ALPHABET

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Stèle de Néfertiabet

Stèle de Néfertiabet
Crédits : Erich Lessing/ AKG

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

-4000 à -2000. Naissance de l'écriture
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Stèle de Mésha, IXe s. av. J.-C.

Stèle de Mésha, IXe s. av. J.-C.
Crédits : Z. Radovan/ www.BibleLandPictures/ AKG images

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Tout alphabet est une collection de signes graphiques qui correspondent à autant de sons vocaux dans une langue ou dans un groupe de langues donné ; la lettre, ou caractère, représente l'unité ultime dont se composent les phonèmes. Encore que l'histoire constate la transformation ou la disparition progressive de certaines lettres ainsi que la captation et l'adaptation entre alphabets, on peut considérer chaque collection comme close. Compte tenu des articulations (mots et phonèmes), c'est donc la combinatoire des quelques dizaines de lettres d'un alphabet qui permet l'expression écrite et parlée et la prolifération illimitée de cette expression dans le tissu quotidien des échanges sociaux comme dans la création et la conservation de la culture.

Entre les langues qui usent d'un même alphabet, on relève des variantes souvent considérables dans la prononciation d'une même lettre (u en français, en anglais, en italien et en espagnol) ou d'un groupe de lettres (ch en français, en italien, en espagnol, en allemand).

Des variantes existent aussi bien au sein d'une langue (ch en allemand, dans Ich et Buch) ; à quoi s'ajoutent les accentuations et les particularités des prononciations régionales. Et l'on sait que, selon la formule populaire qui, en fait, entérine en la déplorant l'existence de l'orthographe, les mots ne s'écrivent pas tous comme ils se prononcent. Cela parce que chaque langue est conditionnée par ses sources, son passé et ses règles ou habitudes scripturales, mais aussi parce que l'équipement alphabétique dont elle dispose se limite précisément à une collection close.

Peu nombreux sont les alphabets en regard du nombre de langues mortes et vivantes qui les mettent en œuvre ; et, par l'expansion de quelques-uns d'entre eux, on peut définir de vastes aires et de longues périodes de civilisation (le grec et le romain, le sanskrit, l'arabe, par exemple).

C'est par la lente élaboration, dans laquelle les faits économiques ont sans doute joué un rôle capital, que l'humanité s'est orientée vers l'abstraction alphabétique, en dégageant l'écriture du pictogramme, de l'idéogramme et du phonogramme, ancêtre du signe alphabétique.

Les civilisations indo-européennes apparaissent comme civilisations du concept, celles de l'Extrême-Orient, qui usent encore de l'idéogramme, comme civilisations de l'image et de l'emblème. Nul ne saurait décider de la supériorité des unes sur les autres, mais, à coup sûr, les alphabets s'offrent comme caractéristiques des premières.

—  Universalis

Les premières écritures

Les cunéiformes inventés en Mésopotamie (env. 3400 avant J.-C.) et les hiéroglyphes imaginés en Égypte (env. 3200) servent d'abord à établir des inventaires. Ils comprennent, outre des chiffres, des pictogrammes, dessins représentant un être ou un objet. Ces écritures se sont compliquées lorsqu'on voulut écrire des phrases. Les pictogrammes, qui tendent à devenir des dessins stylisés ou schématiques, se répartissent alors en trois catégories suivant leur fonction. L'idéogramme a la valeur d'un mot tout entier et représente un être ou un objet. Il peut aussi évoquer des termes abstraits par association d'idées : par exemple, le pictogramme « étoile » en devenant un idéogramme signifie : étoile, dieu, haut, être haut. Le phonogramme ou signe phonétique transcrit une syllabe ou, seulement pour les hiéroglyphes, une consonne isolée. Le déterminatif, que l'on place à côté d'un mot écrit au moyen de signes phonétiques ou d'idéogrammes complexes, supprime toute possibilité d'erreur de lecture en indiquant à quelle catégorie d'êtres ou d'objets appartient le mot en question. Les deux premiers systèmes d'écriture ayant mis des siècles à se constituer, il résulte de cette évolution que chaque signe a plusieurs valeurs comme idéogramme, déterminatif ou phonogramme.

Stèle de Néfertiabet

Stèle de Néfertiabet

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Dans la chapelle du mastaba édifié pour elle à Guizeh, la princesse Néfertiabet, parente du pharaon Khéops, est représentée dans la scène traditionnelle du repas funéraire, devant la table qui porte les offrandes alimentaires. Calcaire peint, IVe dynastie (env. 2550 av. J.-C.). Musée... 

