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COMMUNICATION

Si le mot « communication » existe dans la langue française depuis plusieurs siècles, ce n'est pas avant la seconde moitié du xxe siècle qu'il s'installe avec force dans le discours médiatique et politique, qu'il désigne un champ d'étude et de recherche de plus en plus vaste et qu'il devient l'objet d'une conceptualisation toujours plus poussée. Les rapports entre communication et société sont donc complexes. Sans qu'il y ait besoin de remonter aux sociétés de fourmis et autres insectes sociaux, il faut rappeler que les sociétés humaines se perpétuent dans et par la communication interpersonnelle entre générations. La fascination contemporaine pour les « nouveaux médias » amène à négliger les plus vieux médias du monde : le corps, le geste, la parole.

Pour une analyse de communication dans la langue anglaise, il faut lire les travaux de John Durham Peters, merveilleux de précision et d'invention. Les racines latines étant évidemment identiques, les deux mots évoluent sémantiquement de manière parallèle. Mais il manquera au mot de la langue française un philosophe comme John Locke. Celui-ci lui offrira une noblesse philosophique dès 1690 dans Essay Concerning Human Understanding, ce qui peut partiellement expliquer pourquoi ce sont d'abord des penseurs anglo-saxons qui se sont emparés du mot : Charles Cooley, George Herbert Mead, John Dewey, Edward Sapir...

Dans Democracy and Education, le philosophe John Dewey écrivait en 1916 : « La société ne continue pas seulement à exister par la transmission, par la communication, mais, peut-on dire avec assurance, continue à exister dans la transmission, dans la communication. Il y a plus qu'un lien verbal entre les mots „commun“, „communauté“ et „communication“. Les hommes vivent en communauté en vertu des choses qu'ils ont en commun ; et la communication est la façon par laquelle ils en viennent à posséder des choses en commun. » Ces propos peuvent apparaître simplistes. Ils jouent en fait très finement sur l'étymologie du mot communication et sur les deux grandes traditions sémantiques qui en ont découlé, tant en anglais qu'en français. La plus ancienne repose sur la communication comme partage et la plus récente, sur la communication comme transmission. Il faut cerner avec quelque précision cette opposition, car elle fonde des catégories de pensée qui sont encore très opérantes aujourd'hui.

Aux sources du mot communication

La définition contemporaine la plus courante, celle du Petit Robert, associe communication et transmission d'information : « passage ou échange de messages entre un sujet émetteur et un sujet récepteur au moyen de signes, de signaux ».

Mais les dictionnaires historiques font remonter les premières occurrences du mot aux alentours de 1350. Communication est à l'époque interchangeable avec communion, et signifie partage, mise en commun. On retrouve encore aujourd'hui ce sens ancien dans le terme du vocabulaire ecclésiastique « excommunication », qui est l'exclusion de la communauté, la sortie de la « communion ».

Ce n'est qu'au xvie siècle qu'apparaîtra une spécialisation des termes : communion gardera son acception religieuse, tandis que communication va se séculariser, tout en signifiant toujours partage, mise en commun. C'est un sens qui va traverser les siècles en s'affaiblissant progressivement. Au xixe siècle, on retrouve encore dans le Littré le terme « communiers », pour parler des fermiers qui mettent leurs terres en commun.

Mais un autre sens commence à apparaître au xviie siècle : de partage, on passe à faire part, c'est-à-dire à transmettre, comme dans le célèbre exemple du dictionnaire de Furetière (1690) : « l'aimant communique sa vertu au fer ». Le terme va ainsi devenir de plus en plus technique[...]

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Écrit par

  • : professeur des Universités, École normale supérieure de lettres et sciences humaines, Lyon

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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