ANTHROPOLOGIE

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Problèmes contemporains

Résultat des efforts critiques et des rencontres théoriques, l'anthropologie moderne représente une force de réflexion vers laquelle se tournent de nombreuses disciplines, car c'est bien là son nouveau paradoxe que d'avoir recentré son objet et affirmé sa perspective holiste en décloisonnant les domaines habituels et en optant pour l'interdisciplinarité. Les travaux actuels s'orientent tous vers ce dépassement des contradictions développées par le débat anthropologique. La distinction classique de plusieurs domaines – anthropologie politique, anthropologie religieuse, anthropologie économique – subsiste en raison d'une commodité qui permet de désigner d'avance l'orientation privilégiée du traitement des données. Il n'en reste pas moins que l'analyse du fait dépasse les catégories occidentales. La notion de fait social total est encore à l'œuvre, qui montre par exemple comment, de l'analyse de la parenté comme système de descendance et d'alliance, on passe au fait politique (système lignager), au fait économique (organisation de la production), au fait idéologique (représentation de la consanguinité et de l'alliance, de l'hérédité, du corps et du monde). De nouvelles catégories se dégagent, capables de rendre compte dans un ensemble signifiant des diversités culturelles. Les études sur la parenté ont fait de grands progrès depuis les débuts de l'ethnologie. Si l'extrême diversité des systèmes de parenté a pu être réduite à quatre grands types et si les logiques de fonctionnement des systèmes d'alliance ont été découvertes grâce notamment aux moyens informatiques, il reste que la signification de ces lois et de ces structures s'ordonne autour du fait massif de la prohibition de l'inceste. Ainsi, la symbolique de l'inceste et son efficacité sont étudiées par rapport à deux catégories supposées universelles, celles de l'identique et du différent. Mais elle rejoint d'autres manifestations symboliques, celle des mythes, celle des systèmes rituels et des systèmes de représentations. L'efficacité symbolique est aussi analysée dans d'autres champs, telles l'efficacité idéologique de la norme et de sa transgression dans les royaumes africains qui règle les rapports de domination, ou celle qui s'exprime dans les catégories de la violence et du consentement à l'intérieur des rapports de domination et de leur reproduction. De même, le travail et ses représentations sont repensés du point de vue anthropologique, ainsi la distinction des sexes, l'étude des relations entre hommes et femmes conduisant à expliquer les fondements de la domination masculine. Dans une perspective voisine se construit une anthropologie des femmes, qui ont été longtemps négligées dans les analyses classiques.

Les travaux sur l'efficacité symbolique portent aussi sur les pratiques et les représentations de la sorcellerie, sur les prophètes et les messianismes. L'analyse des représentations telles que celles de corps, de personne, d'hérédité, de naissance, de psychisme, de fécondité et de stérilité décode un ordre symbolique qui fait sens, mais qui s'articule aussi avec l'ordre social : les symbolismes, par le fait qu'ils se donnent comme universels dans une société, instaurent des différences au sein du social ; en effet, comme le souligne Marc Augé, « l'idéologie est déjà dans le symbolisme » et « toute théorie du pouvoir est inséparable d'une théorie de la personne et d'une réflexion sur la mort ».

Parallèlement, d'autres catégories isolées dans notre rationalité occidentale sont réunies de façon indissociable par l'anthropologie moderne : dans de nombreuses sociétés, les catégories du malheur, de la maladie, de l'événement se pensent ensemble, selon une perspective qui ouvre des voies diverses : ainsi, l'ethnomédecine se préoccupe des classifications et des connaissances, des pharmacopées indigènes, des thérapeutiques, des corps de représentations, empirique et symbolique. Elle permet de repenser les notions de maladie et de santé, de comprendre, une fois admise la compénétration du social et du fait biomédical, les relations entre les modes d'existence et les pathologies, de travailler selon une méthode pluridisciplinaire qui prend en compte les recherches nutritionnelles, épidémiologiques, génétiques. Sous l'angle d'une anthropologie de la maladie, elle renvoie à des [...]

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Pour citer l’article

Élisabeth COPET-ROUGIER, Christian GHASARIAN, « ANTHROPOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anthropologie/