MUSIQUES SAVANTES ET MUSIQUES POPULAIRES

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Jazz et musique savante

Le jazz naît au début du xxe siècle, dans le sud des États-Unis d'Amérique. Ses origines sont multiples. Les États du Sud déportèrent des centaines de milliers d'esclaves d'Afrique afin de réaliser les travaux agricoles, notamment la culture du coton. Ces esclaves furent privés de leurs instruments traditionnels (flûtes, tambours) ; il ne leur restait donc que la pratique vocale. Les chants de travail – les work songs – étaient fondés sur des rythmes africains. Loin d'êtres interdits, ces chants étaient au contraire généralement encouragés par les propriétaires terriens, qui trouvaient qu'ils amélioraient le rendement. Peu à peu, ces chants se propagèrent sur les chantiers, les voies ferrées mais également dans les prisons. Parallèlement, les Noirs s'approprièrent la culture des Blancs, notamment par le biais de la religion, reprenant les hymnes protestants à travers des ring shouts, sorte de danses sacrées où les fidèles se divisaient en deux groupes : d'une part, les danseurs réunis en cercle et évoluant selon une technique de pas très codée et tapant dans leurs mains, d'autre part, les chanteurs interprétant les spirituals. On trouve également aux origines du jazz des influences de la musique savante et des musiques populaires européennes, notamment dans l'instrumentation, avec l'apport d'instruments européens de salon comme le piano, qui tint immédiatement un rôle très important dans le ragtime, ou encore avec les instruments des orchestres d'harmonie ou de fanfares (cornet à piston, clarinette, trompettes, trombones, grosse caisse et batterie). Les premiers orchestres composés uniquement de musiciens noirs se forment au tout début du xxe siècle. Ces orchestres jouent toutes les musiques populaires que l'on pouvait entendre à cette époque : polkas, quadrilles, marches militaires, blues, cake walk. On ne sait pas exactement comment le jazz est né, on ne peut pas non plus le dater de manière précise ; on sait seulement qu'au tournant du xxe siècle ces différentes musiques populaires se sont peu à peu mêlées et que ce mélange a donné naissance au ragtime puis au jazz.

Le jazz inspirera de nombreux compositeurs de musique savante. Parmi eux, citons Claude Debussy (The Little Negro), Maurice Ravel (deuxième mouvement, Blues, de la Deuxième Sonate pour violon et piano ; L'Enfant et les sortilèges), Darius Milhaud (Le Bœuf sur le toit), Erik Satie, Igor Stravinski, George Gershwin, Aaron Copland, Leonard Bernstein...

En 1928, Maurice Ravel traverse l'Atlantique pour donner une série de concerts. Il découvre le Canada puis les États-Unis, notamment La Nouvelle-Orléans et New York ; il séjourne à Harlem, fréquente les clubs de jazz en compagnie du compositeur américain George Gershwin. Grand admirateur de la musique de Ravel, ce dernier lui demande de lui donner des leçons. Mais Ravel aurait refusé, en précisant : « Vous perdriez votre spontanéité et finiriez par composer du mauvais Ravel. » Dans une interview accordée au Musical Digest en avril 1928, le compositeur français déclarera : « Vous, les Américains, prenez le jazz trop à la légère. Vous semblez y voir une musique de peu de valeur, vulgaire, éphémère. Alors qu'à mes yeux, c'est lui qui donnera naissance à la musique nationale des États-Unis. »

Maurice Ravel

Photographie : Maurice Ravel

Le compositeur français Maurice Ravel (1875-1937), au piano, au cours de sa tournée américaine en 1928. Le compositeur américain George Gershwin est à sa droite. 

Crédits : Topical Press Agency/ Getty Images

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Au milieu des années 1920, George Gershwin compose un opéra populaire (folk opera) sur un livret de DuBose Heyward écrit à partir de sa nouvelle Porgy and Bess. Les textes des chansons sont de DuBose Heyward et de son frère Ira Gershwin, avec lequel George Gershwin a pris l'habitude de collaborer. L'opéra, créé le 30 septembre 1935 à Boston, retrace l'histoire d'une communauté d'ouvriers noirs de Charleston qui vivent misérablement dans un quartier du vieux port, Catfish Row. Afin de se familiariser avec le contexte musical et culturel de l'ouvrage, le compositeur partira quelques mois en Caroline du Sud, à la rencontre des communautés noi [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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  • Pierre BRETON, 
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Juliette GARRIGUES, « MUSIQUES SAVANTES ET MUSIQUES POPULAIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musiques-savantes-et-musiques-populaires/