CIVILISATION

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Le mot « civilisation » est employé en des sens très variés et souvent fort imprécis. D'une manière générale, on peut classer sous trois rubriques les significations qui lui sont attribuées explicitement ou implicitement. Premièrement, dans le langage le plus courant, le terme de civilisation est associé à un jugement de valeur et qualifie favorablement les sociétés à propos desquelles on l'emploie. Il suppose alors qu'il y ait, inversement, des peuples non civilisés ou sauvages. Le verbe « civiliser » en est la preuve, et, de ce verbe, dérive aussi un sens particulier du substantif qui désigne alors l'action de civiliser. La civilisation est, en deuxième lieu, un certain aspect de la vie sociale. Il y a des manifestations de l'existence collective qui peuvent être appelées phénomènes de civilisation ou qui, si elles se concrétisent dans des institutions et des productions, sont nommées œuvres de civilisation, alors que certaines autres ne méritent évidemment pas d'entrer dans cette catégorie. Enfin, le mot « civilisation » s'applique à un ensemble de peuples ou de sociétés. Ainsi, à côté de la civilisation qui est un degré élevé d'évolution ou un ensemble de traits caractéristiques, il y a les diverses civilisations qui possèdent ces caractères et en tirent une personnalité propre qui leur donne une place déterminée dans l'histoire ou dans l'ensemble des populations à un moment donné. Cette troisième signification du mot est donc liée à l'une ou l'autre des deux premières et en est l'objectivation, ou, si l'on préfère, c'est elle qui rend le concept opératoire dans l'analyse de la réalité sociale.

Il faudrait donc ou bien faire un choix entre les deux premiers sens ou bien les concilier, en tout cas les préciser. Cela suppose d'abord qu'on s'entende sur le contexte dans lequel on emploie le mot et qu'on précise les rapports entre civilisation et culture. Car il est facile de voir que, dans tous ses sens, la civilisation apparaît comme un type particulier de culture, ou comme un aspect de celle-ci. Les deux notions mesurent plus ou moins un écart entre la nature et l'acquis social. Il faut pourtant les distinguer l'une de l'autre. Cela suppose qu'après avoir situé la civilisation dans le champ culturel on précise dans la mesure du possible les critères auxquels on la reconnaît, soit en tant qu'étape évolutive, soit comme aspect de la vie sociale. C'est à cette tâche que, dans diverses branches des sciences sociales, on s'est appliqué avec plus ou moins de succès et de manière plus ou moins cohérente.

Le contexte culturel

La recherche d'un concept scientifique

L'histoire du mot « civilisation » montre que, tout d'abord, conformément d'ailleurs à l'étymologie, il a désigné ce qui pouvait séparer les peuples les plus évolués des autres. La civilisation est, en somme, la caractéristique de ceux qui emploient ce mot, qui en ont la conception. Il a donc tout naturellement été employé dans un contexte colonialiste, voire impérialiste, pour désigner la culture européenne, occidentale, comme étant supérieure aux autres, d'une manière absolue. Les travaux de Lévy-Bruhl sur la « mentalité primitive » opposée à la mentalité logique et scientifique ont parfois été interprétés comme allant dans le même sens. Mais, dès ce moment, il n'était pas clair que la civilisation fût un certain type de culture ou bien la culture véritable.

C'est pourquoi, dans les diverses langues où se sont développées ces considérations, il y a eu quelque flottement dans les termes employés, et la traduction d'une langue à l'autre est parfois délicate. Par exemple, l'ouvrage célèbre de Ruth Benedict Patterns of Culture a été publié en français sous le titre Échantillons de civilisation. De même, le livre de Tylor Primitive Culture est intitulé en français La Civilisation primitive. En Allemagne, où de nombreuses études ont été consacrées à ce sujet, on tend parfois, comme le signale Niceforo, à établir une gradation entre Zivilisation, Kultur et Bildung. D'autre part, dans bien des cas, ainsi que le notent Laloup et Nélis, Bildung devrait être traduit par « culture », et Kultur par « civilisation ».

