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PLATON

Platon - Athènes

Platon - Athènes

On a pu écrire que toute l'histoire de la philosophie se résumait à une série de notes en bas de page apposées à l'œuvre de Platon. Si pour certains il a déjà toutdit − l'être travaillé par le négatif et par la différence, la pensée transcendantale et les concepts a priori, la sublimation de l'énergie érotique, la grammaire des propositions −, d'autres réduisent sa pensée à quelques thèses aisément critiquables : le réalisme des Idées, le dualisme de l'âme et du corps, la contemplation d'un principe ineffable. Cela tient sans doute à la nature énigmatique d'un philosophe qui ne parle jamais en son nom et d'une philosophie qui ne s'exploite jamais, repart toujours à nouveaux frais, place la dialectique au sommet des sciences mais fait constamment appel à des images, des mythes et des métaphores. Et, dans le champ de bataille où s'affrontent des philosophes que Kant n'a pas réussi à pacifier, il apparaît que combattre Platon, c'est presque toujours le jouer contre lui-même. Tous n'avouent pas comme Nietzsche que son sang coule encore dans leurs veines, mais le même Heidegger qui invite Sartre à philosopher avec lui « loin par-delà tout platonisme » fait figurer une phrase du Sophiste en exergue à Être et Temps, et c'est sur ce dialogue que conclut L'Être et le Néant. Platon risque ainsi de succomber sous la diversité des platonismes qu'il n'a pas faits mais qu'ont forgés ses défenseurs et ses interprètes tout autant que ses adversaires. Le plus frappant est qu'il a toujours été un enjeu, à l'intérieur de la philosophie mais aussi hors d'elle, lors de querelles qui, de l'Antiquité chrétienne au Moyen Âge, opposèrent les théologiens partisans d'Aristote à ceux qui s'inspiraient du néoplatonisme, puis (aux xviie et xviiie siècles) les trinitaires aux antitrinitaires, ou encore lors de celle, littéraire, qui divisa les Anciens et les Modernes. L'enjeu, c'est la philosophie elle-même, la conception qu'on s'en fait, l'amour ou la haine qu'elle suscite, et c'est à elle qu'on identifie ce Platon qu'il faut continuer, renverser ou dépasser. À ce titre, le mot de son plus grand critique, Aristote, vaut encore : « Il n'est pas permis au méchant même de le louer. »

La vie de Platon

Les témoignages

De cette vie nous connaissons d'abord ce que rapporte la Lettre VII ; son authenticité compte à ce jour plus de partisans que d'adversaires. Platon, dans sa soixante-quinzième année, y explique les raisons qui l'ont, entre vingt et quarante ans, fait devenir ce qu'il est, puis raconte ses trois voyages successifs à la cour des tyrans de Syracuse. Pour compléter ce morceau d'« autobiographie », nous disposons, outre quelques indications fournies par Aristote, Cicéron, Plutarque et d'autres, d'une vie de Platon rédigée par Apulée (iie s. av. J.-C.), d'une autre vie, bien plus tardive, due à Olympiodore (vie s. apr. J.-C.), mais surtout du livre III des Vies et opinions des philosophes illustres de Diogène Laërce (iiie s. apr. J.-C.), accumulant sans grand discernement des anecdotes contradictoires et invraisemblables, mais s'inspirant de sources anciennes aujourd'hui perdues. Au caractère lacunaire, tendancieux ou romancé de ces documents s'ajoute le fait qu'aucun témoignage ancien ne nous renseigne sur la chronologie des dialogues.

