GRÈCE ANTIQUE (Civilisation)La religion grecque

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La période hellénistique

La conquête de la Grèce par Philippe II de Macédoine et celle de l'Orient par son fils Alexandre entraînent d'incalculables conséquences. C'est la fin du régime de la polis en tant qu'État indépendant, l'annexion de l'Empire perse, le contact direct avec ses religions millénaires.

Déclin de la religion traditionnelle et création du culte royal

Plus encore qu'au ive siècle, la religion poliade est ébranlée par la désagrégation, cette fois quasi définitive, des poleis. Comment, au reste, Athènes aurait-elle gardé sa confiance à Athéna qui l'avait laissée exposée à de telles alarmes ?

Certes la religion traditionnelle ne disparaît pas, ni dans les cités ni dans les sanctuaires panhelléniques. On bâtit beaucoup de temples nouveaux, notamment en Asie Mineure : création des Attalides, Pergame se couvre d'un ensemble incomparable de temples doriques, Milet reconstruit son Didymeion oraculaire au prix d'immenses dépenses. Délos est dotée par les souverains de magnifiques portiques. Mieux encore, certains dieux helléniques accentuent leur emprise sur les consciences : tel Dionysos, autour duquel s'édifie toute une sotériologie du salut par l'amour qui éclate dans les fresques de tradition hellénistique de la villa Item à Pompéi, où les mystères du dieu s'ordonnent autour de la grande scène de Dionysos et d'Ariane, perdue dans l'ineffable bonheur de la passion salvatrice ; tel encore Asclépios, qui assure la guérison des pauvres mortels et dont certains sanctuaires, comme ceux de Pergame et surtout de Cos, deviennent de somptueux ensembles. Encore faut-il noter qu'il s'agit dans ces deux cas de dieux peu intégrés dans le cadre de la polis.

Cette survivance indiscutable des formes traditionnelles ne doit pas cacher le déclin irrémédiable de la religion civique. Le scepticisme continue à faire des ravages. Il prend une forme philosophique chez Evhémère (fin du ive siècle) qui enseigne que les dieux ne sont que de grands hommes d'autrefois divinisés pour les services qu'ils avaient rendus à l'humanité. Le culte nouveau de la Fortune (Tyché) n'en est qu'une forme déguisée : cette déesse, qui joue un rôle important dans la pensée de l'historien Polybe, est une incarnation des vicissitudes de la condition humaine et de leur caractère fortuit, donc une négation patente de toute croyance en des dieux providentiels, soucieux du destin des hommes ou des cités.

Au vrai, les monarchies ont succédé au régime de la polis. D'où l'apparition d'un culte du roi, dont les premiers linéaments se dessinent au ive siècle et qui se constitue définitivement autour d'Alexandre, dont la personnalité est si forte et l'épopée si gigantesque qu'il peut à bon droit apparaître comme un dieu. C'est à l'origine un mouvement spontané, né des inquiétudes de l'homme devant les convulsions de la période troublée qui suit la mort du grand Macédonien. Un hymne en l'honneur de Démétrios Poliorcète le chante en ces termes, bien caractéristiques des croyances de beaucoup : « Les autres dieux sont loin, ou ils n'ont pas d'oreilles, ou ils n'existent pas, ou ils ne prêtent aucune attention à nos besoins ; toi, Démétrios, nous te voyons ici même, non en bois ou en pierre, mais réellement présent. » Certes l'intérêt évident des monarques est de favoriser de tels sentiments et de pousser à la constitution d'un culte monarchique, facteur de stabilité dynastique et de cohésion dans des royaumes souvent si composites. Bien qu'il reste beaucoup d'incertitudes dans cette éclosion, un cas au moins est net, celui de l'Égypte où les efforts persévérants de Ptolémée II et de sa sœur-épouse Arsinoé II imposent à leurs sujets l'adoration de leurs parents, dieux Sauveurs, puis d'eux-mêmes, dieux Philadelphes, créant ainsi une tradition à laquelle se conformeront tous leurs successeurs.

Les racines profondes de ce culte sont composites. Outre l'héritage d'un surhomme, Alexandre, il semble qu'il unisse des conceptions grecques (croyance dans l'homme providentiel, telle qu'on la voit dans l'œuvre d'Isocrate) et de vieilles traditions orientales, qui, en Égypte par exemple, faisaient du roi un fils de dieu, dieu lui-même. D'où l'ambiguïté qui transparaît dans certaines inscriptions bilingues d'Égypte où les Lagides sont à la fois conç [...]

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Idole, art cycladique

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Statuette en marbre, Naxos

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Sanctuaire d’Athéna Pronaia, Delphes

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  • : ancien membre de l'Institut, ancien directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section)
  • : professeur émérite de l'université de Franche-Comté

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Pour citer l’article

André-Jean FESTUGIÈRE, Pierre LÉVÊQUE, « GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - La religion grecque », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-civilisation-la-religion-grecque/