Il faut, en outre, signaler que ces divers vocables peuvent être employés dans un sens purement sociologique, ou bien dans une perspective plutôt psychologique ou psychosociologique. Ainsi, on peut parler d'un homme cultivé ou civilisé, ce qui indique évidemment qu'il a été formé, éduqué par la société, mais en même temps nous rappelle que cette dernière est une réalité vécue par les individus. Mais, plus encore que la psychologie et la sociologie, l'anthropologie a conduit à diverses tentatives dont l'objet était d'affranchir la notion de civilisation de tout jugement de valeur. Il faut reconnaître que, sur ce point, elle n'y est pas parvenue aussi aisément qu'en ce qui concerne la culture. Car il est assez facile de faire admettre que tout peuple a sa culture propre, celle-ci constituant en somme tout ce que l'éducation, quelle qu'elle soit, transmet aux individus. Mais, à moins d'identifier purement et simplement culture et civilisation, on est plus embarrassé pour appliquer ce dernier terme à toute espèce de société. Cependant, c'est vers cet usage que tendent les anthropologues, ce qui les conduit à découper au sein du système culturel, ou bien à côté de lui, un domaine de la vie sociale et de sa projection sur les individus qui présente des caractéristiques particulières. De ce point de vue, on peut dire, avec Lucien Febvre, qu'il existe deux notions de civilisation, l'une pragmatique qui est discriminatoire, et l'autre scientifique, selon laquelle tout groupe humain a sa civilisation. Or il est clair que la différence entre ces deux utilisations d'un même mot tient à un changement de perspective. Dans un cas, on se place dans une situation comparative, égocentrique, et aussi dans une perspective évolutionniste : le degré de civilisation ou non-civilisation suppose que la société dont on parle est placée à un certain niveau dans le cours d'une évolution linéaire. Il y a donc là un sens dynamique du mot, celui-ci se référant alors au développement progressif des fonctions sociales. Mais, comme le dit Sartiaux, il y a aussi un sens statique, par lequel ce vocable désigne l'état de ces fonctions à un moment donné, sans aucune référence à un point de comparaison extérieur. Dans tous les cas, le concept ne peut être bien précisé que s'il est envisagé à côté de celui de culture.

Culture et civilisation

L'incertitude dans la confrontation de ces deux termes apparaît bien chez Tylor, l'un des auteurs auxquels on se réfère toujours à ce sujet. En effet, celui-ci, dès les premières lignes de son étude classique sur la civilisation primitive, pose les deux termes comme rigoureusement synonymes, et il en donne la définition suivante : « Le mot culture, ou civilisation, pris dans son sens ethnographique le plus étendu, désigne ce tout complexe comprenant à la fois les sciences, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes et les autres facultés et habitudes acquises par l'homme dans l'état social. » Mais, dans le même livre, Tylor distingue trois degrés d'évolution des sociétés : l'état sauvage, l'état barbare et l'état de civilisation. De ce point de vue, la civilisation proprement dite n'est plus confondue avec la culture, mais avec un certain type élevé de culture. Cette hésitation entre la conception de la civilisation comme synonyme de la culture et sa définition comme une culture plus élevée que les autres a entraîné bien des confusions chez les sociologues et chez les anthropologues. Il faudrait même ajouter encore que plusieurs auteurs inspirés par Spengler auraient tendance à voir dans la civilisation, non pas une promotion, mais une forme sclérosée et décadente de la culture.

Il faut donc, pour plus de clarté, prendre acte au départ de ces divers points de vue et examiner ce que devient, pour chacun d'eux, la notion de civilisation envisagée en tant que concept opératoire. Cela revient à se demander ce qui peut la distinguer des autres types de culture dans l'évolution des peuples, et, dans l'autre cas, comment les phénomènes de civilisation peuvent constituer un ensemble particulier dans le contexte culturel.

Critères évolutifs

Lorsqu'on fait de la civilisation la marque d'un certain degré du progrès de l'humanité, il faut pouvoir dire à quoi l'on reconnaît qu'un peuple ou une société est rangé parmi les civilisés ou les non-civilisés. Cette démarche n'est pas seulement l'inverse de celle qui consiste à définir les sociétés ou la mentalité archaïque. En effet, suivant les critères que l'on cite, il peut se faire que certains peuples soient à la fois archaïques et civilisés, ou bien encore, inversement, on peut estimer qu'il y a un hiatus dans le processus évolutif entre l'archaïsme pur et la civilisation proprement dite. Il faut donc partir de la civilisation elle-même et non de son opposé pour en repérer les traits distinctifs.

Très souvent, les sociologues et les anthropologues ont cherché à les ramener à un seul, en estimant que le fait d'atteindre un certain niveau dans un domaine bien déterminé de la vie sociale suffit à assurer l'accès à la vie civilisée sous toutes ses formes. Autrement dit, la recherche du critère se ramène souvent ici à celle du phénomène le plus significatif du progrès social. Et, pour être opératoire, il importe qu'il soit relativement facile à observer et qu'il permette l'appréciation de sa gradation, sinon quantitativement, du moins qualitativement.