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

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Apparition de l'écriture et des premières villes. Début de la métallurgie du cuivre. Expansion de la domestication du cheval.Le IVe millénaire peut être considéré comme le début de l'histoire car il voit apparaître l'écriture.La majeure partie du globe reste cependant... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'emploi de l'écriture est donc, pendant plus de deux millénaires, réservé à une élite, les scribes, qui, après de longues études, ont acquis le monopole des charges administratives, des sciences sacrées et profanes. Les scribes mésopotamiens, qui utilisent l'écriture la plus compliquée (les cunéiformes), tentent de la simplifier de plus en plus grâce aux signes phonétiques, mais ils ne renonceront jamais au plaisir des jeux de mots, à l'emploi des idéogrammes et des signes rares réservés aux initiés.

Les États apparus plus tard que le royaume égyptien et que les cités de Mésopotamie profitent de l'expérience de ces pionniers, lorsqu'ils inventent une écriture. C'est alors la vogue des systèmes syllabiques où, à côté d'un petit nombre d'idéogrammes à valeur unique et concrète (à la façon des pictogrammes), il n'y a que des signes phonétiques transcrivant chacun une seule syllabe, en nombre limité (de 45 à 90). C'est le cas du protoélamite linéaire (env. 2200 av. J.-C.), des écritures de la Crète (xxe-xiiie s. av. J.-C.), de Chypre (xvie-iiie s.), des hiéroglyphes hittites (xvie-viiie s.). Ce système, parfois combiné avec l'alphabétisme, est encore adopté après l'apparition de l'alphabet : au viie siècle avant J.-C. dans la péninsule Ibérique (écriture ibéro-tartessienne de l'Algarve), en Carie et en Perse ; à partir du ive siècle avant J.-C. dans l'Inde et les pays d'Asie civilisés par les Indiens ; au ive siècle après J.-C. en Éthiopie.

L'invention de l'alphabet

On peut encore simplifier l'écriture en décomposant la syllabe en consonne et voyelle : on a alors un alphabet composé de lettres (entre 20 et 50). Mais c'est là une opération bien abstraite et, en fait, la simplification ultime de l'écriture ne devait être réalisée que par un peuple parlant une langue du groupe sémitique, où les consonnes forment à elles seules le cadre inaltérable des racines à partir desquelles on forme les mots de même famille. Cette structure suggère une solution imparfaite : n'écrire que les consonnes. L'écriture égyptienne possédait bien des signes phonétiques transcrivant des consonnes isolées, mais les scribes de la vallée du Nil n'avaient jamais songé à se servir uniquement de ces signes-consonnes pour écrire. On doit l'intervention de l'alphabet à des marchands syriens, indifférents aux beautés littéraires des vieux systèmes d'écriture et soucieux d'abord de la rédaction rapide de leurs contrats. Mais en dépit de la subtilité acquise au contact d'étrangers de tous pays, il leur faudra une bonne partie du IIe millénaire avant notre ère pour mettre au point leur système.

Certaines tentatives empruntent leurs signes aux écritures égyptiennes : inscriptions protosinaïtiques (dans la mine de turquoises de Serabit el-Khadem, dans le sud du Sinaï), textes pseudo-hiéroglyphiques de Byblos. Mais leur date est incertaine (entre le xixe et le xive s.) et on ne s'entend pas sur leur déchiffrement. Par contre, on lit fort bien les alphabets ougaritiques (xive-xiiie s.), qui sont composés de signes cunéiformes transcrivant des consonnes : le plus employé a trente signes et s'écrit de gauche à droite comme le cunéiforme de Mésopotamie ; un autre, de 22 à 28 signes, s'écrit de droite à gauche, comme plus tard le phénicien et les écritures qui lui seront apparentées. Élaborés à Ougarit, le grand port cosmopolite, ces alphabets ont été utilisés également dans différentes localités de Palestine. Conçus pour être tracés sur des tablettes d'argile, ces alphabets cunéiformes céderont la place à des systèmes de signes linéaires (d'un tracé plus simple et géométrique) que l'on peut plus facilement graver sur la pierre ou sur le métal, tracer au pinceau sur des ostraka (fragments de pierre ou tessons) ou sur des papyrus.

