Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

CHINOISE CIVILISATION Les arts

Jade

Origine des néphrites et des jadéites

Dès l'Antiquité, le yu, pierre noble par excellence, a été entouré d'une aura magique dont on trouve l'écho dans les textes historiques et dans la poésie. La beauté de son poli, sa sonorité, sa dureté en ont fait le symbole des cinq vertus morales des confucianistes : bonté, rectitude, sagesse, courage, pureté. Pour les taoïstes, l'absorption de yu, réduit en poudre, devait permettre d'accéder à l'immortalité des Sages. L'emploi de yu dans les rites funéraires semble avoir pour origine les propriétés prophylactiques qui lui étaient attribuées : il était censé protéger les corps de la putréfaction. Depuis le xviie siècle, l'Occident a identifié le yu au jade, que découvrirent les Espagnols dans le Nouveau Monde et qu'ils introduisirent en Europe. À l'heure actuelle, ce terme général couvre les néphrites et les jadéites qui se distinguent par leurs indices de dureté et leurs poids spécifiques.

Ces deux matières ne semblent pas avoir existé en Chine, qui les reçut de l'étranger. Le commerce des néphrites vertes du Turkestan (régions de Khotan et de Yarkand) est mentionné dans les textes Han et doit remonter à une époque plus ancienne. Des gisements de néphrites d'un blanc bleuâtre existent au sud du Baïkal. Les archéologues russes ont signalé l'emploi de cette pierre dans les cultures néolithiques de cette région : outillage de la culture de Kitoj (2500-1700 av. J.-C.), parures exhumées des sépultures féminines de la culture de Glaskovo (1700-1200 avant J.-C.). On a longtemps supposé que le rayonnement de ces cultures à travers la Transbaïkalie avait contribué à l'épanouissement de la civilisation des Shang, en Chine du Nord. Les datations doivent donc être révisées et cette influence pourrait, en outre, s'être effectuée de façon indirecte. En Chine même, deux thèses s'affrontent : passage direct au Henan de la poterie rouge à la poterie gris sombre (Miaodigou II) ou bien, à la même époque, existence d'une culture sur le littoral du Jiangsu et au Shandong, culture qui aurait rayonné vers le Hebei et le Henan, au nord, vers le Zhejiang au sud.

De plus, le professeur Kwang-chih Chang a fait état d'un gisement de jade à Nanyang, à 275 kilomètres au sud d'Anyang, gisement exploité actuellement mais dont nous ignorons s'il l'était déjà au cours du Néolithique.

La nomenclature des jades rituels dans le Zhou li, « rituel des Zhou » rédigé à la fin du Ier millénaire avant notre ère, a été utilisée dans des études ultérieures (Kaogu tu, xiie siècle ; travaux des savants de l'époque mandchoue, xviiie-xixe s.). Reprise par Berthold Laufer, discutée par Paul Pelliot, elle a servi dans les classifications occidentales.

Les jades de fouille

À l'heure actuelle, les jades les plus anciens proviennent du Jiangsu septentrional et du Shandong, dont les sites révèlent une agriculture et une organisation sociales plus élaborées ainsi qu'un outillage lithique plus diversifié et mieux poli que ceux du bassin du Huanghe, dits de Yangshao, caractérisés par leurs poteries peintes. Au IVe millénaire avant J.-C., dans le complexe de Dawenkou (Shandong), pour des besoins que l'on suppose rituels, apparaissent des jades en forme de haches et de ciseaux ainsi que des ornements en forme de demi-cercle (huang) tandis que dans la pierre et l'os sont taillés des disques repercés en leur centre (bi) et des cubes à ouverture centrale arrondie (zong).

Ces cultures dites longshanoïdes (d'après le site de Longshan, découvert en 1928 au Shandong, qui en serait l'aboutissement) seraient entrées en contact avec le Yangshao du Henan dont elles auraient adopté la poterie peinte, lui transmettant en même temps l'usage du tour et leur poterie en grès sombre.[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : docteur-chercheur au C.N.R.S. (UMR 7041) , directeur de la Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang (Chine)
  • : chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : critique d'art, écrivain, commissaire d'exposition
  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : directrice d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : reader, Department of Chinese, Australian National University
  • : directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études, section des sciences historiques et philologiques, membre de l'Institut

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

-2000 à -1000. Les empires du Bronze

-2000 à -1000. Les empires du Bronze

Vase rituel en forme de tigre, dynastie Shang, Chine

Vase rituel en forme de tigre, dynastie Shang, Chine

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

Autres références

  • ASTRONOMIE

    • Écrit par James LEQUEUX
    • 11 339 mots
    • 20 médias
    Quant aux Chinois, ils pratiquent l’astronomie depuis l’Antiquité. Ils s’intéressent alors surtout aux événements temporaires survenant dans le ciel et qui leur paraissent comme autant de présages : éclipses, apparition d’étoiles nouvelles, de comètes, etc. Ils consignent soigneusement...
  • CALENDRIERS

    • Écrit par Jean-Paul PARISOT
    • 9 907 mots
    • 4 médias
    Nos connaissances surl'astronomie et le calendrier chinois sont dues au travail monumental réalisé entre 1723 et 1759 par le jésuite français Antoine Gaubil. Pendant les trente-six années qu'il passe à Pékin, sa fonction de traducteur et d'interprète lui permet d'être en contact permanent avec la cour...
  • CHINE : L'ÉNIGME DE L'HOMME DE BRONZE (exposition)

    • Écrit par Viviane REGNOT
    • 934 mots

    L'expositionChine : l'énigme de l'homme de bronze. Archéologie du Sichuan (XIIe-IIIe s. av. J.-C.), un des sommets de l'année de la Chine en France, eut lieu du 14 octobre 2003 au 28 janvier 2004 à la salle Saint-Jean de l'Hôtel de Ville de Paris. Elle avait pour commissaires...

  • CHINE - Hommes et dynamiques territoriales

    • Écrit par Thierry SANJUAN
    • 9 801 mots
    • 5 médias
    ...comme l'extension d'un monde chinois qui trouve son foyer originel dans le bassin moyen du fleuve Jaune dès le IIe millénaire avant J.-C. Plus largement, la Chine se veut le foyer de civilisation de l'Asie orientale dans la mesure où elle était elle-même l'ensemble du monde, « tout ce qui était sous le...
  • Afficher les 10 références

Voir aussi