Complexité et urbanisation

Le critère morphologique est sans doute celui qui est le plus directement saisissable et le plus conforme à l'hypothèse évolutionniste, telle que Spencer l'appliquait à la sociologie. Dans ce cas, on dira qu'une société peut être appelée civilisée lorsqu'elle a atteint un certain degré de complexité, d'hétérogénéité entre ses parties, de différenciation entre ses organes selon des fonctions. Il en résulte évidemment que sa taille même doit dépasser celle de la cellule sociale élémentaire, par exemple celle du clan, de la tribu.

Ce type de critère a permis à quelques anthropologues de tenter une conciliation entre l'objectivité scientifique excluant tout jugement de valeur et la perspective évolutive. Ainsi, pour Beals et Hoijer, il n'y a pas entre les cultures civilisées et les cultures non civilisées de différence qualitative qui soit susceptible d'entraîner une appréciation nécessairement laudative des premières, mais simplement une différence quantitative dans leur contenu et la complexité de leur structure. Il n'en reste pas moins difficile de dire à partir de quel degré de diversification une société peut être dite civilisée. La délimitation dans une série évolutive continue reste arbitraire.

Aussi bien a-t-on cherché un élément morphologique qui, au lieu d'être seulement plus développé ici et moins là, soit présent à un stade, absent à un autre. Et, de ce point de vue, le critère le plus souvent utilisé est celui de l'urbanisation. Particulièrement accentuée par Gordon Childe, l'assimilation de la vie civilisée à l'avènement du phénomène urbain a été si souvent acceptée par les savants qu'il est devenu courant de traiter des phénomènes de civilisation sous la rubrique « révolution urbaine », celle-ci constituant en somme la coupure entre la civilisation et tout ce qui la précède dans l'histoire culturelle des peuples. Dans l'esprit de Gordon Childe, le processus d'urbanisation n'est certes pas la caractéristique unique de l'essor des civilisations, mais il en est le résultat et le symbole. Il y a donc une civilisation pré-urbaine ; mais elle ne prend qu'ensuite, avec l'apparition des villes, son sens véritable. C'est ainsi que, dans l'histoire de l'humanité, l'aube de la civilisation qui se manifeste dès le début du Néolithique fait place à la civilisation proprement dite lorsque apparaissent les premières villes en Mésopotamie. Puis l'urbanisation se poursuit et s'étend à partir de trois foyers de civilisation qui, à l'âge du bronze, sont, outre le précédent, la vallée du Nil et celle de l'Indus. C'est d'ailleurs à ce moment que, selon Gordon Childe, s'épanouit la civilisation véritable. Ainsi, le critère de l'urbanisation en englobe d'autres, dont il est à la fois cause et effet, mais dont il est la plus saisissable évidence. Car c'est seulement dans les villes que peuvent se réaliser les concentrations d'énergie, les structures sociales et les spécialisations fonctionnelles qui rendent possibles les inventions et les progrès techniques ou intellectuels décisifs.

C'est d'un point de vue assez analogue que Robert Redfield conçoit le passage de la communauté paysanne à la civilisation urbaine dont elle est le substrat indispensable. Le critère morphologique classique s'associe alors à celui que Gordon Childe mettait en évidence et il le diversifie. Redfield montre en effet que la complexité croissante de la structure sociale est liée à l'évolution du hameau au village, puis à la ville et à la grande cité. Mais Redfield fait mieux comprendre comment la culture paysanne peut s'intégrer dans la révolution urbaine. Les sociétés civilisées sont faites d'une interaction entre la « petite tradition » des communautés rurales, fondée sur la sagesse et les croyances ancestrales, et, d'autre part, la « grande tradition », riche en innovations, animée par la pensée spéculative, systématisée par une élite intellectuelle, dans les grandes villes.

On peut donc, avec ces réserves, retenir l'urbanisation comme le signe de la civilisation dans la mesure où ce terme définit une étape avancée du progrès culturel. Mais, même ainsi entendu, il est évident qu'il implique un certain nombre d'acquisitions constituant d'autres critères, qui peuvent être d'ordre technique, social, moral, intellectuel.

Techniques

Le développement des techniques est aussi un fait aisément observable. Les préhistoriens ont d'ailleurs pris ce phénomène comme base de leurs classifications, non seulement parce qu'ils ne trouvent guère dans les vestiges exhumés d'autres signes distinctifs d'évolution, mais aussi parce que les formes d'outillage suivent dans la chronologie universelle un ordre constant : pierre taillée, pierre polie, métaux. Le développement de la civilisation sous ses formes plus élevées est également associé, dans les faits, à d'autres inventions : le dressage des animaux, l'agriculture, la roue, l'utilisation de la force hydraulique. Cependant, il est difficile d'assigner à une technique particulière le rôle de critère décisif. Il serait plus exact de faire coïncider la naissance de la civilisation proprement dite avec un changement général d'orientation qui se produit au moment où l'humanité cesse de se borner à utiliser les moyens que l'environnement lui offre par appropriation directe (chasse, pêche, cueillette) pour tenter d'asservir la nature par des procédés différés et artificiels (élevage, agriculture) dont l'effet n'est pas donné simultanément dans l'acte technique.

