La flotte servit fidèlement ses maîtres durant leurs luttes contre les Grecs, et finalement Alexandre, après avoir soumis les autres cités, s'empara de Tyr en 332, après un long siège. Désormais, l'histoire phénicienne se confond avec celle du monde hellénistique.

-1000 à -600. Le fer et les cavaliers

Vidéo : -1000 à -600. Le fer et les cavaliers

Métallurgie du fer. Assyrie. Renaissance grecque. Expansion scythe. Les Olmèques en Amérique centrale. Chavín dans les Andes.C'est dans de violents bouleversements que commence le Ier millénaire.Les grands empires du Bronze s'effondrent sous les coups de guerriers nomades, redoutables... 

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Les grandes villes

Ougarit, aujourd'hui Ras Shamra, en Syrie, au nord de Lattaquié, avec son port ancien de Minet el-Beïda, fut longuement fouillée par les savants français, sous la dire [...]

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Navire marchand phénicien

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Écrit par :

  • : docteur en archéologie, membre du groupe de recherche 989 du C.N.R.S.
  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Grenoble

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Pour citer l’article

Hélène BENICHOU-SAFAR, Paul PETIT, « PHÉNICIENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pheniciens/