Les premiers alphabets linéaires de Syrie et d'Arabie

On a trouvé, principalement en Palestine (mais c'est la région la mieux explorée de l'ensemble syrien), un petit nombre de textes courts rédigés dans des écritures de ce type et antérieurs à 1100 avant J.-C. ; ils résistent aux efforts des déchiffreurs ; ce qui montre qu'il s'agit d'expériences locales sans suite. Puis, vers 1100 avant J.-C., c'est le triomphe d'un alphabet nouveau de 22 lettres (consonnes), qu'on appelle phénicien parce qu'il a d'abord été connu par les inscriptions des villes de Phénicie. Il ne peut avoir été inventé que dans une ville importante, et il n'est pas impossible que ce soit la cité phénicienne de Byblos. Elle semble avoir moins souffert que les autres de l'invasion des peuples de la Mer (début du xiie s. avant J.-C.) et c'est la seule ville où l'on ait trouvé des textes anciens écrits en alphabet phénicien (d'autres de la même époque proviennent de bourgades minuscules). Le plus connu de ces textes byblites est l'inscription du tombeau d'Ahiram, roi de Byblos, que l'on situait autrefois au xiiie siècle, mais que l'on a ramené au xe siècle. Quelle que soit son origine, l'alphabet, d'abord commun à toute la Syrie, va se différencier pour s'adapter aux différents dialectes sémitiques des peuples qui habitent ou fréquentent la Syrie : phénicien, sud-arabique et nord-arabique, paléo-hébraïque, moabite, araméen.

L'écriture phénicienne, employée durant des siècles un peu partout en Syrie, survit sur le littoral jusqu'au iie siècle après J.-C. Elle est apportée par les colons dans un grand nombre de sites méditerranéens : au viiie siècle avant J.-C. à Chypre et à Carthage, au viie siècle à Malte et en Sardaigne. Prenant le relais des Phéniciens, Carthage fait connaître son écriture punique dans ses colonies d'Afrique, de Sardaigne et d'Espagne. Ayant survécu à la destruction de la grande ville, cette écriture est en usage jusqu'au iie siècle de notre ère dans le domaine africain de Rome. Enfin, il est possible que l'alphabet libyque, employé au Maghreb et au Sahara à partir du iiie siècle avant J.-C, dérive d'un modèle phénicien.

L'écriture sud-arabique, qui transcrit des dialectes arabes assez différents de l'arabe actuel (lui-même originaire de l'Arabie du Nord), compte 29 consonnes, alors que le phénicien n'en compte que 22. Les deux alphabets n'en dérivent pas moins d'un modèle commun. L'écriture sud-arabique a dû se propager de la Palestine méridionale vers le sud-est de la péninsule, suivant l'itinéraire des caravaniers pratiquant le commerce de l'encens et de la myrrhe. Mais on la connaît surtout par les inscriptions monumentales des royaumes nés de la vente des aromates (Ma'in, Saba, Qataban, Hadramaout), dont on place maintenant le début au ve siècle avant J.-C. Il se peut que les écritures du Sud aient servi de modèle aux alphabets nord-arabiques utilisés par les caravaniers parlant les dialectes du Nord, et dont les dates sont également peu sûres (dédanite et lihyanite, dans l'oasis d'el ‘Ela, ve et ier s. av. J.-C. ; thamoudéen, dans la région de Teima, ve siècle avant J.-C. ; safaïtique dans la région de Damas). Toutefois c'est certainement l'alphabet sud-arabique qui est à l'origine du syllabaire éthiopien (ive s. apr. J.-C.).

L'écriture paléo-hébraïque, attestée depuis le ixe siècle avant notre ère jusqu'à la dernière révolte contre l'Empire romain (132-135), s'est peu à peu différenciée de l'alphabet phénicien. Elle améliore son modèle en utilisant des matres lectionis, signes de consonnes faibles qui indiquent approximativement la voyelle qu'il faut lire entre deux consonnes. Cette écriture, qui survit à peine transformée dans les manuscrits des Samaritains, est généralement supplantée après le retour de l'exil par l'hébreu carré (ainsi nommé à cause de la forme de ses lettres), dérivé de l'araméen.

L'écriture moabite, également dérivée du modèle phénicien, n'est connue que par la stèle de Mesha (ixe s. av. J.-C.), roi de Moab (au sud-est de la mer Morte) ; elle emploie aussi des matres lectionis.