Mais la technique ne prend sa dimension civilisatrice que dans la mesure où elle se reflète dans l'ordre social par le biais de l'économie. D'une part, le développement de l'agriculture entraîne le régime de la propriété et surtout une production alimentaire suffisante pour mettre le groupe à l'abri de la disette et permettre à certains de ses membres de se consacrer à des activités moins matérielles. D'autre part, le système des échanges, la circulation des biens et leur accumulation font apparaître d'autres clivages dans la collectivité. Ainsi, peu à peu, apparaissent des classes sociales qui, selon Marx et Engels, sont des produits de l'évolution économique liée elle-même à la complication des techniques, et qui sont les éléments dynamiques de la civilisation, par la tension qu'elles instaurent et les idéologies qu'elles développent.

Par L. H. Morgan, dont les travaux ont également inspiré les anthropologues marxistes, il est une technique particulière qui peut être retenue comme la marque décisive de l'entrée d'un peuple dans la vie civilisée, c'est l'écriture et plus particulièrement l'usage d'un alphabet phonétique. Mais Morgan insistait aussi sur les conséquences sociales du développement des « arts de subsistance » et sur les transformations politiques qui accompagnent l'avènement de la civilisation.

De toute manière, il est certain que l'écriture est l'une des techniques qui ont le plus contribué à donner une importance accrue à certains facteurs culturels et à favoriser l'intensification des fonctions intellectuelles. Quant à la thèse du matérialisme historique qui, sous sa forme populaire, fait dériver le système féodal du moulin et le système capitaliste du machinisme, il ne faut pas oublier que, sous sa forme plus élaborée, elle tient compte plus largement des « superstructures » et renvoie aussi à des critères intellectuels, tout en les liant étroitement aux processus techniques et aux luttes de classes. Enfin, il reste toujours à déterminer à quel degré de perfectionnement technique la vie sociale mérite d'être qualifiée de civilisée. De ce point de vue, si la division en classes constitue une première approximation, il pourrait cependant apparaître que le machinisme et le capitalisme, avec l'apparition d'une bourgeoisie conquérante, donnent vraiment à la civilisation son caractère prométhéen.

Mais faut-il alors refuser de classer parmi les civilisations celle des Aztèques qui ne connaissait qu'un rudiment d'écriture ? Beaucoup d'archéologues soutiendraient volontiers que la culture néolithique est déjà une civilisation véritable. Il est donc utile de ne pas s'appesantir uniquement sur les critères techniques et sur leurs effets purement sociaux.

Facteurs intellectuels et moraux

Le progrès technique est d'ailleurs en général une conséquence du développement intellectuel, et celui-ci, on l'a dit, est, inversement, favorisé par le temps que les techniques nouvelles laissent libre pour une activité spéculative, soit dans une catégorie spéciale de citoyens, formant une élite intellectuelle, soit dans l'ensemble même de la population qui, disposant de loisirs, peut s'intéresser à des réalisations qui ne sont pas subordonnées à la simple nécessité de subsister. Dans les civilisations antiques, c'est la structure sociale, et plus précisément la pratique de l'esclavage, qui a permis ce jeu dialectique entre les conquêtes techniques et l'intensification des activités intellectuelles. En Égypte, les finalités techniques ont eu plus d'importance que dans la Grèce antique, où la pensée spéculative était seule digne des hommes libres. La civilisation romaine à son apogée a réalisé une synthèse entre ces deux tendances, mais en séparant de l'ensemble des citoyens une classe d'intellectuels, à savoir l'ensemble des hommes qui pouvaient goûter le loisir sous ses formes les plus élevées (otium cum dignitate). Souvent aussi l'élite pensante a été recrutée parmi les prêtres, lorsque s'est créée une véritable fonction sacerdotale. En Égypte, le rôle des scribes fait apparaître aussi le décalage qui peut exister entre la classe dirigeante et celle des grands inspirateurs de la promotion culturelle.

Les domaines dans lesquels peuvent se situer les critères intellectuels de la civilisation véritable sont nombreux. Aux techniques se rattache très directement la connaissance scientifique, encore que celle-ci, comme on l'a vu, puisse avoir, suivant le contexte, des visées plus ou moins spéculatives et se confondre, même en Grèce par exemple, avec la philosophie. En tout cas, la géométrie, l'arithmétique, l'astronomie sont en honneur dans toutes les hautes civilisations. L'écriture permet la conservation et la transmission fidèle du savoir acquis. On peut, ainsi, trouver dans ces domaines divers des critères assez nets par lesquels la sociologie de la connaissance vient en aide à celle des civilisations.

