Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

POLYBE (entre 210 av. J.-C. et 202-env. 126 av. J.-C.)

La conquête du bassin méditerranéen par Rome fut l'un des événements qui marquèrent le plus l'histoire humaine. La période décisive de cette expansion se place au iie siècle avant J.-C. : victorieuse de Carthage dans les dernières années du iiie siècle, Rome se lança ensuite dans l'aventure impérialiste avec une résolution de plus en plus nette. Le Grec Polybe fut le témoin de ces événements ; il chercha avec passion à en tirer la leçon et à comprendre son temps. Son œuvre constitue un document capital sur une phase décisive de l'histoire du monde. Esprit d'une rare profondeur, il renouvela la méthode historique, tant au niveau de l'analyse objective des faits qu'à celui de la vision synthétique de l'évolution d'ensemble. Il mérite d'être considéré, avec Thucydide, comme le plus grand historien de l'Antiquité.

Un aristocrate grec exilé

Polybe naquit à Mégalopolis en Arcadie. Son père, Lycortas, succéda en 183 à Philopœmen à la tête de la ligue Achéenne, qui regroupait la plupart des cités du Péloponnèse. Il reçut une formation militaire et fut, dès son jeune âge, mêlé au jeu politique complexe du parti de son père, visant à faire adopter aux cités grecques une politique indépendante sans pourtant quitter l'alliance romaine. Polybe fut l'un des dirigeants de la ligue Achéenne au moment décisif que fut la troisième guerre de Macédoine (171-168). La victoire de Paul-Émile sur le roi Persée à Pydna en 168 amena l'effondrement de la puissance macédonienne. Les Achéens étaient restés neutres, mais Rome décida cependant d'éliminer, parmi leurs hommes politiques, tous ceux qui restaient soucieux d'une certaine indépendance : mille otages durent être livrés, et Polybe était l'un d'eux.

Il eut la chance de pouvoir se fixer à Rome, grâce à l'appui du fils de Paul-Émile, Scipion Émilien, âgé en 167 de dix-sept ans, qui devint son élève et le fit entrer dans le « cercle des Scipions » : la plus prestigieuse famille romaine du temps regroupait des intellectuels grecs et participait activement à l'hellénisation des milieux cultivés de l'aristocratie romaine. L'exil de Polybe dura de 167 à 150 et, pendant ce temps, il fréquenta la haute société romaine, observa le fonctionnement de la vie politique et des institutions. Il eut accès à d'importants documents, et obtint la permission de voyager dans le sud de l'Italie, le sud de la Gaule, l'Espagne.

En 150, les exilés purent rentrer en Grèce, mais Polybe fut bientôt rappelé par Scipion Émilien pour l'accompagner au siège de Carthage et l'aider de ses conseils en matière de poliorcétique, art d'investir les places fortes ; il vit l'agonie et la destruction de Carthage en 146. La révolte des Achéens contre Rome, fort imprudente, survint alors ; ils furent écrasés, et Corinthe, capitale de leur ligue, totalement détruite. Polybe s'efforça d'adoucir le sort des Grecs : grâce à ses relations romaines, il fut chargé lui-même de l'application du nouveau statut imposé à la Grèce et il s'attira la reconnaissance de ses compatriotes qui lui dédièrent des inscriptions louangeuses dont certaines ont été retrouvées.

Polybe continua ses voyages et, probablement, participa en Espagne, toujours aux côtés de Scipion Émilien, au siège de Numance, en 133. Il mourut fort âgé, vers 126 avant J.-C.

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ALEXANDRIE

    • Écrit par André BERNAND, Jean-Yves EMPEREUR, Jean-Marc PROST-TOURNIER
    • 5 666 mots
    • 3 médias
    ...des agitateurs ou des révoltés. L'importance d'Alexandrie faisait du même coup sa faiblesse : car être maître de la capitale, c'était posséder l'Égypte. Polybe, l'historien qui visita l'Égypte sous le règne de Ptolémée VIII Évergète II (roi d'Égypte de 170 à 163 av. J.-C., de Cyrénaïque...
  • FOI

    • Écrit par Edmond ORTIGUES
    • 10 465 mots
    ...maintient avec plus de force l'État que la foi [= crédit] qui ne peut exister sans la nécessité de payer ses dettes » (ibid., II, 24). L'historien grec Polybe estime que la supériorité des Romains sur les autres peuples vient de ce qu'ils ont su édifier sur la religion populaire une morale rationnelle...
  • HISTOIRE (Histoire et historiens) - Les usages sociaux de l'histoire

    • Écrit par Olivier LÉVY-DUMOULIN
    • 3 818 mots
    • 3 médias
    ...particularité : la difficulté à discriminer la vocation partisane de la véritable entreprise de savoir. Au iie siècle avant J.-C., l'historien grec Polybe, otage de Rome, se demande dans son œuvre pour quelles raisons le monde ne plus fait qu'un sous la conduite de Rome. Polybe l'affirme : son histoire...
  • PUNIQUES (GUERRES)

    • Écrit par Gilbert-Charles PICARD
    • 4 946 mots
    • 5 médias

    On appelle guerres puniques le conflit qui opposa Carthage à Rome, de 264 à 146 avant J.-C., et qui se termina par la destruction de Carthage. L'emploi de cette expression implique qu'on adopte le point de vue romain, le seul qui soit connu, puisque tous les témoignages émanent d'historiens latins...

Voir aussi