CHINOISE CIVILISATIONLes arts

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Architecture

L'organisation de l'espace

Dans l'ancienne cosmologie chinoise, le Ciel étant conçu comme rond et la Terre comme carrée, l'espace est imaginé sous forme de carrés emboîtés, sortes d'espaces hiérarchisés autour du noyau que constitue la capitale, carré marqué par quatre portes aux quatre orients et centre de convergence des influences cosmiques. On aboutit ainsi à une image géométrique du monde, animée par tout un réseau élémentaire de correspondances spatiales. Les alternances et les oppositions inhérentes au mouvement de l'univers se retrouvent dans l'espace humain. Destinée à refléter cet ordre idéal, l'architecture chinoise a conservé des spéculations anciennes quelques principes essentiels, tels que l'orientation, la pureté géométrique des formes et la symétrie, souvenir d'une organisation dualiste du monde.

L'espace architectural se présente en Chine comme une série de mondes clos, complets, de la ville à la maison privée, qui constituent des unités indépendantes de plus en plus petites, répétant en microcosme les formes des unités plus grandes. Cette décentralisation n'est jamais signe d'anarchie ; en Chine, l'aménagement de l'espace fut toujours soumis à des règles, l'architecture y fut un art dirigé, contrôlé par l'État, destiné à assurer un cadre au système social, autant qu'à mettre de l'ordre dans l'univers environnant.

Orientation et axialité

Les notions d'ordre et d'harmonie se retrouvent dans les règles nombreuses et complexes qui président au choix d'un emplacement pour la construction de tout édifice. Les géomanciens versés dans le fengshui, littéralement « vent et eau », sont ainsi chargés de déterminer si la nature du terrain, la configuration du sol, la disposition des arbres, des rochers, des eaux de la région sont favorables aux esprits fastes et capables d'arrêter les esprits néfastes.

L'emplacement une fois fixé, l'architecte trace son plan sans perdre de vue l'axe principal de direction sud-nord. Le symbolisme de cette axialité est évident, car le nord représentait pour les Chinois, outre les rigueurs de l'hiver, le danger des invasions barbares, donc les influences néfastes. Tout bâtiment important, officiel ou privé, s'ouvre par conséquent au sud. Cette axialité correspond en fait à une voie médiane, selon laquelle se fait la découverte progressive de l'ensemble architectural. L'ensemble, qu'il s'agisse d'une ville ou d'un palais, n'est jamais conçu de façon à être saisi d'un seul coup d'œil, comme on le ferait du haut d'un monument, mais bien plutôt à être compris par approche à la fois spatiale et temporelle, à la manière d'une peinture que l'on déroule. Sur l'axe médian, les édifices principaux se succèdent, précédés de vastes cours que ferment à l'est et à l'ouest des bâtiments secondaires.

La tendance est à l'horizontalité, de sorte qu'aucune différenciation hiérarchique entre les bâtiments ne s'opère, comme c'est le cas en Occident, par la position dominante du monument important. Or les Chinois étaient capables de bâtir élevé (maisons à étages, pagodes bouddhiques). La raison de cette unité d'élévation est donc bien, outre le privilège accordé à la ligne horizontale, le principe d'espaces juxtaposés, selon lequel le bâtiment principal se signale seulement par son emplacement, sa surface plus vaste, le luxe déployé dans les matériaux et la décoration.

La cour close

Autour de cet axe orienté, les ensembles architecturaux s'ordonnent selon trois dispositions possibles.

La forme la plus ancienne peut-être se compose de quatre bâtiments autour d'une cour. Cette disposition symétrique, déjà constituée aux environs de notre ère, s'est perpétuée sans grands changements jusqu'au xixe siècle, et s'applique à toutes les structures, puisque dans le cas des grands ensembles (palais, monastères...) il suffit de multiplier le dispositif.

La deuxième disposition est symétrique de part et d'autre de l'axe sud-nord, le tout étant enclos d'un mur. Cet agencement apparaît par exemple au temple du Ciel à Pékin.

Le troisième agencement enfin (palais impérial à Pékin) conjugue les deux premiers partis.

Ces trois possibilités sont des variations autour d'une constante : la cour fermée sur ses quatre côtés, image d'un monde complet et indépendant.

Pérennité des types, impermanence des matériaux

Cette constante du plan, cette répétition à des échelles différentes d'un modèle unique s'accompagnent d'une grande stabilité dans les types de construction. L'unité la plus répandue est le dian, pavillon rectangulaire [...]

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-2000 à -1000. Les empires du Bronze

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Vase rituel en forme de tigre, dynastie Shang, Chine

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Guerriers en terre cuite de l’empereur Qin Shi Huangdi

Guerriers en terre cuite de l’empereur Qin Shi Huangdi
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Guerriers de Qin Shi Huangdi

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Écrit par :

  • : docteur-chercheur au C.N.R.S. (UMR 7041) , directeur de la Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang (Chine)
  • : chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : critique d'art, écrivain, commissaire d'exposition
  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : directrice d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : reader, Department of Chinese, Australian National University
  • : directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études, section des sciences historiques et philologiques, membre de l'Institut

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Pour citer l’article

Corinne DEBAINE-FRANCFORT, Daisy LION-GOLDSCHMIDT, Michel NURIDSANY, Madeleine PAUL-DAVID, Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS, Pierre RYCKMANS, Alain THOTE, « CHINOISE CIVILISATION - Les arts », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chinoise-civilisation-les-arts/