Pour ce qui est des arts, des productions esthétiques en général, le départ entre civilisés et non-civilisés est plus difficile à faire. En effet, dès les temps paléolithiques, la peinture, par exemple, atteint un degré de perfection que les artistes modernes reconnaissent encore. Inversement, des civilisations confirmées et évoluées ont connu, au cours de leur histoire, des phases de décadence du point de vue des réalisations esthétiques. Il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a pas de civilisation digne de ce nom sans productions artistiques. Certains auteurs estiment que l'art des vraies civilisations ou des hautes cultures se caractérise non pas par telle ou telle réussite particulière, mais plutôt par une conceptualisation des styles, voire même une succession des modes et des écoles, ou encore leur diversification selon les couches sociales. La différenciation entre un art populaire ou traditionnel et un art de l'élite sophistiqué et hiérarchisé serait, selon ces mêmes auteurs, le signe qu'une société a atteint le niveau requis d'évolution. Cependant, il serait facile de montrer que même les prétendus « sauvages » connaissent aussi des styles et que, d'autre part, les civilisations modernes ne semblent pas toutes se proposer comme idéal le maintien d'une coupure entre l'art de l'élite et l'art populaire. Les problèmes soulevés par la « culture de masse » à propos des moyens de grande diffusion présentent en tout cas le rapport entre l'art et la civilisation sous un tout autre aspect. À côté des sciences et des arts, il faudrait ajouter les autres « œuvres de civilisation », comme disent les sociologues, et notamment l'organisation politique, juridique, religieuse. Ce n'est pas à vrai dire, tel ou tel type particulier d'institution ou tel degré précis d'élaboration du droit ou encore tel régime de gouvernement qui peut caractériser la civilisation, mais plutôt leur différenciation, par rapport à l'ensemble de la vie sociale, et le fait que le contexte juridique et politique fasse l'objet d'une prise de conscience, d'une réflexion. Quant à la religion, on admet généralement qu'elle se charge de valeurs morales au fur et à mesure qu'elle devient plus « civilisée ». Quoique la magie ait servi de stimulant à la connaissance scientifique dans ses débuts et qu'elle ait, ainsi que le note Gurvitch, joué bien souvent un rôle dynamique dans l'évolution sociale, il faut néanmoins reconnaître qu'elle tend de plus en plus à s'effacer au profit de la religion au fur et à mesure que s'élève le niveau culturel. Premier moteur de la connaissance technique et spéculative, elle tend à être entièrement remplacée par elle et à laisser ainsi le champ à une religion qui, délivrée de cette compromission ou de cette concurrence, évolue elle-même vers une humanisation et devient le grand principe de régulation éthique des premières civilisations. Selon Kroeber, le déclin de la magie et de la superstition, lié à l'allégement de certains soucis matériels, serait un critère important de la civilisation ; pour d'autres auteurs, ce serait l'apparition dans la religion des dieux anthropomorphes et l'élimination par eux des divinités animales.

Naturellement, il est difficile de dire si les valeurs morales et les idéaux font partie ou non des critères de la civilisation, car répondre à cette question c'est déjà philosopher. Dire qu'un certain humanisme est indispensable, ce serait éluder la question, car, par exemple, l'humanisme marxiste et l'humanisme chrétien, malgré leurs différences de principe, peuvent prétendre à une mission civilisatrice. Ou bien alors, il faudrait retenir pour critère ce qui peut être commun à toutes les éthiques des grandes civilisations. Et sans doute trouverait-on que le critère est alors la prétention, justifiée ou non, à l'universalité, à la dimension humaine. On pourrait ainsi, avec Redfield, considérer qu'en définitive la civilisation conçue comme un état élevé de la culture se caractérise surtout par une prise de conscience du rôle même de la culture et par une visée de rationalisation. Ou encore, en reprenant, avec Georges Gurvitch, le critère de la société prométhéenne, on pourrait dire que la civilisation commence au moment où la société reconnaît les possibilités qu'elle a de prendre en main son destin, d'assumer de telle ou telle manière sa propre condition. Cela entraîne, comme moyens et comme fins, l'ensemble des autres critères techniques, sociaux, intellectuels et moraux. Mais on voit qu'en définitive il est difficile de considérer la civilisation comme un perfectionnement de la culture en général à partir d'un certain point sur la ligne du progrès sans isoler certains aspects de la culture. Autrement dit, on est renvoyé des critères évolutifs aux critères analytiques.

