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ANTHROPOLOGIE VISUELLE

L’anthropologie visuelle se propose de faire du visuel une pratique et un objet théorique de la recherche anthropologique. S’appuyant sur la multiplicité des usages des images fixes et animées en anthropologie depuis la fin du xixe siècle et sur un certain âge d’or du cinéma ethnographique dans les années 1960, elle s’est constituée en domaine spécialisé de l’anthropologie à la suite du IXe Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques qui s’est tenu à Chicago en 1973. Sa principale ambition est de penser l’anthropologie autrement, en images et en sons, et d’engager dans le même temps une analyse ethnographique des différentes cultures visuelles rencontrées sur le terrain.

Le costume a cependant peut-être été taillé un peu trop grand, comme l’écrit David MacDougall (1998), tant les promesses de cette double perspective de recherche – anthropologie par le visuel et anthropologie du visuel – semblent excéder les prérogatives de l’anthropologie, logiquement débordée par les théories de la perception, l’histoire des images et des représentations, les études visuelles et cinématographiques. Aussi, malgré l’enthousiasme de nombreux chercheurs pour ce champ d’étude, la plupart des spécialistes s’accordent sur un point : il n’y a jamais eu de véritable consensus sur ce qu’il est, ni de cadrage théorique homogène, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas.

Relativement indisciplinée par son objet – le visuel peut être conçu comme un « objet-frontière » intégrant différents horizons disciplinaires (Béraud, 2012) – et attachée au dialogue avec d’autres disciplines, l’anthropologie visuelle est marquée par de riches débats, une diversité d’approches, d’écoles et de traditions nationales. Son actualité doit être pensée en lien avec l’histoire de l’anthropologie et les théories du visuel et des images, afin de consolider son ambition épistémologique et méthodologique.

Du visuel en anthropologie

Le regard ethnographique

Regarder est une opération fondamentale de la démarche ethnographique. Il s’agit de se faire une place sur le terrain pour élaborer de l’intérieur un point de vue qui favorise l’étude et la compréhension d’une population donnée. La pratique du terrain est ainsi fondée sur une technique d’enquête usuellement désignée sous l’expression « observation participante » et sur la capacité de l’ethnographe à inscrire sa présence au sein des situations qu’il cherche à décrire et à interpréter. Le visuel ne se réduit donc pas à un simple problème d’optique, de vision ou de perception : il peut être défini, à la suite de Merleau-Ponty (1964), de manière sensorielle et relationnelle, comme une « modalité corporelle d’accès au visible ».

L’une des prérogatives de l’anthropologie visuelle est précisément de consolider l’acuité de ce regard ethnographique en lui donnant une forme matérielle et une persistance qui ne se réduisent pas à un texte, notamment à travers la maîtrise de procédés d’enregistrement d’images fixes ou animées. Ces pratiques de documentation (film, photographie, voire dessin) transforment le processus d’observation. Elles augmentent les modes de présence et d’engagement des ethnographes sur le terrain (Grimshaw et Ravetz, 2005) et leur permettent de s’immiscer différemment au sein des situations et des interactions (Lallier, 2009), tout en créant la matière d’une observation non plus seulement directe, mais différée.

L’observation différée de la matière visuelle et sonore ainsi constituée n’entend pas se substituer à l’observation directe. Elle la complète, l’enrichit, et peut devenir une ressource méthodologique centrale dans l’élaboration et la transmission des savoirs, dès lors qu’une réflexion conjointe est menée sur les stratégies de mise en scène (De France, 1982). La réversibilité[...]

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Écrit par

  • : anthropologue, maître de conférences à l'université Paris Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Voir aussi