MUSIQUES SAVANTES ET MUSIQUES POPULAIRES

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Essayer d'appréhender les influences qui se sont exercées sur la musique occidentale savante, c'est avant tout tenter de comprendre comment l'écriture musicale s'inscrit dans le temps et dans l'espace à un moment donné de l'histoire, mais également au sein d'un espace culturel déterminé. Pour traiter de cette vaste question, il est nécessaire d'étudier les influences des musiques populaires sur les œuvres savantes. Ces influences sont multiples ; si certains compositeurs s'appuient sur le patrimoine de leur propre culture afin d'affirmer l'identité nationale de leur musique (Edvard Grieg, Béla Bartók, Leoš Janá̌ek...), d'autres, au contraire, font apparaître dans leurs œuvres des références « exotiques », comme l'orientalisme chez les compositeurs français, en particulier chez Claude Debussy. En retour, il n'est pas moins important d'analyser l'influence qu'a pu avoir la musique savante sur les musiques populaires. Quelques exemples illustreront ces interactions.

Musique liturgique et musique païenne

Les premiers temps de l'ère chrétienne

Dès le ier siècle de notre ère, au début de la chrétienté, la musique prend place dans les cérémonies cultuelles. Héritière de la synagogue, elle-même influencée par l'art grec, l'Église perpétue par ce fait les traditions de la religion païenne gréco-romaine et du culte israélite, où le chant, particulièrement sous sa forme chorale, joue un rôle important. Les fidèles chantent le répertoire liturgique, qui comprend des psaumes dont les textes sont fournis par la Bible, et des hymnes. Cependant, par les Actes des Apôtres et par les Épîtres de Paul, nous savons que les fidèles chantaient également des hymnes et des cantiques spirituels à caractère populaire, œuvres des premiers chrétiens. Ces chants étaient généralement accompagnés par une flûte ou un luth, et il n'était pas rare qu'il y ait également des danses, survivances des cérémonies païennes. Cependant, les docteurs de l'Église proscriront les instruments, pensant que ceux-ci étaient trop ludiques, trop distrayants, et éloignaient les fidèles du Verbe. On n'a ainsi retrouvé, des premiers temps de l'ère chrétienne, qu'un seul texte de ces premiers chants à caractère populaire, connu sous le nom d'hymne d'Oxyrhynchus, et datant de la fin du iiie siècle.

Au Moyen Âge, l'art religieux est représenté par la musique ecclésiastique savante. Néanmoins, à côté de la musique liturgique se sont développés au cours des siècles des chants profanes imités de l'Antiquité gréco-romaine, et contre lesquels l'Église luttera de toutes ses forces.

À partir du ixe siècle, des compositions non religieuses apparaissent en nombre important. Ces pièces se présentent essentiellement sous trois formes : compositions épiques ou lyriques sur les textes du latin classique (Ovide, Virgile...), compositions écrites sur les poèmes épiques de l'époque et chants célébrant la nature, l'histoire, l'amour, les métiers, et exécutés par des bateleurs, des jongleurs, des mimes.

Troubadours et trouvères

Il semble que ce soit vers les xie et xiie siècles, au sud de la Loire, en Limousin, que sont apparues les premières pièces de poésie lyrique en langue vulgaire et que l'art des troubadours a commencé à se développer. Cette période est marquée par l'enrichissement de la noblesse, qui prend l'habitude de mener une vie large et fastueuse, chérit les arts, protège poètes, musiciens, comédiens et jongleurs. La transmission musicale s'organise, des écoles de musique – sortes de conservatoires appelés ménestrandises – sont créées dans plusieurs grandes villes méridionales où, à côté du répertoire chanté, sont enseignés différents instruments, notamment le violon, la harpe, la vielle. Apparaissent de nouveaux répertoires et de nouveaux genres : chansons (chansons d'histoire, de geste, chansons dramatiques, chansons à danser, pastourelles), poésies courtoises dans lesquelles le compositeur s'adresse à sa bien-aimée et également des chants religieux. Parmi les plus anciens troubadours, on citera Guillaume IX, duc d [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Dans le chapitre « Une musique sans auditeurs ? »  : […] Dans la période qu'inaugure l'après-guerre, la musique savante semble s'éloigner définitivement des musiques populaires. C'est au jazz que la danse et la chanson demandent maintenant cette sève qu'elles puisaient dans les valses et romances, autrefois véritables traits d'union entre deux univers. Les œuvres écrites des siècles passés sont affublées du stérilisant qualificatif de « classiques », s […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « MUSIQUES SAVANTES ET MUSIQUES POPULAIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musiques-savantes-et-musiques-populaires/