Critères analytiques

Définition des phénomènes de civilisation

Pour échapper aux dangers des jugements de valeurs éthnocentriques et aux hiérarchies arbitraires entre sauvages et civilisés, plusieurs sociologues et anthropologues préfèrent partir de l'analyse des manifestations de la vie sociale et ranger certains éléments sous la rubrique « civilisation » et d'autres éléments sous la rubrique « culture », ce qui évite de faire du premier de ces concepts une forme supérieure du second. Malheureusement, cela implique entre les deux notions un partage difficile, et, dans ces conditions, l'accord est loin d'être fait sur ce qu'on appelle phénomène culturel et ce qu'on peut nommer phénomène de civilisation, ces deux ordres devant ainsi coexister dans toute espèce de société, quel que soit son degré d'avancement dans tel ou tel domaine. Selon R. M. Mac Iver, la culture consiste dans les « expressions de la vie ». Il faut entendre par là les idéologies, religions, arts, littératures, c'est-à-dire à peu près ce que les marxistes considèrent comme les superstructures. Quant à la civilisation, elle représente les créations de la société pour assurer son contrôle sur ses propres conditions de vie, ce qui implique aussi bien l'organisation sociale que les techniques. Cette conception, assez répandue parmi les sociologues allemands, s'inspire en partie des distinctions faites par Alfred Weber et rejoint aussi celle que Kroeber établit entre deux sortes de cultures : celle de la valeur, et celle de la réalité, cette dernière correspondant plutôt à la civilisation.

Partant d'un point de vue assez différent, quelques auteurs, comme Laloup et Nélis, arrivent à des définitions assez voisines, en appliquant à ce contexte la distinction établie par Hegel entre l'esprit subjectif qui, alors, envelopperait la culture et, d'autre part, l'esprit objectif auquel se rattacherait la civilisation. La culture exprimerait ainsi les efforts que l'homme dirige sur lui-même pour se perfectionner, et la civilisation, ceux qu'il fait pour modifier le monde et qui se projettent ainsi dans des œuvres concrètes.

Or ces définitions, si elles sont dans l'ensemble cohérentes entre elles, sont en revanche difficilement conciliables avec le sens le plus courant des mots et aussi avec celui que tendent à leur donner les conceptions évolutives. Ces dernières insistent volontiers en effet sur les idéologies et les créations esthétiques, pour séparer les civilisés des non-civilisés. Le langage commun ne semble pas non plus exclure ces caractéristiques de ce qu'il entend par « vie civilisée ».

En fait, on s'aperçoit que ces difficultés viennent souvent de ce qu'on a trop souvent séparé deux sens du mot « civilisation », à savoir celui qui définit dans l'abstrait un ordre de phénomènes et celui qui, dans le concret, s'applique à un ensemble humain, déterminé dans l'espace et le temps, c'est-à-dire non pas tellement à la civilisation, mais à une civilisation.

La forme concrète de la civilisation

Une tentative a été faite par Marcel Mauss pour unir les différentes acceptions du terme. Il définit d'abord le phénomène de civilisation comme étant commun à plusieurs sociétés et à un passé plus ou moins long de ces sociétés. On peut donc le distinguer du simple phénomène culturel par son volume, de sorte que l'analyse conceptuelle est faite ici en extension plutôt qu'en compréhension. Ainsi, les phénomènes en question sont par essence supranationaux, de telle sorte que leur étude comporte celle des contacts et de la diffusion, en même temps que celle des processus par lesquels les sociétés particulières s'individualisent sur un fond de civilisation. On peut alors définir la civilisation elle-même comme un « ensemble suffisamment grand de phénomènes de civilisation, suffisamment nombreux eux-mêmes, suffisamment importants, tant par leur masse que par leur qualité », et aussi comme un ensemble assez vaste par le nombre de sociétés qui représentent ces phénomènes. Ainsi, la civilisation est à la fois une aire et une forme, de sorte qu'à l'analyse en compréhension s'associe l'analyse en extension. Mauss condamne en même temps les considérations vagues et générales, comme celle de Spengler qui différencie qualitativement les civilisations selon des critères plutôt philosophiques. Pour définir l'aire et la forme d'une civilisation, il faut étudier scientifiquement les modalités et même les modes qui sont organisées en système dans un ensemble hypersocial. Ainsi, le concept devient opératoire et peut être utilisé pour des recherches véritablement scientifiques à la fois par les sociologues et par les anthropologues. Certes, la prise de position de Mauss exclut la définition trop rigoureusement évolutive qui situe la civilisation à un niveau élevé d'une progression linéaire et qui est dépréciative pour les cultures non civilisées. Mais elle n'exclut nullement le facteur historique, ni même une certaine évolution. En effet, cette analyse se situe seulement au-delà d'un certain stade de complexité sociale auquel sont liés des perfectionnements techniques et des progrès institutionnels, intellectuels et moraux. Par exemple, au niveau des sociétés claniques, les phénomènes de civilisation sont assez largement éclipsés par les phénomènes simplement sociaux, sans être toutefois totalement absents.