Stèle de Mésha, IXe s. av. J.-C.

Stèle de Mésha, IXe s. av. J.-C.

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Découverte en 1868, la stèle de Mésha constitue un témoignage de première importance pour l'archéologie biblique. 

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L'alphabet araméen et sa descendance

L'alphabet araméen a été tiré du système phénicien par les scribes du royaume de Damas au ixe siècle avant J.-C. Sa forme cursive, plus pratique que celle du phénicien et répandue par les déportés araméens, connaîtra une singulière diffusion en Asie. Adopté par les rois d'Assyrie (viiie s.), il sert parallèlement aux cunéiformes, qu'il supplante sous l'empire achéménide (vie-ive s.) dont l'administration utilisera surtout l'écriture et la langue araméennes. À côté de cet alphabet officiel, le triomphe des dialectes araméens sur les autres langues sémitiques entraîne la création d'écritures locales. En Palestine, l'hébreu carré (iiie s. av. J.-C.) transcrit l'araméen parlé par les Juifs après l'exil, puis les textes sacrés dans la langue hébraïque.

Le nabatéen, créé chez une tribu arabe au sud-est de la mer Morte pour écrire l'araméen (iie s. av. J.-C.), est, après la chute du royaume local (106 apr. J.-C.), employé pour transcrire un parler arabe. Peu à peu transformé, il devient l'écriture arabe (vie s. apr. J.-C.), qui n'évoluera plus beaucoup. Le mandéen, employé dès le viie siècle après J.-C. par une secte de Basse-Mésopotamie, a ajouté, sous l'influence du grec, une transcription commode des voyelles aux lettres araméennes. Le palmyrénien, tiré de l'araméen au ier siècle avant J.-C. pour la cité caravanière de Palmyre, est à son tour à l'origine des écritures syriaques, qui transcrivent les parlers araméens de Haute-Mésopotamie à partir du ier siècle de notre ère.

Le palmyrénien et le syriaque, propagés par les commerçants et les missionnaires nestoriens, sont à la base des écritures d'Iran et d'Asie centrale. Dans les royaumes parthe (iie s. av.-iiie s. apr. J.-C.) et sassanide (iiie-viie s. apr. J.-C.), on écrit les dialectes iraniens en alphabet pehlevi. La médiocrité de ce type d'écriture le fait remplacer, au début du viie siècle par l'alphabet avestique ou zend (le zend étant le commentaire de l'Avesta, livre saint du zoroastrisme), qui note toutes les nuances des voyelles. Mais, victime de la chute des Sassanides (651), il n'aura servi qu'à transcrire l'Avesta. Au Turkestan, la langue sogdienne reçoit son alphabet au ier siècle après J.-C., tandis que l'écriture manichéenne, inventée par les fidèles de Mani à partir du ive siècle de notre ère, sert à écrire indifféremment les nombreuses langues de l'Iran et du Turkestan.

L'araméen, par l'intermédiaire du pehlevi et du sogdien, est encore à l'origine des alphabets turco-mongols. L'écriture dite à tort « runes sibériennes » (viie-viiie s.) est celle de l'empire des Turcs T'ou Kiue. Les Ouigour, qui leur succèdent en Mongolie, reçoivent des missionnaires manichéens un alphabet (ixe s.) qui est à l'origine de l'écriture mongole adoptée par les khans lors de leur conversion au bouddhisme (xive s.). Cette dernière écriture est d'un système complexe d'une centaine de signes (on voulait noter les termes indiens et tibétains du bouddhisme). Au xviie siècle, la horde mandchoue, devenue maîtresse d'un empire, se donne une écriture qui simplifie l'alphabet mongol. Enfin, dans la nombreuse descendance de l'écriture araméenne, il faut signaler les syllabaires de l'Inde, du Tibet et de l'Asie du Sud-Est.

L'alphabet grec et sa descendance

Dérivé du phénicien, l'alphabet grec est le premier véritable alphabet, car ses créateurs ont utilisé des consonnes phéniciennes, dont ils n'avaient pas l'emploi, pour transcrire les voyelles. Son usage n'est attesté qu'à partir du viiie siècle avant J.-C., mais les spécialistes du phénicien pensent que l'emprunt eut lieu un peu avant 900. Le grec serait donc à l'origine de l'alphabet phrygien, apparu avec le royaume national au viiie siècle avant notre ère. Moins variée que celle de l'araméen, la descendance de l'alphabet grec prendra plus d'importance au cours des siècles.