Les événements

Platon serait né en 428-427 avant J.-C. (ou peut-être en 429, année de la mort de Périclès), donc dans les premières années de la guerre du Péloponnèse, à Athènes, à moins que ce ne soit à Égine, et serait mort en 348-347, à plus de quatre-vingts ans, alors que la guerre entreprise par Philippe de Macédoine contre les cités grecques avait déjà commencé. Fixer[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Platon - Athènes

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L'Académie de Platon

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Chronologie de la création

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Autres références

  • LA RÉPUBLIQUE, Platon - Fiche de lecture

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
    • 822 mots
    • 1 média

    « J'étais descendu, hier, au Pirée avec Glaucon, fils d'Ariston » (ce dernier n'est autre que le père de Platon). Ainsi commence La Républiquede Platon (428 env.-347 env. av. J.-C.) – en grec Politeia, « Du régime politique », ou Peri dikaiou, « Sur la justice » –,...

  • LE BANQUET, Platon - Fiche de lecture

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
    • 992 mots
    • 1 média

    Sans doute le plus connu des dialogues platoniciens, Le Banquet (Sumpósion) ou Sur l'amour, rédigé vers 375 avant notre ère – soit, comme La République, Le Phédon et Le Phédre, durant la période dite de la maturité de Platon (428 env.-347 env. av. J.-C.) – demeure un texte énigmatique....

  • PHÉDON, Platon - Fiche de lecture

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
    • 989 mots
    • 1 média

    Le Phédon, ou Sur l'âme (Phaîdon è Peri psukhès) appartient, avec La République, le Phèdre et Le Banquet, à l'ensemble des œuvres dites de la maturité de Platon (428 env.-347 env. av. J.-C.). Phédon y relate la mort de Socrate (399 av. J.-C.), dont il fut le témoin, et rapporte...

  • PHÈDRE, Platon - Fiche de lecture

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
    • 918 mots

    Écrit vers 370 avant J.-C., le Phèdre (Phaidros) marque le point culminant de la polémique (implicite) de Platon (428 env.-347 env. av. J.-C.) à l'égard d'Isocrate, l'auteur de Contre les sophistes (parmi lesquels il incluait les platoniciens) et fondateur d'une école de ...

  • THÉÉTÈTE, Platon - Fiche de lecture

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 1 122 mots
    • 1 média

    Probablement rendu public en 370 av. J.-C. (mais cette date n’est pas certaine), le Théétète occupe une place particulière dans l’œuvre de Platon. Consacré à une définition de la science, il inaugure ce que la plupart des commentateurs considèrent comme le troisième volet des dialogues...

  • ACADÉMIE ANTIQUE

    • Écrit par Jean-Paul DUMONT
    • 1 376 mots
    • 1 média

    Académie désigne le domaine situé dans le Céramique (faubourg des potiers, appelé joliment « Tuileries » par l'abbé Barthélemy), que Cimon avait orné des plus beaux platanes d'Athènes et où Platon fixa, vers 387 avant J.-C., l'école qui porta ensuite ce nom. Les orateurs Lycurgue,...

  • ÂGE D'OR

    • Écrit par Marie-Rose MAYEUX
    • 865 mots

    Moment mythique de l'humanité décrit comme étant celui de l'abondance dans une nature généreuse, où tout pousse sans travail, où les animaux domestiques et sauvages vivent en paix entre eux et avec les hommes, où la ronce distille le miel. Les Zéphirs soufflent alors une brise rafraîchissante...

  • ÂGE DE LA TERRE

    • Écrit par Pascal RICHET
    • 5 143 mots
    • 5 médias
    ...Zénon de Cittium (~335-~264), le premier stoïcien. La question la plus importante, celle de l’origine du monde, ne fut bien sûr pas laissée de côté. Dans la grandiose cosmologie de son dialogue le Timée, Platon affirma que le monde avait connu un début : il lui attribua comme auteur un démiurge...
  • ÂME

    • Écrit par Pierre CLAIR, Henri Dominique SAFFREY
    • 6 020 mots
    Héritier de Socrate, Platon organise sa doctrine en une véritable psychologie. Mettant en scène son maître dans la prison au moment où il va mourir, il saisit cette occasion dans le Phédonpour nous enseigner la vraie nature de l'âme et les arguments qui fondent son immortalité. Il développe quatre...
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