D'autre part, il resterait à déterminer si les phénomènes de civilisation sont, dans les faits, plutôt ceux qui se réfèrent à l'esprit subjectif ou bien à l'esprit objectif. Or, il est évident que les phénomènes supra-sociaux appartiennent à ces deux catégories : ce peuvent être en effet les techniques, les institutions sociales, aussi bien que les arts, les religions qui sont des traits communs à diverses sociétés participant à une même civilisation. Et il est fort possible que certaines civilisations soient caractérisées par l'un de ces traits, d'autres par un autre. Finalement, le problème revient alors moins à définir la notion même de civilisation dans ce qu'elle a de vague et d'ambigu qu'à établir une typologie et à étudier comment vivent et évoluent les différentes civilisations, en tant que systèmes de phénomènes supra-sociaux.

Typologie et phénoménologie des civilisations

Délimitation

Lorsqu'on distingue les civilisations les unes des autres, il faut d'abord savoir en préciser les contours dans le temps et dans l'espace.

Les historiens ont parfois tendance à voir dans le développement de l'humanité une succession de civilisations : hellénique, romaine, médiévale, etc. Mais ces seuls exemples montrent que le concept est chargé alors de significations différentes. Ainsi, la civilisation romaine se définit à partir du mode de vie d'un peuple qui, peu à peu, a fait rayonner autour de lui sa conception de la société. Il s'agit donc là d'un phénomène, l'impérialisme, qui est tout autant historique que sociologique et s'explique en partie par les conquêtes. La civilisation est, dans ce cas, à chaque période de son existence, délimitée par des frontières à l'intérieur desquelles elle forme une totalité plus ou moins unifiée.

À l'inverse, lorsqu'on parle de la civilisation médiévale, on songe plutôt à un type de société globale qui se trouve représenté à des périodes diverses et en des lieux parfois fort éloignés les uns des autres. Il serait même plus exact d'employer l'expression de civilisation féodale. On en trouve des exemples aussi bien en Europe qu'en Extrême-Orient. C'est à ce genre de typologie que se réfère par exemple Georges Gurvitch lorsqu'il distingue les sociétés théocratiques, patriarcales, féodales, capitalistes. Allant plus loin encore dans l'abstraction, Max Weber définissait des types idéaux qui étaient des modèles rationnels dont on pouvait trouver, ou même ne pas trouver des manifestations concrètes. Ainsi, le type idéal de la civilisation capitaliste serait construit par le sociologue qui, ensuite, lui comparerait telle ou telle phase historique d'une société donnée. Enfin, d'une manière à la fois concrète et générale, on a recours au même concept pour désigner des états déterminés, mais universellement répandus à tel ou tel moment de la société. C'est le cas par exemple de la civilisation néolithique, qui constitue un stade d'évolution par lequel sont passés, avec plus ou moins d'avance ou de retard, tous les groupes humains au sortir de l'âge paléolithique, et qui constitue un type de vie assez nettement structuré, homogène, si bien que certains anthropologues comme Claude Lévi-Strauss y verraient volontiers l'état social le plus proche du modèle général de toute société.

Il est donc clair que, suivant le mode de classification que l'on se propose, on prend le mot « civilisation » dans des sens plus ou moins concrets ou abstraits. En fait, c'est même toujours entre ces deux extrêmes qu'il se situe, car, d'une part, le type idéal, s'il était une pure abstraction, serait sans utilité puisqu'il doit servir à rendre compréhensibles des phénomènes réels, et, d'autre part, une typologie naïvement concrète ne permettrait pas de dépasser le niveau événementiel.

Si, malgré ces nuances, dans tous les emplois qu'on vient de citer, la notion de civilisation s'applique à des totalités, il paraît utile aussi, dans d'autres processus d'analyse, de distinguer, dans un même ensemble réel ou même abstrait, des couches ou des éléments constituant des civilisations diverses. Par exemple, on l'a vu, Redfield découvre la dynamique civilisatrice dans l'interaction entre deux niveaux de civilisation correspondant respectivement à la « petite tradition » et à la « grande tradition ».

Des distinctions de ce genre sont certainement utiles aux folkloristes. Ainsi, André Varagnac peut entreprendre l'étude de la « civilisation traditionnelle », en l'isolant du contexte moderniste, en laissant de côté les éléments de culture savante.

