ISLAM (Histoire)Le monde musulman contemporain

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Monde arabe

La modernisation dans le monde arabe actuel est souvent identifiée à l'occidentalisation, sans doute accentuée par la proximité géographique et historique de l'Europe. L'État national ainsi que les sciences et les techniques sont acclimatés à la fois par l'inspiration islamique et par l'inspiration arabiste.

Nation(s) et nationalisme(s)

Le mouvement national est un fait récent et caractéristique du modernisme de l'islam arabe, même si l'idéologie nationaliste arabe la plus élaborée (le Baas) fait remonter, évidemment, la nation arabe aux origines de l'histoire du Moyen-Orient tout entier : Sumer et les antiques empires égyptiens. Cette mythologie nationaliste copie les mythologies nationalistes allemande et italienne, les fondateurs du Baas – Aflaq, Biṭār, Arsoūzi – le reconnaissent expressément, ainsi que le proto-baasiste Sāti’ al-Husri, qui assurait que la contagion nationaliste européenne était inévitable et souhaitable dans l'Asie arabe et en Égypte.

La caractéristique principale du mouvement national en islam arabe est donc qu'il existe quatre niveaux d'appartenance nationale ou quasi nationale : le niveau national-arabe, qui englobait d'abord l'Asie arabe – Grande Syrie et Irak, et péninsule arabe –, puis l'Égypte également, enfin, selon le Baas, la totalité des territoires de langue arabe, depuis l'Atlantique jusqu'au « golfe arabe » (Persique) ; le niveau des communautés locales ethnico-religieuses (si nombreuses en Orient arabe) ; le niveau des États nationaux distincts avec leurs frontières, leurs armées, leurs intérêts étatiques propres ; enfin le niveau de l'appartenance musulmane, de la communauté musulmane tout entière. Chacun des quatre niveaux tient compte des autres, et c'est ainsi que le nationalisme, en terre arabe, n'est pas foncièrement laïque ni anticlérical.

En effet, l'inspiration islamisante a joué un rôle important, avant les indépendances, au Maroc, en Algérie, en Libye, en Arabie Saoudite, en Égypte et en Palestine. Dans les autres pays – Syrie et Irak principalement –, l'inspiration prédominante était l'arabisme, tandis que la Tunisie suivait surtout une inspiration réformiste constitutionnaliste. Après les indépendances, les inspirations non islamiques se sont répandues dans tout le monde arabe et ont prédominé en Égypte, en Syrie, en Irak, en Algérie, en Tunisie, au Yémen du Sud – tandis que l'Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe, la Jordanie, le Maroc maintiennent en principe une fidélité islamique. La Libye de Kadhafi est à la fois révolutionnaire et islamique, selon un islam réinterprété de manière arbitraire et superficielle.

Les constitutions des pays arabes, républiques ou monarchies à l'exception du Liban (pluriconfessionnel) et du Yémen démocratique (aujourd'hui disparu), n'ont pas déclaré de nationalité sans relation avec l'islam ni un pouvoir politique indépendant de l'appartenance à l'islam, y compris sous les régimes, qualifiés en Occident de laïques, du Baas syrien et du Baas irakien. Voilà pourquoi, en conséquence, l'égalité civique pleine et entière n'est ni reconnue ni appliquée dans aucun pays : le non-musulman (chrétien, juif, sans religion) ne peut exercer le commandement politique, et tous les mariages sont confessionnels (juridictions du statut personnel propres à chaque confession religieuse, et interdiction précise de certains mariages mixtes). Cette absence de laïcité de l'État et des lois telle que nous l'entendons en France paraît retardataire à beaucoup de musulmans. D'autres y voient une modernisation islamique propre.

Aussi les quatre niveaux que nous avons énoncés de l'appartenance nationale sont-ils maintenus avec leurs manifestations parfois tragiques, dont voici brièvement les plus notables. C'est d'abord la grande espérance active de l'unité nationale arabe, sous la bannière de l'Égypte de Nasser (de 1954 à 1967). L'union syro-égyptienne dans une République arabe unie (RAU), en 1958-1961, en représenta le moment de grâce. Depuis 1967, après la défaite totale devant l'État israélien, ce nationalisme a [...]

Nasser et la R.A.U.

Photographie : Nasser et la R.A.U.

Le président égyptien Gamal Abdel-Nasser (1918-1970) prononce un discours à Damas, en 1960, lors des cérémonies du deuxième anniversaire de la proclamation, le 1er février 1958, de la République arabe unie ( R.A.U.). 

Crédits : Keystone/ Getty Images

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Création de la République arabe unie, 1958

Vidéo : Création de la République arabe unie, 1958

Le 1er février 1958, au Caire, le président égyptien Gamal Abdel Nasser reçoit son homologue syrien Chukri Al-Quwwatli. À la mosquée Al-Azhar, les deux hommes signent l'acte de naissance de la République arabe unie, formée de l'Égypte et de la Syrie. Manifestation ultime du panarabisme... 

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Nasser et la R.A.U.

Nasser et la R.A.U.
Crédits : Keystone/ Getty Images

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Création de la République arabe unie, 1958

Création de la République arabe unie, 1958
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Scène de circoncision

Scène de circoncision
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Rouhollah Moussavi Khomeyni, 1978

Rouhollah Moussavi Khomeyni, 1978
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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S. et à la Fondation nationale des sciences politiques (C.E.R.I)
  • : docteur ès lettres et sciences sociales, directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques
  • : chargée de recherche au C.N.R.S.
  • : chercheur au C.N.R.S.
  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : chargé de recherche de première classe au C.N.R.S., responsable de l'équipe cultures populaires, Islam périphérique, migrations au laboratoire d'ethnologie de l'université de Paris-X-Nanterre, expert consultant auprès de la C.E.E. D.G.V.-Bruxelles
  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I
  • : directeur de recherche émérite au C.N.R.S.
  • : docteur en histoire orientale, maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : professeur à l'université de Provence

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Pour citer l’article

Françoise AUBIN, Olivier CARRÉ, Nathalie CLAYER, Andrée FEILLARD, Marc GABORIEAU, Altan GOKALP, Denys LOMBARD, Robert MANTRAN, Alexandre POPOVIC, Catherine POUJOL, Jean-Louis TRIAUD, « ISLAM (Histoire) - Le monde musulman contemporain », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-histoire-le-monde-musulman-contemporain/