Les écritures de la péninsule Ibérique (ibéro-tartessienne de l'Algarve, viie s. av. J.-C.) et de l'Anatolie (carienne et lydienne, viie s. av. J.-C. ; lycienne et pamphylienne, ive s. av. J.-C.) mélangent des signes de provenance diverse, et souvent de valeur syllabique, à des lettres grecques. Le copte (iie s. apr. J.-C.), écriture de la langue sacrée de l'Église chrétienne d'Égypte, ajoute à l'alphabet grec sept lettres tirées du démotique (cursive de l'époque pharaonique). Le modèle grec est plus incertain pour l'écriture gotique, créée au vie siècle de notre ère pour évangéliser les Gots. Les alphabets arménien et géorgien, inventés au ve siècle après J.-C., auraient tiré la forme de leurs lettres du pehlevi, et l'idée de la transcription des voyelles du grec. L'influence du grec est plus nette à l'origine du glagolitique (du vieux slave glagol, parole), qui fut forgé par saint Cyrille, l'apôtre des Slaves, pour écrire le slavon (ixe s.) et qui, par l'intermédiaire du cyrillique (xiiie s.), est à l'origine des alphabets modernes russe, biélorussien, ukrainien, bulgare et serbe.

L'alphabet latin

La postérité la plus importante de l'écriture grecque se situe en Italie. Entrés en contact avec les Hellènes, les Étrusques tirent de l'écriture de ces étrangers (env. 700 av. J.-C.), un alphabet, qui est à l'origine de toutes les écritures utilisées dans l'Italie du Ier millénaire avant notre ère : vénète, messapienne, sicule et picénienne (ve s.), osque (ive s.), ombrienne et rhète (iiie s.), sans parler de l'alphabet latin, attesté dès la fin du viie siècle avant J.-C. (fibule de Préneste) et qui, répandu par les Romains, va conquérir le monde méditerranéen.

Langue de culture, le latin survit à la chute de l'Empire romain ; les peuples barbares qui s'installent à l'ouest du Rhin et au sud du Danube ne songent plus à créer un alphabet national, comme les runes germaniques tirées au iiie siècle de notre ère d'un modèle latin ou rhète. Instruits par des adeptes de la culture latine, ils adoptent l'alphabet latin. Ce dernier bénéficie ensuite de l'esprit conquérant et de la primauté intellectuelle des nations de l'Europe occidentale. Les conquistadores et les colons apportent leur écriture à des continents (Amérique, Australie) qui étaient restés analphabètes ou n'avaient que des écritures de type archaïque, condamnées à disparaître dès le premier contact avec les Blancs.

De nos jours, les écritures traditionnelles sont en recul ou sur la défensive devant les progrès de l'alphabet latin, adopté par les linguistes. Ceux-ci utilisent ses lettres – complétées par des signes diacritiques – pour créer de nouvelles écritures, qu'il s'agisse comme en Afrique noire d'élever des parlers indigènes, jusque-là non écrits, au rang de langues officielles, ou, comme en Turquie lors de la réforme d'Atatürk (1928), de faire disparaître une écriture (l'arabe) difficile et peu précise, qui gênait la diffusion de la culture.

L'ex-U.R.S.S. conserve les alphabets cyrilliques, qui servent aux quatre cinquièmes de la population, mais le gouvernement soviétique a utilisé les lettres latines pour des alphabets créés à l'usage des différentes minorités qui ignoraient jusque-là l'écriture. Par contre, la Chine hésite encore à adopter une écriture de type alphabétique, ce qui supposerait une refonte de la langue (faite de monosyllabes que l'on distingue par des tons) et l'abandon de la totalité de la littérature.

—  Gilbert LAFFORGUE

Bibliographie

Écritures, colloque, univ. Paris-VII, 1980, éd. A.-M. Christin, Le Sycomore, 1982

« L'Espace et la Lettre », in Cahiers Jussieu no 3, univ. Paris-VII, Collection 10-18, Paris, 1977

J. G. Février, Histoire de l'écriture, Payot, Paris, 1959, rééd. 1984

Naissance de l'écriture : cunéiformes et hiéroglyphes, catalogue de l'exposition du Grand Palais, Paris, 1982.

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Pour citer l’article

Gilbert LAFFORGUE, « ALPHABET », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alphabet/