Un autre problème qui se rattache à la délimitation dans l'espace est celui qui concerne la taille de l'ensemble concret dans lequel se réalise le type considéré. Faut-il, par exemple, dans le monde contemporain, parler d'une civilisation occidentale, d'une civilisation européenne ou d'une civilisation anglo-saxonne, d'une civilisation latine ou d'une civilisation française, d'une civilisation allemande ? Il est certain qu'à cette question comme aux précédentes on ne peut donner une réponse unique et catégorique. Tout dépend du niveau de compréhension que veut atteindre le spécialiste des sciences humaines.

Caractères déterminants

En effet, l'aire d'une civilisation dépend de la caractéristique que l'on choisit pour l'identifier, et c'est dans ce choix même que peuvent converger les différentes acceptions du mot, le point de vue analytique pouvant se combiner avec le point de vue évolutif.

Le caractère déterminant peut être d'ordre technique. C'est le cas, on l'a vu, pour les classifications des préhistoriens. De même, les ethnographes distinguent volontiers une civilisation de l'arc ou une civilisation de la sarbacane. Dans les sociétés modernes, la notion de civilisation industrielle, fondée sur le développement du machinisme, dépasse le plan purement technique, car elle se réfère aussi aux caractères économiques et sociaux, mais elle se heurte alors à la difficulté qui résulte de la combinaison de ces divers aspects, et il est difficile de ranger sous une même rubrique les sociétés capitalistes et les sociétés socialistes, sinon en faisant l'hypothèse qu'il y aurait une convergence entre elles, ce qui n'est pas évident.

Le caractère déterminant peut également être religieux. Ainsi, les ethnographes délimitent assez bien une civilisation chamanistique, et les historiens peuvent situer clairement dans le temps l'apparition d'une civilisation chrétienne, qui comporte une certaine unité culturelle et morale.

Les caractères intellectuels et culturels peuvent être, eux aussi, choisis comme traits fondamentaux. On emploie en effet assez souvent les expressions de civilisation du livre, de civilisation de l'audio-visuel, de civilisation des loisirs. La difficulté qu'on éprouve à coordonner ces diverses typologies a conduit à chercher des méthodes plus synthétiques. Parmi celles-ci, il faudrait citer celles qu'ont mises au point diverses écoles culturalistes. Ainsi, avec Linton et Kardiner, on peut chercher à trouver l'unité dans les « personnalités de base », c'est-à-dire dans les effets globaux que les sociétés peuvent avoir sur les individus, dans la manière dont elles les façonnent par l'éducation. Ou bien on peut, avec Ruth Benedict, et dans le même sens, chercher à déterminer les finalités, les desseins secrets des diverses civilisations dans l'action qu'elles exercent sur la personnalité consciente et inconsciente. On peut ainsi distinguer, par exemple, des civilisations apolliniennes dont le système global tend à favoriser l'esprit de solidarité, et des civilisations dionysiaques qui développent plutôt l'esprit de compétition.

Un pas de plus est fait dans la conciliation entre les divers sens du mot, lorsqu'on s'efforce, à travers les phénomènes de contact et de diffusion, de saisir comment une civilisation s'impose peu à peu à plusieurs autres, de sorte que l'hypothèse d'une coupure entre civilisés et non-civilisés est remplacée par l'étude historique des convergences à travers des évolutions qui ne sont conçues ni comme nécessaires ni comme fondées sur des échelles de valeurs a priori. C'est dans ce contexte que les notions de civilisation industrielle et de civilisation des loisirs peuvent être utiles pour permettre au sociologue, à partir de modèles qui sont assez proches du type idéal wébérien, de mieux comprendre les évolutions en cours.

Mais il ne faut pas que cette idée d'une civilisation unitaire à titre de modèle conduise à une vue prospective trop rigide. Comme le disait Paul Valéry, nous avons appris que les civilisations sont mortelles. Le propre même de la civilisation humaine est d'ailleurs de pouvoir se remettre elle-même en question. Il s'agit donc seulement, en décelant les convergences, de mieux comprendre le présent, et non pas de prédire l'avenir. Le préjugé de la civilisation occidentale seule détentrice de la vérité civilisatrice ne doit pas plus servir à fermer l'évolution qu'il ne pouvait fournir des critères pour rejeter dans la non-civilisation les sociétés qui, dans le passé, étaient définies comme sauvages ou barbares. La notion de civilisation ne peut être que purement opératoire, aussi elle ne peut ni totalement coïncider avec la réalité concrète ni lui échapper. Elle implique des systèmes de valeur, mais elle doit en faire comprendre la genèse au lieu de les poser a priori.

—  Jean CAZENEUVE

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Écrit par :

  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean CAZENEUVE, « CIVILISATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/civilisation/