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ISLAM (Histoire) Le monde musulman contemporain

Proche et Moyen-Orient non arabes

Les pays musulmans non arabes du Proche et du Moyen-Orient ont connu à partir des années 1980 des événements politiques majeurs dans lesquels les facteurs religieux ont joué un rôle déterminant. En Turquie, malgré la volonté du pays d'entrer dans l'Union européenne, les électeurs ont porté au pouvoir un parti islamique qui a tenté de remettre en cause le principe kémaliste de laïcité. En Iran, depuis la révolution islamique de 1979, les imams chiites contrôlent les institutions gouvernementales et les instances de la société civile. En Afghanistan, l'islam traditionnel, réprimé sous le régime pro-communiste, s'est trouvé ensuite supplanté par l'islamisme radical des talibans.

En Turquie

Scène de circoncision - crédits : Imka/ Hulton Archive/ Getty Images

Scène de circoncision

Du temps d' Atatürk et d'Ismet Inǒnü, le pouvoir politique s'est totalement identifié au Parti républicain du peuple, dont l'un des six principes était le laïcisme. Ce principe, appliqué avec rigueur jusqu'en 1946, a paru connaître quelque écho dans une partie de la population, essentiellement celle des grands centres urbains ; mais l'effort de modernisation et d'instruction entrepris n'a pu atteindre profondément nombre de zones rurales, notamment dans le centre et l'est de la Turquie ; là, les traditions religieuses et sociales sont demeurées vivantes ; en outre, dans les autres régions, la religion n'a pas disparu, même si la pratique est plus réduite qu'autrefois ; quant aux confréries, officiellement interdites, elles continuent à exister, clandestinement, et certains excès de turquification dans ce qui reste de religion « officielle » sont intimement réprouvés par beaucoup de Turcs.

L'instauration du pluripartisme en 1945 a ouvert la porte à la concurrence électorale, et certains partis – dont le Parti démocrate –, tout en professant le respect du kémalisme, ont vu la possibilité de s'attirer des électeurs en promettant la remise en cause de certains aspects du laïcisme officiel. Dans le contexte des élections de 1946-1950, cette propagande en faveur de l'islam a été un des moyens les plus utilisés, au point que le Parti républicain du peuple a dû, lui aussi, donner des gages dans ce domaine.

La victoire du Parti démocrate en 1950, aux yeux de beaucoup de Turcs, a été la victoire de la religion sur l'athéisme ; on voit alors paraître au grand jour non seulement les confréries traditionnelles (mevlevis, bektachis, nakchbendis...), mais aussi des confréries beaucoup plus intégristes et réactionnaires, comme celles des nourdjous et des tidjanis ; une littérature religieuse commence à se répandre : si certaines publications se cantonnent dans l'explication et le commentaire d'un islam modéré, d'autres vont beaucoup plus loin et prônent, outre la revivification totale de la religion musulmane en Turquie, la prééminence de celle-ci dans le domaine moral et dans le domaine politique ; quelques-uns des propagandistes se déclarent partisans du rétablissement de l'ancien Empire ottoman, d'autres parlent, déjà dans les années 1950, de république islamique.

Favorisées par le Parti démocrate, diverses mesures sont prises, et sont largement exploitées : rétablissement de l'enseignement religieux dans les écoles officielles, réouverture de la faculté de théologie d'Ankara, construction de nombreuses mosquées, autorisation du pèlerinage à La Mecque, célébration à Konya du souvenir du grand mystique turc Mawlānā Dialāl al-Dīn Rūmī. En beaucoup d'endroits, le laïcisme doit céder du terrain, notamment en ce qui concerne le comportement social des individus (mariage célébré uniquement par un imam, polygamie, restrictions des libertés pour les femmes, instituteurs « laïcs » chassés de villages où les autorités religieuses locales sont toutes-puissantes). Il s'agit[...]

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Écrit par

  • : directeur de recherche au C.N.R.S. et à la Fondation nationale des sciences politiques (C.E.R.I)
  • : docteur ès lettres et sciences sociales, directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques
  • : chargée de recherche au C.N.R.S.
  • : chercheur au C.N.R.S.
  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : chargé de recherche de première classe au C.N.R.S., responsable de l'équipe cultures populaires, Islam périphérique, migrations au laboratoire d'ethnologie de l'université de Paris-X-Nanterre, expert consultant auprès de la C.E.E. D.G.V.-Bruxelles
  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I
  • : directeur de recherche émérite au C.N.R.S.
  • : docteur en histoire orientale, maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : professeur à l'université de Provence
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Nasser et la R.A.U. - crédits : Keystone/ Getty Images

Nasser et la R.A.U.

Création de la République arabe unie, 1958 - crédits : The Image Bank

Création de la République arabe unie, 1958

Scène de circoncision - crédits : Imka/ Hulton Archive/ Getty Images

Scène de circoncision

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