PLATON

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Les Dialogues

La transmission du texte

L'histoire du texte de Platon est liée à celle du platonisme, faite d'une suite de renaissances : celles, d'abord, de l'Académie, sauvée du déclin chaque fois que fut éprouvé le besoin de retourner aux Dialogues pour y puiser un nouvel élan. Des lectures diverses et même opposées − sceptiques et probabilistes, ou à l'inverse mystiques et dogmatiques −sont avancées tour à tour, mais ce sont d'abord des lectures qui doivent s'appuyer sur des textes bien établis. La renaissance byzantine, œuvre du patriarche Photius, grand personnage et grand érudit, prend, au ixe siècle, le relais, suivie au xve siècle de l'italienne et enfin de la française : une fois imprimé, le texte des Dialogues ne risque plus de se perdre. Avec cette autre renaissance du platonisme qu'est l'idéalisme allemand commence une nouvelle histoire, celle de la critique philologique et philosophique des Dialogues.

Après la mort de Platon, l'Académie, outre la publication des œuvres posthumes, Les Lois et le fragment du Critias, continua à assurer la reproduction et la diffusion des Dialogues dans le monde grec. Devaient exister alors des manuscrits soignés, d'autres remplis de fautes grossières, d'autres encore corrigés arbitrairement : le problème de l'établissement correct du texte se pose dès l'Antiquité. La découverte de fragments de papyrus de qualité médiocre le confirme, et atteste l'excellence des manuscrits médiévaux grâce auxquels nous lisons Platon. Les deux principaux datent de la fin du ixe siècle ; le plus ancien est le Parisinus 807, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris ; le Bodleianus 39, légèrement postérieur, est conservé à la Bodleian Library d'Oxford. L'ancêtre de nos manuscrits est sans doute une copie du vie siècle en usage dans les milieux néoplatoniciens, archétype lui-même copié du Livre du patriarche, sans doute l'exemplaire ancien que possédait Photius et qu'il avait annoté et corrigé. Nos manuscrits reproduisent, avec quelques variantes, le classement des Dialogues en neuf tétralogies devenu canonique à la fin de l'Antiquité (Proclus dispose d'une édition de ce genre). Attribué à Thrasylle, ce groupement reprend celui établi par l'académicien Dercyllidès pour l'édition d'Atticus (l'ami de Cicéron) qui elle-même était un remaniement de la grande édition alexandrine. C'est en effet au iiie siècle avant J.-C. que l'œuvre de Platon rencontre un éditeur digne d'elle, Aristophane de Byzance (vers 257-180) ; il a permis aux âges suivants de lire un texte établi avec discernement et prudence. L'édition alexandrine héritait elle-même de travaux antérieurs : les sous-titres donnés aux Dialogues ne sont pas de son fait (Aristote, citant le Phédon, renvoie au dialogue « De l'âme »), et entre le ive et le début du iie siècle sont proposés des modes de classement obéissant tantôt à des critères formels tantôt à des considérations de méthode ou de contenu. Aristophane choisit de constituer des trilogies, suivant en cela deux indications de Platon qui annonce un Politique et un Philosophe au début du Sophiste, un Critias et un Hermocrate au début du Timée (ni le Philosophe ni l'Hermocrate ne furent écrits, et le Critias resta inachevé) ; mais, moins doctrinaire que ne le sera Thrasylle, il laisse nombre de Dialogues « hors classement ».

En raison de la ferveur dont Platon fut l'objet de la part des écoles néoplatoniciennes et des chrétiens influencés par leur doctrine, et aussi de la violente querelle qui divisa, pendant des siècles, Pères grecs partisans de Platon et Pères romains tenant pour Aristote, l'œuvre de Platon a bénéficié d'une transmission continue et, fait exceptionnel, nous est parvenue en totalité. La remarquable traduction latine de Marsile Ficin, parue à Florence en 1482, inaugure la transmission moderne des œuvres complètes. L'édition princeps du texte grec, due à Alde Manuce, paraît à Venise en 1513. Enfin, en 1578, Henri Estienne publie une édition capitale, qui dispose en deux colonnes sur une même page le texte gre [...]

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Pour citer l’article

Monique DIXSAUT, « PLATON », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/platon/