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CHRISTIANISME

Parmi les titres identificateurs que s'était attribués Jésus de Nazareth, c'est celui de Kristos qui a été retenu pour désigner (vers 44, à Antioche) ses disciples : il signifie l'Oint, le Messie (en hébreu maschiah). Sur ce titre seront formés les termes grec kristianismos, latin christianismus et, au xiiie siècle, français christianisme, qui désignent le mouvement, la doctrine et l'institution religieux qui se réclament de Jésus-Christ.

Le christianisme est né au sein du judaïsme. C'est parmi les nombreuses sectes messianiques qui se développaient dans le monde juif, au début de notre ère, que s'opéra le regroupement des disciples de Jésus de Nazareth dans la continuité de la secte des disciples de Jean-Baptiste. Contestée par les pharisiens, rejetée par les saducéens, la communauté des chrétiens fut acceptée au sein du judaïsme jusqu'aux environs de l'an 65, date à laquelle se consomma une rupture inévitable. En effet, les disciples de Jésus avaient, dès le début, manifesté, de multiples façons, qu'ils se considéraient comme accomplissant et dépassant le judaïsme. Leur messie était bien celui qu'avaient annoncé les prophètes d'Israël, mais il ne s'identifiait pas à l'image que s'en faisait le judaïsme contemporain : cela, ils le savaient et le disaient, dès les origines de la communauté.

La secte des chrétiens n'avait d'ailleurs pas attendu d'être rejetée du judaïsme pour se répandre dans le monde païen. Dès 61, elle était à Rome. Le monde romain devait finalement, après les persécutions impériales, ouvrir au christianisme toutes ses régions. Du monde romain le christianisme passe aux Barbares et s'étend surtout en Occident. Dès le Moyen Âge, il est établi chez les Slaves. S'il recule dans les régions conquises par l'islam, il ne cesse d'envoyer des missionnaires au loin, à partir de la chrétienté occidentale : au xvie siècle, vers l'Asie et vers l'Amérique latine, au xviie siècle vers les deux Amériques, et vers l'Afrique au xixe siècle.

La secte née dans le judaïsme est devenue la religion la plus universelle qu'on ait jamais connue. Qu'on attribue pour une part cette expansion aux chances historiques qu'ont données au christianisme l'Empire romain d'abord, puis la civilisation occidentale n'empêche pas de lui reconnaître un universalisme de principe qu'il s'est attribué dès l'origine. Cet universalisme explique l'importance que revêt le christianisme, du seul point de vue de son influence dans les domaines de la culture, de la vie sociale et politique, de l'éthique. Qu'on le veuille ou non, et quelque jugement critique que l'on porte sur ce fait, le christianisme est indissociable de l'histoire d'une grande partie de l'humanité, l'Asie mise à part.

Qu'en sera-t-il à l'avenir de cette universalité ? Deux faits semblent l'hypothéquer : la mise en cause de l'influence occidentale dans le monde et la présente mutation culturelle qui entraîne une mutation religieuse. Les chrétiens y voient une épreuve historique qu'il ne faudrait point se hâter d'interpréter comme un déclin du christianisme. Le phénomène qui l'affecte est, à coup sûr, plus complexe.

La révélation chrétienne

Aux yeux des historiens romains dont le témoignage est parvenu jusqu'à nous (Suétone, Tacite, Pline le Jeune), le christianisme apparaissait comme une des nombreuses religions venues des confins de l'Empire et dont Jésus de Nazareth, dit Christ, était le fondateur. Ainsi apparaît encore le christianisme au regard des sciences humaines de la religion : une religion parmi d'autres, quoique spécifique à bien des égards. Tel n'est pas le point de vue des chrétiens eux-mêmes, qu'il importe d'accueillir si l'on veut soupçonner[...]

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Écrit par

  • : professeur aux Facultés dominicaines du Saulchoir et à l'Institut catholique de Paris
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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